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Le 10° cosmonaute, Pavel I. Belaïev, est né le 26 juin 1925 à Chelishchevo (Terre). Au cours de son adolescence, sa résistance physique va être mise à l’épreuve. L’école qu’il fréquente se trouve éloignée de son lieu d’habitation et durant le long et rude hiver, Pavel chausse ses skis pour effectuer le trajet aller-retour de cinq kilomètres. La physique ainsi que la géographie sont ses matières favorites et il rêve de devenir plus tard explorateur ou chasseur, car dès l’âge de douze ans, il suit les adultes dans la forêt où il apprend très vite à tirer à la carabine.

A sa seizième année, Belaïev veut s’engager pour défendre sa patrie, alors que débute la seconde guerre mondiale. Il est trop jeune et, dans l’attente de son incorporation, il termine sa scolarité en 1942 pour entrer comme tourneur sur métaux dans une fabrique de tuyauterie. L’année suivante, il est accepté au Collège militaire Sarapul, en vue de suivre des cours de pilote. En 1944, il commence son entraînement à l’Ecole aéronavale d’Eisk d’où il sort diplômé, un an après.

A la fin du conflit international, Belaïev sert comme pilote de chasse dans la Flotte du Pacifique. Il mène des actions de combat contre les Japonais sur des Yak et des Mig, en attaquant notamment à la mitrailleuse, les fortifications nippones du sud de l’île de Sakhaline. Puis, il est affecté dans de nombreuses unités des Forces aéronavales du Pacifique, sur une période de onze ans. C’est au cours d’un vol de reconnaissance au-dessus de l’océan, qu’il fait preuve de sang-froid. La pompe d’alimentation automatique en carburant de son appareil, cesse de fonctionner. Belaïev ramène alors son avion d’une main, tout en actionnant la pompe de l’autre main, qui va rester ensuite paralysée plusieurs jours. En 1956, il rentre à l’Académie de l’Armée de l’Air du Drapeau Rouge, qu’il quitte trois ans plus tard, avec son diplôme en aéronautique. Il est alors nommé Chef d’escadrille dans la Flotte de la Mer Noire.

En mars 1960, Belaïev est admis à l’âge de 35 ans dans le 1er groupe de vingt cosmonautes. C’est le plus diplômé avec Komarov et il cumule le plus grand nombre d’heures de vol. C’est aussi le doyen et à cause de son âge, il va vivre dans la crainte de ne pas connaître la grande aventure. Belaïev est calme et réservé, sérieux et très compétent. Il rit peu souvent et ne cause pas beaucoup. " Je m’exprime difficilement et, de plus, je n’aime pas parler. Peut-être parce que je n’ai pas la parole facile " reconnaît-il. Passionné par la peinture et il aime aussi écrire des poèmes.

Belaïev devient le premier Commandant de l’équipe des cosmonautes et comme ses collègues, il se prépare aux vols. Lors d’un test dans la chambre d’isolation (Appelée également chambre des horreurs dans laquelle un silence oppressant alterne avec des bruits d’explosions, de gémissements et de hurlements), un court-circuit déclenche un début d’incendie que Belaïev, maître de lui, parvient à éteindre au lieu de s’enfuir de la pièce.

Son entraînement comporte aussi des sauts en parachute. En août 1961, il se prépare à se poser pour la vingt-deuxième fois, lorsqu’une bourrasque de vent s’engouffre dans la voilure, le pousse rapidement vers le sol et le traîne sur plusieurs mètres. Le bas de sa jambe gauche heurte violemment une grosse pierre. Le diagnostic est terrible : une double fracture au-dessus de la cheville que les chirurgiens ne peuvent pas opérer. Belaïev voit sa carrière sérieusement compromise, car les instructeurs ne lui laissent pas espérer sa réintégration dans le groupe d’entraînement aux épreuves physiques.

Pourtant, il va montrer sa volonté et prendre en charge sa guérison qui dure un an. Il suit la partie théorique de sa formation et il continue ses études à l’Académie de l’Armée de l’Air, aidé par des béquilles dans ses déplacements. Le reste du temps, il effectue des exercices de rééducation, en mettant en pratique les conseils de son père, médecin de campagne : pour souder une fracture, il faut accroître la charge sur le membre cassé. Alors, Belaïev va quotidiennement lever sa jambe valide, pour que l’autre jambe handicapée porte le poids de son corps. Puis, il soulève des haltères de plus en plus lourds et enfin, il attache, avant de s’endormir, des masses de plomb autour de sa cheville. Le résultat stupéfie les médecins : les os se sont ressoudés correctement. Des massages, des bains de boue et d’eau chaude complètent son rétablissement. Cependant, les docteurs de la Cité des Etoiles hésitent à lui donner l’autorisation de sauter à nouveau en parachute. Finalement, ils acceptent et il arrive à vaincre son appréhension, en réussissant parfaitement le saut de sa résurrection. Il reprend alors toutes ses activités physiques au milieu de l’année 1962.

Début 1963, Belaïev supervise la sélection de nouveaux cosmonautes et, en ce qui le concerne, le retard qu’il a pris dans son entraînement, l’a empêché d’être retenu sur un des six premiers vols du programme Vostok. La bonne nouvelle arrive en septembre 1963 : il est désigné pour participer à une des quatre missions suivantes, qui pourrait être Vostok 8, mais en février 1964, on décide de ne pas réaliser ces vols et de transformer le Vostok en un vaisseau appelé Voskhod. Belaïev est affecté à ce nouveau programme en avril 1964 et il espère être choisi comme le futur premier piéton du Cosmos. Trois mois après, il est nommé commandant du Voskhod 2 et le marcheur de l’Espace s’appelle Leonov qui est son coéquipier.

Il se demande toutefois s’il va vraiment partir, car des obstacles vont se dresser devant lui jusqu’à la veille de son vol. La première alerte intervient en janvier 1965. Durant un essai en centrifugeuse, Belaïev éprouve des difficultés à résister aux accélérations. Si cela se reproduit, son remplacement sera décidé par Kamanine, le Directeur des équipages. Plus tard, ce dernier reçoit des pressions de sa hiérarchie, pour que Beregovoï prenne la place de Belaïev. Kamanine refuse vu qu’il ne fait pas partie de l’équipage de remplacement, qu’il n’a pas les six mois d’entraînement nécessaires pour ce vol, qu’il est trop grand et trop lourd pour embarquer dans le Voskhod.

Une seconde alerte a lieu en février 1965. Lors d’un examen, les médecins découvrent sur le cardiogramme de Belaïev, une extra-systole qui est une contraction supplémentaire du cœur. La Commission de sélection s’interroge alors sur son maintien ou non pour la mission Voskhod 2. Le vote est positif, compte tenu que Komarov atteint du même problème, a parfaitement supporté son vol en octobre 1964. La dernière alerte surgit neuf jours à peine avant le départ. Korolev, le Directeur du programme spatial, est furieux d’apprendre qu’on cherche encore à remplacer Belaïev, cette fois-ci par Khrounov, la doublure de Leonov.

Du 18 au 19 mars 1965, Belaïev effectue enfin à bord de Voskhod 2 (5,68 tonnes/5,42 mètres), son unique mission d’1 j 2 h 02 autour de la Terre, en compagnie de Leonov. C’est le premier vol d’un équipage de deux cosmonautes et à une altitude record de 475 km. Peu avant le lancement, Belaïev sourit et son visage rayonne de bonheur, mais il ne peut s’empêcher de dire à Leonov : " Je n’y croirai que lorsqu’on aura fermé dernière nous, la porte de la cabine ". C’est fait. Le vol commence et il va se terminer comme dans un film d’aventures.

Une fois en orbite, Belaïev déploie le sas dans lequel Leonov se glisse pour sortir dans le vide et devenir, pendant 12 mn, le 1° homme à marcher dans l’Espace. Son scaphandre prend alors du volume et pour repasser dans le sas, il est contraint de réduire dangereusement la pression de sa combinaison. Leonov retourne ensuite dans la cabine, mais l’écoutille ne se referme pas hermétiquement. L’atmosphère de nitrogène et d’oxygène s’échappe lentement et les systèmes de bord compensent la perte par un complément d’oxygène qui atteint un taux critique dans la composition de l’air. Les cosmonautes craignent qu’une étincelle sur un circuit électrique ne provoque une explosion dans ce milieu inflammable.

 En baissant la température pour diminuer l’humidité, Belaïev parvient à stabiliser l’atmosphère à un niveau de sécurité plus sûr. Devenu inutile, le sas est éjecté et cette action va accélérer la rotation du Voskhod que les deux hommes supportent difficilement. Elle va être corrigée seulement avant le retour sur Terre, pour économiser le carburant du contrôle d’attitude du vaisseau. A la 13° orbite, la pression dans les réservoirs d’air tombe de 75 à 25 atmosphères.

 Les techniciens indiquent que si la chute continue, il restera de l’oxygène pour trois heures de temps, soit jusqu’à la 17° orbite durant laquelle doit s’effectuer la rentrée. A la 14° orbite, la pression n’est pas descendue davantage. Heureusement, car les cosmonautes ne peuvent pas revenir à la 17° orbite.

 

Belaïev annonce calmement : " Allumage automatique négatif ". Il informe le sol de la panne du système d’orientation automatique vers le Soleil, chargé d’aligner correctement le Voskhod, avant la mise en service du rétrofreinage. Le Centre de contrôle, par la voix de Gagarine, transmet alors à Belaïev les données pour une rentrée manuelle à la 18°, la 19° ou la 23° orbite.

Dès la 18° orbite, il va réussir ce que personne avant lui, n’a eu l’occasion de faire, mais au prix d’une acrobatie d’une durée de 46 secondes qui va décaler de 370 km, le site d’atterrissage. Car l’appareil qu’il doit utiliser n’est pas à sa portée. Pour ne pas le gêner, Leonov doit quitter son siège que Belaïev traverse pour atteindre le senseur optique de l’horizon terrestre fixé sur le hublot. Après avoir orienté le Voskhod, il reprend sa place avec Leonov et il allume avec succès les rétrofusées.

Comme lors de certains vols du Vostok, Belaïev constate que le module de service ne se détache pas immédiatement de la cabine qui va alors prendre une trajectoire très raide de rentrée. Les cosmonautes subissent une accélération de 10 g qui fait éclater de petits vaisseaux sanguins dans leurs yeux. Puis, le parachute se déploie et le Voskhod se dirige vers une forêt d’une montagne de l’Oural, en Sibérie. Il passe par miracle entre deux sapins et se pose sur un épais tapis de neige. Belaïev et Leonov sortent de la capsule en forçant la trappe, bloquée par une grosse branche.

Ils sont émerveillés par le spectacle de cette nature endormie, en cette claire matinée d’hiver. Ils respirent à pleins poumons l’air frais et se précipitent dans les bras l’un de l’autre. Pour signaler leur arrivée, Leonov ne peut envoyer qu’un message en morse qui est capté par un avion cargo et retransmis. Quatre heures plus tard, le pilote d’un hélicoptère distingue le parachute du Voskhod avec ses raies orange, étalé sur la cime des arbres et un peu plus loin, Belaïev et Leonov agitant les bras depuis un endroit dégagé, mais pas assez grand pour que l’hélicoptère puisse atterrir.

Une trop fragile échelle de corde est jetée pour des cosmonautes revêtus d’un lourd et rigide scaphandre, qui refusent de la monter. Un second appareil largue ensuite un paquet contenant des bottes fourrées et un autre renfermant des vêtements chauds qui s’accroche malheureusement aux branches des arbres. Pour se protéger du froid, les deux hommes essaient sans succès de récupérer la voilure du parachute, en tirant sur les suspentes. Pendant ce temps, les secouristes débarqués d’un hélicoptère cinq kilomètres plus loin et ceux à bord de véhicules tout terrain, n'arrivent pas à trouver les cosmonautes avant la tombée du jour.

Belaïev et Leonov passent donc la nuit dans le Voskhod dont un orifice laisse passer un froid glacial et par lequel ils entendent le hurlement des loups. Au matin, un hélicoptère survole de nouveau le site d’atterrissage et aperçoit un cosmonaute en train de couper des branches, tandis que le second se prépare à les brûler. Dans la journée, Belaïev et Leonov voient enfin arriver deux équipes de secours avec qui ils vont passer la nuit dans des conditions plus confortables que la précédente, puisqu’une hutte est construite près d’un grand feu. Le lendemain, ils repartent avec les secouristes pour parcourir 9 km en ski, afin de rejoindre un hélicoptère M-4 posé sur un terrain dont les arbres ont été abattus pour la circonstance.

L’aventure est terminée. Celle du programme Voskhod également, car Michine, le successeur de Korolev décédé en janvier 1966, va l'interrompre trois mois après sa disparition. Il estime que les quatre autres missions vont retarder le nouveau programme Soyouz et ne présentent aucun intérêt, si on les compare aux vols de la Gemini américaine.

En septembre 1966, Belaïev est désigné Chef de l’entraînement pour les occupants des futures stations d’observation militaire Almaz (Saliout 3 et 5). L'année suivante, il est aussi chargé de la formation des cosmonautes nouvellement recrutés et de ceux qui doivent survoler et atterrir sur la Lune (Programmes L1 et L3). Il est tellement estimé dans ses fonctions que ses collègues demandent vainement en 1968, son affectation en tant que Commandant des équipes de cosmonautes, à la place de Nikolaïev qui ne fait pas l’unanimité. En 1969, une autre occasion se présente à lui de repartir dans l’Espace : il est désigné commandant d’un des quatre équipages de la station Almaz.

Mais en décembre 1969, il tombe gravement malade et les chirurgiens doivent procéder à l’ablation d’une grosse partie de son estomac. Belaïev décède le 10 janvier 1970 à l’âge de 45 ans, suite à des complications consécutives à l’intervention.

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conrad-a.JPGLe 10° astronaute, Charles (Pete) Conrad Jr, est né le 2 juin 1930 à Philadelphie (Terre). A sa naissance, les parents ne sont pas d’accord sur le prénom qu’il doit porter. Son père Charles exige qu’il s’appelle Charles Junior, mais sa mère est fatiguée de toujours préciser " Junior " pour parler de son fils. Elle décide alors de lui donner le surnom de Pete, diminutif de Peter qu’elle souhaitait comme prénom. Il va le garder toute sa vie. Jusqu’à l’âge de treize ans, le jeune Conrad tient une place remarquée parmi les derniers de sa classe. Heureusement, à partir de quatorze ans, il va se passionner pour tout ce qui vole et, pour faire carrière dans l’aviation, il devient un bon élève. Il passe ses vacances à tondre l’herbe d’un aérodrome afin de se payer des leçons de pilotage. Il obtient son brevet à seize ans.

Il rentre à l’Université de Princeton d’où il sort en 1953 avec sa licence en aéronautique, pour s’engager dans l’Aéronavale et pouvoir ainsi piloter le plus possible. Conrad suit un entraînement à Pensacola puis à Jacksonville, avant d’être admis en 1957 à la dure Ecole de Patuxent River où il est pilote d’essai, instructeur de vol et ingénieur-performance. Il met au point des avions de chasse expérimentaux dont l’A3J Vigilante, le F4-H Phantom et le F8U-2N Crusader. Il " crève le plafond " pour atteindre la limite des performances des appareils, comme ses camarades du groupe 20 dont la moitié trouve la mort dans des accidents. Parmi les rescapés figurent deux futurs astronautes, Schirra et Lovell. Conrad fait également la connaissance plus tard de Gordon qui devient son ami et avec qui, il volera sur Gemini 11 et Apollo 12, de Bean qu’il forme et qui l’accompagnera sur la Lune et de Stafford qu’il rencontre à l’Ecole des Pilotes d’essai d’Edwards, avant son admission à la Nasa, la même année que lui.

En 1959, il se porte candidat pour subir les sévères tests, dans l’espoir d’être retenu comme astronaute du programme Mercury. Mais Conrad va se mettre en colère à la clinique Lovelace. Il ne supporte plus d’être un rat de laboratoire qui doit s’administrer de fréquents lavements de baryum, douloureux et humiliants, pour que les radiologues examinent, encore et encore, son côlon. Il rentre alors brusquement dans la pièce occupée par le docteur Schwichtenberg, pour déposer sur son bureau une poche à lavement et lui annoncer : " Vous avez devant vous un homme qui vient de se donner son dernier lavement ! ".

Son mécontentement se manifeste aussi à la base aérienne de Wright-Patterson où la psychologue Gladys Loring le regarde comme une bête curieuse et l’agace avec ses tests. Un jour, il renverse les rôles et se permet de l’appeler par son prénom. Surprise, elle entend Conrad lui dire : " Ah ! Ah ! Gladys ! Vous avez touché votre oreille. Nous appelons cela inhibition de l’exhibitionnisme ". Et il note sur un carnet identique à celui de la psychologue, les remarques qu’il vient de lui faire. De retour à Patuxent River, il attend la réponse de la Nasa sur sa sélection comme astronaute. Elle est négative. Il reconnaît qu’il n’a pas eu un comportement parfait lors des examens. Sur son dossier figure en plus la mention " Inapte aux vols de longue durée " (Conrad battra plus tard deux records de durée à bord de la cabine Gemini 5 et de la station Skylab). Il se promet de maîtriser ses émotions lors du prochain recrutement. En 1961, il quitte Patuxent River pour être affecté à la base aéronavale de Miramar comme instructeur de vol et pilote sur le porte-avions USS Ranger.

En septembre 1962, Conrad entre dans la 2° équipe d’astronautes, à l’âge de 32 ans. Il est connu pour sa gaieté et son franc-parler, son dynamisme et son excellent moral. Il pratique le golf et la natation, le ski nautique et la conduite de voitures de sport. On le considère comme un idéaliste, car il pense que beaucoup trop d’Américains travaillent pour la mauvaise cause : le culte du dollar. " Ils vendraient des sièges de cabinet si cela devait leur rapporter plus " affirme-t-il.

En février 1965, Conrad est désigné copilote de Gemini 5 et il est prévu qu’il soit le premier Américain à effectuer une sortie partielle, le buste exposé dans l’Espace, mais l’opération est confiée à White de Gemini 4 qui finalement réalisera une sortie complète. 
conrad-ds-g5.jpgDu 21 au 29 Août 1965, Conrad effectue sa 1° mission de 7 j 22 h 55 à bord de Gemini 5 (3,60 tonnes/5,74 mètres) autour de la Terre, en compagnie de Cooper. Pour la première fois, un vaisseau emporte une pile à combustibles qui fournit de l’électricité et de l’eau, nécessaire pour les longs vols. 
Dès la première orbite, la pression du réservoir d’oxygène de la pile baisse, entraînant une diminution de la puissance électrique. La Nasa décide alors le retour de l’équipage. Puis, la pression du réservoir se stabilise et remonte lentement. L’autorisation est donnée de continuer le vol pour une durée de 24 heures, renouvelables. Conrad craint que la mission se termine, mais Cooper le rassure. Pour économiser de l’énergie, le rendez-vous avec le satellite Rep largué auparavant, est annulé. Un ordinateur qui doit contrôler le fonctionnement de certains organes de la Gemini, tombe en panne. Bien que cela ne soit pas trop grave, Conrad ne peut s’empêcher de déclarer : " L’organisation laisse vraiment à désirer ". Puis, deux soupapes des éjecteurs de carburant du système d’orientation se bloquent et du combustible se perd. Le reste du vol doit donc se faire en vol libre et les observations qui nécessitent une orientation de la cabine sont supprimées. 
conrad-gemini-5.jpgLa pile à combustibles produit trop d’eau et pour éviter qu’elle soit noyée, elle est mise en veilleuse. La consommation d’énergie est donc considérablement réduite et lorsque le chauffage est débranché, la température tombe au-dessous de 0°. Des glaçons se forment sur les vitres. " Nous sommes ankylosés et même les rebords de nos fauteuils font mal " communique Conrad. Les astronautes tentent de ranger le compartiment à vivres et Conrad exagère à peine lorsqu’il annonce : " A vrai dire, nous sommes dans les détritus jusqu’aux oreilles ". Le dernier jour du vol, l’équipage dialogue avec leur collègue Carpenter à bord du laboratoire sous-marin Sealab II. Malgré les incidents, les astronautes établissent un record de durée équivalent à un aller-retour Terre-Lune.

Un mois après la fin de son vol, Conrad est nommé doublure d’Armstrong pour la mission Gemini 8 de mars 1966, puis commandant de l’avant-dernier vol du programme. Il accueille avec enthousiasme la proposition audacieuse de certains ingénieurs qui n’est pas retenue et qui consiste à placer sa Gemini, grâce à un étage-fusée Centaur, sur une orbite terrestre de grande apogée permettant le survol de la Lune. 
conrad-ds-g11.jpgDu 12 au 15 septembre 1966, Conrad accomplit sa 2° mission de 2 j 23 h 17 sur Gemini 11 (3,79 tonnes) autour de la Terre, avec Gordon. Il va alors réussir le 1° rendez-vous éclair avec un étage-fusée Agena, en moins d’une révolution, préfigurant ainsi la rencontre de l’étage de remontée du module lunaire avec la cabine Apollo autour de la Lune. Mais les instruments de Gemini n’indiquent pas si la cible Agena est prête pour l’amarrage que Conrad peut réaliser malgré tout. Il sépare ensuite la cabine pour évoluer autour de l’étage-fusée, puis Gordon procède à quatre autres amarrages, suivis d’un essai du moteur d’Agena.

Plus tard, Gordon effectue aussi une sortie de 33 mn écourtée, car il est fatigué et aveuglé par la sueur sur sa visière. Il a cependant le temps de s’asseoir péniblement à califourchon sur l'avant de la Gemini, encouragé par Conrad : " Vas-y, cow-boy ! ". Il fixe sur la cabine l’extrémité d’un câble enroulé dans un container vissé sur l’étage-fusée. Par la suite, Conrad allume le moteur de l’Agena qui propulse Gemini à une altitude record de 1.370 km pour permettre l’étude des ceintures de radiations, puis la redescend sur une orbite basse où Gordon effectue une sortie partielle de 2 h 08, le buste exposé à l’Espace. Il peut ainsi prendre des photos des étoiles et de la Terre. Conrad se sépare enfin de l'Agena et s’éloigne dans le but de tendre le câble entre les deux engins. Mais le filin s’accroche à une poignée de l'étage-fusée et il doit manœuvrer habilement la cabine pour le dégager et le tirer lentement. L’allumage des propulseurs de Gemini permet alors au tandem Gemini-Agena de se mettre en rotation, créant pour la première fois une mini pesanteur à bord d’un engin spatial, comme on pourrait la trouver dans une station spatiale. Mais après que la rotation ait pris de la vitesse, l’attelage commence à se déstabiliser et Conrad doit faire sauter le câble. A la fin du vol, un dernier rendez-vous intervient avec l'étage-fusée, suivi d’un vol en formation qui va consommer la presque totalité du carburant disponible, empêchant Gemini de revenir sur une orbite plus basse pour mieux préparer sa rentrée. Elle peut avoir lieu néanmoins pour la première fois en régime automatique comme prévu, avec un amerrissage à moins de 5 km du point calculé.

A la fin de l’année 1967, Conrad est nommé remplaçant éventuel de McDivitt sur Apollo 8, pour le premier vol du module lunaire (LM) en orbite terrestre. Un équipage de réserve devenant l’équipage principal du 3° vol suivant, il doit donc être ensuite désigné commandant d’Apollo 11 (qui sera la mission historique, mais personne ne le sait à ce moment-là). Le destin ne veut pas que Conrad fasse son entrée dans le Grand Livre de l'Histoire, car dès le mois d'avril 1968, il apparaît que le LM ne sera pas prêt pour la fin de l’année. La Nasa décide alors en août 1968 de permuter les équipages pour utiliser le créneau de lancement prévu en décembre 1968. L’équipage de Borman d’Apollo 9 qui devait essayer le LM sur une orbite terrestre de grande apogée, est transféré sur Apollo 8 pour le premier vol de la cabine Apollo autour de la Lune que les Soviétiques veulent survoler. Borman a comme doublure Armstrong (qui sera trois vols après, le commandant d’Apollo 11 et le premier homme sur la Lune). L’équipage principal de McDivitt et son équipage de réserve dirigé par Conrad, sont rétrogradés sur Apollo 9. En conséquence, Conrad est nommé commandant d’Apollo 12 en mars 1969.

conrad-ds-a123.jpgDu 14 au 24 novembre 1969, Conrad réalise sa 3° mission de 10 j 4 h 36 à bord d’Apollo 12 (43,84 tonnes/18,12 mètres), en compagnie de Bean et de Gordon. Le décollage de Saturn V a lieu sous la pluie et dans la brume. Soudain, quelques secondes après, Conrad annonce : " Je crois que nous avons été touchés par un éclair ". Dans la cabine, tous les signaux d’alarme s’allument, puis toutes les lumières s’éteignent. Conrad continue : " Nous n’avons pas de courant électrique. Les piles à combustibles n’ont pas l’air de fonctionner ". Le directeur de vol Griffin s’apprête alors à éjecter la cabine Apollo. Mais Conrad rassure le sol : " Ca y est, le courant est revenu ". Les batteries ont pris le relais des piles, mais sans arriver à tout alimenter. La plate-forme inertielle chargée du guidage, tombe en panne. Puis, tout redevient normal et le vaisseau lunaire se place en orbite terrestre. Conrad a peur que la foudre, qui a frappé par deux fois, ait endommagé si sérieusement les équipements qu’ils soient obligés de revenir sur Terre. Gordon réussit à remettre en marche la plate-forme et, après des vérifications, le feu vert est donné pour le départ vers la Lune des trois joyeux astronautes.

Apollo 12 se met en orbite lunaire. Conrad et Bean dans le LM (6,98 mètres) se séparent de la cabine occupée par Gordon et atterrissent sur l’Océan des Tempêtes, moins de 200 m à peine de la sonde Surveyor 3, posée en avril 1967. Conrad siffle de satisfaction. C’est le 2° débarquement humain sur la Lune et il devient le 3° piéton lunaire. Les deux astronautes installent la première station scientifique Alsep, parcourent 2,3 km et ramassent 34 kg de roches.

conrad-apollo-12.jpgIls s’approchent de Surveyor pour ramener des pièces que Conrad indique à Bean : " C’est ça, là, en douceur, vas-y, coupe le…je le tiens…Il faudra prendre ça aussi…ils en auront besoin…et ça aussi. Ca va leur faire plaisir…la caméra…la pelle…oh ! Merveilleux !". Conrad est si heureux du travail accompli à l'issue de ses deux sorties d'un total de 7 h 45, qu'il entonne la chanson du film Blanche-Neige et les Sept nains : " Aï ho, aï ho, je rentre du boulot ", en grimpant l'échelle du module lunaire. Conrad et Bean décollent après un séjour record de 1 j 7 h 31 pour rejoindre Gordon à bord de la cabine Apollo qui sort de l’orbite lunaire après 3 j 16 h 56.

De retour sur Terre, le passionné Conrad laisse entendre qu’il veut revenir sur la Lune. Il peut espérer être nommé comme doublure de Cernan qui attend son affectation sur Apollo 17 et prendre ensuite le commandement d’Apollo 20, le dernier vol du programme. Mais cette mission est annulée par l’Administration Nixon, en janvier1970. Conrad se souvient certainement de la déclaration du Président des Etats-Unis qui avait assisté à son lancement sur Apollo 12 : " Je suis davantage en faveur du programme Apollo ". Le trop gourmand Conrad s’intéresse alors aux vols Apollo 18 et 19 dont les équipages sont officieusement connus. Stafford, le Chef du Bureau des Astronautes, trouve qu'il exagère : " Désolé Pete, tu n’auras pas une autre mission sur la Lune ". En septembre 1970, les vols Apollo 18 et 19 sont eux aussi hélas, supprimés.

A défaut de repartir sur la Lune, Conrad obtient, en août 1970, sa nomination comme Chef du nouveau programme de station orbitale Skylab, au sein du Bureau des astronautes. Il remplace Cunningham qui occupe ce poste depuis près de deux ans, après son vol Apollo 7. Au début de l’année 1971, Slayton, le Directeur des Equipages, désigne Conrad, commandant du premier équipage d’occupation de la station, car il veut quelqu’un de très expérimenté. Le 10 mai 1972, Conrad échappe à la mort. Son avion à réaction T-38 que les astronautes utilisent pour leurs déplacements, devient incontrôlable et s’écrase au sol, peu après qu’il se soit éjecté en parachute.

Le 14 mai 1973, une Saturn V à deux étages, porteuse de la station Skylab (74,78 tonnes/25 mètres), décolle pour la mission Skylab 1. Soixante-trois secondes plus tard, les trop grandes vibrations du lancement détachent le bouclier d’aluminium thermique et anti-météoritique, du corps de la station. Sous l’effet de la vitesse, il se déchire et arrache le carénage abritant un panneau solaire, tandis qu’un morceau du bouclier va s’encastrer dans le carénage du second panneau, l’empêchant de se déployer en orbite. Le départ de la Saturn IB emportant Conrad et ses compagnons, est reporté dans l’attente de l’analyse de la situation. Pendant dix jours, l’équipage va répéter intensivement les opérations qu’il doit réaliser pour rendre habitable le Skylab. Sans protection, il est peut être bombardé de micrométéorites et sa température intérieure va grimper jusqu’à 50°, risquant d’anéantir la nourriture, les films et de dégager des gaz toxiques provenant des matières plastiques surchauffées. Et il n’a que la moitié de son énergie électrique en provenance des panneaux de l’observatoire solaire.

conrad-ds-skylab-bis.jpgDu 25 mai au 22 juin 1973, Conrad effectue son 4° et dernier vol Skylab 2, une mission record de 28 j 50 mn autour de la Terre, en compagnie de Weitz et de Kerwin, médecin de formation, amenés par une Apollo (19,98 tonnes/11,14 mètres). Les premiers dépanneurs de l’Espace emportent avec eux, une trousse à outils, un parasol thermique et anti-météoritique, en pièces détachées et des réservoirs supplémentaires pour les piles à combustibles. Conrad s’exclame lors de l’ascension vers l’orbite : " Houston, ici Skylab 2…Skylab 2…Nous réparerons n’importe quoi…montée parfaite…belle mise en scène ! ".

Il amène la cabine Apollo au niveau du panneau solaire bloqué contre la paroi, pour que Weitz puisse réaliser une sortie partielle de 37 mn, par l’écoutille. Il n’arrive pas à enlever avec la perche et son crochet, le morceau d’aluminium figé dans le carénage du panneau. Ce n’est que partie remise. La cabine se dirige alors vers l’avant du Skylab, mais un défaut dans la pièce d’amarrage empêche les deux engins de se réunir en douceur, après sept essais. Le huitième réussit grâce à une pénétration en force. C’est le soulagement.

Conrad et ses coéquipiers pénètrent dans la station surchauffée, avec des masques à gaz et les éléments du parasol qu’ils montent. Ils ouvrent un sas d’expériences et glisse le parasol plié de 7 m de côté vers l’extérieur, mais il ne s’ouvre qu’à moitié. Cela est suffisant cependant pour que la température tombe progressivement de 50° à 28°. En raison de la pénurie d’électricité, une partie seulement du programme peut commencer : études médicales, observation du Soleil, télédétection des ressources terrestres, expériences biologiques.

conrad-skylab.jpgLe 2 juin, Conrad fête son 43° anniversaire et cinq jours après, il effectue une extraordinaire sortie de 3 h 30, avec Kerwin chargé de dérouler son cordon ombilical. Conrad pousse devant lui chacune des cinq perches télescopiques emboitées qu’il pose sur la paroi de la station, puis il avance péniblement le long de cette rampe de huit mètres.

Il atteint le lambeau métallique planté dans le carénage contenant le panneau solaire et il réussit à le couper avec une cisaille. Il attache ensuite une corde sur le carénage, se retourne, passe la corde par-dessus son épaule et la tire, en se penchant en avant. Lentement, le carénage de 9,5 m de long se positionne en angle droit et le panneau solaire se déploie enfin (Chapeau, Pete !). L’énergie à bord est maintenant suffisante pour la sécurité de la station et la réalisation de 90 % des expériences prévues. Les astronautes peuvent alors prendre une douche. Conrad s’écrie : "Vous vous adressez à trois gars propres comme des sous neufs et qui sentent bon ! ". Neuf jours après sa première sortie, il sort une seconde fois pour 1 h 44 en compagnie de Weitz, pour récupérer les films de l’observatoire solaire. Il nettoie aussi l’objectif de la caméra et tape avec un marteau afin de remettre en marche un des régulateurs de la centrale électrique. Après ce long séjour en apesanteur et une fois la cabine posée, Conrad est victime de très légers étourdissements, tandis que Weitz et Kerwin souffrent de vertiges.

Conrad quitte la Nasa en février 1974 pour devenir Vice-président des opérations de la firme de télévision par câble, l’American Television and Communications Corp. Puis, il va occuper des postes de Vice-president, de 1976 à 1996, chez le constructeur aérospatial McDonnell Douglas où il dirige les secteurs de la vente d'avions et du développement des nouveaux programmes aéronautiques et de satellites. En 1990, Conrad rejoint la Space Systems Compagny de McDonnell Douglas, pour participer au projet de station spatiale internationale, aux études sur la colonisation de la Lune et l’exploration de Mars et aux essais sur le lanceur récupérable Delta Clipper (DC-X).

En 1996, il crée l'Universal Space Lines (USL) pour mettre au point une stratégie permettant un accès plus facile à l’Espace et répondre ainsi aux besoins commerciaux. Pour concrétiser ce programme, il forme trois sous-compagnies : l’Universal Space Network (USN), la Rocket Development Compagny (RDC) et l’Universal Space Ware (USW). Au printemps 1999, Conrad dit en souriant que lorsqu’il aura 77 ans, il espère que la Nasa l’enverra de nouveau sur la Lune, comme elle a envoyé Glenn à 77 ans de nouveau en orbite terrestre. Mais Conrad n’arrive pas à cet âge. Il décède le 9 juillet 1999 à 69 ans, des suites d’une hémorragie interne, cinq heures après être tombé de sa moto, une Harley-Davidson, sur le lacet d’une route de montagne, près de Ojai en Californie. Très ému par sa disparition, Armstrong déclare : " Pete était le meilleur homme que j’ai jamais connu. Il me traitait comme un frère. "

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leonov.jpgLe 11° cosmonaute, Alexei A. Leonov, est né le 30 mai 1934 à Listvianka (Terre) dans un village de Sibérie centrale où la température en hiver peut descendre jusqu’à - 50° C. Quand il sera plus grand, Alexei veut s’occuper des animaux et entretenir les arbres de la forêt qu’il explore, en cachette de ses parents. Plus tard, il fait l’admiration de son entourage, de ses maîtres d’école et de ses professeurs, lorsqu’il leur présente ses dessins et ses peintures. Il va notamment croquer les personnages des contes de Charles Perrault, puis ceux des romans de Jules Verne qu’il dévore.

Il se rend dans les hôpitaux pour passer un moment avec les blessés de la deuxième guerre mondiale dont il fait les portraits et, à chaque déménagement, il s’empresse de peindre les nouveaux paysages. Alexei va aussi se passionner pour l’aviation, en commençant par construire des modèles réduits avec ses copains collégiens, en discutant avec son frère aîné, mécanicien en aéronautique, et en fréquentant son voisin militaire dans son bel uniforme d’aviateur. A la fin de ses études secondaires, il souhaite devenir artiste professionnel, mais l’Académie des Beaux-Arts de Riga où il veut s’inscrire, ne possède pas d’internat et le prix d’un loyer en ville, est trop élevé.

En 1953, Leonov décide donc de s’engager dans l’Armée de l’Air. Il ne renonce pas pour autant à la peinture, car il va avoir la possibilité de suivre des cours du soir dans les villes proches des bases où il est envoyé. Il rentre à l’école préparatoire de Kremintchoug en vue d’apprendre à piloter sur des avions d’entraînement Yak-11 et Yak-18. Il est admis en 1955 à l’école supérieure de Tchougouyev, pour terminer son apprentissage sur des Yak-11 et prendre les commandes des avions de chasse MiG. Deux ans plus tard, il reçoit son diplôme en aéronautique et, après avoir été affecté dans divers régiments comme instructeur parachutiste et de combat, il retourne à Kremintchoug.

En 1958, il réussit à poser son MiG alors qu’il aurait pu s’éjecter en parachute, après la défaillance des circuits électriques de son appareil. Cet exploit est signalé par son colonel, à un médecin militaire qui fait le tour des bases aériennes, à la recherche de pilotes qui ont fait preuve de sang-froid et qui sont intéressés pour devenir cosmonaute. Leonov accepte avec enthousiasme la proposition qui lui est faite et attend qu’on le contacte à nouveau.

Il est muté en 1959, en Allemagne de l’Est d’où il est rappelé d’urgence pour se rendre à Moscou, afin de subir des examens médicaux et des tests. Dans le centre, il aperçoit un jeune homme en train de lire " Le vieil homme et la mer " d’Hemingway : c’est Gagarine avec qui il va sympathiser immédiatement. Il est reçu ensuite par le médecin militaire rencontré à Kremintchoug qu’il va remercier chaleureusement car sans lui, il ne serait pas devenu cosmonaute. On lui avait signalé que Leonov était mort, mais il ne l’avait pas cru et avait poursuivi ses recherches pour le retrouver. Le disparu était un homonyme qui portait le même nom et prénom que lui.

En mars 1960, Leonov est admis à l’âge de 26 ans dans le 1er groupe des vingt cosmonautes. Il est jovial et spirituel, sociable et énergique. Il aime la peinture et la poésie, le théâtre et le cinéma, la voile et le cyclisme, la natation et le ski nautique, l’escrime et le volley. Il va écrire et illustrer le journal satirique des cosmonautes " Neptune ".

Leonov est aussi un trompe-la-mort. Lors d’un vol d’entraînement à bord d’un MiG-21, il doit s’éjecter de son appareil en panne et ne peut ouvrir son parachute qu’à 38 m du sol sur lequel il atterrit brutalement, avec seulement quelques os brisés. A l’occasion d’un essai du siège éjectable du Vostok, il est contraint durant sa chute, de tordre une barre de métal pour libérer la sangle qui l’empêche de s’éjecter en parachute. Un jour, le taxi dans lequel il se trouve avec sa femme Natacha, quitte la route et tombe dans un étang gelé dont la glace commence à se briser sous le poids de la voiture. Il réussit à sortir, puis monte sur le toit, enlève sa veste, ses chaussures et plonge pour sauver son épouse et le chauffeur.

Par deux fois, Leonov espère être retenu pour son premier vol dans l’Espace. Il s’entraîne d’abord pour la désignation du pilote de Vostok 5 de juin 1963, mais c’est Bykovsky qui est choisi. Il poursuit sa formation en vue d’une affectation sur une des missions Vostok 7 à 10, mais elles vont être annulées en février 1964 pour laisser la place au programme Voskhod. Il commence alors un entraînement commun pour la sélection du premier piéton l’Espace et il est enfin nommé en juillet 1964.

leonov-ds-voskhod.jpgDu 18 au 19 mars 1965, Leonov effectue à bord de Voskhod 2 (5,68 tonnes/5,42 mètres), sa 1ère mission d’1 j 2 h 02 autour de la Terre, en compagnie de Belaïev. C’est le premier vol d’un équipage de deux cosmonautes et à une altitude record de 475 km.

Une fois en orbite, il se glisse dans le sas pour sortir dans le vide " comme un bouchon de sa bouteille " et devenir pendant 12 mn, le 1° homme à marcher dans l’Espace. Il voit la gigantesque courbure de la Terre et le signale à Belaïev : " Pavel ! Pavel ! Elle est ronde ". Un rire étouffé lui répond. De suite, il éprouve " un sentiment de légèreté, de liberté, rien que des sensations agréables ". Belaïev doit lui répéter à deux reprises qu’il est temps de rentrer. Il a cependant l’impression que les doigts de ses mains et de ses pieds ont rétréci, à l’intérieur de ses gants et de ses bottes. Leonov constate alors que son scaphandre, au contact du vide, s’est dilaté. Il espère qu’il peut entrer dans le sas, par les pieds comme prévu.

leonov-voskhod.jpgMalgré ses efforts, il n’y arrive pas. Ses yeux sont remplis de sueur et la buée commence à recouvrir sa visière. Il décide alors de rentrer la tête la première, mais le reste de son corps ne suit pas. Il prend la décision, nécessaire mais dangereuse, de baisser la pression, en manoeuvrant une valve pour diminuer le volume de sa combinaison spatiale. Elle descend de 0,40 à 0,25 atmosphère qui est la limite de sécurité, avant l’asphyxie.

C’est encore insuffisant pour pénétrer dans le sas. Alors Leonov, grâce à sa force musculaire et sa détermination, va réussir l’impossible. Il retourne ensuite dans la cabine, épuisé, avec un cœur aux 143 battements par minute, une respiration deux fois plus élevée que la moyenne, une température de 38° C et un corps mouillé par la transpiration. Une fois reposé, il immortalise sur son bloc de dessin et avec ses crayons, sa sortie dans l’Espace.

Puis, les cosmonautes constatent que l’atmosphère de nitrogène et d’oxygène s’échappe lentement, car l’écoutille ne s’est pas refermée hermétiquement. La perte est compensée automatiquement par un complément d’oxygène si important qu’une étincelle sur un circuit électrique peut provoquer une explosion. Belaïev parvient heureusement à équilibrer la composition de l’air. L’éjection du sas va accélèrer la rotation du Voskhod qui est corrigée avant le retour, pour économiser le carburant du contrôle d’attitude. Lors de la 13° orbite, la pression dans les réservoirs d’air chute de 75 à 25 atmosphères et ne descend pas davantage.

 A la 17° orbite, le système d’orientation automatique, chargé d’aligner le Voskhod avant l’allumage des rétrofusées, tombe en panne, mais au cours de la 18° orbite, Belaïev réussit une rentrée manuelle qui va décaler de 370 km, le site d’atterrissage. Peu après, le module de service ne se libère pas de suite de la cabine qui va alors prendre une trajectoire très raide de rentrée. Le parachute s’ouvre et le Voskhod se dirige vers une forêt de l’Oural, en Sibérie. Il passe par bonheur entre deux sapins et atterrit sur la neige.

Les cosmonautes évacuent la capsule en forçant la trappe, bloquée par une grosse branche. Leonov expédie un message en morse qui est capté par un avion cargo, puis retransmis. Quatre heures plus tard, le pilote d’un hélicoptère aperçoit le parachute déployé sur la cime des arbres et les deux hommes remuant les bras. Revêtus d’un lourd et rigide scaphandre, ils refusent d’emprunter la fragile échelle de corde jetée depuis l’appareil. Un second hélicoptère largue ensuite un paquet contenant des bottes fourrées et un autre renfermant des vêtements chauds qui s’accroche aux branches.

Pour se protéger du froid, les deux cosmonautes essaient alors sans succès, de faire descendre le parachute. Les secouristes débarqués d’un hélicoptère cinq kilomètres plus loin et ceux à bord de véhicules tout terrain, ne trouvent pas Belaïev et Leonov avant la tombée du jour. Ils s’abritent donc dans le Voskhod pour supporter une nuit glaciale, souvent réveillés par le hurlement des loups. Au matin, un hélicoptère survole le site et repère un cosmonaute qui brise des branches, tandis que le second s’apprête à les brûler. Dans la journée, Belaïev et Leonov voient enfin venir deux équipes de secours avec qui ils passent la nuit dans une hutte assemblée près d’un feu. Le lendemain, ils parcourent 9 km en ski avec les secouristes, pour rejoindre un hélicoptère M-4 qui va les amener à un aérodrome d’où ils décollent en direction de Moscou.

Après son vol, Leonov commence au début de l’année 1966, ses cours d’ingénieur en aéronautique à l’Académie de l’Armée de l’Air Joukovski de Moscou (qu’il termine en 1968) et dès le mois d’avril, il débute son entraînement pour les vols lunaires. En février 1968, il est sélectionné en tant que commandant d’une des trois missions de survol de la Lune (Programme L1). Un soir de juin, Leonov quitte la Cité des Etoiles au volant de sa Volga, pour aller faire un tour à Moscou, mais à 23 heures, il accroche avec sa voiture, un car de touristes italiens. Kamanine, le Directeur des Equipages, lui fait remarquer qu’à cette heure-là, il aurait du se trouver dans son lit, comme l’exige le règlement pour tout cosmonaute retenu pour un vol.

En juillet, Leonov postule pour le poste de Commandant des cosmonautes, mais Kamanine refuse sa candidature, en lui rappelant son infraction aux consignes. En septembre, Zond 5 (Soyouz inhabité) effectue le remarquable premier aller-retour Terre-Lune, avec survol du satellite. Le même mois, la Commission de sélection constitue les équipages du programme L1 : Bykovsky et Roukavichnikov, Leonov et Makarov, Popovitch et Sevastianov, tous retenus aussi pour les atterrissages sur la Lune (Programme L3). D’entrée, Michine, le Chef du programme spatial, souvent critiqué par Leonov, avertit le cosmonaute qu’il ne le soutiendra pas pour faire partie du premier vol vers la Lune et Kamanine de son côté, lui précise que l’équipage de Bykovsky, est favori. Le choix définitif de la Commission doit cependant intervenir peu avant le lancement.

 A la fin du mois, Leonov heurte à nouveau un bus, avec sa Volga. Kamanine lui interdit alors de conduire pendant six mois et lui dit avec ironie qu’il doute de sa compétence comme pilote spatial, vu qu’il est un mauvais conducteur sur terre. En octobre, Soyouz 3, le 1er vaisseau modifié après le vol tragique de Soyouz 1, est mis en orbite, avec Beregovoï. Leonov et d’autres cosmonautes demandent alors que le 1er survol lunaire ait lieu le mois suivant, avant le départ d’Apollo 8 en décembre. Mais Michine veut deux succès consécutifs de Zond, en novembre et en décembre, avant le vol habité prévu en février-mars 1969.

En novembre, Zond 6 part effectuer un second aller-retour Terre-Lune, mais le vaisseau se dépressurise, entraînant l’ouverture prématurée des parachutes de la cabine qui se pose si durement qu’un équipage à bord, aurait été tué. Le lancement du 6 décembre d’un Zond, est donc reporté et Apollo 8 s’envole avec succès vers la Lune, le 21 décembre. On décide néanmoins de préparer un autre survol lunaire. Le 20 janvier 1969, la fusée Proton porteuse du Zond décolle et se désintègre devant Bykovsky qui assistait au départ.

Deux jours après, Leonov manque de perdre la vie. Parti pour assister au Kremlin à la cérémonie de réception des cosmonautes de Soyouz 4 et 5, la voiture officielle, à bord de laquelle ont pris place également Valentina Terechkova et Beregovoï, est criblée de balles par un homme déguisé en policier. Il pensait que c’était le véhicule du dirigeant politique Brejnev, se dirigeant vers le Kremlin, mais celui-ci avait pris un autre trajet au dernier moment. Après l'échec du dernier tir d'un Zond, les autorités politiques décident l’arrêt du programme L1. Leonov va alors intervenir en haut lieu, pour que le programme se termine avec honneur, en utilisant les deux derniers Zond disponibles. On lui promet d’autoriser le lancement d’un dernier Zond inhabité, avant l’envoi d’un Zond piloté par lui-même et Makarov.

Mais après l’atterrissage sur la Lune d’Apollo 11 le 20 juillet 1969, le programme L1 de survol lunaire est définitivement abandonné, à la grande déception de Leonov (Zond 7 et Zond 8 sont lancés en août 69 et octobre 1970, sans cosmonaute à bord). Il espère malgré tout pouvoir se poser sur la Lune. Mais le programme L3 débute par deux échecs. Le 21 février 69 et le 3 juillet 69, les fusées géantes N-1 explosent lors du départ. Dans l’attente de la résolution des problèmes, il est transféré en mai 1970 sur le programme de stations orbitales Saliout. Il ne va pas reprendre l’entraînement sur les vols lunaires, car le programme L3 est annulé, après les nouveaux échecs en juin 1971 et en novembre 1972 de la N-1 et la fin du programme Apollo en décembre 1972. C’est la deuxième grande déception du cosmonaute qui a " passé les meilleures années de sa vie sur le programme lunaire ".

Leonov est alors nommé commandant de Soyouz 11 pour la 2ème occupation de la station Saliout 1, mais lors d’un examen médical, Koubassov, atteint d’une infection pulmonaire, est exclu de son équipage et Volkov prend sa place. Finalement, Leonov et le 3ème membre Kolodin sont eux aussi remplacés, les médecins craignant une contagion. Les doublures Dobrovolsky, Volkov et Patsaïev décollent donc le 6 juin 1971 pour séjourner pour la première fois à bord d'une station, car l'équipage de Soyouz 10 n'a pas pu pénétrer dans Saliout 1. Ils reviennent sans scaphandre le 30 juin, malheureusement décédés à bord de leur Soyouz 11, dépressurisé au cours de la rentrée.

 Le lancement de Soyouz 12, occupé par Leonov et son équipage en bonne santé, est reporté (Koubassov souffrait en réalité d’une infection causée par la respiration d’un insecticide répandu sur les arbres de Baïkonour). Un an après, Leonov et Koubassov revêtus maintenant d’une combinaison spatiale, se préparent à rejoindre une autre station Saliout. Mais elle se désintègre lors de l’échec au lancement de la fusée Proton, le 29 juillet 1972. Près d’une autre année s’écoule et, pour la quatrième fois, Leonov et Koubassov s’apprêtent à décoller pour s’amarrer à une station Saliout, mise en orbite le 11 mai 1973. Elle va porter le nom de Cosmos 557 et rentrer dans l’atmosphère onze jours plus tard, après une perte de carburant et du contrôle d’attitude.

Si le destin ne veut pas que Leonov parte vers la Lune et occupe une station orbitale, du moins il est d’accord pour qu’il participe à une mission historique, celle de la rencontre entre un vaisseau soviétique et un vaisseau américain, concrétisation des réunions entre les deux pays depuis octobre 1970. Leonov et Koubassov sont nommés deux jours après l'échec de Cosmos 557, pilotes du Soyouz 19. " Mais je ne parle pas anglais " rappelle Leonov à Chatalov, le nouveau Directeur des équipages, qui lui répond : " Tu as deux ans et deux mois pour l’apprendre ". De leur côté, les astronautes américains vont étudier le russe et chaque équipage va s’entraîner à plusieurs reprises, dans l’autre pays.

leonov-ds-astp2.jpgDu 15 au 21 juillet 1975, Leonov réalise à bord de Soyouz 19 (6,18 tonnes/7,48 mètres), sa 2° et dernière mission d’une durée de 5 j 22 h 30 en orbite terrestre, en compagnie de Koubassov, pour le premier amarrage avec une cabine Apollo occupée par Stafford, Slayton et Brand, dans le cadre du programme ASTP (Apollo Soyuz Test Project). La rencontre a lieu le 17 juillet. " Bien joué Tom, c’est du beau travail ! " lance Leonov à Stafford qui dirige l’opération. Les écoutilles entre les deux engins et le module de jonction fixé sur Apollo, s’ouvrent et les quatre transferts d’équipages peuvent avoir lieu.

 Leonov va passer ainsi un total de 5 h 43 mn, côté américain. Un collègue sur Terre lui fait part d’un message : " Ta femme Natacha s’inquiète pour toi ". Il la rassure : " Ce n’est vraiment pas la peine, je suis très bien ici  ". Des expériences scientifiques communes se déroulent ainsi que des repas collectifs. Lors d’une conférence de presse, un journaliste demande à Leonov ce qu’il pense de la nourriture américaine. " Comme l'a dit un philosophe, l’important, ce n’est pas ce que vous mangez, mais avec qui vous mangez " lui répond le cosmonaute.

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Il va faire une surprise à ses collègues américains, particulièrement à Slayton à qui il a promis, dix ans plus tôt au congrès d'astronautique d’Athènes, de trinquer un jour avec lui à bord d’un vaisseau international. Il leur présente des tubes qui portent l’étiquette " Vodka " que les Américains ne veulent pas prendre, car l’alcool est interdit. Devant l’insistance de Leonov pour qui la tradition russe doit être respectée, ils les ouvrent et se rendent compte que l’intérieur contient …de la soupe.

Pendant la cohabitation, l’artiste cosmonaute offre à chaque astronaute, son portrait crayonné pendant les séances d'entraînement. La première séparation intervient le 19 juillet après un amarrage de 43 h 53 mn. Les deux cabines volent en formation pendant 30 mn, à 50 m l’une de l’autre, puis un second amarrage a lieu sous la conduite de Leonov qui éprouve des difficultés pour aligner son Soyouz sur le module d’accostage d’Apollo. Lors de l’opération, le vaisseau soviétique se met à tanguer pendant une quarantaine de secondes, puis se sépare du vaisseau américain après 3 h 54 mn. Le Soyouz 19 se pose et Leonov va écrire à la craie le mot " merci " sur sa coque.

Les rencontres dans l’Espace vont reprendre vingt ans après. De 1995 à 1998, les navettes américaines équipées du mécanisme de jonction amélioré d’Apollo-Soyouz, s’amarrent lors de neuf missions, à la station orbitale russe Mir. En mars 1976, Leonov est nommé Commandant des cosmonautes. Arrivés en septembre 1980 à la Cité des étoiles pour s'entraîner au premier vol d'un Français, Jean-Loup Chrétien et Patrick Baudry vont beaucoup apprécier les visites amicales de Leonov dans leur appartement. Il est, pour eux, un homme sur qui on peut compter pour régler les problèmes du quotidien. En janvier 1982, il devient Directeur-adjoint de la Cité des Etoiles, chargé de la formation des occupants des stations Saliout 7 et Mir.

En septembre 1991, Leonov est obligé de quitter ses fonctions, atteint par la limite d’âge fixée par la nouvelle administration russe. Il prend la présidence de l’American Alpha Capital Investment Corporation de Moscou et continue à se passionner pour la peinture. Membre de l’Union des Artistes, ses œuvres sont exposées ou reproduites sur des timbres et il va écrire des livres d’art, en collaboration avec le peintre Sokolov. 

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    borman-a.JPGLe 11° astronaute, Frank Borman, est né le 14 mars 1928 à Gary (Terre). Enfant, il est de faible constitution, d’une santé fragile et il est opéré à deux reprises, alors qu’il n’a pas cinq ans. Les médecins conseillent à ses parents de partir dans une région plus clémente. La famille quitte alors l’Indiana pour s’installer à Tucson dans l’Arizona où le climat chaud des paysages de western, fortifie le corps du jeune Frank. A quinze ans, il se découvre une passion pour les avions et quatre années plus tard, il s’engage dans l’Armée de l’Air. Il entre à la célèbre Académie militaire de West Point qu’il quitte en 1950, avec sa licence en sciences. Borman suit une formation de pilote de chasse à la base aérienne Williams, puis demande son affectation aux Philippines jusqu’en 1953. Il choisit comme spécialité le bombardement en piqué, mais au cours d’un vol d’entraînement, il a une rupture de tympan qui va le clouer au sol pendant plusieurs mois. Il sert ensuite dans différentes unités aériennes, comme pilote et instructeur.
En 1957, il obtient une maîtrise en aéronautique décernée par l’Institut de Technologie de Californie et il retourne à l’Académie militaire où il enseigne pendant trois ans, la thermodynamique et la mécanique des fluides. Une grosseur à l’intestin décelée lors d’un examen médical, pour le recrutement en 1959 des premiers astronautes, empêche Borman de rentrer à la Nasa, mais un traitement va faire disparaître cette excroissance avant sa future sélection. Après avoir été professeur à West Point, il devient en 1960, élève à l’Experimental Test Pilot School d’Edwards où Stafford, un futur astronaute, lui apprend le métier de pilote d’essai. L’année d’après, sur la suggestion de Borman, le Centre est rebaptisé The Aerospace Research Pilot School, puisque les techniques spatiales sont maintenant au programme. Il devient instructeur dans cette école jusqu’à son admission à la Nasa et il fait la connaissance de Collins et de Scott qui vont être recrutés en 1963, comme astronaute. 
En septembre 1962, Borman rentre dans la 2° équipe des neuf astronautes, à l’âge de 34 ans. Il est connu pour sa prudence et sa discipline, son sérieux et sa courtoisie. Il aime les vieux tacots, la chasse et le ski nautique.

Pour le premier vol Gemini, il est nommé en février 1964, doublure de Stafford, tandis que son commandant Grissom est désigné doublure de Shepard. Ce dernier est exclu des équipes de vol un mois après, à cause d’un syndrome dans son oreille interne. Slayton, le Directeur des équipages, décide alors d’affecter l’équipage de substitution sur la première Gemini, mais Grissom ne veut pas continuer à faire équipe avec Borman qui est remplacé par Young. Trois mois plus tard, Borman est choisi comme doublure de McDivitt pour la mission Gemini 4 et, en juillet 1965, il devient commandant de Gemini 7 pour le vol le plus long du programme. Auparavant doit être mis en orbite Gemini 6 qui doit s’amarrer à un étage-fusée Agena, mais la fusée Atlas-Agena explose lors du lancement. Pour ne pas prendre de retard, la Nasa décide alors d’un rendez-vous entre les deux vaisseaux habités. Certains ingénieurs suggèrent en plus que Gemini 6, lancé en second, s’amarre à Gemini 7 équipé d’un cône escamotable à l’arrière qu’on peut construire rapidement, mais Borman refuse, jugeant cette opération trop risquée.

borman-ds-a8.jpgDu 4 au 18 décembre 1965, Borman effectue sa 1ère mission record de 13 j 18 h 35 à bord de Gemini 7 (3,65 tonnes/5,74 mètres) autour de la Terre, en compagnie de Lovell. Pendant l'ascension, la poussée de leur fusée Titan II est légèrement inférieure aux prévisions et place la Gemini sur une orbite dont l’apogée va devoir être relevé grâce aux moteurs du vaisseau. Durant quinze minutes, la cabine vole en formation entre 20 et 45 m, avec le 2° étage du lanceur qui culbute, en crachant le reste de son carburant. Les astronautes commencent ensuite leurs expériences médicales et prennent des photos de la Terre et des étoiles. 
Borman déclare : " Je me sens comme si j’étais né ici ". Cinq jours après, les deux hommes ne supportent plus le port de leur combinaison. Le directeur de vol leur donne alors l’autorisation de l’enlever à tour de rôle, pour des raisons de sécurité. Un matin, le froid dans la capsule les réveille. La température a baissé de 20°. Ils constatent que le système de climatisation ne fonctionne pas normalement parce que la Gemini tourne deux fois par minute sur elle-même. Le dispositif qui absorbe la condensation provenant de la respiration des astronautes, est engorgé et il éjecte des jets de vapeur à l’origine de cette rotation rapide. La mise en marche des moteurs-fusées ralentit ce mouvement. Puis le 15 décembre, les deux hommes voient arriver Gemini 6 avec Stafford et Schirra qui signale : " Il y a beaucoup de circulation ici ". " Faut appeler un agent " lui répond Borman. Les deux vaisseaux naviguent de conserve pendant 5 h 18, s’approchant jusqu’à 30 cm. Le premier rendez-vous spatial a lieu et, pour la première fois, quatre astronautes se trouvent en même temps dans l’Espace.
borman-gemini-7.jpgIls simulent la rencontre de l’étage de remontée du module lunaire avec la cabine Apollo en orbite autour de la Lune. Gemini 6 revient sur Terre et Gemini 7 continue sa ronde. Les deux piles à combustibles qui fournissent de l’électricité et de l’eau, causent des ennuis et on envisage que la mission soit écourtée d’un jour, avec un amerrissage de nuit. Borman et Lovell remarquent qu’une seule cellule sur les trois contenues dans chaque pile, ne marche pas. Ce n’est pas inquiétant et le vol peut continuer et se terminer comme prévu. A leur arrivée sur le porte-avions, les deux hommes ont la démarche hésitante après être restés assis quatorze jours. La Nasa a maintenant l’assurance que les vols Apollo de longue durée sont possibles. 
En septembre 1966, Borman est nommé doublure du commandant de bord Schirra pour le vol Apollo 2 qui doit tester en orbite terrestre, la cabine. Deux mois après, la Nasa décide d’annuler cette mission qui est une répétition du vol Apollo 1. En décembre 1966, Borman est désigné commandant d’Apollo 3, chargé d’essayer le premier module lunaire autour de la Terre. Mais le 27 janvier 1967, Grissom, White et Chaffee périssent dans l’incendie de leur vaisseau Apollo 1, à Cap Kennedy. Borman est alors choisi comme le représentant des astronautes dans la Commission d’enquête. Lorsqu’il pénètre dans la cabine noircie, sa "confiance en Apollo est durement ébranlée". Sa participation sans complaisance à l’investigation, va être très appréciée par les membres du Congrès américain à qui un rapport est remis sur les causes du drame. Il est nommé ensuite à la tête de l’équipe chargée de revoir la conception intérieure de la cabine. Borman, à la " main de fer dans un gant de velours ", obtient toutes les modifications pour que la sécurité des astronautes soit pleinement assurée, notamment la suppression d’une atmosphère entièrement composée d’oxygène pur et l’ouverture des écoutilles en sept secondes au lieu des quatre-vingt dix secondes. Puis un jour, il annonce : " Assez ! Le travail est terminé maintenant. Il est temps de voler ! ". Apollo vient de renaître.

Borman est désigné en décembre 1967, commandant du vol Apollo 9 pour piloter le 2° module lunaire sur une orbite terrestre à l’apogée de 6.500 km. Il informe Slayton qu’il s’agira de sa dernière mission, car il veut profiter de sa famille dont il a été trop souvent éloigné. La Nasa va ensuite se rendre compte que le 1° module lunaire qui doit être essayé en orbite terrestre basse lors du vol Apollo 8 commandé par McDivitt, ne sera pas prêt pour la fin de l’année 1968. Puis, les services secrets vont informer la Nasa d’un possible survol lunaire de cosmonautes soviétiques avant le début de 1969. En août 1968, Low, le Directeur du programme Apollo à Houston, propose alors d’utiliser le créneau de lancement de décembre 1968 pour mettre en orbite lunaire la cabine Apollo 8, si le premier vol Apollo 7 en octobre sur orbite terrestre, est un succès. 
Slayton ne veut pas affecter l’équipage de McDivitt sur cette mission, car il s’exerce depuis de nombreux mois aux manoeuvres avec le 1° module lunaire, contrairement à celui de Borman que Slayton retient pour ce vol lunaire. Mais Kraft, le Directeur des vols, s'aperçoit que Borman est déconcerté par cette affectation parce que la préparation de cette expédition doit durer seulement quatre mois et qu’il s’est entraîné pour une mission différente. Avant d’accepter, il s'entretient avec ses coéquipiers. Après la " réunion la plus importante de sa vie ", il donne sa réponse : " On est partant ". Les trois hommes vont alors se passionner pour ce vol historique et audacieux dont ils doivent être les héros, si les Soviétiques ne les devancent pas.

Car en septembre 1968, ces derniers réalisent avec Zond 5 (Soyouz inhabité) un exploit remarquable : le premier aller-retour Terre-Lune, avec survol du satellite. En octobre 1968, Soyouz 3 avec Beregovoï teste le vaisseau modifié en orbite terrestre et un second survol lunaire par Zond 6 intervient en novembre 1968. Une autre fenêtre de lancement depuis Baïkonour s’ouvre le 6 décembre 1968, 15 jours avant le départ d’Apollo 8, mais les Soviétiques ne l’utilisent pas pour envoyer un équipage vers la Lune (On va apprendre plus tard qu'il était prévu de lancer un autre Zond inhabité, si Zond 6 ne s'était pas écrasé à son retour sur Terre. Le survol lunaire par des cosmonautes était alors envisagé pour février-mars 1969).

borman-ds-g74.jpgDu 21 au 27 décembre 1968, Borman réalise sa 2° et dernière mission, à bord d'Apollo 8 (28,83 tonnes/11,14 mètres), pour le premier vol humain vers la Lune d’une durée de 6 j 3 h, avec un séjour de 20 h 10 sur orbite lunaire, en compagnie d'Anders et de Lovell, à nouveau. Depuis l’orbite terrestre, le réallumage du moteur du 3° étage de la fusée Saturn V propulse les astronautes dans un univers où personne n’a pénétré avant eux. 
Par un hublot de la cabine, Borman regarde la Terre s’éloigner et il appelle le Centre de contrôle : " Dites aux habitants de la Terre de Feu (Argentine et Chili) de mettre leur imperméable. On dirait qu’une tempête se prépare ". " Voulez-vous leur donner des prévisions pour les vingt-quatre heures à venir ? " demande le Centre. " Pourquoi pas ? Elles ne seront pas plus mauvaises que celles de nos météorologistes " répond Borman. Le lendemain, Borman a des nausées, des maux de tête, des frissons, de la fièvre et une gastro-entérite attrapée sans doute à Cap Kennedy où sévit une épidémie. Il n’arrive pas à trouver le sommeil et n’a pas faim. Les médicaments vont faire disparaître ces troubles, au bout d'une journée. Puis, le 24 décembre, les astronautes offrent à l’humanité un magnifique cadeau de Noël. Le moteur SPS place Apollo en orbite lunaire. Lovell s’exclame " On a gagné ! " tandis qu’Anders rajoute " En plein dans le mille ! ". Quant à Borman, il annonce : " Espérons que ça se rallumera demain pour retourner au bercail ". En observant la Lune, il a " le sentiment d’entrer dans le monde de la science-fiction, un monde étrangement éclairé, un monde d’une beauté impressionnante et solitaire ".  
borman-apollo-8.jpgEn regardant la Terre à 378.504 km, il lui est " difficile de croire que cette petite boule peut contenir tant de problèmes et tant de frustrations ". Les astronautes vont mal dormir, car ils ont soit trop froid, soit trop chaud, sans compter le bruit causé par le fonctionnement des appareils de bord. La grande fatigue des trois hommes ne les empêche pas de réaliser la presque totalité de leur programme : photographie de la surface lunaire, relevé topographique des futurs sites d’atterrissage, repérage des positions géographiques où doit s’amorcer la descente des modules lunaires, mesure du champ de gravité susceptible de modifier la trajectoire des vaisseaux. 
Sur le chemin du retour, un contrôleur zélé demande à un équipage exténué, de manœuvrer Apollo pendant trente minutes vers le nord. Borman lui répond : " Ok ! Vous savez ce que j’en pense. Si vous voulez jouer avec nous pendant trente minutes, nous jouerons avec vous ". A l'amerrissage, la cabine Apollo heurte violemment la surface du Pacifique et se retourne la tête en bas, malmenée par des vagues et des creux d’1,50 m. Des jets d’eau jaillissent par l’ouverture d’égalisation de la pression et arrosent Borman. Il appuie sur le bouton pour gonfler les ballons fixés sur le nez de la capsule qui se redresse lentement, mais les astronautes attendent pendant 90 mn le lever du jour, afin que les hommes-grenouilles puissent les sortir de la cabine. Borman va alors déclarer pour résumer la mission : " On a eu du pot ! ". 

En janvier 1969, Borman quitte le Corps des Astronautes et le mois suivant, il est nommé Adjoint de Slayton, le Directeur des Equipages, puis en mai 1969, il est désigné Directeur des services spécialisés dans l’étude des stations orbitales. A l’invitation de l’ambassadeur soviétique à Washington, Borman est le premier astronaute à se rendre à Moscou pendant les dix premiers jours de juillet 1969. L'homme qui a vu la Lune de près, est accueilli chaleureusement. Il fait la connaissance de quelques cosmonautes qui se font un plaisir de lui montrer les installations du Centre d’entraînement de la Cité des Etoiles.

De retour aux Etats-Unis pour assister au départ du vol historique d’Apollo 11 le 16 juillet, il apprend que la sonde lunaire soviétique Luna 15 a décollé de Baïkonour le 13 juillet. La Nasa s’inquiète sur les possibles interférences avec le vaisseau Apollo 11. Borman téléphone alors au Professeur Keldysh, président de l’Académie des sciences qu’il a rencontré. Il tombe sur son adjoint qui lui promet de contacter le Professeur. Rapidement, Borman va recevoir un télégramme de Keldysh sur lequel figurent tous les paramètres de vol de Luna 15 qui rassurent l'agence spatiale (Après sa mise en orbite lunaire, la sonde soviétique va s’écraser le 21 juillet sur la Lune, le lendemain de l’arrivée d’Armstrong et d’Aldrin. Elle était chargée de ramener des échantillons lunaires sur Terre, avant l’équipage américain).

Borman quitte la Nasa en juillet 1970, à 42 ans, pour redevenir comme en 1966 et 1968, ambassadeur spécial des Etats-Unis, chargé de négocier la libération des prisonniers de guerre américains au Vietnam, car le président Nixon a remarqué ses qualités de diplomate lors de son voyage en Union Soviétique et à l’occasion de l’épisode de Luna 15. Il va tenir, avec talent et succès, son rôle de médiateur dans des tournées en Extrême Orient et en Europe, notamment à Paris où il rencontre des Nord-Vietnamiens. Cette année-là également, Borman obtient un diplôme en gestion de commerce avancé de la célèbre école de Harward et il entre dans la compagnie aérienne Eastern Airlines où il va occuper des postes de responsabilités qui vont l’amener à la présidence.

Il s’investit énormément pour relever la société qui n’a pas une bonne réputation et il va en faire l’une des quatre grandes compagnies aériennes américaines. Gestionnaire avisé et profondément influencé par les méthodes de travail de la Nasa, Borman va d’abord réorganiser le service des ventes et des structures, puis contribuer au renom d’Eastern en développant de nouvelles idées de management pour éponger la dette, puis créer une situation de profits. Il met fin aux tensions internes au sein de la direction, améliore la qualité du service aux passagers et mène une politique de partage des bénéfices et des risques avec le personnel. Borman s’impose comme un dirigeant énergique reconnu par les compagnies concurrentes. Il est le premier client nord-américain à signer des contrats de location-vente pour des Airbus A 300, puis des contrats d’achat pour des Airbus A 300 B qu’il met en service dans sa compagnie.

Mais une crise dans le transport aérien va entraîner des conflits sociaux, puis des pertes financières. Plus de deux cents compagnies vont alors disparaître ou être absorbées comme Eastern Airlines qui est rachetée par Texas Air dont Borman devient vice-président en juin 1986. 
En mars 1988, il se rend dans les Hautes-Pyrénées, plus particulièrement aux sanctuaires de Lourdes et à la Socata qui construit, avec la Mooney Aircraft, le TBM-700. Il parraine ce nouvel avion d'affaires avec Muriel Hermine, la championne olympique de natation synchronisée.

En 1988, Borman quitte la Texas Air pour être nommé Président de Patlex Corporation, une entreprise de fabrication de composants électroniques et de systèmes laser. Borman est également membre du conseil d’administration de nombreuses sociétés : National Bank, King Resources Co., Home Depot, National Geographic, Outboard Marine Corporation, Auto Finance Group, Thermo Instrument Systems et American Superconductor.

 

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Le 12° cosmonaute, Gueorgui T. Beregovoï, est né le 15 avril 1921 à Yenakiyevo (Terre). Enfant, il construit des modèles réduits d’avions et après avoir fini sa scolarité à 17 ans, il part travailler dans une aciérie. Il ne va pas y rester longtemps, car il ressent d'agréables sensations en prenant des leçons à l’aéroclub où il est inscrit. Il devient pilote amateur et, pour aller plus haut et plus vite, il rentre en 1938 à l’Ecole de l’Armée de l’Air de Lougansk. Trois ans après, Beregovoï reçoit son diplôme de pilote de chasse, alors que vient de commencer la 2ème guerre mondiale et que les troupes allemandes pénètrent en Union Soviétique.

Il est affecté dans une escadrille de la division du major général Kamanine qui va être, vingt ans plus tard, le Directeur des équipages de cosmonautes. De 1941 à 1945, Beregovoï effectue 185 missions de combat contre les appareils de la Luftwaffe, pour permettre aux blindés et à l’infanterie soviétiques de repousser l’envahisseur, sans être trop inquiétés par le bombardement aérien. A trois reprises, son avion est touché et il tombe en parachute sur le territoire occupé par l’ennemi, mais il réussit à rejoindre son unité après avoir traversé des champs boueux et des forêts enneigées. En 1945, son dernier fait d’armes est de participer à la libération de la Tchécoslovaquie.

La guerre terminée, Beregovoï entre à l’Ecole supérieure des officiers, puis il est admis en 1948 à l’Ecole des pilotes d’essai de Schelkovo. Pendant six ans, il va mettre au point 63 types d’avions dont le MiG 15 dans sa version tous temps et le MiG 19 équipé de moteurs-fusées d’appoint pour son décollage. Il forme ensuite les jeunes recrues. Tout en exerçant son métier, il suit à partir de 1953, des cours par correspondance de l’Académie de l’Armée de l’Air du Drapeau Rouge qui lui décerne son diplôme en aéronautique en 1956, après la réussite à son examen. Le 12 avril 1961, lorsque Gagarine ouvre la voie de l’Espace, Beregovoï voudrait, lui aussi, participer à cette grande aventure, mais il se trouve trop âgé. Il a 40 ans et Gagarine, 27. En décembre 1963, Roudenko, qui supervise l’entraînement des cosmonautes, estime que la venue d’officiers expérimentés est nécessaire pour leur formation, après qu'ils aient effectué une mission spatiale. Informé, Beregovoï s’empresse alors de poser sa candidature.

En janvier 1964, Beregovoï est admis dans le Corps des Cosmonautes et rattaché au 2° détachement de pilotes sélectionnés un an plus tôt. Très loquace, il est aussi connu pour son humour excessif et sa grande passion pour la conduite automobile.

Les " anciens " cosmonautes ne sont pas contents de voir arriver un héros de guerre couvert de décorations et un des meilleurs pilotes d’essai. Il est recruté à 43 ans, bien que l’âge maximun autorisé soit de 35 ans, et on lui a promis pour très bientôt une mission, alors que trente-quatre d'entre eux attendent leur tour, la plupart depuis quatre ans. Kamanine rassure ses jeunes troupes. Beregovoï ne s’envolera que lorsqu’il aura terminé son long entraînement. Cependant, il est de suite intégré dans le groupe de ceux qui préparent le prochain vol Vostok 7, prévu en avril 1964.

Grâce à Roudenko, il bénéficie en plus d’une formation accélérée qui va aggraver leur mécontentement. Mais en février 1964, les missions Vostok 7 à 10 sont supprimées pour laisser la place au programme Voskhod. Quatre mois après, Kamanine se prépare à sélectionner les équipages des cinq premiers vols du Soyouz qui doit prendre la relève du Voskhod. Roudenko veut que Beregovoï occupe un poste de commandant de bord, mais Kamanine lui répond que pour tenir cette fonction, le cosmonaute doit, au préalable, avoir réalisé un vol.

En janvier 1965, les supérieurs hiérarchiques de Kamanine vont alors faire pression sur lui, pour que Beregovoï prenne la place de Belaïev pour la mission Voskhod 2 de mars 1965. Le Directeur des équipages leur tient tête et il refuse, en arguant du fait que Beregovoï n’a pas les six mois d’entraînement requis pour ce vol, qu’il est trop grand (1,80 m) et trop lourd (84,5 kg) pour occuper le vaisseau avec un autre cosmonaute. La taille standard et le poids moyen sont respectivement de 1,71 m et de 73 kg. Il conseille donc au doyen des cosmonautes de perdre du poids.

Deux mois plus tard, c’est au tour de Roudenko de demander que Beregovoï remplace Volynov pour le vol Voskhod 3 prévu pour le deuxième trimestre de 1966. Kamanine le retient uniquement comme doublure et il promet de l’affecter sur Voskhod 4. Mais en mai 1966, Michine, le successeur de Korolev, le patron du programme spatial, annule les missions Voskhod 3 à 6 qui, selon lui, vont retarder le programme Soyouz.

Michine et Roudenko estiment que Beregovoï ne peut pas attendre indéfiniment un vol spatial, vu son âge et les conditions de son engagement. Ils proposent sa nomination comme commandant du 1er Soyouz, mais Kamanine est toujours réticent à cause justement de son âge avancé (pour l’époque), bien qu'il ait fait un effort pour perdre du poids. En décembre 1966, il le nomme cependant doublure dans l’équipage de Soyouz 5, avec une promesse pour une affectation sur Soyouz 7. Début 1967, Beregovoï voit soudain se rapprocher une opportunité de vol tant espérée. Il est désigné comme le seul passager du Soyouz 4 et il partira après le vol solitaire que Gagarine doit effectuer sur Soyouz 3.

La mort de Komarov le 24 avril 1967, après son retour précipité à bord de Soyouz 1, va encore accélérer son avancement dans l'ordre des expéditions. Cinq jours après l’accident tragique, Kamanine décide de ne plus risquer la vie de Gagarine et il nomme Beregovoï comme pilote du Soyouz 3, chargé de s’amarrer au Soyouz 2 occupé par l'équipage de Bykovsky. L'opération doit simuler l'accostage de l'étage de remontée du module lunaire avec le vaisseau en orbite autour de la Lune. Un an plus tard et par prudence, on préfère que le Soyouz 2 ne soit pas habité. Peu avant son départ, Beregovoï échoue dans son dernier examen de qualification pour son vol. Au lieu d’être remplacé par sa doublure Chatalov comme le prévoit le règlement, on lui fait repasser les épreuves qu'il va réussir, cette-fois ci.

Du 26 au 30 octobre 1968, Beregovoï effectue à bord de Soyouz 3 (6,57 tonnes/6,98 mètres), son unique mission de 3 j 22 h 50 mn autour de la Terre. A 47 ans, il est le plus âgé à partir pour le Cosmos avec la lourde tâche d’expérimenter le vaisseau modifié. La cabine est placée à 11 km de distance de Soyouz 2, lancé la veille. Dès sa mise en orbite, Beregovoï souffre du mal de l’espace et il n’a pas le temps de s’adapter à l’apesanteur, car l’amarrage doit avoir lieu rapidement.

Le rendez-vous est automatique jusqu’à 200 m de la cible. Beregovoï prend alors les commandes manuelles et s’approche à 35 m de Soyouz 2. Il aperçoit ses feux de position, mais il a du mal à distinguer ceux du haut et ceux du bas, car le vaisseau inhabité se trouve dans l’ombre. Il préfère suspendre momentanément la rencontre, en attendant que la cabine soit éclairée par le soleil. Pendant cette pause, son vaisseau va dériver et il doit consommer beaucoup de carburant pour se remettre dans l’axe du Soyouz 2, lorsqu’il apparaît dans la lumière. 

beregovoi-soyouz-3.jpgMais le vaisseau automatique s’écarte, estimant incorrect l’alignement des deux cabines. Beregovoï recommence alors l’opération qu’il interrompt malheureusement, car il doit garder 10 kg de propergol pour l’orientation du Soyouz, avant la désatellisation. Beregovoï a réalisé le premier rendez-vous habité soviétique avec un autre engin, mais l’amarrage est un échec. Il va heureusement constater que les améliorations apportées au vaisseau, sont satisfaisantes. Il effectue ensuite des expériences scientifiques et des observations de la Terre ainsi que des étoiles.

 

 Il rentre sur Terre deux jours après Soyouz 2. Après s’être posé, un vent très violent s’engouffre dans le parachute qui commence à traîner Soyouz 3 sur le sol enneigé, mais Beregovoï va vite arrêter la glissade en actionnant une commande qui sectionne le cordage de la voilure. Il évacue sa capsule surchauffée pour affronter au-dehors une température de - 12 ° C. " Je passe de l’été à l’hiver " remarque-t-il, en rajoutant plus tard : " En sortant de la cabine, j’ai éprouvé un léger enivrement, comme si je me trouvais sur un bateau balancé par des vagues ".

Son vol spatial enfin réalisé, Beregovoï se retire du Corps des Cosmonautes en avril 1969 pour s’occuper de leur formation, comme prévu lors de son recrutement. Les cours de psychologie qu'il va suivre, vont l'aider dans cette tâche et dans la politique. Il devient, en effet, Député au Soviet Suprême en 1970 et le reste pendant huit ans. En 1972, il est nommé Directeur du Centre d’entraînement de la Cité des Etoiles. A ce titre, il accueille, en septembre 1980, Jean-Loup Chrétien et Patrick Baudry, venus s'entraîner pour le premier vol d'un Français dans l'Espace, en juin 1982. 
En 1987, Beregovoï quitte le programme spatial pour rentrer au Service Information de l’Académie des sciences. Le 30 juin 1995, Beregovoï décède à l’âge de 74 ans, d’un arrêt cardiaque lors d’une intervention chirurgicale.

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lovell-a.JPGLe 12° astronaute, James (Jim) A. Lovell Jr., est né le 25 mars 1928 à Cleveland (Terre). A l’âge de 17 ans, la vocation spatiale de James, appelé communément Jim, commence à naître après la lecture d’un ouvrage sur l’astronautique retraçant l’activité des pionniers comme l’américain Goddard, le premier à expédier en 1926, une fusée à combustibles liquides jusqu’à une altitude de 12,5 m. En 1945, avec le concours de deux camarades de collège, il veut à son tour répéter l’expérience, mais la fabrication d’un engin identique est trop complexe et il choisit de lancer une simple fusée à poudre d’1 m de haut. Elle va grimper à 25 m, avant d’exploser. Cet échec ne décourage pas Jim qui décide de consacrer sa vie à la fuséologie, mais les revenus de sa mère, veuve, sont insuffisants pour suivre un cursus universitaire. Seule l’Armée peut lui offrir des études de ce niveau. Il adresse alors une demande d’inscription à l’Académie Navale d’Annapolis où son oncle est passé. Comme il n’y a plus de place disponible, il accepte la proposition de la Marine qui veut former des pilotes, après leur avoir payé deux années d’études supérieures.

En 1946, Jim rentre donc à l’Université du Wisconsin qu’il quitte en 1948 et il sollicite à nouveau son admission à Annapolis, afin de continuer son enseignement. Il rejoint la base aéronavale de Pensacola où il débute son entraînement de pilote qu’il interrompt pour suivre, pendant quatre ans, des cours à l’Académie qui a accepté, enfin, sa candidature. En 1952, Lovell obtient sa licence en sciences, après avoir présenté une thèse sur les fusées à propergols liquides, un sujet original et particulièrement pointu pour l’époque. Il espère que son bagage lui permettra plus tard de faire carrière dans le spatial. Pour sa seconde formation de pilote, il demande sa mutation dans une base de l’Est des Etats-Unis et il est envoyé…dans l’Ouest, à Moffett Field. Aux commandes d’avions de chasse, il effectue une centaine d’appontages sur le porte-avions USS Shangri-La qui patrouille dans l’Océan Pacifique et il s’occupe de l’entraînement des hommes pour les combats aériens.

A sa demande, car lassé de la monotonie de ces opérations, Lovell part en 1958 à l’Ecole des pilotes d’essai de l’Aéronavale de Patuxent River pour frôler la frontière de l’Espace en expérimentant, pendant six mois, de nouveaux avions comme l’A3J Vigilante. Il sort premier de sa promotion qui comprend aussi les futurs astronautes Schirra et Conrad. Son affectation à la Division des tests électroniques ne va pas le passionner. Aussi, lorsqu’en 1959 la Nasa communique à l’Armée de l’Air et à la Marine, le profil de l’astronaute idéal, Lovell est heureux d’être proposé par sa hiérarchie. Il répond présent à la convocation pour subir les tests en vue du recrutement des premiers astronautes du programme Mercury. Malheureusement, un taux trop important de bilirubine détecté dans la bile de son foie, l’empêche d’être retenu. Il retourne à Patuxent, profondément déçu et décidé à traquer son anomalie physiologique. Il subit des tests prouvant que son excès de bilirubine n’est pas une barrière pour devenir, la prochaine fois, un pilote de l’Espace. Un médecin le rassure : " Vous n’êtes absolument pas malade, c’est comme si vous aviez six doigts à un pied ".

A la suite d’une réorganisation des services en 1960, Lovell se trouve dans la Division des essais d’armement. En tant que Directeur du programme F4H Phantom, il met au point cet avion qui incorpore pour la première fois l’armement et l’électronique, puis il forme les pilotes au maniement du nouvel appareil. Sa tâche terminée, il est envoyé à la base aéronavale d’Oceana où il devient instructeur de vol et ingénieur de sécurité, après avoir obtenu en 1961, son diplôme à l’Université de Californie du Sud. Puis, il reçoit l’appel de l’Espace qu’il attendait. En lisant une revue aérospatiale en 1962, il apprend que la Nasa recherche de nouveaux astronautes. Il demande un dossier de candidature qu’il retourne, complété. Trois ans après le premier recrutement, il espère que l’agence spatiale sera moins sévère quant aux critères médicaux de sélection. Elle va l’être.

En septembre 1962, Lovell rentre dans la 2ème équipe des neuf astronautes, à l’âge de 34 ans. Il est gai et amical. Il aime le ski nautique et la natation, le handball et le tennis, les voitures de sport et la chasse. Son chanteur préféré est Trini Lopez.

 Il est tout d’abord nommé en juillet 1964, doublure du premier piéton américain de l’Espace, White, pour le vol Gemini 4 puis, un an après exactement, il est désigné co-pilote de Gemini 7, la mission la plus longue du programme. A la suite de l’échec de la mise en orbite de l’étage-fusée Agena auquel devait s’amarrer Gemini 6, la Nasa décide que Gemini 7 serve de cible de rendez-vous à Gemini 6, lancée après Gemini 7.

lovell-ds-g7.jpgDu 4 au 18 décembre 1965, Lovell réalise son 1er vol record de 13 j 18 h 35 à bord de Gemini 7 (3,65 tonnes/5,74 mètres) autour de la Terre, avec Borman. Durant la montée, la puissance des moteurs du lanceur Titan II est moins forte que prévue et le vaisseau est injecté sur une orbite qui va devoir être relevée par les propulseurs de manœuvre de la cabine. Pendant 15 mn et entre 20 et 45 m, la capsule navigue de conserve avec le deuxième étage de la fusée qui bascule, en rejetant l’excédent de son propergol. Les astronautes débutent ensuite leurs expériences médicales et photographient la Terre et les étoiles. Cinq jours après, les deux hommes éprouvent une certaine gêne à porter leur combinaison spatiale. Le directeur de vol leur donne alors la permission de la retirer, à tour de rôle.

Lovell et Borman n’arrivent pas de suite à se mettre d’accord sur le programme de déshabillage. Finalement, c’est Lovell qui commence. Mais en restant deux jours en caleçon long, il attrape un rhume qui se manifeste par de sonores éternuements et une voix enrouée. Un matin, le froid dans la Gemini les sort du sommeil. La température a baissé de 20°. Ils remarquent que le système de climatisation ne marche pas correctement parce que le vaisseau pivote deux fois par minute sur lui-même. L’appareil qui aspire la vapeur émanant de la respiration des astronautes, s’est bouché et il propulse à l’extérieur des gaz responsables du mouvement de la cabine. L’allumage des moteurs-fusées va diminuer cette rotation. Lors d’un survol de la région de Houston, Lovell s’écrie à l’intention d’un contrôleur : " Dites aux gosses de Conrad de descendre de mon toit ! ".

lovell-gemini-7.jpgPuis le 15 décembre, Lovell et Borman voient s’approcher Gemini 6 avec Schirra et Stafford à bord. Les deux capsules volent en formation pendant 5 h 18, jusqu’à 30 cm l’une de l’autre. Le premier rendez-vous spatial se déroule et une autre première est enregistrée avec la présence de quatre astronautes en même temps dans l’Espace. Ils répètent la rencontre de l’étage de remontée du module lunaire avec la cabine Apollo en orbite autour de la Lune. Puis, Gemini 6 retourne sur Terre tandis que Gemini 7 poursuit ses révolutions. Les deux piles à combustibles qui alimentent en électricité et en eau le vaisseau, occasionnent des ennuis et on pense raccourcir le vol d’un jour, avec un amerrissage de nuit. Les deux hommes constatent qu’une seule cellule, sur les trois embarquées dans chaque pile, ne fonctionne pas. Ce n’est donc pas dramatique. De retour, Lovell et Borman marchent avec difficulté sur le pont du porte-avions, après leur immobilisation quatorze jours durant, dans leur étroite capsule. Et ils ne s’évanouissent pas comme le craignaient les médecins. Désormais, la Nasa est sûre que les missions Apollo de longue durée sont réalisables.

En janvier 1966, Lovell est désigné comme doublure de Young, le commandant de Gemini 10. Compte tenu de la rotation des équipages, il sait qu’il ne revolera pas sur Gemini 13, car le programme s’arrête avec Gemini 12. Mais le 28 février, un accident mortel intervient. Les astronautes de Gemini 9, See et Bassett, se tuent à bord de leur avion T-38. L’équipage de remplacement devient l’équipage principal et Lovell est alors nommé doublure de Stafford, nouveau commandant de Gemini 9. Ce malheur va donc lui permettre de voler une seconde fois sur Gemini 12, après son affectation en juin 1966.

lovell-ds-a8.jpgDu 11 au 15 novembre 1966, Lovell effectue sa 2ème mission de 3 j 22 h 34 à bord de Gemini 12 (3,65 tonnes) autour de la Terre, en compagnie d’Aldrin. Dès la mise en orbite, les astronautes s’aperçoivent du mauvais fonctionnement du radar de bord chargé de détecter l’étage-fusée Agena. Grâce aux compétences d’Aldrin qui va entrer dans l’ordinateur, les données recueillies avec le sextant qu’il utilise, Lovell va repérer à vue, puis s’approcher et accoster la cible Agena. Il se détache d’elle ensuite pour procéder à un second amarrage qui va être mal verrouillé. La séparation ne peut intervenir qu’en mettant à feu les moteurs de la Gemini, ce qui va secouer les deux véhicules. Quelques minutes après, Aldrin réalise, sans aucun problème, le troisième accostage, toujours dans le but de mettre au point les procédures d’accrochage entre l’étage de remontée du module lunaire et la cabine Apollo en orbite autour de la Lune. Mais les responsables de la Nasa informent Lovell qu’ils renoncent au réallumage de l’étage-fusée Agena, pour propulser l’attelage Agena-Gemini à une altitude de 760 km. Lors de son lancement, une perte de poussée de 6 % et une baisse de la vitesse de la turbine du moteur ont été constatées et l’on craint une explosion, lors de sa remise en marche.

Aldrin va alors effectuer en orbite basse, ses trois sorties d’une durée totale record de 5 h 30, qu’il devait faire en orbite haute. La 1ère et la 3ème consistent en l’exposition de son buste et, dans cette position, il prend des photos de la Terre et des étoiles. C’est au cours de la 2ème sortie qu’il démontre avec brio que l’homme peut travailler sans fatigue, à condition de disposer de points d’appui, comme des mains courantes. Il va notamment fixer une extrémité d’un câble sur Agena et l’autre sur Gemini. Avant de réintégrer la cabine, Aldrin essuie les vitres de la capsule. Lovell lui demande alors : " Peux-tu vérifier le niveau d’huile aussi ? ". 

Après la séparation des deux engins, il est difficile à Lovell de tendre le filin entre eux, pour mettre en rotation les véhicules, afin de créer une pesanteur artificielle. La mise à feu des moteurs de la cabine entraîne un roulis que Lovell a du mal à neutraliser, durant les quatre heures que dure l’opération. Certains de ces propulseurs de manœuvre vont, en effet, donner du souci aux astronautes. Ils vont, soit tomber en panne, soit produire une trop faible poussée. Les deux hommes n’ont pas plus de chance avec les deux piles à combustibles qui fournissent l’électricité et l’eau. Ils sont souvent réveillés pour déconnecter des éléments défectueux ou pour abaisser la pression d’oxygène, en raison d’une perte de puissance d’énergie. Ils doivent aussi, soit mastiquer avec difficulté les aliments qui ne peuvent pas être hydratés complètement, l’eau des piles arrivant péniblement dans la cabine, soit purger l’excédent du liquide qui risque de noyer les piles, empêchant l’approvisionnement en électricité.

Au moment de la rentrée où l’accélération est la plus importante, une poche contenant des manuels et des pièces, se détache de la paroi de la cabine. Par réflexe, Lovell serre ses genoux et empêche la " lourde " poche de passer entre ses jambes pour atterrir sur la commande des sièges éjectables, située à ses pieds. A l’altitude où se trouvait la Gemini, les chances de survie lors d’une éjection auraient été nulles. A l’issue de sa deuxième mission, Lovell devient le recordman de la durée de vol dans l’Espace.

En décembre 1966, Lovell est désigné comme doublure de Collins, pilote de la cabine Apollo, membre de l’équipage d’Apollo 3 commandé par Borman, chargé d’essayer le premier module lunaire autour de la Terre. A la suite d’un changement dans la numérotation des vols qui prend en compte les vols inhabités, Lovell se retrouve à nouveau en décembre 1967, doublure de Collins, le pilote de la cabine Apollo de la mission Apollo 9, pour le futur test du 2° module lunaire piloté par Borman et Anders, sur une orbite terrestre à l’apogée de 6.500 km. La Nasa va ensuite constater que le 1° module lunaire qui doit être essayé en orbite terrestre basse lors du vol Apollo 8 dirigé par McDivitt, ne sera pas prêt pour la fin de l’année 1968. En juillet 1968, Collins quitte l’équipage pour se faire opérer d’une excroissance osseuse et Lovell le remplace, rejoignant Borman, son compagnon de Gemini 7.

Puis, la C.I.A. va avertir la Nasa d’un possible survol lunaire effectué par les cosmonautes soviétiques avant le début de 1969. En août 1968, Low, le Directeur du programme Apollo à Houston, propose alors d’utiliser le créneau de lancement de décembre 1968 pour mettre la cabine Apollo 8 autour de la Lune, si le premier vol Apollo 7 en octobre sur orbite terrestre, est un succès. Slayton, le Directeur des équipages, ne veut pas affecter l’équipage de McDivitt sur cette mission, car il s’entraîne depuis de nombreux mois aux manoeuvres avec le 1° module lunaire, à la différence de celui de Borman que Slayton retient pour ce vol audacieux. Lovell accueille avec enthousiasme ce changement qui lui donne le rôle principal : la mise en orbite lunaire et la désatellisation.

Les trois hommes vont alors se passionner pour cette mission historique dont ils doivent être les héros, si les Soviétiques ne les devancent pas. Car en septembre 1968, ces derniers réalisent avec Zond 5 (Soyouz inhabité) un exploit remarquable : le premier aller-retour Terre-Lune, avec survol du satellite. En octobre 1968, Soyouz 3 avec Beregovoï teste le vaisseau modifié en orbite terrestre et un second survol lunaire par Zond 6 intervient en novembre 1968. Une autre fenêtre de lancement depuis Baïkonour s’ouvre le 6 décembre 1968, 15 jours avant le départ d’Apollo 8, mais les Soviétiques ne l’utilisent pas pour envoyer un équipage vers la Lune (On va apprendre plus tard qu'il était prévu de lancer un autre Zond inhabité, si Zond 6 ne s'était pas écrasé à son retour sur Terre. Le survol lunaire par des cosmonautes était alors envisagé pour février-mars 1969).

lovell-ds-a8.jpgDu 21 au 27 décembre 1968, Lovell réalise sa 3° mission, à bord d'Apollo 8 (28,83 tonnes/11,14 mètres), pour le premier vol humain vers la Lune d’une durée de 6 j 3 h, avec un séjour de 20 h 10 en orbite lunaire, en compagnie de Borman et d’Anders. Depuis l’orbite terrestre, le réallumage du moteur du 3° étage de la fusée Saturn V projette les astronautes dans un monde où personne n’est entré avant eux. Lovell observe la Terre qui s’éloigne et il signale au Centre de contrôle : "Je regarde par le hublot central et ce hublot est plus grand que la Terre".

Puis, le 24 décembre, les astronautes offrent à l’humanité un merveilleux cadeau de Noël. Lovell met en marche pendant " les quatre minutes les plus longues de sa vie " le moteur SPS d’Apollo, afin de placer le vaisseau en orbite lunaire. Il informe le Centre de contrôle du résultat : " S’il vous plaît, soyez informé que le Père Noël existe bien. La combustion a été bonne ".

lovell-apollo-8-bis.jpgMais les astronautes vont mal dormir, car ils ont soit trop froid, soit trop chaud et ils sont dérangés par le bruit du fonctionnement des appareils de bord. La grande fatigue des trois astronautes ne les empêche pas de réaliser la presque totalité de leur programme : photographie de la surface lunaire, relevé topographique des futurs sites d’atterrissage, repérage des positions géographiques où doit s’amorcer la descente des modules lunaires, mesure du champ de gravité susceptible de modifier la trajectoire des vaisseaux. Pour le retour, Lovell met de nouveau à feu le moteur principal d’Apollo pour quitter l’orbite lunaire. A l'amerrissage, la cabine va heurter violemment la surface du Pacifique et se retourner la tête en bas, malmenée par des vagues et des creux d’1,50 m, avant d’être redressée par des ballons fixés sur le nez de la capsule. Les astronautes attendent pendant 90 mn le lever du jour, afin que les hommes-grenouilles puissent les sortir de la cabine.

Après sa 3ème mission, Lovell reste toujours le recordman de la durée de vol dans l’Espace et il va se confier " Pendant le vol, je ne cessais de penser à Jules Verne. Lorsque j’étais enfant, ses livres me fascinaient. Je n’aurais, alors, jamais cru qu’il me serait donné, un jour, de vivre l’une de ses histoires. Son livre " De la Terre à la Lune " a de troublants parallèles avec notre vol Apollo 8. Son véhicule spatial avait un équipage de trois hommes. Le lancement avait lieu en décembre, depuis la Floride. Et lorsqu’il revint sur Terre, il amerrit dans le Pacifique. J’aurais voulu, pour ma part, donner officiellement à notre gigantesque fusée le nom de Columbiad choisi par Jules Verne pour le gros canon qui avait envoyé ses explorateurs vers la Lune ".

En janvier 1969, Lovell est nommé comme doublure d’Armstrong, le commandant du vol historique d’Apollo 11. Il doit donc, logiquement, prendre ensuite le commandement d’Apollo 14, mais la réintégration de Shepard dans le Corps des Astronautes va modifier ces prévisions. En juin 1969, Slayton propose Shepard sur Apollo 13. Cependant, au quartier général de la Nasa, on estime qu’il ne sera pas assez entraîné au moment du vol. En août 1969, Slayton demande alors à Lovell, s’il veut être affecté sur Apollo 13 et céder sa place à Shepard sur Apollo 14. Il accepte, car il va arriver sur la Lune plus tôt que prévu. L'avenir en décidera autrement.

lovell-ds-a13.jpgDu 11 au 17 avril 1970, Lovell effectue sa 4ème et dernière mission de 5 j 22 h 54 à bord d’Apollo 13 (43,92 tonnes/18,12 mètres), en compagnie de Haise et de Swigert, pour un survol lunaire consécutif à l'annulation de l'atterrissage sur la Lune. Il devient le 1er astronaute à réaliser un 4° vol et le 1er à voler deux fois vers notre satellite, mais c’est une maigre consolation pour Lovell qui avait " envisagé cette mission comme le couronnement de sa carrière ". Le vol débute sous de mauvais auspices. Lors du lancement, le moteur central du 2° étage de Saturn V s’éteint trop tôt, mais les quatre autres moteurs corrigent en partie la perte de poussée qui redevient normale grâce au fonctionnement prolongé du 3° étage.

Deux jours et huit heures après le lancement, alors que le vaisseau se trouve à 320 000 km de la Terre, le réservoir d’oxygène n° 2 explose et le gaz s’échappe du module de service.

lovell-apollo-134.jpgLe réservoir n°1 est endommagé et ne peut fournir à la cabine Apollo que 80 minutes d’oxygène et de courant électrique par les trois piles à combustibles qui vont cesser de marcher, l’une après l’autre. Lovell et ses deux compagnons engagent alors une course poursuite pour réactiver le module lunaire qui va assurer la survie de l’équipage par l’apport de son oxygène, de son électricité, de son eau, de son système de navigation et de ses divers moteurs. Mais ses ressources sont limitées à 1 j 16 h et il faut que les trois hommes survivent pendant 3 j 14 h avant leur retour sur Terre.

Alors, les spécialistes du vaisseau et les astronautes dans les simulateurs, vont trouver des solutions d’économie que Lovell, Haise et Swigert mettent en pratique, avec courage et habileté. Ainsi, la consommation électrique des batteries du module lunaire va être réduite, l’eau rationnée et l’air à peine respirable. Lorsqu’il devient trop chargé d’oxyde de carbone et pour l’absorber, les trois hommes se servent de cartouches d’hydroxyde de lithium des scaphandres lunaires ou du purificateur d’air fabriqué avec les moyens du bord. Trop préoccupés, les astronautes dorment peu ou mal, ont extrêmement froid, vivent dans la pénombre et dans de mauvaises conditio