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Le 19° cosmonaute, Anatoli V. Filiptchenko, est né le 26 février 1928 à Davydovka (Terre) près de Voronej où il passe une enfance heureuse jusqu’à l’âge de 13 ans. En 1941, les troupes allemandes envahissent le tranquille village qu’Anatoli est contraint de quitter avec toute sa famille. Il vit et travaille alors dans une exploitation agricole sous la domination des nazis. Durant les deux années suivantes, l’occupant va être chassé progressivement de la région de Voronej par l’armée soviétique. Anatoli peut reprendre sa scolarité qu’il est obligé d’interrompre une seconde fois, car son père ne peut plus exercer, provisoirement, un métier. Pour assurer l’existence matérielle de ses parents, Anatoli s’engage, en 1943, comme tourneur dans une usine de réparation de moteurs, située à Ostrogozhsk.

Passionné par l’aéronautique, Filiptchenko rentre, l’année d'après, à l’école d’apprentissage de l’Armée de l’Air de Voronej où il est termine enfin ses études et apprend à voler. En 1947, il rejoint l’école d’Aviation militaire de Tchougouïev. Il s’applique tellement bien à dompter les avions UT-2, Yak-18, Yak-11 et La-19 qu’il reçoit, en 1950, son diplôme de pilote de chasse avec mention. Ses affectations vont l’amener à Leningrad, en Roumanie et dans d’autres pays de l’Est. Le jour, Filiptchenko escalade le ciel aux commandes des rugissants Mig-15 et Yak-25, en tant que pilote et instructeur de vol. Le soir, il suit des cours par correspondance sur la navigation aérienne qu’il adresse aux professeurs de l’Académie militaire du Drapeau Rouge de Morino. Diplômé en aéronautique, il va assurer, à partir de 1960, les fonctions d’inspecteur de l’Armée de l’Air dans le district d’Odessa.

En janvier 1963, Filiptchenko entre, à l’âge de 35 ans, dans la 2ème équipe des quinze cosmonautes. Connu sous le nom de « Filip », il cache une volonté de fer sous une apparence de nonchalant. Modeste et facile à vivre, il aime les longues excursions en voiture, la chasse, la pêche et la plongée sous-marine.

Après une formation de deux ans pendant laquelle il est aussi instructeur-parachutiste, Filiptchenko est assigné, en juin 1965, sur le projet de navette orbitale Spirale. Occupée par un pilote et satellisée par un étage-fusée largué par un avion de transport supersonique, l’engin spatial de 10 tonnes doit effectuer des missions d’espionnage et d’inspection de satellites. Pour se préparer, Filiptchenko vole sur des Mig-17 et des Mig-21, puis il rentre, en 1967, à l’école des pilotes d’essai de Chkalov où il s’entraîne sur des intercepteurs de tous types. Sa déception est grande lorsque le ministère de la Défense abandonne le projet.

Filiptchenko rejoint alors, en juin 1968, ses collègues qui se familiarisent au pilotage du Soyouz. Il est nommé doublure de Chatalov pour le vol Soyouz 4 de janvier 1969. Il est ensuite associé, deux mois plus tard, aux missions programmées pour la préparation du programme de stations orbitales Saliout. Sous la surveillance de Soyouz 6, le vaisseau Soyouz 8 doit s’amarrer à Soyouz 7, puis un membre de chaque vaisseau doit échanger sa place. Le but est de répéter l’accostage d’une cabine à une station déjà occupée, ainsi que la relève d’un membre de l’équipage.

Du 12 au 17 octobre 1969, Filiptchenko réalise sur Soyouz 7 (6,57 tonnes/6,98 mètres) son 1er vol de 4 j 22 h 40 mn autour de la Terre, comme commandant de bord, en compagnie de Volkov et de Gorbatko. Le Soyouz 6 de Chonine et de Koubassov est lancé le 11, tandis que le Soyouz 8 de Chatalov et d’Elisseev part le 13. Pour la première fois, trois vaisseaux se trouvent en même temps dans l’Espace, avec un nombre record de 7 cosmonautes. Suite à une panne du système Igla de rendez-vous automatique de Soyouz 8, Filiptchenko et ses coéquipiers sont désolés de ne pas voir grossir le Soyouz 8. Malgré les quatre tentatives de Chatalov, sa cabine ne peut s’approcher qu’entre 1,7 km et 500 m de Soyouz 7, rendant impossible l’amarrage. Soyouz 6 prend également pour cible Soyouz 7 à trois reprises, mais il est dépourvu de pièce de jonction.

filiptchenko-3.jpgCet échec n’empêche pas Filiptchenko et ses coéquipiers d’accomplir le programme d’observation de la Terre. Ils photographient le développement des cyclones et les mouvements des fronts de tempêtes, la mer Caspienne et les régions renfermant des minerais.

Alors que Soyouz 7 est encore en orbite, un des trois hommes met sous tension, accidentellement, le système de parachutage. Les contrôleurs craignent que la séquence d’ouverture automatique des parachutes ne puisse avoir lieu, si le système reste activé plus d’une journée. Filiptchenko et ses compagnons vont alors tout faire pour ne prendre aucun retard dans les préparatifs du retour qui intervient, heureusement, à l’heure prévue.

Filiptchenko est ensuite désigné commandant du premier Soyouz qui doit s’amarrer à un second véhicule en utilisant le nouveau radar Kontakt du futur vaisseau d’atterrissage lunaire. La mission est prévue pour le mois d’août 1970, mais elle est reportée pour des raisons techniques. En attendant, il est nommé comme doublure du commandant de bord Nikolaïev pour le vol de longue durée Soyouz 9 de juin 1970. Il reprend ensuite son entraînement pour la mission Kontakt envisagée maintenant pour la fin de 1971. Elle est définitivement annulée à cause des graves problèmes rencontrés dans le développement du radar et du lanceur géant lunaire N1. Le projet L3 d’atterrissage sur la Lune est finalement abandonné après que les Américains aient décidé d’interrompre leurs expéditions Apollo.

Filiptchenko espère avoir une chance de s’envoler à nouveau pour le Cosmos après sa nouvelle affectation sur le programme de stations orbitales Saliout. Cette nouvelle étape commence tragiquement avec la mort, en juin 1971, de son ancien coéquipier Volkov, au moment du retour de Soyouz 11. Par la suite, Filiptchenko est désigné commandant du deuxième équipage qui doit occuper une nouvelle station. Malheureusement, le lanceur du Saliout échoue le 29 juillet 1972. Une seconde tentative intervient le 11 mai 1973, mais la station perd son contrôle et ne peut rester en orbite.

Filiptchenko est alors transféré sur le programme américano-soviétique Apollo-Soyouz (ASTP). Il est nommé commandant d’un vol préparatoire à cette mission, doublure du commandant Leonov pour le vol ASTP et commandant du vol de substitution si l’équipage principal est obligé de revenir sur Terre, en raison d’un retard de plus de 48 heures dans le lancement de la cabine Apollo. Filiptchenko va ainsi devoir s’acquitter, avec son coéquipier Roukavichnikov, d’une charge de travail considérable sur une période de deux ans à peine.

Aussi, c’est avec plaisir qu’il accepte une permission de détente en partant pour le Salon du Bourget, en compagnie d’autres cosmonautes. Il fait la connaissance de Stafford, le commandant du vaisseau Apollo qu’il va rencontrer régulièrement, soit au Centre spatial de Houston, soit à la Cité des étoiles de Moscou. Filiptchenko profite de son séjour en France pour visiter, le 4 juin 1973, en compagnie d’Elisseev, le musée de Sainte-Mère-Eglise dédié au parachutage américain pendant la seconde guerre mondiale. Ils sont reçus ensuite à l’hôtel de ville, puis ils parcourent la verte Normandie au doux crachin.

De retour dans son pays, Filiptchenko débute son entraînement et il étudie le planning des trois missions de préparation au vol ASTP. Elles doivent permettre la mise au point du matériel et rassurer les Américains sur la fiabilité du Soyouz qui a connu des ennuis par le passé. Un vol inhabité du Soyouz est prévu, suivi de la mission commandée par Filiptchenko et de celle dirigée par Djanibekov.

Le 3 avril 1974, Cosmos 638 est mis sur orbite. Il est équipé de la pièce d’amarrage d’ASTP et de panneaux solaires agrandis pour augmenter la puissance électrique. Il expérimente le nouveau système de support vie pour accueillir les astronautes américains. Le vol se termine au bout de dix jours par le mauvais fonctionnement d’une valve d’évacuation de l’atmosphère du module orbital. Cela perturbe la séparation de la capsule qui effectue une rentrée balistique dans l’atmosphère, au lieu d’un retour contrôlé. Les responsables décident alors de recommencer ce vol en automatique, après avoir apporté les modifications nécessaires. Ils retardent la mission de Filiptchenko et annulent celle de Djanibekov.

Filiptchenko voit ainsi son vol reporté à décembre 1974. Il estime que ce retard de quatre mois sera difficile à combler pour sa formation comme doublure de Leonov. Il n’aura que sept mois devant lui pour se consacrer entièrement à la préparation du vol commun de juillet 1975. Lui et son coéquipier proposent donc de céder leur place à Djanibekov et Andreiev qui viennent de perdre une occasion de voler pour la première fois. Leur demande est rejetée.

Du 12 au 18 août 1974, Cosmos 672 refait le programme de Cosmos 638, à la perfection. Mais Filiptchenko voit ce succès gâché par le retour précipité, dix jours après, de l’équipage de Soyouz 15 qui n’a pas pu rejoindre la station Saliout 3, en raison du disfonctionnement des moteurs de la cabine. Certains politiques américains demandent alors s’il est judicieux de poursuivre la collaboration avec l’Union Soviétique qui utilise un vaisseau dont l’occupation pourrait mettre en péril la vie des astronautes américains. La Nasa se veut rassurante quant à la capacité de l’URSS de remédier à ce problème. Après ces évènements, Filiptchenko et son coéquipier sentent encore davantage de responsabilité peser sur leurs épaules. Il faut absolument que le partenaire américain ne soit pas déçu par leur mission.

Du 2 au 8 décembre 1974, Filiptchenko accomplit sur Soyouz 16 (6,68 tonnes/7,13 mètres) son 2ème et dernier vol de 5 j 22 h 23 mn autour de la Terre, avec Roukavichnikov. C’est un vaisseau identique à celui du vol conjoint avec, en supplément, un modèle du collier d’amarrage semblable à celui équipant le module de transfert fixé sur le nez de la cabine Apollo. Grâce à un système de ressorts, cet anneau va s’éloigner de plusieurs centimètres de l’anneau soviétique, puis revenir s’emboîter sur lui, avant que les loquets de chaque collier se referment. Puis, les verrous vont s’ouvrir pour que l’anneau américain s’écarte à nouveau. Ces manœuvres sont répétées et surveillées par Filiptchenko et son coéquipier, grâce à une caméra de télévision extérieure qui filme les pièces d’amarrage éclairées par un projecteur. Les cosmonautes démontrent également qu’il est possible de diminuer de 2 h à 1 h, le temps de transfert entre le Soyouz et Apollo, en réduisant la pression des gaz qui composent l’atmosphère de la cabine soviétique. Les deux hommes expérimentent aussi le système de liaison international et photographient des régions de l’Union Soviétique pour recueillir des renseignements utiles à la vie économique.

De retour de leur mission, en tout point parfaite, Filiptchenko et son coéquipier partagent leur expérience avec leurs collègues soviétiques et américains qui se préparent à partir dans sept mois. Ils suivent intensément l’entraînement de Leonov et de Koubassov dont ils sont les éventuels remplaçants. En juillet 1975, les deux puissances spatiales attachent, avec succès, leur voiture de première classe pour former le train spatial Apollo-Soyouz.

Le vol conjoint terminé, Filiptchenko va assurer les communications avec les équipages de Soyouz 22 et de Soyouz 31 en orbite, puis il devient directeur de l’entraînement des cosmonautes et préside la Fédération de la cosmonautique pendant trois ans.

En janvier 1982, Filiptchenko quitte le Corps des Cosmonautes, à l’âge de 54 ans, pour occuper un poste de direction à l’Institut de recherche Pilyugin et pour entreprendre de nouvelles études. En 1987, il obtient ainsi une licence en sciences, à 59 ans, avant de quitter l'Institut, six ans plus tard.

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Le 19° astronaute, Edwin (Buzz) E. Aldrin Jr,
est né le 20 janvier 1930 à Montclair (Terre), sous le signe de la Lune. Le nom de jeune fille de sa mère est « Moon » et son père a eu comme professeur de physique « Moon Man », surnom donné à Goddard, le pionnier des fusées qui a imaginé l’envoi d’une charge de poudre sur notre satellite. Et plus tard, le père donne des cours d’aéronautique à Grumman, le fondateur de la société constructrice du module lunaire de son fils.

Le seul garçon de la famille ne garde pas longtemps ses prénoms. Ses deux sœurs aînées l’appellent tout simplement « frère », mais la plus petite prononce mal « brother ». Elle dit « buzzer » qui, par la suite, devient « Buzz ».

A l’âge de 18 mois, il effectue son premier vol à bord du monomoteur Lockheed Vega que pilote son père. Beaucoup d’autres se succèdent et il décide d’être, plus tard, aviateur. Cependant, ses parents lui font remarquer que, pour réaliser son rêve, il faut qu’il s’intéresse un peu moins au rugby. Il enregistre ce conseil et il va traverser sa scolarité toujours devant, animé par un esprit de compétition.

En 1947, Aldrin est admis à la célèbre Académie militaire de West Point où il choisit le français en langue étrangère, comme pendant ses études secondaires. Il termine la première année à la tête de sa classe dans toutes les matières, ce qui oblige son père à lui demander de freiner son ardeur pour nouer davantage de relations avec ses camarades de promotion. Il quitte West Point en 1951, troisième sur 475, avec sa licence en sciences et son diplôme d’ingénieur en aéronautique.

Aldrin a maintenant quarante jours pour se détendre et c’est en Europe qu’il passe la majeure partie de sa permission. Ses yeux « n’en finissent pas de s’émerveiller devant les richesses du vieux continent » où sont nés ses grands-parents suédois.

Après un agréable séjour, il retourne sur le sol du Nouveau Monde pour apprendre à piloter à Barstow (Floride) avant de rejoindre Bryan (Texas) afin de suivre une formation de pilote de chasse. Lorsqu’il est affecté ensuite à la base aérienne de Neillis (Californie), Aldrin n’ignore pas que son entraînement sur le chasseur-intercepteur F-86, a pour but de le préparer au combat qui se déroule en Corée. La guerre a éclaté, en juin 1950, par l’invasion des Nord-coréens dans le sud du pays soutenu par les Etats-Unis. Il part en décembre 1951 et, deux mois plus tard, il effectue la première des 66 missions au-dessus du territoire ennemi. A deux reprises, il rencontre et abat un Mig-15 dont le pilote peut s’éjecter en parachute.

Le conflit terminé, Aldrin regagne les Usa en juillet 1953. Il est envoyé à l’école des officiers de Maxwell Field (Alabama), puis dans une base du Colorado et enfin à la nouvelle Académie de l’Armée de l’Air de Colorado Springs où il enseigne. Il doit ensuite intégrer une unité de vol tactique. La meilleure se trouve à Bitburg en Allemagne de l’ouest. Il sollicite donc sa mutation pour l’Europe qu’il affectionne particulièrement.

A son arrivée en août 1956, Aldrin est nommé commandant d’une escadrille de F-100 Super Sabre, le chasseur le plus performant de l’époque. Dans le cadre de son perfectionnement, il se rend à la base aérienne de Cazaux, près de Bordeaux, pour accomplir un stage de quatre semaines. Il est contraint de l’interrompre pour partir vers Fürstenfeldbruck, à l’est de Munich. D’octobre à décembre 1956, il est en état d’alerte, car les troubles survenus dans la Hongrie, sont suivis du retour des troupes soviétiques. Il revient à Bitburg pour continuer à voler sur des F-86 et des F-100 et procéder à des exercices avec des unités de l’Otan.

Pendant ses permissions, Aldrin parcourt, avec enchantement, les pays européens. Il visite Paris et la Côte d’Azur où il se livre à la plongée sous-marine. En Allemagne, il fait la connaissance de White qui souhaite devenir astronaute et Aldrin envisage, lui aussi, cette possibilité.

En juin 1959, il retourne aux Etats-Unis avec l’intention de décrocher une maîtrise en sciences et de rentrer ensuite à l’école des pilotes d’essai d’Edwards. En décembre 1959, Aldrin réussit l’examen d’admission au prestigieux Institut de Technologie du Massachusetts (MIT), l’un des établissements mondiaux les plus renommés dans le domaine scientifique et technique.

Comme à son habitude, Aldrin est le plus brillant, mais il ne veut pas se contenter d’une maîtrise. Son objectif, c’est le doctorat qui exige cependant une année et demie d’études supplémentaires. Il sait qu’il sera alors trop âgé pour aller à Edwards. Il prend néanmoins la décision de rester au MIT, convaincu qu’il ne sera plus obligatoire d’avoir une formation de pilote d’essai pour être astronaute.

Afin de mettre tous les atouts dans son jeu, Aldrin veut soutenir une thèse qui ait un rapport avec le programme lunaire Apollo : le rendez-vous spatial entre deux engins. Pour Aldrin, il faut prévoir le cas où l’astronaute doit conduire cette opération, si le pilotage automatique tombe en panne avant l’amarrage manuel.

En avril 1962, la Nasa lance un appel pour la constitution d’un deuxième groupe d’astronautes possédant une maîtrise et le titre de pilote d’essai. Bien qu’Aldrin ne remplisse pas toutes ces conditions, il demande une dérogation. Elle est refusée. Déçu, il poursuit avec plus d’acharnement la rédaction de son rapport : « Techniques de pilotage à vue pour rendez-vous orbitaux manuels » qu’il dédie aux astronautes : « Espérant bientôt être des vôtres ! ». En décembre 1962, il passe avec succès son doctorat en sciences astronautiques devant un jury perplexe, en raison de l’originalité de sa thèse.

Muni de son diplôme, Aldrin rejoint Los Angeles pour occuper un poste dans la Division des systèmes spatiaux de l’Armée de l’Air qui met au point des instruments scientifiques embarqués sur le vaisseau Gemini. Il est heureux de continuer ensuite ce travail au Centre spatial de Houston.

En juin 1963, la bonne nouvelle, tant souhaitée par Aldrin, arrive enfin. La Nasa n’exige plus une expérience de pilote d’essai pour le recrutement de ses nouveaux astronautes. Il passe sans difficulté les tests que tous les candidats trouvent « assez enfantins et stupides ». Ainsi, après leur avoir présenté une feuille de papier blanc, on leur pose la question toujours attendue : « Que voyez-vous ? ». La plupart d’entre eux apportent alors une réponse comme : « Un éléphant blanc dans une tempête de neige ! ».

En octobre 1963, Aldrin est sélectionné à l’âge de 33 ans dans la 3ème équipe des quatorze astronautes. Doué d’une intelligence peu commune, il est sans cesse à la recherche de la perfection et sa curiosité intellectuelle n’a pas de limites. Il parle sans détour et avec une telle assurance qu’il lui arrive de présenter ses arguments avec brusquerie que ses interlocuteurs prennent, à tort, pour de l’arrogance. Ceux qui le côtoient disent de lui : « Il n’est peut-être pas du genre copain, mais c’est un ingénieur du tonnerre ! ». Aldrin est aussi un sportif accompli. Passionné par la mer, il pratique la natation, le ski nautique et la pêche sous-marine. Sur terre, c’est un adepte du trampoline, du saut à la perche, de la barre fixe et de la course à pied.

Aldrin est affecté sur le programme Gemini, l’école où la Nasa va apprendre s’il est possible de rester longtemps dans l’Espace, d’effectuer des rendez-vous et de travailler à l’extérieur d’un vaisseau. Cet apprentissage doit lui permettre de réussir l’examen d’entrée dans le programme lunaire Apollo.

S’il est un domaine dans lequel Aldrin peut apporter son concours, c’est bien dans celui de la rencontre entre deux engins spatiaux. Il demande donc son intégration dans le groupe « Rendez-vous et rentrées » qui réunit des ingénieurs et des astronautes. Il s’aperçoit rapidement que l’essentiel du travail relevant de sa spécialité, est réalisé par la section « Orbites et trajectoires ». Il fait part de cette incohérence à son chef qui n’apprécie pas la remarque. Aldrin rejoint, par conséquent, le groupe qui l’intéresse. Il apporte des idées novatrices qui bousculent les certitudes des experts, mais qui sont finalement acceptées. Ils vont le surnommer, avec ironie, « Docteur Rendez-vous ».

Aldrin veut non seulement participer à l’élaboration du planning des missions, mais il désire aussi s’envoler très vite pour l’Espace. Hélas pour lui, il n’est pas retenu dans l’équipage de Gemini 4 chargé de s’approcher du 2° étage de la fusée Titan 2, ni dans celui de Gemini 5 qui doit réaliser une rencontre avec le satellite Rep. Aldrin se rend alors dans le bureau de Slayton qui désigne les équipages. Il lui rappelle qu’il maîtrise les techniques de rendez-vous aussi bien, sinon mieux, qu’aucun autre astronaute et qu’il ne comprend pas pourquoi il n’a pas encore été choisi. Surpris par ce ton direct, Slayton lui répond qu’« il va réfléchir sur la question ».

En avril 1965, deux mois après son entretien, Aldrin constate qu’il n’a pas été nommé non plus sur Gemini 6 prévu initialement pour s’amarrer à un étage-fusée Agena.

Bien que mécontent, Aldrin continue à démontrer sa capacité d’innover. Au cours du vol Gemini 5, les astronautes sont obligés d’annuler la rencontre avec leur satellite. Il suggère alors un rendez-vous avec une cible fantôme représentée par un point bien précis dans l’Espace. Il improvise un programme transmis ensuite à l’équipage qui réussit la rencontre fictive. Puis, pour les astronautes de Gemini 6, il développe une série de graphiques dont il leur enseigne l’utilité afin qu’ils puissent réaliser une approche manuelle de l’Agena, en cas de problèmes.

Avant et après chaque sélection suivante, Aldrin espère et désespère : en juillet 1965 pour Gemini 7, en septembre 1965 pour Gemini 8, en novembre 1965 pour Gemini 9. Son amertume est aussi grande que l’est sa contribution à la réussite des missions. Il réalise que Slayton fait davantage confiance aux pilotes d’essai qui sont majoritaires dans le Corps des astronautes.

En janvier 1966, Aldrin est à moitié satisfait par sa nomination comme doublure de Collins sur Gemini 10. Puisqu’il apparaît que Slayton effectue ses calculs avec une règle de 3 pour sélectionner les équipages, une doublure ne vole, par conséquent, que trois missions plus tard. Pour Aldrin, ce serait sur Gemini 13, mais le programme se termine malheureusement avec Gemini 12. Il voit donc ses chances de partir réduites à néant dans le cadre du programme Gemini.

Le destin va donner un coup de pouce à Aldrin, de façon tragique. Le 28 février 1966, les astronautes de Gemini 9, See et Bassett, se tuent à bord de leur avion T-38. L’équipage de remplacement devient l’équipage principal et Aldrin avance alors d’un rang dans l’ordre des missions. Il est désigné doublure de Cernan sur Gemini 9, assuré ensuite de s’envoler sur Gemini 12. Enfin !

Le 3 juin 1966, Gemini 9 est mis sur orbite. Arrivés près de l’étage-fusée Atda, les astronautes ont la désagréable surprise de constater que la pièce d’amarrage est partiellement emprisonnée dans son carénage de protection. Une réunion de crise se tient en présence d’Aldrin et de Lovell, les doublures de l’équipage, Girulth et Kraft, le Directeur du centre de Houston et le Directeur des vols. Aldrin présente d’une voix ferme son plan : Cernan doit sortir dans l’Espace pour couper les attaches de la coiffe. Girulth et Kraft sont consternés par cette proposition jugée insensée. Les boulons retenant le carénage peuvent exploser lors de la manœuvre et la coiffe présente des parties anguleuses susceptibles de déchirer le scaphandre de Cernan.

Une semaine après la fin de la mission Gemini 9, Girulth demande à Slayton « si c’est une bonne idée de désigner Aldrin comme membre de l’équipage de Gemini 12 ». Slayton réussit, avec peine, à le persuader qu’il a sa place sur ce vol. Mis au courant de cette conversation, Aldrin est décidé à reconquérir la confiance de Girulth. Il utilise intensément la piscine au fond de laquelle il s’entraîne avec le fauteuil volant AMU. Mais la Nasa renonce à l’embarquer sur Gemini 12, après la sortie pénible de Cernan qui n’a pas pu se servir de cet appareil.

Déçu, Aldrin se voit confier une autre mission : revoir en profondeur le travail dans l’Espace. Devant une maquette immergée de la Gemini, Aldrin indique aux techniciens les meilleurs emplacements où il convient de placer des poignées, des barres et des marchepieds sur son vaisseau en cours de préparation. Il exige également que sa combinaison spatiale soit équipée de dispositifs d’accrochage à la cabine. Il se révèle aussi ingénieux que pour ses équations sur les rendez-vous. Il invente, par exemple, un genre de fer à repasser recouvert de velcro qu’il veut appliquer comme un aimant sur la coque de l’engin spatial.

La sortie honorable de Collins durant la mission Gemini 10 en juillet 1966, redonne espoir à l’agence spatiale. On reparle de la possibilité de faire voler l’AMU pendant le vol Gemini 12. Slayton veut alors donner une seconde chance à Cernan qui connaît le fauteuil volant mieux qu’Aldrin trop occupé par ailleurs. Mais la Nasa replonge dans le doute après la sortie épuisante de Gordon lors du vol Gemini 11 de septembre 1966. L’agence spatiale décide, par conséquent, d’abandonner définitivement l’AMU, au grand soulagement d’Aldrin.

Rien n’est encore gagné, car il redoute que ses sorties soient annulées. En effet, le jour du lancement, des taches se multiplient à la surface du soleil, responsables d’une projection d’un flux de particules vers la Terre. Heureusement, la mesure des doses de radiations ionisantes n’est pas alarmante.

Du 11 au 15 novembre 1966, Aldrin effectue sa 1ère mission de 3 j 22 h 34 mn sur Gemini 12 autour de la Terre, en compagnie du commandant de bord Lovell. La fusée Titan II d’une masse de 150 tonnes et de 27 mètres de haut, pousse le vaisseau de 3,65 tonnes et de 5,74 m dont les parois supportent une température de 300° C, lors de la traversée de l’atmosphère. Une fois en orbite, la Gemini résiste aux + 100 ° C pour ses parties orientées vers le soleil et aux – 150° C pour celles exposées à l’ombre.

Les astronautes actionnent le radar chargé de détecter l’étage-fusée Agena. Il émet des ondes dans sa direction et il reçoit l’écho renvoyé par l’Agena. Mais il est trop saccadé pour que l’ordinateur de bord soit capable de déterminer la distance de l’étage-fusée.

Cet échec est une chance inespérée pour Aldrin qui va pouvoir mettre en pratique sa théorie élaborée au MIT. Avec un sextant, il détermine l’angle entre la position de la Gemini et celle supposée de l’Agena. Puis, il consulte ses propres diagrammes et il alimente l’ordinateur avec de nouvelles données. Correctement nourri, le calculateur amène le vaisseau à proximité de l’Agena, après une course-poursuite de 120 km. C’est une éclatante revanche du « Docteur Rendez-vous » sur ses patients experts qui doutaient de l’efficacité de son remède.

Lovell procède à deux amarrages avec l’étage-fusée, puis c’est au tour d’Aldrin d’accomplir la troisième et dernière jonction, simulant l’accrochage entre l’étage de remontée du module lunaire et la cabine Apollo autour de la Lune. Malheureusement, le moteur de l’Agena est défectueux et il n’est pas ré-allumé pour propulser l’attelage Agena-Gemini à une altitude de 760 km d’où Aldrin devait effectuer ses trois sorties qui se déroulent donc en orbite basse.

Au cours de la première de 2 h 39 mn, le corps à moitié au-dehors, Aldrin photographie des champs d’étoiles. Cependant, pour une visée précise, Lovell éprouve des difficultés à orienter les deux véhicules soudés, car l’étage-fusée est rempli du propergol qui n’a pas pu être consommé. Aldrin prend ensuite des photos de l’Afrique pour un programme d’action humanitaire. Il prépare aussi son escapade du lendemain, en installant une caméra et en rajoutant des mains-courantes et une rampe de 2 mètres entre la Gemini et le cône d’amarrage de l’Agena.

Aldrin commence la 2ème sortie de 2 h 08 mn en sortant de la cabine, harnaché comme un alpiniste qui s’apprête à escalader une paroi rocheuse. Il porte à sa ceinture une sangle qu’il accroche sur la rampe le long de laquelle il progresse grâce à ses gants revêtus de velcro, tandis que ses bottes se posent sur des marchepieds. Arrivé près du cône d’amarrage de l’étage-fusée, il déroule le câble de 30 m et glisse le nœud du filin sur la perche verticale de la Gemini. Puis, Aldrin refait le chemin inverse et se dirige vers l’arrière du vaisseau pour s’immobiliser devant un poste de travail. Ses pieds chaussent alors une paire de sabots fixée sur la structure ; il attache les lanières de sa ceinture à des crochets ; il noue les cordons de ses poignets à des anneaux. Ainsi, il est prêt pour accomplir des tâches, sans avoir à lutter pour rester en place. De plus, la visière de son casque est recouverte d’un produit qui évite la formation de buée.

Aldrin va être tour à tour, mécanicien, électricien et plombier. Il visse et dévisse des écrous. Il déplace et remet en place des poignées. Il sectionne et raccorde des fils électriques. Il sépare et joint des tuyaux. Il travaille avec facilité et sans aucune fatigue. Aldrin démontre brillamment que l’homme peut réaliser une besogne importante à l’extérieur d’un vaisseau, sous réserve qu’il respecte des périodes de repos, qu’il effectue des gestes lents et qu’il dispose de nombreux points d’appui. Avant de réintégrer la cabine, il détache la rampe entre la Gemini et l’Agena, puis la lance en s’exclamant : « Je suis maintenant le premier lanceur de javelot de l’Espace ! ». Kraft résume son travail par ces mots : « Superbe performance ! ».

Le jour suivant, Aldrin accomplit sa 3° et dernière sortie, debout sur son siège. Elle est retardée, car Lovell a du mal à stabiliser la Gemini en raison de la panne de deux fusées de contrôle d’attitude. D’une durée de 55 mn, elle est consacrée à la photographie des constellations d’étoiles et à des mouvements de gymnastique. Cependant, il renonce à la prolonger, parce que son coéquipier dépense beaucoup plus de carburant que prévu pour maintenir la cabine dans la bonne attitude. Aldrin devient le premier astronaute à exécuter trois sorties consécutives avec un temps record de 5 h 26 mn.

Après cette réussite, les astronautes ne peuvent, par contre, mener à terme l’expérience de création d’une pesanteur artificielle à l’intérieur du vaisseau, comme lors du vol Gemini 11. Après la séparation avec l’étage-fusée, il est impossible de tendre le filin reliant les deux engins pour les mettre en rotation. En effet, les problèmes continuent avec les moteurs de la cabine, ainsi qu’avec les piles à combustibles qui fournissent l’électricité et l’eau.

Gemini 12 revient sur Terre avec, à son bord, Aldrin, heureux d’avoir rendu confiance à la Nasa, après une série de sorties difficiles pour les précédents piétons de l’Espace.

Le programme Gemini terminé, Aldrin rejoint le programme Apollo dans lequel il commence à jouer un rôle majeur. Ainsi, les astronautes s’inquiètent sur les mauvaises conditions d’éclairage par le soleil de l’étage de remontée du module lunaire (LM) au moment du rendez-vous avec Apollo autour de la Lune. Aldrin va alors proposer que le LM prenne une position particulière qui permette au pilote de la cabine de mieux le voir. Son concept est adopté à l’unanimité.

Aldrin s’entraîne d’abord comme pilote du module lunaire, mais au cours de la matinée du 5 avril 1968, il n’est pas à l’intérieur d’un simulateur. Il conduit un défilé dans les rues de Houston en hommage à Martin Luther King, le pasteur noir défendant la non-violence, assassiné la veille. C’est le seul astronaute présent et il fait preuve de cran en s’affichant ouvertement comme un partisan de la paix dans un pays qui est en guerre au Vietnam.

En juillet 1968, il quitte sa formation de pilote du LM pour celle de pilote de la cabine Apollo. Il vient d’être nommé doublure de Lovell pour l’expédition Apollo 9 initialement prévue pour tester le 2° module lunaire sur une orbite terrestre à l’apogée de 6 500 km. C’est un changement soudain, car Lovell remplace Collins parti se faire opérer. Lors d’une réunion de préparation de ce vol, Aldrin, jamais à court d’idées qui dérangent, ne peut s’empêcher de faire une suggestion à Borman. Agacé, le commandant d’Apollo 9 lui réplique : « Je n’ai besoin d’aucun conseil de ta part à propos de ma mission ! ». Un mois plus tard, la Nasa décide de transférer cet équipage principal et l’équipage de remplaçants, dont Aldrin, sur le vol Apollo 8 qui doit survoler la Lune en décembre 1968.

De retour de sa convalescence, Collins reprend son entraînement de pilote de la cabine Apollo et Aldrin celui de pilote du LM. Le 6 janvier 1969, ces deux astronautes et Armstrong sont appelés dans le bureau de Slayton. Aldrin sent l’adrénaline se répandre dans son corps lorsqu’il entend prononcer la phrase : « Vous en êtes ! ». Il fait partie de l’équipage d’Apollo 11 qui va se poser sur la Lune pour la première fois ! Il est persuadé qu’il sera aussi le premier homme à fouler le sol lunaire. Lui qui, toute sa vie, s’est battu pour la première place, il ne peut en être autrement.

Pendant le programme Gemini, c’est le copilote qui effectuait la sortie spatiale, tandis que le commandant de bord restait dans le vaisseau. Pour le programme Apollo, le scénario élaboré en 1964 et repris à la mi-1968, montre que c’est le copilote qui descend le premier du module lunaire (LM). C’est donc à Aldrin que revient cet honneur. Les médias sont également convaincus de ce fait et sollicitent Aldrin pour des interviews.

A l’issue d’une réunion tenue le 14 février 1969 concernant le planning de la mission Apollo 11, il apparaît qu’il serait plus logique que le commandant quitte le LM en premier. A l’intérieur du module lunaire, il se trouve à gauche du poste de pilotage d’où il peut accéder plus facilement à l’écoutille de sortie. De plus, il a davantage de place pour revêtir son scaphandre et endosser un des deux systèmes de survie stockés derrière le copilote. Ainsi, on évite une permutation compliquée entre les deux hommes dans l’étroit habitacle.

Aldrin s’inquiète, avec une colère contenue, de ce possible changement. Il en parle à Armstrong qui lui répond ne pas avoir l’intention de se désister si la Nasa décide de suivre les recommandations du comité technique. Aldrin pense surtout qu’on ne souhaite pas lui confier ce privilège à cause de son franc-parler qui déplaît, de ses prises de position qui incommodent et de son ambition qu’il ne cache pas.

Il manifeste son mécontentement auprès de tous ceux qu’il rencontre, sans pour autant recevoir à chaque fois le soutien qu’il attend. Cependant, Aldrin est si fort mentalement qu’il parvient à oublier sa rancoeur pendant l’entraînement avec son coéquipier.

Le choix officiel intervient le 7 avril 1969 : c’est Armstrong qui sera le premier homme sur la Lune. Mis à part les considérations d’ordre technique, l’unanimité s’est faite sur le héros de Gemini 8, discret et maître de soi, jugé plus apte pour assumer ce rôle historique d’après les dirigeants du centre spatial de Houston : Girulth, le directeur du centre, Kraft, le directeur des vols, Slayton, le directeur des équipages et Low, le directeur du programme Apollo. La décision est approuvée ensuite par l’état-major de la Nasa à Washington : Mueller, le chef des vols habités et Phillips, le directeur-général du programme Apollo. Elle est entérinée enfin par Paine, l’administrateur de la Nasa. Aldrin est anéanti par cette décision qu’il redoutait, mais il reste stoïque. Beau joueur et homme de devoir, il a l’intention de mettre en pratique tout son savoir-faire pour que la mission soit une réussite.

Du 16 au 24 juillet 1969, Aldrin effectue son 2ème et dernier vol de 8 j 3 h 18 mn sur Apollo 11 (43,81 tonnes/18,12 mètres) en compagnie d’Armstrong et de Collins. Ils vont vivre la plus extraordinaire aventure des temps modernes qui commence par le départ de la puissante Saturn V. Pendant près d’une minute, Aldrin a l’impression de glisser sur un circuit constitué d’une succession de montées et de descentes rapides avec, comme bruit de fond, un grondement semblable à celui d’un avion au décollage.

Sur le trajet Terre-Lune, Aldrin plaisante avec Lovell : « C’est merveilleux d’être ici, mais j’attends impatiemment d’avoir quartier libre. Jusqu’à maintenant, je passe mon temps à cuisiner, à balayer et même à coudre, pour que la maison soit bien tenue ». Plus tard, le Centre de contrôle s’interroge sur l’origine de la musique qu’il entend sur les ondes. « C’est Buzz qui chante ! » répondent les deux autres astronautes.

 

aldrin-lm.jpgAprès la mise en orbite du vaisseau autour de la Lune et la séparation du module lunaire de 15,09 tonnes et de 6,98 mètres de haut, l’épreuve de vérité commence. A 15 km d’altitude, le moteur de descente du LM s’allume une dernière fois pour douze minutes et demie. Aldrin lit à haute voix les paramètres qui défilent sur les cadrans, tandis qu’Armstrong tient compte de ses indications pour agir sur les commandes. Ce n’est pas l’affolement de la mémoire de l’ordinateur qui empêche le commandant de bord de poser le module lunaire Eagle sur la Mer de la Tranquillité, après avoir évité une zone d’atterrissage couverte de rochers menaçants. Les deux hommes se tournent alors l’un vers l’autre et se tapent sur l’épaule.

Les Etats-Unis viennent de réaliser le vœu de Kennedy lancé huit ans plus tôt. Ce 20 juillet 1969, quelqu’un dépose un petit bouquet de fleurs sur sa tombe au cimetière d’Arlington. Il est accompagné d’une carte rédigée avec ces mots : « Monsieur le Président, l’Aigle s’est posé ».

Dix-neuf minutes après Armstrong, c’est au tour d’Aldrin de sortir du LM, « plein d’entrain et avec la chair de poule ». Sur la Lune, il se sent « léger comme une plume, avec des fourmillements partout ». Les deux astronautes ramassent 21 kg d’échantillons et procèdent à des carottages. C’est à Aldrin que revient la tâche d’installer la station scientifique Easep composée de sismographes pour enregistrer les frémissements de l’écorce lunaire et d’un réflecteur-laser pour mesurer la distance Terre-Lune dans le but de connaître la vitesse de rotation de notre planète et la dérive des continents. Le troisième instrument, ramené sur Terre, est un détecteur de vent solaire chargé de recueillir les particules qui s’échappent de la couronne du soleil.

Pour Aldrin, « Il règne sur la Lune une atmosphère extraordinaire, presque mystique ». Il est étonné par le contraste entre l’ombre et la lumière : « Le LM, noir, argent et or, brille comme un bijou dans ce décor sans couleurs ». Il constate aussi un phénomène étrange qui le bascule quelques secondes dans le fantastique et auquel il s’habitue par la suite. La lumière intense du soleil va pénétrer par le côté de sa visière et créer un reflet à l’intérieur de son casque. Aveuglé, il fait quelques pas pour se retrouver dans l’ombre. C’est à cet instant précis qu’il s’aperçoit que ce reflet lui montre son visage comme dans un miroir. Aldrin remarque également que lorsqu’il marche, il faut qu’il anticipe, quatre pas à l’avance, le moment où il veut s’arrêter. Pour tourner, il doit exécuter une lente rotation et pour courir, il se comporte comme un rugbyman qui serpente entre les adversaires pour ne pas être plaqué au sol.

La sortie prend fin après une durée de 2 h 31 mn et un parcours de 926 mètres. Une fois à l’intérieur du LM, les astronautes sentent une odeur provenant des échantillons lunaires. Pour Aldrin, elle est identique à celle des cendres de cheminée et pour Armstrong, à celle de la poudre. Mais le plus curieux, c’est la découverte sur le plancher du module lunaire d’un objet. Aldrin reconnaît le bouton-poussoir, un élément qui sert à la mise à feu du moteur d’ascension du LM. Sorti à reculons de la cabine sans personne pour le guider, il a cassé le bouton en heurtant la partie supérieure du tableau de bord avec son équipement dorsal. Sans s’affoler et toujours aussi astucieux, Aldrin glisse un stylo dans l’emplacement du bouton. Il suffira, le moment venu, de le pousser pour que son extrémité atteigne la portion de métal qui arme le moteur.

La réparation de fortune est un succès. Une déflagration sourde retentit provenant de l’explosion des boulons qui libèrent l’étage supérieur de 4,21 tonnes, suivie de l’allumage du moteur. Au décollage, les astronautes, qui ont vécu 21 h 36 mn sur la Lune, sont doucement ballottés, puis ressentent une agréable poussée, comme un ascenseur qui monte à grande vitesse. Le moteur s’arrête au bout de 7 mn de fonctionnement après avoir brûlé 2,52 tonnes de carburant pour atteindre une vitesse de 6.643 km/h. Placé sur une orbite de 17,41 km x 88,94 km, le LM rejoint ensuite la cabine Apollo à 111 km d’altitude. Après une ronde de 2 j 11 h 30 mn, elle quitte sa trajectoire avec les trois vainqueurs de la Lune.

A propos de leur mission, Aldrin va exprimer un souhait : « Mon espoir, c’est que les hommes garderont dans leur cœur le souvenir de l’événement que nous avons vécu. Car l’homme a besoin de relever les défis, d’accomplir une telle quête ».

Le voyage historique se termine par l’amerrissage et l’arrivée de l’équipe de récupération. Alors qu’un filin le hisse à bord d’un hélicoptère, Aldrin a « la sensation de perdre quelque chose ». Il regarde au-dessous de lui et réalise qu’il s’agit de la cabine Apollo. « J’ai eu l’impression d’abandonner une partie de moi-même, un peu comme une chenille quittant son cocon ».

De retour sur Terre, Aldrin et ses deux coéquipiers sont recouverts par l’avalanche des demandes d’apparition en public. Ils doivent parcourir les Etats-Unis pour partager leur expérience avec des millions de personnes. Mais le 15 septembre 1969, Aldrin est attristé lorsque le directeur de la Poste de Washington leur présente le timbre commémoratif de l’évènement spatial. C’est un dessin qui montre Armstrong posant le pied sur le sol lunaire avec comme légende : « Premier homme sur la Lune ». Aldrin aurait préféré que le pluriel soit employé. Au cours de leur voyage, il est d’ailleurs souvent irrité par les questions des journalistes qui veulent connaître sa réaction en tant que « second ».

A partir du 29 septembre, les trois hommes débutent un tour du monde en quarante-cinq jours dans vingt-trois pays, rythmé par un défilé, une conférence de presse et une réception officielle. Le 8 octobre, ils se rendent à Paris où ils sont « impressionnés par l’assurance et l’éloquence » du Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas. Le 22 octobre, c’est au tour des Congolais d’apprécier le discours en français, prononcé par Aldrin.

Revenus aux Etats-Unis, les trois héros d’Apollo 11 sont chargés, à nouveau, d’obligations de toutes sortes. Pour Aldrin, cette vie agitée lui est pénible et il commence à réfléchir sur son avenir. Il fait savoir à l’Armée de l’Air qu’il souhaite revenir dans le service actif. En attendant la réponse, il est assigné dans le groupe technique qui étudie les types d’accélérateurs de la future Navette spatiale. Il travaille aussi dans le privé comme l’autorise la Nasa. Il conseille les employés d’une mutuelle d’assurances dans leurs rapports avec la compagnie-mère. Il rejoint également une chaîne de télévision à qui il soumet des idées techniques. Il délaisse momentanément ses activités pour accompagner les cosmonautes Nikolaïev et Sevastianov dans leur visite des Etats-Unis au cours du mois d’octobre 1970.

Appelé à Washington, l’état-major de l’Armée de l’Air propose deux postes à Aldrin : celui de commandant de l’école des pilotes d’essai d’Edwards ou celui de commandant de l’Académie militaire de Colorado Springs. Il donne sa préférence pour cette seconde fonction, mais il faut qu’il attende encore la confirmation définitive. Il trouve que la vie devient difficile. Il est dans un état de lassitude et de découragement qui va empirer lorsqu’il reçoit son affectation pour Edwards, alors qu’il préférait celle pour Colorado Springs.

En juillet 1971, Aldrin quitte la Nasa, à l’âge de 41 ans, pour exercer sa nouvelle charge. Sous traitement antidépresseur, il parvient néanmoins à apporter de la vitalité et de l’humanité dans les activités et les relations à l’intérieur de la base d‘Edwards. Il est heureux aussi de retourner en Europe avec douze élèves pilotes d’essai pour découvrir les écoles de formation, notamment celle d’Istres près d’Aix-en-Provence. Mais au retour, sa hiérarchie refuse d’adresser à l’état-major son rapport qui préconise l’utilisation d’un plus grand nombre d’appareils pour l’entraînement des élèves, à l’exemple des Anglais. Contrarié et déjà fragilisé, il plonge gravement dans la dépression.

En octobre 1971, Aldrin est hospitalisé pour quatre semaines à San Antonio. Ses médecins lui expliquent que, durant toute sa vie, il a toujours cherché et atteint un but : West Point, le MIT, la Nasa, la Lune. Pour lui maintenant, il n’y a rien d’autre de plus important. Il prend conscience de son état : « Je souffre de ce que certains poètes ont appelé la mélancolie de l’accomplissement total ». Les spécialistes lui conseillent de tirer un trait sur son passé glorieux et de réapprendre à vivre autrement.

En mars 1972, Aldrin démissionne donc de l’Armée de l’Air. Il est remercié chaleureusement par les instructeurs et les élèves de l’école des pilotes d’essai d’Edwards pour avoir assoupli les règlements et amélioré les convenances qui interdisaient, par exemple, une conversation entre un élève et le commandant de la base. De nouvelles propositions de conférences et d’offres d’emploi lui parviennent à l’annonce de son retrait. Il rentre chez le constructeur automobile allemand Volkswagen, le seul à offrir sur le territoire américain un service de diagnostic électronique des pannes. Il travaille ainsi sur une application terrestre de la technologie spatiale.

Mais son départ précipité d’Edwards le perturbe. Sa nouvelle vie n’est plus aussi bien organisée que celle vécue au sein de la Nasa et de l’Armée. Il sent qu’il se dirige vers une seconde dépression. C’est la dernière. Il la surmonte à nouveau pour retrouver enfin une parfaite sérénité.

Au cours de cette année 1972, Aldrin devient également Consultant de la Comprehensive Care Corporation et il fonde la Research and Engineering Consultants. Le 8 décembre, il préside, à la Maison de la Radio à Paris, la remise des bourses d’études de la Fondation de la vocation aux lauréats de la promotion Pierre Lazareff et Albert Espinasse. Puis, en juin 1978, il se rend au Congrès Espace et Civilisation de Lyon avec d’anciens astronautes et des cosmonautes, une manifestation organisée par le très regretté Albert Ducrocq et sa dynamique équipe du Cosmos Club de france. A cette occasion, on apprend qu’il participe à l’élaboration des futurs programmes martiens. Il conduit des études ayant pour objet de définir les meilleures conditions pour effectuer un rendez-vous orbital autour de Mars afin de permettre, dans un premier temps, des vols Terre-Mars-Terre par des engins automatiques ramenant des échantillons du sol martien et, plus tard, de préparer des vols humains dont il serait le parrain.

En 1983, Aldrin est Consultant en sciences chez Beverly Hills Oil Compagny et il visite, en juin, le Salon du Bourget. De 1985 à 1988, il occupe le poste de directeur et de professeur au Centre des sciences spatiales de l’Université du Dakota du Nord. A partir de 1986, il coordonne aussi, chez Science Applications International Corporation, les réunions de travail des anciens astronautes d’Apollo, en vue du développement d’un système de transport spatial permanent Terre-Lune-Mars. L‘année suivante, il assure la présidence de la National Space Society dont le but est de promouvoir l’Espace auprès du public et des politiques. En 1989, il occupe les fonctions de Consultant au Département aérospatial de l’Université de Grand Forks.

En 1993, Aldrin devient président de Starcraft Enterprise, chargé de trouver de nouvelles idées sur le transport spatial. La même année, il est président de la Edwin E. (Buzz) Aldrin and Associates, une firme de consultants. Trois ans plus tard, il crée la Starcraft Boosters Inc. pour le développement d’accélérateurs automatiques capables de revenir se poser sur une piste. En 1998, il met en route la Share Space Foundation destinée à ouvrir le tourisme spatial au public. Il fait partie aussi du comité consultatif de la firme Space Adventures qui organise des séjours privés à bord de la station internationale ISS.

En mars 2004 et en mars 2006, Aldrin est de nouveau en France pour le festival du film « Jules Verne Aventures ». Conférencier très recherché, Aldrin, âgé de 77 ans, continue à fouler le sol terrestre pour accomplir son devoir de premier missionnaire de la cause spatiale.

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Le 20° cosmonaute, Vladislav N. Volkov
, est né le 23 novembre 1935 à Moscou (Terre) dont le cœur reste le Kremlin, cette forteresse prodigieuse qui renferme des palais, des églises et des musées.

Pour Vladislav, il semble qu’il n’existe rien d’autre que l’aviation dans ce monde. Son père est ingénieur en aéronautique, sa mère travaille dans une usine d’assemblage d’avions, sa maison se trouve près de l’aéroport de Moscou et ses voisins exercent un métier dans le transport aérien. Son père plaisante à peine lorsqu’il affirme que le premier mot prononcé par Vladislav, est « avion ».

C’est donc tout naturellement que Volkov s’inscrit, pour ses 17 ans, à l’aéroclub de l’Institution d’Aviation de Moscou afin de prendre des leçons de pilotage. Il y rencontre Patsaïev qui sera cosmonaute et dont il devient l’ami. En 1953, sur les conseils de ses parents et de ses professeurs, il entre dans cette institution en vue de poursuivre un cycle d’études supérieures. Il continue cependant à fréquenter l’aéroclub où il pratique aussi le parachutisme.

volkov-2.jpgEn 1959, Volkov obtient son diplôme d’ingénieur en aéronautique et, désireux de faire carrière dans la cosmonautique, il est heureux d’être admis au Bureau d’études (OKB-1) de Moscou crée par Korolev, le Constructeur Principal des fusées et le patron du programme spatial soviétique. Il rejoint Feoktistov, Elisseïev et Koubassov, de futurs cosmonautes qui travaillent déjà sur le Vostok, le premier vaisseau spatial au monde qui amène le légendaire Youri Gagarine autour de la Terre, le 12 avril 1961.

Volkov surveille la construction et les essais de cet engin et il assiste, ému, aux lancements des Vostok 3 et 4, en août 1962. Il oeuvre ensuite sur le nouveau véhicule Soyouz, avant d’être affecté sur le Voskhod, un Vostok modifié pour accueillir deux à trois cosmonautes. Il se met au service de Feoktistov qui dirige ce programme et tous les deux se portent volontaires pour effectuer le vol inaugural. C’est Feoktistov qui est choisi pour embarquer sur Voskhod 1 en octobre 1964.

Si Volkov n’a pas eu la chance d’être retenu, il a du moins la possibilité d’être détaché, provisoirement, à la Cité des étoiles. Il éprouve beaucoup de satisfaction à s’entraîner avec l’équipage de support du vol Voskhod 2. Il peut même suivre, comme son collègue Elisseïev, la même formation aux sorties spatiales que Leonov qui devient le premier piéton du Cosmos, en mars 1965.

De retour au Bureau d’études, Volkov reprend sa tâche sur le Soyouz, le cœur rempli d’espérance. Il sait que Korolev souhaite ardemment que ses ingénieurs volent à bord de ce vaisseau, mais il n’a pas le temps de finaliser les démarches nécessaires auprès des autorités ministérielles. Il décède en janvier 1966 et c’est Michine, son successeur, qui termine les négociations.

volkov-6.jpgEn mai 1966, Volkov est ainsi recruté, à l’âge de 31 ans, dans l’équipe des huit cosmonautes-ingénieurs. Surnommé « Vadim », il devient très vite populaire en raison de son désir permanent d’aider les autres. Toujours enthousiaste, il aime chanter et jouer de la guitare. Ses aptitudes physiques sur le gazon ou sur la glace auraient pu faire de lui un footballeur ou un hockeyeur, de haut niveau.

Quatre mois après, Volkov rallie le groupe qui se familiarise, depuis un an, avec le Soyouz. Michine veut qu’il s’envole sur Soyouz 2 avec deux autres ingénieurs qui ont participé à la conception du vaisseau. Kamanine, le Directeur des équipages, et les anciens cosmonautes contestent fortement cette proposition. Seul Elisseïev est sélectionné et Volkov est désigné comme sa seconde doublure. Soyouz 2 doit s’amarrer au Soyouz 1 lancé le 23 avril 1967 avec Komarov, mais son départ est annulé après les sérieuses défaillances du premier vaisseau qui s’écrase malheureusement sur Terre, un jour plus tard.

Volkov suit également un entraînement de copilote sur le Soyouz lunaire pour un survol de l’astre des nuits dans le cadre du programme L1, annulé en 1969. Cette année-là, il est, à nouveau, la seconde doublure d’Elisseïev qui effectue une sortie dans l’Espace entre Soyouz 5 et Soyouz 4, en janvier.

Après la réalisation de ces missions, Volkov est nommé membre de Soyouz 7, la cible d’amarrage de Soyouz 8 surveillée par Soyouz 6, une opération qui prépare la jonction de la station orbitale Saliout par des Soyouz pour la relève des équipages. Au cours de cette expédition, il doit échanger sa place avec celle d’Elisseïev de Soyouz 8, mais en sortant dans le vide.

volkov-3.jpgDu 12 au 17 octobre 1969, Volkov accomplit sur Soyouz 7 (6,57 tonnes/6,98 mètres) son 1er vol de 4 j 22 h 40 mn autour de la Terre, en compagnie de Gorbatko et de Filiptchenko, le commandant de bord. La veille de son lancement, Chonine et Koubassov sont partis volkov-5.jpgdans Soyouz 6 et le lendemain de sa mise en orbite, c’est au tour de Chatalov et d’Elisseïev sur Soyouz 8. Mais cette première spatiale, avec l’envoi de 3 vaisseaux et de 7 cosmonautes, ne se termine pas comme prévu. Soyouz 8 ne peut s’amarrer à Soyouz 7 en raison d’une panne du système de rendez-vous automatique, à 500 mètres de l’objectif. Ce n’est pas l’accomplissement parfait du programme d’observation de la Terre et de l’univers qui va consoler Volkov d’avoir perdu une occasion de devenir un marcheur du Cosmos.

En avril 1970, Volkov est attaché au nouveau programme de stations Saliout. Pour la troisième fois, il est sélectionné comme seconde doublure d’Elisseïev pour la mission Soyouz 10. La pièce d’amarrage endommagée de ce vaisseau empêche les cosmonautes de pénétrer dans Saliout 1, la première station au monde lancée le 19 avril 1971. Volkov s’entraîne ensuite comme première doublure de Koubassov pour le vol Soyouz 11, en attendant de prendre place sur Soyouz 12.

Deux jours avant le décollage de Soyouz 11, Volkov se trouve à Baïkonour avec ses deux autres collègues doublures. Ils apprennent, avec un mélange de surprise et de joie, mais aussi de compassion pour Koubassov, qu’ils vont partir à la place de l’équipage principal. Koubassov est, en effet, déclaré inapte, car les médecins croient (à tort) qu’il est atteint de tuberculose et la réglementation prévoit que tout l’équipage doit être remplacé si un des cosmonautes est exclu sur le lieu du lancement.

volkov-4.jpgDu 6 au 30 juin 1971, Volkov effectue sa 2ème et dernière mission de 23 j 18 h 21 mn sur Soyouz 11 (6,79 tonnes/6,98 mètres) et dans Saliout 1 (18,50 tonnes/15 mètres) autour de la Terre, en compagnie de Patsaïev, son ami de vingt ans, et de Dobrovolsky, le commandant de bord. C’est la première fois qu’une station est occupée et le record de durée réalisé est celui qui a été fixé le jour du départ. Il est supérieur de six jours au précédent exploit décroché, un an plus tôt, par Nikolaïev et Sevastianov sur Soyouz 9.

En rentrant dans Saliout, Volkov fait sourire les contrôleurs assis devant leur écran. Ils le voient en train de baisser la tête tout en décrivant un demi-cercle avec sa main droite ouverte comme s’il saluait, devant lui, la propriétaire de la maison spatiale. Pour les trois locataires, le travail à réaliser est considérable : surveillance et réparation éventuelle des appareillages, télédétection des ressources terrestres et photographie des formations atmosphériques, expériences biologiques et médicales, observation des étoiles.

Le dévouement de Volkov pour ses deux camarades, touche Dobrovolsky qui fait part de sa satisfaction au Centre de contrôle : « C’est un chic type et un excellent ingénieur. Il nous aide beaucoup, Patsaïev et moi, dans notre premier vol. Il consacre toute son énergie à la réussite de notre mission ». Mais peu à peu, Volkov se comporte comme un commandant de bord. Dobrovolsky va alors montrer quelques signes d’agacement, surtout le 16 juin.

Ce jour-là, c’est Volkov qui signale aux contrôleurs une odeur de brûlé et de fumée dans la station. Instruction est donnée à l’équipage de se réfugier immédiatement dans le Soyouz et de se préparer à abandonner Saliout, si la situation l’exigeait. Mais Volkov veut découvrir l’origine de cette émanation, ignorant les ordres répétés de Dobrovolsky. Finalement, il obéit. Au préalable, le système électrique de secours et celui de purification de l’air sont actionnés. Après un contrôle de la composition de l’atmosphère, l’équipage réintègre la station quarante minutes plus tard. Les cosmonautes constatent effectivement la disparition de l'odeur, mais ils trouvent inquiétant que ce soit un câble électrique qui ait pris feu.

volkov-9-copie-1.jpgBien que cet incendie mineur se soit éteint de lui-même, ils redoutent d’autres accidents de ce type qui pourraient être beaucoup plus graves. Ils demandent alors s’il ne serait pas plus prudent d’interrompre le vol. Ils sont rassurés après les explications données par les experts du câblage de la station. Le lendemain, Kamanine et Michine profitent que Volkov soit de veille, pour lui rappeler avec insistance qu’il n’est pas le commandant de bord et qu’il doit suivre les ordres de Dobrovolsky. Il faut qu’il respecte également les consignes communiquées par les contrôleurs de vol.

Après deux semaines en orbite, les médecins craignent que les cosmonautes ne puissent arriver au terme de leur mission, car ils ne font pas assez d’exercice pour rester en forme et pour supporter les conditions de la rentrée atmosphérique. Mais le très lourd plan de vol ne leur laisse pas beaucoup de temps pour s’entraîner avec des équipements imparfaits. Ainsi, la combinaison Pingouin qui oblige les muscles à se contracter, ne remplit plus son rôle. Ses bandes élastiques sont usées ou déchirées. Quant au tapis roulant sur lequel courent les cosmonautes, il fait vibrer les panneaux solaires et il agite le carburant dans les réservoirs. Pourtant l’équipage se sent en si bonne condition physique qu’il souhaite rester un mois en orbite, ce que refuse Kamanine.

Puis, le jour du retour arrive. Les cosmonautes quittent la station, pénètrent dans le module orbital du Soyouz, puis dans le module de descente. Ils ferment le sas qui relie ces deux modules, mais ils doivent recommencer cette opération plusieurs fois. Un voyant leur signale qu’il est toujours ouvert. Après vingt minutes d’efforts qui mettent les nerfs de l’équipage à rude épreuve, le Soyouz se sépare de Saliout et s’éloigne.

Plus tard, les moteurs s’allument pendant trois minutes pour que le Soyouz quitte son orbite et effectue sa rentrée automatique. Le Centre de contrôle reçoit la télémétrie indiquant le succès de cette manœuvre. Neuf minutes après l’extinction des rétrofusées, le module orbital, le module de service et le module de descente doivent se séparer. Les contrôleurs se demandent si ces opérations ont bien eu lieu, car ils ne reçoivent aucune confirmation verbale des cosmonautes. Seize minutes plus tard, ils sont soulagés : un radar vient de détecter le module de descente. La plupart d’entre eux pensent que l’absence de communications avec l’équipage est causée par une panne du système d’émission ou une détérioration des antennes sur le vaisseau.

L’équipe de récupération voit enfin Soyouz 11 accroché sous son parachute. Apentchenko décrit la scène : « Quelle belle matinée ! Tout est si calme. Tout se déroule si bien, selon le programme et l’horaire. Le vaisseau se pose doucement, sans briser une seule fleur. Il n’y a que cette interruption de liaisons avec eux, pour une raison inconnue. Et puis, on ouvre l’écoutille ». Quelqu'un dit alors : « Ils ont l’air de dormir ». Il croit un instant qu’ils sont évanouis et on s’empresse de les sortir du vaisseau pour les réanimer. Hélas, toute étincelle de vie a déjà quitté leurs corps. Les médecins constatent qu'ils sont morts par anoxie, un manque d’oxygène. 
Les enquêteurs ont noté des anomalies relevées à l’intérieur de la cabine par les membres de l'équipe de récupération. Avant d'évacuer les trois cosmonautes, ils se sont aperçus que les sangles de leurs couchettes étaient relâchées, davantage pour celles de Dobrovolsky. Ensuite, l'examen de l'habitacle a montré le déplacement d'une pièce de la soupape de mise à l’air libre située sous le siège central du commandant de bord. Enfin, la radio était fermée. A partir de ces indices, le film tragique des évènements est reconstitué en partie.
Alors que le Soyouz se trouve encore dans l’Espace, des charges explosives détachent les trois modules qui le constituent. Mais la séparation avec le module de descente, est beaucoup trop brutale. Le contrecoup déloge une articulation qui ouvre, prématurément, une soupape destinée au passage d’air frais lors de la rentrée dans l'atmosphère. La cabine commence alors à se vider de son oxygène. Pendant seulement quinze secondes, les trois cosmonautes restent conscients. Ils sont alertés par la baisse de pression, signe d’une fuite. Ils éteignent la radio pour localiser le bruit. Ils desserrent les sangles pour atteindre, sans doute, la soupape défaillante. Les malheureux cosmonautes sont ensuite dans l’incapacité de bouger. Ils sombrent dans le coma et meurent.
Dans son livre, Volkov avait écrit : « La pendule étoilée qui compte les heures de l’existence du cosmonaute, doit s’arrêter un jour. Mais pour un temps seulement, car d’autres viendront… ».

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Le 20° astronaute, Donn Eisele, est né le 23 juin 1930 à Columbus (Terre) dans l’Etat de l’Ohio qu’un explorateur des espaces terrestres, Cavelier de La Salle, a découvert en 1670 et qui fut administré, pendant près d'un siècle, par des Français du Canada.

Amoureux des animaux, Donn passe une grande partie de ses vacances scolaires comme gardien de zoo, sans envisager pour autant de devenir dompteur ou vétérinaire. A 18 ans, il réussit brillamment son examen d’entrée à l’Académie Navale d’Annapolis, alors que d’autres, munis d’une lettre de recommandation, en sont dispensés. eisele-2.jpgIl quitte cette institution en 1952, avec sa licence en sciences. Il préfère alors naviguer dans les cieux, plutôt que de voguer sur les eaux. Il s’engage donc dans l’Armée de l’air.

Eisele entreprend une formation de pilote au Texas, en Arizona et à la base aérienne de Tyndall en Floride où il rencontre Stafford, un futur astronaute. En 1954, il est affecté pour quatre années à Ellsworth, en tant que pilote-intercepteur. Très attiré par les techniques spatiales, il est admis ensuite à l’Institut de Technologie de Wright-Patterson qui lui décerne sa maîtrise en astronautique en 1960. En qualité d’ingénieur, il reste dans cet établissement pour travailler sur le moteur-fusée.

C'est en 1961 qu'Eisele est reçu à l’Ecole des pilotes d’essai d’Edwards où il retrouve son ami Stafford. Il devient instructeur, puis il est muté à la base de Kirtland, comme ingénieur de projet et pilote d’essai. En juin 1963, il apprend que la Nasa cherche de nouveaux astronautes. Il se met en rapport avec Stafford recruté neuf mois plus tôt et il lui fait part de son intention de le rejoindre. Ce dernier le patronne auprès des astronautes Slayton et Shepard, membres du jury de sélection. Mais leur appui n’est pas nécessaire, étant donné l’excellence des résultats du candidat.

En octobre 1963, Eisele rentre, à l’âge de 33 ans, dans la 3ème équipe des quatorze astronautes. Il est d’un caractère conciliant, avec un comportement empreint de bonnes manières. Il possède aussi un don d’imitateur qui réjouit tous ses collègues.

Affecté sur le programme Apollo, Eisele est pressenti pour participer au premier vol de la cabine lunaire, avec Grissom et Chaffee. Dans le cadre de son entraînement, il effectue, avant la Noël 1965, des vols paraboliques à bord d’un avion KC-135. A l’issue d’une phase de chute libre créant une impesanteur d’une vingtaine de secondes, il se luxe l’épaule. La gêne et la douleur s’aggravent brusquement après une partie de hand-ball. Eisele doit alors subir une intervention chirurgicale en janvier 1966.

Deux mois plus tard, Eisele prend connaissance de la composition officielle de l’équipage d’Apollo 1. Il est remplacé par White qui devait voler sur Apollo 2 ! Sa déception est si grande qu’il se rend, un soir, au domicile de Stafford pour verser quelques larmes sur l’épaule de son ami, comme un sportif qui vient de perdre sa qualification pour les Jeux Olympiques. Il le console en l’assurant qu’il aura une autre chance d’être désigné sur une prochaine expédition, lorsque sa convalescence sera terminée.

Effectivement, en septembre 1966, Slayton, le Directeur des équipages, le nomme pilote de la cabine Apollo 2. Mais son contentement ne dure que deux mois, car ce vol est annulé, la Nasa jugeant finalement inutile une répétition de la première mission. Désappointé, Eisele se retrouve comme doublure de White sur Apollo 1.

Le 26 janvier 1967, au Centre spatial Kennedy, il réalise, avec Schirra et Cunningham, des essais à bord de la cabine remplie d’une atmosphère azote-oxygène. Le jour suivant, c’est au tour de l’équipage principal de prendre place dans l’habitacle. Un court-circuit déclenche alors l’enfer dans l’atmosphère composée, cette fois-ci, d’oxygène pur pour simuler les conditions réelles de vol. En huit secondes et demie, les malheureux Grissom, White et Chaffee meurent asphyxiés par les gaz et les poussières toxiques des matériaux en combustion.

En mai 1967, Eisele est ainsi désigné pilote de la première cabine Apollo qui va être transformée après le tragique incendie dans lequel il aurait du périr. Le trio, chargé d’apprivoiser le nouveau vaisseau lunaire, s’appelle « 3 W » : Wally (Walter Schirra), Walter (Walter Cunningham) et Whatisname (Donn Eisele). Comme beaucoup de personnes ont du mal à prononcer correctement son patronyme, ses collègues ont baptisé Eisele « Quel est son nom ».

Du 11 au 22 octobre 1968, Eisele effectue son unique mission de 10 j 20 h 09 mn autour de la Terre, sur Apollo 7 (14,67 tonnes/11,14 mètres) avec Cunningham et Schirra, le commandant de bord. Près de trois heures après la mise en orbite, Eisele détache la cabine du 2° étage S-IVB, s’éloigne de 15 m, puis fait un demi-tour pour s’approcher à 1,20 m de lui. Il répète la manœuvre qui précède l’extraction du module lunaire (LM) fixé sur l’étage-fusée. Les astronautes constatent alors qu’une des quatre pétales de 6,60 m de long qui protègeront le LM, n’est ouvert qu’à 25° au lieu des 45°. A l'avenir, ces panneaux seront éjectés pour que l’amarrage ait lieu sans problème. Le vol en formation avec le S-IVB dure 15 mn au lieu des 40 mn prévues, en raison d’une dépense excessive de combustible.

Le lendemain, après une poursuite de 160 km, Eisele réalise un rendez-vous avec l’étage-fusée pour simuler un sauvetage : la jonction, en orbite lunaire basse, de la cabine Apollo et de l’étage supérieur du LM incapable de remonter sur une orbite haute pour rejoindre le vaisseau-mère. La manœuvre intervient grâce aux deux premières des huit mises à feu du SPS de 9,3 tonnes de poussée effectuées au cours de la mission. Surpris par la puissance du moteur principal, Eisele lâche un commentaire imagé : « Un vrai coup de pied dans le derrière ! ». Pendant l’opération, Apollo ne peut rester qu’à 21 mètres du S-IVB de 17,80 m de long qui culbute dangereusement. Le vol de conserve prend fin vingt minutes plus tard au lieu de la demi-heure souhaitée, toujours à cause d’une consommation trop importante de carburant.

Après Schirra et avant Cunningham, Eisele attrape un gros rhume de cerveau. Le responsable principal est le système de climatisation dont un des radiateurs est tombé en panne, entraînant une baisse de la température. Leur état de santé et le très lourd plan de vol sans cesse modifié par les contrôleurs, provoquent la mauvaise humeur des astronautes. Si Schirra est le plus contestataire, Eisele, d’ordinaire si courtois, a son mot à dire sur un exercice qu’il doit exécuter : « J’aimerais avoir une conversation avec l’homme - si c’est le mot - qui a demandé cette procédure particulièrement stupide ! ». Plus tard, il refuse de remettre le harnais porteur des électrodes qui enregistrent les battements de son cœur, car il juge ce système mal adapté.

Kraft, un des responsables du Centre spatial de Houston et le Chef des opérations en vol, est indigné par l’attitude des astronautes. Il demande à Slayton, le Directeur des équipages, Shepard, le Chef du Bureau des astronautes et Stafford, la doublure de Schirra, d’intervenir pour mettre fin à cette mutinerie. Mais aucun d’entre eux ne veut prendre le risque d’aggraver la situation. Kraft annonce à son entourage que ces astronautes ne revoleront plus (Avant son départ, Schirra a déjà fait savoir qu’Apollo 7 est sa dernière mission).

L’autorité pesante du vétéran Schirra sur ses jeunes coéquipiers se trouve aussi, un instant, ébranlée. Il s’énerve sur la durée d’un test de navigation en train d’être réalisé par Eisele. Ce dernier se redresse alors sur son siège et, en regardant son commandant, il lui dit : « Juste une fichue minute, Monsieur Schirra ! ».

Tout au long du vol, Eisele va très peu dormir. Il est toujours de veille lorsque ses deux compagnons sont assoupis, mais quand vient son tour, son sommeil est fréquemment interrompu par le bruit des activités de ses deux collègues et par les chuchotements de Schirra, d’un naturel bavard. Eisele est, quant à lui, plus respectueux du repos des autres. Ainsi, lorsque intervient une panne de courant, il va chercher et trouver, en silence, la cause. Pour remédier au mauvais fonctionnement de la climatisation, les astronautes avaient branché tous les ventilateurs en même temps. Eisele répare alors, avec succès, le circuit électrique endommagé, en prenant soin de ne pas réveiller ses deux camarades.

Mis à part les tests concluants sur le fonctionnement des divers moteurs et de l’appareillage de bord, l’équipage photographie remarquablement bien et de façon intensive la surface de la Terre. Les astronautes mettent au point les techniques de prise de vues du prochain programme des satellites d’applications terrestres Erts et celui de la future station habitée Skylab. C’est au cours de la sixième émission télévisée qu’Eisele peut enfin apparaître devant la caméra pour commenter les images. Il s’explique : « On ne m’a pas montré souvent, car il fallait bien quelqu’un qui actionne les pédales pour que la machine marche ! ».

Lors de l’amerrissage, une méchante vague et le vent dans les trois parachutes de 25 m de diamètre provoquent le basculement de la cabine Apollo. Pris d’une nausée, Eisele doit attendre treize minutes avant que le gonflement des trois ballons de flottaison redresse la capsule. Il déboucle alors les sangles de sa couchette et se dirige vers la baie des équipements pour sortir l’antenne radio qui émet un signal capté par l’hélicoptère de récupération.

Low, le Directeur du programme Apollo à Houston, va résumer le vol d‘une phrase : « Cette mission a atteint 101 % des objectifs que nous nous étions fixés au départ ». Le 1 % supplémentaire concerne la réalisation d’expériences non prévues à l’origine. L’équipage d’Apollo 8 peut donc partir passer les fêtes de Noël 1968 autour de la Lune.

En novembre 1968 et suite à une disposition arrêtée six mois plus tôt, Eisele est nommé doublure de Young, le pilote de la cabine Apollo 10 pour la mission en orbite lunaire de mai 1969. Mais, pour une sélection dans un équipage principal, Eisele s’inquiète sérieusement, car il a appris que Kraft éprouve du ressentiment à l’égard des astronautes indisciplinés d’Apollo 7. Ses craintes sont fondées. En juin 1969, il n’est pas désigné par Slayton comme pilote de la cabine dans l’équipage d’Apollo 13 qui deviendra celui d’Apollo 14. C’est Roosa qui est choisi. Le Directeur des équipages est, en effet, persuadé que Kraft aurait refusé sa nomination à cause de sa conduite sur Apollo 7 et de son prochain divorce, très mal vu à l’époque.

Eisele est accablé par cette décision qui lui interdit définitivement de survoler les mers et les cratères lunaires aux commandes de sa cabine. Il est alors transféré sur le programme Apollo Applications pour une mission dans la station orbitale Skylab prévue dans quatre ans, le temps que s’effacent les griefs contre lui. Cependant, Slayton et Stafford, devenu Chef du Bureau des astronautes, sont soucieux en constatant qu’Eisele, remarié, délaisse de plus en plus souvent son entraînement. Ils lui demandent de se ressaisir, mais Eisele éprouve un sentiment de désenchantement pour son nouveau travail moins excitant que celui sur Apollo. Philipps, le Directeur-général du programme lunaire à Washington, prend Eisele en sympathie et lui propose, par l’intermédiaire de Stafford, un autre poste à la Nasa qu’il accepte.

Eisele démissionne du Corps des Astronautes en juin 1970 et il rentre, comme Assistant Technique pour les vols habités, au Centre de recherches de Langley, connu pour ses importantes recherches sur la dynamique, la stabilité, la navigation et la rentrée des capsules dans l’atmosphère. Deux ans plus tard, il décide de s’engager dans l’humanitaire.

En juillet 1972, Eisele quitte la Nasa et part en Thaïlande agitée par une grave crise économique, sociale et politique. En tant que Directeur de l’U.S. Peace Corps, il s’occupe de l’aide américaine avec un dévouement sans borne. Pendant cinq ans, il se charge de l’approvisionnement alimentaire et il supervise les travaux de construction d’écoles et d’hôpitaux. Ses qualités de gestionnaire avisé vont le servir dans la suite de sa carrière.

En 1977, il retourne aux Etats-Unis pour prendre les fonctions de Directeur des ventes de la Marion Power Shovel Compagny, spécialisée notamment dans la fabrication d’engins d’exploitation minière. En juin 1978, Eisele participe au Congrès Espace et Civilisation de Lyon, avec d’anciens astronautes et des cosmonautes. L’année suivante, il devient Vice-président de la compagnie aérienne Trans Carib Air et, en mars 1981, il dirige le Service comptabilité des particuliers et des entreprises, clients de la société d’investissements Oppenheimer and Compagny. Il crée aussi sa propre firme de consultants, la Space Age America.

Le 1er décembre 1987, Eisele est retrouvé inanimé dans sa chambre d’hôtel à Tokyo, terrassé par une crise cardiaque, à l’âge de 57 ans. En qualité de consultant technique, il était venu annoncer, avec ses anciens collègues Slayton et Shepard, l’ouverture d’un « Space camp » pour les enfants japonais, parrainé par le Centre Marshall de la Nasa.

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gorbatko-portrait.jpgLe 21° cosmonaute, Victor V. Gorbatko, est né le 3 décembre 1934 à Ventsi-Zaria (Terre) dans le nord du Caucase, cet impressionnant rempart montagneux entre l’Europe et l’Asie, coupé de hautes vallées difficiles d’accès, avec des gorges sombres et des arbres aux formes fantastiques.

Après des études secondaires, Gorbatko entre, en 1952, dans un établissement de formation des pilotes militaires où il rencontre, pour la première fois, Khrounov, un futur cosmonaute qu’il suivra comme son ombre pendant une grande partie de sa carrière. Une fois leur entraînement terminé sur le Yak-18, ils se retrouvent, un an plus tard, à la Grande Ecole de l’Armée de l’Air de Bataïsk. Diplômés en aéronautique en 1956, ils servent alors dans la même escadrille, comme pilote de chasse. Puis, sur une période de quatre ans, Gorbatko est affecté dans divers régiments aériens, avant d’être contacté, comme Khrounov, pour devenir un « voyageur de l’Espace ».

En mars 1960, Gorbatko est accepté, à l’âge de 26 ans, dans le 1er groupe des 20 cosmonautes retenus sur un total de 3 000 volontaires questionnés par des agents recruteurs visitant les bases militaires. Il va être le douzième et dernier de cette équipe à connaître le grand frisson spatial. Souriant et aimable, il pratique le tennis et collectionne les timbres.

Parallèlement à son entraînement, Gorbatko commence à suivre, dès 1961, des cours à l’Académie des ingénieurs en aéronautique de l’Armée de l’Air Joukovski, en vue d’obtenir son diplôme. En septembre 1963, il est rattaché au programme Vostok qui prévoit le lancement de quatre autres cabines monoplace, après la mission Vostok 6 de Valentina Terechkova, la première femme cosmonaute, mise en orbite en juin 1963.

En février 1964, Gorbatko rejoint le programme Voskhod suite à l’annulation des vols supplémentaires du Vostok. Ce n’est pas sans lui déplaire, car ce changement multiplie ses chances de partir, le Voskhod pouvant emporter deux à trois cosmonautes. Il connaît alors une suite de déconvenues pour son affectation sur le vol biplace Voskhod 2 de mars 1965.

Gorbatko s’entraîne avec trois autres camarades, dont Khrounov, dans l’espoir d’être le premier piéton de l’Espace. Mais c’est Leonov qui est sélectionné. Il reste en compétition avec ses deux autres collègues pour la place de commandant de bord. Mais c’est Beliaïev qui est choisi. Il devient sa première doublure jusqu’à ce qu’il tombe malade. Victime d’une grave inflammation des amygdales, il est hospitalisé. Les examens révèlent des contractions prématurées de son cœur. Il se voit cloué au sol définitivement. Heureusement, après l’ablation des amygdales, les médecins constatent que les battements de son cœur sont redevenus normaux. Six semaines plus tard, il réintègre l’équipage de Voskhod 2, en tant que seconde doublure de Leonov, la première doublure étant Khrounov.

Par la suite, Gorbatko occupe la fonction de deuxième doublure sur le vol Voskhod 3 et sur le vol féminin Voskhod 5, puis celle de première doublure de Khrounov sur Voskhod 6, avant que les missions Voskhod 3 à 6 soient supprimées, en janvier 1966, pour ne pas retarder le programme Soyouz. Il est alors affecté sur Soyouz 2, à nouveau comme doublure de Khrounov. Ce vol est annulé après le lancement, le 23 avril 1967, du Soyouz 1 piloté par Komarov qui revient précipitamment pour s’écraser sur Terre le lendemain.

Après ce drame, Gorbatko poursuit son entraînement sur le programme Soyouz et aussi sur le programme lunaire L1 (Survol de la Lune) et L3 (Atterrissage lunaire) qui ne se réaliseront pas. Puis, il se retrouve une fois de plus doublure de Khrounov sur la mission Soyouz 5 de janvier 1969. Peu après, il est désigné, enfin, dans un équipage principal, celui de Soyouz 7, afin de préparer le programme de stations orbitales Saliout et pour participer à deux premières spatiales : la mise en orbite de 3 vaisseaux en trois jours avec un total de 7 cosmonautes.

Mais Gorbatko continue à jouer de malchance. Il doit être admis dans un établissement hospitalier pour l’anomalie décelée sur son électrocardiogramme effectué au centre médical de la Cité des étoiles. Rassuré par le diagnostic, il reprend sa préparation pour l’interrompre encore, à cause d’une fêlure de la cheville gauche après son 120° saut en parachute. Il craint alors d’être exclu de l’équipage de Soyouz 7 et du programme spatial. Kamanine, le Directeur des équipages, veut le remplacer. Voilà neuf ans que Gorbatko attend une affectation sur un vol et il n’est pas question pour lui de laisser échapper cette occasion unique. Il n’a pas pour habitude de se mettre en avant, mais il va trouver la force nécessaire pour le faire. Il manœuvre si bien qu’il réussit à garder sa place. Rétabli, il rattrape son retard, d’autant plus facilement qu’il occupe un poste moins critique que celui des deux autres membres du vaisseau.

gorbatko-ds-soyouz-7.jpgDu 12 au 17 octobre 1969, Gorbatko réalise sur Soyouz 7 (6,57 tonnes/6,98 mètres) son 1er vol de 4 j 22 h 40 mn autour de la Terre, en compagnie de Volkov et de Filiptchenko, le commandant de bord. 
gorbatko-soyouz-7.jpgIl assiste, avec regret, à la rencontre trop lointaine (500 m) avec Soyouz 8 lancé le 13 et piloté par Chatalov et Elisseïev. La panne de leur système de rendez-vous automatique Igla les empêche de s’amarrer à Soyouz 7, sous la surveillance de Chonine et de Koubassov en orbite dans Soyouz 6 depuis le 11. Ces deux cosmonautes ne peuvent donc pas filmer non plus le transfert d’Elisseïev et de Volkov, d’une cabine à l’autre.

Au cours de cette mission, Gorbatko va tenir le rôle principal dans l’observation et la photographie du ciel et de la surface de la Terre pour la plus grande satisfaction des astronomes, des géologues, des cartographes et des météorologistes.

Après son vol, il est prévu que Gorbatko participe à un accostage en orbite terrestre avec un autre Soyouz, pour tester le nouveau système de rendez-vous Kontakt. Celui-ci doit aider au rapprochement et à la jonction entre le module de retour du sol lunaire et le vaisseau autour de la Lune. Cette opération est reportée, puis supprimée en raison des difficultés rencontrées dans la mise au point de cet appareillage et du lanceur géant lunaire N1.

Dès le mois de juin 1971, Gorbatko entreprend un nouvel entraînement sur le programme de stations orbitales Saliout et plus particulièrement celles baptisées Almaz (Saliout 3 et 5) destinées à l’observation militaire. En attendant d’être désigné sur une mission, il acquiert une excellente réputation de contrôleur de vol pour le suivi des expéditions à bord des stations.

En 1974, Gorbatko est nommé commandant de la dernière occupation de Saliout 5. Pour mieux le préparer, l’ancien cosmonaute Chatalov, le nouveau Directeur des Equipages, le sélectionne sur les deux premières missions, en qualité de seconde doublure de Volynov dans l’équipage de Soyouz 21 lancé en juillet 1976, puis en tant que première doublure de Zoudov dans l’équipage de Soyouz 23 parti en octobre 1976. Ces deux vols ne se déroulent pas comme projeté. Le premier est interrompu à cause d’une atmosphère devenue irrespirable à bord de Saliout 5. Pour le second, un nouveau mauvais fonctionnement du système de rendez-vous Igla interdit au vaisseau de s’amarrer à la station. Il est donc impératif que le troisième et dernier vol soit un succès.

gorbatko-ds-soyouz-24.jpgDu 7 au 25 février 1977, Gorbatko accomplit, avec Glaskov, sa 2° mission de 17 j 17 h 26 mn autour de la Terre, à bord de Soyouz 24 (6,55 tonnes/6,98 mètres) et de Saliout 5 (18,50 tonnes/11 mètres). Arrivés à 80 m de la station, Gorbatko voit soudain s’interrompre le système de rendez-vous automatique Igla. Il prend donc les commandes manuelles plus tôt que prévu. Avec habileté, il consomme peu de carburant et il réussit l’accrochage avec Saliout 5, pourtant difficile, car la station est plongée dans l’obscurité, avec son sas d’amarrage à peine éclairé.

gorbatko-soyouz-24-copie-1.jpgA l’intérieur du module orbital du Soyouz se trouvent du matériel de réparation et des bouteilles d’air comprimé pour renouveler l’atmosphère de la station. Gorbatko et son camarade, équipés d’un masque à gaz, pénètrent dans Saliout 5 et prélèvent des échantillons d’air. Après analyse, ils constatent que l’atmosphère empoisonnée s’est dissipée. Gorbatko s’exclame alors : « C’est comme si on emménageait dans une belle et grande maison toute propre ! ». Cependant, pour simuler et compenser une perte d’étanchéité, les responsables du vol demandent, plus tard, aux cosmonautes de vider une partie de l’atmosphère de la station. Ils ouvrent une valve du sas en contact avec l’extérieur. Aussitôt, les bouteilles d’air comprimé libèrent un pur et agréable fluide gazeux que Gorbatko et Glaskov respirent à pleins poumons.

Après avoir réparé un ordinateur et changé des pièces sur des équipements, les deux cosmonautes exécutent, en un temps record de 18 jours, un travail presque équivalent à celui de l’équipage de Soyouz 21 effectué en 49 jours. Ils réalisent des soudures, des alliages et ils suivent la croissance de cristaux, en vue d’une application future dans la métallurgie et l’électronique. Ils observent les étoiles, le Soleil, la Lune. Avec la puissante caméra, capable de voir des détails de 50 cm, ils prennent des photos du territoire soviétique et surtout des installations militaires des pays étrangers. A la fin de leur séjour, Gorbatko et Glaskov rangent les enregistrements, accumulés depuis le mois de juillet 1976, à l’intérieur de la capsule de rentrée de 85 cm de diamètre et de 400 kg qui va revenir sur Terre, deux jours après le retour tumultueux de l’équipage.

Car un vent violent, sous un ciel agité par une tempête de neige, va s’engouffrer dans le parachute de leur Soyouz et l’entraîner loin de la zone d’atterrissage prévue. La cabine se pose sur un terrain incliné, se renverse et roule quelques mètres, avant de s’immobiliser sur le côté. Blessés légèrement, Gorbatko et Glaskov sont dans une position très inconfortable. Ils détachent les sangles de leur siège et quittent, avec difficulté, le Soyouz. Mais, glacés par une température de - 17° C, ils retournent rapidement à l’intérieur de la cabine en attendant, près d’une heure, l’équipe chargée de les récupérer.

Trois mois plus tard, le 7 juin 1977, Gorbatko se trouve au Salon du Bourget pour participer, avec son collègue Roukavichnikov et l’astronaute Bean, à la journée « Demain l’Espace » organisée par le Cosmos Club de France et son président Albert Ducrocq, en collaboration avec la société Matra.

L’année suivante, Gorbatko est affecté sur le programme de la nouvelle station orbitale Saliout 6. Elle présente l’avantage d’être équipée de deux ports d’amarrage pour accueillir deux Soyouz amenant un équipage pour un long séjour et un autre pour une courte visite réalisée dans le cadre du programme Intercosmos. Ainsi, Gorbatko va faire partie du groupe des neuf cosmonautes soviétiques qui vont accompagner des ressortissants de neuf autres pays socialistes à bord de la station. Il est d’abord nommé comme doublure de Bykovsky pour le vol soviéto-allemand Soyouz 31 d’août 1978.

gorbatko-ds-soyouz-37.jpgDu 23 au 31 juillet 1980, Gorbatko effectue avec le Vietnamien Tuan, son 3° et dernier vol de 7 j 20 h 42 mn autour de la Terre, à bord de Soyouz 37 (6,55 tonnes/6,98 mètres) et de Saliout 6-Soyouz 36 (25,05 tonnes/18 mètres). Après s’être amarrés à l’arrière de la station, les deux cosmonautes sont reçus par Popov et Rioumine arrivés trois mois plus tôt. 
Gorbatko-soyouz-37.jpgComme près de la moitié des voyageurs du cosmos, Tuan éprouve le « mal de l’espace », un étrange malaise qui dure quelques heures, le temps qu’il s’adapte au phénomène de l’apesanteur. En l’absence de haut et de bas, ses yeux et son cerveau sont perturbés et il est pris de nausées, accompagnées de maux de tête et d’une perte d’appétit. A tous ces ennuis se rajoute une rage de dents. Une fois rétabli, Tuan peut accomplir son programme de travail.

Avec l’aide de Gorbatko, il fabrique des monocristaux qui rentrent dans la composition des semi-conducteurs. Il photographie son pays en vue de la protection des ressources naturelles, pour des recherches hydrologiques et pour déterminer le niveau des crues ainsi que le degré d’infiltration des marées.

A la fin de leur mission, les deux cosmonautes démontent les sièges de leur Soyouz 37 et traversent la station pour les fixer sur le Soyouz 36 avec lequel ils reviennent sur Terre, les poches de leur combinaison remplies de lettres écrites par Popov et Rioumine, en orbite pour trois mois de plus.

Après son dernier vol, Gorbatko est nommé Chef de service au Centre d’entraînement Youri Gagarine. En septembre 1980, il voit arriver Jean-Loup Chrétien et Patrick Baudry, venus se préparer au premier vol d’un Français sur Saliout 7. C’est le très serviable Glaskov, son compagnon de la mission Soyouz 24-Saliout 5, qui va s’occuper d’eux pendant un an. Quant à Gorbatko, il se charge de la formation des cosmonautes du vol Soyouz 39 qui amène un Mongol dans l’Espace. Sa doublure, le jovial Ganzorik, sympathise avec Jean-Loup qui devient, en juin 1982, notre premier spationaute suivi de Patrick, trois ans plus tard, à bord de la Navette Discovery. 

gorbatko-d--part.jpgDe janvier à août 1982, Gorbatko est Chef du détachement des cosmonautes, avant de quitter le programme spatial. Il travaille alors au Ministère de la Défense pendant cinq ans. En 1987, il exerce les fonctions de Directeur de faculté et de professeur en aéronautique à l’Académie des Ingénieurs de l’Armée de l’Air Joukovski. Il prend aussi une part active dans la vie publique. Il assure notamment la présidence de la Fédération soviétique de parachutisme et celle de la Société philatélique de l’Union Soviétique. En 1989, Gorbatko est élu député au Parlement soviétique, puis, en 1993, il devient directeur-général de société.

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cunningham-8.jpgLe 21° astronaute, R. Walter Cunningham, est né le 16 mars 1932 à Creston (Terre) dans l’Etat de l’Iowa quadrillé de prairies ondulées et de champs nourriciers où le maïs est roi. C’est en Californie que Walter va grandir et lever les yeux vers le ciel zébré de blancs rubans traînés par les avions. Dès l’âge de neuf ans, il est capable d’identifier le type d’appareil en écoutant le bruit des réacteurs. Plus tard, il prend la décision d’être aviateur dans la Marine. En 1951, il s’engage, mais il lui manque deux années d’études supérieures pour entrer, sans examen, à l’école de formation de Pensacola. Il réussit, cependant, les difficiles épreuves d’admission et, en 1953, il devient pilote de chasse dans le Corps des Marines. Il est alors affecté sur des escadrilles stationnées sur les territoires américain, coréen et japonais. Mais une carrière militaire ne l'enchante pas et il est pris d'une brusque envie d'élargir ses connaissances.

En 1956, Cunningham quitte l’uniforme et s’inscrit à l’Université de Californie de Los Angeles (UCLA) qui lui décerne une licence en sciences physiques. Ce grade lui permet d’être recruté, en 1960, à la Rand Corporation où il occupe un poste de chercheur. Un an après, il obtient une maîtrise à l’UCLA, puis il prépare une thèse de doctorat dans un institut de géophysique et de sciences planétaires, tout en continuant à travailler à la Rand. Il étudie la magnétosphère, ce domaine spatial soumis à l’influence du champ magnétique terrestre. Pour le mesurer, il collabore à la mise au point d’une expérience embarquée à bord du satellite OGO-1.

L’année 1961 va marquer la vie de Cunningham. Le 5 mai, il se trouve assis dans sa voiture arrêtée en bord de route, au sommet des Santa Monica Mountains qui dominent la ville de Los Angeles. Il écoute, à la radio, le reportage de 15 mn sur le vol suborbital de Shepard, le 1er Américain dans l’Espace. Au cours des deux années suivantes, il éprouve de plus en plus d’attrait pour ce nouveau monde exploré par les cosmonautes de Vostok et les astronautes de Mercury. Il veut, lui aussi, participer à sa découverte. En juin 1963, il se confie à un collègue de retour à la Rand Corporation après un stage d’un an à la Nasa où il a côtoyé Low, un des administrateurs. Ce dernier, mis au courant des aspirations de Cunningham, l’informe d’une prochaine sélection.

En octobre 1963, Cunningham est admis, à l’âge de 31 ans, dans la 3° équipe des quatorze astronautes. C’est un homme franc et fier chez qui prédomine la vie intellectuelle. Sa lecture favorite est le Wall Street Journal, le titre le plus important de la presse financière de New York. Sportif accompli, il aime particulièrement le tennis, la gymnastique et la conduite des voitures de sports.

Cunningham est affecté sur le programme lunaire Apollo. Pour s’adapter plus facilement à l’absence de pesanteur, il est un de ceux qui préconise l’utilisation du trampoline. Cet appareil, constitué d’une toile tendue à une certaine hauteur et fixée par des ressorts à un cadre métallique, permet d’effectuer des bonds. En février 1965, cinq minutes après l’inauguration du nouveau gymnase du Centre spatial de Houston, Cunningham accomplit un difficile exercice de voltige qui se termine mal. En retombant sur le cou, il entend un étrange craquement et il ressent une vive douleur. Hospitalisé, la radio révèle la fracture de deux vertèbres cervicales. Par chance, il n’est pas encore désigné sur un vol, car il est obligé de porter une minerve pendant quatre mois.

cunningham-5-bis.jpgEn septembre 1966, Slayton, le Directeur des équipages, nomme Cunningham sur la mission Apollo 2. Il est ravi, puis désappointé deux mois plus tard en apprenant que son vol, une répétition du premier, est annulé. Ensuite, il est à moitié consolé lorsqu’il est choisi sur Apollo 1, comme doublure de Chaffee. Ce dernier meurt le 27 janvier 1967 avec ses camarades Grissom et White, dans l’incendie de leur cabine, lors d’un essai au sol. En mai, Cunningham est ainsi sélectionné pour prendre place sur le premier et prochain vaisseau Apollo, davantage sécurisé.

Dès le mois d’avril 1968, il commence à souffrir de son épaule gauche. Il pense qu’il s’agit d’une déchirure musculaire causée par de trop importants efforts fournis lors des matchs de hand-ball. Il ne veut pas en parler au médecin du Centre spatial, de peur d’être exclu de l’équipage, à six mois de son envol pour l’Espace. Il préfère se rendre chez son docteur de famille qui est aussi son ami. Une radiographie dévoile alors de petites taches sur l’os de l’épaule. Le médecin, qui veut être certain qu’il ne s’agit pas d’un cancer osseux, envoie les clichés à trois spécialistes.

Leur diagnostic tarde à venir et l’attente s’éternise de longues semaines, mais Cunningham n’a pas le temps de s’apitoyer sur son sort, occupé par son entraînement. S’il est atteint par cette grave maladie, il espère que personne ne s’en apercevra avant son vol. Il croise les doigts pour que les médecins de la Nasa n’aient pas la mauvaise idée de lui faire passer une radio. Il cache à ses collègues sa souffrance lorsqu’il joue au hand qu’il ne peut pas arrêter, au risque d’éveiller des soupçons. Dans le secret, il met en ordre ses papiers de famille. Puis, un jour, une très bonne nouvelle arrive. Son docteur l’appelle pour le tranquilliser. Les trois experts lui ont confirmé que ce n’est pas un cancer, mais une perte provisoire d’un des constituants de l’os. Soulagé, Cunningham continue, avec plus d’enthousiasme que jamais, la préparation de sa mission.

Cinq jours avant son lancement, une douleur traverse sa poitrine, puis disparaît. Il se précipite chez son médecin, convaincu qu’il a frisé un infarctus. Il se voit interdit de vol. Par bonheur, l’électrocardiogramme ne montre rien d’inquiétant. C’est une trop forte tension nerveuse qui est responsable de cette alerte trompeuse.

cunningham-sur-apollo.jpgDu 11 au 22 octobre 1968, Cunningham réalise son unique vol de 10 j 20 h 09 mn autour de la Terre, sur Apollo 7 (14,67 tonnes/11,14 mètres) avec Eisele et Schirra, le commandant de bord. En cas d’avortement du tir à basse altitude de la fusée Saturn IB, les