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Le 16° cosmonaute, Evguéni V. Khrounov, est né le 10 septembre 1933 à Proudy (Terre). Fils de parents cultivateurs, il rentre à l’école d’agriculture de Kashira, après avoir terminé des études classiques. Dirigé ensuite vers une ferme collective, il devient assez adroit de ses mains pour assembler les pièces d’une moissonneuse. Un avenir prometteur en tant qu’expert en machines agricoles semble assuré quand, soudain, il se découvre une passion pour l’aviation. En 1952, Khrounov suit alors une formation de pilote et, un an plus tard, il s’inscrit à la Grande Ecole Serov de l’Armée de l’Air de Bataisk où il fait la connaissance de Gorbatko, un futur cosmonaute. C'est en 1956 qu' il reçoit son diplôme en aéronautique, puis il sert dans différentes unités comme pilote de chasse, avant de poser sa candidature pour naviguer dans l'Espace.

En mars 1960, Khrounov est admis à l’âge de 27 ans dans le 1er groupe de vingt cosmonautes. C’est un homme réservé et si modeste qu’il est presque timide. Il pratique la gymnastique et le tennis. Passionné par la littérature, il aime aussi se rendre régulièrement au théâtre.

Il commence son entraînement sur le programme Vostok, mais il ne peut pas être désigné en mai 1963 comme la doublure de Bykovsky pour l’expédition Vostok 5 du mois suivant, car la confection de son scaphandre n’est pas terminée. Quatre mois après, Khrounov apprend avec satisfaction qu’il va voler sur une des missions Vostok 7 à 10. Elle sera spectaculaire : il doit quitter un instant son vaisseau pour réaliser une marche dans le Cosmos. Malheureusement, les responsables décident en février 1964 de ne pas effectuer ces quatre vols et de modifier le Vostok en un vaisseau appelé Voskhod, un nouveau programme qu’il rejoint.

Khrounov suit à la fois une formation en tant que commandant de bord et, avec Leonov, un entraînement comme copilote pour la première sortie spatiale. En janvier 1965, Beliaïev, nommé commandant de la mission Voskhod 2 de mars 1965, rencontre des difficultés lors d’une séance en centrifugeuse. S’il est de nouveau victime d’une défaillance, Kamanine, le Directeur des équipages, envisage son remplacement par Khrounov qui est désigné également comme la doublure de Leonov. Belaïev ne connaît pas de nouveaux problèmes. Pourtant, neuf jours avant son départ, un responsable du programme veut que Khrounov prenne sa place, à la grande colère de Kamanine qui trouve Belaïev en pleine forme.

Il est prévu ensuite de lancer quatre autres Voskhod. Khrounov est alors choisi comme doublure de Solovyova, la première femme qui doit accomplir une marche dans le Cosmos depuis le Voskhod 5 commandé par une autre femme, Ponomaryova. Les partisans de l’égalité des sexes dans l’Espace ne résistent pas à la pression des misogynes. Le vol féminin est annulé et Khrounov est nommé comme copilote de Voskhod 6, chargé de réaliser une sortie spatiale, assis sur un fauteuil volant. Mais il va apprendre deux mauvaises nouvelles. Celle du décès de Korolev, le Chef du programme spatial, en janvier 1966, et la suppression des missions Voskhod 3 à 6 par son successeur Michine qui considère ces expéditions comme trop risquées et comme un frein au développement du Soyouz.

Après avoir attendu un vol sur Vostok, puis sur Voskhod, Khrounov porte maintenant tous ses espoirs sur le troisième programme des vols habités. En août 1966, il est désigné comme membre de l’équipage de Soyouz 2 avec Elisseïev et le commandant Bykovsky. Son vaisseau doit s’amarrer au Soyouz 1 piloté par Komarov qui va accueillir ensuite Khrounov et Elisseïev après leur marche dans l’Espace. Quatre mois après, il est également choisi commandant d’un des six survols lunaires prévus dans le cadre du programme L1, à bord d’un Soyouz biplace, dépourvu du module orbital.

Le 23 avril 1967, Soyouz 1 est mis en orbite, mais aussitôt Komarov rencontre de graves difficultés avec sa cabine spatiale, consécutives au non déploiement du panneau solaire gauche que les responsables du vol pensent pouvoir débloquer grâce à l’intervention extravéhiculaire de Khrounov et d’Elisseïev qui doivent décoller le lendemain. Compte tenu de la situation qui se dégrade à bord de Soyouz 1 et des fortes pluies qui s’abattent sur le cosmodrome de Baïkonour, on ordonne à Komarov de revenir le plus vite possible et le lancement de Soyouz 2 est annulé.

Après plusieurs tentatives, Komarov réussit à stabiliser Soyouz 1 pour la rentrée. Le drame intervient à 7 km d’altitude. Le parachute principal et celui de secours ne s’ouvrent pas et le malheureux Komarov se tue lors de l’écrasement de son vaisseau. Khrounov serait mort aussi avec Elisseïev, puisqu’il était prévu leur transfert de Soyouz 2 à Soyouz 1. Si l'ouverture du parachute de secours de Soyouz 2 ne s'était pas faite également, Bykovsky aurait disparu à son tour, car après enquête, il apparaît que le compartiment du parachute principal de son vaisseau présente les mêmes malfaçons qui sont à l’origine de l’accident de Soyouz 1. Ses parois ont été traitées incorrectement : l’isolant thermique présente un aspect rugueux et collant qui aurait bloqué le déploiement du système principal de freinage.

Khrounov reprend son entraînement pour une prochaine mission sur Soyouz et, en octobre 1967, il est sélectionné pour le programme L3 d’atterrissage sur la Lune. En décembre 1968, il termine, comme neuf de ses camarades, ses cours à l’Académie Joukovski des ingénieurs de l’armée de l’air et il est le seul à recevoir son diplôme d’ingénieur avec les félicitations du jury.

Du 15 au 17 janvier 1969, Khrounov effectue à bord de Soyouz 5 (6,58 tonnes/6,98 mètres) et de Soyouz 4 (6,84 tonnes/6,98 mètres), son 1er et unique vol de 1 j 23 h 45 mn. Il est accompagné d’Elisseev et du commandant Volynov à l'aller, puis d'Elisseev et du commandant Chatalov au retour. Le lendemain, ils voient s’approcher le Soyouz 4 lancé deux jours plus tôt avec Chatalov qui s’amarre au Soyouz 5. Une première spatiale vient d’intervenir avec l’accostage de deux engins habités.

 Une autre première va avoir lieu : le transfert de cosmonautes d’un vaisseau à l’autre. Ces opérations qui auraient du se passer en avril 1967, simulent l’amarrage autour de la Lune du module orbital LOK avec le module lunaire LK après sa mission sur la Lune, puis le passage par l’extérieur du piéton lunaire dans le LOK. Une fois l’écoutille du module orbital du Soyouz 5 ouverte, Khrounov s’élance dans le vide en ressentant " le même sentiment que lors de mon premier saut en parachute au moment de quitter l’avion ".

khrounov-soyouz.jpgIl accroche sur Soyouz 5 une caméra pour filmer sa sortie et il retire celle qui a enregistré l’amarrage, pour la fixer sur Soyouz 4 afin qu’elle tourne au moment de la marche spatiale d’Elisseev. Khrounov revient ensuite vers Soyouz 5 pour retirer la première caméra, puis il rentre partiellement dans le module orbital pour la ranger dans un compartiment dont il n’arrive pas refermer la porte, tandis qu’Elisseev finit ses préparatifs. Au moment où ce dernier sort, la caméra s’échappe dans le vide sans que les cosmonautes aient la possibilité de l’attraper. Ils vont ensuite vérifier les systèmes des sas, exécuter des travaux de montage, observer les étoiles et la Terre. Khrounov se rend aussi à l’arrière de Soyouz 4 et il récupère la seconde caméra avant de rentrer avec Elisseev dans Soyouz 4, terminant la sortie de 37 mn.

Ils s’empressent alors de remettre du courrier et des journaux à Chatalov qui remercie les facteurs de la Poste Spatiale en leur offrant à boire du cassis. Après un amarrage de 4 h 33 mn, Soyouz 4 retourne sans aucun problème sur Terre. En changeant de vaisseau, Khrounov va éviter le retour tumultueux de Soyouz 5 vécu par Volynov, le lendemain.

Le 21 février 1969, il prend connaissance avec déception de l’échec du premier lancement de la fusée géante N1, chargée de lancer plus tard le vaisseau lunaire au complet, mais en juin 1969 il est heureux d’apprendre sa nomination comme commandant d’un vol L3, avec pour mission de fouler le sol de la Lune. Auparavant, il est prévu que Khrounov teste en novembre 1969 sur un Soyouz, le nouveau système Kontakt de rendez-vous et d’amarrage qui doit équiper le navire lunaire.

Cette mission est annulée après le deuxième échec du tir de la N1, le 3 juillet 1969 et la réussite de l’atterrissage d’Apollo 11, le 20 juillet 1969. Khrounov est alors transféré en avril 1970 sur le programme de stations orbitales Saliout. Il garde néanmoins l’espoir de reprendre son entraînement pour un atterrissage sur la Lune, lorsque les problèmes avec le lanceur N1 seront résolus (Le programme est abandonné suite aux deux autres échecs de juin 1971 et de novembre 1972 et la fin du programme Apollo en décembre 1972).

La carrière spatiale de Khrounov connaît alors un regrettable incident de parcours qui va lui coûter son poste de commandant d’un des équipages de Saliout 1. Kamanine l'accuse de ne pas avoir pris toutes les mesures nécessaires pour que soit secouru rapidement un blessé, lors d’un accident de la circulation dans lequel il est impliqué. Il met à profit cette suspension de vol pour continuer ses études et d’autres activités spatiales. En juin 1971, Khrounov part à Houston avec une délégation soviétique qui prépare la future mission américano-soviétique Apollo-Soyouz. Il entraîne aussi ses collègues qui doivent séjourner à bord de Saliout 2 et, la même année, il obtient une maîtrise en sciences techniques.

Au cours de la dernière semaine de février 1972, il se rend à Marly-le-Roi pour la première conférence européenne " Les jeunes et l’Espace ". Il visite après les Engins Matra et début mars, il est l’hôte du Centre spatial de Toulouse. Cette année-là, Khrounov reçoit un autre diplôme, celui de l’Académie militaire et politique Lénine. Il recommence la formation des cosmonautes de Saliout 2 qui vont occuper Saliout 3 en 1974, après la désintégration sur orbite de Saliout 2. Il termine ses études en sciences techniques et il décroche son doctorat.

Khrounov reprend enfin son propre entraînement et il est nommé en septembre 1979 comme doublure de Romanenko pour le vol soviéto-cubain Soyouz 38 de septembre 1980, à destination de Saliout 6. On lui propose ensuite le poste de commandant de la mission soviéto-roumaine Soyouz 40 de mai 1981, mais il le refuse.

Khrounov quitte le programme spatial en décembre 1980 pour devenir chercheur dans un institut. Plus tard, il occupe les fonctions de Chef de direction au Comité d’Etat, chargé des relations économiques avec l’étranger, puis il travaille comme ingénieur dans l’industrie des transports, avant de prendre la direction de plusieurs compagnies routières. Il va également assurer la présidence de la Fédération russe des amateurs d’hélicoptères. Khrounov décède le 19 mai 2000 d’un arrêt cardiaque, à l’âge de 67 ans.

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cernan-a.JPGLe 16° astronaute, Eugene (Gene) A. Cernan, est né le 14 mars 1934 à Chicago (Terre), la ville qui élance ses gratte-ciel le long du lac bleu Michigan. C’est le petit-fils d’une Tchèque et d’un Slovaque émigrés aux Etats-Unis. A l’âge de 10 ans, il veut être aviateur après avoir vu, au cinéma, les pilotes des Hellcats et des Corsairs se poser avec rapidité et adresse sur les porte-avions stationnés dans l’océan Pacifique, pendant la seconde guerre mondiale. Ses parents veulent l’envoyer dans la meilleure école d’ingénieurs, le Massachusetts Institute of Technology (M.I.T). Ils renoncent en raison du coût élevé des études et Gene rentre alors à l’Université Purdue de Lafayette d’où il sort en 1956, avec sa licence en sciences.

Engagé dans l’Aéronavale, Cernan est affecté sur le porte-avions USS Saipan avant d’effectuer sa formation de pilote en Floride, puis dans le Tennessee. En novembre 1957, il reçoit son diplôme après dix mois seulement d’entraînement au lieu des dix-huit mois habituels. L’année suivante, il est envoyé comme pilote de chasse au Naval Air Station de Miramar en Californie, pour être ensuite assigné, en novembre 1958, sur le porte-avions USS Shangri-La équipé de Skyhawks. De mars à octobre 1959, il part en mission dans le Pacifique ouest et, à son retour, il embarque sur un autre porte-avions, l’USS Hancok.

En 1961, Cernan accepte l’offre de l’Aéronavale qui lui propose deux années d’études à l’US Naval Postgraduate School de Monterey en Californie, l’Ecole Supérieure de la Marine. Il suit des cours d’ingénierie en aéronautique afin d’obtenir une maîtrise. Alors qu’il est en stage, au cours de l’été 1963, chez le constructeur de moteurs-fusées Aerojet General de Sacramento, Cernan reçoit un appel du Bureau des Projets Spéciaux du quartier général de la Marine. Il répond qu’il est d’accord pour être présenté à la Nasa comme candidat astronaute. Il commence ainsi une série d’entretiens et de tests, tout en finissant sa thèse sur l’utilisation de l’hydrogène liquide comme moyen de propulsion des fusées à hautes performances.

En octobre 1963, Cernan est admis à l’âge de 29 ans dans la 3ème équipe des quatorze astronautes. Charmeur et sociable, il est également insouciant et très patriote. Attiré par les voitures de sport et les chevaux, il aime de plus la chasse et la pêche, le bricolage et le jardinage.

C’est en novembre 1965 que Cernan est sélectionné pour le vol Gemini 9 comme doublure du copilote Bassett qu’il va remplacer le 28 février 1966, après sa mort dans l’accident de l’avion T-38 qui coûte aussi la vie à See, le commandant de cette mission. Le 17 mai 1966, la fusée Atlas, chargée de placer en orbite l’étage Agena auquel doit s’amarrer la Gemini, est détruite en vol. Dix-sept jours plus tard, un autre lanceur parvient à satelliser un étage de substitution, l’Atda, qui n’a malheureusement pas de moteurs pour atteindre une orbite élevée, comme l’Agena.

Du 3 au 6 juin 1966, Cernan réalise, avec Stafford, sa 1ère mission de 3 j 20 mn autour de la Terre, à bord de Gemini 9 (3,75 tonnes/5,74 mètres). Il a 32 ans et c’est le plus jeune astronaute américain à partir pour l’Espace. Les deux hommes s’approchent de leur cible Atda pour constater avec déception que la coiffe, qui protège la pièce d’amarrage, n’est pas éjectée. La Nasa n’autorise pas Stafford à la dégager à l’aide de la barre de jonction fixée sur le nez du vaisseau. De même, elle juge dangereuse une sortie improvisée de Cernan pour couper les attaches du carénage. 
A défaut, les astronautes réussissent deux autres rencontres complexes avec l’Atda, non prévues au départ, pour simuler de nouveau un rendez-vous autour de la Lune d’une cabine Apollo avec un étage de remontée du module lunaire (LM) pendant une mission normale et lors d’un sauvetage du LM. Après ces manœuvres, la réserve de carburant est insuffisante pour la quatrième rencontre programmée avec l’Atda. Cernan devait se rendre sur l’étage-fusée grâce à son fauteuil volant AMU, pour prélever un collecteur de micrométéorites. L’essai de l’appareil à réaction, relié par un câble de 38,10 mètres à la Gemini, est cependant maintenu. Après un moment d’inquiétude causé par un mouvement de toupie de la Gemini que Stafford parvient à arrêter, la Nasa décide de retarder d’un jour la sortie, pour que les deux hommes puissent récupérer leurs forces, fatigués par les opérations de rendez-vous. 
cernan-gemini-9.jpgUne fois la porte de l’écoutille droite rabattue, Cernan s’élance hors de la capsule et, rapidement, il constate que son scaphandre devient rigide et qu’il doit lutter pour décoller ses bras du reste de son corps. Le cordon ombilical de 7,62 mètres le gêne, car il s’enroule autour de lui " comme un serpent ". Il arrive avec difficulté à retirer, sur le vaisseau, une boîte contenant des poussières de météorites et des échantillons biologiques qu’il remet à Stafford. Plusieurs tentatives sont nécessaires avant que Cernan fixe une caméra et un rétroviseur pour que son coéquipier puisse le voir. Il prend des photos et fait des observations. Mais il lui est pénible de rester longtemps dans une position. Aussi, pour se stabiliser, il attrape la barre d’amarrage de la Gemini. Cette action provoque un pivotement du vaisseau. Stafford demande alors à son compagnon de s’éloigner des moteurs d’orientation qu’il allume pour rétablir l’attitude de la capsule. " Ce que je peux être maladroit. J’ai l’impression d’être suspendu à un fil invisible " s’excuse à tort Cernan qui souffle dans son casque. Les battements de son cœur s’accélèrent et son pouls s’élève à 115 pulsations par minute, alors que la normale est de 72.

 

Puis vient le moment où il se dirige vers l’arrière de la Gemini qui abrite l’AMU. Pour faciliter son déplacement, deux poignées de retenues entourées de bandes adhésives velcro sont fixées sur la coque du vaisseau que Cernan agrippe tant bien que mal. Arrivé devant l’emplacement, il s’aperçoit qu’une des quatre barres d’appui n’est pas déployée et que la housse du fauteuil volant n’est pas détachée, une besogne qu’il doit accomplir. Il se retourne ensuite et passe les sangles de l’AMU comme celles d’un sac à dos. Il doit s’y reprendre par deux fois avant de pouvoir rabattre un des deux leviers équipé de la commande des mini-fusées. En l’absence de points de support suffisants, Cernan doit fournir un intense effort physique pour effectuer les divers branchements, souvent avec une seule main, l’autre accrochée à une poignée. Son pouls monte à 180 pulsations par minute. Par le cordon ombilical, Stafford est obligé de lui envoyer abondamment de l’oxygène. La complexité de son travail augmente lorsque la Gemini n’est pas éclairée par le soleil, car une seule lampe fonctionne correctement à l’arrière du vaisseau. De plus, Cernan a une très mauvaise visibilité pour exécuter les opérations.

Car le système de climatisation de son scaphandre n'arrive pas à évacuer la vapeur d’eau de sa respiration haletante et de sa transpiration excessive qui s’accumule sous forme de buée sur la visière de son casque. Il réussit cependant à nettoyer régulièrement quelques centimètres avec l’extrémité de son nez. Mais lorsque la Gemini passe dans l’ombre de la Terre, la visière extérieure de Cernan va se recouvrir de gel. Puis, la sueur pénètre dans ses yeux et les communications deviennent à peine compréhensibles. Le commandant Stafford décide alors d’interrompre la sortie, les conditions de sécurité n’étant plus assurées pour détacher et essayer l’AMU. Cernan déconnecte à l’aveuglette le fauteuil volant et, guidé par Stafford, il revient vers l’écoutille qu’il ne peut franchir qu’après avoir diminué la pression de son scaphandre et qui ne se ferme qu’avec difficulté. Son coéquipier constate qu’il ne peut voir son visage à travers la visière et que chacune de ses bottes est remplie de 2,27 litres d’eau provenant de sa transpiration. Le courageux et malchanceux piéton de l’Espace s’excuse une nouvelle fois : " Désolé pour l’AMU ". Il a, malgré tout, battu largement le record de sortie spatiale : 2 h 07 mn, comparées aux 21 mn de White et aux 12 mn de Leonov.

Onze jours après son retour sur Terre, Cernan est nommé pour l’expédition Gemini 12 comme doublure du copilote Aldrin qui va mener à bien trois sorties spatiales qu’il aurait réalisées s’il n’avait pas volé sur Gemini 9. Puis, en décembre 1966, il est désigné en tant que remplaçant éventuel du copilote du module lunaire Schweikart sur la mission Apollo 2. Dans le cadre de cette préparation, Cernan effectue, avec Stafford et Young, un test de la cabine Apollo en chambre d’altitude chez le constructeur North American Aviation, le 27 janvier 1967. Ce jour-là, à Cap Kennedy, leurs malheureux collègues Grissom, White et Chaffee périssent dans l’incendie de la cabine Apollo 1 au sommet d’une fusée Saturn IB, au cours d’un test identique. Après ce drame, Cernan est sélectionné, en novembre 1967, comme suppléant de Cunningham sur le 1er vol autour de la Terre d’une cabine Apollo qui porte le chiffre 7, après la prise en compte des vols inhabités dans la numérotation. Un an après exactement, il est nommé copilote du module lunaire (LM) d’Apollo 10, avec comme mission d’essayer pour la première fois cet engin autour de la Lune et d’enregistrer les irrégularités du champ de gravitation de notre satellite, afin de mieux préparer la trajectoire de l’atterrissage historique d’Apollo 11.

Du 18 au 26 mai 1969, Cernan accomplit son 2ème vol de 8 j 3 mn en compagnie de Stafford à nouveau et de Young, à bord d’Apollo 10 (42,77 tonnes/17,95 mètres). C’est la première expédition d’un vaisseau complet vers la Lune, propulsé par une fusée Saturn V de 111 mètres et de 2.942 tonnes dont les vibrations inquiètent sérieusement l’équipage constitué de vétérans. Au cours du trajet Terre-Lune, Cernan devient la risée de ses deux compagnons. Alors qu’il démonte la sonde d’amarrage qui relie la cabine et le LM, un nuage de fibres de verre, provenant de l’isolation thermique de l’écoutille, recouvre soudain ses cheveux et ses sourcils. Ils se dépêchent de les nettoyer pour éviter l’absorption des particules par les voies respiratoires.

Trois jours après son départ, Apollo 10 se place autour de la Lune et le module lunaire de 13,94 tonnes et de 6,98 mètres se détache, à 112 km d’altitude, de la cabine Apollo, avec Cernan et Stafford rassurés de pouvoir ensuite s’accrocher au collier d’amarrage qui a subi une torsion de 3°.

 

Le moteur principal du LM amène les astronautes jusqu’à 15,4 km de la Lune, comme prévu. Au moment où ils s’apprêtent à se séparer de l’étage de descente, le module lunaire effectue pendant quinze secondes, huit dangereuses pirouettes que Stafford stoppe deux secondes avant la perte de contrôle de l’engin qui se serait écrasé. L’emplacement d’un interrupteur avait été oublié sur le manuel de vol remis aux deux hommes. Surpris par le comportement inattendu du LM, Cernan s’écrie : " Fils de p… ! ". Un représentant de la communauté religieuse va alors déplorer que les astronautes " aient porté sur la Lune, les expressions que l’on voit écrites sur les murs des toilettes ", tandis que d’autres vont dénoncer " le mauvais exemple donné par les astronautes à la jeunesse américaine ". Après un vol de 8 h 10 mn et un parcours de 630 km, l’étage de remontée du LM retrouve la cabine Apollo qui sort de l’orbite lunaire après un séjour de 2 j 13 h 57 mn. Le voyage se termine avec le plongeon de la capsule dans l’atmosphère à 11,107 km/s, une vitesse jamais inégalée ou dépassée. A son retour, Cernan déclare : " Pour ceux que j’ai offensés, je m’excuse. A ceux qui comprennent, je leur dit merci ".

Sur Terre, Cernan fait aussi parler de lui. Après le dîner donné par le Président Nixon en l’honneur de l’équipage d’Apollo 10, il ose descendre à califourchon la longue rampe de l’escalier de la Maison Blanche. Plus tard, Slayton, le Directeur des équipages, lui fait part de son intention de le nommer comme doublure de Haise, le copilote du module lunaire d’Apollo 13, avec la perspective d’être ensuite le copilote du LM d’Apollo 16. Cernan refuse poliment. Il souhaite ardemment se poser sur la Lune, mais en tant que commandant d’une mission. Etonné par sa réponse, Slayton lui fait remarquer que l’avenir des vols est incertain et qu’il n’est pas assuré d’avoir une autre occasion de fouler le sol lunaire. Par la suite, le Directeur des équipages est amené à choisir le remplaçant éventuel du commandant Shepard d’Apollo 14. Il pense à Collins qui dirigerait ensuite Apollo 17. Heureusement pour Cernan, le pilote de la cabine d’Apollo 11 n’est plus intéressé par un autre entraînement de trois ans. Slayton appelle alors Cernan qui accepte avec joie le poste proposé et il est désigné officiellement en août 1969, suppléant de Shepard sur Apollo 14.

Mais à partir de septembre 1970, Cernan s'interroge gravement sur sa future sélection comme commandant du vol Apollo 17 qui doit être annoncée normalement en février 1971, après la mission Apollo 14. Car il est maintenant certain que ce sera la dernière expédition sur la Lune, après l’annulation des vols 18 et 19 qui fait suite à celle d’Apollo 20 décidée en janvier 1970. Or, Apollo 18 devait amener Schmitt, le premier astronaute-géologue, sur le sol lunaire en compagnie de son commandant Gordon, tandis que Brand restait en orbite. La communauté scientifique et plus particulièrement l’Académie des sciences vont alors exercer une pression continuelle sur la Nasa pour que Schmitt fasse partie d’Apollo 17.

La logique veut qu’une équipe déjà constituée, ne soit pas changée partiellement. Si l’agence spatiale cède aux revendications des scientifiques, l’équipage serait donc formé de Gordon-Schmitt-Brand au lieu de Cernan-Engle-Evans. Au Centre spatial de Houston, la première équipe est soutenue par McDivitt (ancien astronaute et Chef du programme Apollo qui n’apprécie pas Cernan), Conrad (qui a volé deux fois avec Gordon) et Scott (commandant d’Apollo 15 qui a Gordon comme doublure). La deuxième équipe est appuyée par Slayton (le Directeur des équipages qui estime que l’équipage de remplacement d’Apollo 14 est prioritaire par rapport à celui d’Apollo 15), Stafford (le Chef du Bureau des astronautes qui a volé deux fois avec Cernan) et Shepard (commandant d’Apollo 14 dont Cernan est la doublure).

Une nouvelle fois, Cernan va se faire remarquer. Le 23 janvier 1971, à huit jours du décollage d’Apollo 14, il est aux commandes d’un hélicoptère H-13 Bell qui sert aux simulations de l’atterrissage lunaire. Il survole l’Indiana River qui borde l’île Merritt où se trouve le Centre spatial Kennedy. Après une dure journée, Cernan ne résiste pas à la tentation d’effectuer un rase-mottes au-dessus de la très large rivière près de laquelle des personnes prennent un bain de soleil. Il évalue mal l’approche et le patin gauche de son appareil heurte les eaux. Déséquilibré, l’hélicoptère tombe et commence à couler. Assommé, Cernan reprend vite connaissance, sort du cockpit et plonge sous l’eau recouverte d’une nappe de carburant en feu. Epuisé, il refait surface plus loin et attrape les deux bras tendus par une dame âgée qui l’aide à monter dans sa barque de pêche. Elle remarque une bosse sur son crâne, son visage noirci, ses sourcils roussis et des brûlures sur ses mains. Cernan vient d’échapper miraculeusement à la mort.

De retour à Houston, Slayton le convoque dans son bureau et lui demande à quel moment le moteur de l’hélicoptère s’est arrêté. Cernan lui répond qu’il a toujours bien fonctionné. Slayton lui repose la question et Cernan lui donne la même réponse, en rajoutant qu’il a raté une manœuvre de pilotage interdite. Dès cet instant, Slayton va couvrir Cernan pour sa franchise sur les conditions de l’accident et il n’est pas interdit de vol, comme le pensaient ses collègues qui voyaient déjà l’équipage de Gordon sur Apollo 17. Son ami Stafford va cependant lui faire observer que ce n’était pas le moment de se livrer à des acrobaties aériennes. D'autres vont lui rappeler qu'il est un marin avant tout et qu'il a voulu sans doute écouter de près le chant des sirènes allongées au bord de la rivière.

Puis arrive le temps de la désignation de l’équipage d’Apollo 17. Slayton adresse au quartier général de la Nasa à Washington, les noms suivants : Cernan, Engle, Evans. Cette proposition est de suite rejetée par Fletcher, l’Administrateur de l’agence spatiale et par Myers, le patron du programme spatial habité. Ils veulent Schmitt sur Apollo 17. Slayton s’oriente alors vers un compromis. Il ne propose pas l’équipage Gordon-Schmitt-Brand, mais l’équipe Cernan-Schmitt-Evans qui est retenue par les autorités de la Nasa, en août 1971. A l’annonce de l’exclusion de son coéquipier Engle, avec qui il s’entraînait depuis deux ans, Cernan demande que cette décision soit annulée. Slayton lui ordonne d’accepter Schmitt, sinon il désigne l’équipage d’origine de Gordon. Il s’incline devant cet ultimatum.

Du 7 au 19 décembre 1972, Cernan effectue son 3ème et dernier vol de 12 j 13 h 51 mn à bord d’Apollo 17 (46,81 tonnes/17,95 mètres), avec Schmitt et Evans. C’est la sixième et dernière fois, au XX° siècle, que des ambassadeurs de la Terre se rendent sur la Lune. Cernan devient le 3ème homme à faire un second voyage vers notre satellite, mais il est le seul à piloter à deux reprises un module lunaire (LM). La satellisation autour de la Lune réalisée, la chaloupe d’atterrissage de 16,45 tonnes, occupée par Cernan et Schmitt, se décroche de la cabine Apollo. A l’issue du fonctionnement pendant 12 mn du moteur de descente qui consomme 8,28 tonnes de carburant, le LM Challenger se pose sur le site Taurus-Littrow, une vallée de 11 km entourée de deux montagnes de 2.400 m et de 1.800 m.

" C’est le plus grand moment de ma vie " s’exclame Cernan qui sort ensuite du module lunaire avec l’équipement de survie sur le dos. " J’ai l’impression de porter la hotte du Père Noël " dit-il, en devenant le 11° piéton lunaire, suivi par Schmitt. Les astronautes installent les appareils de la cinquième station scientifique Alsep qui enverra, jusqu’en septembre 1977, ses informations sur l’environnement, sur la gravitation et sur la séismologie dont une expérience consiste à radiographier le sous-sol lunaire grâce aux ondes émises par l’explosion de charges, après le départ des deux hommes. Ils rangent divers équipements dans la jeep lunaire et Cernan échappe malencontreusement un marteau qui casse une partie du garde-boue de la roue arrière droite. Il l’attache avec du ruban adhésif mais, après avoir roulé, il s’étonne que le tableau de bord soit si souvent recouvert de poussière. Il s’aperçoit alors que la section bricolée du garde-boue est tombée en cours de route. " J’en suis malade de l’avoir perdue…Il faut que j’en fabrique une ce soir " regrette Cernan. Il réussit avec quatre cartes rigides fixées sur la partie restante du garde-boue, par deux pinces de la baladeuse du télescope d’alignement optique du LM.

Au cours de la deuxième sortie, les astronautes continuent à collecter des échantillons, à faire des observations, à forer le sol pour prélever des carottes et y placer des senseurs thermiques. Ils chantonnent, rient ou s’écrient, surtout lorsqu’ils découvrent des roches de couleur jaune-orangé. Leur entrain va s’arrêter après qu’ils soient retournés dans le module lunaire. Ils constatent que la pression d’oxygène est de 20 % supérieure à la normale avec pour conséquences, si ce taux ne baisse pas, une ivresse de l’équipage, un gaspillage de ce gaz entraînant un retour anticipé et une dégradation dangereuse des parois du LM. Cernan et Schmitt s’empressent de fermer l’arrivée de l’oxygène, puis ils passent en revue tous les composants du système de contrôle de l’environnement. L’alerte dure 45 mn avant que les astronautes découvrent le dérèglement d’une des valves par où est introduit l’oxygène.

Lors de la troisième sortie, les deux hommes terminent la récolte des pierres et, en passant près d’un rocher de la taille d’un camion, Cernan annonce : " Celui-là, je le laisse pour la prochaine expédition ". C’est une moisson record qu’ils vont ramener sur Terre : 110,52 kg, soit 17 kilos de plus que la quantité prévue. Cernan, en plaisantant, dit au centre de contrôle : " Ne vous faites pas de souci, Jack et moi, nous avons perdu chacun 9 kilos en travaillant sur la Lune ". Avant de remonter dans le module lunaire, Cernan s’agenouille sur le sol où il écrit les initiales de sa fille Tracy : T.D.C., puis il regarde une dernière fois la Terre dans le ciel lunaire.

Après avoir séjourné 3 j 2 h 59 mn, réalisé 3 sorties d’une durée de 22 h 03 mn enrichies par la présence de Schmitt, roulé pendant 4 h 29 mn sur une distance de 35,70 km et s’être écartés de 7,37 km du LM, les derniers Terriens décollent de la Lune. Ils laissent l’étage de descente du module lunaire sur lequel une plaque est fixée, rappelant leur passage : " Ici, l’homme a terminé sa première exploration de la Lune-Décembre 1972 ".

A bord de l’étage de remontée, les deux astronautes s’amarrent à la cabine America qui s’échappe de l’orbite lunaire, après y être restée 6 j 3 h 43 mn. Cernan communique au sol : " America a trouvé des vents favorables. Nous sommes sur le chemin du retour ". En s’éloignant, l’équipage voit apparaître la Lune entière à travers le hublot central et c’est avec émotion que Cernan déclare : " C’était, c’est un commencement ". Sur le trajet Lune-Terre, Evans sort dans l’Espace pendant 1 h 06 mn pour récupérer, dans le compartiment scientifique du module de service d’Apollo, trois cassettes de films et de données sur la surface et l’environnement de la Lune. Les vols lunaires, commencés dans l’enthousiasme le 20 décembre 1968 avec le lancement d’Apollo 8, se terminent dans la mélancolie le 19 décembre 1972 avec l’amerrissage d’Apollo 17. La Terre, qui a accouché de la Lune, a décidé d’abandonner sa fille pour très longtemps.

En mai 1973, Cernan s’envole pour le Salon du Bourget avec ses coéquipiers de son dernier vol et son ami Stafford désigné, quatre mois plus tôt, commandant de la mission américano-soviétique Apollo-Soyouz (ASTP). Il rencontre les cosmonautes Elisseev ainsi que Leonov et Koubassov qui vont participer au vol conjoint et qu’il va revoir souvent car il est désigné, en septembre de cette année, Assistant spécial du Directeur chargé de la préparation du programme ASTP. A ce titre, il se rend plusieurs fois en URSS entre 1973 et 1975 et, dans les allées de la Cité des Etoiles, il va déclencher une inoubliable bataille de boules de neige.

Cernan envisage un moment d’attendre la mise en service de la Navette mais, après avoir été sur la Lune, il craint que tourner autour de la Terre à bord de cet engin révolutionnaire, ne soit pas très excitant pour lui. Par ailleurs, il a la possibilité de retourner dans l’Aéronavale qui lui propose une affectation au Pentagone, au Bureau des programmes spatiaux, mais un poste administratif ne l’intéresse pas. Par contre, il aurait bien aimé commander un porte-avions s’il n’avait pas été si gradé. Le 6 juin 1976, un mois avant son départ de l’agence spatiale, Cernan se trouve à Sainte-Mère-Eglise, en compagnie des astronautes Evans, Lovell et Carr, invités à la commémoration du 32ème anniversaire de la libération de la première ville française, par la 82° et la 101° divisions aéroportées américaines.

Cernan quitte la Nasa en juillet 1976 pour rentrer à 42 ans dans le privé. Il rejoint la Coral Petroleum Inc., comme Vice-Président exécutif, en charge des affaires internationales. Il crée par la suite sa compagnie, The Cernan Corporation, qui regroupe des consultants dans les domaines de l’énergie, de l’aérospatiale et des industries connexes. Il fonde ensuite la Cernan Group, destinée à créer des liens entre les constructeurs spatiaux et les jeunes sociétés de transport spatial. Il va également être Directeur du marketing de la Digital Equipment Corporation et Membre du Bureau des directeurs de la General Space Corp. Il devient Président du Conseil d’administration de la Johnson Engineering Corporation qui fournit au Centre Spatial Johnson des simulateurs de vol du poste de pilotage de la Navette, du Spacelab, de la station ISS et du vaisseau lunaire et martien. Cernan va tenir aussi, avec talent, le rôle de commentateur des missions de la Navette, sur la chaîne de télévision ABC.

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Le 17° cosmonaute, Gueorgui S. Chonine, est né le 3 août 1935 à Rovenki (Terre), mais son enfance se déroule à Balta près d’Odessa, bâtie en 1794 d’après les plans des architectes de France et d’Italie. Située au bord de la Mer Noire dont le littoral est appelé en français « La Côte d’Azur », la ville abrite l’Ecole préparatoire de l’Armée de l’Air où Gueorgui entre à l’âge de 15 ans, pour concrétiser son rêve de gamin.

En 1953, Chonine est admis à l’Ecole Yeisk de l’Aéronavale d’où il sort quatre ans plus tard, diplômé en aéronautique. Il sert ensuite comme pilote de chasse dans la Flotte de la Baltique, puis dans celle du Nord.

A partir du mois d’août 1959, des équipes de médecins militaires se rendent dans les bases aériennes et aéronavales. Ils demandent aux jeunes pilotes s’ils sont intéressés pour prendre les commandes d’un « appareil volant entièrement nouveau ». La première réaction de Chonine est réservée, car il pense que l’on recherche encore des aviateurs pour les transférer dans des unités équipées de super-hélicoptères. Il répond aux deux médecins qui l’interrogent : « Je suis un pilote de chasse. J’ai choisi une école afin d’apprendre à voler sur des avions rapides et vous… ». Le plus âgé le coupe : « Non ! Non ! Tu ne comprends pas. Nous voulons te parler de vols à longue distance, de vols sur des fusées, de vols autour de la Terre ». Il accepte alors, avec enthousiasme, leur proposition de participer à cette Grande Aventure.

En mars 1960, Chonine rentre à l’âge de 25 ans dans le 1er groupe des vingt cosmonautes. Réservé et discret, il agit avec tact dans toutes ses relations. Il admire Antoine de Saint-Exupéry, l’aviateur et l’écrivain-humaniste, auteur notamment de « Courrier Sud », « Pilote de guerre », « Le Petit  Prince ».

Bien qu’il soit le plus capable pour résister aux températures élevées dans la chambre thermique, Chonine sait qu’il n’ouvrira pas la porte des étoiles. Il ne peut pas s’entraîner, à cause de sa stature, dans le premier et étroit simulateur du vaisseau Vostok réservé aux cosmonautes de taille et de corpulence moyenne. Il est contraint d'attendre le second appareil, plus large.

Nommé doublure de Popovitch pour le vol Vostok 4 d’août 1962, Chonine se familiarise avec la centrifugeuse, sorte de manège formé d’une cabine fixée à l’extrémité d’un bras tournant à grande vitesse. C’est au cours d’un de ces tests qu’un médecin se rend compte de l’irrégularité des battements du cœur de Chonine. Déçu, il cède sa place de remplaçant à Komarov. Il craint que sa carrière soit terminée, mais des examens approfondis le rassurent. Les directeurs de la formation des cosmonautes reçoivent le rapport médical du spécialiste Molchanov dans lequel il est écrit : « Ne tourmentez pas le camarade Chonine. Envoyez-le se reposer. Il est tout simplement surmené ».

Après un congé mérité, il reprend sa préparation et, à partir de septembre 1963, il s’entraîne pour voler sur une des missions Vostok 7 à 10, prévues pour 1964. Cinq mois plus tard, elles sont annulées et les vaisseaux modifiés pour le nouveau programme Voskhod sur lequel Chonine est assigné.

Il est tout d’abord pressenti pour effectuer une sortie spatiale, équipé d’un système propulseur pour s’éloigner jusqu’à 100 m du Voskhod 5 qui devait initialement embarquer un équipage féminin.

Il va être le plus remarquable dans son apprentissage des techniques. Kamanine, le Directeur des équipages, décide alors de nommer le cosmonaute, en janvier 1966, copilote de Voskhod 3, en remplacement du scientifique Katys. Ce vol doit battre deux records : 20 jours en orbite contre 13 jours pour la Gemini 7 américaine et un apogée de 900 km comparé à celui de 475 km atteint par Voskhod 2.

Cette expédition et les trois suivantes sont supprimées en mai 1966 par Michine, le nouveau patron du programme spatial. Il estime que le coût de ces missions va retarder le programme Soyouz et qu’elles ne présentent pas une sécurité absolue. Désappointé, Chonine rejoint ce programme.

S’il n’est pas encore parti pour le Cosmos, le cosmonaute a du moins la satisfaction d’obtenir, en décembre 1968, son diplôme d’ingénieur en aéronautique avec mention très bien, décerné par l’Académie Joukovski, après sept ans d’études menées en parallèle avec sa formation de cosmonaute.

Chonine est d'abord désigné comme doublure du commandant de bord Volynov pour le vol Soyouz 5 de janvier 1969. L’expédition suivante Soyouz 6 est prévue pour mai 1969 et celles de Soyouz 7 et 8 en septembre 1969. En avril 1969, les responsables politiques et spatiaux veulent répondre de façon spectaculaire au fantastique succès d’Apollo 8 autour de la Lune en décembre 1968. Ils retardent le lancement de Soyouz 6 pour qu’il intervienne dans la fenêtre de tir des Soyouz 7 et 8. Ainsi, trois vaisseaux partiront successivement et Soyouz 6 filmera l’amarrage de Soyouz 7 avec Soyouz 8. Ces deux cabines constitueront une mini-station spatiale, avec l’échange d’un membre de chaque engin, pour répéter la relève des équipages des futures stations Saliout. Chonine est enfin sélectionné comme commandant de bord du premier vaisseau.

  Du 11 au 16 octobre 1969, Chonine réalise à bord de Soyouz 6 (6,58 tonnes/6,98 mètres), son unique vol de 4 j 22 h 42 mn autour de la Terre, en compagnie de Koubassov. Peu après la satellisation, le système automatique de pressurisation des réservoirs tombe en panne, empêchant l’allumage des moteurs de manœuvre. Au cours de la troisième orbite, Chonine parvient à les pressuriser, manuellement. Il s’approche comme prévu à 500 m du Soyouz 7 de Filiptchenko, Gorbatko et Volkov, parti le 12. Mais le système Igla de rendez-vous automatique de Soyouz 8 occupé par Chatalov et Elisseïev lancés le 13, ne fonctionne plus. L’amarrage entre ces deux cabines ne peut donc avoir lieu. Soyouz 6 effectue par la suite deux autres rendez-vous avec chaque engin. C’est la première fois que trois vaisseaux se trouvent en même temps dans l’Espace, avec un nombre record de sept cosmonautes.

Une autre première intervient : la soudure de métaux, en vue de l’assemblage des futures structures spatiales. A l’intérieur du module orbital, dépourvu de pièce d’amarrage, est installé un fourneau appelé « Volcan » que Koubassov met en marche depuis le module de rentrée. A la fin de l’expérimentation automatique, les deux hommes pénètrent dans l’habitacle pour récupérer les échantillons de métaux soudés. Les cosmonautes découvrent alors, avec stupeur, un trou dans la paroi interne de la cabine. Pendant le déroulement d’une expérience, un jet de neutrons, heureusement de très courte durée, a dévié de sa trajectoire et a fondu le métal du vaisseau !

De retour sur Terre, Chonine devait repartir comme commandant du Soyouz 11 pour un amarrage avec Soyouz 12, dans le cadre du deuxième essai du système Kontakt de rendez-vous, équipant le futur engin lunaire du programme L3 d’atterrissage sur la Lune. Mais ces deux vols, envisagés pour février 1970, sont annulés suite à la difficulté de mise au point de ce nouveau système.

Après sa mission Soyouz 6, Chonine connaît la gloire, mais il ne sait pas refuser les invitations. En mars 1970, Kamanine commence à s’inquiéter en lisant les rapports qu’il reçoit sur ses trop nombreuses fréquentations à l’extérieur. Il convoque le cosmonaute dans son bureau et lui demande de changer sa conduite, sous peine d’une interdiction de vol pendant cinq ans.

Rassuré par la réponse de Chonine, qui est au demeurant un des meilleurs cosmonautes, Kamanine accepte, le mois suivant, la proposition de Michine qui veut nommer Chonine commandant de bord de Soyouz 11, pour la deuxième occupation de la station Saliout 1. A la suite d’une modification dans la composition des équipages, Kamanine le désigne quinze jours plus tard, commandant de Soyouz 10, pour le premier séjour dans la station.

Le 5 février 1971, deux mois avant le lancement de Saliout 1, Kamanine apprend que Chonine a interrompu sa séance d’entraînement ce jour-là. Intrigué, il mène son enquête et il découvre que ce n’est pas la première fois qu’il s’absente. On l'informe qu'il a pour habitude d'amener de la boisson. Furieux, Kamanine remplace Chonine par Chatalov. Il n’est pas exclu du Corps des Cosmonautes en raison de sa grande compétence professionnelle.
Il continue ses études et il est désigné en mai 1973, commandant de l’équipage de support du vol Soyouz 19 de Leonov et de Koubassov, pour la mission conjointe américano-soviétique Apollo-Soyouz de juillet 1975. Puis, il dirige le groupe de cosmonautes qui doivent habiter la seconde station d’espionnage Saliout 5 (Almaz) mise en orbite en 1976. Il s’entraîne ensuite, à partir de 1977, pour occuper la troisième station militaire. En 1978, Chonine obtient une maîtrise en sciences techniques, avant d’être nommé commandant du premier équipage de cette station d’espionnage. Hélas pour lui, il ne va pas ressentir une seconde fois le phénomène de l'apesanteur. Il est remplacé peu après par le cosmonaute Berezovoï, car il ne remplit pas toutes les conditions physiques pour participer à un vol spatial. La station ne sera finalement pas lancée.

Chonine démissionne alors du Corps des Cosmonautes en avril 1979. Il reste à la Cité des Etoiles, en tant que Chef du Département  Entraînement, pour former les occupants des stations civiles Saliout 6 et 7. En 1984, il est affecté sur le projet de navette spatiale Bourane. Un an plus tard, il prend en charge les pilotes de l’avion de l’Espace, mais Bourane n’effectue qu’un seul vol, inhabité et exemplaire, en novembre 1988, avant la fin du programme jugé trop coûteux.

En 1989, Chonine quitte le programme spatial pour prendre les fonctions de Directeur de l’Institut Central de la Recherche Scientifique, au Ministère de la Défense. Il décède le 7 avril 1997, à l’âge de 62 ans, d’un arrêt cardiaque. Son corps repose près de la Cité des Etoiles.

 

 

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collins-a.JPGLe 17° astronaute, Michael (Mike) Collins, est né le 31 octobre 1930 à Rome (Terre) où son père est attaché militaire à l’ambassade américaine de cette ville éternelle qui a été un empire, puis une civilisation. La famille vit dans un appartement à proximité de la villa Borghèse, un magnifique jardin public orné de sculptures et de bassins d’inspiration antique que le jeune Mike regarde avec des yeux étonnés. Il va habiter ensuite dans de nombreuses villes des Etats-Unis, au gré des mutations de son père. Ce n’est pas sans lui déplaire, car il apprend souvent deux fois les mêmes leçons à l’école et il se fait de nouveaux copains de classe. A l’âge de onze ans, il reçoit son baptême de l’air à bord d’un avion Grumman Widgeon, assis à côté du pilote survolant Porto-Rico, l’île montagneuse des Grandes Antilles.

Au collège Saint-Albans de Washington où il poursuit ses études secondaires, Mike va devenir très populaire auprès de ses camarades. Il occupe la place de capitaine dans l’équipe de lutte et celle de gardien de but dans l’équipe de foot. D’une nature espiègle, il est toujours le premier à être suspecté lorsqu’un incident survient dans l’établissement. Pendant les heures de cours, tous observent son air endormi chaque fois qu’il revient de la messe de 6 h 30 qu’il sert en tant qu’enfant de chœur à la cathédrale. Se lever à 5 heures du matin ne lui convient pas. C’est en mathématiques qu’il obtient ses meilleures notes et il est désigné chef de classe. Un de ses professeurs va remarquer " sa précision intellectuelle ".

Par tradition familiale, Collins entre à l’Académie militaire de West-Point d’où il sort en 1952 avec une licence en sciences. Contrairement à son père qui a fait carrière dans l’Armée de Terre, il choisit l’Armée de l’Air. L’année suivante, il devient pilote de chasse avant d’être affecté à la base de Nellis (Nevada). En décembre 1954, il part pour la France, rejoindre la base américaine de l’Otan située à Chambley (Meurthe-et-Moselle). Aux commandes du F-100 Super-Sabre, Collins effectue des missions de reconnaissance, notamment vers le Groenland et la Libye.

Au début de l’année 1956, il fait la connaissance de Patricia, la responsable du Centre récréatif de la base. Ils se fiancent à l’automne avec l’intention de se marier l’année suivante aux Etats-Unis. En octobre, une insurrection dans la Hongrie pro-soviétique déclenche l’état d’alerte dans les pays occidentaux. Collins part en Allemagne de l’ouest et revient début 1957, en sachant qu’il va devoir rester plus longtemps que prévu en Europe, compte tenu de la situation internationale. Pat et Mike décident alors de se marier au printemps à la mairie de Chambley et dans la chapelle de la base.

Après un séjour de trois ans, ils quittent avec regret la France fin 1957, car Collins est mécontent de sa nouvelle affectation. Lui qui veut continuer à piloter, il se retrouve à la base de Chanute (Illinois) comme officier de maintenance pour inspecter les avions et réapprendre l’ingénierie électrique. Collins tient neuf mois, puis il se confie à son supérieur qui l’écoute. Il reste à Chanute, mais en tant qu’officier d’entraînement dans une unité mobile. Il va d’une base à une autre, former les pilotes au maniement des appareils.

Ce travail lui permet d’accumuler assez d’heures de vol pour poser sa candidature à la célèbre école des pilotes d’essai d’Edwards (Californie) où Collins est admis en 1960. Il a comme professeur Stafford et comme condisciple Borman, de futurs astronautes. Après trente-deux semaines de formation, il obtient son brevet et il évalue les performances des nouveaux avions de chasse. En septembre 1962, il est déçu de ne pas être retenu dans la deuxième équipe d’astronautes. Il reste à Edwards pour suivre une formation complémentaire à la nouvelle école des pilotes de recherche aérospatiale jusqu’à son entrée à la Nasa.

En octobre 1963, Collins est sélectionné à l’âge de 33 ans dans la 3ème équipe des quatorze astronautes. C’est un homme paisible et sans prétention qui se comporte avec aisance dans la société. Expert en greffe de rosiers, il pratique le hand-ball et la pêche à la ligne " qu’il a appris à aimer en France ".

En juillet 1965, il est nommé doublure du co-pilote Lovell pour le vol de longue durée Gemini 7 de décembre 1965. Puis, en janvier 1966, il est désigné co-pilote de Gemini 10, considéré comme le vol le plus complet du programme.

Du 18 au 21 juillet 1966, Collins réalise sa 1ère mission de 2 j 22 h 46 mn sur Gemini 10 (3,76 tonnes/5,74 mètres), en compagnie du commandant de bord Young. Six heures après le lancement, le vaisseau, simulant le module lunaire qui décolle de la Lune, accoste l’étage-fusée Agena 10 de 7,50 m représentant la cabine Apollo en orbite lunaire. Pour la première fois, un amarrage stable est effectué, mais l’accouplement a exigé une consommation importante de propergol, due à une erreur de programmation dans le système de guidage.

Afin d’économiser le carburant restant, on décide d’annuler les autres accostages et de laisser la Gemini soudée à l’Agena 10 le plus longtemps possible. Ses réserves de propergol vont ainsi servir à manoeuvrer la cabine.

collins-agena.jpgComme prévu avant le lancement, le moteur de l’Agena 10 est mis à feu pour propulser l’attelage Gemini-Agena sur une orbite à l’apogée de 763 km, une altitude record pour un vaisseau habité. Puis, l’Agena 10 est réallumée pour abaisser l’apogée à 378 km, en vue du rendez-vous avec l’Agena 8. Avant la rencontre avec cet étage-fusée, Collins accomplit une sortie partielle de 49 mn, le buste hors de la Gemini. Il photographie la Terre et le ciel avec un appareil, accroché ensuite au bout d’une perche pour qu’il prenne des clichés d’une palette de couleurs tenue par l’astronaute. Il réalise par la suite des mouvements avec ses bras pour s’entraîner à la future

nage spatiale et il " envisage avec intérêt les acrobaties à venir ". Soudain, ses yeux se mettent à couler et Collins sent une odeur âcre envahir son casque. Des vapeurs d’hydroxyde de lithium qui filtrent le bioxyde de carbone, viennent de pénétrer dans le système d’alimentation en oxygène de sa combinaison. Young est également victime des mêmes troubles. La sortie est interrompue six minutes plus tôt et on envisage un retour d’urgence sur Terre. Les astronautes appliquent des compresses humides sur leurs yeux. La situation redevient normale après une augmentation de l’oxygène dans la cabine et la réparation du système.

Plus tard, Young se décroche de l’Agena 10 après une jonction de 39 heures et il utilise les moteurs de la Gemini pour rejoindre l’Agena 8, réalisant ainsi le premier rendez-vous avec deux engins différents. Le vaisseau se positionne au-dessus de l’étage-fusée et Collins sort de l’habitacle. Il détache de la Gemini une plaque qui a piégé des poussières de météorites et la remet à Young. L'astronaute branche ensuite le tuyau de son pistolet à gaz sur le réservoir de nitrogène.

 

Puis, Collins s’élance vers l’Agena 8. Il agrippe avec ses gants la bordure trop lisse du cône d’amarrage et regrette l’absence de poignées pour maintenir son corps. Il glisse et s’éloigne de cinq mètres de l’étage-fusée, échappant la plaque qu’il doit fixer sur l’Agena.

Grâce aux jets tirés par son pistolet qui orientent sa marche, l'astronaute parvient à récupérer la plaque, puis à revenir vers l’étage-fusée. Il repère une grappe de câbles qu’il saisit pour se stabiliser. Collins range son pistolet et il réussit à démonter une plaque de 15 cm de côté, érodée par l’action des météorites depuis quatre mois. L'astronaute décide de ne pas la remplacer par celle qu’il a amenée de peur de la perdre pendant l’échange, d’autant plus que l’Agena commence à basculer. " Rentre à la maison, lâche la plaque !" lui dit Young. " Ne t’inquiète pas, ne t’inquiète pas,  j’arrive !" lui répond Collins. Il retourne vers la Gemini et donne la plaque prélevée à Young.

Il éprouve maintenant des difficultés à dénouer plus de la moitié des 15 m de son cordon qui le relie à la cabine. Car il faut qu’il puisse évoluer librement à l’aide de son pistolet, pour simuler le sauvetage d’un astronaute. Mais le vol en formation avec l’Agena a coûté cher en carburant. Collins pénètre alors dans l’habitacle, assisté par Young qui défait le cordon enroulé autour de ses jambes. A ce moment-là, l'astronaute s’aperçoit qu’il a perdu la caméra. La marche a duré 39 mn au lieu des 55 mn prévues, mais Collins devient le premier astronaute à effectuer une double sortie et à prendre contact avec un autre engin spatial.

Deux mois après son vol, Slayton, le Directeur des équipages, désigne Collins comme doublure de Cunningham pour la mission Apollo 2 qui doit tester autour de la Terre, la cabine. En décembre 1966, la Nasa supprime ce vol qui est répétition du vol Apollo 1 et Collins est nommé pilote de la cabine Apollo 3 prévue pour s’amarrer en orbite terrestre au premier module lunaire piloté par le commandant de bord Borman et Anders. Mais le 27 janvier 1967, Grissom, White et Chaffee meurent dans l’incendie au sol de la cabine Apollo 1. Ce drame va entraîner une modification du vaisseau et des missions, avec la prise en compte des vols inhabités dans la numérotation.

 

En mai 1967, Collins s’envole avec Scott vers la France pour participer au Salon du Bourget. Ils rencontrent les cosmonautes Feoktistov et Beliaïev. Pour Collins, accompagné de son épouse Pat, ce retour est aussi un pèlerinage particulier. A l’invitation de la municipalité de Chambley, ils se rendent à la mairie où ils se sont mariés dix ans plus tôt. Le maire leur offre des toasts et du champagne, puis il leur remet une clé de la ville datant du XVI° siècle, pour les faire ensuite citoyens d’honneur. A leur sortie, ils sont acclamés par les habitants qui les accompagnent dans les rues, sous une pluie de confettis. Ils assistent à un concert donné par le chœur des enfants de l’école. Un vrai repas de noces et un bal clôturent cette journée pleine d’émotions pour le couple qui vient de revivre avec éclat leur mariage.

 

En décembre 1967, Collins est maintenu dans ses fonctions de pilote de la cabine, mais pour l’expédition Apollo 9 en vue de l’amarrage au module lunaire n° 2 de Borman et d’Anders, sur une orbite terrestre à l’apogée de 6.500 km. L'astronaute s’entraîne, mais il entretient aussi sa forme physique. Un jour, au cours d’une partie de hand-ball, sa jambe gauche se dérobe. Puis, alors qu’il descend un escalier, son genou gauche se bloque et il manque de tomber. Enfin, il ne ressent aucune sensation lorsque de l’eau chaude coule sur sa jambe gauche. Inquiet par cette série de symptômes étranges, Collins voit, en juillet 1968, le médecin des astronautes qui l’oriente vers un neurologue. Une radiographie décèle une excroissance osseuse entre la cinquième et la sixième vertèbre de son cou, qui compresse par moment les nerfs cervicaux. Une douzaine d’années plus tôt, Collins a abandonné son F-86 en perdition et la brutalité de l’éjection a du endommager certainement un disque vertébral qui s’est déformé avec le temps. Il est remplacé lors d’une opération. Amer et le cou dans le plâtre, Collins est interdit de vol pour une durée indéterminée.

Sa doublure Lovell prend sa place sur le vol Apollo 9 qui doit avoir lieu normalement au cours du premier trimestre de 1969. Mais la Nasa va constater que le module lunaire n° 1 qui doit voler sur une orbite terrestre basse lors de la mission Apollo 8 dirigée par Mc Divitt, ne sera pas prêt pour la fin de l’année 1968. Puis, les services d’espionnage vont avertir la Nasa d’un possible survol lunaire par des cosmonautes soviétiques avant le début de 1969. En août 1968, Collins est effondré lorsqu’il apprend que Low, le Directeur du programme Apollo à Houston, propose d’utiliser le créneau de lancement de décembre 1968 pour lancer la cabine Apollo 8 autour de la Lune avec l’équipage d’Apollo 9 dont il faisait partie un mois auparavant. Il perd ainsi l'occasion de participer à une grande première spatiale.

Ses ennuis de santé disparus, Collins recommence progressivement à piloter le T-38 d’entraînement fin novembre et, le 6 janvier 1969, c’est une autre grande première spatiale que lui offre Slayton. Il le désigne comme pilote de la cabine Apollo 11 pour amener et récupérer en orbite lunaire les premiers hommes sur la Lune.

Peut-être parce que Collins a vécu en France, le pays de la gastronomie, la Nasa lui demande de goûter les menus qui seront embarqués à bord du vaisseau. Sur les cartes, il ne trace pas de croix en face de " médiocre ", " assez bon " ou " bon ". Il s’inspire plutôt des guides français dont il a apprécié la lecture. Il dessine des fourchettes et des couteaux entrecroisés ainsi que des étoiles devant chaque plat décrit. Très satisfaite, la Nasa retient son système de notation qu’il complète par des remarques ironiques du genre " assaisonnement subtil ", " un délice pour le palais ", " riche et moelleux ".

Collins va s’investir si intensément dans la préparation de son vol que lorsque Slayton lui propose d’être ensuite la doublure de Shepard sur Apollo 14, puis le commandant d’Apollo 17, il décline l’offre en rajoutant " sauf si la mission Apollo 11 échoue ". Il ne veut pas s’entraîner trois ans de plus et il souhaite passer plus de temps avec sa famille.

 

Du 16 au 24 juillet 1969, Collins effectue sa 2ème et dernière mission de 8 j 3 h 18 mn sur Apollo 11 (43,81 tonnes/17,95 m) avec le commandant de bord Armstrong et Aldrin. Lors du lancement, l'astronaute trouve que la fusée Saturn V est " agitée de hoquets ", mais son troisième étage propulse comme prévu le vaisseau vers la Lune. Trois jours après, Apollo 11 survole la face cachée et Collins allume pour six minutes le moteur SPS de 9,3 tonnes de poussée qui va consommer onze tonnes de carburant pour freiner le vaisseau de 9.170 km/h à 6.115 km/h et le placer sur une première orbite au périlune de 113 km et à l’apolune de 312 km.

Puis arrive l’instant où Collins doit détacher le module lunaire (LM) Eagle de la cabine Columbia. Il prévient ses deux compagnons " Nous y sommes, Aigle…Attention les gars !". Le LM s’éloigne et Collins se prépare alors à les secourir si l’atterrissage sur la Lune avorte ou s’ils décollent plus tôt que prévu. Armstrong et Aldrin se posent sur le sol lunaire ce 20 juillet 1969 et repartent 21 h 36 mn plus tard, après avoir réalisé le vieux rêve de l’humanité.

 

 

collins-apollo-bis.jpgResté seul pendant près de 28 heures, Collins se réjouit de voir apparaître l’étage de remontée du module lunaire. Les deux engins s’approchent et Collins amarre sa cabine au LM grâce à trois loquets de jonction fixés sur la tête de l’ancre d’accostage. Mais au moment où l'astronaute provoque la mise en marche des autres verrous situés sur la base de l'ancre, les deux véhicules se mettent à tournoyer violemment vers la droite. " Nous sommes en plein cirage !" s’écrit Collins à qui il faut huit secondes pour réussir à arrêter ce mouvement et à ramener les deux engins dans l’axe l’un par rapport à l’autre, juste avant que les douze grands verrous se ferment sur le collier d'amarrage du module lunaire. Les trois astronautes sont enfin réunis.

Après avoir déchargé le LM qui est largué, le vaisseau Apollo sort de l’orbite lunaire - où il est resté pendant 2 j 11 h 30 mn - et prend la direction de la Terre. Peu avant la rentrée dans l’atmosphère, l’équipage reçoit cet appel : " Apollo 11 ? Ici Houston ! Vous avez l’autorisation d’atterrir ". " Je vous assure que nous en sommes très heureux  !" répond Collins. A son retour, il écrit les mots suivants sur le poste de navigation pour manifester sa reconnaissance envers sa machine : " Vaisseau spatial 107, alias Apollo 11, alias Columbia. Le meilleur vaisseau de tous. Dieu le bénisse ".

En août 1969, il quitte comme prévu le Corps des Astronautes, en précisant qu’il espère continuer à travailler pour le programme spatial. Le 8 octobre 1969, Collins revient en France qui honore les trois héros du premier atterrissage sur la Lune. En regagnant leur Boeing à la fin de leur visite, ils passent devant une escorte alignée devant l’appareil. Collins s’arrête brusquement devant le militaire français qui commande le détachement et lui dit : " Est-ce que vous me reconnaissez ? Nous étions ensemble, en 1956, à la base américaine de Chambley, en Meurthe-et-Moselle".

En novembre 1969, Collins part de la Nasa à l’âge de 39 ans après que le Président Nixon l’ait nommé Secrétaire d’Etat-adjoint, chargé des Affaires Publiques, à compter de janvier 1970. Il s’occupe notamment de la diffusion et de la publication des discours et des déclarations du Département d’Etat en matière de politique étrangère.

Collins quitte le gouvernement en février 1971, pour devenir deux mois plus tard, le premier Directeur du Musée National de l’Air et de l’Espace de Washington, géré par l’Institution Smithsonian. Diplômé en management avancé en 1974 de l’Ecole de Commerce d’Harvard, il dirige remarquablement bien la construction du musée qui se termine en juillet 1976. Il va contribuer alors au renom de la recherche aérospatiale, ainsi qu'à l’éducation aéronautique et spatiale.

Le 2 août 1977, Collins se rend à nouveau en France pour inaugurer l’exposition spatiale en l’église romane de Torques (Calvados). La Nasa, le Cnes, le Palais de la découverte, l’Aérospatiale, Matra et la Sep participent à cette manifestation. C’est la première fois qu’un monument du XI° siècle sert de cadre aux techniques du XX° siècle.

Collins arrête ses fonctions de Directeur du Musée en avril 1978, afin d'occuper le poste de Sous-Secrétaire de l’Institution Smithsonian qui promeut la culture et les sciences. Deux ans après, il devient Vice-Président de la Vought Corporation, une importante compagnie aérospatiale et de défense. En 1985, il crée la firme Michael Collins Associates qui regroupe des consultants dans les domaines de l’aéronautique et de l’espace.

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Le 18° cosmonaute, Valéri N. Koubassov, est né le 7 janvier 1935 à Viazniki (Terre), au nord-est de Moscou. A la gare fluviale de Severny et grâce à son père, mécanicien dans la Marine, il prend souvent un bateau plat pour se déplacer sur le canal Mosca et rejoindre la majestueuse Volga, le fleuve qui roule ses eaux sur 3 688 kilomètres. Pourtant, Valéri ne veut pas être matelot, ni construire des paquebots.

Après avoir terminé brillamment ses études secondaires, il est admis à l’Institut d’Aviation de Moscou où il étudie pendant six ans. Avec son diplôme d’ingénieur en aéronautique obtenu en 1958, Koubassov entre au Bureau d’études de Korolev, le constructeur en chef des fusées et le patron du programme spatial qui a déjà recruté Feoktistov et Elisseïev, de futurs cosmonautes.

Il est tout d’abord employé au Département Balistique, en charge des trajectoires des vaisseaux spatiaux. Pendant ses loisirs, il rédige des articles sur ce sujet, publiés dans des revues scientifiques. Il travaille ensuite dans l’équipe de conception du Voskhod dirigée par Feoktistov, lequel a le privilège de participer au vol inaugural de cette cabine en octobre 1964.

Dès lors, l’idée de partir à son tour pour le Cosmos est constamment présente dans ses pensées. Koubassov veut tester les instruments qu’il a fabriqués pour les engins habités et vérifier ses calculs sur les orbites, surtout après son entretien avec Korolev, « un tournant dans ma vie » se souvient-il. Le constructeur en chef se dit impressionné par un de ses articles et lui conseille d’adresser sa candidature de cosmonaute. Elle est acceptée, mais il doit attendre la décision ministérielle de former un nouveau groupe de voyageurs de l’Espace.

En mai 1966, Koubassov est sélectionné, à l’âge de 31 ans, dans l’équipe des huit cosmonautes, des ingénieurs civils. D’une nature timide, il est respecté par ses amis et ses collègues qui vont le surnommer « Le Cerveau », en raison de ses vastes connaissances en cosmonautique. C’est un dur travailleur, toujours prêt à aider les autres. Il pratique le ski sur neige et le ski nautique, la pêche et la chasse. Il aime le camping, la photographie et les airs folkloriques qu’il fredonne.

Trois mois après son entrée à la Cité des Etoiles, Koubassov est désigné comme doublure d’Elisseïev, l’un des trois cosmonautes de Soyouz 2 qui doit s’amarrer au Soyouz 1. Les services secrets (KGB) expriment leur réserve sur le choix d’Elisseïev, le fils d’un ancien condamné politique. Kamanine, le directeur des équipages, demande alors à Koubassov d’accélérer sa préparation en vue de son remplacement éventuel. Finalement, Elisseïev est maintenu dans l’équipage de Soyouz 2, mais son lancement est annulé après les très graves problèmes rencontrés par Komarov sur Soyouz 1 qui revient précipitamment pour s’écraser sur Terre, le 24 avril 1967.

Après ce drame et tandis que des modifications sont apportées au Soyouz, Koubassov recommence l’entraînement. Il reste la doublure d’Elisseïev qui, en janvier 1969, sort dans l'Espace pour passer du Soyouz 5 au Soyouz 4. Il va poursuivre également une formation sur les programmes L1 de survol de la Lune et L3 d’atterrissage sur la Lune, ainsi qu’un enseignement sur les sciences techniques, sanctionné par une maîtrise. Il est ensuite nommé pour effectuer une expérience inédite et riche de promesses : la fusion et la soudure de métaux.

koubassov-s6.jpgDu 11 au 16 octobre 1969, Koubassov accomplit sur Soyouz 6 (6,58 tonnes/6,98 mètres), son 1er vol de 4 j 22 h 42 mn autour de la Terre, avec le commandant de bord Chonine. Ils ne demeurent pas longtemps seuls, car les trois cosmonautes de Soyouz 7 et les deux occupants de Soyouz 8 viennent leur tenir compagnie. On comptabilise, pour la première fois, 7 cosmonautes et 3 vaisseaux. Hélas, Koubassov ne va pas pouvoir filmer l’amarrage entre Soyouz 7 et Soyouz 8 qui échoue. Son vaisseau s’approche au plus près à 500 m de chaque engin, car il n’est pas équipé de la pièce de jonction dont la masse a été remplacée par le fourneau Volcan.

Cet appareillage à soudure se trouve dans le compartiment orbital en forme de sphère. Avant de le mettre en marche, Koubassov ferme le sas reliant les deux modules. Depuis la capsule de descente, il actionne la commande de dépressurisation qui vide le compartiment orbital de son atmosphère. Devant un panneau de contrôle, il télécommande à distance la mise en route des expériences. Des alliages de titane, d’aluminium et d’acier sont ainsi découpés, fondus et assemblés. Des soudures à l’arc, à plasma, électronique sont réalisées.

koubassov-soyouz.jpg-2.jpgLes opérations terminées, Koubassov re-pressurise le module orbital, ouvre le sas et les deux cosmonautes rentrent dans l’habitacle. Ils aperçoivent alors, avec stupéfaction, un trou dans la paroi et retournent au plus vite dans la capsule de rentrée, puis se dépêchent de refermer le sas. Koubassov comprend rapidement ce qui s’est passé. Au moment de l’expérimentation de la soudure électronique, l’instrument a dirigé son flux d’électrons sur la pièce à souder, puis sur la cloison du compartiment où il a percé un trou avant de s’arrêter de fonctionner. Koubassov, ancien architecte de vaisseaux spatiaux, se remémore le diamètre de la cavité, sa profondeur, la couleur de la paroi dégradée et la pression de l’atmosphère. Il en déduit que l’étanchéité du module n’est pas menacée, car le trou est dans la cloison interne et n’a pas atteint la paroi externe. Rassurés, les deux cosmonautes pénètrent à nouveau dans l’habitacle et ramassent les précieux échantillons de métaux.

Leur étude va permettre d’élaborer la technique de soudure et de montage des futures stations, des plate-formes, des bases lunaires et des bases martiennes. Des structures plus solides, aux configurations diverses pourront être créés et le colmatage de l’enveloppe des vaisseaux, endommagée par les micrométéorites, sera possible. Les cosmonautes ramènent aussi des photographies et des films du territoire soviétique en vue de leur exploitation pour l’économie nationale.

De retour sur Terre, Koubassov est assigné sur le programme de stations orbitales Saliout. Il est désigné comme doublure d’Elisseïev sur Soyouz 10. L’équipage doit séjourner, pour la première fois, dans Saliout 1 et l’équipe suivante, dont il fait partie, va effectuer la deuxième occupation. Mais Soyouz 10 s’amarre incorrectement à la station et les cosmonautes ne peuvent pas y entrer. Koubassov se prépare donc à réaliser cette opération en embarquant sur Soyouz 11, avec Kolodin et Leonov, le commandant de bord.

Le 28 mai 1971, il part pour le cosmodrome de Baïkonour. Cinq jours plus tard, Koubassov est consterné en apprenant que les médecins ont découvert, sur sa radiographie, une tache au poumon droit qui ressemble à un début de tuberculose. Il est remplacé par sa doublure Volkov qui décolle le 4 juin 1971 sur Soyouz 11, avec Patsaïev et Dobrovolsky, suppléants de Kolodin et de Leonov. On craint, en effet, que ces deux derniers aient attrapé cette maladie contagieuse. De plus, le règlement exige la substitution de tout l’équipage, si l’un des membres est interdit de vol, une fois arrivé à Baïkonour.

Koubassov est profondément désolé pour ses deux compagnons. Fort heureusement, des examens plus approfondis révèlent qu’il n’est pas atteint de tuberculose. La marque sombre décelée sur son poumon a pour origine une réaction allergique provoquée par la respiration d’un insecticide utilisé pour le traitement des arbres. Soulagé, Koubassov retrouve, avec joie, Leonov et Kolodin et il attend le retour de Soyouz 11 pour s’envoler sur Soyouz 12.

Son bonheur s’arrête brutalement pour faire place à une immense peine et à un sentiment de culpabilité : c’est un Soyouz transformé en cercueil qui se pose sur Terre, le 30 juin 1971. Les trois cosmonautes ont cessé de vivre après la dépressurisation accidentelle de leur cabine, au début de la rentrée. Après cette tragédie, tous les vols sont suspendus dans l’attente des nouvelles modifications du Soyouz qui va, dans un premier temps, amener deux cosmonautes en scaphandre au lieu de trois en survêtement.

Koubassov continue son entraînement pour rejoindre, avec Leonov, une nouvelle station Saliout. Malheureusement, elle se disloque après l’échec en vol de la fusée Proton, le 29 juillet 1972. Il espère, patiemment, le succès d’un autre lancement. Il intervient le 11 mai 1973, mais la station ne peut pas se maintenir en orbite.

Après ces reports successifs, Chatalov, le directeur des équipages qui a succédé à Kamanine, veut offrir à ces deux hommes malchanceux, une première spatiale. Le 13 mai 1973, Koubassov est nommé, avec Leonov, passager du Soyouz qui doit s’amarrer au vaisseau américain Apollo. Chacun d’eux est sélectionné séparément et chacun demande à faire équipe avec l’autre, sans s’être concertés auparavant. Douze jours après, ils se rendent au Salon du Bourget avec d’autres cosmonautes. Ils rencontrent des astronautes américains dont Stafford, le commandant de bord du futur vol conjoint.

Les deux équipages s’entraînent à plusieurs reprises en Union Soviétique et aux Etats-Unis. Pendant les séances dans les simulateurs de vol, Koubassov va acquérir une réputation de bricoleur adroit, en apportant des solutions aux diverses pannes. Les Américains plaisantent à ce sujet : « Si une pièce casse en orbite, il saura la souder », faisant allusion à ses expériences de soudure dans Soyouz 6.

Du 15 au 21 juillet 1975, Koubassov s’envole sur Soyouz 19 (6,18 tonnes/7,48 mètres) pour sa 2ème mission de 5 j 22 h 30 mn en orbite terrestre, en compagnie de Leonov, le commandant de bord. Sept heures et demie plus tard, c’est au tour de Stafford, Slayton et Brand de partir dans leur cabine Apollo. Pour la deuxième fois en six ans, Koubassov se trouve parmi les 7 hommes à voler en même temps dans l’Espace, car deux autres cosmonautes, Klimouk et Sevastianov, sont dans la station Saliout 4.

Après la mise en orbite, Koubassov doit confirmer sa réputation de « celui qui sait tout réparer ». La caméra principale de télévision est tombée en panne. Elle devait transmettre des images de l’intérieur du module de descente. Son boîtier se trouve derrière un panneau que Koubassov réussit à démonter avec un canif et des ciseaux. Il vérifie les branchements sur le bloc électrique et constate qu’il sont corrects. Il suppose que la défaillance provient du bloc qu’il est impossible d’ouvrir, car il ne possède ni vis, ni boulon. Avec des bandes de la trousse médicale, il va alors relier chacune des trois autres caméras secondaires sur un émetteur qui fait office d’amplificateur. Ainsi, à tour de rôle, une caméra peut fonctionner.

Deux jours après son lancement, Koubassov voit s’amarrer au Soyouz, la cabine Apollo. C’est un grand événement spatial auquel assiste, dans la salle de contrôle de Houston, le Commandant Cousteau, le célèbre océanographe français, admiré par les Américains et passionné d’astronautique. La lune de miel entre les Soviétiques et les Américains commence par des sourires échangés entre Leonov et Stafford, au moment de l’ouverture des écoutilles, alors que le train spatial passe au-dessus de la ville de Metz.

koubassov-apollo-soyouz.jpgChaque membre d’équipage visite le vaisseau du voisin et Koubassov passe 4 h 47 mn dans le module d’amarrage et la cabine Apollo. Une fois retourné dans le compartiment orbital du Soyouz, il prépare la soupe aux choux qu’il partage avec Brand, son invité. Mais lorsque le Président américain Ford demande à Koubassov s’il apprécie la gastronomie spatiale, le cosmonaute dresse un constat : « Sans bière, ni fruits de mer, la nourriture est bien meilleure sur Terre ! ».

Les deux équipages mettent en œuvre de nombreuses expériences dont une soviétique relative à la métallurgie, conduite par Koubassov. De petites sphères de tungstène et d’aluminium sont fondues, puis solidifiées afin de vérifier que l’apesanteur supprime bien leurs défauts de structure et d’homogénéité. Ainsi peut être envisagée la production de billes pour les roulements équipant certaines machines terrestres dont le rendement serait hautement amélioré.

Après une jonction d’1 j 19 h 53 mn, Soyouz et Apollo se séparent et naviguent de conserve, éloignés de 50 m pendant une demi-heure. Ils s’amarrent une seconde fois pour une durée de 3 h 54 mn, avant de mettre fin à cette première rencontre au sommet.

Trois mois plus tard, Koubassov et Leonov se rendent aux Etats-Unis pour retrouver, avec plaisir, leurs frères de vol et, en octobre 1976, ils profitent du congrès d’astronautique d’Anahein (Californie) pour se revoir à nouveau. Puis, ils visitent le Centre de construction de Palmdale et montent dans le cockpit de la Navette Enterprise qui va effectuer, l’année suivante, des vols atmosphériques, larguée par un Boeing 747.

En octobre 1977, Koubassov est nommé doublure de Klimouk, le commandant de bord de Soyouz 30 lancé en juin 1978, avec le Polonais Hermaszenski. Il supervise ensuite la sélection de sept nouveaux cosmonautes, des ingénieurs civils comme lui, recrutés en décembre 1978. Il commence aussi à s’entraîner pour l’expédition soviéto-hongroise, tout en faisant partie de la direction du vol Soyouz 32 dont l’équipage part occuper la station Saliout 6. C’est en avril 1979 qu’il apprend que sa mission prévue en juin, est retardée. Le système des moteurs doit être revu après la défaillance de Soyouz 33 qui n’a pas pu s’approcher de Saliout 6.

Du 26 mai au 3 juin 1980, Koubassov part sur Soyouz 36 (6,55 tonnes/6,98 mètres) pour son 3° et dernier vol d’une durée de 7 j 20 h 45 mn, en tant que commandant de bord et en compagnie du Hongrois Farkas. Le lendemain, il amarre son vaisseau à Saliout 6 où séjournent Popov et Rioumine, depuis le mois précédent. Koubassov est satisfait de pouvoir enfin rester quelques jours dans une station qu’il aurait du occuper dix ans plus tôt. Les cosmonautes réalisent diverses expérimentations dont l’étude de l’influence favorable de l’environnement spatial sur une culture de leucocytes humains pour la production d’interféron, une protéine anti-virale supposée guérir le cancer.

Pour la rentrée, Koubassov et son compagnon empruntent le Soyouz 35 avec lequel l’équipage de longue durée, est arrivé. Après le déploiement du parachute principal et l’éjection du bouclier thermique, les deux cosmonautes attendent la mise à feu des quatre rétrofusées à poudre. Mais l’altimètre n’envoie pas le signal d’allumage et le Soyouz atterrit brutalement, à une vitesse de 6 m/s. Les deux hommes supportent le choc en partie atténué par les amortisseurs des sièges.

De retour à la Cité des Etoiles, Farkas libère son appartement destiné maintenant à Jean-Loup Chrétien et à Patrick Baudry qui arrivent le 6 septembre 1980 pour se préparer à la première mission spatiale française à destination de Saliout 7. Koubassov est un de ceux qui vont entraîner nos spationautes. Il travaille ensuite sur le développement de la station Mir. En juillet 1985, Koubassov et Leonov s'envolent vers les Usa afin de célébrer le 10° anniversaire de leur mariage spatial avec Stafford, Slayton et Brand.

En 1987, Koubassov est détaché dans l’entreprise industrielle RKK Energiya, comme ingénieur principal. Il est désigné à la direction du Département chargé des systèmes de support de vie pour les vols de longue durée. Il crée un appareillage qui transforme l’urine en eau pure pour la toilette et la boisson, en oxygène pour l’atmosphère de la station et en hydrogène pour le fonctionnement de certains de ses moteurs. Ce prototype, embarqué à bord du module Kvant 2 amarré en novembre 1989 à la station Mir, va donner entière satisfaction.

En novembre 1993, Koubassov quitte l’agence spatiale, à l’âge de 58 ans. Il reste chez Energiya pour participer à la conception des modules 1 (Zarya) et 3 (Zvezda) de la station internationale ISS. Il se réjouit de voir la reprise de la coopération entre la Russie et les Etats-Unis, vingt ans après son vol Apollo-Soyouz. Neuf amarrages des Navettes à la station Mir sont effectués entre juin 1995 et juin 1998, avec des séjours prolongés d’astronautes à son bord. En décembre 2000, il est heureux d’assister à une troisième étape : le début de l’occupation permanente de l’ISS par des équipages russo-américains.

 

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gordon-a.JPGLe 18° astronaute, Richard (Dick) F. Gordon, est né le 5 octobre 1929 à Seattle (Terre), berceau de Boeing, le constructeur du premier étage de la fusée Saturn V qui le propulsera vers la Lune, quarante ans plus tard. Ses études secondaires terminées, il rentre à l’Université de l’Etat de Washington pour suivre un enseignement en chimie qu’il achève en 1951. Avec sa licence en sciences, il envisage de s’orienter vers l’étude et la pratique médico-chirurgicale des soins dentaires. Mais après son premier vol en avion au-dessus de la région montagneuse de Seattle, il décide d’abandonner la dentisterie pour la profession d’aviateur.

Gordon s’engage alors dans l’Aéronavale dont il devient pilote de chasse en 1953. Il est affecté à la base de Jacksonville (Floride) avant d’être reçu en 1957 à l’Ecole des pilotes d’essai de la Marine de Patuxent River où il rencontre les futurs astronautes Schirra, Conrad et Lovell. Il vole sur le F8U Crusader, le F11F Tigercat, le FJ Fury, l’A4D Skyhawk et sur le F4H Phantom II avec lequel Gordon va connaître la notoriété, puisqu’il est le premier à le piloter. En 1960, il occupe le poste d’instructeur de vol du F4H à la base de Miramar (Californie). Il joue un rôle primordial pour la mise en service du Phantom II dans les Flottes de l’Atlantique et du Pacifique.

En mai 1961, Gordon, aux commandes du F4H, construit sa renommée en battant deux records, lors de la traversée du continent américain d’ouest en est, entre Los Angeles et New York. Celui de la vitesse : 1.400 km/h et celui de la durée : 2 h 47 mn. Il gagne le trophée Bendix du Projet Bullet Trans US Record et il reçoit les félicitations de Glenn qui détenait le précédent record depuis 1957, avant d'être recruté comme astronaute deux ans plus tard.

Pour approfondir ses connaissances, Gordon entre à l’US Navy Postgraduate School de Monterey (Californie) et commence un 3° cycle d’études. Il vise désormais plus haut, car il veut être astronaute. Sa première tentative échoue de peu. Il n’est pas retenu dans la deuxième sélection de septembre 1962, mais il réussit l’année suivante.

En octobre 1963, Gordon est admis, à l’âge de 34 ans, dans la 3ème équipe des quatorze astronautes. Toujours souriant, il est agréable et désintéressé, insouciant et audacieux. Il pratique le ski nautique, le golf et le base-ball où il a tenu la place de lanceur dans une équipe semi-professionnelle. Sa spécialité culinaire est la crêpe suzette. Il va devenir le porte-parole convaincant de cette promotion d’astronautes.

En septembre 1965, il est désigné comme la doublure du copilote Scott pour la mission Gemini 8 de mars 1966, avant d’être nommé, au retour de ce vol, copilote de l’avant-dernière expédition de ce programme.

Du 12 au 15 septembre 1966, Gordon effectue sa 1ère mission de 2 j 23 h 17 mn sur Gemini 11 (3,79 tonnes/5,74 mètres) autour de la Terre, en compagnie de Conrad, son commandant de bord et ami, qui réussit en 85 minutes le premier rendez-vous éclair avec un étage-fusée Agena de huit mètres de long, simulant la rencontre de l’étage de remontée du module lunaire avec la cabine Apollo autour de la Lune. L’amarrage est réalisé, suivi de quatre autres conduits par Gordon qui prépare ensuite sa sortie sur l’attelage Gemini-Agena.

Les efforts qu’il fait pour rabattre la visière récalcitrante de son casque, couvrent son front de sueur que le système de climatisation n’arrive pas à sécher complètement. Lorsque Gordon ouvre l’écoutille, il est déjà dans de mauvaises conditions pour travailler. Il reste cependant confiant et déclare : « C’est une journée merveilleuse ». L'astronaute déploie une poignée et recueille la poussière du hublot de Conrad dans un sachet qu’il lui remet avec le piège à particules cosmiques fixé derrière l’écoutille de son coéquipier. Il installe après, difficilement, une caméra sur la Gemini.

Les battements de cœur de Gordon atteignent 160 à la minute et il respire irrégulièrement. Il se repose quelques instants, puis il s’élance vers l’Agena. Il la survole, mais rate une des poignées installée sur le cône d’amarrage. L'astronaute parcourt alors, sans le vouloir, une trajectoire en demi-cercle qui l’entraîne vers l’arrière de la Gemini. Conrad tire sur son cordon ombilical pour le ramener.

Gordon recommence la manœuvre et il parvient à attraper une poignée. Il se trouve au-dessus de l’étage-fusée et tente en vain de soulever le couvercle du conteneur où est replié le câble qu’il doit accrocher à la Gemini. L'astronaute décide alors, comme prévu, de s’asseoir sur l’avant de la cabine à partir duquel il doit pouvoir atteindre plus facilement le conteneur.

Chaque geste devient éprouvant pour Gordon qui transpire et halète. Il fait une pause, puis il demande à Conrad d’orienter l’écoutille vers le soleil pour empêcher que ses rayons continuent à frapper son dos surchauffé. Son compagnon l’encourage : « Vas-y, cow-boy ! ». Mais Gordon est à califourchon sur un cheval sauvage qui n’a ni selle, ni étriers. Son corps a tendance à décoller et il doit fournir un effort épuisant pour rester en place, en serrant ses jambes autour du nez de jonction de la Gemini.

Essoufflé et avec l’œil droit aveuglé par la sueur, Gordon agrippe avec une main l’antenne de l’Agena tandis qu’avec l’autre, il essaie de déverrouiller le couvercle du conteneur. L'astronaute réussit enfin à le faire et il dégage les 30 mètres du filin. Il attache l’extrémité du câble sur la perche fixée à l’avant de la Gemini.

Avec un rythme cardiaque qui monte à 162 pulsations par minute, Gordon s’apprête maintenant à se diriger vers l’arrière de la Gemini, pour expérimenter un outil électrique destiné au serrage de boulons. Il n’arrive pas, auparavant, à déployer un rétroviseur pour que son coéquipier puisse le voir.

Gordon passe devant le hublot de Conrad et ce dernier entrevoit, à travers sa visière couverte en partie de buée, son visage aux traits tirés. Il prend alors la décision d’annuler le reste du programme, l’essentiel étant accompli au cours d’une sortie de 33 mn. Conrad avertit le centre de contrôle : « J’ai dit à Dick de revenir. Il a si chaud et il transpire tellement qu’il ne peut plus voir ». Gordon se confie à son compagnon : « Je suis vanné, Pete ! ».

Par la suite, l’ensemble Gemini-Agena va atteindre une altitude record de 1.370 km, avant de redescendre en orbite basse où Gordon sort dans l’Espace une seconde fois. Debout sur son siège surélevé et retenu par une sangle, il prend des photos et des films des constellations d’étoiles, des formations nuageuses, des océans et des continents. Après son excursion de 2 h 08 mn, sans cale-pieds pour garder une position confortable, il avoue à Conrad : « Garçon, mes jambes sont fatiguées ! ».

Plus tard et grâce au travail effectué par Gordon au cours de sa première sortie, une pesanteur artificielle est crée quand la Gemini et l’Agena, reliées par le filin de 30 mètres, se mettent en rotation après leur séparation. Les occupants des vaisseaux et des stations du futur se souviendront sans doute de cette expérience unique, pendant qu’ils marcheront comme sur Terre, à bord de ces engins spatiaux.

En novembre 1967, Gordon est nommé, pour la deuxième fois, doublure de Scott, le pilote de la cabine Apollo 8 chargé de s’amarrer au premier module lunaire en orbite terrestre. En août 1968, il est confirmé dans ses fonctions lorsque cette mission est décalée sur Apollo 9, effectuée en mars 1969.

Après le retour de ce troisième vol habité, Gordon est sélectionné comme pilote de la cabine Apollo 12, dans un équipage composé de marins qui s’aiment comme des frères et dont la destination est l’Océan des Tempêtes, sur la face visible de la Lune.

Du 14 au 24 novembre 1969, Gordon réalise sa 2° et dernière mission de 10 j 4 h 36 mn sur Apollo 12 (43,84 tonnes/18,12 mètres), en compagnie de Bean et du commandant de bord Conrad avec qui il a volé, trois ans auparavant.

La deuxième expédition sur le satellite de la Terre commence dans l’inquiétude. Au moment du départ, la foudre frappe la Saturn V, deux fois. Par les écouteurs, les astronautes entendent gémir le monstre. Il place néanmoins son troisième étage S-IVB et Apollo sur orbite terrestre. Mais l'équipage sait que la plate-forme inertielle a perdu ses points de repère dans l’Espace, comme une boussole qui n'indique plus le nord. C’est elle qui informe les trois hommes sur la vitesse et l’orientation du vaisseau. Le sort de la mission est donc entre les mains de Gordon qui a peu de temps pour la remettre en service, avant le réallumage du 3° étage en direction de la Lune.

Il consulte rapidement la carte des étoiles, puis il s'installe devant le pupitre du calculateur. Ses doigts s’activent sur les touches du clavier. L'astronaute introduit les références d’une première étoile pour que le calculateur oriente le système optique vers l’étoile choisie. Lorsque celle-ci se trouve dans le champ du sextant, Gordon effectue la visée précise, puis il presse le bouton de confirmation. Le calculateur enregistre alors la direction de l’étoile par rapport au véhicule. Gordon recommence cette opération avec deux autres étoiles. Le calculateur fait enfin connaître l’orientation exacte du vaisseau et il recale la plate-forme inertielle, avec succès.

Le lancement vers la Lune accompli, Gordon détache Apollo du S-IVB, fait un demi-tour et s’amarre au module lunaire (LM) fixé sur le troisième étage qui est ensuite largué. Il place, trois jours plus tard, le vaisseau autour de la Lune.

Par le hublot de la cabine Yankee Clipper, il voit s’éloigner le LM Intrepid occupé par Conrad et Bean. Resté seul, Gordon va procéder à des observations et à des photographies du sol lunaire, avant de récupérer ses deux compagnons qui séjournent 1 j 7 h 31 mn sur la Lune, après avoir notamment désossé une partie de la sonde Surveyor 3.

Une fois les sas ouverts, Gordon s’étonne de voir flotter à l’intérieur du module lunaire un nuage gris qui enveloppe deux silhouettes. Il branche rapidement un tuyau qui souffle de l'oxygène pour empêcher la poussière lunaire de pénétrer dans la cabine Apollo. De leur côté, Conrad et Bean enlèvent leur combinaison dans le LM et les roulent dans des sacs qu'ils remettent à Gordon. Il ne peut s’empêcher de penser : « Mes deux camarades sont probablement, à ce moment-là, les play-boys les plus sales du monde ».

gordon-lem.jpgPuis, le module lunaire est éjecté et, après une ronde de 3 j 16 h 56