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Le 1er cosmonaute, Youri A. Gagarine, est né le 9 mars 1934 à Gjatsk (Terre), proche du village de Klouchino où il passe une enfance heureuse jusqu’à ce que la seconde guerre mondiale éclate, accompagnée de son fardeau de malheurs. A la mi-octobre 1941 et six semaines après son entrée en classe primaire, Youri regarde, les yeux écarquillés par la peur, l’invasion des troupes nazies. Effrayé, il assiste à l’incendie de son école et à l’occupation de la maison de ses parents. Toute la famille se réfugie alors dans l'abri de jardin creusé dans une bosse de terre. Avec colère et tristesse, Youri voit partir son frère Valentin et sa sœur Zoïa amenés de force vers un camp de travailleurs en Pologne. Mais ils peuvent s’échapper : le premier rejoint le front de bataille et la seconde intègre le service santé de l'armée.
undefinedAprès la fuite de son père qui rallie la résistance, Youri se retrouve avec sa mère et son petit frère Boris qui manque de mourir parce qu'un jour, les deux frères sont surpris en train de remplir de sable les batteries des voitures. Furieux, un Allemand attrape Boris et le suspend à une branche avec son écharpe. Affolé, Youri court chercher sa mère qui pousse des cris en le voyant s’étrangler. Elle bouscule l'Allemand qui s'apprête à prendre son fusil lorsqu'arrive un officier qui l'en empêche. Boris est enfin détaché et réanimé. 

Pendant un an et demi, Youri aide sa mère dans les travaux des champs et il continue à commettre des actes de sabotage. Chaque fois qu’un convoi ennemi s’approche du village, il se dépêche avec ses camarades de placer des clous et des tessons de bouteille au tournant des routes pour crever les pneus des véhicules et, le soir, il bouche avec des pommes de terre ou des chiffons le tuyau d’échappement des camions arrêtés pour la nuit.

En mars 1943, Klouchino est enfin libéré. Youri retrouve sa maison et il reprend l’école si longtemps interrompue. En mai 1945, il déménage à Gjatsk où son père vient de s’installer comme menuisier, charpentier et maçon pour la reconstruction de la ville. Bon élève, Youri marque sa préférence pour les mathématiques et la physique mais, en 1949, il décide de plus continuer l’enseignement secondaire alors qu’il a 15 ans. Sachant que ses parents ne pourront pas l’aider financièrement à poursuivre des études supérieures, il veut être admis dans un centre d’apprentissage pour apprendre la profession de tourneur ou d’ajusteur, commencer à gagner sa vie, travailler ensuite dans une usine tout en étudiant le soir pour entrer plus tard dans une école d’ingénieurs.

undefinedLorsqu’il arrive à Moscou où vit son oncle, Youri constate avec regret qu’il lui manque une année scolaire pour accéder à l'établissement professionnel qui a déjà terminé les inscriptions. On lui conseille alors de commencer son apprentissage en septembre 1949 au centre de Lioubertsy pour préparer un autre métier, celui de fondeur qui consiste à mouler des pièces avec du métal fondu, à l’aide d’une machine-outil. Finalement, ce travail lui plaît et il est heureux d’adresser à ses parents une partie de son "salaire". Il s’inscrit aussi à des cours du soir et il emprunte des ouvrages techniques qu’il consulte dans sa chambre avant de s’endormir.

En juin 1951, Gagarine reçoit la qualification de fondeur-mouleur de 5° catégorie, ce qui lui permet d’entrer au collège industriel de perfectionnement de Saratov. Durant sa troisième et dernière année de formation, il effectue des stages pratiques dans des usines à Moscou et à Leningrad. Il profite de son séjour dans ces grandes villes pour se rendre dans les musées et les théâtres.

C’est à Saratov que Gagarine commence à prendre conscience de son attrait pour l’Espace. La physique a toujours été sa matière préférée. Après avoir réussi son exposé sur les travaux du savant russe Lebedev concernant la pression de la lumière, il se rappelle avoir entendu son professeur de Gjatsk lui parler de Tsiolkovski, le père fondateur de l’astronautique moderne. Il décide donc d’aborder le sujet : Tsiolkovski et sa théorie des fusées et des voyages interplanétaires. Pour le traiter, il se plonge dans la lecture de ses ouvrages (Exploration des espaces cosmiques par des engins à réaction et Trains de fusées cosmiques). Emu par ces écrits, il conclut son rapport par la phrase prophétique du génial théoricien : L’homme ne restera pas éternellement sur Terre. Dans sa course vers la lumière et vers l’Espace, il franchira timidement l’atmosphère, puis il fera la conquête de tout l’Espace circumsolaire.

undefinedGagarine remarque aussi que ses pensées s’envolent chaque fois qu’il voit ou entend un avion et les battements de son cœur s’accélèrent quand il croise un aviateur dans la rue. Il se souvient aussi de sa rencontre émouvante avec un pilote soviétique dont l'appareil endommagé s'était posé près de son village pendant la guerre. En octobre 1954, il se décide à prendre des leçons à l’école aérotechnique de l’aéroclub de Saratov, le soir, après le collège. Cependant, il trouve que cet enseignement s’éternise. Il faut écouter les instructeurs, étudier des manuels et résoudre des problèmes. Il lui tarde de voler.

Une fois cette formation théorique terminée, Gagarine doit apprendre à sauter en parachute avant de piloter un avion. Le jour venu, il sort de la carlingue d’un PO-2, avance ses deux pieds sur l’aile, mais il hésite à se jeter dans le vide. Son moniteur lui crie : « Pas d’histoires Youri ! Vas-y ! Les filles te regardent en bas ! » Il s’élance et il tire sur l’anneau du parachute. Inquiet qu’il ne s’ouvre pas aussi rapidement qu’il le voudrait, sa main cherche alors à déclencher le parachute de secours quand, soudain, une brusque secousse lui signale le déploiement du parachute principal qui le dépose sur la terre ferme peu après.

Puis Gagarine prend place à bord de l’avion-école, un Yak-18, avec lequel son instructeur exécute des voltiges pour vérifier la résistance de son élève qui prend soin de serrer les dents et de fermer les yeux. Ensuite, Youri va décoller, voler et atterrir aux commandes de cet appareil, toujours accompagné d’un moniteur chargé de constater les fautes de pilotage qui deviennent de moins en moins nombreuses. A la fin du stage, son instructeur le félicite pour son habileté à réaliser des atterrissages doux. Enfin, il effectue son premier vol en solitaire et il découvre un bonheur indéfinissable. Ce plaisir, il n’est pas certain de le retrouver quotidiennement s’il travaille dans une usine ou dans un bureau d'études. 
En juin 1955, Gagarine reçoit à la fois son brevet de pilote et son diplôme de technicien fondeur avec mention excellent. Les professeurs sont satisfaits de sa monographie remplie de chiffres et de dessins techniques dans laquelle il décrit une fonderie destinée à produire un grand nombre de pièces, les procédés de fabrication et les méthodes d’enseignement aux élèves des écoles professionnelles.
undefinedGagarine n’hésite pas longtemps entre partir pour Tomsk comme fondeur ou rejoindre l’Armée de l’Air comme élève officier. Il souhaite devenir aviateur militaire pour piloter des avions de chasse supersoniques. Il est encouragé par son moniteur de l’aéroclub affilié à l’Armée qui se charge des formalités pour son admission à l’école d’aviation de la ville de Tchkalov, renommée Orenbourg. Il commence son entraînement sur un Mig qu’il pilote seul à partir du mois de mars 1957, mais la vie de caserne devient de plus en plus contraignante pour lui. Il éprouve un besoin d'indépendance qu’il ne trouve que trop rarement dans les airs. Un moment, il envisage de quitter l’uniforme pour revêtir la salopette de fondeur.

Le 4 octobre 1957, le moral de Gagarine est au plus haut lorsqu’il entend à la radio que Spoutnik 1 tourne autour de la Terre et il ne peut s’empêcher de manifester son émotion en dessinant le premier satellite sur un cahier de cours. Un mois après, il obtient son diplôme en aéronautique et on lui propose de rester à Orenbourg comme instructeur. Il préfère demander une autre base comme l’autorise son très bon classement et il choisit Zapolyarny proche de la frontière norvégienne. Pour rompre la monotonie qu’il vient de connaître, il veut affronter les difficultés climatiques de la région Arctique aux commandes de son Mig dans une unité de la Flotte du Nord.

undefinedUne fois sur place, Gagarine est désolé d’apprendre qu’il doit patienter plusieurs mois avant de voler. L’ennui s’installe à cause de ce long hiver polaire qui appartient à l’obscurité, car les jours et les nuits se succèdent sans que le soleil se montre. Heureusement, la conquête spatiale est là pour briser l'attente et exciter sa curiosité. Le 3 novembre 1957, il est troublé en lisant les journaux relatant la présence de la chienne Laïka à bord de Spoutnik 2. Des interrogations et des réponses se bousculent dans sa tête : A quand un homme dans l’Espace ? Et si c’était moi ? Mais il y a des personnes beaucoup plus capables pour accomplir ce voyage ! Et puis, ce n’est pas pour tout de suite !

A partir du printemps 1958, Gagarine est heureux. Il pilote enfin la nuit lorsque la météo est clémente et le jour par tous les temps. Lorsqu’il est mauvais, son appareil s’expose à un épais brouillard et à un vent très fort. Au cours d’une des ses missions, son avion est pris dans une très violente tempête de neige. Au lieu de s’éjecter, il réussit à revenir se poser à la base au prix d’une audace peu commune. Mais il arrive que le temps soit dégagé. Youri s’émerveille alors de voir « les collines couvertes d’une neige aux reflets rosés filant au-dessous de l’avion, la terre éclaboussée des taches bleues des lacs et la mer de Barents qui bat les rochers de granit ».

Après l’impact de Luna 2 sur la Lune le 14 septembre 1959, Gagarine hésite encore pour poser sa candidature comme cosmonaute. Le 7 octobre suivant, Luna 3 survole la face cachée de la Lune. Il pense maintenant qu’un vol spatial habité va être possible ("Je compris que je ne devais plus attendre") Il formule par écrit son admission dans le groupe de cosmonautes « si un tel groupe existe ». Il apprend que des recruteurs ont commencé, deux mois plus tôt, à visiter les bases aériennes et aéronavales pour trouver des volontaires et qu'ils s'apprêtent à venir l'interroger. Dans la très sévère sélection nationale, il est retenu parmi les 20 hommes sur un total de 3 000 prétendants.

undefinedEn mars 1960, Gagarine entre à l’âge de 26 ans dans le 1er Corps des Cosmonautes. C’est une personnalité attachante qui rayonne grâce à son sourire charmeur, reflet de sa bienveillance envers les autres. Il est chaleureux et travailleur. Toujours de bonne humeur, il a le sens de l'humour et il adore faire des farces (il déplace les voitures de ses collègues, il leur donne des cigarettes pétards...). Il sait également apaiser les inquiétudes d’autrui. Doué d’un savoir-vivre naturel et de beaucoup de tact, il s’exprime et se comporte avec aisance où qu’il soit. Il pratique l’athlétisme et le basket, le ski et le patinage. Il aime le théâtre et la lecture. Ses écrivains français préférés sont Victor Hugo, Jules Verne et Antoine de Saint-Exupéry. Dans la catégorie science-fiction ,"La nébuleuse d'Andromède" d'Ivan Efrémov est son roman favori.

Au cours de la visite du bâtiment d'assemblage des vaisseaux spatiaux, il impressionne tout le monde lorsqu'il se déchausse pour pénétrer à l'intérieur d'un Vostok. Pendant son entraînement, Gagarine n’est premier dans aucune des matières étudiées, mais il est le seul à décrocher la place d’excellent second dans chacune d’elles. Ses camarades avouent qu’il est le meilleur d’entre eux. Lors d’un vote secret destiné à connaître celui qui mérite de partir le premier, le plus grand nombre de voix se porte sur son nom. La Commission d’Etat le choisit également pour ouvrir les portes du Cosmos. La veille de son départ, il dit à sa femme Valia qui ignore tout : "Je m'absente pour un moment". Elle lui demande : "Tu t'en vas loin ?" Il répond : "Oui, très loin". 

undefinedLe 12 avril 1961, à bord de Vostok 1 (4,72 tonnes/4,40 mètres), Gagarine effectue le 1er vol autour de la Terre en 1 h 48 mn, son unique mission. Avant d’embarquer, il lance : "Tous pour un, un pour tous !", un clin d’œil aux « Trois Mousquetaires », un roman d’Alexandre Dumas.

Au moment du lancement, Gagarine entend un sifflement, puis un grondement qui grossit rapidement. Il sent la fusée frissonner de tout son corps. Le vaisseau vibre violemment. L’accélération augmente sans cesse, mais son organisme s’y habitue peu à peu. Youri finit même par se dire qu’il en a enduré davantage undefineden centrifugeuse. Il ressent une force irrésistible le plaquer contre le siège et il a du mal à bouger un bras ou une jambe. Il sait que cet état ne doit pas durer longtemps et qu’il va cesser dès que le Vostok atteindra son orbite huit minutes après le lancement.

Gagarine découvre alors l’apesanteur, un phénomène étrange qui lui donne une sensation agréable de légèreté. Il a l'impression de rêver en voyant les petits objets planer dans la cabine et les gouttes de boisson se coller aux parois. Il s’émerveille aussi d'apercevoir l’horizon avec la courbure de la Terre couronnée d’une nuance graduelle de bleus : clair, turquoise, pétrole et marine en contact avec le noir d’encre du Cosmos. En survolant le continent africain, il se rappelle de la lecture du roman « Les neiges du Kilimandjaro » d’Ernest Hemingway.

undefinedL’orbite visée doit permettre à Gagarine de revenir automatiquement après 10 jours dans l’Espace si la rétrofusée ne fonctionne pas. Mais l’orbite est plus haute que prévu et le retour ne peut se faire qu’au terme de 50 jours en orbite, soit quarante jours après l’épuisement des ressources en air, en nourriture et en électricité. Heureusement, la mise à feu intervient. Après son arrêt, Gagarine s’étonne que le Vostok soit soumis pendant plusieurs minutes à une vitesse de rotation importante. Ensuite, il est surpris que le module cylindrique se détache avec dix minutes de retard et que la cabine sphérique continue à tourner. Elle finit par se stabiliser avant de pénétrer dans l’atmosphère. Pendant la rentrée, Youri subit une décélération avec des contraintes physiques plus fortes que celles du lancement.

undefinedA 7 000 mètres d’altitude, Gagarine s’éjecte en parachute de la cabine munie d’un équipement semblable. Il doit se débattre avec la soupape de son scaphandre coincée dans la fermeture éclair, un problème très sérieux qui l’empêche de respirer normalement pendant six minutes. Puis, il s’inquiète de la chute de la trousse de survie contenant un émetteur radio et un canot autogonflant replié, car il se dirige vers le fleuve Volga. Il est soulagé lorsqu’il constate que le vent le pousse au-delà et il se pose dans un champ labouré près du village de Smelovka dans la région de Saratov où il a appris à voler.

Les premiers humains que Gagarine aperçoit sont une grand-mère et sa petite-fille qui regardent avec curiosité cet extraterrestre dans sa combinaison orange vif qui marche à leur rencontre d’un pas décidé. Elles avancent aussi vers lui, mais de plus en plus lentement. Il comprend leur peur, enlève son casque et leur crie : « Je suis des vôtres camarades, amies !" Les Terriens vont s'habituer à ces arrivées célestes, car des centaines d'hommes et de femmes vont suivre les traces de Gagarine comme le 1er Français Jean-Loup Chrétien.

Après son retour sur Terre, Gagarine est nommé Commandant du groupe des cosmonautes en mai 1961 et il commence une visite triomphale à travers l'Union Soviétique et dans les pays étrangers. En septembre, il débute ses cours en aéronautique à l’Académie Joukovski de l’Armée de l’Air, un établissement supérieur de formation d’ingénieurs. Compte tenu de ses autres activités, il suit un programme adapté qui va s’étaler sur six ans.

undefinedEn 1962, Gagarine est élu Député et, grâce à sa popularité et à son pouvoir de convaincre, sa circonscription électorale se voit attribuer d’importants crédits pour la réhabilitation des écoles et des hôpitaux, l’aménagement des routes et la construction d’usines. Dans sa permanence d’élu, il reçoit ses concitoyens pour faire avancer leurs dossiers. Il les aident aussi dans leurs travaux, par exemple ramasser du foin ou refaire une toiture de maison.

Gagarine est également collaborateur des maisons d’éditions lorsqu’il rédige, avec talent, la préface d’ouvrages pour enfants qui lui adressent des lettres auxquelles il répond toujours avec tendresse. Il leur dit de grandir pour qu'ils aillent avec lui sur Mars ou de lui écrire s'ils ont à nouveau de la peine, car il est là pour les aider. 
Gagarine ne veut pas se contenter de ses nouvelles occupations terrestres. Il veut retourner dans l'Espace, mais dès le mois de mars 1963 les autorités politiques commencent à manifester leur opposition à un autre vol. Elles ne veulent plus qu’il risque sa vie. Au mois de juillet, on propose à Gagarine le poste de Directeur de la Cité des étoiles, le centre d'entraînement des cosmonautes. Il le refuse, car il devine une manœuvre visant à l'éloigner des équipes qui se préparent aux vols spatiaux. Heureusement, les séjours à l’extérieur le consolent de ses tracas personnels. C’est ainsi qu’il se rend en France le 27 septembre 1963. Il atterrit au Bourget avant de se rendre dans plusieurs villes dont Paris où il assiste au 14° Congrès d’Astronautique au siège de l’Unesco, puis à une réception au Sénat. A son retour, on lui offre la place d’Adjoint de Kouznetsov, le nouveau Directeur de la Cité des étoiles nommé en novembre 1963. Dans un premier temps, il n’accepte pas, puis il donne son accord le mois suivant après avoir obtenu l’assurance de continuer à s’entraîner.

undefinedEn mars 1964 et pour dissiper ses doutes quant à sa sélection sur une prochaine mission, Gagarine manifeste un vif intérêt pour commander l’équipage du nouveau vaisseau Voskhod 1. Kamanine, le Directeur des équipages, lui répond qu’aucun des cosmonautes qui ont déjà volé n’est assez préparé pour piloter cet engin, parce qu'ils passent beaucoup de temps dans les relations publiques. Gagarine n’est pas dupe. Il pressent sa mise à l’écart et, en juin 1964, il apprend la terrible nouvelle : il n’est plus autorisé à repartir dans l’Espace. Personne ne veut perdre le premier cosmonaute de l’Humanité. Il faut en prendre soin comme s'il était une pièce de musée inestimable. On lui demande d'interrompre son entraînement pour se consacrer uniquement à la préparation et au suivi des missions effectuées par ses camarades.

Gagarine commence alors à protester vigoureusement, car il veut revoler à tout prix. Il n’arrête pas de manifester son désir « d’aller sur la Lune et sur Mars » lorsqu’il va à l’étranger, lorsqu’il donne des conférences, lorsqu’il croise des ministres, lorsqu’il accorde des interviews. Ce souhait sans cesse répété et qui dérange les instances politiques, Gagarine l’exprime aussi en France où il se rend pour la deuxième fois en juin 1965, à l’occasion du Salon aéronautique et spatial du Bourget. Il y rencontre les astronautes américains McDivitt et White à qui il donne une poignée de main chaleureuse sous le regard paternel du Premier ministre Georges Pompidou. Dans la soute de l’avion qui le ramène vers son pays, se trouve un superbe cadeau qui le réconforte de ses ennuis. C’est une voiture de sport, une Matra Jet5 qui lui redonne le sourire lorsqu’il la conduit dans les rues de Moscou.

En novembre 1965, Korolev, le Constructeur en Chef des fusées et le dirigeant du programme spatial qui a toujours eu beaucoup d’affectation pour Gagarine, fait part de son inquiétude sur les changements intervenus dans la personnalité du premier cosmonaute. Après avoir obtenu l'aval des autorités politiques, il demande à Kamanine sa réintégration dans les équipes de vol. Deux mois plus tard, Korolev meurt des suites d’une opération. Gagarine accueille avec énormément de tristesse la disparition de celui qu’il considérait comme son second père. En avril 1966 et après une attente de 22 mois, il lui doit, en grande partie, son retour parmi ses camarades qui se préparent aux missions Soyouz.

undefinedMais en août 1966, Gagarine est très déçu de ne figurer ni dans l’équipage de Soyouz 1, ni dans celui de Soyouz 2 qui doivent s’amarrer en orbite terrestre pour simuler l’accostage du vaisseau orbital lunaire avec le module de retour de la Lune. Il souhaitait prendre le commandement de Soyouz 1, mais il obtient seulement le poste de doublure de Komarov, le seul occupant de la cabine. Kamanine lui fait remarquer que ses heures d’entraînement sont encore insuffisantes, tout en pensant qu’il ne veut pas risquer la vie de Gagarine sur le premier vol d’un vaisseau dans sa version habitée. Cependant, il est prévu qu’il effectue sur Soyouz 3 une mission solitaire d’une semaine. Il va participer aussi à la préparation du programme L1 de survol de la Lune et du programme L3 d’atterrissage sur la Lune. Il caresse ainsi l’espoir d’être le premier homme sur la Lune.

Le rêve de Gagarine s’écroule le 24 avril 1967, le jour fatal où son grand ami Komarov revient précipitamment du Cosmos pour s’écraser sur Terre à bord de Soyouz 1. Quatre mois après ce drame, Kamanine reçoit l’ordre d'interdire à Gagarine de s’entraîner au vol spatial. De plus, il ne peut piloter un avion qu'en présence d'un moniteur. Déjà très peiné par la disparition tragique de Komarov, il est accablé par cette double sentence. Il recommence alors à se battre pour réintégrer les équipes de vol.

Dans cette lutte pénible et incessante qui affecte, à nouveau, sa personnalité, Gagarine continue d’apprécier au plus haut point ses séjours à l’étranger où il est toujours accueilli avec les honneurs. Il est content de retourner en France pour la troisième fois, notamment à Marseille où il arrive le 25 septembre 1967 pour visiter ensuite la Côte d’Azur et pratiquer du ski nautique. Revenu en
Union Soviétique, son objectif immédiat est d'obtenir son diplôme d’ingénieur. Il termine la rédaction de son avant-projet de vaisseau spatial réutilisable de type navette qu'un de ses professeurs à l’Académie Joukovski trouve incomplet. Afin de se consacrer exclusivement à la préparation de son mémoire, il interrompt ses vols en avion biplace, ses activités de Directeur-Adjoint de la Cité des étoiles et ses occupations d’élu au Conseil des nationalités du Parlement.

undefinedEn février 1968, c’est le succès pour Gagarine qui soutient très brillamment sa thèse. Le nouvel ingénieur en aéronautique est si heureux qu’il serre très fort dans ses bras les membres du jury peu habitués à cette démonstration de joie. Ce titre, il l’espérait depuis l’âge de 15 ans, alors qu’il était apprenti fondeur. Cette réussite débloque la situation de Gagarine dont le sourire éclaire à nouveau son visage. On lui propose pour bientôt le poste de Directeur de la Cité des étoiles qu’il accepte. On l’autorise à participer aux vols paraboliques simulant brièvement l’apesanteur dans un avion Tu-104 en compagnie de ses camarades cosmonautes. On lui permet surtout de redevenir rapidement un pilote autonome. 
Gagarine reprend, avec impatiente et bonheur, ses séances le 13 mars 1968. Sur une durée de onze jours, il effectue dix-huit vols sur l’avion-école Mig 15 avec le très expérimenté moniteur Seryoguine, un vétéran de l’aviation de guerre et un pilote d’essai chevronné. Il admire Youri, car il constate qu’un arrêt de plusieurs mois n’a pas diminué ses capacités de pilotage.

Ce triste 27 mars 1968, c’est le dernier jour où Gagarine doit voler accompagné de Seryoguine avant sa requalification comme pilote et la reprise espérée de son entraînement pour une mission spatiale. Toujours en train de plaisanter, il se préoccupe de la santé du docteur qui l'examine, puis leur avion décolle. Ils ignorent qu’ils ont des informations météo insuffisantes, que l’altimètre est défaillant et que l’organisation du trafic aérien est mauvaise. Gagarine réalise ses exercices en abrégeant de seize minutes leur durée parce que les conditions météo se dégradent, alors que deux Mig 21, un autre Mig 15 et un SU-11 évoluent anormalement dans leur zone réservée. undefinedGagarine annonce calmement : " Ici 625…Mission accomplie…Demande permission de revenir ". Soudain leur Mig tombe en vrille dans la nappe nuageuse, déséquilibré par le sillage tourbillonnaire d'un de ces quatre appareils qui vient de le dépasser. Aux commandes, Seryoguine est sur le point de redresser complètement l’appareil, lorsqu’à la sortie des nuages, les deux hommes découvrent qu’ils sont trop près du sol, trompés par le mauvais fonctionnement de l’altimètre qui indique l’altitude. Gagarine et Seryoguine n’ont, hélas, pas le temps de s’éjecter et leur Mig s’écrase dans une forêt près du village de Novosselovo. Notre Cher Gagarine vient de nous abandonner sur Terre.

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Le 1er astronaute, Alan (Al) B. Shepard, est né le 18 novembre 1923 à East Derry (Terre). Enfant, il dévore des livres sur l’aviation et il fréquente régulièrement les aérodromes où il rend des services : il balaie les hangars, lave les avions, tient la pompe à carburant, avec comme récompense un petit tour dans les airs. Après ses études, il s’engage dans la Marine et rentre à l’Académie Navale d’Annapolis d’où il sort en 1944, licencié en sciences. Il commence sa carrière à la fin de la 2° guerre mondiale sur le destroyer Cogswell stationné dans le Pacifique. De retour aux Etats-Unis, Shepard débute son entraînement de pilote à Corpus Christi et le continue à Pensacola. Il est si impatient de voler qu’il obtient son brevet civil avant celui de la Navy, en 1947. Il devient pilote de chasse dans des escadrilles basées en Virginie, en Floride, puis sur des porte-avions en Méditerranée.

En 1950, il suit une formation de pilote d’essai à l’école de Patuxent River, ce qui va lui permettre jusqu’en 1953, puis de 1956 à 1958, d'éprouver de nouveaux avions comme le F3H Demon, le F8U Crusader, le F4D Skyray, le F2H-3 Banshee et le F11 Tigercat. Shepard acquiert une réputation hors pair et il est nommé pilote d’essai-en-chef du F5D Skylancer. Il est un des premiers pilotes de la Navy à faire un appontage sur une piste oblique d’un porte-avions. Il participe aussi à des essais en haute altitude pour obtenir des informations sur la lumière et les masses d’air. Il est également chargé de mettre au point un nouveau système de ravitaillement en vol des avions. Shepard quitte Patuxent River après avoir été instructeur pendant cinq mois. Entre 1953 et 1956, il est officier d’opérations dans une escadrille de nuit en Californie et sur le porte-avions Oriskany, dans le Pacifique. En 1957, il obtient son diplôme du Naval War College de Newport puis il est affecté dans l’équipe du commandant-en-chef de la Flotte américaine en Atlantique, au quartier général de Norfolk.

En avril 1959, Shepard entre dans la 1° équipe des 7 astronautes, à l’âge de 36 ans. Il aime le golf, le ski nautique, le patinage ainsi que la lecture de manuels techniques et de revues politiques. Dans le milieu professionnel, il est connu pour sa froideur et sa distance, son sens de l’écoute et son don pour tempérer les divergences d’opinion. Dans la vie privée, il est réputé pour son espièglerie.

La nomination de Shepard pour qu’il ouvre la voie de l’Espace, provoque une surprise parmi les astronautes. Ils pensaient que ce serait Glenn, lequel va demander, avant l’annonce officielle, le réexamen de ce choix arrêté par Girulth, le Directeur du programme Mercury. Mais, pour lui, le meilleur a été sélectionné.

Le 5 mai 1961, Shepard effectue à bord de Mercury 3 (Freedom 7 : 1,28 tonne/3,34 mètres), un 1er vol suborbital de 15 mn pour atteindre une altitude de 186 km, devenant le 1° Américain dans l’Espace.

Au cours du lancement et pendant trente secondes, la fusée Redstone est soumise à de fortes vibrations qui empêchent Shepard de lire le tableau de bord. Les cinq minutes d’apesanteur sont suffisantes pour qu’il soit le premier à manœuvrer un vaisseau dans les trois axes : tangage, lacet et roulis.

shepard-mercurybis.jpgIl est aussi le premier à revenir à bord de sa cabine, à l’inverse de Gagarine qui s’est éjecté du Vostok, en parachute.

Nommé ensuite comme doublure de Cooper pour le vol de Mercury 9 de mai 1963, Shepard espère voler trois jours à bord de Mercury 10, mais le vol n’est pas confirmé en juin. Il intervient alors auprès du Président Kennedy qui préfère s’en remettre à Webb, le Directeur de la Nasa. Ce dernier maintient sa décision et n’apprécie pas du tout la façon d’agir de Shepard. En février 1964, il est désigné commandant du 1° vol Gemini par Slayton, le Directeur des équipages, mais un mois plus tard, il est contraint d’interrompre son entraînement, souvent victime de vertiges et de nausées. Les médecins lui confirment qu’il est atteint du syndrome de Ménière. C’est un accroissement graduel de la pression du liquide dans l’oreille interne gauche, avec pour conséquence une perte progressive ou intermittente de l’ouïe. Il est donc exclu des équipes de vol.

En juillet 1964, Shepard est alors nommé Chef du Bureau des Astronautes, chargé de leur emploi du temps. Il va être surnommé le " Commandant de Glace ". Fin 1965, la persistance de ses vertiges empêche sa réintégration pour être désigné commandant du 1° vol Apollo. Shepard pense à son avenir et à celui de sa famille. S’il ne peut plus repartir dans l’Espace, ni revoler comme pilote militaire, la Navy peut le mettre en retraite anticipée. Tout en restant à la Nasa et pour améliorer ses futurs revenus, il décide, avec deux associés, d’acheter 52 % des actions d’une banque. Shepard devient Président de la Fidelity Bank and Trust Co. de Houston, puis co-propriétaire de la Bayton National Bank. Homme d’affaires avisé, il fait de nombreux investissements immobiliers et devient propriétaire de garages, de puits de pétrole et de supermarchés. Il va porter un second surnom : " Le millionnaire ".

Le traitement médical long et coûteux suivi depuis quatre ans, n’améliore pas l’état de son oreille interne. En mai 1968, sur les conseils de l’astronaute Stafford et malgré les risques de l’intervention, Shepard se fait opérer par le Dr House, chirurgien réputé. C’est un succès et de suite, il se reprend à espérer. Il ne veut plus être celui qui n’a fait " qu’un saut de puce dans l’Espace ", sans être mis en orbite. Il veut aller jusqu’à la Lune. Guéri, il recommence des activités physiques puis repasse une visite médicale.

En mai 1969, Shepard est réintégré à l’âge de 46 ans dans les équipes de vol et cède sa place à Stafford comme Chef du Bureau des Astronautes. Slayton le propose le mois suivant sur Apollo 13 à la place de Cooper, mais Mueller, l’Administrateur des Vols Humains, refuse cette nomination qu’il juge trop hâtive. Slayton lui donne alors le poste de commandant d'Apollo 14, prévu pour Lovell qui prend celui d'Apollo 13. Sa nomination en août 1969 provoque des vagues. On reproche à Shepard de profiter de sa position au sein de la Nasa et de son amitié avec Slayton - un ancien du 1° groupe des astronautes - pour obtenir rapidement un vol. On s’interroge aussi sur sa capacité à redevenir astronaute, après être resté si longtemps " sur la touche ". Le directeur d’une publication du New Hampshire (Etat de naissance de Shepard) écrit à la Maison Blanche, pour demander s’il n’est pas trop âgé pour une mission aussi périlleuse. La Présidence s’inquiète alors auprès du Docteur Berry de la Nasa, qui est obligé de justifier médicalement l’affectation de Shepard, dans une lettre de dix pages. La polémique n’empêche pas le premier astronaute américain de commencer un entraînement intensif qui va durer 18 mois et qu’il n’a jamais imposé à la soixantaine d’astronautes quand il était en charge de leur planning.

shepard-ds-apollo.jpgDu 31 janvier au 9 février 1971, Shepard réalise enfin son 2° et dernier vol de 9 j 2 mn à bord d’Apollo 14 (44,45 tonnes/18,12 mètres), avec Mitchell et Roosa. Trois heures après le lancement et sur le trajet Terre-Lune, Roosa sépare la cabine Apollo du 3° étage de Saturn V et entame la manœuvre de retournement dans le but de s’amarrer en douceur au module lunaire (LM) fixé sur le 3° étage. Quelques minutes plus tard et après une deuxième tentative, Shepard annonce, inquiet " Ca n’accroche pas ". Trois autres essais interviennent, sans succès. A la sixième fois, Roosa réussit enfin grâce à un amarrage en force, obtenu en accélérant la vitesse d’Apollo.

Plus tard, après la séparation en orbite lunaire du LM, les contrôleurs signalent soudain à Shepard et Mitchell que le système automatique d’avortement de l’atterrissage est anormalement activé, ce qui signifie que dès l’allumage du moteur, l’étage de remontée se séparera de l’étage de descente, pour rejoindre la cabine Apollo. Un programme informatique conçu rapidement pour ignorer cette anomalie, est adressé à Mitchell qui le rentre dans l’ordinateur, sans aucun problème. Soulagé, Shepard déclare " C’est une belle journée pour atterrir à Fra Mauro ". Rien n’est encore sûr car six minutes après sa mise en marche, le radar d’atterrissage s’arrête de fonctionner correctement. Les contrôleurs informent alors Shepard qu’il doit se préparer à l’avortement de la descente. Mais il préfère attendre. Il a raison car de nouveau, les données du radar s’affichent sur l’écran du LM. Shepard est contraint de prolonger la descente d’une minute, pour ne pas poser le module de 6,98 mètres sur un site accidenté. Les astronautes atterrissent dans la région de Fra Mauro. C’est le 3° alunissage et Shepard devient le 5° piéton lunaire.

shepard-apollo-14bis.jpgIl déclare alors, après avoir posé ses pieds sur la Lune " Ca été un long chemin, mais nous y sommes ". Dans la salle de contrôle, quelqu'un s'écrie : "Pas mal pour un vieux !". Au cours de la deuxième sortie, l’ascension du cratère du Cône se révèle difficile car la pente est de 12°. Shepard et Mitchell avancent péniblement sur un sol rocailleux. Ils doivent s’arrêter plusieurs fois à cause de la fatigue et de la chaleur dégagée par le corps que ne peut pas évacuer rapidement le système de refroidissement de leur combinaison. Ils ont du mal à trouver le bon tracé car leur carte n’est pas assez précise. Ils prennent du retard sur l’horaire et sont obligés de rebrousser chemin, alors qu’ils se trouvent à quarante mètres du sommet du cratère.

A la fin de la deuxième sortie, Shepard s’offre un moment de détente. Avec le manche d’un collecteur de pierres, il expédie au loin deux balles de golf " C’est le plus beau coup de ma vie " dit-il, avant de jeter un piolet, comme un lanceur de javelot. Durant leur séjour, Shepard et Mitchell installent une station scientifique Alsep, parcourent 4 km en tirant une brouette chargée d’équipements et ramassent 42,8 kg de pierres. Les deux sorties totalisent une durée de 9 h 22 mn et les astronautes décollent avec, à leur actif, 1 j 9 h 30 passés sur la Lune. Apollo quitte l’orbite lunaire 2 j 18 h 35 mn après son insertion. De retour sur Terre, Shepard se confie au contrôleur Griffin " J’étais venu de trop loin pour abandonner la Lune. J’aurais continué l’approche même sans radar ".

Il reprend son poste de Chef du bureau des astronautes puis, deux ans après, il devient Directeur des équipages et en janvier 1974, il est nommé Chef du bureau des opérations en vol.

En juillet 1974, Shepard quitte la Nasa pour prendre la présidence de la Marathon Construction Compagny, une firme de construction immobilière. Il devient aussi Président de la Windward Distribution Compagny, une société de vente de la bière Coors et rejoint le conseil d’administration de plusieurs sociétés. Il crée la Seven Fourteen Enterprises et se trouve à la tête d’un groupe bancaire. Il est nommé Président de l’Astronaut Scholarship Foundation, une institution qui accorde des bourses universitaires aux étudiants s’orientant vers la science et l’ingénierie. En 1996, les médecins découvre qu'il est atteint d'une leucémie. Shepard décède deux ans plus tard, le 21 juillet 1998, à l’âge de 75 ans.

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Le 2° cosmonaute, Guerman S. Titov, est né le 11 septembre 1935 à Verkhneye Zhilino (Terre). Il porte le prénom du héros du roman " La Dame de pique " de l’écrivain Pouchkine que son père adore. Enfant, il tombe de sa bicyclette et se casse un poignet. Il ne dit rien à ses parents qui s’en aperçoivent tardivement. Le poignet, mal ressoudé, devra être fortifié par des exercices réguliers. Très bon élève, Titov veut être aviateur et en 1949, il entre dans une école préparatoire. Il craint que la vérité sur son handicap soit découverte et qu’il ne puisse pas devenir pilote lorsqu’en 1953, l’Ecole Supérieure Kacha de l’Armée de l’Air l’accueille comme cadet d’aviation.

Tous les matins, il se lève une heure plus tôt pour travailler aux barres parallèles. Il continue ainsi à donner davantage de force à son poignet. Un jour, Titov répond en haussant le ton, à un colonel antipathique qui vient de lui crier une réflexion. Grâce à l’intervention de son instructeur, il n’est pas renvoyé. Car c’est un excellent élément : il pilote avec hardiesse et aisance. Il est le premier de sa promotion et le premier aussi à prendre seul les commandes d’un avion à réaction. En 1955, il se trouve à Stalingrad dans l’Ecole des pilotes d’essais d’où il sort en 1957, diplômé en aéronautique avec mention. Titov est affecté ensuite dans le secteur de Leningrad pour une belle carrière au sein des Forces Aériennes. Il décroche de nombreux records de vitesse et d’altitude.

Au moment des épreuves de sélection comme cosmonaute, Titov se met en colère contre les psychologues qui l’assomment de questions " absurdes ". Un célèbre médecin empêche alors son élimination "pour réaction non contrôlée". Lors des examens médicaux, aucune radio des poignets n’est faite et il échappe une fois de plus à l’exclusion.

En mars 1960, Titov est admis à l’âge de 25 ans dans le 1er Corps de Cosmonautes. Il est très cultivé, avec des dons littéraires certains et une passion pour la poésie. Son caractère particulier et son franc-parler qui peuvent vexer autrui, s’effacent devant son exceptionnel professionnalisme, sa supériorité en tant que pilote et son talent d’orateur.

titov-ds-vostok.jpgTitov est la doublure de Gagarine avant d’effectuer du 6 au 7 août 1961, à bord de Vostok 2 (4,73 tonnes/4,40 mètres), son unique vol autour de la Terre en 1 jour 1 h 11 mn. C’est un record mondial de durée à l’époque : quatorze fois plus longtemps que Vostok 1. Quarante-quatre ans après, Titov reste encore à 26 ans, le plus jeune à être parti pour le Cosmos. Dès la première orbite, il est atteint du mal de l’espace. Il souffre d’une perte d’orientation et il a l’impression qu’il tombe, les jambes en l’air. S’il remue la tête brusquement ou suit les aiguilles des cadrans du tableau de bord, Titov est pris de nausées et de vertiges.

titov-vostok.jpgIl se trouve dans un étrange brouillard et lors de la seconde orbite, il envisage même de demander la permission de revenir. Il commence à être fatigué et annonce : " Je suis maintenant en train de m’allonger. Vous penserez ce que vous voudrez, mais moi, je vais dormir ". Titov peut récupérer après une période de sommeil : " Aucun rêve, j’ai dormi comme un bébé ". Il rassure le sol : " Tout est en ordre ". Mais les malaises recommencent et se poursuivent jusqu’à la 12° des 17 révolutions prévues. Cela ne l’empêche pas d’effectuer son programme de travail. Il prend notamment les commandes manuelles à deux reprises. Pendant quelques instants, le système de chauffage tombe en panne et la température descend jusqu’à 6° C. Après la mise à feu des rétrofusées, la cabine reste attachée par les courroies métalliques au module de service.

Ils pénètrent dans l’atmosphère en se heurtant jusqu’à ce que la chaleur brûle les attaches et le module. Puis, Titov s’éjecte du Vostok en parachute mais, arrivé près du sol, il se rend compte qu’un vent violent le dirige vers un train de marchandises. Il réussit à se poser brutalement sur le côté, à 180 m des rails. " J’ai vu des chandelles !" déclare-t-il. Alors qu’il va être examiné par les médecins, Titov ouvre une bière et la vide entièrement devant les spécialistes ébahis par cette entorse au règlement. La malformation de son poignet est alors décelée par le médecin-chef : il ne lui aurait pas donné la permission de partir pour l’Espace !

undefinedEn 1962, Titov est élu Député, puis réélu quatre ans après. Il dirige à partir de 1965, le groupe d’entraînement sur l’avion spatial d’interception Spiral qui ne verra pas le jour. Titov vole alors sur des Mig 17, des Mig 21 et d’autres chasseurs. En 1967, il est pilote d’essai de 3° classe et, en 1968, il obtient son diplôme d’ingénieur en aéronautique, après avoir suivi les cours de l’Académie Joukovski. Après la mort de Gagarine, les autorités ne veulent plus que le deuxième cosmonaute revole.

En juillet 1970, Titov quitte le Corps des Cosmonautes. Il continue à piloter des chasseurs supersoniques, mais à géométrie variable. En 1972, il possède un diplôme en sciences et deux ans après, il supervise les essais du futur Soyouz T. Il décroche un autre diplôme en sciences techniques en 1981 et il occupe différents postes au Ministère de la Défense en 1982-83. Titov redevient Député en 1983, puis en 1985, il est rédacteur-en-chef adjoint de la revue Aviation et Cosmonautique. En 1988, il coordonne la fabrication et la préparation des lanceurs spatiaux, au Ministère de la Défense et quitte l’Armée en 1991. Titov s’en va le 20 mars 2000 pour un dernier voyage, foudroyé par une crise cardiaque à l’âge de 65 ans.

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grissom.jpgLe 2° astronaute, Virgil (Gus) I. Grissom, est né le 3 avril 1926 à Mitchell (Terre). Le surnom de " Gus " lui a été donné en raison de son caractère joyeux. Il s’engage en 1944 dans l’Armée de l’Air et en 1950, il termine ses études à l’université Purdue de Lafayette, avec une licence d'ingénierie mécanique. Pilote de chasse, Grissom effectue 100 missions de combat pendant la guerre de Corée (1950-53) où il se comporte en magnifique soldat moderne, à bord des avions Sabre. Après la Corée, il retourne à l’université où il obtient son diplôme d’ingénieur aéronautique. En 1955, Grissom sort de l’Institut de Technologie de l’Armée de l’Air et en 1956, il rentre dans l’école des pilotes d’essai d’Edwards. Après six mois de stage, il teste de nouveaux chasseurs supersoniques à la base de Wright Patterson AFB.

En avril 1959, Grissom est admis dans la 1ère équipe d’astronautes, à l’âge de 33 ans. C’est un homme méthodique et calme, mais il lui arrive de se mettre en colère. Car côté ingénierie, Grissom est aussi fort que le plus calé des ingénieurs et lorsqu’il en voit un qui travaille mal lors de la préparation d’un lancement, il lui donne la possibilité soit de partir par l’escalier, soit de se faire balancer du haut de la tour de lancement ! Il est passionné par le ski nautique et la vitesse à bord de sa voiture, une Corvette.

Le 21 juillet 1961, à bord de Mercury 4 (Liberty Bell 7 : 1,27 tonne/3,34 mètres), Grissom effectue un 1er vol suborbital de 15 mn.

L’amerrissage est rude : la capsule se couche sur le côté puis se redresse. Alors qu’il commence les préparatifs d’évacuation, les boulons explosifs qui retiennent l’écoutille de secours, sautent soudainement. La trappe est éjectée et Grissom voit une masse d’eau s’engouffrer dans l’habitacle. Il en sort péniblement pour nager mais l’eau pénètre dans sa combinaison par une valve ouverte qu’il ne peut pas fermer rapidement. Alourdi par le poids de l’eau dans sa combinaison et gêné par les remous causés par les pales de l’hélicoptère, Grissom a l’impression qu’il ne pourra pas surnager encore longtemps. Il essaie à plusieurs reprises d’attraper le collier d’amarrage suspendu au-dessous de l’hélicoptère. Il réussit enfin pour être hissé à bord.

L’autre hélicoptère arrive à crocheter avec un câble, la capsule déjà remplie à moitié d’eau. Le pilote réalise que cette charge supplémentaire va précipiter son appareil au contact de l’eau. Il décide de lâcher le câble et la cabine coule. En débarquant sur le navire de récupération, Grissom annonce " Donnez-moi à boire… de l’eau douce naturellement ".

Plus tard, il manque de se tuer en atterrissant en catastrophe à bord d’un avion supersonique dont les commandes se sont faussées.

Le 23 mars 1965, Grissom réalise sa 2° et dernière mission à bord de la 1ère Gemini 3 (3,22 tonnes/5,74 mètres) avec comme coéquipier Young, d'une durée de 4 h 52. Pendant un moment, le système de pilotage ne fonctionne pas correctement : la cabine penche sur la gauche, les indicateurs d’attitude ne marchent pas très bien, un système d’alimentation accuse une baisse de pression et la chaleur à bord est pénible à supporter.

Lors d’un repas, Young présente à un Grissom stupéfait son sandwich préféré au corned beef, embarqué clandestinement, à l'initiative de Schirra. Il avale avec plaisir quelques bouchées au grand dam des médecins et des ingénieurs qui craignent que des miettes pénètrent dans les systèmes électroniques.

grissom-gemnibis.jpgL’objectif principal de la mission est atteint : pour la première fois, un engin spatial a effectué des changements d’orbite.

Au retour, la capsule amerrit sur une mer très mouvementée, loin du point prévu. Gemini 3, au lieu de présenter son bouclier, arrive la tête en bas. La violence du choc est telle que la cabine s’enfonce un instant sous l’eau. Les astronautes ont la tête qui touche violemment leur hublot. Grissom a un trou dans son casque et Young, une fente dans le sien. La cabine se redresse mais elle ballotte sur des vagues d’un mètre de haut. Grissom refuse d’ouvrir l’écoutille de Gemini tant que les hommes-grenouilles n’ont pas ceinturé la capsule d’un anneau de flottaison. Cela prend du temps et il est pris de vomissements.

En 1966, Grissom est désigné commandant du 1er vol Apollo pour tester le vaisseau orbital lunaire autour de la Terre.
Ce 27 janvier 1967, il se trouve au Centre Kennedy où doit avoir lieu la répétition générale avant le lancement programmé pour le 21 février. A 13 heures, Grissom, White et Chaffee sont à bord d'Apollo au sommet de la fusée Saturn 1B et le compte à rebours débute pour une longue série de vérification des systèmes. Les astronautes sont d'abord incommodés par une odeur aigre qui pénètre dans leur casque après qu'ils aient branché l'alimentation en oxygène. Elle s'en va, chassée par le régulateur d'air puis revient, avant de disparaître définitivement. Le système de communications donne ensuite des soucis. Les astronautes entendent mal ou pas du tout, à travers les parasites, les instructions des contrôleurs. Grissom exprime son agacement : " Comment voulez-vous que nous vous parlions depuis la Lune alors que nous ne pouvons même pas communiquer de la rampe de lancement à votre bâtiment ? " Il est 18 h 20 quand on décide d'interrompre le compte à rebours à H-10 mn pour que les techniciens puissent régler les problèmes.

Et puis le drame éclate. Peu avant la reprise à 18 h 31, White s'écrie : "Feu à bord !" suivi par Grissom : "Il y a le feu dans le cockpit ! " et par Chaffee : "Au feu ! Sortez-nous de là !" Sous la couchette de Grissom, une étincelle provoquée par un fil dénudé vient de déclencher un violent incendie dans l’atmosphère d’oxygène pur de la cabine. Protégés du feu un certain temps par leur combinaison spatiale, les astronautes ont 90 secondes pour ouvrir l'écoutille de la coque intérieure, celle de la coque extérieure et celle du bouclier de protection au lancement. Les contrôleurs aperçoivent alors sur leur écran vidéo, une ombre en mouvement et une lueur brillante derrière le hublot. C'est White qui tend ses mains gantées par-dessus sa tête pour déverrouiller le mécanisme de la première écoutille, alors que sa vue est gênée par les flammes qui s'agitent autour de sa visière. Il n'a malheureusement pas le temps car 8 secondes et demie plus tard, l'équipage meurt asphyxié en respirant l’air brûlant et les vapeurs toxiques qui passent par les tuyaux reliés aux casques.
Dans la salle qui ceinture Apollo, une épaisse fumée noire jaillit sur le côté du vaisseau, suivie de flammes. On entend un craquement et la cabine s'ouvre au niveau du plancher. Une explosion de chaleur accompagnée d'une onde choc renverse alors les techniciens venus secourir les astronautes. Atteints de gouttelettes de matière en fusion, ils se relèvent en suffoquant, parviennent à mettre des masques et  décrochent les extincteurs pour éteindre le feu. Ils ouvrent les écoutilles 6 mn après les appels des astronautes et constatent leur décès. Leurs combinaisons partiellement brûlées ont protégé en partie leur peau de l'incendie qui a été très violent et de courte durée.

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nikolaiev-a.JPGLe 3° cosmonaute, Andrian G. Nikolaïev, est né le 5 septembre 1929 à Shorshely (Terre). Il s’inscrit dans une école pour la formation de médecins puis la quitte pour rentrer dans un centre technique de sylviculture, sous l’influence de son frère aîné qui travaille sur le déboisement. Nikolaïev devient garde-forestier et bûcheron dans des forêts de bouleaux et de sapins. En 1950, il fait son service militaire et saisit cette opportunité pour s’engager dans l’Armée de l’Air afin de suivre des cours à l’école d’aviation de Chernigov puis à celle de Frunze d’où il sort en 1954, diplômé en aéronautique.

Nikolaïev sert d’abord en tant que mitrailleur à bord d’avions puis comme opérateur radio dans les équipages des bombardiers Tu-2. Il se trouve ensuite dans le district de Moscou, aux commandes d’avions de chasse. Lors d’un vol en 1956, le moteur de son Mig s’arrête et toutes les tentatives pour le réallumer, échouent. Nikolaïev ne veut pas abandonner son appareil et réussit à atterrir sans casse dans un champ de seigle, à la surprise générale. Il reçoit ce jour-là, le surnom de M. Sang-froid.

En mars 1960, Nikolaïev est admis à l’âge de 31 ans dans le 1er Corps de Cosmonautes. Il est réservé, calme et taciturne. Il cause si peu que lorsque cela lui arrive, tout le monde est attentif car les phrases qu’il prononce ont été longuement réfléchies. En mars 1962, on voit le premier célibataire de l’Espace porter une valise dans une chambre de la Cité des Etoiles qui va être occupée par Valentina Tereshkova.

nikolaiev-ds-vostok.jpgDu 11 au 15 août 1962, Nikolaïev effectue un 1er vol record de 3 j 22 h 22 mn autour de la Terre, à bord de Vostok 3 (4,72 tonnes/4,40 mètres). 

nikolaiev-vostok.jpgIl est baptisé le " jumeau " du Cosmos car le lendemain Popovitch, le deuxième " jumeau ", s’approche à 4,8 km de lui, dans Vostok 4. C’est la première fois que deux vaisseaux se trouvent en même temps sur orbite.

Le 13 août, la décision est prise de prolonger d’une journée le vol de Nikolaïev malgré l’opposition de Kamanine, Chef des équipages des Cosmonautes. La température à l’intérieur de la cabine est en effet tombée de 27° C à 13° C mais ne continue pas à descendre.

En novembre 1963, Nikolaïev se marie avec Valentina Tereshkova devenue en juin la première femme de l’Espace et qui met au monde en juin 1964 une fille, Lena. Nikolaïev succède en 1966 et pour quatre ans, à Gagarine en tant que Directeur du Corps des Cosmonautes. En 1968, il obtient son diplôme d’ingénieur aéronautique de l’Académie Joukovski mais il échoue à l’examen de sélection de l’équipage de Soyouz 8.

Désigné ensuite comme commandant de la mission Soyouz 9 et à six mois du lancement, Nikolaïev se fait surprendre par Kamanine, en train de fumer une cigarette à Baïkonour. Il récidive six jours avant le départ de Soyouz 9 et Kamanine furieux, l’aurait exclu du vol si le décollage n’avait pas été si proche. L’avant-veille du lancement, Nikolaïev part à la pêche où il attrape un brochet qui lui mord un doigt. Enflé et douloureux, le doigt redevient heureusement normal après une légère intervention pratiquée par un médecin.

nikolaiev-ds-s9.jpgDu 1er au 19 juin 1970, Nikolaïev en compagnie de Sevastianov, accomplit un 2° et dernier vol record de 17 j 16 h 58 mn autour de la Terre, à bord de Soyouz 9 (6,50 tonnes/6,98 mètres).

Les panneaux solaires du vaisseau produisent trop d’électricité et le système pour réguler le trop-plein vers les batteries, ne fonctionne pas. On décide alors de faire tournoyer le Soyouz pour diminuer l’exposition des panneaux au soleil. Mais cela a pour conséquence de vider les batteries. Nikolaïev et son coéquipier sont donc obligés de se lever deux heures avant la fin de leur période de sommeil, pour les recharger en dirigeant les panneaux vers le soleil, pendant un certain temps.

nikolaiev-soyouz.jpgOn craint alors que la mission ne se termine mais le système de régulation remarche correctement au bout de huit jours. Nikolaïev et son coéquipier réalisent des études médicales et biologiques, la photographie de secteurs géographiques et géologiques, des exercices de navigation et mettent au point les méthodes d'utilisation des futures stations Saliout.

Le retour sur Terre de Nikolaïev et de son coéquipier est pénible. Très fatigués, ils sont incapables de se lever de leur siège et l’équipe de récupération les aide à sortir par l’écoutille. Ils avouent ne pas avoir eu le temps de faire les deux heures d’exercices physiques prévues chaque jour.

En 1970, Nikolaïev se retire du Corps des Cosmonautes et devient Directeur-Adjoint de la Cité des Etoiles. En juillet 1971, il crée la panique à l’ambassade soviétique de Paris, en disparaissant lors d’un coktail. Est-il parti pour demander l’asile politique à la France ? Non ! On retrouve Nikolaïev un peu plus tard à la terrasse d’un café à côté de l’ambassade, en train de déguster tranquillement une boisson.

Par la suite, il assure le rôle de contrôleur de vol des missions Soyouz 13, Soyouz 14, Soyouz 16 et Soyouz 17. En 1975, Nikolaïev obtient un diplôme en sciences techniques et il divorce de Valentina Tereshkova en 1982, après vingt ans de vie commune. De 1991 à 1993, il est député et puis adjoint de Sevastianov au Parlement russe. En 1992, Nikolaïev quitte l’Armée et ses fonctions de Directeur-Adjoint de la Cité des Etoiles. Le 4 juillet 2004, il meurt d'un arrêt cardiaque, à l'âge de 75 ans.

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glenn.jpg 

Le 3° astronaute, John H. Glenn Jr., est né le 18 juillet 1921 à Cambridge (Terre). Diplômé en mathématiques du Muskingum College, il s’engage dans le Corps des Marines en 1943 et entre à l’école des pilotes d’aviation du centre d’entraînement de l’US Navy (Texas). Il sert ensuite dans différentes unités de l’Aéronavale. En 1944-45, lors de la guerre contre les Japonais, Glenn effectue 59 missions de combat comme pilote de chasse sur des Corsair. Après la seconde guerre mondiale, il se trouve basé en Extrême-Orient puis il revient aux Etats-Unis en 1948, comme instructeur à Corpus Christi (Texas).

 Pendant la guerre de Corée en 1953, il réalise 63 missions de combat sur des F9F Panther et des F-86 Sabre. Glenn est réputé pour réussir à ramener des appareils en si mauvais état qu’ils vont directement à la casse. Après la guerre de Corée, il séjourne de 1954 à 1956 à l’école des pilotes d’essai de la Marine de Patuxent River (Maryland) où il est Chef de projet pour la mise au point des avions de l’Aéronavale. Le 16 juillet 1957, dans le cadre du Projet Bullet, Glenn bat un record supersonique en 3 h 23 mn entre Los Angeles et New York, aux commandes d’un F8U Crusader.

En avril 1959, Glenn rentre dans la 1ère équipe d’astronautes, à l’âge de 38 ans. Il se distingue de ses collègues par son côté paternaliste et ses leçons de morale, pas toujours appréciées. Il se passionne pour les courses automobiles.

glenn-ds-mercury-bis.jpgLe 20 février 1962, à bord de Mercury 6 (Friendship 7 : 1,35 tonne/3,34 mètres), Glenn devient le 1er Américain à accomplir son 1er vol de 4 h 55 autour de la Terre. Lors de la 1ère révolution, la cabine effectue des embardées car le système automatique de mise à feu des fusées de stabilisation est déréglé. Il parvient à arrêter le mouvement avec les commandes manuelles. " Tu veux revenir ? " lui demande Shepard. " Je continue tant que je peux piloter la Mercury" lui répond Glenn.

Alors qu’il entame la 2ème des 3 orbites prévues, un signal automatique indique que les fixations du bouclier de la capsule se sont détachées. Est-ce le bouclier qui a une défaillance ou bien le capteur qui émet un signal erroné ? Dans le doute, les rétrofusées larguées après leur mise à feu pour le retour, resteront en place. On espère ainsi que les rétrofusées et les bandes métalliques qui les attachent à la cabine, aideront à maintenir un moment le bouclier en place et qu’après, la pression dynamique plaquera le bouclier contre la capsule. Lors de la rentrée, Glenn entend des coups sourds à l’arrière de la Mercury et il voit une bande métallique et des morceaux de métal cogner le hublot avant de brûler et de disparaître.

glenn-mercury-1.jpgA la sortie des hautes couches de l’atmosphère, il déclare " Eh bien, ce fut un joli feu d’artifice ! " Les fixations du bouclier ne se sont pas détachées. C’était un faux signal. C’est alors que la cabine se met à ballotter dangereusement, avec de fortes secousses. Glenn s’efforce de la contrôler manuellement mais il tombe en panne de carburant. Il décide d’ouvrir en avance le parachute stabilisateur. A l’amerrissage, ne parvenant pas à sortir de la capsule par l’écoutille supérieure, il réussit après plusieurs essais, à faire sauter l’écoutille latérale de secours mais son ouverture brutale lui cause quelques égratignures sur le visage.

Un an après, Glenn espère toujours avoir la chance de voler à nouveau. En novembre 1963, l’assassinat de John Kennedy dont il est l’ami de famille, le bouleverse. Il revoit sa place dans le programme spatial. Il déclare qu’il serait désolé de s’entraîner pendant sept ans en vue d’un vol pour lequel il serait trop âgé.

En janvier 1964, Glenn quitte la Nasa pour se lancer dans la politique. Sa campagne pour les sénatoriales dans l’Ohio se termine fin février pour des raisons de santé : dans la salle de bains, il glisse et sa tête heurte la baignoire. Pendant plusieurs mois, il souffre de vertiges. En octobre 1964, il devient Administrateur de la Royal Crown Cola Compagny, une société de boissons gazeuses d’Atlanta, puis Président. Glenn est aussi nommé en 1965 conseiller de Webb, l’Administrateur de la Nasa. Dans la campagne présidentielle de 1968, il aide son ami Robert Kennedy qui est assassiné. Sa deuxième tentative pour les sénatoriales en 1970 échoue.

En novembre 1974, Glenn est enfin élu triomphalement pour six ans, sénateur démocrate de l’Ohio. En 1976, Glenn est un des prétendants au poste de Vice-Président de Jimmy Carter, Président des Etats-Unis et en 1980, il est réélu sénateur. En 1984, il figure parmi les candidats du parti démocrate à la présidence des Usa. Il est réélu en 1986 sénateur pour la troisième fois et en 1992, pour la quatrième fois. Il prend sa retraite de sénateur en novembre 1998, après une carrière de 24 ans.

Depuis plusieurs mois déjà, Glenn insiste pour revoler auprès de la Nasa qui accepte en janvier 1998.

glenn-ds-sts.jpgDu 29 octobre au 7 novembre 1998, il réalise son 2° et dernier vol de 8 jours 21 h 44 à bord de la navette Discovery (STS 95 : 102,92 tonnes/37,28 mètres), en compagnie de Brown, Lindsey, Parazynski, Robinson, le Japonais Mukaï et l’Espagnol Duque. La mission a pour but de larguer et de récupérer la plate-forme Spartan, chargée de l’étude de la physique solaire, de lancer le satellite amateur Pansat de la Marine et d’effectuer à bord du module Spacehab, 83 expériences scientifiques et technologiques dont l’étude de la croissance des protéines pour l’élaboration de médicaments.

glenn-sts2.jpgA 77 ans, Glenn devient la personne la plus âgée à partir pour l’Espace. Il est le sujet idéal pour l’étude des phénomènes liés au vieillissement de l’organisme humain, doublé d’un parfait cobaye qui subit dix prises de sang effectuées par le médecin de formation Parazynski, surnommé Dracula par ses collègues.

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