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chatalov.jpgLe 13° cosmonaute, Vladimir A. Chatalov, est né le 8 décembre 1927 à Petropavlosk (Terre) dans la future province spatiale du Kazakhstan d’où il décollera une première fois, quarante-deux ans plus tard. Son enfance et le début de sa jeunesse s’écoulent à Leningrad, une des plus grandes villes d’art du monde par le nombre de ses riches musées, appelée aussi la Venise du Nord pour la multitude de ses ponts courbes qui enjambent les canaux. En 1941, Vladimir a 14 ans lorsqu'il quitte, avec nostalgie et angoisse, la cité que les troupes allemandes et finlandaises vont assiéger et bombarder pendant trente mois. Il retourne à Petropavlosk et il passe ses moments de loisir à construire des modèles réduits d’avions si réalistes que des experts en la matière conseillent à ses parents de l’orienter vers l’aéronautique.

En 1942, Vladimir s'inscrit à une école de l’Armée de l’Air, transférée plus tard à Lipetsk, dans laquelle il va suivre un enseignement secondaire et technique. De 1945 à 1949, il apprend à piloter au centre de formation de Kachinsk, sur des UT-2 et des Yak-3, 9 et 11. Doué pour l’enseignement, il devient instructeur de vol dans cet établissement, tout en s’initiant au maniement de l’avion de combat MiG-15. En 1953, Chatalov est accepté à l’Académie de l’Armée de l’Air du Drapeau Rouge d’où il sort, trois ans plus tard, diplômé en aéronautique avec mention très bien. Il découvre ensuite le MiG-17, puis il occupe des postes de commandement dans diverses unités, avant de devenir inspecteur de l’Armée de l’Air. En 1962, alors qu’il entreprend un entraînement de pilote d’essai, aux commandes notamment du chasseur bombardier supersonique Su-7B, il est informé qu’un nouveau groupe de voyageurs du Cosmos va être constitué.

En janvier 1963, Chatalov entre, à l’âge de 35 ans, dans la 2° équipe des quinze cosmonautes et il se révèle rapidement comme le leader. Très instruit, il a la réputation d’un brillant ingénieur et d’un chercheur infatigable. D’une nature calme et aimable, il pratique l’exploration sous-marine.

Sa formation de base terminée, Chatalov est nommé comme doublure du copilote Chonine pour la mission de 20 jours de Voskhod 3. En mai 1966, ce vol et les trois suivants sont supprimés pour ne pas retarder le déroulement du prochain programme Soyouz sur lequel il va être affecté. Il poursuit aussi un entraînement sur l’avion spatial Spiral qui sera abandonné, ainsi que sur les projets L1 de survol lunaire et L3 d’atterrissage sur la Lune. Après le retour tragique de Komarov à bord de Soyouz 1, le 24 avril 1967, Chatalov est désigné comme la doublure de Beregovoï pour la mission suivante Soyouz 3 qui intervient en octobre 1968.

Nommé pilote de Soyouz 4, il se prépare à participer, avec l’équipage de Soyouz 5, à une simulation autour de la Terre, d’une phase du vol lunaire L3. Ce 24 décembre 1968, Chatalov se trouve à Baïkonour. Il est onze heures du soir et les deux équipages, accompagnés de Kamanine, leur Directeur, discutent vivement à l’intérieur du bus qui les ramène vers leur résidence, après une longue journée de travail. Le sujet concerne l’ordre de lancement des vaisseaux pour que le pilote, chargé de l’amarrage, ait le temps de s’adapter à l’apesanteur. Chatalov, d’ordinaire si tranquille, se met soudain en colère : " C’est la dixième fois que l’on parle de ce problème, alors que les Américains tournent autour de la Lune ! ". Le calme revient et on demande au chauffeur d’arrêter l’autocar. Les passagers descendent par une nuit claire et glaciale, puis ils lèvent leur regard vers l’astre au front d’argent. Ils ressentent aussitôt des sentiments d’amertume et d’admiration, mais surtout de tristesse à la pensée de leurs camarades qui ont perdu la vie pour atteindre ce but.

Le 13 janvier 1969, Chatalov s’apprête à quitter la Terre à bord du Soyouz dans lequel il est enfermé depuis deux heures de temps. C’est la première fois qu’une fusée habitée va être lancée en hiver, mais une température de – 24° C porte un coup fatal au fonctionnement de la plate-forme des gyroscopes du lanceur qui doit être changée. Chatalov évacue, contrarié, sa capsule. Le lendemain, il remonte dans sa cabine et, à nouveau, il est sur le point de l’abandonner. Une panne est intervenue sur le système hydraulique d'un propulseur latéral du lance-Soyouz (Sémiorka) qui ne peut être accessible qu’à l’horizontale, après le retour de la fusée dans son bâtiment d’assemblage. Un jeune et souple technicien prend alors une initiative hardie qui rend le sourire à Chatalov. Il se débarrasse d’une partie de ses vêtements malgré le froid polaire, démonte une trappe du booster, se glisse par l’étroite ouverture et se livre à la réparation.

Du 14 au 17 janvier 1969, Chatalov effectue à bord de Soyouz 4 (6,62 tonnes/6,98 mètres), son 1er vol de 2 jours 23 h 20 en orbite terrestre, seul à l'aller et en compagnie de Khrounov et d'Elisseev au retour. Le 16, il réussit le 1er amarrage avec un autre vaisseau habité, le Soyouz 5 lancé la veille et occupé par Volynov, Khrounov, Elisseev. Puis, ces deux derniers réalisent une sortie spatiale de 37 mn et rejoignent Chatalov. Pour la première fois aussi, quatre hommes se trouvent dans un même train spatial.

chatalov-soyouz-4-bis.jpgCette opération préfigure autour de la Lune, l’amarrage du module orbital LOK (Soyouz 4) avec le module lunaire LK (Soyouz 5). Elle simule également, à deux reprises, le transfert par l'extérieur du piéton lunaire dans le LOK. Les techniciens ont choisi un passage par l'extérieur pour éviter l'aménagement d'un lourd tunnel entre les deux engins lunaires. Après une jonction d’une durée de 4 h 33, Chatalov redescend sur Terre avec ses compagnons. Ils se posent dans 80 cm de neige et par une température de – 30° C, précédant Volynov qui revient le lendemain dans des conditions périlleuses.

Suite au succès américain d’Apollo 8 autour de la Lune, les responsables spatiaux et politiques veulent apporter au plus vite leur réponse. C’est la station orbitale desservie par des Soyouz et dont le développement va s’accélérer, après l’atterrissage sur la Lune d’Apollo 11, le 20 juillet 1969. Dans le cadre de sa préparation, un plan complexe est élaboré. Il consiste à faire évoluer trois vaisseaux en formation, avec l'amarrage de deux d'entre eux et l’échange d’un membre de chaque équipage, pour répéter la relève d'un équipage de la station. Dans un premier temps, Chatalov est associé à cette entreprise comme doublure des commandants de Soyouz 6, de Soyouz 7 et de Nikolaïev de Soyouz 8. Celui-çi échoue à son dernier examen d’aptitude au vol et Chatalov le remplace, en étant chargé d’assurer la direction de l'ensemble des opérations.

Du 13 au 18 octobre 1969, Chatalov réalise à bord de Soyouz 8 (6,64 tonnes), son 2ème vol de 4 j 22 h 50 autour de la Terre, en compagnie d’Elisseev. Ils deviennent les 1ers cosmonautes à effectuer une 2ème mission. Soyouz 8 doit rejoindre le Soyouz 6 de Chonine et Koubassov, parti le 11 ainsi que le Soyouz 7 de Filipchenko, Gorbatko et Volkov, lancé le 12.

Pour la première fois, trois vaisseaux se trouvent en même temps dans l’Espace avec un nombre record de 7 cosmonautes. Le 14, afin de s’approcher à 100 m de Soyouz 7, Chatalov met en marche le système Igla de rendez-vous automatique par radar, pour prendre ensuite les commandes manuelles et procéder à l’amarrage. Mais Igla, qui utilise les moteurs principaux, cesse de fonctionner à 1 km de Soyouz 7. 
chatalov-soyouz-8.jpgUne autre tentative amène le Soyouz 8 à 1,7 km de sa cible avant que le système de rendez-vous ne tombe en panne une fois de plus.
Avec les moteurs secondaires, Chatalov ne peut arriver qu’à 500 m de Soyouz 7. D'autres méthodes sont utilisées, mais après quatre rendez-vous d’une durée totale de 34 h 09, il s’avère que la rencontre, suivie de l’amarrage, est impossible, à la grande déception des cosmonautes. Elisseev et Volkov ne pourront pas sortir pour échanger leur place. A deux reprises, les trois Soyouz volent de conserve, mais à distance pendant 4 h 22. Soyouz 8 atterrit au milieu d’une violente tempête de neige, le lendemain de la rentrée de Soyouz 7 et deux jours après Soyouz 6.

A son retour, Chatalov est tout naturellement impliqué dans le nouveau programme de stations orbitales Saliout, mais il trouve le temps d’accueillir à Baïkonour, le 8 octobre 1970, le Président français Georges Pompidou à qui il montre les installations du cosmodrome. Il reçoit des éloges sur le succès de cette visite qu’il a lui-même préparée. Afin de le remercier, ses supérieurs veulent le nommer Conseiller Spatial auprès des instances dirigeantes ou Adjoint du Directeur de la Cité des Etoiles. Chatalov décline ces offres, car il veut d’abord repartir dans l’Espace pour prendre sa revanche sur son précédent vol. Il est désigné commandant de la première occupation de Saliout 1, en remplacement de Chonine, malade. La station (18,50 tonnes/15 mètres) est lancée le 19 avril 1971, deux ans avant la station américaine Skylab.

Du 23 au 25 avril 1971, Chatalov accomplit sa 3ème et dernière mission d’1 j 23 h 45 en orbite terrestre, sur Soyouz 10 (6,57 tonnes) avec Roukavichnikov et Elisseev à nouveau, pour le premier amarrage avec une station. Chatalov et Elisseïev sont les 1ers cosmonautes à exécuter un 3ème vol. Le premier lancement de nuit se passe normalement. Cependant, Chatalov s’interroge sur le comportement du contrôleur de vol. " Pourquoi votre voix paraît-t-elle si triste ? Vous n’avez pas assez dormi ? " lui demande-t-il. " Non ! " répond le contrôleur " Tout simplement, je vous ai mal entendu au moment du départ ". Il commence alors à lui donner rapidement les paramètres de vol. Chatalov l’arrête : " Doucement, doucement. Pas si vite ".

 

 

 

Après l’injection sur orbite, il est heureux de constater que les manœuvres de rendez-vous se déroulent parfaitement. Le Soyouz s’approche de Saliout 1 et Chatalov procède à l’amarrage, mais les moteurs d’attitude continuent à fonctionner plusieurs secondes de trop. Cela suffit pour provoquer un roulis momentané du vaisseau sur la pièce d’amarrage de la station, endommageant les amortisseurs du Soyouz. Le verrouillage entre les deux véhicules ne peut pas s'effectuer correctement. Tout le monde ignore, à ce moment-là, les dégâts causés et Chatalov met à feu les propulseurs pour un amarrage ferme. En vain.

Les contrôleurs au sol lui demandent de se détacher de la station et de recommencer l’accostage. Mais Chatalov n’arrive pas à décrocher son Soyouz. Le mécanisme est faussé et les cosmonautes commencent à se poser des questions. Finalement, la séparation intervient après une jonction imparfaite de 5 h 30. Le Centre de contrôle leur donne l'ordre de renoncer au second amarrage et de commencer les préparatifs pour une rentrée d’urgence sur Terre, l'autonomie du vaisseau de liaison avec la station, étant limitée. 

Le désappointement est profond pour les cosmonautes qui s’apprêtaient à séjourner 30 jours à bord de Saliout 1. Les trois hommes photographient la pièce d’amarrage de la station pour connaître son état, avant l’arrivée de Soyouz 11. Compte tenu des circonstances, seul un atterrissage de nuit est possible sur le territoire soviétique et dans une zone inhabituelle. C’est une première qui nécessite des manœuvres délicates pour la désatellisation. Aussi, les responsables du vol s'orientent vers un retour de jour en Amérique du Sud, en Afrique ou en Australie. Cette perspective n’enchante pas les cosmonautes.

Chatalov va alors convaincre les contrôleurs sur sa capacité à ramener son Soyouz dans son pays. Il réussit magistralement, malgré une inquiétude apparue lors de la descente en parachute de la cabine. Elisseev et Roukavichnikov font remarquer à Chatalov que la capsule se dirige vers un lac qu’ils distinguent grâce aux reflets de la clarté de la Lune sur les eaux. Fataliste, il leur répond en haussant les épaules : " Il n’y a rien que l’on puisse faire, sinon de se préparer et d’attendre ". Il est 2 h 40 lorsque le Soyouz se pose…à 50 m du lac.

En mai 1971, Chatalov présente sa candidature pour être l’adjoint de Kamanine, le Directeur des équipages et, le mois suivant, il se retire du Corps des Cosmonautes. Après la rentrée dramatique de Dobrovolsky, Volkov et Patsaïev à bord de Soyouz 11, le 30 juin 1971, Kamanine cède sa place à Chatalov qui va la garder quinze ans. En 1972, il obtient un diplôme en sciences techniques et durant les trois années suivantes, il se rend régulièrement aux Etats-Unis, pour les préparatifs du programme américano-soviétique Apollo-Soyouz. De 1977 à 1980, il remplit aussi son mandat de député au Parlement soviétique et assume également les tâches de Chef de navigation spatiale et de collaborateur du Commandant en Chef de l’Armée de l’Air. En janvier 1987, il prend la succession de Beregovoï, le Directeur de la Cité des Etoiles où travaillent 4 000 personnes. A ce titre et pour l'entraînement à la mission franco-soviétique Aragatz de 1988, il reçoit nos spationautes Michel Tognini et Jean-Loup Chrétien qu'il avait déjà accueilli avec Patrick Baudry, quand il était Directeur des équipages, pour la préparation de son premier vol de 1982. 

En septembre 1991, Chatalov est contraint de démissionner à 64 ans, la nouvelle administration russe ayant décidé de fixer à 55 ans, l’âge limite pour occuper certaines fonctions. Très attaché à l'environnement spatial, il décide cependant de continuer à vivre dans la célèbre Cité.

-§-

 Le 13° astronaute, Thomas (Tom) P. Stafford, est né le 17 septembre 1930 à Weatherford (Terre) où il fait si chaud certaines nuits d’été qu’il est difficile de dormir à l’intérieur des maisons. Tom est alors ravi de suivre ses parents dehors pour s’allonger sur une couverture posée sur l’herbe. En attendant que le marchand de sable passe, son regard se promène dans les constellations d’étoiles que son père lui montre du doigt. La Lune le fascine également. Elle lui semble si proche qu’il pense qu’un jour des hommes s’y poseront. Il devient un fan de Buck Rogers, le premier héros de science-fiction et il monte des maquettes d’avions en balsa, avant de prendre son baptême de l’air à bord d’un Piper Club piloté par l’amie de son professeur de mathématiques. " Ce n’est pas le Spitfire, mais c’est un vrai avion " pense-t-il et il décide à 14 ans de devenir " pilote de chasse pour gagner la guerre ".

Heureusement, elle se termine un an plus tard, en 1945. Sa directrice de collège remarque son intérêt pour les sciences et les techniques. Elle lui propose de lire la rubrique du Sunday New York Times qu’elle reçoit. Tom apprend alors l’existence du V2 allemand et de l’avion-fusée américain Bell X-1 aux commandes duquel Yeager a franchi le mur du son, le 14 octobre 1947. Après avoir fini ses études secondaires, Stafford entre en 1948 à l’Académie Navale d’Annapolis pour préparer sa licence en sciences (qu’il obtient quatre ans plus tard). Durant l’été 1949, il part en mission avec Young sur le cuirassé Missouri à destination du port maritime de Cherbourg. Aucun d’eux ne peut imaginer que, vingt ans plus tard, ils navigueront sur le vaisseau Apollo 10 pour jeter l’ancre sur une orbite lunaire. A sa sortie d’Annapolis en 1952, Stafford n’hésite pas à s’engager dans l’Armée de l’Air plutôt que dans l’Aéronavale, car elle offre la possibilité de piloter les avions de chasse les plus rapides du monde, comme le F-86E Sabre.

Stafford va être affecté dans diverses bases avant de se rendre dès 1955, à Landstuhl en Allemagne de l’ouest, puis ensuite, au lieu d’aller à Phalsbourg en Moselle, il part pour Hahn en octobre 1956 en raison de l’alerte causée par les troubles de Hongrie. Stafford s’interroge sur son avenir. Ses condisciples d’Annapolis qui ont choisi la Marine ou l’Aéronavale, ont gravi les échelons de la hiérarchie plus rapidement que lui. Sa promotion n’est pas pour demain, car elle est réservée aux vétérans de la guerre de Corée. Par ailleurs, il n’éprouve guère d’intérêt de continuer à piloter des avions qu’il connaît trop bien. Il veut alors quitter l’Armée de l’Air pour entrer dans la compagnie aérienne American Airlines ou TWA, mais l’arrivée des F-100, F-101 et F-102, le dissuade de poster les lettres de demande d'emploi qu’il avait rédigées.

De retour aux Etats-Unis en 1958, Stafford est admis à l’Ecole des pilotes d’essai d’Edwards où, pendant huit mois, il apprend son métier si consciencieusement que son colonel lui demande de rester comme instructeur de vol. Il forme notamment McDivitt, White, Borman et Collins qui deviendront des astronautes. Il co-écrit des ouvrages de référence : le Manuel du pilote pour l’étude en vol des caractéristiques des avions et le Manuel d’aérodynamique pour l’étude en vol des caractéristiques des avions.

En 1959, Stafford propose sa candidature pour faire partie des premiers astronautes, mais elle n’est pas acceptée. Il est trop grand (1,80 m) pour la cabine Mercury et il n’a pas assez d’années en tant que pilote d’essai. En avril 1962, il postule à nouveau pour le deuxième recrutement et, comme sa sélection est incertaine, il envisage de retourner à l’université afin d’acquérir une maîtrise en aéronautique. Il se décide finalement à suivre une formation de manager à l’Ecole de commerce d’Harward, car il estime que l’Armée de l’Air possède certes beaucoup de techniciens, mais pas assez de dirigeants. Il commence les cours le 10 septembre 1962 et quatre jours après... il les arrête. Slayton, le Directeur des équipages, vient de l’appeler au téléphone pour lui annoncer qu’il est retenu.

En septembre 1962, Stafford rentre dans la 2ème équipe des neuf astronautes, à l’âge de 32 ans. Il est d’une nature aimable et connu pour son sens de la diplomatie. Il pratique le base-ball, la natation et le pilotage acrobatique.

En février 1964, il est fier d’être désigné en tant que copilote du premier vol Gemini 3 aux côtés de Shepard. Mais le premier astronaute américain est contraint de quitter son poste en avril, souffrant de troubles de l’oreille interne gauche. Désappointé, Stafford se retrouve alors comme doublure du nouveau copilote Young choisi par Grissom, le remplaçant de Shepard. Un an après, il est nommé copilote de Gemini 6, chargé d’effectuer avec Schirra, le premier amarrage avec un étage-fusée Agena. En octobre 1965, la fusée Atlas-Agena décolle, mais la cible se désintègre après s’être séparée du premier étage. Le départ de Gemini 6 est annulé, à la grande déconvenue des astronautes qui descendent de leur lanceur Titan II de 150 tonnes. Il n’y a pas un autre étage Agena disponible. La Nasa décide donc que la Gemini 7 de Borman et de Lovell, serve de cible de rendez-vous à la Gemini 6. Stafford et Schirra proposent l’échange d’un membre de chaque équipage, pour simuler un sauvetage. Le prudent Borman trouve l’opération trop risquée, suivi en ce sens par la Nasa.

Avant de s’envoler sur Gemini 6, Stafford apprend en novembre 1965, qu’il est désigné doublure du commandant See pour la mission Gemini 9. Le 7 décembre 1965, Gemini 7 est lancée, Stafford et Schirra s’apprêtant à partir le 12 pour la rejoindre. Les moteurs de leur Titan II s’allument, puis ils s’éteignent 1,2 seconde plus tard, après que le système de sécurité ait détecté le débranchement prématuré d’une prise ombilicale sur le lanceur et une mauvaise alimentation d’un des deux moteurs. Kraft, le Directeur de vol, s’étonne d'abord que Schirra n’actionne pas les sièges éjectables comme le prévoit la procédure pour un tir avorté qui peut être suivi d’une explosion de la fusée. Bien que l’horloge de Gemini ait indiqué le départ, les astronautes n'ont pas ressenti le mouvement de la Titan II.

Kraft est soulagé ensuite que ne soit pas intervenue l’éjection très risquée pour les astronautes qui auraient pu avoir la colonne vertébrale brisée par l’accélération à ce niveau du sol ou être transformés en torche vivante par la mise à feu des sièges à l’intérieur de la cabine remplie d’oxygène pur inflammable. Pour la deuxième fois, Stafford et Schirra sortent de leur Gemini, déçus du faux départ, mais heureux d’avoir échappé à une catastrophe. Une course contre la montre s’engage alors pour qu’un nouveau lancement intervienne trois jours avant le retour de Gemini 7.

Du 15 au 16 décembre 1965, Stafford, en compagnie de Schirra, effectue enfin son 1er vol d’1 j 1 h 51 mn autour de la Terre, à bord de Gemini 6 (3,54 tonnes/5,74 mètres). Le vol est de courte durée, car le vaisseau emporte, au détriment des réserves d’oxygène et de nourriture, beaucoup de carburant pour effectuer les manœuvres permettant à l’équipage de réaliser le 1er rendez-vous spatial avec Gemini 7 près duquel il reste pendant 5 h 18 mn, entre 91 m et 30 cm, préfigurant ainsi la rencontre entre l’étage de remontée du module lunaire et la cabine Apollo autour de la Lune. Puis, la célèbre annonce entendue sur les ondes, longtemps prêtée à Schirra, est faite par Stafford : " Houston, nous avons un objet en vue. Il vient du nord et se dirige vers le sud. Il pourrait bien entrer en collision avec nous ". See, le capcom de service, s’inquiète car il connaît le sérieux de Stafford qui, de suite après, précise : " C’est un curieux attelage tiré par des rennes…Santa Claus (Le Père Noël) ! Schirra entre en scène pour jouer les premières notes de " Jingle Bells " avec un harmonica, tandis que Stafford agite des clochettes.

De retour sur Terre, il se prépare comme doublure pour le vol Gemini 9, avec Cernan. Le 28 février 1966, les deux astronautes décollent de Houston à bord d’un T-38 biplace, peu de temps après See et Bassett, l’équipage principal. Leur destination est le complexe de McDonnell Douglas à Saint-Louis où se trouvent le vaisseau Gemini 9 et le simulateur de vol dans lequel ils doivent s’entraîner. Stafford et Cernan se posent sur la piste de l’aéroport, malgré une forte pluie et un épais brouillard qui gênent la visibilité. Ils apprennent alors avec tristesse que leurs collègues sont morts dans l’écrasement de leur T-38 sur le parking du constructeur de la Gemini, après avoir heurté la toiture d’un bâtiment situé à 300 m de l’aéroport, lors d’une deuxième tentative d’atterrissage.

Après ce drame, Stafford et Cernan sont désignés pour piloter la Gemini 9. Leur mission est d’effectuer un amarrage avec un étage-fusée Agena, suivi pour la première fois d’un allumage de ses moteurs pour se placer sur une orbite de grande apogée, puis sur des orbites basses et terminer par l’essai du premier fauteuil à réaction, lors de la sortie spatiale de Cernan. Le 17 mai 1966, la fusée Atlas-Agena s’élance, mais les techniciens sont obligés d’arrêter son fonctionnement deux minutes après, en raison du blocage du système orientateur des tuyères. Amers, Stafford et Cernan évacuent leur cabine qui devait être lancée après la mise en orbite de la cible Agena. La Nasa n’a pas d’autre exemplaire, mais elle a prévu, en remplacement, une cible simplifiée Atda qui est une Agena dépourvue d’une unité de propulsion pour accéder à une orbite élevée. Stafford n’est pas enchanté que le programme de son vol soit ainsi amputé. Le 3 juin 1966, la fusée Atlas met en place la cible Atda, mais la télémétrie indique que le cône, qui protège le collier d’amarrage lors de l’ascension dans l’atmosphère, ne s’est pas éjecté. On espère qu’il s’agit d’un faux signal.

Du 3 au 6 juin 1966, Stafford réalise, avec Cernan, sa 2ème mission de 3 j 20 mn autour de la Terre, à bord de Gemini 9 (3,75 tonnes/5,74 mètres). Arrivés à proximité de l’Atda, les deux astronautes constatent, avec dépit, que les deux demi-coquilles du carénage sont en partie séparées et empêchent l’accès de la Gemini à la pièce d’accostage. Stafford déclare au sol : " Nous avons une étrange machine. Elle ressemble à un alligator en colère " (avec ses mâchoires entrouvertes). Il rajoute : " J’ai envie de tenter de faire sauter la coiffe avec la barre d’amarrage fixée sur le nez de la Gemini ". Sa proposition audacieuse est rejetée.  Les deux éléments du cône sont retenus par des attaches métalliques que Cernan pourrait sectionner lors d’une sortie, comme le suggère l'astronaute Aldrin. Mais le risque qu’il déchire son scaphandre sur les aspérités du carénage, est réel. Alors les techniciens s’emploient à mettre en marche, par saccades, les moteurs d’orientation de l’Atda, dans l’espoir que les secousses entraînent le détachement de la coiffe. Sans succès. En conséquence, un nouveau programme va être mis en œuvre que Stafford et Cernan vont mener à bien. Deux rendez-vous supplémentaires avec l’Atda, différents et complexes, vont simuler la rencontre de l’étage de remontée du module lunaire avec la cabine Apollo en orbite lunaire, puis celle d’Apollo avec le module lunaire en perdition sur une orbite basse. Plus tard, la Gemini va se mettre à pivoter sur elle-même de plus en plus vite, approchant le point de rupture, jusqu’à ce que Stafford parvienne à remettre un interrupteur sur la bonne position.

Cernan effectue ensuite une sortie record de 2 h 7 mn, durant laquelle il se dirige à l’arrière de la Gemini afin de préparer et d’endosser le fauteuil à réaction AMU. Mais les efforts considérables qu'il doit faire, entraînent une consommation trop importante d’oxygène et un dégagement de chaleur qui couvre peu à peu sa visière d'une buée opaque, l’empêchant de terminer les opérations réalisées à 80 %. Il doit réintègrer la cabine, déçu de ne pas avoir rempli en totalité son contrat.

En septembre 1966, Stafford est nommé doublure d’Eisele pour le 2ème vol Apollo autour de la Terre. Deux mois après, la Nasa décide d’annuler cette mission qui est une répétition du 1er vol de la cabine Apollo. En décembre 1966, il est désigné doublure de McDivitt sur le 2ème vol Apollo en orbite terrestre, pour le test du premier module lunaire. Mais, après l’incendie tragique d’Apollo 1 au sol, Stafford est choisi en mai 1967 comme doublure de Schirra pour le 1er vol de la cabine Apollo 7 autour de la Terre. Puis, en novembre 1968, il est nommé commandant d’Apollo 10, chargé d’essayer le premier module lunaire autour de la Lune et de relever les irrégularités de son champ gravitationnel, avant l’atterrissage d’Apollo 11.

Du 18 au 26 mai 1969, Stafford effectue son 3ème vol de 8 j 3 mn en compagnie de Cernan à nouveau et de Young, à bord d’Apollo 10 d’une masse au départ de 42,77 tonnes et de 18,12 mètres (28,83 tonnes pour la cabine associée à son module de service et 13,94 tonnes pour le module lunaire (LM). C’est la première fois qu’un vaisseau au complet, propulsé par une Saturn V de 2.942 tonnes, s'envole vers la Lune autour de laquelle il se met en orbite pour une durée record de 2 j 13 h 57 mn.

Stafford et Cernan pénètrent alors dans le LM et lisent avec amusement cette inscription collée sur le tableau de bord : " Il est formellement interdit de descendre sur la Lune avec cet engin ". Plus sérieusement, ils constatent que le collier d’amarrage qui relie les deux engins, a subi une torsion de 3°. Les astronautes doivent renoncer à la séparation du LM si le vrillage s’accentue et dépasse 6°, car ils ne pourront pas s’amarrer au retour à la cabine Apollo. Il reste fixe et le module lunaire de 6,98 mètres se détache à 112 km d’altitude. Stafford et Cernan commencent à utiliser les fusées du contrôle d’attitude dont le bruit, lors de leur fonctionnement, étonne Stafford : " Chaque fois qu’entrent en action l’un de ces petits moteurs, nous avons l’impression qu’il y a quelqu’un qui tape sur une bassine en fer au-dessus de nos têtes ".

stafford-apollo-10.jpgL’allumage du moteur principal du LM amène les astronautes à 15,4 km du sol lunaire, trois heures et demie après leur séparation. A deux reprises, la vitesse du module lunaire va s’accroître de 3 mètres par seconde, lorsqu’ils survolent des régions proches de la mer de la Tranquillité où doivent se poser Armstrong et Aldrin. Des concentrations de masse sont responsables de cette accélération qui peut fausser la trajectoire d’atterrissage et dont il faut tenir compte dans l’élaboration du programme de navigation du LM d’Apollo 11.

Alors que les astronautes se préparent à larguer l’étage de descente, le module lunaire est soudainement animé d’un violent mouvement de rotation. Très vite, Stafford comprend qu’il ne pourra pas maîtriser l'ensemble du LM, avec la poussée des moteurs d’attitude. Il largue donc l’étage de descente plus tôt que prévu et, 8 secondes après, il réussit à stabiliser l’étage de remontée avant son écrasement sur la Lune et quarante secondes avant l’allumage impératif de son moteur pour retrouver la cabine Apollo. L’incident venait du système de guidage automatique qui cherchait, au mauvais moment, à rentrer en contact avec le radar de la cabine Apollo. Le rédacteur de la check-list avait oublié d’indiquer aux astronautes la position d’une commande.

 Les trois hommes sont de nouveau réunis, après un vol autonome de 8 h 10 du LM qui est largué. Il tarde à s’éloigner, constate l’équipage à qui un contrôleur répond : " C’est normal, le chien ne veut pas quitter son maître ", faisant allusion au nom de baptême du module lunaire (Snoopy, le chien philosophe de la bande dessinée) et à celui de la cabine Apollo (Charlie Brown, son maître). Sur le chemin de retour, Houston diffuse un air très entraînant qui plaît tellement à Young et à Cernan que Stafford ne peut s’empêcher de faire ce commentaire : " Il y a un couple de phoques, ici ! " en voyant ses deux compagnons agiter leurs bras et leurs mains, comme le font ces mammifères marins avec leurs membres palmés. La cabine Apollo de 4,94 tonnes termine son voyage en abordant l’atmosphère terrestre à une vitesse record, jamais inégalée, de 11,107 km/s.

Après son vol Apollo 10, Stafford hésite entre rester dans le programme spatial ou se lancer dans la campagne électorale pour devenir sénateur de l’Oklahoma, son état de naissance. Finalement, il accepte en juin 1969, de prendre le poste de Chef du bureau des astronautes, libéré par Shepard de retour dans les équipes de vol. Il va superviser les activités quotidiennes des 65 astronautes. Au début de l’année 1971, Slayton envisage de le choisir pour commander le premier équipage d’occupation de la station Skylab, si Conrad n’accepte pas cette mission. Mais Stafford n’est pas intéressé pour tourner pendant un mois autour de la Terre. En juin 1971, Shepard reprend ses fonctions après son vol Apollo 14 et Stafford est alors désigné Directeur-adjoint des équipages, sous les ordres de Slayton, en charge de la gestion des avions d’entraînement, des simulateurs de vol et des équipements des vaisseaux.

Le 30 juin 1971, Soyouz 11 revient sur Terre, avec les corps des malheureux cosmonautes soviétiques Dobrovolsky, Volkov et Patsaïev, victimes d’une dépressurisation de leur vaisseau au cours de la rentrée. Stafford assiste à leurs funérailles, en tant que représentant du Président Nixon. Le lendemain matin, il se rend à l’aéroport pour repartir de Moscou. Il retrouve Beregovoï, député et ancien cosmonaute, qui l’attend pour l’inviter à prendre un petit déjeuner sur place. Stafford lui fait part du départ imminent de son avion. " Pas de souci. Il décollera lorsque je le déciderai " lui réplique en anglais Beregovoï. Le tête-à-tête dure quatre-vingt-dix minutes…et les passagers attendent, au grand embarras de Stafford. En janvier 1973, il est nommé commandant du dernier vaisseau Apollo, pour réaliser une rencontre historique avec un vaisseau soviétique. Les deux équipages vont s’entraîner conjointement aux Etats-Unis et en Union Soviétique, en apprenant la langue de l’autre. En causant le russe avec sa voix nasillarde, Stafford va déclencher des rires chez ses interlocuteurs soviétiques, qui vont le rendre encore plus sympathique.

Du 15 au 24 juillet 1975, Stafford accomplit son 4° et dernier vol de 9 j 1 h 28 mn, en compagnie de Slayton et de Brand, à bord d'Apollo de 14,76 tonnes et de 14,49 mètres(Mission ASTP : Apollo Soyuz Test Project), lancé par une Saturn 1B de 593 tonnes, pour le premier amarrage avec le Soyouz 19 occupé par Leonov et Koubassov. Le rendez-vous intervient le 17 juillet, sous la direction de Stafford qui s’exclame : " Soyouz est très beau ! ".

Les deux engins se réunissent grâce au module de jonction fixé sur Apollo. Les écoutilles s’ouvrent et Leonov s’adresse alors à Stafford : " Très, très heureux de te voir ". L’astronaute américain lui répond : " Ami ! " en attrapant ses bras tendus vers lui.

stafford-astp.jpg

Les quatre échanges des membres des équipages interviennent et Stafford va séjourner ainsi pendant 4 h 10 m à bord de la cabine soviétique. Ils réalisent des expériences communes et des repas collectifs. Puis, la première séparation a lieu après une jonction de 43 h 53 mn. Les deux vaisseaux volent de conserve durant 30 mn, à 50 m l’un de l’autre, puis un second accostage a lieu sous la conduite de Leonov qui a du mal à aligner et à stabiliser son Soyouz sur le module d’amarrage d’Apollo, avant la séparation définitive, 3 h 54 mn après.

Au moment de la rentrée dans l’atmosphère, alors que la cabine Apollo se trouve à 24 000 m d’altitude, un fort grésillement dans les écouteurs des casques, empêche Brand d’entendre Stafford lui dire de couper le circuit des moteurs d’attitude. A 7 000 m, les parachutes stabilisateurs sortent de leur compartiment et la cabine oscille. Le système de guidage automatique qui est resté branché, interprète ce mouvement comme anormal et, pour le corriger, met à feu les moteurs d’attitude dont les vapeurs toxiques pénètrent dans l’habitacle, par l’intermédiaire d’une valve ouverte auparavant pour laisser passer de l’air frais. Stafford reconnaît l’odeur et arrête aussitôt le fonctionnement des moteurs. Le gaz irrite les yeux des astronautes et provoque des quintes de toux.

Devant cette situation, Stafford préfère actionner le déploiement des parachutes principaux plus tôt que prévu, au cas où ils perdraient connaissance et que le système d’ouverture automatique tombe en panne. Une fois la cabine posée, il distribue les masques à oxygène, mais Brand s’évanouit en raison du mauvais ajustement de son appareil. Stafford le remet correctement en place et lui donne davantage d’oxygène pour qu’il revienne à lui. Incommodés, les trois astronautes ne peuvent pas participer aux festivités sur le porte-avions de récupération. Ils reçoivent des piqûres de cortisone qui font cesser la toux et améliorent leur respiration. Ils sont hospitalisés plusieurs jours pour des examens qui révèlent chez Slayton une lésion à un poumon qui va, heureusement, disparaître ultérieurement.

Après la fin mouvementée de son dernier vol spatial, Stafford quitte la Nasa en novembre 1975, pour prendre le commandement du Centre d’essais en vol des nouveaux chasseurs de l'Armée de l'Air, à Edwards. Promu Lieutenant-général, il rejoint en avril 1978 le Pentagone afin d’occuper le poste de Directeur-adjoint du Bureau de la recherche et du développement. Il s'implique fortement pour la mise en service de l’avion furtif F-117A (B-2), mais il s’intéresse aussi aux avions d'entraînement étrangers. Ainsi, en juin 1979, Stafford se rend au 33° Salon du Bourget pendant lequel il effectue un vol sur l’Alpha Jet avec Jean-Marie Saget, chef-pilote d’essai. Lors de son tour d'Europe, il va évaluer aussi les performances du Fouga 90.

A Washington, il doit participer régulièrement aux réceptions mondaines avec Faye, son épouse, qui ne peut plus supporter de vivre dans ce milieu très éloigné de la vie de province qu’elle apprécie. Stafford décide alors de démissionner de l’Armée de l’Air en novembre 1979 et il retourne dans son cher Oklahoma pour prendre la vice-présidence de l’American Farm Line, une grande compagnie de chemins de fer. Par la suite, il crée la Technical Consulting Firm of Stafford, Burke and Hecker. Il devient également Directeur de NL Industries Inc international supplier of petroleum services and equipment et Directeur d’Allied Corp Gulfstream Aerospace Corp and KMS Industries Inc. Il va entrer dans le conseil d’administration de sociétés : la Mega-Louis Brandt et Frères S.A (Suisse), la Bendix Corp et la Gibraltar Exploration. Stafford reste cependant très attaché au programme spatial. C'est pourquoi, il accepte toutes les demandes de collaboration qui lui sont faites. 

En 1980, il est choisi comme Conseiller de l’Espace du Président Reagan qui lance en janvier 1984, le programme de station orbitale Freedom, baptisé Alpha par la suite, puis ISS. En 1987, il fait partie du Conseil national de la recherche à l’Académie des sciences, chargé de mener des réflexions sur l’utilisation de la station. En 1990, Stafford est désigné Président du groupe de synthèse pour l’étude des futurs programmes lunaire et martien. Il participe aussi à la préparation des missions de la Navette pour la réparation du télescope Hubble. En 1994, il dirige le groupe de travail du programme Shuttle-Mir qui fait suite à son vol Apollo-Soyouz de 1975. A neuf reprises, entre 1995 et 1998, les navettes américaines vont s’amarrer à la station russe Mir, avant l’occupation permanente de la station internationale ISS par des équipages russo-américain, depuis novembre 2000. Après la fin tragique des astronautes de Columbia en février 2003, Stafford co-préside le groupe de travail pour le retour en vol de la Navette.

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Le 14° cosmonaute, Boris V. Volynov, est né le 18 décembre 1934 à Irkoutsk (Terre) que l’écrivain Tchekhov adorait et que Jules Verne décrit dans son roman Michel Strogoff. Au décès de son père, Boris part habiter Prokopievsk où il termine ses études secondaires avant d’obtenir son brevet de pilote. Il suit alors une formation à l’école de l’armée de l’air de Volgograd qu’il termine en 1955, diplômé en aéronautique. Il sert ensuite dans différentes unités aériennes comme pilote de chasse, puis il se porte volontaire pour flirter avec les étoiles.

En mars 1960, Volynov est admis à l’âge de 26 ans dans le 1er groupe des vingt cosmonautes. Son physique va l’empêcher de s’entraîner dans le premier et exigu simulateur de vol du Vostok. Ses épaules trop larges gênent le mouvement de ses bras pour atteindre les diverses commandes et interrupteurs !

Nommé doublure de Bykovsky pour le vol Vostok 5 de juin 1963, il espère être retenu sur une des missions Vostok 7 à 10. En février 1964, il est déçu d’apprendre qu’elles sont supprimées. Les vaisseaux vont être transformés pour le programme Voskhod. Cinq mois après, Volynov apprend avec satisfaction que Kamanine, le Directeur des équipages, l’a sélectionné en tant que commandant du premier vol triplace Voskhod d’octobre 1964. Son contentement ne dure que soixante jours, car Korolev, le Chef du programme spatial, va exiger qu’il permute avec sa doublure Komarov.

En mars 1965, il reprend espoir. Il est pressenti par Kamanine pour prendre le commandement de Voskhod 3. Roudenko qui coiffe l’entraînement des cosmonautes, préfère Beregovoï, mais il n’obtient pas gain de cause auprès de Korolev. Au cours de cette mission prévue en 1966, Volynov doit battre deux records. Celui de la durée : 20 jours comparés aux 13 jours de la Gemini 7 américaine et celui de l’orbite la plus haute avec un apogée de 900 km. Son rêve ne va pas se réaliser à cause du décès de Korolev en janvier 1966 et de l’arrivée de son successeur Michine qui annule en mai 1966 les vols Voskhod 3 à 6 qui, d’après lui, présentent des risques et vont retarder le programme Soyouz.

Quatre mois après, Volynov est assigné sur le projet de survol lunaire L1, en tant que commandant d’un des équipages. Après le retour tragique de Komarov à bord de Soyouz 1 en avril 1967, il est affecté comme doublure de Beregovoï, pilote du prochain vol habité Soyouz 3. La Commission d’Etat s’oppose à cette nomination et il est remplacé par Chatalov. Il semble que Volynov ait été victime d’antisémitisme de la part de certains membres (Sa mère est Juive). Cela ne l’empêche pas de poursuivre son entraînement et ses études à l’Académie des ingénieurs de l’armée de l’air Joukovski qui lui décerne son diplôme en 1968.

Du 15 au 18 janvier 1969, Volynov effectue à bord de Soyouz 5 (6,58 tonnes/6,98 mètres), son 1er vol de 3 j 0 h 54, en compagnie de Khrounov et d’Elisseev à l'aller et seul au retour.

 

Le lendemain, son vaisseau qui simule le module lunaire LK autour de la Lune après son  décollage, sert de cible d’accostage au Soyouz 4 représentant le module orbital LOK. Pour la première fois a lieu l’amarrage de deux engins habités et Volynov dit au revoir à ses deux compagnons qui sortent dans l’Espace pendant 37 mn pour rejoindre Chatalov dans Soyouz 4. Cette opération est une répétition, par deux fois, du déplacement par l'extérieur du piéton lunaire dans le LOK. Après une jonction de 4 h 33, les cosmonautes de Soyouz 4 se séparent du Soyouz 5 pour redescendre sans encombre sur Terre, mais pour Volynov, son retour va se transformer en cauchemar.

volynov-soyouz-5-bis.jpgAprès la mise à feu des rétrofusées, il constate avec inquiétude que le module de propulsion ne s’est pas détaché de la cabine. Au lieu du bouclier thermique, c’est l’avant de la capsule insuffisamment protégée qui commence à supporter l’échauffement de la rentrée dans l’atmosphère. Tiré vers l’avant, mais retenu par les sangles de son siège, Volynov est soumis à une décélération dans le sens ventre-dos, moins tolérée que dans le sens habituel dos-ventre. Une odeur de brûlé, provenant du caoutchouc qui ceinture l’écoutille supérieure, pénètre dans la cabine. Il est persuadé alors que ses chances de survie sont nulles. Avec un sang-froid peu commun, Volynov pense aux contrôleurs de vol qui voudront connaître le déroulement de la mission et les circonstances de sa mort. Espérant que la capsule sera récupérée, il détache ses notes du carnet de bord, les enroule d’une manière serrée et les coince sous son siège.

Puis, il enregistre ses observations sur un magnétophone de poche qu’il glisse dans une armature d’acier. De suite après, les réservoirs du module de propulsion explosent et secouent violemment la cabine. Volynov pense que la fin est proche, d’autant plus que la température monte à l’intérieur de l’habitacle. Et le miracle intervient ! Sous l’effet de la déflagration et au contact des gaz chauds, les attaches qui relient la capsule et le module, cèdent. Libérée, la cabine prend alors la position la plus aérodynamique. Elle pivote et présente son élément le plus lourd – son bouclier thermique – face à la trajectoire de vol, pour absorber et vaporiser la chaleur due à la compression de l’air. Volynov est soulagé, mais la terrible épreuve n’est pas terminée.

A une altitude de 10 km, les suspentes du parachute principal s’entrelacent. Volynov se doute de ce qui se passe, car il relève une vitesse d’approche trop élevée. Il croit qu’il va finir comme le malheureux Komarov. Et de nouveau, le miracle a lieu. Les suspentes se dénouent, mais le Soyouz va cependant toucher le sol très vite avec douze minutes d’avance et malgré la mise à feu des moteurs de freinage. Voynov est alors projeté hors de son siège dont les sangles se sont détachées. Sa tête heurte la paroi de la capsule. Il ressent une douleur intense dans la mâchoire supérieure et du sang remplit sa bouche. Il vient de se casser plusieurs dents !

Sonné comme un boxeur, il arrive à sortir de la cabine qui vient de se poser à 600 km du point prévu, dans un endroit où il fait - 36° C. Il regarde autour de lui et il aperçoit au loin, une mince colonne de fumée. Il se dirige vers elle et, après avoir marché longtemps, il trouve refuge dans la cabane d’un agriculteur. Arrivée plus tard sur les lieux de l’atterrissage, l’équipe de récupération a la surprise de constater l’absence de Volynov dans le Soyouz. Les traces de ses pas et les taches de sang dans la neige, permettent de le retrouver et de l’amener à l’hôpital le plus proche.

Rétabli, Volynov accueille le 5 juillet 1969 à la Cité des Etoiles, Borman avec qui il échange sa montre, en se souvenant de cette nuit du 24 décembre 1968 où il leva les yeux vers la Lune autour de laquelle tournait l’astronaute américain à bord d’Apollo 8. En 1970, il est nommé responsable de la sélection des douze nouveaux cosmonautes, alors qu’il se prépare à participer au programme de stations militaires Almaz appelées Saliout 2, 3 et 5. Il est tout d’abord désigné doublure du commandant de la première occupation de Saliout 2, mais la station d’espionnage mise en orbite le 3 avril 1973, se désintègre à la fin du mois après une perte de contrôle et sans avoir été occupée.

Après le lancement de Saliout 3, Volynov est nommé remplaçant éventuel de Popovitch pour la mission Soyouz 14 de juillet 1974 et de Sarafanov pour celle de Soyouz 15 d’août 1974, avant de partir sur Soyouz 16. Mais sa mission est annulée après l’échec du rendez-vous de Soyouz 15 avec la station. En attendant son affectation comme commandant du 1er vol vers la future Saliout 5, il s’occupe de la formation de Djanibekov et de Romanenko, équipage de support de Soyouz 19, pour la mission américano-soviétique Apollo-Soyouz de juillet 1975.

Du 6 juillet au 24 août 1976, Volynov accomplit son 2° et dernier vol de 49 j 6 h 23 avec Jolobov à bord de Soyouz 21 (6,55 tonnes/6,98 mètres) et de Saliout 5 (18,50 tonnes/11 mètres) lancée le 22 juin précédent. Le système Igla de rendez-vous automatique qui met en marche les moteurs du vaisseau, fonctionne mal à 350 m de la station. La vitesse s’accélère de deux mètres par seconde et Volynov demande aux contrôleurs de vol l’autorisation de prendre les commandes. Ordre lui est donné d’attendre l’analyse de la situation.

Arrivé à 70 m de Saliout 5, il craint de rater sa cible comme le Soyouz 15. Sans attendre les instructions, il décide de piloter manuellement le vaisseau et il parvient à diminuer sa vitesse. Avec adresse, il procède à l’amarrage qui va se révéler un peu rude. Les deux cosmonautes pénètrent dans la station pour une durée de 54 à 66 jours, consacrée à des observations scientifiques, à des expériences biologiques et métallurgiques, mais surtout à une mission d’espionnage. Pour réaliser le lourd programme, ils vont travailler jusqu’à seize heures par jour, sans avoir le temps d’effectuer régulièrement la gymnastique quotidienne. Ils n’arrivent pas à reprendre des forces, car ils ne dorment que quatre heures de temps le plus souvent.

Le 17 août, ils passent deux heures à remettre en marche les systèmes de survie et le contrôle d’attitude de Saliout 5, tombés en panne. A partir de cette date, une grande fatigue gagne les deux cosmonautes. Jolobov souffre en plus de problèmes psychologiques causés par l’isolement prolongé, malgré le soutien moral de Volynov. Puis, une odeur acre difficilement supportable se répand dans la station et ils ne trouvent pas son origine. Le 23 août, les responsables décident d’interrompre le vol et ordonnent le retour dans les vingt-quatre heures.

Au moment de la séparation, les loquets d’amarrage ne s’ouvrent pas et le Soyouz reste accroché à la station. Une deuxième tentative échoue et Volynov doit attendre une orbite supplémentaire de 90 mn avant d’essayer à nouveau et de réussir la manœuvre d’éloignement. Il va alors revivre un atterrissage de nuit tout aussi difficile que lors de son précédent retour de jour. En raison de bourrasques de vent, la poussée des gaz des quatre moteurs d’atterrissage est inégale et le Soyouz se pose brutalement, puis rebondit avant de se coucher. Durement secoués et faibles après un séjour de 50 jours sans exercices physiques suffisants, Volynov et Jolobov sortent péniblement de la cabine, en attendant l’équipe de récupération qui arrive quarante minutes plus tard.

Après sa mission éprouvante, Volynov devient un des meilleurs entraîneurs pour les cosmonautes qui vont séjourner à bord des stations civiles Saliout 6 et 7, puis Mir. Son activité va consister, également, à faire régner la discipline, surtout parmi les apprentis cosmonautes qui découvrent ce nouveau métier. Il est obligé de se comporter comme un surveillant général de lycée chargé du respect des consignes par les élèves, une tâche bien difficile. Jean-Loup Chrétien et Patrick Baudry, arrivés à la Cité des étoiles en septembre 1980 pour s'entraîner, vont le constater à plusieurs reprises.

Volynov poursuit en parallèle ses études et il obtient en 1980, un diplôme en sciences techniques. Deux ans plus tard, il est désigné commandant du détachement des pilotes-cosmonautes. En 1986, il perd une occasion de repartir pour la dernière expédition vers Saliout 7 après celle de Soyouz TM15, car la station va être remplacée définitivement par Mir. En 1988, il occupe le poste de Chef des ressources humaines à la Cité des Etoiles.

C’est en mars 1990 que Volynov quitte à 56 ans le programme spatial pour se consacrer à la fois aux sports en occupant notamment les fonctions de président de la Fédération soviétique de tennis et aux affaires publiques, après sa nomination comme vice-président des coopérations de Russie.

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armstrong-e.jpgLe 14° astronaute, Neil A. Armstrong, est né le 5 août 1930 à Wapakoneta (Terre) dans la ferme de ses grands-parents maternels, située à dix kilomètres de la ville qui, d’après la légende, a été bâtie par le chef indien Wapa et la princesse Koneta. L'amour pour l’aviation doit commencer à cheminer de bonne heure dans les pensées du jeune Neil. A l’âge de deux ans, son père l’amène voir les courses nationales aériennes de Cleveland et, à sa sixième année, il monte avec lui dans un trimoteur Ford pour son baptême de l’air.

A partir de neuf ans, tout son argent de poche sert à l’achat de revues spécialisées et de modèles réduits à élastique. En 1944, sa famille revient définitivement à Wapakoneta après que son père, vérificateur de comptes pour l’Etat de l’Ohio, ait terminé ses déplacements. Neil entre à l’orchestre municipal, puis à celui de son collège, pour jouer du trombone. Par contre, il n’aime pas le sport et ses camarades ne sont plus surpris lorsqu’il les abandonne au début d’une partie de foot ou de base-ball, pour courir à la bibliothèque ou retourner chez lui afin de se plonger dans le monde de l’aviation, par la lecture de magazines et l’assemblage de maquettes.

Les enseignants considèrent Neil comme un élève sérieux, très bon en mathématiques et un peu rêveur. Il veut faire carrière dans l’aéronautique et, comme sujet de travaux pratiques suivis par son professeur de physique, il choisit d’aménager, dans la cave de sa maison, une soufflerie pour étudier les mouvements d’air sur un modèle réduit d'avion, comme le font les constructeurs qui veulent connaître le comportement des aéronefs aux grandes vitesses. C’est le métier que Neil veut faire plus tard. Les essais secouent la maison, mais la colère des parents va disparaître lorsqu’il leur montre l’excellente note obtenue en physique.

Pour préparer son avenir, il veut commencer à prendre des leçons de pilotage à l’âge de 15 ans. Elles coûtent très cher. Alors, il va travailler le matin avant d’aller au collège, en fin d’après-midi après ses cours et le samedi. Dans la pharmacie, il passe le balai et transporte des cartons de médicaments. Dans l’épicerie et dans la quincaillerie, il remplit les rayonnages. Dans la boulangerie, il fait des beignets et nettoie le pétrin. Au cimetière, il tond le gazon. Avec ses économies dans les poches, Neil enfourche sa bicyclette et pédale sur cinq kilomètres pour se rendre à l’aéroclub où son moniteur l’attend à bord d’un Aeronca Champion. Son premier vol réalisé, il rassure sa mère et lui fait partager son bonheur : " Maman, là-haut, tout est pur ! ". Le jour de ses seize ans, il s’offre un merveilleux cadeau d’anniversaire : son brevet de pilote, bien avant son permis de conduire.

L’année suivante, Neil termine ses études secondaires et il souhaite s’engager dans la branche aéronautique. Mais le côté financier est une barrière qui semble infranchissable. Heureusement, l’Aéronavale est en train de constituer un contingent de réservistes au lendemain de la seconde guerre mondiale. Elle offre aux jeunes étudiants deux ans d’université, trois ans comme pilote militaire et deux années complémentaires d’université. Neil est très intéressé. Il réussit les tests d’admission et reçoit une bourse d’études. Trop jeune pour entrer à l’Institut de Technologie du Massachusetts, il est admis à 17 ans à l’Université de Purdue, afin de suivre des cours d’ingénieur en aéronautique.

En 1949, il débute son entraînement de pilote de chasse à Pensacola puis, de la mi-51 au printemps 52, il participe à la guerre de Corée. Les troupes nord-coréennes et chinoises ont, en effet, envahi la Corée du sud, mais elles vont être repoussées par les unités américaines et celles de l’Onu, grâce à l’appui des forces aériennes. Armstrong est affecté à l’escadrille 51 du porte-avions USS Essex stationné au large de la côte est de la Corée du nord, dans une zone où il n’y a pas de combats aériens. Les 78 missions à basse altitude qu’il effectue sur des F9F-2 consistent à attaquer des ponts, des voies ferrées et des installations militaires. Il lui arrive de revenir avec son appareil criblé par les projectiles tirés par les canons de la DCA. A l’automne 52, il retourne à l’Université de Purdue et termine ses études en janvier 1955, avec une licence en aéronautique.

Armstrong adresse alors sa candidature au High-Speed Flight Station de la Naca à Edwards, pour effectuer des vols à haute altitude et à grande vitesse. Comme il n’y a pas de place disponible, son dossier est transmis à un autre centre de la Naca, le Lewis Flight Propulsion Laboratory à Cleveland qui lui propose un poste de pilote de recherche. Il va travailler sur le vol libre à bord de planeurs, sur le dégivrage des avions aux commandes des C-47, R-4D, DC-3 par très mauvais temps et sur les hautes températures en poussant le F-82 au maximun de ses possibilités.

armstrong-X-15.jpgPuis, un jour de l’été 1955, le Centre d’Edwards contacte Armstrong pour lui demander s’il veut toujours le rejoindre. Il accepte avec enthousiasme et il y reste sept ans. Il va tout d’abord occuper la fonction de chercheur scientifique sur l’aérodynamique, puis celle de pilote d’essai sur des avions à hautes performances : le F-100A, le F-100C, le F-101, le F-104A, le F-105 et le F-106. Comme pilote du B-29 et du B-52, il largue l'avion-fusée X-1 et X-15 accroché sous une aile, avant de prendre place à son tour dans l’étroit habitacle de ces engins. D’août 1957 à janvier 1958, il effectue 4 vols sur le X-1B pour monter jusqu’à 16,77 km d’altitude.

En juin 1958, Armstrong fait partie de l’équipe du programme " Man-In-Space-Soonest "qui a pour objectif de réaliser des vols suborbitaux et orbitaux avec le Dyna-Soar (X-20), lancé par des fusées Titan 1, 2 et 3. Les manœuvres de retour de cet avion spatial sont simulées par Armstrong sur le F-102A et le F5D. En novembre 1958, quand la toute récente Nasa approuve le projet Mercury, les pilotes d’essai d'Edwards jugent absurde de placer une capsule au sommet d’une fusée et ridicule de la récupérer en mer. Pour l’agence de l’Espace, c’est le moyen le plus rapide pour devancer les Soviétiques dans la course au premier homme dans le Cosmos. Pour ceux du X-1 et du X-15, la meilleure solution, c’est le véhicule muni d’ailes. Armstrong et ses collègues considèrent "les gens de Mercury comme des intrus incompétents qui viennent se mêler de leur business".

armstrong-x15.jpgEn janvier 1959, il ne répond pas à l'invitation de la Nasa pour devenir astronaute "parce que dans un avion" il a "la possibilité de contrôler la machine, comme un peintre son pinceau ". Le 30 novembre 1960, il réalise son premier vol sur le fameux X-15 de 14,50 mètres de long et d’une masse de 13,60 tonnes, propulsé par un moteur-fusée, qui va être suivi de trois autres vols. 
Après le lancement et la récupération de John Glenn à bord d'une Mercury en février 1962, Armstrong effectue un 5° vol sur le X-15 et il répond, cette fois-ci, à l’annonce faite par la NASA, le 18 avril 1962, en vue du recrutement de nouveaux astronautes, car le programme Dyna-Soar est sur le point d’être abandonné. Deux jours après, sur le X-15, il atteint son altitude record de 63,25 km lors de son 6° vol et le 26 juillet, sa vitesse record de 6.418 km/h est enregistrée au cours du dernier vol. " Sept fois seulement, mais quelle sensation ! " pour Armstrong. Au cours d’un vol, le moteur refuse de s’allumer et le X-15 tombe comme une pierre, mais il ne s’éjecte pas et il réussit à faire partir le moteur. Les résultats des essais, conduits dans le cadre des programmes X-1 et X-15, vont permettre de concevoir, plus tard, la Navette.
armstrong-64.jpgEn septembre 1962, Armstrong est admis dans la 2ème équipe des neuf astronautes, à l’âge de 32 ans. Discret et modeste, il s’exprime avec peu de mots et il reste souvent silencieux. Il aime bricoler, écouter de la musique classique et jouer du piano, du saxophone et de la contrebasse. Il pratique la pêche et le vol à voile sur des planeurs. " C’est un sport tranquille " dit-il. "Vous êtes loin de tout. Vous êtes seul ". Ses collègues voient rarement Armstrong dans le gymnase. " Je pense réellement que tout être humain dispose d’un nombre fini de battements de coeur et je n’ai pas l’intention de gaspiller les miens à courir ou à faire de la gymnastique " affirme-t-il.

En février 1965, il est désigné comme doublure de Cooper pour la mission Gemini 5 d’août 1965. Le mois suivant, il est nommé commandant de Gemini 8 dont l’expérience doit durer 3 jours, avec deux amarrages, des manoeuvres et une longue sortie spatiale de son coéquipier.

armstrong-b.jpgLe 16 mars 1966, Armstrong, en compagnie de Scott, effectue son 1er vol de 10 h 41 mn autour de la Terre, à bord de Gemini 8 (3,78 tonnes/5,74 mètres). Simulant l’étage de remontée du module lunaire, la cabine pilotée par Armstrong accoste l’étage-fusée Agena 8, représentant Apollo en orbite autour de la Lune. Pour la première fois, un vaisseau habité s’amarre à un autre véhicule. Vingt-sept minutes plus tard, les astronautes s’apprêtent à mettre en marche le moteur de l’Agena pour accéder à une orbite plus élevée. Soudain, l’attelage se met à pivoter de plus en plus vite. Les astronautes craignent que le violent mouvement de toupie ne brise l’assemblage. Ils pensent qu’il est causé par un mauvais fonctionnement du système de contrôle d’attitude de l’étage-fusée. Ils l’arrêtent et Armstrong allume les moteurs de manœuvre de la Gemini pour freiner la rotation, se détacher au moment où elle diminue et s’éloigner afin d’éviter une collision avec l’Agena.

Mais, après la séparation, le tournoiement continue et s’accélère davantage avec la masse de l’étage-fusée en moins. Les deux hommes constatent alors que les ennuis proviennent de la Gemini. C’est un des seize moteurs de manœuvre qui éjecte ses gaz en permanence à cause d’un court-circuit. Le vaisseau effectue des tonneaux en raison d’un tour par seconde.armstrong-gemini-8.jpg

Les astronautes ne peuvent plus lire les cadrans et ils sont si secoués qu’ils redoutent un évanouissement et une dislocation de la Gemini. Le pouls d’Armstrong s’élève à 150 pulsations par minute, mais il prend la bonne décision. Il coupe le système des moteurs de manœuvre (OAMS) et allume les moteurs verniers (RCS) situés sur le nez du vaisseau, dans l’espoir d’enrayer le mouvement de toupie.

Armstrong informe le sol d’une voix calme, mais saccadée : " Je ne peux pas arrêter cette damnée machine…nous culbutons tant que nous pouvons…nous avons de la peine à contrôler la situation ". Finalement, il réussit à ralentir, puis à stopper la rotation qui a mis à rude épreuve leur organisme arrivé à la limite du supportable. Après le quasi-épuisement du propergol des OAMS et le début de la consommation du carburant des RCS réservé pour le contrôle de la rentrée dans l’atmosphère, les consignes de sécurité exigent un retour d’urgence sur Terre. Armstrong dit alors à Scott, avec un regard compatissant pour son coéquipier qui devait effectuer une sortie spatiale : " Désolé, partenaire ! ".

armstrong-avant.jpgAprès sa mission écourtée, Armstrong est nommé doublure de Conrad pour le vol Gemini 11 de septembre 1966 puis, en décembre 1967, il est désigné comme éventuel remplaçant de Borman qui doit piloter le 2ème module lunaire d’Apollo 9 sur une orbite terrestre à l’apogée de 6 500 km. Dans le cadre de sa préparation, il est amené à utiliser le véhicule d’entraînement à l’atterrissage lunaire (LLTV). Le 6 mai 1968, l’engin se cabre à une altitude de 60 mètres et il a juste le temps d’actionner son siège éjectable, avant que le véhicule ne se retourne et s'écrase. La Nasa veut suspendre l’usage du LLTV, jugé trop dangereux. Armstrong et ses collègues persuadent l’Administration de l’Espace d’apporter les modifications nécessaires, car c’est le seul engin qui permette une simulation réelle des conditions d’atterrissage du module lunaire (LM).

Mais il apparaît que le LM ne pourra pas effectuer son 1er vol à la fin de l’année 1968, lors de la mission Apollo 8 commandée par McDivitt. La Nasa décide alors, en août 1968, de permuter les équipages pour ne pas laisser passer le créneau de lancement. L’équipage de Borman d’Apollo 9, avec Armstrong comme doublure, est transféré sur Apollo 8 pour le premier vol, prévu fin 1968, d’une cabine Apollo autour de la Lune que les Soviétiques veulent survoler. Un équipage de réserve devenant l’équipage principal du 3° vol suivant, Armstrong doit donc être nommé commandant d’Apollo 11, mais personne ne sait, en cet été 1968, que ce sera la mission historique. On l'envisage plutôt pour Apollo 12 ou 13.

Après les succès des vols des cabines Apollo 7 autour de la Terre en octobre 1968 et Apollo 8 autour de la Lune en décembre 1968, Slayton, le Directeur des équipages désigne, le 6 janvier 1969, Armstrong, Aldrin et Collins, membres d’Apollo 11, pour la première tentative d’atterrissage sur la Lune. Les réussites des vols des modules lunaires d’Apollo 9 autour de la Terre en mars 1969 et d’Apollo 10 autour de la Lune en mai 1969, confortent Armstrong sur le bon déroulement de sa prochaine expédition. 

Du 16 au 24 juillet 1969, Armstrong réalise sa 2ème et dernière mission de 8 j 3 h 18 mn à bord d’Apollo 11 (43,81 tonnes/18,12 mètres) en compagnie d’Aldrin et de Collins. Lorsque notre satellite situé à 370 000 km de la Terre apparaît dans le hublot, Armstrong éprouve un sentiment de sérénité : " La Lune semblait, pour nous accueillir, montrer sa rondeur, sa ressemblance avec notre Terre. Je me sentis certain, à cet instant, qu’elle serait hospitalière. Depuis une éternité, elle attendait son premier visiteur ".

Après la mise en orbite, le module lunaire Eagle de 15,09 tonnes et de 6,98 mètres, avec Armstrong et Aldrin à bord, se détache de la cabine Apollo occupée par Collins. Armstrong annonce : " L’aigle a des ailes ! ". Elles vont battre pendant une descente qui dure 2 h 33 mn. A 9 km d’altitude et pendant 4 minutes, un signal d’alarme clignote à cinq reprises, indiquant un problème avec l’ordinateur. L’ingénieur Bales rassure très vite les deux astronautes. La mémoire de l’ordinateur est surchargée de données, mais une partie va être transférée sur un ordinateur à Terre, pour éviter une interruption de la mission.

A 300 mètres, les deux hommes se rendent compte que le système automatique de pilotage dirige le module lunaire (LM) vers un cratère grand comme un terrain de foot, parsemé de rochers aussi gros que des voitures. Armstrong prend alors, plus tôt que prévu, la commande manuelle d’attitude du LM et la commande semi-automatique du moteur de descente. Il passe au-dessus de la zone accidentée, aidé par Aldrin à la recherche d’un meilleur endroit. Il en repère quatre, les examine, change d’avis trois fois et fait atterrir le LM dans un nuage de poussières. Il ne restait que 40 secondes de carburant dans l’étage de descente. Avec un pouls qui bat à 156 pulsations par minute, Armstrong signale alors d’une voix émue : " Houston. Ici la base de la Tranquillité. L’Aigle s’est posé ". Pour la première fois, des hommes sont sur la Lune. Les astronautes sont " remplis de joie ". Nous aussi, pour avoir eu la chance de vivre ce que les autres générations ont rêvé.

Ils sont tellement impatients de sortir du LM qu’ils renoncent au repos prévu. Ce 21 juillet 1969, Armstrong descend l’échelle et, avec le talon de sa botte gauche, il caresse le visage de Madame Lune. Comme la dame semble apprécier, il la pose alors avec douceur et déclare : " C’est un petit pas pour un homme, un grand bond pour l’humanité ". Une partie de cette humanité vous regarde et vous remercie pour ce moment de bonheur que vous lui donnez. Armstrong vient de rentrer dans le Grand Livre de l’Histoire. 
Cet instant est vécu intensément par une adolescente de douze ans prénommée Claudie et qui, vingt-sept ans plus tard, prendra la route des étoiles pour devenir la 1ère Française dans l'Espace. Elle portera le nom d'André-Deshays, puis celui de Haigneré après son mariage avec Jean-Pierre, son collègue spationaute. Elle suivra les traces du 1er Français : Jean-Loup Chrétien.

Aldrin rejoint le premier piéton lunaire et installe l’appareillage scientifique Easep, puis les deux hommes finissent de ramasser les 21 kg d’échantillons qui seront étudiés par des géologues et des physiciens dont le Français Michel Maurette. Armstrong avoue : " Nous nous sentons comme des gamins dans une confiserie ". Ils déposent cinq médailles frappées en hommage aux astronautes américains Grissom, White et Chaffee et aux cosmonautes soviétiques Gagarine et Komarov. Von Braun, le créateur de la fusée géante lunaire Saturn V tire la leçon de cette prouesse : " La possibilité par l’homme de marcher et de vivre sur d’autres mondes, assure virtuellement l’immortalité de l’humanité ". Armstrong et Aldrin réintègrent le LM après une sortie de 2 h 31 mn et un trajet de 926 mètres.

Le séjour de 21 h 36 mn terminé, ils décollent à bord de l’étage de remontée du LM pour retrouver Collins dans la cabine Apollo. Les trois astronautes quittent l’orbite lunaire sur laquelle le vaisseau est resté pendant 2 j 11 h 30 mn. Sur le chemin de la rentrée et lors d’une émission télévisée dans la cabine baptisée Columbia en raison du symbole national et en l’honneur de Jules Verne, Armstrong rappelle la prédiction de l’écrivain français : " Il y a cent ans, Jules Verne a écrit un livre décrivant le voyage vers la Lune. Son vaisseau spatial, la Columbiad, partit de Floride et amerrit dans le Pacifique après être allé jusqu’à la Lune ". A leur arrivée, ils lisent un télégramme particulier : " Nous, cosmonautes soviétiques, avons suivi votre vol avec attention et une grande émotion. Nous vous félicitons de toute notre âme pour le succès de votre remarquable expédition sur la Lune et votre retour réussi sur la Terre ".

armstrong-apres.jpgCommence alors pour les vainqueurs de la Lune, une tournée épuisante autour du monde avec vingt mille kilomètres parcourus, de nombreuses réceptions, des discours et des inaugurations. Le 8 octobre 1969, la France honore Armstrong, Aldrin et Collins. Le matin, le Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas leur remet l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur. L’après-midi, c’est au tour du Président Georges Pompidou de les accueillir puis, à l’hôtel de ville de Paris, ils rencontrent le pilote d’essai du 1er Concorde, André Turcat, la 1ère pilote d’essai, Jacqueline Auriol et le Commandant Cousteau. Le soir, ils se trouvent au Palais de Chaillot où ils écoutent l’éloge remarquable de l’académicien Maurice Druon : " Le carburant de votre fusée, c’est tout l’effort de l’espèce humaine depuis la fin de la période glaciaire…L’homme ne vit pas seulement de pain. Il lui faut aussi une relation avec le divin, avec l’infini... Il lui faut à la fois du pain et des étoiles ".
Le lendemain, Armstrong s’émerveille devant la maquette grandeur nature du Concorde exposée à l’aéroport d’Orly : " Quand un avion est réussi sur le plan esthétique et c’est le cas de Concorde, il est bien rare qu’il ne soit pas réellement une réussite sur le plan technique ". A défaut de prendre les commandes de ce bel oiseau blanc, il a l'occasion, plus tard, de copiloter un Airbus au-dessus des Pyrénées. Son compagnon est Patrick Baudry, le second spationaute français après Jean-Loup Chrétien, mais le premier à prendre place à bord d'une Navette américaine, Discovery.
Après son tour de la planète, Armstrong suit des cours à l’Université de Californie du Sud et il obtient en 1970 une maîtrise en aérospatiale. En avril 1970, il représente le Corps des Astronautes dans la commission d’enquête sur l’accident d’Apollo 13 et deux mois après, il est reçu chaleureusement dans la Cité des Etoiles près de Moscou. Après avoir serré dans ses bras les veuves de Gagarine et de Komarov, il leur remet une reproduction des médailles à l'effigie de leur mari, déposées sur le sol lunaire. Il termine la visite du bureau de Gagarine en écrivant dans le livre d'or cette phrase : "Il nous appelle tous dans l'Espace". 
En juillet 1970, Armstrong est nommé Administrateur Adjoint pour l’aéronautique au quartier général de la Nasa à Washington, chargé de la technologie et de la recherche avancée. Il va se faire l’avocat pour des avions à hautes performances, équipés de systèmes informatiques. Homme tranquille et réservé, il ne supporte plus le harcèlement de certains médias et il répond difficilement aux sollicitations trop fréquentes des parlementaires du Congrès. La célébrité lui pèse trop.
 
Armstrong quitte alors la Nasa en août 1971 pour accepter le poste que lui propose l’Université de Cincinnati dans l’Ohio, son Etat de naissance. Il devient professeur en technologie aérospatiale et il va transmettre avec plaisir ses connaissances aux jeunes étudiants qui l’apprécient beaucoup. Les 19 et 20 février 1979, Armstrong, toujours passionné par l’aviation, bat cinq records du monde sur l’avion à réaction à usage privé, le Learjet Modèle 28, construit par la société Gates Learjet Corporation dont il est un des directeurs.
armstrong-ferme.jpgEn juillet 1979, à l’occasion du dixième anniversaire de son débarquement lunaire, il retourne en France pour participer à l’émission de télévision " Les Dossiers de l’écran ". Par contre, il décline l'invitation de l’Elysée pour assister à la revue militaire du 14 juillet aux côtés du Président Giscard d’Estaing, à la tribune officielle. 
Après ses huit années de carrière dans l’enseignement, Armstrong va occuper, en parallèle ou successivement et sur une période de vingt ans, le poste de président du conseil d’administration ou de président-directeur général dans plusieurs entreprises ou sociétés : la Cardwell International, la Computing Technologies for Aviation, l’AIL Systems, l’USCX Corporation, l’United Airlines, la Cinergy Corp, la Cincinnati Milacrom, l’US Steel Corp., l’Eaton Corp., l’Ohio National Financial Services, le Cincinnati Museum of Natural History.
En 2000, il est nommé président de l’EDO Corporation, un fabricant de composants électroniques et mécaniques. Pour se changer les idées, Armstrong se rend régulièrement dans sa grande ferme d’élevage de gros bétail, près de Lebanon dans l’Ohio. Il n’oublie pas pour autant l’astronautique. En 1984, il fait partie de la Commission Nationale de l’Espace, chargée de fixer les objectifs des vingt-cinq prochaines années et, en 1986, il est nommé vice-président de la commission d’enquête sur l’accident tragique de la navette Challenger. En ce qui concerne son passé d’astronaute, Armstrong refuse de tirer profit de son nom et il donne rarement des interviews. Quand on lui demande comment sa vie a changé après son exploit, il répond en souriant : " Avant, j'avais moins de conférences de presse ".

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Le 15° cosmonaute, Alexei S. Elisseev, est né le 13 juillet 1934 à Jizdra (Terre) dans la région de Kalouga où vit Tsiolkovski, le génial fondateur de l’astronautique moderne. Cinq ans après sa naissance, Alexei va perdre son père qui s’oppose ouvertement à la politique stalinienne d’autorité et de contrainte. Il est arrêté et envoyé en prison pour "agitation anti-soviétique". Alexei grandit et sa mère va remarquer très vite les capacités intellectuelles de son enfant qui s’intéresse d’abord à l’aviation, puis à la cosmonautique. Il se plonge avec passion dans la lecture des ouvrages de Tsiolkovski, comme " L’Espace libre ", " L’exploration des espaces cosmiques par des engins à réaction", " Les trains de fusées cosmiques ".

Sa mère craint cependant que le nom de son mari (Kureytis) que son fils porte, soit une entrave pour son avenir qui se veut prometteur. A l’âge de 16 ans, Alexei va alors prendre le nom de famille de sa mère, Elisseev. Après avoir terminé ses études secondaires, il souhaite se consacrer aux sciences appliquées qu’il apprend à l’Institut polytechnique Bauman de Moscou. C’est à la fois un étudiant remarquable et un redoutable escrimeur qui, par deux fois, remporte le championnat des universités d’URSS.

En 1957, Elisseev quitte cet établissement avec une licence en sciences techniques et un diplôme d’ingénieur, pour rejoindre le Bureau d’études (OKB) de Korolev, le "Constructeur Principal" et le Chef du programme spatial, chargé de la conception des véhicules spatiaux habités Vostok, Voskhod et Soyouz. Après le vol de Gagarine le 12 avril 1961, il exprime son désir de devenir cosmonaute à Korolev qui l’encourage vivement, car il veut que des ingénieurs civils et des scientifiques embarquent, comme les pilotes militaires, à bord des vaisseaux.

La candidature d’Elisseev n’est malheureusement pas acceptée en juin 1964, mais il a la possibilité de s’initier aux techniques des sorties spatiales avec Leonov et sa doublure Khrounov, pour le vol Voskhod 2 de mars 1965. Deux ans plus tard, Michine, le successeur de Korolev, décédé en janvier 1966, décide de constituer un groupe de cosmonautes civils, sans l’accord du ministère de la Défense qui a la mainmise sur la sélection et l’entraînement des navigateurs de l’Espace.

En mai 1966, Elisseev est admis, à l’âge de 32 ans, dans l’équipe des huit cosmonautes-ingénieurs et il va être le premier à s’envoler. Courtois, mais peu causant, il aime peindre et jouer aux échecs. Il pratique l’escrime et le ski nautique. Il parle correctement le français qu’il a choisi alors qu’il était élève.

Michine va se heurter au puissant Kamanine, le Chef des équipages, en lui demandant de remplacer les pilotes de l'Armée des deux premières missions du Soyouz par les ingénieurs récemment recrutés et qui ont travaillé sur le vaisseau. De plus, il veut qu'Elisseev prenne le commandement de Soyouz 2. Kamanine juge cette proposition irréalisable, car le délai est trop court pour les former, avant les vols prévus en octobre 1966. Un accord partiel intervient en août 1966, parce que les missions sont reportées sur l'année suivante. Un seul ingénieur civil participera à un prochain vol. Il s'agit d’Elisseev qui est affecté sur Soyouz 2, avec Khrounov et le commandant Bykovsky. Il est prévu que la cabine s’amarre au Soyouz 1 occupé par Komarov qui recevra Elisseev et Khrounov, après leur sortie dans l’Espace.

Sitôt sa nomination rendue officielle, Elisseev voit ressurgir les heures sombres de son enfance. Les services de renseignements (KGB) informent les responsables spatiaux qu’il porte le nom de sa mère et que son père, Stanislas Kureytis, est un ancien condamné politique. Le général Kamanine ne voit aucune raison de l’exclure de l’équipage. Il n’est pas responsable des actes de son père qui remontent à près de trente ans. Il prie le KGB de lui donner rapidement son avis définitif pour ne pas retarder le vol. En attendant, on demande à Koubassov d’activer son entraînement pour remplacer éventuellement Elisseev. Quinze jours après, au début du mois de décembre 1966, le KGB se range à l’avis de Kamanine. Elisseev est soulagé. Il peut partir sur Soyouz 2 et il est, de plus, sélectionné comme copilote pour un des six futurs survols de la Lune (Programme L1).

Mais le 24 avril 1967, le tir de Soyouz 2 est annulé, suite aux précipitations qui tombent sur le cosmodrome et au mauvais comportement de Soyouz 1, lancé la veille avec Komarov, qui retourne en catastrophe sur Terre où il s’écrase, en raison de la défaillance du système de parachutes. Elisseev vient d’échapper à la mort, puisqu’il devait revenir dans Soyouz 1. Tout en poursuivant son entraînement, le cosmonaute continue ses études et il obtient en 1967, une maîtrise en sciences techniques. Nommé membre de l’équipage de Soyouz 5, il se prépare de nouveau à une répétition autour de la Terre, d’une phase de la mission d’atterrissage lunaire (Programme L3) qui aurait du avoir lieu en avril 1967.

 

Du 15 au 17 janvier 1969, Elisseev effectue à bord de Soyouz 5 (6,58 tonnes/6,98 mètres) et de Soyouz 4 (6,84 tonnes), son 1er vol de 1 j 23 h 45 mn, en compagnie de Khrounov et du commandant Volynov à l'aller, puis avec Khrounov et le commandant Chatalov au retour.

elisseev-soyouz-5.jpgLe lendemain, son vaisseau (représentant le module lunaire LK après son décollage de la Lune) sert de cible d’accostage au Soyouz 4 (le module orbital LOK) piloté par Chatalov lancé deux jours plus tôt. Pour la première fois a lieu l’amarrage de deux engins habités. Une autre première intervient : le transfert de cosmonautes d’une cabine à l’autre. Cette opération simule, à deux reprises, le passage par l’extérieur du piéton lunaire quittant le LK pour rejoindre le LOK.

Une fois l’écoutille du module orbital du Soyouz 5 ouverte, Elisseev sort dans le vide, après Khrounov. Grâce aux rails fixés sur les vaisseaux, le cosmonaute peut avancer plus facilement et exécuter des tâches, comme monter et démonter des mains-courantes et des projecteurs ou vérifier les moteurs d’attitude. Il rentre à la suite de Khrounov dans Soyouz 4, accueillis par Chatalov et clôturant la sortie de 37 mn. Après un amarrage de 4 h 33 mn, Soyouz 4 revient sur Terre. En changeant de vaisseau, Elisseev ne va pas subir le retour très mouvementé de Volynov dans Soyouz 5, le lendemain.

Compte tenu du succès américain d’Apollo 8 autour de la Lune en décembre 1968 (qui va mettre fin au programme soviétique L1 de survol de la Lune) et du possible atterrissage sur la Lune d’Apollo 11 en juillet 1969, les autorités spatiales et politiques de l’URSS veulent montrer qu’elles sont capables de réaliser une autre première spatiale : la mise en orbite d’une station orbitale, Saliout, dont la construction va s’accélérer. Elle doit être précédée par une opération spectaculaire. Trois vaisseaux vont être lancés successivement, avec l’amarrage de deux d’entre eux sous la surveillance du troisième et l'échange de cosmonautes, pour répéter la relève des équipages d’une station. Elisseev est associé à ces missions, comme doublure de Koubassov de Soyouz 6, de Volkov de Soyouz 7 et de Sevastianov de Soyouz 8.

En attendant ce triple vol, Elisseev se rend en juin 1969 au Salon du Bourget où il fait la connaissance de l’équipage d’Apollo 9, McDivitt, Scott et Schweikart. A son retour, le cosmonaute apprend avec satisfaction qu’il est désigné comme occupant d’un futur vaisseau lunaire L3, chargé d’attendre autour de la Lune, la remontée de son compagnon à bord du module lunaire. Pour préparer cette rencontre, Elisseev doit tester en novembre 1969 avec Khrounov, le nouveau système Kontakt de rendez-vous et d’amarrage qui doit équiper le navire lunaire. Cette mission est annulée après le deuxième échec du tir inhabité de la fusée géante lunaire N1 le 3 juillet 1969 et la réussite de l’atterrissage sur la Lune d’Apollo 11, le 20 juillet 1969. Elisseev pense alors qu’il ne partira pas une seconde fois cette année pour le Cosmos. Heureusement pour lui, il va être nommé membre de l’équipage de Soyouz 8, en remplacement de Sevastianov qui a échoué à son examen d’aptitude au vol, comme Nikolaïev dont Chatalov prend la place. C’est donc l’équipage des doublures qui va décoller.

Du 13 au 18 octobre 1969, Elisseev réalise à bord de Soyouz 8 (6,84 tonnes), son 2ème vol de 4 j 22 h 50 mn autour de la Terre, accompagné du commandant Chatalov avec qui il fait équipe une deuxième fois. Ils deviennent les premiers cosmonautes à effectuer une deuxième mission.

Soyouz 8 doit rejoindre le Soyouz 6 de Chonine et Koubassov parti le 11, ainsi que le Soyouz 7 de Filipchenko, Gorbatko et Volkov, lancé le 12.

ellisseev-soyouz-8.jpgPour la première fois, trois vaisseaux se trouvent en même temps dans l’Espace avec un nombre record de 7 cosmonautes. Mais le système Igla de rendez-vous automatique va tomber en panne et empêcher l’amarrage de Soyouz 8 avec Soyouz 7 qui ne peuvent s’approcher qu’à 500 mètres l’un de l’autre. Elisseev est déçu de ne pouvoir échanger sa place avec Volkov.

L’échec de la rencontre des Soyouz ne retarde pas cependant le déroulement du programme de station orbitale. Elisseev est sélectionné pour faire partie du premier équipage d’occupation de Saliout 1 (18,50 tonnes/15 mètres) lancée le 19 avril 1971, deux ans avant la station américaine Skylab.

Du 23 au 25 avril 1971, Elisseev accomplit sa 3ème et dernière mission d’1 j 23 h 45 mn sur Soyouz 10 (6,57 tonnes) autour de la Terre, avec Roukavichnikov et le commandant Chatalov (remplaçant de Chonine) qu’il retrouve une troisième fois. Elisseev et Chatalov sont ainsi les premiers cosmonautes à réaliser un troisième vol.

Le départ a lieu de nuit, pour la première fois dans l’histoire spatiale, mais le verrouillage entre la station et le vaisseau ne s’effectue pas correctement. Les amortisseurs de la sonde d'amarrage du Soyouz sont endommagés par la vitesse d’arrivée du vaisseau sur la pièce d’accostage de Saliout, causée par un trop long fonctionnement automatique des moteurs d’attitude. Après une jonction imparfaite de 5 h 30 mn, Elisseev revient d’urgence sur Terre avec ses compagnons, désolés de ne pas avoir pu pénétrer dans la station pour y séjourner un mois. Pour la première fois, un vaisseau se pose de nuit, à 50 mètres d’un lac.

Depuis son intégration dans le Corps des Cosmonautes, Elisseev n’a cessé de poursuivre ses études supérieures, tout en s’entraînant. En 1973, il reçoit son diplôme de Docteur en sciences techniques, puis il est nommé Directeur de vol au Centre de contrôle Kaliningrad, chargé du suivi des missions spatiales. Il va se rendre aux Etats-Unis pour la préparation du vol américano-soviétique Apollo-Soyouz, mais aussi en France. Le 25 mai 1973, Elisseev repart au Salon du Bourget et rencontre Stafford ainsi que l’équipage d’Apollo 17, Cernan, Schmitt et Evans. Le 4 juin suivant, il visite, avec Filiptchenko, le musée de la Libération de Sainte-Mère-Eglise et, après avoir été reçu à l’hôtel de ville, il parcourt la Normandie. En 1982, il cesse ses fonctions de Directeur de vol et travaille à plein temps au groupement industriel spatial NPO Energia dont il devient Directeur-adjoint.

En décembre 1985, Elisseev quitte le programme spatial à l’âge de 51 ans pour retourner à l’Institut polytechnique Bauman de Moscou, comme professeur, puis en qualité de recteur jusqu’en 1991. Il va aussi être élu Député au Parlement et Directeur de Rodiny, une organisation qui aide les Russes vivant à l’étranger.

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scott-a.JPGLe 15° astronaute, David (Dave) R. Scott, est né le 6 juin 1932 dans la banlieue de San Antonio, à Randolph Field (Terre) que son père survole régulièrement à bord de son avion. Lors du passage de l’appareil à basse altitude au-dessus de sa propriété, Dave voit descendre et se poser un petit parachute blanc. Il se précipite alors pour déplier le papier ficellé autour d’une pierre et lit le message suivant : " A David, ton papa qui t’aime ". Ce scénario souvent répété et la sensation extraordinaire de saisir en plein vol les commandes aux côtés de son père alors qu’il a douze ans, vont convaincre Dave de devenir aviateur. Il consacre des heures à construire des maquettes de l'Hurricane, du Spitfire, du Mustang, du Lightning et du Messerschmidt qu’il accroche au ciel de sa chambre et qui veillent sur son sommeil.

Après ses études secondaires, il suit des cours pendant un an à l’Université du Michigan avant d'être admis à la célèbre Académie militaire de West Point, le Saint-Cyr américain. Sorti 5° sur 633 de la promotion 1954 avec une licence en sciences, Scott choisit l’Armée de l’Air pour piloter les meilleurs avions. Il effectue sa formation dans des unités en Arizona et au Texas, puis il est affecté en 1956 comme pilote de chasse dans une base américaine de l'Otan près d’Utrecht aux Pays-Bas. A bord du F-86 Sabre et du F-100 Super Sabre, il réalise des vols d’entraînement au-dessus de la Lybie, du Maroc et de la Grèce dont les vestiges archéologiques l’émerveillent.

En octobre 56, les troubles dans la Hongrie communiste amène Scott à accomplir des missions de reconnaissance à proximité de la frontière de l’Allemagne de l’Est, le pays du bloc soviétique le plus près de l’Europe occidentale. Il ne va pas connaître le baptême du feu, mais il manque de perdre la vie lors de deux accidents. La première fois, un emballement du moteur de son F-100 l’oblige à le couper et à se poser à grande vitesse, après l’échec du déploiement du parachute de freinage et le mauvais fonctionnement des freins. La seconde fois, une extinction du réacteur au-dessus de la mer du Nord, le contraint à atterrir en catastrophe pour éviter une éjection dans les eaux glacées. Durant son séjour de trois ans dans le pays conquis sur la mer, Scott n'hésite pas à parcourir 1.000 km aller-retour au volant de sa Mercedes 190 SL, pour passer des week-ends à Paris dont il est amoureux.

Après avoir été pilote de chasse, il veut maintenant devenir pilote d’essai, ce qui nécessite l'obtention d’un diplôme en aéronautique. En 1959, il est accepté au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (M.I.T). Il découvre alors avec passion les arcanes de l’Espace et il choisit comme sujet de thèse, l’application des mathématiques aux techniques de guidage et de navigation des vaisseaux à destination de la Lune et de Mars. En 1962, Scott décroche sa maîtrise en aéronautique/astronautique et son diplôme d’ingénieur. Victime de la clarté de ses exposés pendant son passage au M.I.T, il est nommé professeur d’aéronautique et d’astronautique à la nouvelle Académie de l’armée de l’air de Colorado Springs. Mécontent, il se rend à Washington et réussit à convaincre les autorités pour que son affectation soit annulée.

Scott arrive ainsi, comme il le souhaitait, à l’Ecole des pilotes d’essai d’Edwards, commandée par Yeager, le premier à avoir franchi le mur du son en 1947 aux commandes de l’avion-fusée X-1 et avec qui il a l’honneur de voler. Il va s'entraîner comme " pilote spatial " et il frôle une nouvelle fois la mort après l’arrêt du fonctionnement du moteur de son F-104 lors de l’approche du terrain d’atterrissage, répétant l’arrivée de l’avion-fusée X-15. L’élève Adams, situé à l’arrière, s’éjecte tandis que Scott décide de rester aux commandes pour se poser brutalement. Si Adams n'avait pas quitté l'appareil, il aurait été tué par l’avant du réacteur projeté sur son siège. Si Scott s’était éjecté, il serait mort dans l’explosion de son siège défectueux. En juin 1963, il adresse sa candidature à la Nasa qui recrute de nouveaux astronautes. Il subit des entretiens, des tests médicaux et psychologiques, puis il part en Europe visiter les écoles de formation des pilotes français et allemands. C’est Slayton, le Directeur des équipages, qui lui téléphone pour lui apprendre qu’il est retenu, alors qu’il se trouve dans un hôtel en Allemagne.

En octobre 1963, Scott rentre à l’âge de 31 ans dans la 3ème équipe des quatorze astronautes et il va être le premier sélectionné pour un vol. Athlétique, discipliné et remarqué pour sa classe, il pratique la natation, le ski et le hand-ball. Il aime l’histoire et sa chanteuse préférée se nomme Sarah Vaughan qui utilise sa voix comme un instrument.

En septembre 1965, il est désigné comme le copilote de Gemini 8 qui doit s’amarrer à l’étage-fusée Agena et il est chargé d’effectuer une sortie spatiale de 90 mn pour survoler l’Agena, puis être remorqué par la Gemini, en vue de simuler le sauvetage d’un astronaute en difficulté.

Le 16 mars 1966, Scott réalise sa 1ère mission de 10 h 41 mn autour de la Terre avec Armstrong, dans Gemini 8 (3,78 tonnes/5,74 mètres). Pour la première fois, une cabine habitée s’amarre à un autre engin (Agena 8), répétant la rencontre entre l’étage de remontée du module lunaire et la cabine Apollo autour de la Lune. Vingt-sept minutes plus tard, l’ensemble se met à basculer violemment. Persuadés que le grave problème se trouve sur l’étage-fusée, les astronautes se séparent de lui, mais le mouvement de tonneau continue pour la Gemini. Tandis qu’Armstrong tente de maîtriser le vaisseau, Scott a la présence d’esprit de transférer le pilotage de l’Agena au centre de contrôle pour qu’il stabilise l’engin et qu’il l'empêche de retomber sur Terre. Armstrong coupe le circuit d’alimentation des propulseurs de manœuvre, car l'un d'entre-eux est responsable du comportement anarchique de la cabine. Il utilise ensuite les moteurs d'orientation de la Gemini pour arrêter le mouvement de toupie qui est sur le point de faire perdre connaissance aux astronautes et de disloquer la capsule.

 Après avoir utilisé 75 % de leur carburant, les deux hommes sont obligés de rentrer d’urgence, à la grande déception de Scott, privé de sortie spatiale. Armstrong craint que la cabine ne se pose sur la terre ferme. Il demande à Scott : " Tu vois de l’eau ? ". " Tout ce que je vois, c’est de la brume " lui répond Scott qui, de suite après, rajoute : " Oh oui ! Il y a de l’eau ! C’est de l’eau ! ". Moins de deux minutes plus tard, il s’écrie : " Amerrissage ! Sauvés !".

De retour, Scott est nommé doublure de White, le pilote de la cabine Apollo 1 autour de la Terre. En décembre 1966, il est remplacé par Eisele qui faisait partie de l’équipage du deuxième vol, annulé. Il est alors désigné comme pilote de la capsule Apollo 2, chargé de s’amarrer au premier module lunaire. En mai 1967, il fait une courte pause dans son entraînement pour se rendre avec Collins au Salon du Bourget. Au pavillon de la Nasa, Scott rencontre le Président de la République Charles de Gaulle qui lui transmet ses encouragements pour la poursuite du programme Apollo, endeuillé par la disparition de Grissom, White et Chaffee dans l’incendie au sol de leur cabine, quatre mois plus tôt. En novembre 1967, la numérotation des vols change avec la prise en compte des vols inhabités. Scott est maintenu dans ses attributions sur Apollo 8. En août 1968, il est affecté sur le vol Apollo 9, la construction du module lunaire (LM) ayant pris du retard et la Nasa voulant placer Apollo 8 sur orbite lunaire en décembre, afin de devancer les Soviétiques.

Du 3 au 13 mars 1969, Scott, en compagnie de McDivitt et de Schweickart, accomplit sa 2ème mission de 10 j 1 h autour de la Terre, à bord d’Apollo 9 (41,34 tonnes/17,95 mètres). C’est le premier vol du vaisseau Apollo au complet, avec un LM de 14,53 tonnes et de 6,98 mètres. Une fois en orbite, Scott procède à l’opération dite de restructuration, car le module lunaire fixé sur l’étage-fusée S-IVB se trouve sous le module de service d’Apollo. Scott détache donc Apollo, s’éloigne de quinze mètres et après avoir fait un demi-tour se prépare à l’accostage du LM. Mais il n’arrive pas à positionner le vaisseau dans l’axe voulu, en raison de la défaillance de certains moteurs de manœuvre. Avec huit minutes de retard et une consommation supplémentaire de 25 kg de combustible, Scott parvient à s’amarrer au module lunaire. Plus tard, il réalise une sortie de 47 mn en passant son buste par l’écoutille latérale de la cabine pour récupérer des échantillons de métal sur la paroi du module de service, effectuer des observations et photographier Schweikart debout sur la plate-forme du LM, en train de tester le scaphandre lunaire. Puis, le grand jour arrive avec la séparation du module lunaire baptisé Spider (Araignée) pour son premier vol avec McDivitt et Schweickart.

A partir de cet instant, Scott se prépare à les secourir en cas d’ennuis, car ses deux compagnons sont dans un engin incapable de retourner sur Terre. Aussi, il manifeste sa joie de les voir revenir après une absence de 6 h 22 mn et un éloignement de 183,5 km : " Vous êtes la plus grosse, la plus aimable et la plus drôle araignée que j’ai jamais vue ! ". L’amarrage avec la capsule Apollo va se révéler très difficile pour McDivitt, aveuglé par le soleil. Scott vient alors à son aide pour le guider : " Vous êtes très bien, Araignée…Doucement…Votre position est bonne…Un tout petit peu à droite par rapport à vous…C’est bien…Ca y est…Vous venez très bien…Vous allez vous accrocher…Ca, c’est du sport ! ".

Son vol terminé, Scott est désigné un mois après comme remplaçant éventuel du commandant de bord Conrad d’Apollo 12 pour le deuxième atterrissage sur la Lune. "Abonné" au Salon du Bourget, il se rend de nouveau à Paris en juin 1969 avec ses coéquipiers d'Apollo 9 et ils participent à l'émission de télévision  "Les dossiers de l'écran". Scott se rend ensuite à Toulouse où, à sa descente d'avion, il écoute avec émotion "La ballade d'Ed White" chantée par la troupe internationale "Up With People", avant de visiter le complexe aérospatial de Lespinet et Sud-Aviation.

En mars 1970, il est retenu pour diriger la mission Apollo 15, la mieux préparée et la plus productive du programme lunaire. En effet, Scott prend un intérêt particulier pour la science lunaire et il profite, avec Irwin, de l’enseignement de quelques-uns des meilleurs géologues américains. Leur enthousiasme déteint sur eux et les incursions dans divers endroits de la Terre pour faire des analyses géologiques, font dire à Scott : " Nous finissons par être comme des chiens dressés à la chasse au caillou ".

Du 26 juillet au 7 août 1971, Scott réalise son 3ème et dernier vol de 12 j 7 h 11 mn à bord d’Apollo 15 (46,79 tonnes/17,95 mètres), avec Irwin et Worden. Après s’être détaché en orbite lunaire de la cabine Apollo occupée par Worden, le module lunaire entame sa descente, mais arrivés à quinze mètres du sol, Scott et Irwin sont surpris de voir apparaître un épais nuage de poussière soulevé par les gaz du moteur. Scott pose alors le LM sur un terrain dont il ne peut pas distinguer les détails. Le module lunaire se met soudain à glisser sur ses quatre jambes du train d’atterrissage, puis il s’immobilise près d’un mètre plus loin, incliné en arrière de 9° et sur sa gauche, avec deux pieds sur le bord d’un petit cratère. Pour la quatrième fois, des hommes sont sur la Lune. Comme prévu, Scott grimpe sur le capot du moteur de descente, ouvre l’écoutille supérieure et sort la tête. Depuis une hauteur de sept mètres et pendant 33 mn, il va admirer et décrire le spectaculaire site. Le LM se trouve à 11 km du mont Hadley de 5.500 m d’altitude et à 1 km de la faille Hadley, une gorge en forme de V. Plus tard, Scott devient le 7° piéton lunaire. 
Lui et son compagnon Irwin sortent la première jeep électrique, la chargent d’équipements, puis installent la station scientifique Alsep qui fonctionnera pendant six ans. La conduite du véhicule par Scott réclame toute son attention, car il a tendance à rebondir : " Il y a pas mal de cratères et je dois garder l’œil sur la route à chaque seconde…Ca, c’est un grand prix automobile