Le 1er cosmonaute, Youri A. Gagarine, est né le 9 mars 1934 à Gjatsk (Terre), proche du village de Klouchino où il passe une enfance heureuse jusqu’à ce que la seconde
guerre mondiale éclate, accompagnée de son fardeau de malheurs. A la mi-octobre 1941 et six semaines après son entrée en classe primaire, Youri regarde, les yeux écarquillés par la peur,
l’invasion des troupes nazies. Effrayé, il assiste à l’incendie de son école et à l’occupation de la maison de ses parents. Toute la famille se réfugie alors dans l'abri de jardin creusé dans une
bosse de terre. Avec colère et tristesse, Youri voit partir son frère Valentin et sa sœur Zoïa amenés de force vers un camp de travailleurs en Pologne. Mais ils peuvent s’échapper : le
premier rejoint le front de bataille et la seconde intègre le service santé de l'armée.
Après la fuite de son père qui rallie la résistance,
Youri se retrouve avec sa mère et son petit frère Boris qui manque de mourir parce qu'un jour, les deux frères sont surpris en train de remplir de sable les batteries des voitures. Furieux, un
Allemand attrape Boris et le suspend à une branche avec son écharpe. Affolé, Youri court chercher sa mère qui pousse des cris en le voyant s’étrangler. Elle bouscule l'Allemand qui s'apprête à
prendre son fusil lorsqu'arrive un officier qui l'en empêche. Boris est enfin détaché et réanimé.
Pendant un an et demi, Youri aide sa mère dans les travaux des champs et il continue à commettre des actes de sabotage. Chaque fois qu’un convoi ennemi s’approche du village, il se dépêche
avec ses camarades de placer des clous et des tessons de bouteille au tournant des routes pour crever les pneus des véhicules et, le soir, il bouche avec des pommes de terre ou des chiffons le
tuyau d’échappement des camions arrêtés pour la nuit.
En mars 1943, Klouchino est enfin libéré. Youri retrouve sa maison et il reprend l’école si longtemps interrompue. En mai 1945, il déménage à Gjatsk où son père vient de s’installer comme menuisier, charpentier et maçon pour la reconstruction de la ville. Bon élève, Youri marque sa préférence pour les mathématiques et la physique mais, en 1949, il décide de plus continuer l’enseignement secondaire alors qu’il a 15 ans. Sachant que ses parents ne pourront pas l’aider financièrement à poursuivre des études supérieures, il veut être admis dans un centre d’apprentissage pour apprendre la profession de tourneur ou d’ajusteur, commencer à gagner sa vie, travailler ensuite dans une usine tout en étudiant le soir pour entrer plus tard dans une école d’ingénieurs.
Lorsqu’il arrive à Moscou où vit son oncle, Youri constate avec regret qu’il lui manque une année scolaire pour accéder à l'établissement professionnel qui a déjà
terminé les inscriptions. On lui conseille alors de commencer son apprentissage en septembre 1949 au centre de Lioubertsy pour préparer un autre métier, celui de fondeur qui consiste à
mouler des pièces avec du métal fondu, à l’aide d’une machine-outil. Finalement, ce travail lui plaît et il est heureux d’adresser à ses parents une partie de son "salaire". Il s’inscrit aussi à
des cours du soir et il emprunte des ouvrages techniques qu’il consulte dans sa chambre avant de s’endormir.
En juin 1951, Youri Gagarine reçoit la qualification de fondeur-mouleur de 5° catégorie, ce qui lui permet d’entrer au collège industriel de perfectionnement de Saratov. Durant sa troisième et dernière année de formation, il effectue des stages pratiques dans des usines à Moscou et à Leningrad. Il profite de son séjour dans ces grandes villes pour se rendre dans les musées et les théâtres.
C’est à Saratov que Gagarine commence à prendre conscience de son attrait pour l’Espace. La physique a toujours été sa matière préférée. Après avoir réussi son exposé sur les travaux du savant russe Lebedev concernant la pression de la lumière, il se rappelle avoir entendu son professeur de Gjatsk lui parler de Tsiolkovski, le père fondateur de l’astronautique moderne. Il décide donc d’aborder le sujet : Tsiolkovski et sa théorie des fusées et des voyages interplanétaires. Pour le traiter, il se plonge dans la lecture de ses ouvrages (Exploration des espaces cosmiques par des engins à réaction et Trains de fusées cosmiques). Emu par ces écrits, il conclut son rapport par la phrase prophétique du génial théoricien : L’homme ne restera pas éternellement sur Terre. Dans sa course vers la lumière et vers l’Espace, il franchira timidement l’atmosphère, puis il fera la conquête de tout l’Espace circumsolaire.
Gagarine remarque aussi que ses pensées s’envolent chaque fois qu’il voit ou entend un avion et les battements de son cœur s’accélèrent quand il croise un aviateur dans la rue. Il se
souvient aussi de sa rencontre émouvante avec un pilote soviétique dont l'appareil endommagé s'était posé près de son village pendant la guerre. En octobre 1954, il se décide à prendre des
leçons à l’école aérotechnique de l’aéroclub de Saratov, le soir, après le collège. Cependant, il trouve que cet enseignement s’éternise. Il faut écouter les instructeurs,
étudier des manuels et résoudre des problèmes. Il lui tarde de voler.
Une fois cette formation théorique terminée, Gagarine doit apprendre à sauter en parachute avant de piloter un avion. Le jour venu, il sort de la carlingue d’un PO-2, avance ses deux pieds sur l’aile, mais il hésite à se jeter dans le vide. Son moniteur lui crie : « Pas d’histoires Youri ! Vas-y ! Les filles te regardent en bas ! » Il s’élance et il tire sur l’anneau du parachute. Inquiet qu’il ne s’ouvre pas aussi rapidement qu’il le voudrait, sa main cherche alors à déclencher le parachute de secours quand, soudain, une brusque secousse lui signale le déploiement du parachute principal qui le dépose sur la terre ferme peu après.
Puis Youri Gagarine prend place à bord de l’avion-école, un Yak-18, avec lequel son instructeur exécute des voltiges pour vérifier la
résistance de son élève qui prend soin de serrer les dents et de fermer les yeux. Ensuite, Youri va décoller, voler et atterrir aux commandes de cet appareil, toujours accompagné
d’un moniteur chargé de constater les fautes de pilotage qui deviennent de moins en moins nombreuses. A la fin du stage, son instructeur le félicite pour son habileté à réaliser des
atterrissages doux. Enfin, il effectue son premier vol en solitaire et il découvre un bonheur indéfinissable. Ce
plaisir, il n’est pas certain de le retrouver quotidiennement s’il travaille dans une usine ou dans un bureau d'études.
En juin 1955, Gagarine reçoit à la fois son brevet de pilote et son diplôme de technicien fondeur avec mention excellent. Les professeurs sont satisfaits de sa monographie remplie de chiffres et
de dessins techniques dans laquelle il décrit une fonderie destinée à produire un grand nombre de pièces, les procédés de fabrication et les méthodes d’enseignement aux élèves des écoles
professionnelles.
Gagarine n’hésite pas longtemps entre partir pour Tomsk comme fondeur ou
rejoindre l’Armée de l’Air comme élève officier. Il souhaite devenir aviateur militaire pour piloter des avions de chasse supersoniques. Il est encouragé par son moniteur de l’aéroclub
affilié à l’Armée qui se charge des formalités pour son admission à l’école d’aviation de la ville de Tchkalov, renommée Orenbourg. Il commence son entraînement sur un Mig qu’il pilote seul
à partir du mois de mars 1957, mais la vie de caserne devient de plus en plus contraignante pour lui. Il éprouve un besoin d'indépendance qu’il ne trouve que trop rarement dans les airs. Un
moment, il envisage de quitter l’uniforme pour revêtir la salopette de fondeur.
Le 4 octobre 1957, le moral de Youri Gagarine est au plus haut lorsqu’il entend à la radio que Spoutnik 1 tourne autour de la Terre et il ne peut s’empêcher de manifester son émotion en dessinant le premier satellite sur un cahier de cours. Un mois après, il obtient son diplôme en aéronautique et on lui propose de rester à Orenbourg comme instructeur. Il préfère demander une autre base comme l’autorise son très bon classement et il choisit Zapolyarny proche de la frontière norvégienne. Pour rompre la monotonie qu’il vient de connaître, il veut affronter les difficultés climatiques de la région Arctique aux commandes de son Mig dans une unité de la Flotte du Nord.
Une fois sur place, Gagarine est désolé d’apprendre qu’il doit patienter plusieurs mois avant de voler. L’ennui s’installe à cause de ce long hiver polaire qui appartient à l’obscurité, car les jours et les nuits se succèdent sans que le soleil se montre. Heureusement, la conquête spatiale est là pour briser l'attente et exciter sa curiosité. Le 3 novembre 1957, il est troublé en lisant les journaux relatant la présence de la chienne Laïka à bord de Spoutnik 2. Des interrogations et des réponses se bousculent dans sa tête : A quand un homme dans l’Espace ? Et si c’était moi ? Mais il y a des personnes beaucoup plus capables pour accomplir ce voyage ! Et puis, ce n’est pas pour tout de suite !
A partir du printemps 1958, Gagarine est heureux. Il pilote enfin la nuit lorsque la météo est clémente et le jour par tous les temps. Lorsqu’il est mauvais, son appareil s’expose à
un épais brouillard et à un vent très fort. Au cours d’une des ses missions, son avion est pris dans une très violente tempête de neige. Au lieu de s’éjecter, il réussit à revenir se poser à la
base au prix d’une audace peu commune. Mais il arrive que le temps soit dégagé. Youri s’émerveille alors de voir « les collines couvertes d’une neige aux reflets rosés filant au-dessous de
l’avion, la terre éclaboussée des taches bleues des lacs et la mer de Barents qui bat les rochers de granit ».
En réponse à la création en décembre 1957 du programme américain Mercury, le gouvernement soviétique décide en janvier 1959 d'envoyer aussi des hommes dans l'Espace dans un vaisseau baptisé
Vostok.
Après l’impact de Luna 2 sur la Lune le 14 septembre 1959, Gagarine hésite encore pour poser sa candidature comme
cosmonaute. Le 7 octobre suivant, Luna 3 survole la face cachée de la Lune. Il pense maintenant qu’un vol spatial habité va être possible ("Je compris que je ne devais plus attendre"). Il formule
par écrit son admission dans le groupe de cosmonautes « si un tel groupe existe » (aux Etats-Unis, la première équipe d'astronautes a été constituée en avril 1959). Gagarine va
apprendre que des recruteurs ont commencé, dès le mois d'août 1959, à visiter les bases aériennes et aéronavales pour trouver des volontaires et qu'ils s'apprêtent à venir l'interroger. Dans
la très sévère sélection nationale, il est retenu parmi les 20 hommes sur un total de 3 000 prétendants.
En mars 1960,
les Soviétiques constituent leur 1er Corps de cosmonautes, onze mois après les Américains. Youri Gagarine entre dans cette équipe à l’âge de 26 ans. C’est une personnalité
attachante qui rayonne grâce à son sourire charmeur, reflet de sa bienveillance envers les autres. Il est chaleureux et travailleur. Toujours de bonne humeur, il a le sens de l'humour et il adore
faire des farces (il déplace les voitures de ses collègues, il leur donne des cigarettes pétards...). Il sait également apaiser les inquiétudes d’autrui. Doué d’un savoir-vivre naturel et de
beaucoup de tact, il s’exprime et se comporte avec aisance où qu’il soit. Il pratique l’athlétisme et le basket, le ski et le patinage. Il aime le théâtre et la lecture. Ses écrivains français
préférés sont Victor Hugo, Jules Verne et Antoine de Saint-Exupéry. Dans la catégorie science-fiction ,"La nébuleuse d'Andromède" d'Ivan Efrémov est son roman favori.
Au cours de la visite du bâtiment d'assemblage des vaisseaux spatiaux, il impressionne tout le monde lorsqu'il se déchausse pour pénétrer à l'intérieur d'un Vostok. Pendant son entraînement, Gagarine n’est premier dans aucune des matières étudiées, mais il est le seul à décrocher la place d’excellent second dans chacune d’elles. Ses camarades avouent qu’il est le meilleur d’entre eux. Lors d’un vote secret destiné à connaître celui qui mérite de partir le premier, le plus grand nombre de voix se porte sur son nom. La Commission d’Etat le choisit également pour ouvrir les portes du Cosmos. La veille de son départ, il dit à sa femme Valia qui ignore tout : "Je m'absente pour un moment". Elle lui demande : "Tu t'en vas loin ?" Il répond : "Oui, très loin".
Le 12 avril 1961, à bord de Vostok 1 (4,72 tonnes/4,40 mètres), Youri Gagarine effectue le 1er vol autour de la Terre en 1 h 48 mn, son unique
mission. Avant d’embarquer, il lance : "Tous pour un, un pour tous !", un clin d’œil aux « Trois Mousquetaires », un roman d’Alexandre Dumas.
Au moment du lancement, Gagarine entend un sifflement, puis un grondement qui grossit rapidement. Il sent la fusée frissonner de
tout son corps. Le vaisseau vibre violemment. L’accélération augmente sans cesse, mais son organisme s’y habitue peu à peu. Youri finit même par se dire qu’il en a enduré davantage
en centrifugeuse. Il ressent une force irrésistible le plaquer
contre le siège et il a du mal à bouger un bras ou une jambe. Il sait que cet état ne doit pas durer longtemps et qu’il va cesser dès que le Vostok atteindra son orbite huit minutes après le
lancement.
Gagarine découvre alors l’apesanteur, un phénomène étrange qui lui donne une sensation agréable de légèreté. Il a l'impression de rêver en voyant les petits objets planer dans la cabine et les gouttes de boisson se coller aux parois. Il s’émerveille aussi d'apercevoir l’horizon avec la courbure de la Terre couronnée d’une nuance graduelle de bleus : clair, turquoise, pétrole et marine en contact avec le noir d’encre du Cosmos. En survolant le continent africain, il se rappelle de la lecture du roman « Les neiges du Kilimandjaro » d’Ernest Hemingway.
L’orbite visée
doit permettre à Gagarine de revenir automatiquement après 10 jours dans l’Espace si la rétrofusée ne fonctionne pas. Mais l’orbite est plus haute que prévu et le retour ne peut se faire qu’au
terme de 50 jours en orbite, soit quarante jours après l’épuisement des ressources en air, en nourriture et en électricité. Heureusement, la mise à feu intervient. Après son arrêt, Gagarine
s’étonne que le Vostok soit soumis pendant plusieurs minutes à une vitesse de rotation importante. Ensuite, il est surpris que le module cylindrique se détache avec dix minutes de retard et que
la cabine sphérique continue à tourner. Elle finit par se stabiliser avant de pénétrer dans l’atmosphère. Pendant la rentrée, Youri subit une décélération avec des contraintes physiques plus
fortes que celles du lancement.
A 7 000 mètres d’altitude, Youri Gagarine s’éjecte en parachute de la cabine munie d’un équipement semblable. Il doit se débattre avec la soupape de son scaphandre coincée
dans la fermeture éclair, un problème très sérieux qui l’empêche de respirer normalement pendant six minutes. Puis, il s’inquiète de la chute de la trousse de survie contenant un émetteur radio
et un canot autogonflant replié, car il se dirige vers le fleuve Volga. Il est soulagé lorsqu’il constate que le vent le pousse au-delà et il se pose dans un champ labouré près du
village de Smelovka dans la région de Saratov où il a appris à voler.
Les premiers humains que Gagarine aperçoit sont une grand-mère et sa petite-fille qui regardent avec curiosité cet extraterrestre dans sa combinaison orange vif qui marche à leur rencontre d’un pas décidé. Elles avancent aussi vers lui, mais de plus en plus lentement. Il comprend leur peur, enlève son casque et leur crie : « Je suis des vôtres camarades, amies !" Les Terriens vont s'habituer à ces arrivées célestes, car des centaines d'hommes et de femmes vont suivre les traces de Gagarine comme le 1er Français Jean-Loup Chrétien.
Après son retour sur Terre, Gagarine est nommé Commandant du groupe des cosmonautes en mai 1961 et il commence une visite triomphale à travers l'Union Soviétique et dans les pays étrangers. En septembre, il débute ses cours en aéronautique à l’Académie Joukovski de l’Armée de l’Air, un établissement supérieur de formation d’ingénieurs. Compte tenu de ses autres activités, il suit un programme adapté qui va s’étaler sur six ans.
En 1962,
Gagarine est élu Député et, grâce à sa popularité et à son pouvoir de convaincre, sa circonscription électorale se voit attribuer d’importants crédits pour la réhabilitation des écoles et des
hôpitaux, l’aménagement des routes et la construction d’usines. Dans sa permanence d’élu, il reçoit ses concitoyens pour faire avancer leurs dossiers. Il les aident aussi dans leurs travaux,
par exemple ramasser du foin ou refaire une toiture de maison.
Gagarine est également collaborateur des maisons d’éditions lorsqu’il rédige, avec talent, la préface d’ouvrages pour enfants qui lui
adressent des lettres auxquelles il répond toujours avec tendresse. Il leur dit de grandir pour qu'ils aillent avec lui sur Mars ou de lui écrire s'ils ont à nouveau de la peine,
car il est là pour les aider.
Youri Gagarine ne veut pas se contenter de ses nouvelles occupations terrestres. Il veut retourner dans l'Espace, mais dès le mois de mars 1963 les autorités politiques commencent à
manifester leur opposition à un autre vol. Elles ne veulent plus qu’il risque sa vie. Au mois de juillet, on propose à Gagarine le poste de Directeur de la Cité des étoiles, le centre
d'entraînement des cosmonautes. Il le refuse, car il devine une manœuvre visant à l'éloigner des équipes qui se préparent aux vols spatiaux. Heureusement, les séjours à l’extérieur le
consolent de ses tracas personnels. C’est ainsi qu’il se rend en France le 27 septembre 1963. Il atterrit au Bourget avant de se rendre dans plusieurs villes dont Paris où il assiste au
14° Congrès d’Astronautique au siège de l’Unesco, puis à une réception au Sénat. A son retour, on lui offre la place d’Adjoint de Kouznetsov, le nouveau Directeur de la Cité des étoiles
nommé en novembre 1963. Dans un premier temps, il n’accepte pas, puis il donne son accord le mois suivant après avoir obtenu l’assurance de continuer à s’entraîner.
En mars 1964 et pour dissiper ses doutes quant à sa sélection sur une prochaine mission, Gagarine manifeste un vif intérêt pour commander l’équipage du nouveau vaisseau
Voskhod 1. Kamanine, le Directeur des équipages, lui répond qu’aucun des cosmonautes qui ont déjà volé n’est assez préparé pour piloter cet engin, parce qu'ils passent beaucoup de temps dans
les relations publiques. Gagarine n’est pas dupe. Il pressent sa mise à l’écart et, en juin 1964, il apprend la terrible nouvelle : il n’est plus autorisé à repartir dans l’Espace.
Personne ne veut perdre le premier cosmonaute de l’Humanité. Il faut en prendre soin comme s'il était une pièce de musée inestimable. On lui demande d'interrompre son entraînement
pour se consacrer uniquement à la préparation et au suivi des missions effectuées par ses camarades.
Youri Gagarine commence alors à protester vigoureusement, car il veut revoler à tout prix. Il n’arrête pas de manifester son désir « d’aller sur la Lune et sur Mars » lorsqu’il va à l’étranger, lorsqu’il donne des conférences, lorsqu’il croise des ministres, lorsqu’il accorde des interviews. Ce souhait sans cesse répété et qui dérange les instances politiques, Gagarine l’exprime aussi en France où il se rend pour la deuxième fois en juin 1965, à l’occasion du Salon aéronautique et spatial du Bourget. Il y rencontre les astronautes américains McDivitt et White à qui il donne une poignée de main chaleureuse sous le regard paternel du Premier ministre Georges Pompidou. Dans la soute de l’avion qui le ramène vers son pays, se trouve un superbe cadeau qui le réconforte de ses ennuis. C’est une voiture de sport, une Matra Jet5 qui lui redonne le sourire lorsqu’il la conduit dans les rues de Moscou.
En novembre 1965, Korolev, le Constructeur en Chef des fusées et le dirigeant du programme spatial qui a toujours eu beaucoup d’affectation pour Gagarine, fait part de son inquiétude sur les changements intervenus dans la personnalité du premier cosmonaute. Après avoir obtenu l'aval des autorités politiques, il demande à Kamanine sa réintégration dans les équipes de vol. Deux mois plus tard, Korolev meurt des suites d’une opération. Gagarine accueille avec énormément de tristesse la disparition de celui qu’il considérait comme son second père. En avril 1966 et après une attente de 22 mois, il lui doit, en grande partie, son retour parmi ses camarades qui se préparent aux missions Soyouz.
Mais en août
1966, Gagarine est très déçu de ne figurer ni dans l’équipage de Soyouz 1, ni dans celui de Soyouz 2 qui doivent s’amarrer en orbite terrestre pour simuler l’accostage du vaisseau orbital lunaire
avec le module de retour de la Lune. Il souhaitait prendre le commandement de Soyouz 1, mais il obtient seulement le poste de doublure de Komarov, le seul occupant de la cabine. Kamanine lui fait
remarquer que ses heures d’entraînement sont encore insuffisantes, tout en pensant qu’il ne veut pas risquer la vie de Gagarine sur le premier vol d’un vaisseau dans sa version habitée.
Cependant, il est prévu qu’il effectue sur Soyouz 3 une mission solitaire d’une semaine. Il va participer aussi à la préparation du programme L1 de survol de la Lune et du programme L3
d’atterrissage sur la Lune. Il caresse ainsi l’espoir d’être le premier homme sur la Lune.
Le rêve de Youri Gagarine s’écroule le 24 avril 1967, le jour fatal où son grand ami Komarov revient précipitamment du Cosmos pour s’écraser sur Terre à bord de Soyouz 1. Quatre mois après ce drame, Kamanine reçoit l’ordre d'interdire à Gagarine de s’entraîner au vol spatial. De plus, il ne peut piloter un avion qu'en présence d'un moniteur. Déjà très peiné par la disparition tragique de Komarov, il est accablé par cette double sentence. Il recommence alors à se battre pour réintégrer les équipes de vol.
Dans cette lutte pénible et incessante qui affecte, à nouveau, sa personnalité, Gagarine continue d’apprécier au plus haut point ses séjours à l’étranger où il est toujours accueilli avec les honneurs. Il est content de retourner en France pour la troisième fois, notamment à Marseille où il arrive le 25 septembre 1967 pour visiter ensuite la Côte d’Azur et pratiquer du ski nautique. Revenu en Union Soviétique, son objectif immédiat est d'obtenir son diplôme d’ingénieur. Il termine la rédaction de son avant-projet de vaisseau spatial réutilisable de type navette qu'un de ses professeurs à l’Académie Joukovski trouve incomplet. Afin de se consacrer exclusivement à la préparation de son mémoire, il interrompt ses vols en avion biplace, ses activités de Directeur-Adjoint de la Cité des étoiles et ses occupations d’élu au Conseil des nationalités du Parlement.
En février 1968, c’est le succès pour Gagarine qui soutient très brillamment sa thèse. Le nouvel ingénieur en aéronautique est si heureux qu’il serre très fort dans ses bras les
membres du jury peu habitués à cette démonstration de joie. Ce titre, il l’espérait depuis l’âge de 15 ans, alors qu’il était apprenti fondeur. Cette réussite débloque la situation de Gagarine
dont le sourire éclaire à nouveau son visage. On lui propose pour bientôt le poste de Directeur de la Cité des étoiles qu’il accepte. On l’autorise à participer aux vols paraboliques
simulant brièvement l’apesanteur dans un avion Tu-104 en compagnie de ses camarades cosmonautes. On lui permet surtout de redevenir rapidement un pilote autonome.
Gagarine reprend, avec impatiente et bonheur, ses séances le 13 mars 1968. Sur une durée de onze jours, il effectue dix-huit vols sur l’avion-école Mig 15 avec le très expérimenté moniteur
Seryoguine, un vétéran de l’aviation de guerre et un pilote d’essai chevronné. Il admire Youri, car il constate qu’un arrêt de plusieurs mois n’a pas diminué ses capacités de
pilotage.
Ce triste 27 mars 1968, c’est le dernier jour où Youri Gagarine doit voler accompagné de Seryoguine avant sa
requalification comme pilote et la reprise espérée de son entraînement pour une mission spatiale. Toujours en train de plaisanter, il se préoccupe de la santé du docteur qui
l'examine, puis leur avion décolle. Ils ignorent qu’ils ont des informations météo insuffisantes, que l’altimètre est défaillant et que l’organisation du trafic aérien est mauvaise.
Gagarine réalise ses exercices en abrégeant de seize minutes leur durée parce que les conditions météo se dégradent, alors que deux Mig 21, un autre Mig 15 et un SU-11 évoluent anormalement
dans leur zone réservée.
Gagarine annonce
calmement : " Ici 625…Mission accomplie…Demande permission de revenir ". Soudain leur Mig tombe en vrille dans la nappe nuageuse, déséquilibré par le sillage tourbillonnaire d'un de ces quatre
appareils qui vient de le dépasser. Aux commandes, Seryoguine est sur le point de redresser complètement l’appareil, lorsqu’à la sortie des nuages, les deux hommes découvrent qu’ils sont trop
près du sol, trompés par le mauvais fonctionnement de l’altimètre qui indique l’altitude. Gagarine et Seryoguine n’ont, hélas, pas le temps de s’éjecter et leur Mig s’écrase dans une forêt
près du village de Novosselovo. Notre Cher Youri Gagarine vient de nous abandonner sur Terre.
Le 5
mai 1961, Shepard effectue à bord de Mercury 3 (Freedom 7 : 1,28 tonne/3,34 mètres), un 1er vol suborbital de 15 mn pour atteindre une altitude de 186 km, devenant le 1°
Américain dans l’Espace. Son vaisseau n'est pas prévu pour être mis en orbite comme celui du Soviétique Gagarine, le premier homme dans l'Espace, lancé trois semaines auparavant.
Shepard de lire le tableau de bord.
et à celui de sa famille. S’il ne peut plus repartir dans l’Espace, ni revoler comme
pilote militaire, la Navy peut le mettre en retraite anticipée. Tout en restant à la Nasa et pour améliorer ses futurs revenus, il décide, avec deux associés, d’acheter 52 % des actions d’une
banque. Shepard devient Président de la Fidelity Bank and Trust Co. de Houston, puis co-propriétaire de la Bayton National Bank. Homme d’affaires avisé, il fait de nombreux investissements
immobiliers et devient propriétaire de garages, de puits de pétrole et de supermarchés. Il va porter un second surnom : " Le millionnaire ".
Du 31
janvier au 9 février 1971, Shepard réalise enfin son 2° et dernier vol de 9 j 2 mn à bord d’Apollo 14 (44,45 tonnes/18,12 mètres), avec Mitchell et Roosa. Trois heures après le
lancement et sur le trajet Terre-Lune, Roosa sépare la cabine Apollo du 3° étage de Saturn V et entame la manœuvre de retournement dans le but de s’amarrer en douceur au module lunaire (LM) fixé
sur le 3° étage. Quelques minutes plus tard et après une deuxième tentative, Shepard annonce, inquiet " Ca n’accroche pas ". Trois autres essais interviennent, sans succès. A la sixième
fois, Roosa réussit enfin grâce à un amarrage en force, obtenu en accélérant la vitesse d’Apollo.
Il
déclare alors, après avoir posé ses pieds sur la Lune " Ca été un long chemin, mais nous y sommes ". Dans la salle de contrôle, quelqu'un s'écrie : "Pas mal pour un vieux !". Au cours
de la deuxième sortie, l’ascension du cratère du Cône se révèle difficile car la pente est de 12°. Shepard et Mitchell avancent péniblement sur un sol rocailleux. Ils doivent s’arrêter plusieurs
fois à cause de la fatigue et de la chaleur dégagée par le corps que ne peut pas évacuer rapidement le système de refroidissement de leur combinaison. Ils ont du mal à trouver le bon tracé car
leur carte n’est pas assez précise. Ils prennent du retard sur l’horaire et sont obligés de rebrousser chemin, alors qu’ils se trouvent à quarante mètres du sommet du cratère.
De retour sur Terre, Shepard se confie au contrôleur Griffin " J’étais venu de trop loin pour
abandonner la Lune. J’aurais continué l’approche même sans radar ".
Sorti en tête de sa promotion, Titov est aussi le premier à prendre les commandes d’un avion à réaction, un
Mig. En 1955, il entre à l’Ecole des pilotes de l’Armée de l’Air de Stalingrad qu’il quitte en 1957, diplômé en aéronautique avec mention. Il est affecté dans le secteur de Leningrad au sein des
Forces Aériennes, comme pilote de combat. Il bat de nombreux records de vitesse et d’altitude.
Titov effectue du 6 au 7 août 1961, à bord de Vostok 2 (4,73 tonnes/4,40 mètres), son unique
mission autour de la Terre en 1 jour 1 h 11 mn. C’est le record mondial de durée pour l’époque : quatorze fois plus longtemps que celui de Gagarine. Agé de 26 ans, il reste à ce jour le plus
jeune à naviguer dans le Cosmos. Au moment du décollage de la fusée Semiorka, il s’écrie : « Vas-y, ma belle ! ». Dès la première orbite, il souffre du mal de l’espace qui se
manifeste par une perte d’orientation. Il a l’impression de tomber. S’il remue la tête brusquement ou suit les aiguilles des cadrans du tableau de bord, il est pris de nausées et de vertiges. Il
ressent aussi une douleur dans le crâne et plus particulièrement derrière ses yeux.
Au terme de la mission, les rétrofusées s’allument pour la désatellisation du Vostok. Au lieu de se
séparer du compartiment moteur, la cabine sphérique reste attachée par une courroie métallique. Les deux modules pénètrent dans l’atmosphère en se heurtant jusqu’à ce que la chaleur brûle
l’attache. A 7 km d’altitude, Titov s’éjecte de la cabine en parachute, mais un vent violent le dirige vers un train de marchandises. Il se pose brutalement à quarante-six mètres des rails et il
roule trois fois sur lui-même « en voyant des chandelles ». Plus tard et alors que les analyses vont débuter, il sort une canette de bière de son blouson et la vide devant le
personnel médical scandalisé.
Pour que Titov trouve une occupation très motivante, Kamanine le nomme à la tête du groupe des
cosmonautes qui piloteront l’avion spatial Spirale dont le projet est approuvé en juillet 1965. D’une longueur de huit mètres et d‘une masse de dix tonnes, il sera satellisé grâce à une fusée
larguée par un avion hypersonique. Il emportera un occupant qui effectuera des missions d’espionnage et d’inspection de satellites. Elles doivent débuter vers le milieu des années
70.
Il est aussi en grande partie à l’origine du succès des Jeux olympiques de Moscou de 1980 en tant que membre
enthousiaste du comité d’organisation. L’année suivante, il décroche un autre diplôme en sciences techniques. Il exerce aussi son don pour l'écriture comme rédacteur-en-chef adjoint de la revue
Aviation et Cosmonautique. Il quitte ses fonctions dans l'Armée en octobre 1991.
Mais en juin 1950, la guerre de Corée éclate. Les troupes nord-coréennes et chinoises
envahissent le sud du pays défendu par les unités américaines et de l’Onu. Grissom rejoint l'Armée de l'Air pour reprendre son entraînement de pilote dans les bases de Randolph Field et de
Williams, puis de Luke où il suit une préparation spéciale. A partir du mois de mars 1951, il effectue sur des avions Sabre F-86 une centaine de missions de surveillance et d‘interception des Mig
15 dans le ciel de Corée.
Un jour de janvier 1959, Grissom est appelé dans le bureau de son supérieur qui lui demande s’il a
commis une faute dernièrement. Surpris, Gus lui répond que non. Le gradé le questionne ensuite sur son manque de respect éventuel envers un général. Après une deuxième réponse négative, il veut
enfin savoir s‘il a des amis au quartier général des armées de Washington. Après une troisième réponse négative, il lui tend un télégramme adressé par le Pentagone. Grissom l’ouvre avec
curiosité.
En avril 1959, Grissom est admis dans la 1ère équipe d’astronautes à l’âge de 33
ans. C’est un homme simple et calme qui ne parle pas beaucoup, sauf quand il se met en colère contre les techniciens et les ingénieurs qui ne travaillent pas correctement sur les lanceurs et les
vaisseaux spatiaux. Sa grande passion est la vitesse sur l’eau en hors-bord et sur terre dans sa Corvette au moteur trafiqué ou au volant d’une voiture de course sur un circuit de
compétition. Il pratique aussi la pêche et la chasse, le hand-ball et le ski nautique.
Le 21 juillet 1961, à bord de Mercury 4 (Liberty Bell 7 : 1,27 tonne/3,34 mètres),
Grissom effectue un 1er vol suborbital de 15 mn. Il atteint une altitude de 189,6 km, une vitesse de 8.545 km/h et parcourt 487,6 km. Il reste en apesanteur pendant 5 mn 18 s,
soit 37 secondes de plus que Shepard, car la fusée fonctionne plus longtemps que prévu. Sa cabine est équipée d’un hublot plus grand et d’un nouveau dispositif adjoint de commandes qui fonctionne
« mollement » selon son expression. Lors de la descente, deux déchirures se forment sur la toile du premier parachute de stabilisation. Le vaisseau amerrit à 8,53 mètres par seconde. Il
se couche sur le côté, puis se redresse.
Le pilote appelle par radio un second hélicoptère qui arrive pour descendre un harnais
au-dessus de l‘astronaute. Il faut plusieurs tentatives avant qu’il réussisse à l’attraper, après cinq longues minutes dans l’océan. Pendant ce temps, le premier appareil parvient à accrocher la
capsule pleine d’eau. Mais le pilote réalise qu’il va perdre le contrôle de son hélicoptère avec cette charge trop lourde. Il décide de lâcher le filin et la cabine coule. Sur le navire de
récupération, Grissom déclare : " Donnez-moi à boire… de l’eau douce naturellement ".
Contrarié par la fin malheureuse de son vol, il veut prouver qu’il est toujours un ingénieur
talentueux. Il n’a pas besoin de se battre pour s’imposer dans le projet Gemini approuvé en décembre 1961 et qui succède au programme Mercury. Il se rend régulièrement à Saint-Louis où est
assemblé le nouveau vaisseau biplace. Il travaille en étroite collaboration avec les ingénieurs de McDonnell Aircraft Corporation impressionnés par sa capacité à résoudre les problèmes et par sa
ténacité à obtenir des modifications. Reconnaissant le travail de Grissom, ses collègues astronautes surnomment Gemini, la « Gusmobile ».
Le 23 mars 1965, Grissom réalise sa 2° et dernière mission d’une durée de 4
h 52 mn à bord de Gemini 3 (3,22 tonnes/5,74 mètres) avec Young comme coéquipier. Pour que son nouveau vaisseau ne coule pas comme sa capsule Mercury, il le baptise «Molly Brown» du nom de la
comédie musicale jouée à Broadway, «The unsinkable (insubmersible) Molly Brown», une initiative humoristique qui n’est pas appréciée par tous les responsables de la
Nasa.
Cet épisode entraîne immédiatement des réactions. Des médecins se plaignent que les analyses
médicales des deux hommes vont être faussées et qu’ils auraient pu s’étouffer en respirant les miettes en suspension. Certains ingénieurs font remarquer que ces miettes pouvaient perturber le
fonctionnement de la cabine en pénétrant dans les systèmes électroniques. Quelques sénateurs et députés affirment que la Nasa a perdu tout contrôle sur ses
astronautes.
Un mois plus tard, il est sélectionné comme doublure de Schirra, le commandant du vol Gemini
6 de décembre 1965. De suite après, il s’investit avec ardeur dans le projet Apollo, le successeur du programme Gemini. Il sait que Shepard veut réintégrer le Corps des Astronautes pour diriger
la première mission. Mais les médecins s’y opposent, car il n’est pas totalement guéri. En mars 1966, Grissom est ainsi désigné commandant du 1er vol Apollo pour essayer la cabine
orbitale lunaire autour de la Terre avec White et Chaffee.
En tant que pilote d’essai de formation, Grissom ne peut pas prendre l’initiative de demander
le report de la répétition générale au Centre de lancement Kennedy. Son métier est de tester le matériel pour que les responsables prennent une décision en connaissance de cause. Une fois à bord
d‘Apollo, il sait que les dysfonctionnements vont apparaître dans les conditions d’un vol. Il espère alors que la Nasa découvrira que le vaisseau n’est pas prêt et qu'elle repoussera son
lancement programmé pour le 21 février 1967.
Au même moment, Grissom baisse un levier pour libérer l’orifice extérieur par lequel
l’atmosphère enflammée peut s‘échapper. Mais, il se coince. Il aide alors White qui se dépêche pour raccourcir le délai de 90 secondes nécessaire pour déverrouiller les deux écoutilles latérales,
intérieure et extérieure. La première est dégagée, mais la seconde est plus difficile à ouvrir, car le mécanisme est déjà déformé par la température d’enfer qui baigne dans
l’habitacle.