Le 15° astronaute, David (Dave) R. Scott,
est né le 6 juin 1932 dans la banlieue de San Antonio, à Randolph Field (Terre) que son père survole régulièrement à bord de son avion. Lors du passage de l’appareil à basse altitude au-dessus de sa propriété, Dave voit descendre et se poser un petit parachute blanc. Il se précipite alors pour déplier le papier ficellé autour d’une pierre et lit le message suivant : " A David, ton papa qui t’aime ". Ce scénario souvent répété et la sensation extraordinaire de saisir en plein vol les commandes aux côtés de son père alors qu’il a douze ans, vont convaincre Dave de devenir aviateur. Il consacre des heures à construire des maquettes de l'Hurricane, du Spitfire, du Mustang, du Lightning et du Messerschmidt qu’il accroche au ciel de sa chambre et qui veillent sur son sommeil.

Après ses études secondaires, il suit des cours pendant un an à l’Université du Michigan avant d'être admis à la célèbre Académie militaire de West Point, le Saint-Cyr américain. Sorti 5° sur 633 de la promotion 1954 avec une licence en sciences, Scott choisit l’Armée de l’Air pour piloter les meilleurs avions. Il effectue sa formation dans des unités en Arizona et au Texas, puis il est affecté en 1956 comme pilote de chasse dans une base américaine de l'Otan près d’Utrecht aux Pays-Bas. A bord du F-86 Sabre et du F-100 Super Sabre, il réalise des vols d’entraînement au-dessus de la Lybie, du Maroc et de la Grèce dont les vestiges archéologiques l’émerveillent.

En octobre 56, les troubles dans la Hongrie communiste amène Scott à accomplir des missions de reconnaissance à proximité de la frontière de l’Allemagne de l’Est, le pays du bloc soviétique le plus près de l’Europe occidentale. Il ne va pas connaître le baptême du feu, mais il manque de perdre la vie lors de deux accidents. La première fois, un emballement du moteur de son F-100 l’oblige à le couper et à se poser à grande vitesse, après l’échec du déploiement du parachute de freinage et le mauvais fonctionnement des freins. La seconde fois, une extinction du réacteur au-dessus de la mer du Nord, le contraint à atterrir en catastrophe pour éviter une éjection dans les eaux glacées. Durant son séjour de trois ans dans le pays conquis sur la mer, Scott n'hésite pas à parcourir 1.000 km aller-retour au volant de sa Mercedes 190 SL, pour passer des week-ends à Paris dont il est amoureux.

Après avoir été pilote de chasse, il veut maintenant devenir pilote d’essai, ce qui nécessite l'obtention d’un diplôme en aéronautique. En 1959, il est accepté au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (M.I.T). Il découvre alors avec passion les arcanes de l’Espace et il choisit comme sujet de thèse, l’application des mathématiques aux techniques de guidage et de navigation des vaisseaux à destination de la Lune et de Mars. En 1962, Scott décroche sa maîtrise en aéronautique/astronautique et son diplôme d’ingénieur. Victime de la clarté de ses exposés pendant son passage au M.I.T, il est nommé professeur d’aéronautique et d’astronautique à la nouvelle Académie de l’armée de l’air de Colorado Springs. Mécontent, il se rend à Washington et réussit à convaincre les autorités pour que son affectation soit annulée.

Scott arrive ainsi, comme il le souhaitait, à l’Ecole des pilotes d’essai d’Edwards, commandée par Yeager, le premier à avoir franchi le mur du son en 1947 aux commandes de l’avion-fusée X-1 et avec qui il a l’honneur de voler. Il va s'entraîner comme " pilote spatial " et il frôle une nouvelle fois la mort après l’arrêt du fonctionnement du moteur de son F-104 lors de l’approche du terrain d’atterrissage, répétant l’arrivée de l’avion-fusée X-15. L’élève Adams, situé à l’arrière, s’éjecte tandis que Scott décide de rester aux commandes pour se poser brutalement. Si Adams n'avait pas quitté l'appareil, il aurait été tué par l’avant du réacteur projeté sur son siège. Si Scott s’était éjecté, il serait mort dans l’explosion de son siège défectueux. En juin 1963, il adresse sa candidature à la Nasa qui recrute de nouveaux astronautes. Il subit des entretiens, des tests médicaux et psychologiques, puis il part en Europe visiter les écoles de formation des pilotes français et allemands. C’est Slayton, le Directeur des équipages, qui lui téléphone pour lui apprendre qu’il est retenu, alors qu’il se trouve dans un hôtel en Allemagne.

En octobre 1963, Scott rentre à l’âge de 31 ans dans la 3ème équipe des quatorze astronautes et il va être le premier sélectionné pour un vol. Athlétique, discipliné et remarqué pour sa classe, il pratique la natation, le ski et le hand-ball. Il aime l’histoire et sa chanteuse préférée se nomme Sarah Vaughan qui utilise sa voix comme un instrument.

En septembre 1965, il est désigné comme le copilote de Gemini 8 qui doit s’amarrer à l’étage-fusée Agena et il est chargé d’effectuer une sortie spatiale de 90 mn pour survoler l’Agena, puis être remorqué par la Gemini, en vue de simuler le sauvetage d’un astronaute en difficulté.

Le 16 mars 1966, Scott réalise sa 1ère mission de 10 h 41 mn autour de la Terre avec Armstrong, dans Gemini 8 (3,78 tonnes/5,74 mètres). Pour la première fois, une cabine habitée s’amarre à un autre engin (Agena 8), répétant la rencontre entre l’étage de remontée du module lunaire et la cabine Apollo autour de la Lune. Vingt-sept minutes plus tard, l’ensemble se met à basculer violemment. Persuadés que le grave problème se trouve sur l’étage-fusée, les astronautes se séparent de lui, mais le mouvement de tonneau continue pour la Gemini. Tandis qu’Armstrong tente de maîtriser le vaisseau, Scott a la présence d’esprit de transférer le pilotage de l’Agena au centre de contrôle pour qu’il stabilise l’engin et qu’il l'empêche de retomber sur Terre. Armstrong coupe le circuit d’alimentation des propulseurs de manœuvre, car l'un d'entre-eux est responsable du comportement anarchique de la cabine. Il utilise ensuite les moteurs d'orientation de la Gemini pour arrêter le mouvement de toupie qui est sur le point de faire perdre connaissance aux astronautes et de disloquer la capsule.

Après avoir utilisé 75 % de leur carburant, les deux hommes sont obligés de rentrer d’urgence, à la grande déception de Scott, privé de sortie spatiale. Armstrong craint que la cabine ne se pose sur la terre ferme. Il demande à Scott : " Tu vois de l’eau ? ". " Tout ce que je vois, c’est de la brume " lui répond Scott qui, de suite après, rajoute : " Oh oui ! Il y a de l’eau ! C’est de l’eau ! ". Moins de deux minutes plus tard, il s’écrie : " Amerrissage ! Sauvés !".

De retour, Scott est nommé doublure de White, le pilote de la cabine Apollo 1 autour de la Terre. En décembre 1966, il est remplacé par Eisele qui faisait partie de l’équipage du deuxième vol, annulé. Il est alors désigné comme pilote de la capsule Apollo 2, chargé de s’amarrer au premier module lunaire. En mai 1967, il fait une courte pause dans son entraînement pour se rendre avec Collins au Salon du Bourget. Au pavillon de la Nasa, Scott rencontre le Président de la République Charles de Gaulle qui lui transmet ses encouragements pour la poursuite du programme Apollo, endeuillé par la disparition de Grissom, White et Chaffee dans l’incendie au sol de leur cabine, quatre mois plus tôt. En novembre 1967, la numérotation des vols change avec la prise en compte des vols inhabités. Scott est maintenu dans ses attributions sur Apollo 8. En août 1968, il est affecté sur le vol Apollo 9, la construction du module lunaire (LM) ayant pris du retard et la Nasa voulant placer Apollo 8 sur orbite lunaire en décembre, afin de devancer les Soviétiques.

Du 3 au 13 mars 1969, Scott, en compagnie de McDivitt et de Schweickart, accomplit sa 2ème mission de 10 j 1 h autour de la Terre, à bord d’Apollo 9 (41,34 tonnes/17,95 mètres). C’est le premier vol du vaisseau Apollo au complet, avec un LM de 14,53 tonnes et de 6,98 mètres. Une fois en orbite, Scott procède à l’opération dite de restructuration, car le module lunaire fixé sur l’étage-fusée S-IVB se trouve sous le module de service d’Apollo. Scott détache donc Apollo, s’éloigne de quinze mètres et après avoir fait un demi-tour se prépare à l’accostage du LM. Mais il n’arrive pas à positionner le vaisseau dans l’axe voulu, en raison de la défaillance de certains moteurs de manœuvre. Avec huit minutes de retard et une consommation supplémentaire de 25 kg de combustible, Scott parvient à s’amarrer au module lunaire. Plus tard, il réalise une sortie de 47 mn en passant son buste par l’écoutille latérale de la cabine pour récupérer des échantillons de métal sur la paroi du module de service, effectuer des observations et photographier Schweikart debout sur la plate-forme du LM, en train de tester le scaphandre lunaire. Puis, le grand jour arrive avec la séparation du module lunaire baptisé Spider (Araignée) pour son premier vol avec McDivitt et Schweickart. 

A partir de cet instant, Scott se prépare à les secourir en cas d’ennuis, car ses deux compagnons sont dans un engin incapable de retourner sur Terre. Aussi, il manifeste sa joie de les voir revenir après une absence de 6 h 22 mn et un éloignement de 183,5 km : " Vous êtes la plus grosse, la plus aimable et la plus drôle araignée que j’ai jamais vue ! ". L’amarrage avec la capsule Apollo va se révéler très difficile pour McDivitt, aveuglé par le soleil. Scott vient alors à son aide pour le guider : " Vous êtes très bien, Araignée…Doucement…Votre position est bonne…Un tout petit peu à droite par rapport à vous…C’est bien…Ca y est…Vous venez très bien…Vous allez vous accrocher…Ca, c’est du sport ! ".

Son vol terminé, Scott est désigné un mois après comme remplaçant éventuel du commandant de bord Conrad d’Apollo 12 pour le deuxième atterrissage sur la Lune. "Abonné" au Salon du Bourget, il se rend de nouveau à Paris en juin 1969 avec ses coéquipiers d'Apollo 9 et ils participent à l'émission de télévision  "Les dossiers de l'écran". Scott se rend ensuite à Toulouse où, à sa descente d'avion, il écoute avec émotion "La ballade d'Ed White" chantée par la troupe internationale "Up With People", avant de visiter le complexe aérospatial de Lespinet et Sud-Aviation.

En mars 1970, il est retenu pour diriger la mission Apollo 15, la mieux préparée et la plus productive du programme lunaire. En effet, Scott prend un intérêt particulier pour la science lunaire et il profite, avec Irwin, de l’enseignement de quelques-uns des meilleurs géologues américains. Leur enthousiasme déteint sur eux et les incursions dans divers endroits de la Terre pour faire des analyses géologiques, font dire à Scott : " Nous finissons par être comme des chiens dressés à la chasse au caillou ".

Du 26 juillet au 7 août 1971, Scott réalise son 3ème et dernier vol de 12 j 7 h 11 mn à bord d’Apollo 15 (46,79 tonnes/17,95 mètres), avec Irwin et Worden. Après s’être détaché en orbite lunaire de la cabine Apollo occupée par Worden, le module lunaire entame sa descente, mais arrivés à quinze mètres du sol, Scott et Irwin sont surpris de voir apparaître un épais nuage de poussière soulevé par les gaz du moteur. Scott pose alors le LM sur un terrain dont il ne peut pas distinguer les détails. Le module lunaire se met soudain à glisser sur ses quatre jambes du train d’atterrissage, puis il s’immobilise près d’un mètre plus loin, incliné en arrière de 9° et sur sa gauche, avec deux pieds sur le bord d’un petit cratère. Pour la quatrième fois, des hommes sont sur la Lune. Comme prévu, Scott grimpe sur le capot du moteur de descente, ouvre l’écoutille supérieure et sort la tête. Depuis une hauteur de sept mètres et pendant 33 mn, il va admirer et décrire le spectaculaire site. Le LM se trouve à 11 km du mont Hadley de 5.500 m d’altitude et à 1 km de la faille Hadley, une gorge en forme de V. Plus tard, Scott devient le 7° piéton lunaire. 
Lui et son compagnon Irwin sortent la première jeep électrique, la chargent d’équipements, puis installent la station scientifique Alsep qui fonctionnera pendant six ans. La conduite du véhicule par Scott réclame toute son attention, car il a tendance à rebondir : " Il y a pas mal de cratères et je dois garder l’œil sur la route à chaque seconde…Ca, c’est un grand prix automobile ! ". Le forage du sol à 2,5 m de profondeur pour prélever de la roche et placer un senseur de température, est l’activité la plus pénible qui fatigue et énerve les astronautes, particulièrement Scott qui n’apprécie pas le déluge d’interrogations en provenance du centre de contrôle. 
Il répond à l'astronaute Allen : " Tais-toi, il faut que je me concentre, tu n’as qu’à attendre ! ", puis : " Si vous continuez à poser toutes ces questions, nous laisserons tomber ce travail pour vous faire la conversation ! ". Après avoir effectué trois sorties d’une durée totale de 18 h 34 mn, ramassé 77,31 kg d’échantillons, parcouru 27,9 km en jeep pendant trois heures et s’être éloignés de 5,02 km du module lunaire, Scott et Irwin retournent dans le LM. 

Il décolle après un séjour record de 2 j 18 h 54 mn pour rejoindre la cabine Apollo qui sort de l’orbite lunaire sur laquelle elle est restée pendant 6 j 1 h 12 mn, après que l’équipage ait largué un mini-satellite. Sur le chemin du retour, Worden accomplit une sortie de 39 mn pour ramener du compartiment scientifique du module de service, les deux cassettes de films et de données sur la surface et l’environnement lunaires. La fin du fantastique voyage intervient un peu brutalement avec l’amerrissage de la capsule à une vitesse de 33,79 km/h au lieu de 30,57 km/h, en raison de la non-ouverture d’un des trois parachutes de 25 m de diamètre, brûlé lors de la vidange du propergol du contrôle d’attitude.

L’équipage d’Apollo 15 va alors reprendre l’entraînement comme doublure de celui d’Apollo 17, la dernière mission lunaire. Scott est le remplaçant éventuel du commandant de bord Cernan. Il confie à ses collègues son espoir de diriger ensuite le vol américano-soviétique Apollo-Soyouz (ASTP), puis de voler sur la Navette. Malheureusement ses rêves s’effondrent car, en juillet 1972, il doit quitter avec ses coéquipiers le Corps des Astronautes et il est remplacé par Young, comme doublure de Cernan. La Nasa leur reproche d’avoir remis à un marchand philatéliste allemand des enveloppes emportées dans leurs affaires sur Apollo 15, pour que l’argent de la vente (sorte d'assurance-vie à laquelle ils vont renoncer) soit versé sur le compte des huit enfants des astronautes, en vue du financement de leurs études.

Scott veut cependant continuer à travailler dans l’agence spatiale et il est affecté comme Assistant Technique du premier vol vers la station orbitale Skylab. En octobre 1972, il se rend à Paris pour recevoir la médaille d’or de l’Espace de la Fédération Internationale d’Astronautique, puis il est reçu par le Président de la République Georges Pompidou. A son retour aux Etats-Unis, il est nommé Assistant Spécial du programme ASTP. Il se rend à plusieurs reprises à la Cité des Etoiles près de Moscou pour assurer la liaison entre les techniciens américains et soviétiques qui préparent la rencontre spatiale des astronautes et des cosmonautes.

En août 1973, Scott est désigné Directeur-adjoint du Nasa Flight Research Center d’Edwards, en Californie puis, en avril 1975, Directeur. Il supervise une douzaine de programmes dont l’avion X-24B et la navette Enterprise. Le X-24B prépare l’approche et l’atterrissage d’Enterprise qui effectue entre août et octobre 1977, avec un équipage de deux astronautes, cinq vols atmosphériques (quatre de 5 mn  et un de 2 mn), après s’être séparée à 8.000 m d’altitude de l’avion porteur Boeing 747-123.

A la fin de ce programme dit ALT (Approach and Landing Test), Scott quitte la Nasa en octobre 1977, à l’âge de 45 ans. Avec son ami Preyss connu sur les bancs du M.I.T, il fonde la Scott-Preyss Associates, une compagnie spécialisée dans les projets de haute technologie. Il fait également partie du Conseil d’administration du Group 4 Aviation Ltd, un opérateur d’avion-taxi anglais. En 1979, il crée et devient Président de la Scott Science and Technology, une firme consultante en transport spatial. Il s’occupe notamment de la conception de l’étage supérieur STV qui doit être embarqué dans la soute de la Navette pour placer en orbite géostationnaire des satellites de télécommunications. L’accident mortel de Challenger en janvier 1986 donne un coup d’arrêt aux vols commerciaux de la Navette.

Scott se tourne alors vers les lanceurs chinois qui pourraient être équipés d’un étage STV, mais les investisseurs ne sont pas intéressés. Après l’abandon du programme " Guerre des étoiles ", il veut utiliser à des fins pacifiques le KKV (Kinetic Kill Vehicle) qui devait percuter les satellites ennemis. Il propose de le transformer en un engin chargé d’amener des petits véhicules à roues pour l’exploration du sol des planètes. Scott va aussi se pencher sur le problème des déchets nucléaires qui le préoccupe. Les enterrer présente des risques, car on ignore les effets à long terme sur l’environnement. Les expédier hors du système solaire par des lanceurs très fiables et peu coûteux dont il étudie les caractéristiques, serait la solution idéale. En dehors de ses nombreuses activités en tant que consultant en ingénierie spatiale, Scott va être également conseiller technique pour le film " Apollo 13 " et la série télévisée " De la Terre à la Lune ".


Le 16° cosmonaute, Evguéni V. Khrounov,
est né le 10 septembre 1933 à Proudy (Terre). Fils de parents cultivateurs, il rentre à l’école d’agriculture de Kashira, après avoir terminé des études classiques. Dirigé ensuite vers une ferme collective, il devient assez adroit de ses mains pour assembler les pièces d’une moissonneuse. Un avenir prometteur en tant qu’expert en machines agricoles semble assuré quand, soudain, il se découvre une passion pour l’aviation. En 1952, Khrounov suit alors une formation de pilote et, un an plus tard, il s’inscrit à la Grande Ecole Serov de l’Armée de l’Air de Bataisk où il fait la connaissance de Gorbatko, un futur cosmonaute. C'est en 1956 qu' il reçoit son diplôme en aéronautique, puis il sert dans différentes unités comme pilote de chasse, avant de poser sa candidature pour naviguer dans l'Espace.

En mars 1960, Khrounov est admis à l’âge de 27 ans dans le 1er groupe de vingt cosmonautes. C’est un homme réservé et si modeste qu’il est presque timide. Il pratique la gymnastique et le tennis. Passionné par la littérature, il aime aussi se rendre régulièrement au théâtre.

Il commence son entraînement sur le programme Vostok, mais il ne peut pas être désigné en mai 1963 comme la doublure de Bykovsky pour l’expédition Vostok 5 du mois suivant, car la confection de son scaphandre n’est pas terminée. Quatre mois après, Khrounov apprend avec satisfaction qu’il va voler sur une des missions Vostok 7 à 10. Elle sera spectaculaire : il doit quitter un instant son vaisseau pour réaliser une marche dans le Cosmos. Malheureusement, les responsables décident en février 1964 de ne pas effectuer ces quatre vols et de modifier le Vostok en un vaisseau appelé Voskhod, un nouveau programme qu’il rejoint.

Khrounov suit à la fois une formation en tant que commandant de bord et, avec Leonov, un entraînement comme copilote pour la première sortie spatiale. En janvier 1965, Beliaïev, nommé commandant de la mission Voskhod 2 de mars 1965, rencontre des difficultés lors d’une séance en centrifugeuse. S’il est de nouveau victime d’une défaillance, Kamanine, le Directeur des équipages, envisage son remplacement par Khrounov qui est désigné également comme la doublure de Leonov. Belaïev ne connaît pas de nouveaux problèmes. Pourtant, neuf jours avant son départ, un responsable du programme veut que Khrounov prenne sa place, à la grande colère de Kamanine qui trouve Belaïev en pleine forme.

Il est prévu ensuite de lancer quatre autres Voskhod. Khrounov est alors choisi comme doublure de Solovyova, la première femme qui doit accomplir une marche dans le Cosmos depuis le Voskhod 5 commandé par une autre femme, Ponomaryova. Les partisans de l’égalité des sexes dans l’Espace ne résistent pas à la pression des misogynes. Le vol féminin est annulé et Khrounov est nommé comme copilote de Voskhod 6, chargé de réaliser une sortie spatiale, assis sur un fauteuil volant. Mais il va apprendre deux mauvaises nouvelles. Celle du décès de Korolev, le Chef du programme spatial, en janvier 1966, et la suppression des missions Voskhod 3 à 6 par son successeur Michine qui considère ces expéditions comme trop risquées et comme un frein au développement du Soyouz.

Après avoir attendu un vol sur Vostok, puis sur Voskhod, Khrounov porte maintenant tous ses espoirs sur le troisième programme des vols habités. En août 1966, il est désigné comme membre de l’équipage de Soyouz 2 avec Elisseïev et le commandant Bykovsky. Son vaisseau doit s’amarrer au Soyouz 1 piloté par Komarov qui va accueillir ensuite Khrounov et Elisseïev après leur marche dans l’Espace. Quatre mois après, il est également choisi commandant d’un des six survols lunaires prévus dans le cadre du programme L1, à bord d’un Soyouz biplace, dépourvu du module orbital.

Le 23 avril 1967, Soyouz 1 est mis en orbite, mais aussitôt Komarov rencontre de graves difficultés avec sa cabine spatiale, consécutives au non déploiement du panneau solaire gauche que les responsables du vol pensent pouvoir débloquer grâce à l’intervention extravéhiculaire de Khrounov et d’Elisseïev qui doivent décoller le lendemain. Compte tenu de la situation qui se dégrade à bord de Soyouz 1 et des fortes pluies qui s’abattent sur le cosmodrome de Baïkonour, on ordonne à Komarov de revenir le plus vite possible et le lancement de Soyouz 2 est annulé.

Après plusieurs tentatives, Komarov réussit à stabiliser Soyouz 1 pour la rentrée. Le drame intervient à 7 km d’altitude. Le parachute principal et celui de secours ne s’ouvrent pas et le malheureux Komarov se tue lors de l’écrasement de son vaisseau. Khrounov serait mort aussi avec Elisseïev, puisqu’il était prévu leur transfert de Soyouz 2 à Soyouz 1. Si l'ouverture du parachute de secours de Soyouz 2 ne s'était pas faite également, Bykovsky aurait disparu à son tour, car après enquête, il apparaît que le compartiment du parachute principal de son vaisseau présente les mêmes malfaçons qui sont à l’origine de l’accident de Soyouz 1. Ses parois ont été traitées incorrectement : l’isolant thermique présente un aspect rugueux et collant qui aurait bloqué le déploiement du système principal de freinage.

Khrounov reprend son entraînement pour une prochaine mission sur Soyouz et, en octobre 1967, il est sélectionné pour le programme L3 d’atterrissage sur la Lune. En décembre 1968, il termine, comme neuf de ses camarades, ses cours à l’Académie Joukovski des ingénieurs de l’armée de l’air et il est le seul à recevoir son diplôme d’ingénieur avec les félicitations du jury.

Du 15 au 17 janvier 1969, Khrounov effectue à bord de Soyouz 5 (6,58 tonnes/6,98 mètres) et de Soyouz 4 (6,84 tonnes/6,98 mètres), son 1er et unique vol de 1 j 23 h 45 mn. Il est accompagné d’Elisseev et du commandant Volynov à l'aller, puis d'Elisseev et du commandant Chatalov au retour. Le lendemain, ils voient s’approcher le Soyouz 4 lancé deux jours plus tôt avec Chatalov qui s’amarre au Soyouz 5. Une première spatiale vient d’intervenir avec l’accostage de deux engins habités.

 Une autre première va avoir lieu : le transfert de cosmonautes d’un vaisseau à l’autre. Ces opérations qui auraient du se passer en avril 1967, simulent l’amarrage autour de la Lune du module orbital LOK avec le module lunaire LK après sa mission sur la Lune, puis le passage par l’extérieur du piéton lunaire dans le LOK. Une fois l’écoutille du module orbital du Soyouz 5 ouverte, Khrounov s’élance dans le vide en ressentant " le même sentiment que lors de mon premier saut en parachute au moment de quitter l’avion ".

Il accroche sur Soyouz 5 une caméra pour filmer sa sortie et il retire celle qui a enregistré l’amarrage, pour la fixer sur Soyouz 4 afin qu’elle tourne au moment de la marche spatiale d’Elisseev. Khrounov revient ensuite vers Soyouz 5 pour retirer la première caméra, puis il rentre partiellement dans le module orbital pour la ranger dans un compartiment dont il n’arrive pas refermer la porte, tandis qu’Elisseev finit ses préparatifs. Au moment où ce dernier sort, la caméra s’échappe dans le vide sans que les cosmonautes aient la possibilité de l’attraper. Ils vont ensuite vérifier les systèmes des sas, exécuter des travaux de montage, observer les étoiles et la Terre. Khrounov se rend aussi à l’arrière de Soyouz 4 et il récupère la seconde caméra avant de rentrer avec Elisseev dans Soyouz 4, terminant la sortie de 37 mn.

Ils s’empressent alors de remettre du courrier et des journaux à Chatalov qui remercie les facteurs de la Poste Spatiale en leur offrant à boire du cassis. Après un amarrage de 4 h 33 mn, Soyouz 4 retourne sans aucun problème sur Terre. En changeant de vaisseau, Khrounov va éviter le retour tumultueux de Soyouz 5 vécu par Volynov, le lendemain.

Le 21 février 1969, il prend connaissance avec déception de l’échec du premier lancement de la fusée géante N1, chargée de lancer plus tard le vaisseau lunaire au complet, mais en juin 1969 il est heureux d’apprendre sa nomination comme commandant d’un vol L3, avec pour mission de fouler le sol de la Lune. Auparavant, il est prévu que Khrounov teste en novembre 1969 sur un Soyouz, le nouveau système Kontakt de rendez-vous et d’amarrage qui doit équiper le navire lunaire.

Cette mission est annulée après le deuxième échec du tir de la N1, le 3 juillet 1969 et la réussite de l’atterrissage d’Apollo 11, le 20 juillet 1969. Khrounov est alors transféré en avril 1970 sur le programme de stations orbitales Saliout. Il garde néanmoins l’espoir de reprendre son entraînement pour un atterrissage sur la Lune, lorsque les problèmes avec le lanceur N1 seront résolus (Le programme est abandonné suite aux deux autres échecs de juin 1971 et de novembre 1972 et la fin du programme Apollo en décembre 1972).

La carrière spatiale de Khrounov connaît alors un regrettable incident de parcours qui va lui coûter son poste de commandant d’un des équipages de Saliout 1. Kamanine l'accuse de ne pas avoir pris toutes les mesures nécessaires pour que soit secouru rapidement un blessé, lors d’un accident de la circulation dans lequel il est impliqué. Il met à profit cette suspension de vol pour continuer ses études et d’autres activités spatiales. En juin 1971, Khrounov part à Houston avec une délégation soviétique qui prépare la future mission américano-soviétique Apollo-Soyouz. Il entraîne aussi ses collègues qui doivent séjourner à bord de Saliout 2 et, la même année, il obtient une maîtrise en sciences techniques.

Au cours de la dernière semaine de février 1972, il se rend à Marly-le-Roi pour la première conférence européenne " Les jeunes et l’Espace ". Il visite après les Engins Matra et début mars, il est l’hôte du Centre spatial de Toulouse. Cette année-là, Khrounov reçoit un autre diplôme, celui de l’Académie militaire et politique Lénine. Il recommence la formation des cosmonautes de Saliout 2 qui vont occuper Saliout 3 en 1974, après la désintégration sur orbite de Saliout 2. Il termine ses études en sciences techniques et il décroche son doctorat.

Khrounov reprend enfin son propre entraînement et il est nommé en septembre 1979 comme doublure de Romanenko pour le vol soviéto-cubain Soyouz 38 de septembre 1980, à destination de Saliout 6. On lui propose ensuite le poste de commandant de la mission soviéto-roumaine Soyouz 40 de mai 1981, mais il le refuse.

Khrounov quitte le programme spatial en décembre 1980 pour devenir chercheur dans un institut. Plus tard, il occupe les fonctions de Chef de direction au Comité d’Etat, chargé des relations économiques avec l’étranger, puis il travaille comme ingénieur dans l’industrie des transports, avant de prendre la direction de plusieurs compagnies routières. Il va également assurer la présidence de la Fédération russe des amateurs d’hélicoptères. Khrounov décède le 19 mai 2000 d’un arrêt cardiaque, à l’âge de 67 ans.


Le 16° astronaute, Eugene (Gene) A. Cernan,
est né le 14 mars 1934 à Chicago (Terre), la ville qui élance ses gratte-ciel le long du lac bleu Michigan. C’est le petit-fils d’une Tchèque et d’un Slovaque émigrés aux Etats-Unis. A l’âge de 10 ans, il veut être aviateur après avoir vu, au cinéma, les pilotes des Hellcats et des Corsairs se poser avec rapidité et adresse sur les porte-avions stationnés dans l’océan Pacifique, pendant la seconde guerre mondiale. Ses parents veulent l’envoyer dans la meilleure école d’ingénieurs, le Massachusetts Institute of Technology (M.I.T). Ils renoncent en raison du coût élevé des études et Gene rentre alors à l’Université Purdue de Lafayette d’où il sort en 1956, avec sa licence en sciences.

Engagé dans l’Aéronavale, Cernan est affecté sur le porte-avions USS Saipan avant d’effectuer sa formation de pilote en Floride, puis dans le Tennessee. En novembre 1957, il reçoit son diplôme après dix mois seulement d’entraînement au lieu des dix-huit mois habituels. L’année suivante, il est envoyé comme pilote de chasse au Naval Air Station de Miramar en Californie, pour être ensuite assigné, en novembre 1958, sur le porte-avions USS Shangri-La équipé de Skyhawks. De mars à octobre 1959, il part en mission dans le Pacifique ouest et, à son retour, il embarque sur un autre porte-avions, l’USS Hancok.

En 1961, Cernan accepte l’offre de l’Aéronavale qui lui propose deux années d’études à l’US Naval Postgraduate School de Monterey en Californie, l’Ecole Supérieure de la Marine. Il suit des cours d’ingénierie en aéronautique afin d’obtenir une maîtrise. Alors qu’il est en stage, au cours de l’été 1963, chez le constructeur de moteurs-fusées Aerojet General de Sacramento, Cernan reçoit un appel du Bureau des Projets Spéciaux du quartier général de la Marine. Il répond qu’il est d’accord pour être présenté à la Nasa comme candidat astronaute. Il commence ainsi une série d’entretiens et de tests, tout en finissant sa thèse sur l’utilisation de l’hydrogène liquide comme moyen de propulsion des fusées à hautes performances.

En octobre 1963, Cernan est admis à l’âge de 29 ans dans la 3ème équipe des quatorze astronautes. Charmeur et sociable, il est également insouciant et très patriote. Attiré par les voitures de sport et les chevaux, il aime de plus la chasse et la pêche, le bricolage et le jardinage.

C’est en novembre 1965 que Cernan est sélectionné pour le vol Gemini 9 comme doublure du copilote Bassett qu’il va remplacer le 28 février 1966, après sa mort dans l’accident de l’avion T-38 qui coûte aussi la vie à See, le commandant de cette mission. Le 17 mai 1966, la fusée Atlas, chargée de placer en orbite l’étage Agena auquel doit s’amarrer la Gemini, est détruite en vol. Dix-sept jours plus tard, un autre lanceur parvient à satelliser un étage de substitution, l’Atda, qui n’a malheureusement pas de moteurs pour atteindre une orbite élevée, comme l’Agena.
Du 3 au 6 juin 1966, Cernan réalise, avec Stafford, sa 1ère mission de 3 j 20 mn autour de la Terre, à bord de Gemini 9 (3,75 tonnes/5,74 mètres). Il a 32 ans et c’est le plus jeune astronaute américain à partir pour l’Espace. Les deux hommes s’approchent de leur cible Atda pour constater avec déception que la coiffe, qui protège la pièce d’amarrage, n’est pas éjectée. La Nasa n’autorise pas Stafford à la dégager à l’aide de la barre de jonction fixée sur le nez du vaisseau. De même, elle juge dangereuse une sortie improvisée de Cernan pour couper les attaches du carénage. 
A défaut, les astronautes réussissent deux autres rencontres complexes avec l’Atda, non prévues au départ, pour simuler de nouveau un rendez-vous autour de la Lune d’une cabine Apollo avec un étage de remontée du module lunaire (LM) pendant une mission normale et lors d’un sauvetage du LM. Après ces manœuvres, la réserve de carburant est insuffisante pour la quatrième rencontre programmée avec l’Atda. Cernan devait se rendre sur l’étage-fusée grâce à son fauteuil volant AMU, pour prélever un collecteur de micrométéorites. L’essai de l’appareil à réaction, relié par un câble de 38,10 mètres à la Gemini, est cependant maintenu. Après un moment d’inquiétude causé par un mouvement de toupie de la Gemini que Stafford parvient à arrêter, la Nasa décide de retarder d’un jour la sortie, pour que les deux hommes puissent récupérer leurs forces, fatigués par les opérations de rendez-vous. 
Une fois la porte de l’écoutille droite rabattue, Cernan s’élance hors de la capsule et, rapidement, il constate que son scaphandre devient rigide et qu’il doit lutter pour décoller ses bras du reste de son corps. Le cordon ombilical de 7,62 mètres le gêne, car il s’enroule autour de lui " comme un serpent ". Il arrive avec difficulté à retirer, sur le vaisseau, une boîte contenant des poussières de météorites et des échantillons biologiques qu’il remet à Stafford. Plusieurs tentatives sont nécessaires avant que Cernan fixe une caméra et un rétroviseur pour que son coéquipier puisse le voir. Il prend des photos et fait des observations. Mais il lui est pénible de rester longtemps dans une position. Aussi, pour se stabiliser, il attrape la barre d’amarrage de la Gemini. Cette action provoque un pivotement du vaisseau. Stafford demande alors à son compagnon de s’éloigner des moteurs d’orientation qu’il allume pour rétablir l’attitude de la capsule. " Ce que je peux être maladroit. J’ai l’impression d’être suspendu à un fil invisible " s’excuse à tort Cernan qui souffle dans son casque. Les battements de son cœur s’accélèrent et son pouls s’élève à 115 pulsations par minute, alors que la normale est de 72.

Puis vient le moment où il se dirige vers l’arrière de la Gemini qui abrite l’AMU. Pour faciliter son déplacement, deux poignées de retenues entourées de bandes adhésives velcro sont fixées sur la coque du vaisseau que Cernan agrippe tant bien que mal. Arrivé devant l’emplacement, il s’aperçoit qu’une des quatre barres d’appui n’est pas déployée et que la housse du fauteuil volant n’est pas détachée, une besogne qu’il doit accomplir. Il se retourne ensuite et passe les sangles de l’AMU comme celles d’un sac à dos. Il doit s’y reprendre par deux fois avant de pouvoir rabattre un des deux leviers équipé de la commande des mini-fusées. En l’absence de points de support suffisants, Cernan doit fournir un intense effort physique pour effectuer les divers branchements, souvent avec une seule main, l’autre accrochée à une poignée. Son pouls monte à 180 pulsations par minute. Par le cordon ombilical, Stafford est obligé de lui envoyer abondamment de l’oxygène. La complexité de son travail augmente lorsque la Gemini n’est pas éclairée par le soleil, car une seule lampe fonctionne correctement à l’arrière du vaisseau. De plus, Cernan a une très mauvaise visibilité pour exécuter les opérations.
Car le système de climatisation de son scaphandre n'arrive pas à évacuer la vapeur d’eau de sa respiration haletante et de sa transpiration excessive qui s’accumule sous forme de buée sur la visière de son casque. Il réussit cependant à nettoyer régulièrement quelques centimètres avec l’extrémité de son nez. Mais lorsque la Gemini passe dans l’ombre de la Terre, la visière extérieure de Cernan va se recouvrir de gel. Puis, la sueur pénètre dans ses yeux et les communications deviennent à peine compréhensibles. Le commandant Stafford décide alors d’interrompre la sortie, les conditions de sécurité n’étant plus assurées pour détacher et essayer l’AMU. Cernan déconnecte à l’aveuglette le fauteuil volant et, guidé par Stafford, il revient vers l’écoutille qu’il ne peut franchir qu’après avoir diminué la pression de son scaphandre et qui ne se ferme qu’avec difficulté. Son coéquipier constate qu’il ne peut voir son visage à travers la visière et que chacune de ses bottes est remplie de 2,27 litres d’eau provenant de sa transpiration. Le courageux et malchanceux piéton de l’Espace s’excuse une nouvelle fois : " Désolé pour l’AMU ". Il a, malgré tout, battu largement le record de sortie spatiale : 2 h 07 mn, comparées aux 21 mn de White et aux 12 mn de Leonov.

Onze jours après son retour sur Terre, Cernan est nommé pour l’expédition Gemini 12 comme doublure du copilote Aldrin qui va mener à bien trois sorties spatiales qu’il aurait réalisées s’il n’avait pas volé sur Gemini 9. Puis, en décembre 1966, il est désigné en tant que remplaçant éventuel du copilote du module lunaire Schweikart sur la mission Apollo 2. Dans le cadre de cette préparation, Cernan effectue, avec Stafford et Young, un test de la cabine Apollo en chambre d’altitude chez le constructeur North American Aviation, le 27 janvier 1967. Ce jour-là, à Cap Kennedy, leurs malheureux collègues Grissom, White et Chaffee périssent dans l’incendie de la cabine Apollo 1 au sommet d’une fusée Saturn IB, au cours d’un test identique. Après ce drame, Cernan est sélectionné, en novembre 1967, comme suppléant de Cunningham sur le 1er vol autour de la Terre d’une cabine Apollo qui porte le chiffre 7, après la prise en compte des vols inhabités dans la numérotation. Un an après exactement, il est nommé copilote du module lunaire (LM) d’Apollo 10, avec comme mission d’essayer pour la première fois cet engin autour de la Lune et d’enregistrer les irrégularités du champ de gravitation de notre satellite, afin de mieux préparer la trajectoire de l’atterrissage historique d’Apollo 11.

Du 18 au 26 mai 1969, Cernan accomplit son 2ème vol de 8 j 3 mn en compagnie de Stafford à nouveau et de Young, à bord d’Apollo 10 (42,77 tonnes/17,95 mètres). C’est la première expédition d’un vaisseau complet vers la Lune, propulsé par une fusée Saturn V de 111 mètres et de 2.942 tonnes dont les vibrations inquiètent sérieusement l’équipage constitué de vétérans. Au cours du trajet Terre-Lune, Cernan devient la risée de ses deux compagnons. Alors qu’il démonte la sonde d’amarrage qui relie la cabine et le LM, un nuage de fibres de verre, provenant de l’isolation thermique de l’écoutille, recouvre soudain ses cheveux et ses sourcils. Ils se dépêchent de les nettoyer pour éviter l’absorption des particules par les voies respiratoires.

Trois jours après son départ, Apollo 10 se place autour de la Lune et le module lunaire de 13,94 tonnes et de 6,98 mètres se détache, à 112 km d’altitude, de la cabine Apollo, avec Cernan et Stafford rassurés de pouvoir ensuite s’accrocher au collier d’amarrage qui a subi une torsion de 3°.
Le moteur principal du LM amène les astronautes jusqu’à 15,4 km de la Lune, comme prévu. Au moment où ils s’apprêtent à se séparer de l’étage de descente, le module lunaire effectue pendant quinze secondes, huit dangereuses pirouettes que Stafford stoppe deux secondes avant la perte de contrôle de l’engin qui se serait écrasé. L’emplacement d’un interrupteur avait été oublié sur le manuel de vol remis aux deux hommes. Surpris par le comportement inattendu du LM, Cernan s’écrie : " Fils de p… ! ". Un représentant de la communauté religieuse va alors déplorer que les astronautes " aient porté sur la Lune, les expressions que l’on voit écrites sur les murs des toilettes ", tandis que d’autres vont dénoncer " le mauvais exemple donné par les astronautes à la jeunesse américaine ". Après un vol de 8 h 10 mn et un parcours de 630 km, l’étage de remontée du LM retrouve la cabine Apollo qui sort de l’orbite lunaire après un séjour de 2 j 13 h 57 mn. Le voyage se termine avec le plongeon de la capsule dans l’atmosphère à 11,107 km/s, une vitesse jamais inégalée ou dépassée. A son retour, Cernan déclare : " Pour ceux que j’ai offensés, je m’excuse. A ceux qui comprennent, je leur dit merci ".

Sur Terre, Cernan fait aussi parler de lui. Après le dîner donné par le Président Nixon en l’honneur de l’équipage d’Apollo 10, il ose descendre à califourchon la longue rampe de l’escalier de la Maison Blanche. Plus tard, Slayton, le Directeur des équipages, lui fait part de son intention de le nommer comme doublure de Haise, le copilote du module lunaire d’Apollo 13, avec la perspective d’être ensuite le copilote du LM d’Apollo 16. Cernan refuse poliment. Il souhaite ardemment se poser sur la Lune, mais en tant que commandant d’une mission. Etonné par sa réponse, Slayton lui fait remarquer que l’avenir des vols est incertain et qu’il n’est pas assuré d’avoir une autre occasion de fouler le sol lunaire. Par la suite, le Directeur des équipages est amené à choisir le remplaçant éventuel du commandant Shepard d’Apollo 14. Il pense à Collins qui dirigerait ensuite Apollo 17. Heureusement pour Cernan, le pilote de la cabine d’Apollo 11 n’est plus intéressé par un autre entraînement de trois ans. Slayton appelle alors Cernan qui accepte avec joie le poste proposé et il est désigné officiellement en août 1969, suppléant de Shepard sur Apollo 14.

Mais à partir de septembre 1970, Cernan s'interroge gravement sur sa future sélection comme commandant du vol Apollo 17 qui doit être annoncée normalement en février 1971, après la mission Apollo 14. Car il est maintenant certain que ce sera la dernière expédition sur la Lune, après l’annulation des vols 18 et 19 qui fait suite à celle d’Apollo 20 décidée en janvier 1970. Or, Apollo 18 devait amener Schmitt, le premier astronaute-géologue, sur le sol lunaire en compagnie de son commandant Gordon, tandis que Brand restait en orbite. La communauté scientifique et plus particulièrement l’Académie des sciences vont alors exercer une pression continuelle sur la Nasa pour que Schmitt fasse partie d’Apollo 17.

La logique veut qu’une équipe déjà constituée, ne soit pas changée partiellement. Si l’agence spatiale cède aux revendications des scientifiques, l’équipage serait donc formé de Gordon-Schmitt-Brand au lieu de Cernan-Engle-Evans. Au Centre spatial de Houston, la première équipe est soutenue par McDivitt (ancien astronaute et Chef du programme Apollo qui n’apprécie pas Cernan), Conrad (qui a volé deux fois avec Gordon) et Scott (commandant d’Apollo 15 qui a Gordon comme doublure). La deuxième équipe est appuyée par Slayton (le Directeur des équipages qui estime que l’équipage de remplacement d’Apollo 14 est prioritaire par rapport à celui d’Apollo 15), Stafford (le Chef du Bureau des astronautes qui a volé deux fois avec Cernan) et Shepard (commandant d’Apollo 14 dont Cernan est la doublure).

Une nouvelle fois, Cernan va se faire remarquer. Le 23 janvier 1971, à huit jours du décollage d’Apollo 14, il est aux commandes d’un hélicoptère H-13 Bell qui sert aux simulations de l’atterrissage lunaire. Il survole l’Indiana River qui borde l’île Merritt où se trouve le Centre spatial Kennedy. Après une dure journée, Cernan ne résiste pas à la tentation d’effectuer un rase-mottes au-dessus de la très large rivière près de laquelle des personnes prennent un bain de soleil. Il évalue mal l’approche et le patin gauche de son appareil heurte les eaux. Déséquilibré, l’hélicoptère tombe et commence à couler. Assommé, Cernan reprend vite connaissance, sort du cockpit et plonge sous l’eau recouverte d’une nappe de carburant en feu. Epuisé, il refait surface plus loin et attrape les deux bras tendus par une dame âgée qui l’aide à monter dans sa barque de pêche. Elle remarque une bosse sur son crâne, son visage noirci, ses sourcils roussis et des brûlures sur ses mains. Cernan vient d’échapper miraculeusement à la mort.

De retour à Houston, Slayton le convoque dans son bureau et lui demande à quel moment le moteur de l’hélicoptère s’est arrêté. Cernan lui répond qu’il a toujours bien fonctionné. Slayton lui repose la question et Cernan lui donne la même réponse, en rajoutant qu’il a raté une manœuvre de pilotage interdite. Dès cet instant, Slayton va couvrir Cernan pour sa franchise sur les conditions de l’accident et il n’est pas interdit de vol, comme le pensaient ses collègues qui voyaient déjà l’équipage de Gordon sur Apollo 17. Son ami Stafford va cependant lui faire observer que ce n’était pas le moment de se livrer à des acrobaties aériennes. D'autres vont lui rappeler qu'il est un marin avant tout et qu'il a voulu sans doute écouter de près le chant des sirènes allongées au bord de la rivière.

Puis arrive le temps de la désignation de l’équipage d’Apollo 17. Slayton adresse au quartier général de la Nasa à Washington, les noms suivants : Cernan, Engle, Evans. Cette proposition est de suite rejetée par Fletcher, l’Administrateur de l’agence spatiale et par Myers, le patron du programme spatial habité. Ils veulent Schmitt sur Apollo 17. Slayton s’oriente alors vers un compromis. Il ne propose pas l’équipage Gordon-Schmitt-Brand, mais l’équipe Cernan-Schmitt-Evans qui est retenue par les autorités de la Nasa, en août 1971. A l’annonce de l’exclusion de son coéquipier Engle, avec qui il s’entraînait depuis deux ans, Cernan demande que cette décision soit annulée. Slayton lui ordonne d’accepter Schmitt, sinon il désigne l’équipage d’origine de Gordon. Il s’incline devant cet ultimatum.

Du 7 au 19 décembre 1972, Cernan effectue son 3ème et dernier vol de 12 j 13 h 51 mn à bord d’Apollo 17 (46,81 tonnes/17,95 mètres), avec Schmitt et Evans. C’est la sixième et dernière fois, au XX° siècle, que des ambassadeurs de la Terre se rendent sur la Lune. Cernan devient le 3ème homme à faire un second voyage vers notre satellite, mais il est le seul à piloter à deux reprises un module lunaire (LM). La satellisation autour de la Lune réalisée, la chaloupe d’atterrissage de 16,45 tonnes, occupée par Cernan et Schmitt, se décroche de la cabine Apollo. A l’issue du fonctionnement pendant 12 mn du moteur de descente qui consomme 8,28 tonnes de carburant, le LM Challenger se pose sur le site Taurus-Littrow, une vallée de 11 km entourée de deux montagnes de 2.400 m et de 1.800 m.

" C’est le plus grand moment de ma vie " s’exclame Cernan qui sort ensuite du module lunaire avec l’équipement de survie sur le dos. " J’ai l’impression de porter la hotte du Père Noël " dit-il, en devenant le 11° piéton lunaire, suivi par Schmitt. Les astronautes installent les appareils de la cinquième station scientifique Alsep qui enverra, jusqu’en septembre 1977, ses informations sur l’environnement, sur la gravitation et sur la séismologie dont une expérience consiste à radiographier le sous-sol lunaire grâce aux ondes émises par l’explosion de charges, après le départ des deux hommes. Ils rangent divers équipements dans la jeep lunaire et Cernan échappe malencontreusement un marteau qui casse une partie du garde-boue de la roue arrière droite. Il l’attache avec du ruban adhésif mais, après avoir roulé, il s’étonne que le tableau de bord soit si souvent recouvert de poussière. Il s’aperçoit alors que la section bricolée du garde-boue est tombée en cours de route. " J’en suis malade de l’avoir perdue…Il faut que j’en fabrique une ce soir " regrette Cernan. Il réussit avec quatre cartes rigides fixées sur la partie restante du garde-boue, par deux pinces de la baladeuse du télescope d’alignement optique du LM.

Au cours de la deuxième sortie, les astronautes continuent à collecter des échantillons, à faire des observations, à forer le sol pour prélever des carottes et y placer des senseurs thermiques. Ils chantonnent, rient ou s’écrient, surtout lorsqu’ils découvrent des roches de couleur jaune-orangé. Leur entrain va s’arrêter après qu’ils soient retournés dans le module lunaire. Ils constatent que la pression d’oxygène est de 20 % supérieure à la normale avec pour conséquences, si ce taux ne baisse pas, une ivresse de l’équipage, un gaspillage de ce gaz entraînant un retour anticipé et une dégradation dangereuse des parois du LM. Cernan et Schmitt s’empressent de fermer l’arrivée de l’oxygène, puis ils passent en revue tous les composants du système de contrôle de l’environnement. L’alerte dure 45 mn avant que les astronautes découvrent le dérèglement d’une des valves par où est introduit l’oxygène.

Lors de la troisième sortie, les deux hommes terminent la récolte des pierres et, en passant près d’un rocher de la taille d’un camion, Cernan annonce : " Celui-là, je le laisse pour la prochaine expédition ". C’est une moisson record qu’ils vont ramener sur Terre : 110,52 kg, soit 17 kilos de plus que la quantité prévue. Cernan, en plaisantant, dit au centre de contrôle : " Ne vous faites pas de souci, Jack et moi, nous avons perdu chacun 9 kilos en travaillant sur la Lune ". Avant de remonter dans le module lunaire, Cernan s’agenouille sur le sol où il écrit les initiales de sa fille Tracy : T.D.C., puis il regarde une dernière fois la Terre dans le ciel lunaire.

Après avoir séjourné 3 j 2 h 59 mn, réalisé 3 sorties d’une durée de 22 h 03 mn enrichies par la présence de Schmitt, roulé pendant 4 h 29 mn sur une distance de 35,70 km et s’être écartés de 7,37 km du LM, les derniers Terriens décollent de la Lune. Ils laissent l’étage de descente du module lunaire sur lequel une plaque est fixée, rappelant leur passage : " Ici, l’homme a terminé sa première exploration de la Lune-Décembre 1972 ".

A bord de l’étage de remontée, les deux astronautes s’amarrent à la cabine America qui s’échappe de l’orbite lunaire, après y être restée 6 j 3 h 43 mn. Cernan communique au sol : " America a trouvé des vents favorables. Nous sommes sur le chemin du retour ". En s’éloignant, l’équipage voit apparaître la Lune entière à travers le hublot central et c’est avec émotion que Cernan déclare : " C’était, c’est un commencement ". Sur le trajet Lune-Terre, Evans sort dans l’Espace pendant 1 h 06 mn pour récupérer, dans le compartiment scientifique du module de service d’Apollo, trois cassettes de films et de données sur la surface et l’environnement de la Lune. Les vols lunaires, commencés dans l’enthousiasme le 20 décembre 1968 avec le lancement d’Apollo 8, se terminent dans la mélancolie le 19 décembre 1972 avec l’amerrissage d’Apollo 17. La Terre, qui a accouché de la Lune, a décidé d’abandonner sa fille pour très longtemps.

En mai 1973, Cernan s’envole pour le Salon du Bourget avec ses coéquipiers de son dernier vol et son ami Stafford désigné, quatre mois plus tôt, commandant de la mission américano-soviétique Apollo-Soyouz (ASTP). Il rencontre les cosmonautes Elisseev ainsi que Leonov et Koubassov qui vont participer au vol conjoint et qu’il va revoir souvent car il est désigné, en septembre de cette année, Assistant spécial du Directeur chargé de la préparation du programme ASTP. A ce titre, il se rend plusieurs fois en URSS entre 1973 et 1975 et, dans les allées de la Cité des Etoiles, il va déclencher une inoubliable bataille de boules de neige.

Cernan envisage un moment d’attendre la mise en service de la Navette mais, après avoir été sur la Lune, il craint que tourner autour de la Terre à bord de cet engin révolutionnaire, ne soit pas très excitant pour lui. Par ailleurs, il a la possibilité de retourner dans l’Aéronavale qui lui propose une affectation au Pentagone, au Bureau des programmes spatiaux, mais un poste administratif ne l’intéresse pas. Par contre, il aurait bien aimé commander un porte-avions s’il n’avait pas été si gradé. Le 6 juin 1976, un mois avant son départ de l’agence spatiale, Cernan se trouve à Sainte-Mère-Eglise, en compagnie des astronautes Evans, Lovell et Carr, invités à la commémoration du 32ème anniversaire de la libération de la première ville française, par la 82° et la 101° divisions aéroportées américaines.

Cernan quitte la Nasa en juillet 1976 pour rentrer à 42 ans dans le privé. Il rejoint la Coral Petroleum Inc., comme Vice-Président exécutif, en charge des affaires internationales. Il crée par la suite sa compagnie, The Cernan Corporation, qui regroupe des consultants dans les domaines de l’énergie, de l’aérospatiale et des industries connexes. Il fonde ensuite la Cernan Group, destinée à créer des liens entre les constructeurs spatiaux et les jeunes sociétés de transport spatial. Il va également être Directeur du marketing de la Digital Equipment Corporation et Membre du Bureau des directeurs de la General Space Corp. Il devient Président du Conseil d’administration de la Johnson Engineering Corporation qui fournit au Centre Spatial Johnson des simulateurs de vol du poste de pilotage de la Navette, du Spacelab, de la station ISS et du vaisseau lunaire et martien. Cernan va tenir aussi, avec talent, le rôle de commentateur des missions de la Navette, sur la chaîne de télévision ABC.

 

Le 17° cosmonaute, Gueorgui S. Chonine, est né le 3 août 1935 à Rovenki (Terre), mais son enfance se déroule à Balta près d’Odessa, bâtie en 1794 d’après les plans des architectes de France et d’Italie. Située au bord de la Mer Noire dont le littoral est appelé en français « La Côte d’Azur », la ville abrite l’Ecole préparatoire de l’Armée de l’Air où Gueorgui entre à l’âge de 15 ans, pour concrétiser son rêve de gamin.

En 1953, Chonine est admis à l’Ecole Yeisk de l’Aéronavale d’où il sort quatre ans plus tard, diplômé en aéronautique. Il sert ensuite comme pilote de chasse dans la Flotte de la Baltique, puis dans celle du Nord.

A partir du mois d’août 1959, des équipes de médecins militaires se rendent dans les bases aériennes et aéronavales. Ils demandent aux jeunes pilotes s’ils sont intéressés pour prendre les commandes d’un « appareil volant entièrement nouveau ». La première réaction de Chonine est réservée, car il pense que l’on recherche encore des aviateurs pour les transférer dans des unités équipées de super-hélicoptères. Il répond aux deux médecins qui l’interrogent : « Je suis un pilote de chasse. J’ai choisi une école afin d’apprendre à voler sur des avions rapides et vous… ». Le plus âgé le coupe : « Non ! Non ! Tu ne comprends pas. Nous voulons te parler de vols à longue distance, de vols sur des fusées, de vols autour de la Terre ». Il accepte alors, avec enthousiasme, leur proposition de participer à cette Grande Aventure.

En mars 1960, Chonine rentre à l’âge de 25 ans dans le 1er groupe des vingt cosmonautes. Réservé et discret, il agit avec tact dans toutes ses relations. Il admire Antoine de Saint-Exupéry, l’aviateur et l’écrivain-humaniste, auteur notamment de « Courrier Sud », « Pilote de guerre », « Le Petit  Prince ».

Bien qu’il soit le plus capable pour résister aux températures élevées dans la chambre thermique, Chonine sait qu’il n’ouvrira pas la porte des étoiles. Il ne peut pas s’entraîner, à cause de sa stature, dans le premier et étroit simulateur du vaisseau Vostok réservé aux cosmonautes de taille et de corpulence moyenne. Il est contraint d'attendre le second appareil, plus large.

Nommé doublure de Popovitch pour le vol Vostok 4 d’août 1962, Chonine se familiarise avec la centrifugeuse, sorte de manège formé d’une cabine fixée à l’extrémité d’un bras tournant à grande vitesse. C’est au cours d’un de ces tests qu’un médecin se rend compte de l’irrégularité des battements du cœur de Chonine. Déçu, il cède sa place de remplaçant à Komarov. Il craint que sa carrière soit terminée, mais des examens approfondis le rassurent. Les directeurs de la formation des cosmonautes reçoivent le rapport médical du spécialiste Molchanov dans lequel il est écrit : « Ne tourmentez pas le camarade Chonine. Envoyez-le se reposer. Il est tout simplement surmené ».

Après un congé mérité, il reprend sa préparation et, à partir de septembre 1963, il s’entraîne pour voler sur une des missions Vostok 7 à 10, prévues pour 1964. Cinq mois plus tard, elles sont annulées et les vaisseaux modifiés pour le nouveau programme Voskhod sur lequel Chonine est assigné.

Il est tout d’abord pressenti pour effectuer une sortie spatiale, équipé d’un système propulseur pour s’éloigner jusqu’à 100 m du Voskhod 5 qui devait initialement embarquer un équipage féminin.

Il va être le plus remarquable dans son apprentissage des techniques. Kamanine, le Directeur des équipages, décide alors de nommer le cosmonaute, en janvier 1966, copilote de Voskhod 3, en remplacement du scientifique Katys. Ce vol doit battre deux records : 20 jours en orbite contre 13 jours pour la Gemini 7 américaine et un apogée de 900 km comparé à celui de 475 km atteint par Voskhod 2.

Cette expédition et les trois suivantes sont supprimées en mai 1966 par Michine, le nouveau patron du programme spatial. Il estime que le coût de ces missions va retarder le programme Soyouz et qu’elles ne présentent pas une sécurité absolue. Désappointé, Chonine rejoint ce programme.

S’il n’est pas encore parti pour le Cosmos, le cosmonaute a du moins la satisfaction d’obtenir, en décembre 1968, son diplôme d’ingénieur en aéronautique avec mention très bien, décerné par l’Académie Joukovski, après sept ans d’études menées en parallèle avec sa formation de cosmonaute.

Chonine est d'abord désigné comme doublure du commandant de bord Volynov pour le vol Soyouz 5 de janvier 1969. L’expédition suivante Soyouz 6 est prévue pour mai 1969 et celles de Soyouz 7 et 8 en septembre 1969. En avril 1969, les responsables politiques et spatiaux veulent répondre de façon spectaculaire au fantastique succès d’Apollo 8 autour de la Lune en décembre 1968. Ils retardent le lancement de Soyouz 6 pour qu’il intervienne dans la fenêtre de tir des Soyouz 7 et 8. Ainsi, trois vaisseaux partiront successivement et Soyouz 6 filmera l’amarrage de Soyouz 7 avec Soyouz 8. Ces deux cabines constitueront une mini-station spatiale, avec l’échange d’un membre de chaque engin, pour répéter la relève des équipages des futures stations Saliout. Chonine est enfin sélectionné comme commandant de bord du premier vaisseau.

Du 11 au 16 octobre 1969, Chonine réalise à bord de Soyouz 6 (6,58 tonnes/6,98 mètres), son unique vol de 4 j 22 h 42 mn autour de la Terre, en compagnie de Koubassov. Peu après la satellisation, le système automatique de pressurisation des réservoirs tombe en panne, empêchant l’allumage des moteurs de manœuvre. Au cours de la troisième orbite, Chonine parvient à les pressuriser, manuellement. Il s’approche comme prévu à 500 m du Soyouz 7 de Filiptchenko, Gorbatko et Volkov, parti le 12. Mais le système Igla de rendez-vous automatique de Soyouz 8 occupé par Chatalov et Elisseïev lancés le 13, ne fonctionne plus. L’amarrage entre ces deux cabines ne peut donc avoir lieu. Soyouz 6 effectue par la suite deux autres rendez-vous avec chaque engin. C’est la première fois que trois vaisseaux se trouvent en même temps dans l’Espace, avec un nombre record de sept cosmonautes.

Une autre première intervient : la soudure de métaux, en vue de l’assemblage des futures structures spatiales. A l’intérieur du module orbital, dépourvu de pièce d’amarrage, est installé un fourneau appelé « Volcan » que Koubassov met en marche depuis le module de rentrée. A la fin de l’expérimentation automatique, les deux hommes pénètrent dans l’habitacle pour récupérer les échantillons de métaux soudés. Les cosmonautes découvrent alors, avec stupeur, un trou dans la paroi interne de la cabine. Pendant le déroulement d’une expérience, un jet de neutrons, heureusement de très courte durée, a dévié de sa trajectoire et a fondu le métal du vaisseau !

De retour sur Terre, Chonine devait repartir comme commandant du Soyouz 11 pour un amarrage avec Soyouz 12, dans le cadre du deuxième essai du système Kontakt de rendez-vous, équipant le futur engin lunaire du programme L3 d’atterrissage sur la Lune. Mais ces deux vols, envisagés pour février 1970, sont annulés suite à la difficulté de mise au point de ce nouveau système.

Après sa mission Soyouz 6, Chonine connaît la gloire, mais il ne sait pas refuser les invitations. En mars 1970, Kamanine commence à s’inquiéter en lisant les rapports qu’il reçoit sur ses trop nombreuses fréquentations à l’extérieur. Il convoque le cosmonaute dans son bureau et lui demande de changer sa conduite, sous peine d’une interdiction de vol pendant cinq ans.

Rassuré par la réponse de Chonine, qui est au demeurant un des meilleurs cosmonautes, Kamanine accepte, le mois suivant, la proposition de Michine qui veut nommer Chonine commandant de bord de Soyouz 11, pour la deuxième occupation de la station Saliout 1. A la suite d’une modification dans la composition des équipages, Kamanine le désigne quinze jours plus tard, commandant de Soyouz 10, pour le premier séjour dans la station.

Le 5 février 1971, deux mois avant le lancement de Saliout 1, Kamanine apprend que Chonine a interrompu sa séance d’entraînement ce jour-là. Intrigué, il mène son enquête et il découvre que ce n’est pas la première fois qu’il s’absente. On l'informe qu'il a pour habitude d'amener de la boisson. Furieux, Kamanine remplace Chonine par Chatalov. Il n’est pas exclu du Corps des Cosmonautes en raison de sa grande compétence professionnelle.
Il continue ses études et il est désigné en mai 1973, commandant de l’équipage de support du vol Soyouz 19 de Leonov et de Koubassov, pour la mission conjointe américano-soviétique Apollo-Soyouz de juillet 1975. Puis, il dirige le groupe de cosmonautes qui doivent habiter la seconde station d’espionnage Saliout 5 (Almaz) mise en orbite en 1976. Il s’entraîne ensuite, à partir de 1977, pour occuper la troisième station militaire. En 1978, Chonine obtient une maîtrise en sciences techniques, avant d’être nommé commandant du premier équipage de cette station d’espionnage. Hélas pour lui, il ne va pas ressentir une seconde fois le phénomène de l'apesanteur. Il est remplacé peu après par le cosmonaute Berezovoï, car il ne remplit pas toutes les conditions physiques pour participer à un vol spatial. La station ne sera finalement pas lancée.

Chonine démissionne alors du Corps des Cosmonautes en avril 1979. Il reste à la Cité des Etoiles, en tant que Chef du Département  Entraînement, pour former les occupants des stations civiles Saliout 6 et 7. En 1984, il est affecté sur le projet de navette spatiale Bourane. Un an plus tard, il prend en charge les pilotes de l’avion de l’Espace, mais Bourane n’effectue qu’un seul vol, inhabité et exemplaire, en novembre 1988, avant la fin du programme jugé trop coûteux.

En 1989, Chonine quitte le programme spatial pour prendre les fonctions de Directeur de l’Institut Central de la Recherche Scientifique, au Ministère de la Défense. Il décède le 7 avril 1997, à l’âge de 62 ans, d’un arrêt cardiaque. Son corps repose près de la Cité des Etoiles.

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