Le 7° astronaute,
John W. Young, est né le 24 septembre 1930 à San Francisco (Terre). En 1952, il obtient sa licence en ingénierie aéronautique du Georgia Institute of Technology et devient ingénieur. Il s’engage ensuite dans la Navy et navigue sur le destroyer USS Laws pendant la guerre de Corée. Après un stage de pilote d’essai à l’US Navy Test Pilot School, Young est affecté au Naval Air Test Center de 1959 à 1962. Il participe aux essais du chasseur F8D Crusader et du F4B Phantom. C’est aux commandes de ce dernier appareil qu’il établit en 1962, des records du monde de vitesse pour atteindre les altitudes de    3 000 m et de 25 000 m.

En septembre 1962, Young est admis dans la 2ème équipe d’astronautes à l’âge de 32 ans. C’est un homme tranquille qui parle peu, connu pour son sens de l’humour. Il aime le surf et la bicyclette, la lecture et le jardinage.

Le 23 mars 1965, Young à bord de Gemini 3 (3,22 tonnes/5,74 mètres), accomplit un 1er vol de 4 h 52 mn autour de la Terre, en compagnie de Grissom.

C’est le premier essai habité de la nouvelle cabine et pour la première fois, un engin spatial effectue des changements d’orbite. Lors d’un repas, Young présente à un Grissom stupéfait et amusé, son sandwich préféré au corned beef, embarqué clandestinement grâce à la complicité de Schirra. Au retour, le parachute principal s'ouvre si brutalement que Young cogne son hublot où la visière de son casque se fend, tandis que Grissom heurte un bouton de commande qui s'enfonce dans son casque.

  La capsule amerrit la tête en bas sur une mer houleuse et loin du porte-avions de récupération. Elle s’enfonce sous l’eau, se redresse et ballotte sur des vagues d’un mètre cinquante de haut. " Ce machin, c’est pas un bateau " commente Young.

Du 18 au 21 juillet 1966, Young réalise sa 2° mission de 2 j 22 h 46 mn à bord de Gemini 10 (3,75 tonnes) autour de la Terre, avec Collins. Il amarre la cabine à l’étage-fusée Agena 10 mais la poursuite a consommé les 2/3 du carburant.

Pour économiser le tiers restant, Young doit annuler les autres arrimages et on décide de laisser la capsule amarrée à l’Agena 10 dont les moteurs seront utilisés aussi longtemps que possible. Comme prévu au départ, ils sont mis à feu pour propulser l’ensemble Agena-Gemini à une altitude record de 763 km. L’équipage redescend ensuite pour un rendez-vous avec Agena 8. Auparavant, Collins effectue une sortie, debout sur son siège. Il prend des photos, mais il est contraint d’interrompre sa sortie au bout de 49 mn. Lui et Young ont une irritation des yeux et respirent l’odeur âcre du hydroxyde de lithium qui s’est infiltré dans le système d’oxygène de leur combinaison. On envisage un retour avant que la situation redevienne normale grâce à une augmentation de l’oxygène dans la cabine. Puis, Young se désarrime d’Agena 10 et se positionne au-dessus d’Agena 8 afin de permettre à Collins de sortir pour détacher sur l’étage-fusée, un piège à poussière météoritique qu’il ne peut pas remplacer. Young demande à Collins de rentrer après 39 mn car le vol en formation avec Agena consomme trop de carburant. Dans la précipitation, il échappe la caméra.

Du 18 au 26 mai 1969, Young effectue son 3° vol de 8 j 3 mn à bord d’Apollo 10 (42,77 tonnes/18,12 mètres), en compagnie de Stafford et Cernan. Il met en orbite lunaire le vaisseau pour une durée record de 2 j 13 h 37 mn. Stafford et Cernan préparent leur module lunaire (LM) et constatent que son collier d’amarrage a subi un vrillage de 3°. Les astronautes doivent annuler l’unique essai du LM autour de la Lune si la torsion s’accentue et dépasse 6°.

Elle reste fixe et le LM se détache à 112 km d’altitude. Young avertit ses compagnons " Attention, grand-frère vous surveille…amusez-vous bien tous les deux mais surtout n’acceptez aucun rendez-vous galant en cours de route ". Un contrôleur demande à Young si la séparation a bien eu lieu. Il lui répond " Ils volent tellement bas qu’ils soulèvent la poussière sur leur passage ". Une dernière orbite amène le LM jusqu’à 15 km du sol lunaire comme prévu. Mais alors que l’équipage va larguer l’étage de descente, le LM est pris d’une folle rotation que Stafford et Cernan parviennent à stopper, pour éviter que l’engin ne tombe en vrille sur la Lune. Ils rejoignent à bord de l’étage de remontée la cabine Apollo, après un vol de 8 h 10.

Du 16 au 27 avril 1972, Young accomplit son 4° voyage de 11 j 1 h 51 mn à bord d’Apollo 16 (46,73 tonnes/18,12 mètres), avec Duke et Mattingly. Le vaisseau se met en orbite autour de la Lune. Young et Duke dans le LM (6,98 mètres, hauteur identique à celle du Soyouz soviétique) se séparent de la cabine Apollo occupée par Mattingly qui se prépare à allumer le moteur pour circulariser l’orbite.

Il signale alors que le circuit 2 d’orientation du moteur est défaillant. On demande à l’équipage du LM de revenir près de la cabine Apollo. Mattingly et les techniciens se dépêchent de comprendre la panne avant d’utiliser le circuit 1, sinon le site d’atterrissage ne sera plus accessible et les moteurs du LM devront servir pour la désatellisation. C’est un clapet qui est responsable et le circuit 1 est donc mis en service. Young et Duke descendent et se posent dans la région du cratère Descartes. C’est le 5° atterrissage et Young devient le 9° piéton lunaire.

L’équipage installe la station scientifique Alsep, parcourt 27 km en jeep et ramasse 94 kg de roches. Les trois sorties totalisent 20 h 14 mn. Young et Duke décollent après un séjour record de 2 j 23 h 02 mn, pour rejoindre Mattingly. En raison du problème survenu sur le circuit 2 du moteur qui pourrait intervenir sur le circuit 1, Apollo quitte l’orbite lunaire un jour plus tôt, après un temps record de 5 j 5 h 46 mn. Sur le trajet Lune-Terre, Mattingly effectue une sortie de 1 h 24 mn pour récupérer les cassettes des photos et des expériences, situées dans le module de service d’Apollo…

En 1974, Young est nommé Chef du Bureau des Astronautes.

Du 12 au 14 avril 1981, Young réalise sa 5° mission (Une première) de 2 j 6 h 20 mn à bord de la Navette Columbia (STS 1 : 99,45 tonnes/37,28 mètres) autour de la Terre, en compagnie de Crippen. C’est la première fois qu’un engin habité est lancé sans avoir été testé à vide. C’est aussi le premier vol d’un vaisseau réutilisable.

Une fois en orbite, l’équipage s’aperçoit que 17 tuiles de protection des carénages des moteurs orbitaux ont été endommagées ou arrachées mais elles ne sont pas critiques pour la rentrée. Young et Crippen doivent attendre une journée pour avoir l’assurance que le revêtement ventral n’a pas souffert, grâce aux très puissantes caméras d’observation de l’Armée de l’Air.

Du 28 novembre au 8 décembre 1983, Young effectue son 6° et dernier vol (Une première) de 10 j 7 h 47 mn à bord de Columbia (STS 9 : 112,17 tonnes) autour de la Terre. Elle emporte pour la première fois cinq autres astronautes : Shaw, Garriott, Parker, Lichtenberg, l’Allemand de l’Ouest Merbold et le laboratoire européen Spacelab.

 Avant la désatellisation, deux des cinq ordinateurs tombent en panne.

L’équipage remet en marche le calculateur n° 2 et on décide de prolonger la mission pour réparer le n° 1 et vérifier si les systèmes pour le retour ne sont pas touchés. Young pose Columbia sans que la réparation de l’ordinateur n° 1 ait réussi et au moment où le n° 2 retombe en panne.
En 1985, Young est nommé commandant de la Navette qui emportera le télescope Hubble mais l’explosion de Challenger en 1986 reporte ce vol. Young se plaint publiquement des compromis dans la sécurité des équipages. Il doit quitter en 1987 son poste de Chef du Bureau des Astronautes. Il est nommé Assistant Spécial du Directeur du Centre de Houston et c’est Shriver qui le remplace pour la mission Hubble de 1990. Young est désigné Directeur Associé Technique en 1996 et il part de la Nasa en décembre 2004, à 74 ans.


Le 8° cosmonaute, Konstantin P. Feoktistov,
est né le 7 février 1926 à Voronej (Terre). C’est la lecture du livre de Pérelman " Les voyages interplanétaires " trouvé par son frère aîné Boris, qui provoque chez Konstantin une passion pour la cosmonautique. A l’âge de 10 ans, il dessine le vaisseau qu’ils poseront sur la Lune et pour le construire puis le lancer, son instituteur lui conseille d’apprendre les mathématiques et la physique. En septembre 1941, un drame familial intervient : son frère qui a partagé son rêve, est tué à la guerre et à son tour, Feoktistov manque de perdre la vie l’année suivante, à l’âge de 16 ans.

En 1942, il s’enfuit de Voronej avec sa famille, devant l’approche de l’armée allemande. Il s’engage comme éclaireur pour obtenir des renseignements dans les localités occupées par l’ennemi. Mais le 7 juillet, il est capturé et perd connaissance après avoir reçu une balle dans le cou, pour être resté muet lors de l’interrogatoire. A son réveil, il sort d’une fosse où gît un cadavre et il réussit à rejoindre l’armée soviétique, pour être hospitalisé. Feoktistov reprend ses études qu’il termine brillamment en 1943. Il adresse alors sa candidature pour rentrer à l’Institut d’Aéronautique de Moscou, puis il part pour la capitale.

A son arrivée, il apprend avec déception que son dossier est parvenu un mois après la clôture des inscriptions. On lui conseille l’Ecole Technique Supérieure Bauman de Moscou où il est accepté. Un an plus tard, il demande à rejoindre l’Institut d’Aéronautique, mais le recteur le persuade de rester dans son établissement qui lui donnera tout le savoir pour accomplir son rêve. En 1949, Feoktistov obtient sa licence en sciences techniques qui lui permet d’occuper le poste d’ingénieur industriel dans une usine d’armement, en attendant mieux. Tout en travaillant, il suit des cours à partir de 1951 pour préparer sa thèse sur la conception d’un moteur-fusée, qu’il passe avec succès en 1955 et il reçoit son doctorat en sciences techniques.

Les travaux de Feoktistov lui ouvrent la porte du Bureau de Construction Expérimental dirigé par Korolev, qui devient le Directeur du programme spatial soviétique, connu sous le nom de " Constructeur en Chef  ". Il est alors affecté dans le groupe chargé de mettre au point le Spoutnik lancé le 4 octobre 1957. Début 58, Feoktistov se trouve à la tête d’une équipe de 20 jeunes ingénieurs, avec pour mission de concevoir le futur véhicule spatial habité qui aura pour nom " Vostok ". Sans élever la voix, il fait preuve d’une considérable autorité qui l’amène à se heurter à plusieurs reprises à la forte personnalité de Korolev qui, néanmoins, l’estime beaucoup. Artisan du développement du Vostok, Feoktistov trouve naturel de poser sa candidature pour être le premier homme du Cosmos, mais les inconnues du vol sont si nombreuses que l’on préfère sélectionner un pilote de l’Armée de l’Air.

Feoktistov rédige pour Gagarine un manuel pour le pilotage du vaisseau et lui enseigne la construction du Vostok ainsi que les étapes du vol. Opiniâtre, il renouvelle en vain son désir de partir pour l’Espace, chaque fois qu’une mission est annoncée. Impliqué dans la préparation des vols, il poursuit en parallèle la conception d’un nouveau vaisseau multiplace qui deviendra le Soyouz. Aussi, quand les autorités décident de transformer le Vostok monoplace en multiplace, il n’hésite pas à critiquer ce programme " inutile ", baptisé Voskhod. Korolev répond que ce véhicule spatial lui offre enfin l’opportunité de voler à son bord, rapidement. Ravi de voir bientôt son rêve se concrétiser, il se charge des modifications nécessaires.

En juin 1964, Feoktistov est admis à l’âge de 38 ans, dans le 1° groupe de cosmonautes civils. Il est connu pour son calme, sa persévérance et son intransigeance. Il aime philosopher et ses collègues cosmonautes l’écoutent religieusement lorsqu’il leur décrit le futur cosmique de l’humanité. Il pratique très peu le ski, la chasse et le ping-pong.

Après des examens médicaux, les médecins lui interdisent les sauts en parachute et les exercices sur le trampoline, à cause de sa vue imparfaite et de la légère malformation de son épine dorsale. Sa condition physique l’empêche d’être retenu en juillet 1964 dans l’équipage principal de Voskhod 1. C’est Katys, ingénieur-scientifique comme lui, qui est désigné. Korolev s’y oppose mais les médecins et le Directeur des équipages Kamanine, maintiennent leur décision. Korolev demande alors l’arbitrage du ministre de la Santé qui décide de signer un certificat médical sur l’aptitude au vol de Feoktistov.

Du 12 au 13 octobre 1964, à bord de Voskhod 1 (5,32 tonnes/5,42 mètres), Feoktistov réalise avec succès le rêve de son enfance, son unique vol autour de la Terre en 1 j 17 mn, en compagnie du commandant de bord Komarov et du médecin Egorov. C’est le premier vol d’un vaisseau triplace et de civils. C’est la première fois aussi qu’un homme vole à bord d’un engin qu’il a conçu.

Deux heures après le début de la mission, Feoktistov souffre d’une désorientation qui va durer tout au long du vol, mais elle ne l’interdit pas de relever les paramètres de l’appareillage de bord, de prendre des clichés de l’horizon terrestre, d’examiner les aurores polaires et de vérifier le comportement des liquides.

De retour sur Terre, Feoktistov reprend ses activités sur le développement du Soyouz qu’il veut essayer en vol. En septembre 1965, Korolev exige de Kamanine que Feoktistov fasse partie du premier groupe de cosmonautes, chargé d’expérimenter le nouveau vaisseau. Mais en 1966, Korolev décède et de jeunes cosmonautes ingénieurs concurrents sont recrutés.

En mai 1967, Feoktistov essaie de convaincre Kamanine de le nommer pour piloter le Soyouz en cours de modification, après la mort de Komarov en avril 67. Kamanine estime que cette mission revient à un pilote d’essai. Michine, le successeur de Korolev, veut que Feoktistov ait au moins la possibilité de voler sur un vol suivant. Son aptitude est reconnue de justesse par une Commission avec neuf voix contre huit. Cependant, ses membres sont partagés quant au choix de la mission. Ils laissent aux autorités le soin de se prononcer mais, en octobre 1967, Feoktistov tombe malade : il souffre d’ulcères gastro-intestinaux.

En février 1968, Feoktistov revient à la charge auprès de Michine qui demande à Kamanine de le désigner commandant du Soyouz chargé de l’arrimage avec un autre vaisseau. Kamanine refuse. Il ne veut pas " envoyer un invalide dans l’espace ". Feoktistov attend des jours meilleurs et commence à mettre au point le Soyouz T et les cargos Progress de ravitaillement des futures stations Saliout. Il dirige également une équipe chargée des études en vue d’un atterrissage habité sur Mars.

En avril 1970, Michine souhaite que Kamanine nomme Feoktistov, membre d’un équipage de la station Saliout 1. Kamanine n’accepte pas à cause de sa mauvaise santé et de son deuxième divorce. Un an plus tard, il fait remarquer que Feoktistov ne respecte pas les traditions et qu’il est le seul cosmonaute à ne pas avoir assisté aux cérémonies du 10° anniversaire du vol de Gagarine. Deux mois après, Kamanine est démis de ses fonctions après la mort en juin 71 des trois cosmonautes de Soyouz 11, de retour après un premier séjour à bord de Saliout 1. Feoktistov espère qu’avec son successeur, le cosmonaute Chatalov, les relations seront meilleures.

En 1973, Feoktistov figure parmi les pétitionnaires qui se plaignent du mauvais travail effectué par Michine dans l’organisation du programme spatial et plus particulièrement des crédits qu’il persiste à accorder pour remédier aux défaillances continuelles de la fusée lunaire habitée N-1, au détriment des stations orbitales. Ils sont entendus : Michine est contraint de démissionner en 1974 et l’accent est mis sur le développement du programme de stations. Feoktistov devient alors un des Chefs ingénieurs de la série des Saliout, Directeur de l’entraînement des cosmonautes à leur bord et Directeur de vol de certaines missions.

En mai 1980, Chatalov désigne Feoktistov membre de l’équipage du Soyouz T3, pour une mission de réparation du système du contrôle thermique de Saliout 6. Mais il doit être remplacé par Strekalov, victime de nouveaux ennuis de santé. Rétabli, Chatalov le nomme en juin 1983, pour participer au vol Soyouz T10 et séjourner huit mois à bord de Saliout 7. Des problèmes médicaux l’empêchent de partir et sa doublure Solovyov prend sa place. Il espère une prochaine amélioration et il collabore à la création de la station Mir.

Feoktistov critique durement dès 1985, Semenov, le directeur du programme de la " coûteuse " navette spatiale Bourane qui doit servir à remplacer plus tard le module central de Mir lancé en février 86, puis à assembler et à desservir Mir 2. Il estime que les lanceurs Proton et les Soyouz peuvent effectuer ces missions, pour beaucoup moins cher. Ces opérations n’auront pas lieu, ni avec des fusées et des Soyouz, ni avec la navette qui n’effectuera qu’un vol automatique en novembre 1988, avant l’abandon du programme.

Ayant perdu définitivement l’espoir de revoler, Feoktistov quitte le Corps de Cosmonautes en octobre 1987, à l’âge de 61 ans. Il continue à travailler activement pour l’Espace au sein de l’organisation NPO Energia. Mais en 1989, Semenov est nommé Directeur Général de cette société et Feoktistov préfère la quitter en 1990, pour devenir professeur de sciences spatiales à l’Ecole Technique Supérieure Bauman de Moscou où il avait été étudiant.


Le 8° astronaute, James A. McDivitt, est né le 10 juin 1929 à Chicago (Terre). Après ses études, il s’engage en 1951 dans l’Armée de l’Air pour suivre une formation de pilote de chasse. Pendant la guerre de Corée, il effectue 145 missions de combat sur des F-80 et des F-86. De retour aux Etats-Unis, il entre à l’Université du Michigan où il fait la connaissance de son futur compagnon de vol sur Gemini 4, Ed White. En 1959, McDivitt obtient sa licence de science en aéronautique et il est admis à l’Ecole des Pilotes d’essai de l’Armée de l’Air qui lui décerne son diplôme en 1960. Il poursuit sa carrière à l’Ecole des Pilotes de recherche aérospatiale et il devient le premier Américain à essayer le Mirage IIIC, équipé d’un moteur-fusée. McDivitt quitte ce centre en 1961 pour son affectation comme pilote d’essai à la base d’Edwards. Il est sélectionné pour prendre les commandes du célèbre avion-fusée X-15 mais il préfère rejoindre la Nasa.

En septembre 1962, il entre dans la 2ème équipe d’astronautes, à l’âge de 33 ans. Connu pour sa prévoyance, il pratique la chasse et la pêche, le tennis et le golf, le hand-ball et le ski nautique.

Du 3 au 7 juin 1965, McDivitt accomplit un 1er vol de 4 j 1 h 56 mn autour de la Terre à bord de Gemini 4 (3,56 tonnes/5,42 mètres), en compagnie de White. Dès la mise en orbite, il commence les manœuvres pour rejoindre le deuxième étage de la fusée Titan II qui a servi au lancement.

Après une consommation trop importante de combustible, il l’aperçoit. McDivitt constate alors avec les techniciens, la complexité de l’approche qui est finalement abandonnée, afin d’économiser le carburant pour le retour. La sortie de White le long de l’étage-fusée, est donc annulée, d’autant plus qu’il est animé d’un dangereux mouvement de culbute. Il va faire une simple sortie mais elle est retardée pour permettre aux astronautes de réparer une pièce de l’écoutille. Pendant 21 mn, White évolue autour de la cabine, armé de son pistolet à jet d’oxygène, réalisant ainsi avec succès la première sortie américaine dans l’Espace. Avec un cordon de 7,60 m de long, McDivitt compare White à un chien au bout de sa laisse. Lorsqu’il pose ses pieds sur la vitre de son écoutille, il le réprimande en riant " Tu as sali ma vitre, tu es un sale chien ! ".

White retourne avec regret dans Gemini dont l’écoutille se ferme avec difficulté, après l’exposition du mécanisme au froid de l’Espace. Les astronautes mécontents sont donc contraints de ne pas l’ouvrir à nouveau pour se débarrasser de l’équipement de sortie, dans une cabine déjà très encombrée. Pour économiser l’électricité de la batterie, McDivitt éteint l’ordinateur chargé du retour automatique de Gemini. Au moment voulu, il ne se réallume pas et les astronautes doivent alors effectuer une rentrée manuelle et supporter une accélération de 8 g au lieu de 4 g avec un amerrissage à 67 km du porte-avions de récupération.

Du 3 au 13 mars 1969, McDivitt effectue sa 2ème et dernière mission de 10 j 1 h autour de la Terre à bord d’Apollo 9 (41,34 tonnes/17,95 mètres), avec Scott et Schweickart. C’est le premier vol du vaisseau Apollo au complet, dont le module lunaire (LM) qui ressemble à un insecte géant avec ses antennes et ses quatre pattes minces. Lors de sa présentation, McDivitt s’écrie " Bonté divine ! On a vraiment piloter cet engin ? C’est un vaisseau de papier ! Du papier de soie ! Si on ne fait pas attention, on va passer les pieds au travers ! ".

Au moment du lancement de la fusée Saturn V, après l’extinction des moteurs du premier étage, les astronautes sont surpris d’être poussés vers l’avant, avec la sensation de retomber vers la Terre. Ils sont ensuite fortement secoués durant la fin de combustion du moteur central du deuxième étage puis écrasés sur leur siège. Après la satellisation, McDivitt et Schweickart passent dans le LM où ils travaillent pendant sept heures de temps. De retour dans la cabine Apollo, ils leur tardent de se reposer et McDivitt manifeste sa mauvaise humeur lorsqu’un contrôleur lui demande de retourner dans le module lunaire pour manœuvrer un disjoncteur. Après un deuxième séjour de sept heures dix dans le LM et la sortie de 37 mn de Schweickart sur la plate-forme de l’échelle pour tester avec succès le scaphandre lunaire, le grand jour arrive pour le premier vol d’un engin non conçu pour revenir sur Terre.

Le module lunaire de 6,98 mètres piloté par McDivitt et Schweickart se sépare d’Apollo occupée par Scott qui s’exclame " Eh ! C’est une bien belle et jolie machine que la vôtre ! ". " La vôtre de même est bien jolie, Monsieur d’Apollo " lui répond McDivitt. Le LM se met alors à balancer un moment et le vol en formation avec la cabine doit être annulé, pour plus de sécurité. Durant le premier allumage, le moteur du module lunaire émet un étrange grognement. Inquiet, McDivitt n’augmente pas sa puissance et attend. Le bruit anormal disparaît et il pousse davantage le moteur sans problème. Après la réussite du 1er vol du LM qui a duré 6 h 22 mn et qui s'est éloigné de 183,5 km, McDivitt éprouve lors du retour, des difficultés pour s'arrimer avec Apollo. On décide alors que pour les prochains vols, c’est le pilote d’Apollo qui procédera à cette opération.

Au printemps 1969, McDivitt refuse son affectation sur Apollo 14 pour se poser sur la Lune, avec Shepard comme commandant de bord. Il estime que le premier astronaute américain qui vient d’être réintégré dans les équipes de vol, ne sera pas prêt pour cette mission. Il n’accepte pas non plus le poste de Chef du Bureau des Astronautes, libéré par Shepard. En mai 1969, McDivitt quitte le Corps des Astronautes pour être nommé Directeur des opérations d’alunissage. Trois mois après, il devient Directeur du programme Apollo au centre de Houston. En août 1971, il conteste la nomination sur Apollo 17 de Cernan qu’il n’a jamais apprécié et qui a commis une faute de pilotage entraînant le crash de son hélicoptère dans une rivière. Il annonce alors qu’il démissionnera de la Nasa après le vol d’Apollo 16.

En juin 1972, McDivitt quitte la Nasa et rentre comme Vice-président exécutif chez Consumers Power Co., une compagnie d’électricité. En mars 1975, il est désigné Vice-président exécutif de la Pullman Standard Division, une entreprise de construction de voitures de chemins de fer. De janvier 1981 à février 1995, il occupe plusieurs postes de responsabilité dont celui des opérations de la Navette, au sein de la compagnie aérospatiale Rockwell International chargée de la construction de l'avion de l'Espace.


Le 9° cosmonaute, Boris B. Egorov,
est né le 26 novembre 1937 à Moscou (Terre). Durant son adolescence, il fait preuve d’une ingéniosité sans pareille pour automatiser les tâches de la vie quotidienne. Il transforme sa chambre en laboratoire équipé de commutateurs, de leviers et de moteurs électriques. Ses copains n’arrêtent pas de lui répéter que c’est une chambre de fainéant. On les comprend car Boris peut, depuis son lit, actionner les commandes d’un boîtier pour ouvrir et fermer la lumière et la fenêtre, mettre en marche et arrêter la radio et le réchaud électrique.

A la fin de ses études secondaires, Egorov veut s’orienter vers la branche médicale, comme son père neurochirurgien éminent et sa mère ophtalmologiste. Il s’inscrit en 1955 au Premier Institut de Médecine Sechenov de Moscou mais c’est en troisième année qu’il va mettre à profit son esprit d’invention, en s’engageant dans le domaine de l’appareillage médical. Il crée ou améliore des instruments ultrasoniques de diagnostic et de traitement des maladies. Il perfectionne notamment une sonde de la taille d’un comprimé que le malade avale et qui va diffuser des ondes radio pour faire connaître l’état de son estomac.

Alors qu’il commence sa cinquième année et qu’il doit choisir sa spécialité, Egorov tombe par hasard sur un article de journal relatant le possible comportement du corps humain lors des futurs vols à haute altitude et dans le Cosmos. C’est décidé ! Il sera médecin en aérospatiale. Il suit alors des cours théoriques et des stages pratiques dans des établissements de recherche scientifique. Son plus grand centre d’intérêt est le fonctionnement de l’appareil vestibulaire de l’homme constitué de l’oreille interne, organe de l’équilibre qui peut être perturbé par les conditions particulières de vol rencontrées par les pilotes de chasse et les cosmonautes.

Il propose donc des méthodes pour qu’il soit mieux étudié et il met au point un équipement chargé de recueillir les réactions du cerveau dans les situations simulant celles d'un vol en apesanteur. Egorov recherche les causes des troubles moteurs de l’oreille interne dans un laboratoire de l’Académie des Sciences et dans les unités des Forces Aériennes. Sa rencontre émotionnelle avec le milieu spatial se passe en 1960 à l’Institut Central de la Médecine Aérospatiale qui suit les candidats cosmonautes. Son premier patient est Komarov qui sera, quatre ans plus tard, son commandant lors du vol Voskhod 1.

En 1961, Egorov quitte après six ans d’études et avec son diplôme, le Premier Institut de Médecine pour entrer à l’Institut Central de la Médecine Aérospatiale où il a été stagiaire. Il est alors mis à la disposition du programme spatial. Après un entraînement poussé de parachutisme dont il est déjà amateur, il est sélectionné comme médecin-parachutiste, afin de secourir les cosmonautes s’ils atterrissent très loin de la zone de récupération prévue. Egorov fait partie aussi de l’équipe de docteurs qui observe les cosmonautes dans la centrifugeuse, dans la chambre thermique et dans la chambre sourde. Il est désigné également pour examiner à la Cité des Etoiles, l’état de santé de chaque cosmonaute au retour de leur vol spatial.

Il espère qu’un jour, il reviendra à son tour du Cosmos. Il se confie à son père qui en parle à Korolev, le Directeur du programme spatial, à l’occasion d’une entrevue. Après la mission Vostok 6 de Valentina Terechkova en juin 1963, il est prévu de lancer quatre autres Vostok en attendant que le nouveau vaisseau Soyouz soit prêt. Les autorités médicales souhaitent que le spécialiste de la médecine spatiale Egorov, bien qu’il ne soit pas encore incorporé dans le Corps des Cosmonautes, occupe un des Vostok pour une mission biomédicale de sept jours.

Mais en février 1964, on décide de ne pas continuer le programme Vostok et d’adopter une autre stratégie. Il apparaît en effet, que la cabine biplace américaine Gemini sera en mesure d’emporter un premier équipage début 1965, alors que le Soyouz triplace ne pourra pas être mis en orbite à cette date. Le dirigeant politique Khrouchtchev désireux que l’Union Soviétique décroche encore une " première spatiale ", donne l’ordre à Korolev de transformer le Vostok monoplace en un nouveau vaisseau triplace, baptisé Voskhod, avec pour objectif que le premier vol d’un équipage intervienne avant celui de Gemini. Le Ministère de la Santé demande par ailleurs qu’un médecin en fasse partie.

Une seconde chance se présente à Egorov qui pose sa candidature, malgré cette mission à haut risque pour l’époque. Afin d’abriter trois cosmonautes, l’unique siège éjectable a été supprimé et si une défaillance de la fusée survient dans les 45 secondes qui suivent son décollage, Egorov sait qu’il perdra la vie car la trop basse altitude ne permettra pas au parachute de la cabine détachée du lanceur, d’avoir le temps de se déployer. De plus, il ne pourra pas porter de scaphandre toujours en raison de l’exiguïté de l’habitacle pour trois personnes et il est conscient qu’il sera, tout le long du vol, à la merci d’une dépressurisation accidentelle, entraînant sa mort.

En mai 1964, Egorov est admis à l’âge de 27 ans avec trois autres docteurs dans le groupe de cosmonautes. Il est d’une nature aimable, animé d’une joie de vivre. Il pratique le parachutisme et l’alpinisme, la chasse sous-marine et la moto, le tennis et le hockey sur glace. Il aime écouter de la musique et admire les tableaux des peintres.

Egorov, le médecin civil, commence son entraînement mais le général Kamanine, le Chef des Equipages, constate que son comportement lors des tests en apesanteur simulée n’est pas aussi satisfaisant que celui de Lazarev, le médecin militaire. Il propose donc ce dernier comme passager de Voskhod 1. Pendant un mois, Egorov craint que son rêve ne se réalise pas, mais Korolev va exiger que l’équipage commandé par un pilote militaire, comporte deux civils dont un médecin. Kamanine s’incline et Egorov est retenu.

Du 12 au 13 octobre 1964, à bord de Voskhod 1 (5,32 tonnes/5,42 mètres), Egorov effectue son unique vol autour de la Terre en 1 j 17 mn, avec le commandant de bord Komarov et l’ingénieur-scientifique Feoktistov. C’est le premier vol d’un médecin et d’un vaisseau multiplace.

Au début de la deuxième révolution, Egorov va analyser mieux que personne ce qui lui arrive. Il a l’impression d’avoir le visage en feu car une partie de sa masse sanguine libérée de l’influence de l’attraction terrestre a abandonné la partie inférieure de son corps et s’est installée dans la partie supérieure. Ensuite, il ressent la fâcheuse sensation de voler la tête en bas car l’absence de pesanteur empêche les cristaux d’otolithes de son oreille interne de tomber sur la membrane qui doit informer le cerveau du sens de la verticale.

Egorov peut, malgré cette gêne, réaliser ses investigations médicales sur lui-même et sur ses compagnons. Il enregistre des électrocardiogrammes et des électro-encéphalogrammes. Il écoute la respiration et mesure la sensibilité des yeux. Il fait des prises de sang et surtout, il accorde une attention particulière à l’appareil vestibulaire de l’oreille interne. Il note la capacité de travail et réalise des tests de réflexion. Il est à la fois médecin et patient.

 Après son vol, Egorov ne cherche pas à revoler dans l’Espace, car ses collègues attendent leur tour pour une hypothétique mission qui pourrait nécessiter la présence indispensable d’un docteur. Il réintègre l’équipe des médecins afin d’examiner les cosmonautes Beliaïev et Leonov, de retour sur Terre en mars 1965 à bord de Voskhod 2. Il travaille aussi à l’Institut de Médecine, sur les problèmes biomédicaux et il prépare sa thèse de docteur en médecine qu’il présente avec succès en 1965 à l’Université Humboldt de Berlin-Est.

En septembre 1965, il est un des négociateurs qui interviennent auprès de Kamanine afin que la mission de 20 jours de Voskhod 3 sur laquelle il travaille, soit avancée à la mi-novembre, avant le vol américain de 14 jours de Gemini 7 de décembre 1965. Kamanine refuse car le délai de préparation est trop court. Egorov doit superviser auparavant la mission de biologie Cosmos 110 réalisée en février 1966 avec deux chiens qui reviennent après un vol de 22 jours, en prélude au lancement de deux cosmonautes sur Voskhod 3. Mais cette mission et les trois suivantes sont annulées en mai 1966. Les autorités estiment que ces vols vont retarder le programme Soyouz et surtout montrer aux Occidentaux que le Voskhod est incapable de réaliser des manoeuvres et des arrimages, comme la Gemini américaine.

En novembre 1966, Egorov assiste avec d’autres cosmonautes au lancement de Cosmos 133, le premier vaisseau Soyouz inhabité. Il poursuit sa carrière et obtient en 1967 un diplôme en sciences médicales puis devient un spécialiste d’oto-rhino-laryngologie. Il se rend en décembre 1968 à Genève, pour le 20° anniversaire de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui organise une conférence sur le thème " La physiologie de l’homme dans l’Espace ".

Egorov continue à participer au programme spatial, en préparant le vol de longue durée de Soyouz 9 de 1970, puis les missions Soyouz 10 et 11 de 1971 à destination de la station Saliout 1. En 1974, il est employé à l’Institut des problèmes biomédicaux du Ministère de la Santé et deux ans après, il reçoit son doctorat en sciences médicales. Il est nommé en 1984, professeur de médecine et directeur de l’Institut de technologie biomédicale au Ministère de la Santé, jusqu’à son départ en 1989. Egorov décède le 19 septembre 1994 à l’âge de 57 ans, foudroyé par un infarctus.

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