Le 13° cosmonaute,
Vladimir A. Chatalov, est né le 8 décembre 1927 à Petropavlosk (Terre) dans la future province spatiale du Kazakhstan d’où il décollera une première fois, quarante-deux ans plus
tard. Son enfance et le début de sa jeunesse s’écoulent à Leningrad, une des plus grandes villes d’art du monde par le nombre de ses riches musées, appelée aussi la Venise du Nord pour la
multitude de ses ponts courbes qui enjambent les canaux. En 1941, Vladimir a 14 ans lorsqu'il quitte, avec nostalgie et angoisse, la cité que les troupes allemandes et finlandaises vont assiéger
et bombarder pendant trente mois. Il retourne à Petropavlosk et il passe ses moments de loisir à construire des modèles réduits d’avions si réalistes que des experts en la matière conseillent à
ses parents de l’orienter vers l’aéronautique.
En 1942, Vladimir s'inscrit à une école de l’Armée de l’Air, transférée plus tard à Lipetsk, dans laquelle il va suivre un enseignement secondaire et technique. De 1945 à 1949, il apprend à piloter au centre de formation de Kachinsk, sur des UT-2 et des Yak-3, 9 et 11. Doué pour l’enseignement, il devient instructeur de vol dans cet établissement, tout en s’initiant au maniement de l’avion de combat MiG-15. En 1953, Chatalov est accepté à l’Académie de l’Armée de l’Air du Drapeau Rouge d’où il sort, trois ans plus tard, diplômé en aéronautique avec mention très bien. Il découvre ensuite le MiG-17, puis il occupe des postes de commandement dans diverses unités, avant de devenir inspecteur de l’Armée de l’Air. En 1962, alors qu’il entreprend un entraînement de pilote d’essai, aux commandes notamment du chasseur bombardier supersonique Su-7B, il est informé qu’un nouveau groupe de voyageurs du Cosmos va être constitué.
En janvier 1963, Chatalov entre, à l’âge de 35 ans, dans la 2° équipe des quinze cosmonautes et il se révèle rapidement comme le leader. Très instruit, il a la réputation d’un brillant ingénieur et d’un chercheur infatigable. D’une nature calme et aimable, il pratique l’exploration sous-marine.
Sa formation de base terminée, Chatalov est nommé comme doublure du copilote Chonine pour la mission de 20 jours de Voskhod 3. En mai 1966, ce vol et les trois suivants sont supprimés pour ne pas retarder le déroulement du prochain programme Soyouz sur lequel il va être affecté. Il poursuit aussi un entraînement sur l’avion spatial Spiral qui sera abandonné, ainsi que sur les projets L1 de survol lunaire et L3 d’atterrissage sur la Lune. Après le retour tragique de Komarov à bord de Soyouz 1, le 24 avril 1967, Chatalov est désigné comme la doublure de Beregovoï pour la mission suivante Soyouz 3 qui intervient en octobre 1968.
Nommé pilote de Soyouz 4, il se prépare à participer, avec l’équipage de Soyouz 5, à une simulation autour de la Terre, d’une phase du vol lunaire L3. Ce 24 décembre 1968, Chatalov se trouve à Baïkonour. Il est onze heures du soir et les deux équipages, accompagnés de Kamanine, leur Directeur, discutent vivement à l’intérieur du bus qui les ramène vers leur résidence, après une longue journée de travail. Le sujet concerne l’ordre de lancement des vaisseaux pour que le pilote, chargé de l’amarrage, ait le temps de s’adapter à l’apesanteur. Chatalov, d’ordinaire si tranquille, se met soudain en colère : " C’est la dixième fois que l’on parle de ce problème, alors que les Américains tournent autour de la Lune ! ". Le calme revient et on demande au chauffeur d’arrêter l’autocar. Les passagers descendent par une nuit claire et glaciale, puis ils lèvent leur regard vers l’astre au front d’argent. Ils ressentent aussitôt des sentiments d’amertume et d’admiration, mais surtout de tristesse à la pensée de leurs camarades qui ont perdu la vie pour atteindre ce but.
Le 13 janvier 1969, Chatalov s’apprête à quitter la Terre à bord du Soyouz dans lequel il est enfermé depuis deux heures de temps. C’est la première fois qu’une fusée habitée va être lancée en hiver, mais une température de – 24° C porte un coup fatal au fonctionnement de la plate-forme des gyroscopes du lanceur qui doit être changée. Chatalov évacue, contrarié, sa capsule. Le lendemain, il remonte dans sa cabine et, à nouveau, il est sur le point de l’abandonner. Une panne est intervenue sur le système hydraulique d'un propulseur latéral du lance-Soyouz (Sémiorka) qui ne peut être accessible qu’à l’horizontale, après le retour de la fusée dans son bâtiment d’assemblage. Un jeune et souple technicien prend alors une initiative hardie qui rend le sourire à Chatalov. Il se débarrasse d’une partie de ses vêtements malgré le froid polaire, démonte une trappe du booster, se glisse par l’étroite ouverture et se livre à la réparation.
Du 14 au 17 janvier 1969, Chatalov effectue à bord de Soyouz 4 (6,62 tonnes/6,98 mètres), son 1er vol
de 2 jours 23 h 20 en orbite terrestre, seul à l'aller et en compagnie de Khrounov et d'Elisseev au retour. Le 16, il réussit le 1er amarrage avec un autre vaisseau habité, le Soyouz 5 lancé la veille et occupé par Volynov, Khrounov, Elisseev. Puis, ces deux derniers réalisent une sortie
spatiale de 37 mn et rejoignent Chatalov. Pour la première fois aussi, quatre hommes se trouvent dans un même train spatial.
Cette
opération préfigure autour de la Lune, l’amarrage du module orbital LOK (Soyouz 4) avec le module lunaire LK (Soyouz 5). Elle simule
également, à deux reprises, le transfert par l'extérieur du piéton lunaire dans le LOK. Les techniciens
ont choisi un passage par l'extérieur pour éviter l'aménagement d'un lourd tunnel entre les deux engins lunaires. Après une jonction d’une durée de 4
h 33, Chatalov redescend sur Terre avec ses compagnons. Ils se posent dans 80 cm de neige et par une température de – 30° C, précédant Volynov qui revient le lendemain dans des conditions
périlleuses.
Suite au succès américain d’Apollo 8 autour de la Lune, les responsables spatiaux et politiques veulent apporter au plus vite leur réponse. C’est la station orbitale desservie par des Soyouz et dont le développement va s’accélérer, après l’atterrissage sur la Lune d’Apollo 11, le 20 juillet 1969. Dans le cadre de sa préparation, un plan complexe est élaboré. Il consiste à faire évoluer trois vaisseaux en formation, avec l'amarrage de deux d'entre eux et l’échange d’un membre de chaque équipage, pour répéter la relève d'un équipage de la station. Dans un premier temps, Chatalov est associé à cette entreprise comme doublure des commandants de Soyouz 6, de Soyouz 7 et de Nikolaïev de Soyouz 8. Celui-çi échoue à son dernier examen d’aptitude au vol et Chatalov le remplace, en étant chargé d’assurer la direction de l'ensemble des opérations.
Du 13 au 18 octobre 1969, Chatalov réalise à bord de Soyouz 8 (6,64 tonnes), son 2ème vol de 4 j 22 h
50 autour de la Terre, en compagnie d’Elisseev. Ils deviennent les 1ers cosmonautes à effectuer une 2ème mission. Soyouz 8 doit rejoindre le Soyouz 6 de Chonine et
Koubassov, parti le 11 ainsi que le Soyouz 7 de Filipchenko, Gorbatko et Volkov, lancé le 12.
Pour la première fois, trois vaisseaux se trouvent en même temps dans l’Espace avec un nombre record de 7 cosmonautes. Le 14, afin de s’approcher à 100 m de
Soyouz 7, Chatalov met en marche le système Igla de rendez-vous automatique par radar, pour prendre ensuite les commandes manuelles et procéder à l’amarrage. Mais Igla, qui utilise les moteurs
principaux, cesse de fonctionner à 1 km de Soyouz 7.
Une autre tentative amène le Soyouz 8 à 1,7 km de sa
cible avant que le système de rendez-vous ne tombe en panne une fois de plus. Avec les moteurs secondaires, Chatalov ne peut arriver qu’à 500 m de
Soyouz 7. D'autres méthodes sont utilisées, mais après quatre rendez-vous d’une durée totale de 34 h 09, il s’avère que la rencontre, suivie de l’amarrage, est impossible, à la grande déception
des cosmonautes. Elisseev et Volkov ne pourront pas sortir pour échanger leur place. A deux reprises, les trois Soyouz volent de conserve, mais à distance pendant 4 h 22. Soyouz 8 atterrit au
milieu d’une violente tempête de neige, le lendemain de la rentrée de Soyouz 7 et deux jours après Soyouz 6.
A son retour, Chatalov est tout naturellement impliqué dans le nouveau programme de stations orbitales Saliout, mais il trouve le temps d’accueillir à Baïkonour, le 8 octobre 1970, le Président français Georges Pompidou à qui il montre les installations du cosmodrome. Il reçoit des éloges sur le succès de cette visite qu’il a lui-même préparée. Afin de le remercier, ses supérieurs veulent le nommer Conseiller Spatial auprès des instances dirigeantes ou Adjoint du Directeur de la Cité des Etoiles. Chatalov décline ces offres, car il veut d’abord repartir dans l’Espace pour prendre sa revanche sur son précédent vol. Il est désigné commandant de la première occupation de Saliout 1, en remplacement de Chonine, malade. La station (18,50 tonnes/15 mètres) est lancée le 19 avril 1971, deux ans avant la station américaine Skylab.
Du 23 au 25 avril 1971, Chatalov accomplit sa 3ème et dernière mission d’1 j 23 h 45 en orbite terrestre, sur
Soyouz 10 (6,57 tonnes) avec Roukavichnikov et Elisseev à nouveau, pour le premier amarrage avec une station. Chatalov et Elisseïev sont les 1ers cosmonautes à exécuter un 3ème
vol. Le premier lancement de nuit se passe normalement. Cependant, Chatalov s’interroge sur le comportement du contrôleur de vol. " Pourquoi votre voix paraît-t-elle si triste ? Vous
n’avez pas assez dormi ? " lui demande-t-il. " Non ! " répond le contrôleur " Tout simplement, je vous ai mal entendu au moment du départ ". Il commence
alors à lui donner rapidement les paramètres de vol. Chatalov l’arrête : " Doucement, doucement. Pas si vite ".
Après l’injection sur orbite, il est heureux de constater que les manœuvres de rendez-vous se déroulent parfaitement. Le Soyouz s’approche de Saliout 1 et Chatalov procède à l’amarrage, mais les moteurs d’attitude continuent à fonctionner plusieurs secondes de trop. Cela suffit pour provoquer un roulis momentané du vaisseau sur la pièce d’amarrage de la station, endommageant les amortisseurs du Soyouz. Le verrouillage entre les deux véhicules ne peut pas s'effectuer correctement. Tout le monde ignore, à ce moment-là, les dégâts causés et Chatalov met à feu les propulseurs pour un amarrage ferme. En vain.
Les contrôleurs au sol lui demandent de se détacher de la station et de recommencer l’accostage. Mais Chatalov n’arrive pas à décrocher son Soyouz. Le mécanisme est faussé et les cosmonautes commencent à se poser des questions. Finalement, la séparation intervient après une jonction imparfaite de 5 h 30. Le Centre de contrôle leur donne l'ordre de renoncer au second amarrage et de commencer les préparatifs pour une rentrée d’urgence sur Terre, l'autonomie du vaisseau de liaison avec la station, étant limitée.
Le désappointement est profond pour les cosmonautes qui s’apprêtaient à séjourner 30 jours à bord de Saliout 1. Les trois hommes photographient la pièce d’amarrage de la station pour connaître son état, avant l’arrivée de Soyouz 11. Compte tenu des circonstances, seul un atterrissage de nuit est possible sur le territoire soviétique et dans une zone inhabituelle. C’est une première qui nécessite des manœuvres délicates pour la désatellisation. Aussi, les responsables du vol s'orientent vers un retour de jour en Amérique du Sud, en Afrique ou en Australie. Cette perspective n’enchante pas les cosmonautes.
Chatalov va alors convaincre les contrôleurs sur sa capacité à ramener son Soyouz dans son pays. Il réussit magistralement, malgré une inquiétude apparue lors de la descente en parachute de la cabine. Elisseev et Roukavichnikov font remarquer à Chatalov que la capsule se dirige vers un lac qu’ils distinguent grâce aux reflets de la clarté de la Lune sur les eaux. Fataliste, il leur répond en haussant les épaules : " Il n’y a rien que l’on puisse faire, sinon de se préparer et d’attendre ". Il est 2 h 40 lorsque le Soyouz se pose…à 50 m du lac.
En mai 1971, Chatalov présente sa candidature pour être l’adjoint de Kamanine, le Directeur des équipages et, le mois suivant, il se retire du Corps des Cosmonautes. Après la rentrée dramatique de Dobrovolsky, Volkov et Patsaïev à bord de Soyouz 11, le 30 juin 1971, Kamanine cède sa place à Chatalov qui va la garder quinze ans. En 1972, il obtient un diplôme en sciences techniques et durant les trois années suivantes, il se rend régulièrement aux Etats-Unis, pour les préparatifs du programme américano-soviétique Apollo-Soyouz. De 1977 à 1980, il remplit aussi son mandat de député au Parlement soviétique et assume également les tâches de Chef de navigation spatiale et de collaborateur du Commandant en Chef de l’Armée de l’Air. En janvier 1987, il prend la succession de Beregovoï, le Directeur de la Cité des Etoiles où travaillent 4 000 personnes. A ce titre et pour l'entraînement à la mission franco-soviétique Aragatz de 1988, il reçoit nos spationautes Michel Tognini et Jean-Loup Chrétien qu'il avait déjà accueilli avec Patrick Baudry, quand il était Directeur des équipages, pour la préparation de son premier vol de 1982.
En septembre 1991, Chatalov est contraint de démissionner à 64 ans, la nouvelle administration russe ayant décidé de fixer à 55 ans, l’âge limite pour occuper certaines fonctions. Très attaché à l'environnement spatial, il décide cependant de continuer à vivre dans la célèbre Cité.
-§-
Du 15 au 16 décembre 1965, Stafford, en compagnie de Schirra, effectue enfin son 1er vol
d’1 j 1 h 51 mn autour de la Terre, à bord de Gemini 6 (3,54 tonnes/5,74 mètres). Le vol est de courte durée, car le vaisseau emporte, au détriment
des réserves d’oxygène et de nourriture, beaucoup de carburant pour effectuer les manœuvres permettant à l’équipage de réaliser le 1er rendez-vous spatial avec Gemini 7 près duquel il
reste pendant 5 h 18 mn, entre 91 m et 30 cm, préfigurant ainsi la rencontre entre
l’étage de remontée du module lunaire et la cabine Apollo autour de la Lune. Puis, la célèbre annonce entendue sur les
ondes, longtemps prêtée à Schirra, est faite par Stafford : " Houston, nous avons un objet en vue. Il vient du nord et se dirige vers le sud. Il
pourrait bien entrer en collision avec nous ". See, le capcom de service, s’inquiète car il connaît le sérieux de Stafford qui, de suite après,
précise : " C’est un curieux attelage tiré par des rennes…Santa Claus (Le Père Noël) ! Schirra entre en scène pour jouer les premières notes de " Jingle
Bells " avec un harmonica, tandis que Stafford agite des clochettes.
Du 3 au 6 juin 1966, Stafford réalise, avec Cernan, sa 2ème mission de 3 j 20 mn autour de
la Terre, à bord de Gemini 9 (3,75 tonnes/5,74 mètres). Arrivés à proximité de l’Atda, les deux astronautes constatent, avec dépit, que les deux
demi-coquilles du carénage sont en partie séparées et empêchent l’accès de la Gemini à la pièce d’accostage. Stafford déclare au sol : " Nous avons une étrange machine. Elle
ressemble à un alligator en colère " (avec ses mâchoires entrouvertes). Il rajoute : " J’ai envie de tenter de faire sauter la coiffe avec la barre d’amarrage fixée sur le nez
de la Gemini ". Sa proposition audacieuse est rejetée. Les deux éléments du cône sont retenus par des attaches
métalliques que Cernan pourrait sectionner lors d’une sortie, comme le suggère l'astronaute Aldrin. Mais le risque qu’il déchire son scaphandre sur les aspérités du carénage, est réel. Alors
les techniciens s’emploient à mettre en marche, par saccades, les moteurs d’orientation de l’Atda, dans l’espoir que les secousses entraînent le détachement de la coiffe. Sans succès. En
conséquence, un nouveau programme va être mis en œuvre que Stafford et Cernan vont mener à bien. Deux rendez-vous supplémentaires avec l’Atda, différents et complexes, vont simuler la rencontre
de l’étage de remontée du module lunaire avec la cabine Apollo en orbite lunaire, puis celle d’Apollo avec le module lunaire en perdition sur une orbite basse. Plus tard, la Gemini va se mettre à
pivoter sur elle-même de plus en plus vite, approchant le point de rupture, jusqu’à ce que Stafford parvienne à remettre un interrupteur sur la bonne position.
Du 18 au 26 mai 1969, Stafford effectue son 3ème vol de 8 j 3 mn en compagnie de Cernan à
nouveau et de Young, à bord d’Apollo 10 d’une masse au départ de 42,77 tonnes et de 18,12 mètres (28,83 tonnes pour la cabine associée à son module de service et 13,94 tonnes pour le module
lunaire (LM). C’est la première fois qu’un vaisseau au complet, propulsé par une Saturn V de 2.942 tonnes, s'envole vers la Lune autour de laquelle il se met en orbite pour une durée record
de 2 j 13 h 57 mn.
L’allumage du
moteur principal du LM amène les astronautes à 15,4 km du sol lunaire, trois heures et demie après leur séparation. A deux reprises, la vitesse du module lunaire va s’accroître de 3 mètres par
seconde, lorsqu’ils survolent des régions proches de la mer de la Tranquillité où doivent se poser Armstrong et Aldrin. Des concentrations de masse sont responsables de cette
accélération qui peut fausser la trajectoire d’atterrissage et dont il faut tenir compte dans l’élaboration du programme de navigation du LM d’Apollo 11.
Du 15 au 24 juillet 1975, Stafford accomplit son 4° et dernier vol de 9 j 1 h 28 mn, en compagnie de
Slayton et de Brand, à bord d'Apollo de 14,76 tonnes et de 14,49 mètres(Mission ASTP : Apollo Soyuz Test Project), lancé par une Saturn 1B de 593 tonnes, pour le premier amarrage avec le Soyouz
19 occupé par Leonov et Koubassov. Le rendez-vous intervient le 17 juillet, sous la direction de Stafford qui s’exclame : " Soyouz est très
beau ! ".
Du 15 au 18 janvier 1969, Volynov effectue à bord de Soyouz 5 (6,58 tonnes/6,98 mètres), son 1er vol de
3 j 0 h 54, en compagnie de Khrounov et d’Elisseev à l'aller et seul au retour.
Après la
mise à feu des rétrofusées, il constate avec inquiétude que le module de propulsion ne s’est pas détaché de la cabine. Au lieu du bouclier thermique, c’est l’avant de la capsule
insuffisamment protégée qui commence à supporter l’échauffement de la rentrée dans l’atmosphère. Tiré vers l’avant, mais retenu par les sangles de son siège, Volynov est soumis à une décélération
dans le sens ventre-dos, moins tolérée que dans le sens habituel dos-ventre. Une odeur de brûlé, provenant du caoutchouc qui ceinture l’écoutille supérieure, pénètre dans la cabine. Il est
persuadé alors que ses chances de survie sont nulles. Avec un sang-froid peu commun, Volynov pense aux contrôleurs de vol qui voudront connaître le déroulement de la mission et les circonstances
de sa mort. Espérant que la capsule sera récupérée, il détache ses notes du carnet de bord, les enroule d’une manière serrée et les coince sous son siège.
Du 6 juillet au 24 août 1976, Volynov accomplit son 2° et dernier vol de 49 j 6 h 23 avec Jolobov à bord de
Soyouz 21 (6,55 tonnes/6,98 mètres) et de Saliout 5 (18,50 tonnes/11 mètres) lancée le 22 juin précédent. Le système Igla de rendez-vous automatique qui met en marche les moteurs du vaisseau,
fonctionne mal à 350 m de la station. La vitesse s’accélère de deux mètres par seconde et Volynov demande aux contrôleurs de vol l’autorisation de prendre les commandes. Ordre lui est donné
d’attendre l’analyse de la situation.
gymnastique
quotidienne. Ils n’arrivent pas à reprendre des forces, car ils ne dorment que quatre heures de temps le plus souvent.
Le 14° astronaute,
Neil A. Armstrong, est né le 5 août 1930 à Wapakoneta (Terre) dans la ferme de ses grands-parents maternels, située à dix kilomètres de la ville qui, d’après la légende, a été bâtie par
le chef indien Wapa et la princesse Koneta. L'amour pour l’aviation doit commencer à cheminer de bonne heure dans les pensées du jeune Neil. A l’âge de deux ans, son père l’amène voir les courses
nationales aériennes de Cleveland et, à sa sixième année, il monte avec lui dans un trimoteur Ford pour son baptême de l’air.
Puis, un jour de
l’été 1955, le Centre d’Edwards contacte Armstrong pour lui demander s’il veut toujours le rejoindre. Il accepte avec enthousiasme et il y reste sept ans. Il va tout d’abord occuper la fonction
de chercheur scientifique sur l’aérodynamique, puis celle de pilote d’essai sur des avions à hautes performances : le F-100A, le F-100C, le F-101, le F-104A, le F-105 et le F-106. Comme
pilote du B-29 et du B-52, il largue l'avion-fusée X-1 et X-15 accroché sous une aile, avant de prendre place à son tour dans l’étroit habitacle de ces engins. D’août 1957 à janvier 1958, il
effectue 4 vols sur le X-1B pour monter jusqu’à 16,77 km d’altitude.
En janvier 1959, il ne
répond pas à l'invitation de la Nasa pour devenir astronaute "parce que dans un avion" il a "la possibilité de contrôler la machine, comme un peintre son pinceau ". Le 30 novembre 1960, il réalise son premier vol sur le fameux X-15 de 14,50 mètres de long et d’une masse de 13,60 tonnes, propulsé par un moteur-fusée, qui va
être suivi de trois autres vols.
En septembre 1962, Armstrong est admis dans la 2ème équipe des neuf
astronautes, à l’âge de 32 ans. Discret et modeste, il s’exprime avec peu de mots et il reste souvent silencieux. Il aime bricoler, écouter de la musique classique et jouer du piano, du saxophone
et de la contrebasse. Il pratique la pêche et le vol à voile sur des planeurs. " C’est un sport tranquille " dit-il. "Vous êtes loin de tout. Vous êtes seul ". Ses collègues voient
rarement Armstrong dans le gymnase. " Je pense réellement que tout être humain dispose d’un nombre fini de battements de coeur et je n’ai pas l’intention de gaspiller les miens à
courir ou à faire de la gymnastique " affirme-t-il.
Le 16 mars 1966,
Armstrong, en compagnie de Scott, effectue son 1er vol de 10 h 41 mn autour de la Terre, à bord de Gemini 8 (3,78 tonnes/5,74 mètres). Simulant l’étage de remontée du
module lunaire, la cabine pilotée par Armstrong accoste l’étage-fusée Agena 8, représentant Apollo en orbite autour de la Lune. Pour la première fois,
un vaisseau habité s’amarre à un autre véhicule. Vingt-sept minutes plus tard, les astronautes s’apprêtent à mettre en marche le moteur de l’Agena pour accéder à une orbite plus élevée. Soudain,
l’attelage se met à pivoter de plus en plus vite. Les astronautes craignent que le violent mouvement de toupie ne brise l’assemblage. Ils pensent qu’il est causé par un mauvais fonctionnement du
système de contrôle d’attitude de l’étage-fusée. Ils l’arrêtent et Armstrong allume les moteurs de manœuvre de la Gemini pour freiner la rotation, se détacher au moment où elle diminue et
s’éloigner afin d’éviter une collision avec l’Agena.
Après sa mission
écourtée, Armstrong est nommé doublure de Conrad pour le vol Gemini 11 de septembre 1966 puis, en décembre 1967, il est désigné comme éventuel remplaçant de Borman qui doit piloter le 2ème module
lunaire d’Apollo 9 sur une orbite terrestre à l’apogée de 6 500 km. Dans le cadre de sa préparation, il est amené à utiliser le véhicule d’entraînement à l’atterrissage lunaire (LLTV). Le 6 mai
1968, l’engin se cabre à une altitude de 60 mètres et il a juste le temps d’actionner son siège éjectable, avant que le véhicule ne se retourne et s'écrase. La Nasa veut suspendre l’usage du
LLTV, jugé trop dangereux. Armstrong et ses collègues persuadent l’Administration de l’Espace d’apporter les modifications nécessaires, car c’est le seul engin qui permette une simulation réelle
des conditions d’atterrissage du module lunaire (LM).
Du 16 au 24 juillet 1969, Armstrong réalise sa 2ème et dernière
mission de 8 j 3 h 18 mn à bord d’Apollo 11 (43,81 tonnes/18,12 mètres) en compagnie d’Aldrin et de Collins. Lorsque notre satellite situé à 370 000 km de la Terre apparaît dans le hublot,
Armstrong éprouve un sentiment de sérénité : " La Lune semblait, pour nous accueillir, montrer sa rondeur, sa ressemblance avec notre Terre. Je me sentis certain, à cet instant, qu’elle
serait hospitalière. Depuis une éternité, elle attendait son premier visiteur ".
Commence alors
pour les vainqueurs de la Lune, une tournée épuisante autour du monde avec vingt mille kilomètres parcourus, de nombreuses réceptions, des discours et des inaugurations. Le 8 octobre 1969, la
France honore Armstrong, Aldrin et Collins. Le matin, le Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas leur remet l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur. L’après-midi, c’est au tour du Président
Georges Pompidou de les accueillir puis, à l’hôtel de ville de Paris, ils rencontrent le pilote d’essai du 1er Concorde, André Turcat, la 1ère pilote d’essai, Jacqueline
Auriol et le Commandant Cousteau. Le soir, ils se trouvent au Palais de Chaillot où ils écoutent l’éloge remarquable de l’académicien Maurice Druon : " Le carburant de votre fusée,
c’est tout l’effort de l’espèce humaine depuis la fin de la période glaciaire…L’homme ne vit pas seulement de pain. Il lui faut aussi une relation avec le divin, avec l’infini... Il lui faut à la
fois du pain et des étoiles ".
En juillet 1979, à l’occasion du dixième anniversaire de son débarquement lunaire, il retourne en France pour participer à l’émission de télévision " Les Dossiers de
l’écran ". Par contre, il décline l'invitation de l’Elysée pour assister à la revue militaire du 14 juillet aux côtés du Président Giscard d’Estaing, à la tribune officielle.
Du 15 au 17 janvier 1969, Elisseev
effectue à bord de Soyouz 5 (6,58 tonnes/6,98 mètres) et de Soyouz 4 (6,84 tonnes), son 1er vol de 1 j 23 h 45 mn, en compagnie de Khrounov et du commandant Volynov à l'aller, puis
avec Khrounov et le commandant Chatalov au retour.
Le lendemain,
son vaisseau (représentant le module lunaire LK après son décollage de la Lune) sert de cible d’accostage au Soyouz 4 (le module orbital LOK) piloté par Chatalov lancé deux jours plus tôt.
Pour la première fois a lieu l’amarrage de deux engins habités. Une autre première intervient : le transfert de cosmonautes d’une cabine à l’autre. Cette opération simule, à deux reprises,
le passage par l’extérieur du piéton lunaire quittant le LK pour rejoindre le LOK.
Pour la
première fois, trois vaisseaux se trouvent en même temps dans l’Espace avec un nombre record de 7 cosmonautes. Mais le système Igla de rendez-vous automatique va tomber en panne et empêcher
l’amarrage de Soyouz 8 avec Soyouz 7 qui ne peuvent s’approcher qu’à 500 mètres l’un de l’autre. Elisseev est déçu de ne pouvoir échanger sa place avec Volkov.
Le 16 mars 1966, Scott réalise sa 1ère mission de 10 h 41 mn autour de la Terre avec Armstrong,
dans Gemini 8 (3,78 tonnes/5,74 mètres). Pour la première fois, une cabine habitée s’amarre à un autre engin (Agena 8), répétant la rencontre entre
l’étage de remontée du module lunaire et la cabine Apollo autour de la Lune. Vingt-sept minutes plus tard, l’ensemble se met à basculer violemment. Persuadés que le grave problème se trouve sur
l’étage-fusée, les astronautes se séparent de lui, mais le mouvement de tonneau continue pour la Gemini. Tandis qu’Armstrong tente de maîtriser le vaisseau, Scott a la présence d’esprit de
transférer le pilotage de l’Agena au centre de contrôle pour qu’il stabilise l’engin et qu’il l'empêche de retomber sur Terre. Armstrong coupe le
circuit d’alimentation des propulseurs de manœuvre, car l'un d'entre-eux est responsable du comportement anarchique de la cabine. Il utilise ensuite les moteurs d'orientation de la Gemini
pour arrêter le mouvement de toupie qui est sur le point de faire perdre connaissance aux astronautes et de disloquer la capsule.
Après avoir utilisé 75 % de leur carburant, les deux hommes sont obligés de rentrer
d’urgence, à la grande déception de Scott, privé de sortie spatiale. Armstrong craint que la cabine ne se pose sur la terre ferme. Il demande à Scott : " Tu vois de l’eau ? ".
" Tout ce que je vois, c’est de la brume " lui répond Scott qui, de suite après, rajoute : " Oh oui ! Il y a de l’eau ! C’est de l’eau ! ". Moins de deux
minutes plus tard, il s’écrie : " Amerrissage ! Sauvés !".
Du 3 au 13 mars 1969, Scott, en compagnie de McDivitt et de Schweickart, accomplit sa 2ème
mission de 10 j 1 h autour de la Terre, à bord d’Apollo 9 (41,34 tonnes/17,95 mètres). C’est le premier vol du vaisseau Apollo au complet, avec un LM de 14,53 tonnes et de 6,98 mètres.
Une fois en orbite, Scott procède à l’opération dite de restructuration, car le module lunaire fixé sur l’étage-fusée S-IVB se trouve sous le module de
service d’Apollo. Scott détache donc Apollo, s’éloigne de quinze mètres et après avoir fait un demi-tour se prépare à l’accostage du LM. Mais il n’arrive pas à positionner le vaisseau dans
l’axe voulu, en raison de la défaillance de certains moteurs de manœuvre. Avec huit minutes de retard et une consommation supplémentaire de 25 kg de combustible, Scott parvient à s’amarrer au
module lunaire. Plus tard, il réalise une sortie de 47 mn en passant son buste par l’écoutille latérale de la cabine pour récupérer des échantillons de métal sur la paroi du module de service,
effectuer des observations et photographier Schweikart debout sur la plate-forme du LM, en train de tester le scaphandre lunaire. Puis, le grand jour arrive avec la séparation du module lunaire
baptisé Spider (Araignée) pour son premier vol avec McDivitt et Schweickart.
Du 26 juillet au 7 août 1971, Scott réalise son 3ème et dernier vol de 12 j 7 h 11 mn à bord
d’Apollo 15 (46,79 tonnes/17,95 mètres), avec Irwin et Worden. Après s’être détaché en orbite lunaire de la cabine Apollo occupée par Worden, le module lunaire entame sa descente, mais
arrivés à quinze mètres du sol, Scott et Irwin sont surpris de voir apparaître un épais nuage de poussière soulevé par les gaz du moteur. Scott pose alors le LM sur un terrain dont il ne peut pas
distinguer les détails. Le module lunaire se met soudain à glisser sur ses quatre jambes du train d’atterrissage, puis il s’immobilise près d’un mètre plus loin, incliné en arrière de 9° et sur
sa gauche, avec deux pieds sur le bord d’un petit cratère. Pour la quatrième fois, des hommes sont sur la Lune. Comme prévu, Scott grimpe sur le capot du moteur de descente, ouvre l’écoutille
supérieure et sort la tête. Depuis une hauteur de sept mètres et pendant 33 mn, il va admirer et décrire le spectaculaire site. Le LM se trouve à 11 km du mont Hadley de 5.500 m
d’altitude et à 1 km de la faille Hadley, une gorge en forme de V. Plus tard, Scott devient le 7° piéton lunaire.