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Le 22° cosmonaute, Vitali I. Sevastianov,
est né le 8 juillet 1935 à Krasnouralsk (Terre), mais c’est à Sotchi au bord de la mer Noire qu’il passe toute son enfance. Il garde de cette période un souvenir parfumé, car cette station balnéaire déroule sur trente kilomètres une côte baignée par le soleil et balayée par un vent frais qui répand des senteurs de mimosas et de jasmins au-dessus d’une eau à 28° C.

Passionné par tout ce qui vole, Sevastianov entre, en 1953, à l’Institut d’Aviation de Moscou et, six ans plus tard, il quitte cet établissement avec son diplôme d’ingénieur en aéronautique. En 1959, il rejoint le Bureau d’études Korolev, le patron du programme spatial et le Constructeur en chef des lanceurs et des vaisseaux habités. Dans une équipe comprenant des hommes qui seront plus tard des cosmonautes, Sevastianov a le bonheur de participer à la mise au point du Vostok, le premier vaisseau à naviguer dans l’Espace. Il s’occupe particulièrement du système d’orientation solaire du véhicule. Il poursuit également des études de troisième cycle à l’Institut d’Aviation de Moscou en vue d’obtenir une maîtrise en sciences techniques.

Très vite, l’étudiant Sevastianov devient aussi professeur auprès des vingt premiers cosmonautes recrutés et qui sont de son âge ou plus âgés. Il leur donne des cours sur la construction du Vostok, son équipement intérieur et sa conduite. En les regardant derrière son bureau, il rêve d’être un jour parmi eux. Pour l’instant, son avis d'enseignant est demandé avant qu’ils prennent la route de l’Espace. Le premier s’appelle Youri Gagarine. Le 12 avril 1961, Sevastianov a le cœur qui palpite lorsqu’il assiste, à distance, à son départ sur Vostok 1 : « J’ai eu la chance d’entendre le compte à rebours et de suivre le lancement, tandis que j’étais au Centre de contrôle de vol de Moscou, comme représentant du Bureau d’études Korolev. »

sevastianov-arriv--e.jpgPlus tard, Sevastianov collabore au développement du Voskhod et surtout du Soyouz chargé d’amener deux cosmonautes autour de la Lune, l’un devant atterrir à bord d’un module détaché du vaisseau principal. Excité par cette perspective, il décide de poser sa candidature.

En janvier 1967, Sevastianov est admis dans la 2ème équipe des deux cosmonautes-ingénieurs, à l’âge de 32 ans. D’un caractère vif et gai, il a la répartie facile lorsqu’on l’amène sur le terrain de la plaisanterie où il excelle.

Certains de ses collègues sont déjà affectés sur le programme Soyouz pour préparer le projet L3 d’atterrissage sur la Lune. Leur mission consiste en l’amarrage, en orbite terrestre, du Soyouz 1 avec le Soyouz 2 simulant le module lunaire après son décollage de la Lune, puis le transfert par l’extérieur de cosmonautes d’une cabine à l’autre comme le ferait le piéton lunaire. Malheureusement, le premier vol du Soyouz se termine tragiquement avec la mort de Komarov le 24 avril 1967.

Par comparaison à ses camarades qui reprennent l’entraînement, Sevastianov s’estime plus heureux, car il est transféré sur le projet L1 de survol lunaire qui doit se réaliser avant le projet L3. Il est nommé deuxième doublure du copilote Makarov dans l’équipage commandé par Leonov. Il garde l’espoir d’effectuer, lui aussi, un autre survol de la Lune avec son commandant de bord Popovitch dans un Soyouz dépourvu de son compartiment orbital et dénommé Zond. Auparavant, plusieurs vols inhabités doivent intervenir.

Pour tester les liaisons et à défaut d’un déplacement physique dans l’Espace, la voix de Sevastianov et celle de son commandant sont envoyées par radio vers Zond 4 qui les retransmet au centre de contrôle alors qu’il réalise, en mars 1968, un périple à 354 000 km de notre planète. Puis, le premier aller retour Terre-Lune est accompli par Zond 5, en septembre 1968, après un survol du satellite.

sevastianov-arriv--e.jpgSevastianov se réjouit de ce succès remarquable, d’autant plus que Michine, le nouveau patron du programme spatial, souhaite envoyer un équipage au début de 1969 si les deux vols suivants du Zond sont réussis. Il est persuadé que les Américains, qui n’ont pas encore mis en orbite terrestre leur première cabine habitée Apollo 7, ne seront pas prêts pour placer en orbite lunaire Apollo 8 en décembre 1968.

Mais Zond 6, lancé en novembre 1968 pour un deuxième survol de la Lune, connaît une dépressurisation de sa cabine provoquant un dysfonctionnement de l’altimètre qui envoie un signal prématuré d’ouverture du parachute causant l’écrasement du véhicule à son retour sur Terre.

Pour Michine, il faut alors repousser à plus tard le lancement de cosmonautes par une fusée Proton dans l'attente du succès de deux autres vols inhabités. Par contre, cet échec ne décourage pas les six cosmonautes impliqués dans le programme L1. Sevastianov, Leonov, Makarov, Bykovsky, Roukavichnikov et Popovitch signent une pétition adressée aux autorités de Moscou dans laquelle ils demandent qu’un équipage parte vers la Lune dès le 6 décembre 1968, soit quinze jours avant le décollage des Américains qui ont réussi, en octobre, la mission Apollo 7. Ils sont convaincus que la présence de cosmonautes à bord d’un vaisseau permet d'éviter les pannes ou de remédier aux graves problèmes comme ceux survenus sur Zond 6. Ils ne sont pas entendus et Apollo 8 s’envole vers le succès le 21 décembre 1968.

Pour Sevastianov, cette victoire américaine est très amère. Elle a pour conséquence l’abandon du programme L1, car pour les politiques : « A quoi bon être second et pour faire moins bien ? », sous-entendu : il n’y a aucune commune mesure entre une mise en orbite lunaire (réalisée par les Etats-Unis) et un survol lunaire (envisagé par l'Union Soviétique). Sevastianov espère alors se poser sur la Lune dès que la fusée géante N1 sera opérationnelle.

Pour l'instant, il rejoint le programme de stations orbitales Saliout dont la mise en œuvre est accélérée après le triomphe d’Apollo 11 en juillet 1969 sur la Lune. Avant la mise en orbite de la première station, des vols de Soyouz sont prévus pour les derniers tests du système de rendez-vous Igla du vaisseau qui amènera les équipages vers les Saliout.

sevastianov-arriv--e.jpgSevastianov est heureux d’être ainsi désigné copilote du Soyouz 8 pour un amarrage avec Soyouz 7 qu’il doit occuper ensuite après une sortie spatiale durant laquelle il échangera sa place avec Volkov, les opérations étant filmées par les cosmonautes de Soyouz 6. Mais Sevastianov ne peut pas participer à cette triple mission qui est une première spatiale. Il échoue, en août 1969, avec son commandant de bord Nikolaïev, à l’examen d’aptitude et ils sont remplacés par Elisseïev et Chatalov dont ils restent cependant les doublures jusqu’en octobre 1969, date du vol. Finalement, Sevastianov ne regrette rien car la jonction entre Soyouz 7 et 8 ne se réalise pas.

Dans le cadre de la préparation du programme d’atterrissage sur la Lune L3, il est ensuite nommé sur une autre mission fixée pour la mi-1970 et mettant en œuvre deux Soyouz accostés après l’essai du nouveau système de rendez-vous Kontact. Au cours du vol, il doit sortir dans le vide revêtu d’un scaphandre lunaire et rester en orbite pour battre le record de durée de près de 14 jours détenu par les Américains depuis décembre 1965 sur Gemini 7.

L’enthousiasme de Sevastianov pour cette mission va disparaître lorsqu’il apprend, en décembre 1969, le retard dans la réalisation de l’équipement Kontact et le report de ce vol à une date indéterminée. Il n’aura jamais lieu, puis le programme L3 sera annulé après les quatre échecs consécutifs des tirs de la fusée N1 et l’abandon de la Lune par les Américains après la mission Apollo 17 de décembre 1972.

Faute d’une expédition vers la Lune, Sevastianov est malgré tout satisfait par son affectation, avec Nikolaïev, sur le vol Soyouz 9 qui reprend un des objectifs de la mission Kontact : tester la résistance de l’organisme humain en apesanteur prolongée en vue de rester à bord d’une station orbitale le plus longtemps possible pour éviter de trop fréquentes relèves d’équipage.

Avant de partir, Sevastianov passe des nuits particulièrement agitées. Il doit dormir avec les pieds relevés afin de s’habituer à recevoir en orbite, dans la partie supérieure de son corps, deux litres de sang supplémentaires provenant de la partie inférieure (abdomen et jambes). 

sevastianov-sur-soyouz-18.jpgDu 1er au 19 juin 1970, Sevastianov accomplit sur Soyouz 9 (6,50 tonnes/6,98 mètres) son 1er vol de 17 j 16 h 59 mn autour de la Terre, en compagnie de Nikolaïev, le commandant de bord.

Le départ a lieu au moment où Armstrong visite la Cité des étoiles près de Moscou. Sur un téléviseur, le premier homme sur la Lune voit décoller Sevastianov et son camarade. Neuf ans plus tôt, c’était Sevastianov qui assistait, sur un écran, au lancement du premier homme dans l’Espace. Après avoir reçu un message de félicitations de l'astronaute américain, les deux cosmonautes lui adressent leurs remerciements.

Peu après, Sevastianov craint que son expédition ne se termine au bout de huit jours en raison du mauvais fonctionnement du système de contrôle automatique des panneaux solaires du Soyouz. Heureusement, les deux hommes réussissent toute une série de procédures manuelles pour que l’électricité puisse alimenter correctement les systèmes de bord.

Pendant leur séjour record en orbite, Sevastianov et Nikolaïev prennent un millier de photos du territoire soviétique et des eaux qui le bordent. Elles vont permettre aux spécialistes de différencier les types de roches et de sols, de localiser les bancs de poissons et de chiffrer les réserves de bois par le relevé photographique de l’étendue des forêts. A partir des clichés des surfaces enneigées des montagnes de l’Asie centrale, les hydrologistes peuvent évaluer la quantité d’eau dont disposeront les agriculteurs pour irriguer leurs terrains durant la saison sèche avec, pour conséquence, une estimation des récoltes à venir.

Mais entre ce programme d’observations, les expérimentations scientifiques, l’enregistrement des résultats et les travaux de maintenance, Sevastianov et son coéquipier n’ont pas le temps d’effectuer la totalité des deux heures d’exercices physiques par jour. C’est pourquoi les médecins les réprimandent régulièrement. Ils redoutent, en effet, que leur retour sur Terre soit difficile.

Car, sevastianov-soyouz-9.jpgen apesanteur, le squelette n’a plus à soutenir le poids du corps et les muscles n’ont plus d’efforts à faire. Ils fondent et l’organisme se décalcifie, malgré une nourriture riche en calcium. Dans le module orbital du vaisseau Soyouz, les deux cosmonautes ont donc à leur disposition des extenseurs pour faire travailler les muscles des bras et de la poitrine. Ils doivent aussi marcher sur place en tapant des pieds pour imiter la force de gravité sur les os des jambes et sur le système circulatoire. Ils sont obligés de porter un vêtement spécial composé de bandes de caoutchouc qui stimulent la musculature.

Dès le 13 juin, l’activité de Sevastianov et celle de son collègue déclinent. Ils boivent peu d’eau et leur consommation d’oxygène diminue. Ils deviennent irritables lors de leurs communications avec le centre de contrôle. La décision est alors prise de réduire le volume des expériences à réaliser et d’augmenter la période de repos. Le 15 juin, ils dorment si profondément que les techniciens mettent trois minutes avant de pouvoir les sortir du sommeil. Réveillé en sursaut, Sevastianov appuie malencontreusement sur la commande du système automatique d’atterrissage, mais ce geste n’a pas de suite fâcheuse.

Cette journée du 15 juin est aussi une date importante dans les annales du vol habité. Les deux Soviétiques battent le record du vol de 13 j 18 h 35 mn des Américains Borman et Lovell. Très sportivement, ces derniers leur envoient le télégramme suivant : « Nous vous souhaitons le succès dans la poursuite de votre importante mission et un retour sains et saufs sur la Terre. Votre prouesse est une nouvelle preuve de l’aptitude de l’homme à vivre et à travailler dans l’espace pendant une période prolongée. »

sevastianov-sur-soyouz-18.jpgLa mission se termine quatre jours plus tard, mais Sevastianov et son camarade n’apprécient pas ces retrouvailles avec la Terre patrie. Les nouveaux recordmen du vol spatial qui a duré 17 j 16 h 59 mn, sont incapables de sortir du vaisseau et les membres de l’équipe de récupération doivent les aider. Une fois debout, ils marchent difficilement bien que soutenus par les épaules. La réadaptation à la vie terrestre va alors être pénible.

Pendant les deux premières journées, Sevastianov et Nikolaïev ont du mal à se tenir verticalement. Ils doivent réapprendre à marcher, car leurs jambes s’écartent l’une de l’autre et ils tendent machinalement les bras à l'horizontale pour conserver leur équilibre. Ils font de petits pas en tapant des pieds et, lorsqu’ils montent un escalier, ils cognent les marches parce qu’ils ne lèvent pas les genoux suffisamment haut.

Treize jours après leur atterrissage, Sevastianov et son collègue sont heureux de retrouver leur condition physique d’avant leur départ en se promettant, à l’avenir, de suivre scrupuleusement le programme d’exercices en apesanteur que les Russes vont améliorer pour devenir les seuls experts mondiaux en matière de vols de longue durée. Ainsi, le record actuel est détenu par Poliakov avec 437 jours 17 heures 58 minutes, accompli entre le 8 janvier 1994 et le 22 mars 1995 à bord de l'extraordinaire station Mir. Dans cet "hôtel" spatial très étoilé ont peu dormi et beaucoup travaillé les spationautes français Jean-Loup Chrétien, Michel Tognini, Jean-Pierre Haigneré, Claudie André-Deshays, Jean-François Clervoy et Léopold Eyharts.

En octobre 1970 et à l’invitation de la Nasa, Sevastianov et Nikolaïev s’envolent vers les Etats-Unis pour visiter le centre spatial de Hunstville. Dans la piscine, Sevastianov effectue alors un entraînement aux sorties spatiales avec Schweikart et Aldrin, leur guide pendant leur séjour américain. Puis, ils se rendent au centre spatial de Houston avant de partir en direction du JPL de Los Angeles qui pilote les sondes spatiales dans le système solaire. Leur circuit se termine dans les usines de Seattle où la firme Boeing assemble ses avions. Aux commandes du 747, Sevastianov éprouve beaucoup de plaisir à réaliser une série de virages majestueux pour discuter ensuite avec les ingénieurs sur l’aérodynamisme de cet appareil.

sevastianov-sur-soyouz-9.jpgDe retour en Union Soviétique, Sevastianov reprend sa formation sur le programme de stations orbitales. Il est nommé comme doublure dans les équipages devant occuper Saliout 1, mais il prend le temps de s’échapper quelques jours pour venir en France en compagnie de Popovitch. Le 25 mai 1971, ils rencontrent Shepard, Roosa et Mitchell sur un plateau de télévision. L’ancien équipage malchanceux du programme L1 regarde alors avec envie l'heureux équipage d’Apollo 14 de retour de la Lune. Puis, les cinq hommes se retrouvent au Salon du Bourget.

Un mois plus tard, Sevastianov ressent une profonde tristesse lorsqu’il apprend la mort de ses camarades Volkov, Dobrovolsky et Patsaïev lors de leur rentrée sur Terre le 30 juin 1971 à bord de Soyouz 11. Il connaît aussi une suite de déceptions après l’échec du tir d’une seconde station en juillet 1972, puis la défaillance d’une autre Saliout dès sa mise en orbite en mai 1973. Désigné copilote de Soyouz 13, la mission solitaire de décembre 1973, il croît que le temps est arrivé pour lui de repartir pour le Cosmos. Des problèmes médicaux l’obligent à céder sa place à Lebedev, son remplaçant.

Mais ce n’est que partie remise, car Sevastianov est sélectionné comme doublure de Makarov pour  le vol Soyouz 18, la 2ème mission à destination de Saliout 4, avec l’assurance d’être retenu ensuite dans le dernier équipage d’occupation. L'insuccès du lancement du deuxième équipage, le 5 avril 1975, amène Sevastianov à faire partie de la seconde équipe pour un vol minimun de 28 jours. Cependant, il ne peut s'empêcher de faire la grimace quand on lui annonce qu’il va devoir dormir, les vingt-et-une nuits précédant son départ, sur un lit incliné avec la tête un peu plus basse que les pieds afin de familiariser son organisme à une arrivée massive de sang dans le haut du corps. Il se rappelle que, cinq ans plus tôt, son sommeil n’avait pas été profond à cause de cette position inconfortable.
                                                                                                                 
sevastianov-sur-soyouz-18-copie-1.jpgDu 24 mai au 26 juillet 1975, Sevastianov réalise sur Soyouz 18 (6,82 tonnes/6,98 mètres) et sur Saliout 4 (18,9 tonnes/15 mètres), son 2ème et dernier vol de 62 j 23 h 20 mn autour de la Terre, en compagnie de Klimouk, le commandant de bord. Il se fait une joie de pénétrer en premier dans le laboratoire et d’accéder au compartiment de travail de 9,1 m de long et de 2 m de large. Il est persuadé qu’il sera facile de vivre plus longtemps dans ce volume de 40 m3 comparés aux 9 m3 du Soyouz 9. C’est aussi la première fois que des cosmonautes réoccupent une station.

Equipée de 400 appareils, il devient inévitable que certains d’entre eux tombent en panne. C’est ainsi que Sevastianov et son coéquipier assurent la restauration du spectromètre Silia chargé d’étudier la composition chimique du rayonnement cosmique. Puis, les deux cosmonautes corrigent le système de conditionnement de l’environnement. Son mauvais fonctionnement est responsable d’une augmentation du taux d’humidité avec l’apparition de moisissure sur les parois de la station et de buée sur les hublots. Tout au long de leur mission, ils entretiennent, règlent, remplacent et réparent des équipements. Ils enlèvent et remettent des bandes magnétiques et des pellicules. Par leur travail de maintenance, ils sont ravis de démontrer l’utilité de l’homme dans l’Espace.

sevastianov-soyouz-18.jpgDans la continuité des tâches effectuées par l’équipage précédent, Sevastianov et son camarade photographie le territoire soviétique en doublant le nombre de clichés pris lors de la mission Soyouz 9, soit     2 000. Certains concernent les dépôts de minéraux susceptibles d’être exploités et d’autres portent sur la concentration de polluants dans la haute atmosphère. Pour préparer la construction d’une voie ferrée de 3 500 km entre le lac Baïkal et le fleuve Amour, des photos de ces régions sont obtenues. Elles vont révéler des fractures dans le sous-sol, d’où une modification du tracé de la voie. Si l’observation de la Terre tient une grande importance dans le programme des deux cosmonautes, l’étude du ciel n’est pas oubliée. Ils dirigent régulièrement les télescopes vers le Soleil pour mieux connaître son influence sur la météo, ainsi que vers les constellations d’étoiles dont celle de Cygnus où un trou noir est découvert.

L’accoutumance à l’apesanteur de Sevastianov et de son collègue va se faire progressivement, le temps que leur organisme s’habitue à une redistribution de la masse sanguine. Pendant les trois premiers jours du vol, Sevastianov éprouve une sensation bizarre comme des symptômes avant-coureurs d’une grippe. Les deux hommes vont se plier aux exercices physiques pour s’assurer non seulement d’un bon retour sur la Terre, mais aussi pour garder une grande capacité de travail à bord de Saliout 4. Ils s’adaptent si bien à leur nouveau milieu que les responsables décident d’abord de prolonger de 6 jours la mission et battre ainsi le dernier record soviétique de 29 j 13 h 19 mn accompli par leurs prédécesseurs Goubariev et Gretchko.

Alors que Sevastianov et son compagnon entament la quatrième semaine, le docteur Gazenko est appelé d’urgence au Centre de contrôle pour donner son avis sur les irrégularités apparues sur leur électrocardiogramme. Il est rassurant : les électrodes fixées sur leur poitrine ne remplissent pas correctement leur fonction, parce que l’oreillette droite de leur cœur s’est dilatée en raison d’un afflux de sang. La mission peut donc se poursuivre d’autant plus que, dès le début du deuxième mois, les deux cosmonautes ne perdent plus de poids et gardent la même tension artérielle. 

sevastianov-sur-soyouz-18-copie-1.jpgLe feu vert est alors donné pour doubler le séjour précédent : un peu plus de 60 jours au lieu de 30 jours. Il faut dire que le risque n’est pas élevé, car les astronautes américains de la station Skylab sont revenus le 8 février 1974 après un record de 84 jours. Par ailleurs, la station soviétique arrive en fin de vie et il n’y a plus de Soyouz disponible dans l’immédiat. Le dernier, Soyouz 19, vient d’être lancé le 15 juillet pour s’accrocher au vaisseau Apollo et constituer un train spatial de cinq voyageurs qui va filer sur une voie différente de celle empruntée par Saliout 4 distante de 322 km.

La préparation pour revenir sur Terre s'avère très efficace. D’abord, dix jours avant, les médecins demandent à Sevastianov et à son coéquipier de multiplier les exercices physiques et de boire de l’eau salée pour réhydrater leur corps. Ensuite, quatre jours avant, ils portent le costume Tchibis qui attire le sang vers la partie inférieure du corps. Enfin, le jour de la rentrée, ils pénètrent dans le Soyouz revêtus d’une combinaison qui compresse les cuisses pour refouler le sang vers la partie supérieure du corps.

Après l’atterrissage de la cabine d’où les deux cosmonautes sortent sans difficulté et dans un état de fraîcheur remarquable, ils refusent d’être transportés sur un brancard ou d’être aidés dans leur marche. Pour Sevastianov, c’est une victorieuse revanche sur son précédent retour. Il déclare : « S’il avait été nécessaire, nous aurions poursuivi volontiers nos investigations, d’autant plus que le dernier mois, nous étions bien habitués au travail en apesanteur ». Dès le lendemain, les spécialistes sont étonnés de constater qu’ils ont des mouvements et des façons de se déplacer tout à fait normaux. C’est un excellent encouragement pour de plus longues missions auxquelles Sevastianov compte bien participer.

En attendant et tout en gardant son statut de cosmonaute, il prend la direction d’un département au sein de la firme industrielle NPO Energia. Il travaille alors sur les stations Saliout 5 à 7, puis sur la station Mir.

sevastianov-depart.jpgEn octobre 1976, Sevastianov retourne aux Etats-Unis avec Egorov, Leonov et Koubassov afin d’assister au 27° Congrès International d’Astronautique qui se tient à Anahein en Californie. Il profite de l’occasion pour se rendre ensuite à Palmdale et monter à bord de la navette Enterprise destinée aux essais atmosphériques. Il est accompagné de Lousma et de Carr avec qui il discute avec passion de leur vie à bord de la station Skylab.

Entre 1977 et 1979, Sevastianov occupe la fonction de contrôleur de vol pour les missions Soyouz à destination de Saliout 6, avant de reprendre son entraînement de cosmonaute. Après avoir été dans l’équipage de support de Soyouz T-10/Saliout 7 de 1984, il est nommé doublure de Solovyov pour la 1ère mission Soyouz T-15 de 1986 vers Mir. Il est heureux d’être enfin désigné comme membre de Soyouz TM-3, puis désappointé lorsqu’un problème de santé l’empêche de passer 160 jours dans la station Mir en 1987.

Par la suite, Sevastianov est sélectionné dans l’équipage de support de Soyouz TM-8 de 1989, puis comme doublure de Strekalov sur Soyouz TM-10 en 1990. Une autre occasion lui est donnée de revoler lorsqu’il est retenu dans l’équipage de Soyouz TM-11, mais à nouveau des raisons médicales le clouent au sol. Il ne peut pas partir en 1990 pour vivre 175 jours à bord de Mir. A son grand regret, il est déclaré définitivement inapte, à 55 ans, aux vols de très longue durée après avoir été un pionnier quinze ans plus tôt, mais avec quinze ans en moins. Il s’entraîne alors pour un vol de courte durée sur la navette Bourane et il continue à jouer de malchance car ce programme est abandonné.

En décembre 1993, Sevastianov quitte donc le Corps des cosmonautes pour se consacrer entièrement aux affaires publiques. Il va être député, membre du comité des affaires internationales au Parlement russe, adhérent à l’Union des journalistes pour ses écrits sur la science et commentateur à la télévision de la série mensuelle « L’Homme, la Terre et l’Univers ».

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Le 22° astronaute, Williams (Bill) A. Anders
, est né le 17 octobre 1933 à Hongkong, une colonie anglaise, redonnée à la Chine soixante-quatre ans plus tard. Son père y est officier de la marine américaine et son navire croise régulièrement les jonques, ces bateaux de pêche et de transport dont les voiles ressemblent à des ailes de chauve-souris.

De retour dans son pays, Bill a l’intention de suivre la même carrière que son père. Il rentre donc à l’Académie navale des Etats-Unis d’Annapolis où il obtient une licence de sciences en 1955. Un conseiller de l’Armée de l’Air le persuade ensuite de s’élever dans l’atmosphère plutôt que de glisser sur l’eau. Le futur marin va devenir ainsi aviateur après des stages de formation au Texas et en Georgie. Il reçoit son diplôme en 1956 et sert comme pilote de chasse dans des escadrilles du Commandement de la défense aérienne en Californie et en Islande.

Trois ans plus tard, Anders souhaite gravir un nouveau barreau sur l’échelle d’escalade du ciel. Il veut être pilote d’essai. Mais sa licence en sciences est insuffisante pour être reçu à l’Ecole d’Edwards. Il lui faut un diplôme supérieur qu’il envisageait d’acquérir ultérieurement. En 1960, il rentre alors à l’Institut de technologie de l’Armée de l’Air de Wright-Patterson pour s’inscrire aux cours débouchant sur une maîtrise en ingénierie aéronautique. Malheureusement, il ne reste plus de place. En raison de ses excellentes notes en mathématiques à l’Académie navale, la direction de l’établissement lui propose de suivre un enseignement en ingénierie nucléaire. Il prend toutefois des cours du soir en aéronautique à l’Université de l’Ohio.

Lorsque le 25 mai 1961 Anders entend le Président Kennedy décider de l’envoi d’un homme sur la Lune, il dit à sa femme Valérie : « Voilà ce que j’aimerais faire ! ». Pour son programme d’astronautes, il sait que la Nasa ne recrute que des pilotes d’essai diplômés. Après avoir obtenu, en 1962, la maîtrise en ingénierie nucléaire, il demande donc, à nouveau, son inscription dans l’Ecole d’Edwards, mais le centre n’accueille plus d’étudiants pour le moment. Déçu, il accepte un poste comme ingénieur au Laboratoire de l’Armée de l’Air de Kirtland où il est responsable du programme de protection contre les radiations des réacteurs nucléaires. Il poursuit aussi son entraînement en vol comme instructeur sur le T-33.

anders-T-33.jpgPersévérant, Anders dépose, en 1963 et pour la troisième fois, sa candidature à l’Ecole d’Edwards pour s’entendre dire que les critères d'admission se sont durcis. Son diplôme universitaire sanctionnant le second cycle de l’enseignement supérieur ne suffit plus. Il faut un certain nombre d'heures de vol qu'il n'a pas. Nullement découragé, il revient à Edwards aussi souvent qu’il peut, pour démontrer son habileté aux commandes du T-33. Ses manœuvres vont s’interrompre après que la Nasa ait lancé un avis pour la formation d’un nouveau groupe d’astronautes qui ne doivent plus être, obligatoirement, des pilotes d’essai. Soulagé et plein d’espoir, il est reçu par le comité de sélection auprès de qui il met en avant son expérience d’ingénieur nucléaire pour l’étude du blindage des vaisseaux contre les radiations spatiales.

En octobre 1963, Anders rentre dans la 3° équipe des quatorze astronautes, à l’âge de 30 ans. Il est connu pour être peu loquace, beaucoup consciencieux et très brillant. Il aime la pêche et le cross-country en ski.

Au Centre spatial de Houston, Anders se voit confier un rapport sur la quantité et le type de radiations que peut subir un astronaute lors d’un voyage vers la Lune. En tant qu’ancien instructeur de vol, il est chargé aussi d’entraîner les collègues de son groupe au pilotage du T-38. Grâce à ses calculs sur l’exposition d’un être humain aux ondes électromagnétiques, les responsables donnent le feu vert pour que les astronautes de Gemini 11 atteignent, sans danger, l’altitude record de     1 370 km. En mars 1966, il est nommé doublure du copilote Gordon pour cette mission qui se déroule six mois plus tard.

En décembre 1966, Anders est désigné copilote du 1er module lunaire (LM) qui doit être testé en orbite terrestre basse lors du vol Apollo 3. Après l’incendie dramatique de la cabine Apollo 1 au Centre spatial Kennedy et la prise en compte des vols inhabités dans la numérotation des missions, il est sélectionné, en décembre 1967, comme copilote du 2ème LM pour l’essayer sur une orbite terrestre haute (6.500 km) lors de l’expédition Apollo 9. En août 1968, il apparaît qu’à l’issue des tests au sol, le premier LM du vol Apollo 8 ne sera pas prêt pour un lancement en décembre 1968. De plus, les services secrets informent la Nasa d’un possible survol de la Lune par des cosmonautes soviétiques avant le début de 1969. L’agence spatiale décide alors d’utiliser le créneau de lancement de fin d’année pour mettre en orbite lunaire la cabine Apollo 8, si le premier vol en orbite terrestre d’Apollo 7 est un succès en octobre 1968.

anders-LLRV.jpgSlayton, le Directeur des équipages, ne veut pas que les astronautes déjà désignés sur Apollo 8 partent vers la Lune, car il préfère qu’ils continuent à s’entraîner aux manœuvres avec le premier LM. Il demande donc aux astronautes d’Apollo 9 de participer à cette mission historique que beaucoup trouvent téméraire. Ils sont d’abord déconcertés par ce changement inattendu avant d’être enthousiasmés. Anders s’entraînait depuis 20 mois au pilotage du module lunaire et il a l’impression de quitter un vieil ami. Ses fonctions à bord d’Apollo 8 vont se trouver réduites. A ce sujet, le vétéran Lovell, son futur compagnon de vol, se moque gentiment de lui : « Tout ce qu’on te demande mon vieux, c’est de rester assis et d’avoir l’air intelligent ! ». Commence alors pour les trois hommes un entraînement intense qui dure seulement quatre mois et qui est triple. Les astronautes doivent non seulement se préparer à une mise en orbite lunaire, mais aussi à un simple survol lunaire et à une répétition en orbite terrestre de la mission Apollo 7 au cas où elle ne serait pas réussie.

Un mois après sa nouvelle affectation, Anders est persuadé que des cosmonautes soviétiques veulent, eux-aussi, survoler la Lune, car, entre le 14 et le 21 septembre 1968, Zond 5 (Un Soyouz inhabité sans le module orbital) effectue un remarquable aller-retour Terre-Lune. Le 12 novembre 1968, Anders est certain de partir vers la Lune, après l’analyse des résultats du vol d’Apollo 7. Le moteur principal SPS, chargé de la mise en orbite lunaire et de la désatellisation, a prouvé sa fiabilité dans l’Espace comme sur Terre où 4 échecs seulement ont été enregistrés sur 3.200 allumages. L'entraînement des astronautes va alors s’accélérer. Ils passent 10 heures par jour dans les simulateurs durant les six semaines qui les séparent du jour du lancement.

Mais Anders s’interroge à nouveau après le deuxième survol lunaire accompli par Zond 6 entre le 10 et le 17 novembre 1968. Les Soviétiques seront-ils les premiers êtres humains autour de la Lune ? Le 6 décembre 1968, quinze jours avant son départ, il peut répondre : « Non ! ». Ce jour-là, l’Union Soviétique n’utilise pas son créneau de tir pour lancer des cosmonautes.

Ce suspense ne fait pas oublier au service des relations publiques de la Nasa d’adresser à certains chanceux le faire-part suivant : « Vous êtes cordialement invités à assister au départ du vaisseau spatial américain Apollo VIII pour son voyage autour de la Lune depuis le complexe 39 A du Centre spatial Kennedy, avec une fenêtre de lancement commençant à 7 heures, le 21 décembre 1968. Signé : L’équipage d’Apollo 8 ».

anders-sur-apollo-8.jpgDu 21 au 27 décembre 1968, Anders réalise son unique mission sur Apollo 8 (28,83 tonnes/11,14 mètres) d’une durée de 6 j 3 h pour le premier vol en orbite lunaire, en compagnie de Lovell et de Borman, le commandant de bord. Pour la première fois dans l’histoire du monde, des hommes quittent la Terre pour s’approcher d’un autre corps céleste. La fusée géante Saturn V (2.987 tonnes/111 mètres) propulse un équipage impressionné durant les deux minutes de fonctionnement du 1er étage, lors de la traversée de la partie la plus dense de l’atmosphère. Les astronautes sont secoués et Anders a l’impression d’être dans « un vieux train de marchandises dévalant une voie ferrée en anders-lancement.JPGmauvais état ». Onze minutes après le départ, le troisième étage associé à Apollo 8 se place autour de la Terre à une vitesse de 7,6 km/s. Anders procède alors à une série de vérifications des systèmes de la cabine, mais il ne peut s’empêcher de jeter un coup d’œil par un hublot pour admirer la planète qui défile sous ses pieds. Il « pense qu’il est dommage qu’on ne puisse pas rester en orbite terrestre pendant une bonne journée avant d’aller vers la Lune ».

Placé sur une trajectoire lunaire à 10,8 km/s après le réallumage du 3° étage, le vaisseau Apollo 8 prend son autonomie pour un voyage qu’Anders trouve « un peu monotone et long » parce qu’il n’a pas à réagir devant une seule défaillance de l’installation électrique, du conditionnement, des systèmes de communication et de propulsion dont il a la surveillance. Pourtant, Apollo 8, « un des meilleurs vaisseaux jamais construits », renferme vingt-quatre kilomètres de fils électriques, près de deux millions de pièces diverses (Il en faut moins de trois mille pour construire une voiture) et ses tableaux de bord sont couverts de 506 boutons, de 71 voyants et de 40 indicateurs.

Si Apollo 8 est en excellente santé, Anders ressent le « mal de l’espace » pendant vingt-quatre heures et aussi un manque de sommeil contre lequel il ne veut pas abuser de somnifères. Il regrette de ne pas pouvoir mettre à profit ses périodes d’insomnie pour bien regarder le ciel étoilé, car, après les premières six heures de vol, une partie du matériau qui encadre le hublot central se sublime. Il passe de l’état solide à l’état gazeux, puis une substance huileuse et gelée le recouvre, le rendant presque opaque. Les deux fenêtres carrées subissent le même sort, mais à un moindre degré. Seules les deux étroites fenêtres triangulaires vont rester claires tout au long de la mission. Il prend conscience alors des difficultés qu’il aura à réaliser son programme d’observation et de photographie du sol lunaire. En attendant, il a l’impression d’être « à l’intérieur d’un sous-marin » et il ne voit même pas la Lune à cause de l’angle d’approche du vaisseau.

anders-cabine.jpgLa veille de Noël et après une traversée de près de trois jours, Anders voit enfin l’astre de nuit sous la forme d’une masse sombre au moment où Apollo 8 pivote pour arriver à reculons au-dessus de la face cachée et allumer pendant 4 mn son moteur SPS. Le véhicule se satellise autour de notre satellite après avoir réduit sa vitesse de 2,56 km/s à 1,66 km/s sur une première orbite de 311 km x 111 km. La Lune vient de capturer avec un lasso invisible les trois cow-boys consentants. Pour Anders, l’émotion est immense : « On débouche sur la face visible en pleine lumière et on a sous les yeux l’extraordinaire spectacle des montagnes lunaires brillamment éclairées par le soleil ». Pour la première fois, des êtres humains tournent autour de la Lune et ils sont aussi les premiers à voir sa face cachée qui « ressemble à un tas de sable grisâtre que ses enfants ont longtemps piétiné en jouant » déclare Anders.

Il se met au travail pour remplir sa mission d’observateur géologique attitré et de cartographe principal auprès des scientifiques et des techniciens chargés de repérer les zones d’atterrissage des futurs modules lunaires. Pour un meilleur repérage des lieux, il a étudié et amené avec lui des vues prises par les sondes Lunar Orbiter et une carte de la Lune préparée par les astronomes de l’observatoire du Pic du Midi (Hautes-Pyrénées). Mais sa tâche n’est pas facile puisqu’il ne peut photographier et filmer qu’à travers les deux fenêtres triangulaires, ce qui oblige la cabine Apollo 8 à effectuer de multiples et compliqués changements d’attitude. Malgré cet handicap, près de huit cents photos et deux cent treize mètres de films sont pris.

anders-Terre.jpgMais la plus belle et la plus émouvante photographie est celle du lever de Terre prise par Anders à près de 380.000 km. Reproduite à l'infini, elle va rendre davantage crédible les mouvements de défense de l’environnement auprès du grand public en lui montrant une petite et fragile boule dont la biosphère doit être impérativement protégée.

Après avoir terminé dix rondes de Noël d’une durée de 20 h 10 mn, Apollo 8 disparaît une dernière fois derrière la face cachée où doit intervenir le réallumage du moteur pendant trois minutes pour le retour vers la Terre. Mais à l’issue de cet espace de temps, aucun signal n’est reçu. Cinq longues minutes passent au terme desquelles un début d’inquiétude se manifeste. Le moteur a-t-il mal fonctionné entraînant l’écrasement du vaisseau ? Soixante secondes plus tard, c’est le soulagement avec la reprise des communications annonçant le succès de la désatellisation.

Fatigué, mais incapable de s’endormir naturellement, Anders prend un somnifère sans oublier de souhaiter un joyeux Noël au Centre de contrôle. Le Capcom de service demande alors à Borman si « le petit » (Anders a 35 ans et ses deux compagnons cinq ans de plus) a bien posé ses chaussures près de la cheminée avant de se coucher. Anders lui réplique : « Oui, je les ai mises près de mon ours en apollo-rentr--e.jpgpeluche ! ». Il va dormir si profondément que ses camarades vont retarder le repas de Noël comprenant des tranches de dinde à déguster à la petite cuillère. C’est à une vitesse de 11,04 km/s qu’Apollo 8 entre dans l’atmosphère terrestre avant d’amerrir près du porte-avions USS Yorktown chargé de les récupérer. A son bord, les trois astronautes savourent, avec l’équipage, un morceau du gâteau de 245 kg confectionné en leur honneur.

Anders espère vivement qu’après avoir survolé la Lune, il va pouvoir s’y poser aux commandes d’un module lunaire. Mais, en janvier 1969, il est désappointé en apprenant que Slayton vient de le nommer comme doublure de Collins, le pilote de la cabine Apollo 11 pour la mission historique de juillet 1969 sur la Lune. Cela signifie que le Directeur des équipages a l’intention de le désigner, ensuite, pilote de la cabine Apollo 14 et non copilote du LM. Il informe Slayton qu’il n’est pas intéressé pour tourner à nouveau autour de la Lune. Il accepte alors sa proposition d’aider la Nasa en entrant au Conseil National de l’Aéronautique et de l’Espace, après le vol Apollo 11. Il fixe une condition cependant : rester dans le Corps des astronautes pour avoir une autre occasion de se poser sur la Lune.

En septembre 1969, Anders quitte l’agence spatiale pour devenir le Secrétaire exécutif du National Aeronautics and Space Council. Il est chargé, auprès de la présidence des Etats-Unis, des orientations concernant la recherche, le développement, les opérations et le planning des systèmes aéronautiques et spatiaux. Une fois arrivé à Washington, il prend ses nouvelles fonctions très à cœur après l'excitation qui suit le premier atterrissage sur la Lune. Il prépare l’après-Apollo : une base lunaire, un vol vers Mars, une station orbitale terrestre et une navette spatiale.

En 1970, Anders perd tout espoir de revenir à Houston pour reprendre son entraînement sur le module lunaire après la suppression d’Apollo 18, 19 et 20. Cette année-là aussi, aucun astronaute ne foule le sol lunaire suite à l’accident d’Apollo 13 composé de l’équipage qui était, initialement, celui d’Apollo anders-d--part.jpg14 dont Anders devait faire partie. Rétrospectivement, il va avouer qu’« il aurait préféré être le dernier homme sur la Lune plutôt que le premier à tourner autour ». En janvier 1971, il se rend près de Moscou pour visiter la Cité des étoiles et, en juillet, il se fait plaisir en suivant un stage de pilote d’essai au Centre d’Edwards où il avait essayé de rentrer à trois reprises. 
Peu à peu, Anders va constater et regretter l’absence de soutien politique pour l'ensemble des projets élaborés en collaboration avec le groupe spatial de travail mis en place par Nixon. En janvier 1972, le Président des Etats-Unis approuve uniquement le programme de navette spatiale moins ambitieux que prévu.

En 1973, suite à une réorganisation des services, le Conseil National de l’Aéronautique et de l’Espace est supprimé. Anders est alors nommé à la Commission de l’Energie Atomique des Etats-Unis. Deux ans plus tard, elle est dissoute et une autre est crée : la Nuclear Regulatory Commission (NRC) dont Anders devient Président. Il est responsable de la sécurité nucléaire et des problèmes environnementaux. Durant ces années à Washington, sa passion pour voler reste intacte. Il se lève à 3 heures du matin, se rend en voiture à l’aérodrome, décolle sur un T-38 et retourne à son bureau à 8 heures pour travailler sur ses dossiers.

anders-oslo.jpgEn 1976, à la fin de son mandat très remarqué à la NRC, le Président républicain Ford nomme Anders, ambassadeur des Etats-Unis à Oslo (Norvège). Il passe son temps libre aux commandes d’un hélicoptère survolant le fjord et il se rend deux fois par mois à Houston pour piloter un T-38. Un an après, il est contraint de démissionner comme c’est l’usage lorsqu’une nouvelle administration prend possession de la Maison Blanche. Le démocrate Carter vient d’être élu Président des Etats-Unis.

En 1977, Anders entre dans la compagnie General Electric (GE) comme Vice-président et Directeur-général de la division des Produits nucléaires. Il supervise la fabrication du combustible nucléaire et l’équipement interne des réacteurs. En juin 1978, il s’absente quelques jours pour répondre à l’invitation d’Albert Ducrocq, président du Cosmos Club de France qui organise le congrès Espace et Civilisation à Lyon. L’année suivante, l’Administrateur de la Nasa, Frosch, lui demande de faire partie de la Commission d’enquête sur le programme Navette qui prend du retard. En 1980, il quitte la division Produits nucléaires de la GE pour celle des Equipements d’avions, en tant que Vice-président et Directeur-général. Quatre ans plus tard, il rejoint le secteur aérospatial de Textron Inc comme Senior Vice-président exécutif.

En 1991, Anders devient Président-Directeur-Général de la General Dynamics, le second constructeur aérospatial et de défense américain qui fabrique notamment le chasseur F-16 et le lanceur commercial Atlas. En 1992, il collabore avec Slayton, son ancien patron qui a quitté la Nasa pour construire la fusée Comet. Après la chute brutale des commandes publiques due au réchauffement des relations est-ouest, il est contraint de mettre en place un plan de licenciement, un an avant son départ du fauteuil de PDG, en 1993. Il reste ensuite au Conseil d’administration du groupe jusqu’en 1996.

Anders va également occuper les fonctions de Consultant de l’Office of Science and Technology Policy et de membre du Defense Science Board et du Nasa Advisory Council. Il crée et préside aussi The Anders Fondation, une organisation philanthropique axée sur l'éducation et l'environnement.

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schweickart-portrait-copie-1.jpgLe 23° astronaute, Russel L. (Rusty) Schweickart est né le 25 octobre 1935 à Neptune (Terre), qui est aussi le nom d’une planète du système solaire et le dieu romain de la mer, un milieu liquide dans lequel on éprouve la sensation d’être en apesanteur. Ce phénomène, Rusty ne l’aurait jamais connu si un Français de 17 ans, prénommé Jacques, n’avait pas quitté son charmant village alsacien de Lembach en 1892 pour travailler aux Etats-Unis, se marier et avoir un fils qui sera son père.

Après de brillantes études secondaires, Schweickart est heureux d’être accepté dans le prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), l’une des universités et l’un des établissements de recherche les plus renommés du monde. En 1956, il obtient sa licence en ingénierie aéronautique et il entre dans l’Armée de l’Air pour devenir pilote de chasse. Il revient ensuite au MIT en 1960 comme étudiant en troisième cycle de l’enseignement supérieur qu’il doit interrompre l’année suivante.

schweickart-avant-1.jpgIl est rappelé, en effet, sous les drapeaux parce qu’en août 1961, les autorités américaines s’inquiètent de la construction du mur de Berlin par les autorités de la République démocratique allemande qui veut séparer la zone communiste de la zone occidentale appartenant à la République fédérale allemande.

En tant que réserviste de l’Air National Guard, ce n’est pas sans une certaine émotion que Schweickart s’envole alors pour la France, le pays de son aïeul. Il effectue une mission sur la base aérienne américaine de Phalsbourg en Lorraine, près de la frontière allemande. Son escadrille de F-86 Sabre va y rester en état d’alerte plus de six mois.

De retour au Massachusetts Institute of Technology, Schweickart reprend avec impatience ses études supérieures. Il les termine en 1963 avec une maîtrise en aéronautique et en astronautique, après avoir soutenu une thèse sur la puissance rayonnée dans la stratosphère. Il entre alors comme chercheur scientifique à l’Experimental Astronomy Laboratory du MIT pour travailler sur la physique de la haute atmosphère et sur le suivi des étoiles, avec l'espoir qu’il pourra mieux les observer depuis l’Espace si sa candidature à la Nasa est retenue.

En octobre 1963, Schweickart est admis dans la 3ème équipe des quatorze astronautes, à l’âge de 28 ans. C’est le benjamin des trois groupes et il va avoir du mal à faire partager ses idées libérales que beaucoup trouvent trop larges et trop tolérantes. Homme d’esprit et enthousiaste, il est très cultivé et amoureux de musique symphonique. Il pratique le hand-ball, le squash, le golf, la bicyclette et la marche à pied.

schweickart-avant-2.jpgAprès sa formation, Schweickart est affecté sur le programme Apollo. Début 1966, il est tout d’abord désigné comme doublure de Chaffee dans le malheureux équipage d’Apollo 1 chargé d’expérimenter la cabine spatiale en orbite terrestre. Puis, il cède sans regret sa place à Cunningham en novembre 1966, suite à une réorganisation des vols. Car Slayton, le Directeur des équipages, lui confie le poste très recherché de copilote du premier module lunaire pour la mission Apollo 2. Schweickart doit tester autour de la Terre non seulement l’engin qui se posera sur la Lune, mais encore le scaphandre lunaire lors d’une sortie spatiale.

Avec la prise en compte des vols inhabités dans la numérotation, Apollo 2 devient Apollo 8. Mais en août 1968, la Nasa change l’objectif de cette mission qui sera l’orbite lunaire. En conséquence, Schweickart et ses deux coéquipiers sont transférés sur Apollo 9 afin de réaliser le programme pour lequel ils suivent depuis longtemps un entraînement particulier.

Il est si intensif à l’approche de l’envol qu’il diminue la résistance physique des astronautes. Deux jours avant le lancement prévu le 28 février 1969, McDivitt contracte un douloureux mal de gorge doublé d’un gros rhume très contagieux, puisqu’à leur tour Scott et Schweickart l’attrapent. Les trois hommes craignent alors que leurs remplaçants s’installent à bord d’Apollo. Heureusement, ils sont nés sous une bonne étoile, car les doublures ont quinze jours de retard dans leur préparation et les médecins estiment que l’équipage principal sera capable de se rétablir en cinq jours, en prenant des médicaments.

schweickart-sur-apollo.jpgDu 3 au 13 mars 1969, Schweickart accomplit son unique mission de 10 jours 1 heure autour de la Terre sur Apollo 9 (41,34 tonnes/17,95 mètres), en compagnie de Scott et de McDivitt, le commandant de bord.

Une fois en orbite, les trois astronautes suivent les recommandations de Borman d’Apollo 8, victime du « mal de l’espace », un état voisin du mal de mer. Ils se lèvent calmement de leur couchette, évitent de tourner brusquement la tête et bougent lentement le reste du corps .

Malgré ces précautions, Schweickart ressent soudainement une douleur à l’estomac au moment où il commence à enfiler sa combinaison spatiale, avant de passer de la cabine au module lunaire (LM). Il est pris de vertiges et de nausées, mais il garde sa bouche fermée jusqu’à ce qu’il sorte une poche. Désobéissant aux consignes, son commandant n’avertit pas le centre de contrôle pour que ce malaise n'ait pas de suite fâcheuse sur la carrière de son jeune coéquipier. Quatre heures plus tard, alors que les deux astronautes se trouvent à bord du LM, Schweickart a des nausées une seconde fois.

McDivitt est contraint alors d’informer les contrôleurs, car si son camarade est souffrant, le plan de vol devra être modifié. Kraft, le directeur des vols, lui reproche sévèrement d’avoir tardé à signaler ce problème de santé et les médecins prescrivent des sédatifs à Schweickart . Peu après, il se sent beaucoup mieux et il peut remplir parfaitement ses tâches durant les sept heures de temps qu’il passe à l’intérieur du module lunaire, toujours amarré à la cabine Apollo. La série de vérifications atteint son point culminant avec les six minutes de fonctionnement parfait du moteur de descente DSP, ce qui rassure les deux hommes sur son comportement lorsque le LM effectuera son vol.

schweickart-post-vol.jpgSi du côté matériel tout se passe bien, l’inquiétude subsiste sur la condition physique de Schweickart, car il doit effectuer une sortie spatiale de 2 h 15 mn qui pourrait présenter un risque désagréable et peut-être mortel si l’astronaute vomit dans son casque. Il est prévu qu’il teste le scaphandre lunaire en stationnant devant l’écoutille du module lunaire, puis en effectuant des va-et-vient jusqu’à l’écoutille ouverte de la cabine Apollo. Il s’agit de démontrer la possibilité de la rejoindre par l’extérieur si l’amarrage ou le passage entre les deux engins s’avère impossible.

Par prudence et en accord avec le centre de contrôle, McDivitt se résout à annuler la sortie de son coéquipier. Il lui demande d’expérimenter le scaphandre lunaire uniquement à l’intérieur du LM dans les conditions du vide spatial après la dépressurisation du véhicule et l’ouverture de son écoutille. Pour Schweickart, cet ordre est dur à accepter et il va tout faire pour que son commandant et la Nasa reviennent sur leur décision.

Dans les heures qui suivent, il mange très peu et il se conditionne mentalement en se répétant qu’il n’est pas malade. Après une bonne nuit de repos, il parvient ainsi à persuader ses supérieurs qu’il se trouve maintenant en pleine forme. Schweickart est en partie satisfait. Il va pouvoir sortir du module lunaire, mais en restant devant l'écoutille, sur la plate-forme fixée à l'extrémité supérieure d’une des quatre jambes du train d’atterrissage.

schweickart-porche.JPGLe 6 mars, Schweickart et McDivitt pénètrent pour la seconde reprise dans le LM où ils vont rester 7 h 10 mn. Après avoir revêtu son scaphandre et vidé l’atmosphère de l’habitacle, Schweickart pose ses genoux et ses mains sur le plancher pour passer à reculons par la trappe de sortie et s’arrêter sur la plate-forme. Là, il saisit chaque rambarde pour se redresser lentement, tout en chaussant les sabots attachés sur la passerelle.

Debout sur le balcon, Schweickart s’exclame en s’adressant à la Lune et aux étoiles : « Bonjour, bonjour ! », puis il rassure ses coéquipiers et le centre de contrôle : « Je me tiens solidement dans mes babouches et je me sens bien ! ». Emerveillé par le spectacle de l’univers, il s’écrie : « Mon Dieu ! Quelle vue ! J’aimerais faire une émission de télévision, mais je ne crois pas que j’aurai le temps ! ».

Car Schweickart doit réaliser de nombreux travaux dont l’essai d’une rampe fixée le long de l’étage supérieur du module lunaire, des observations astronomiques et le prélèvement d’échantillons de matériaux sur la coque du LM en vue de connaître l’érosion cosmique et la dégradation de peintures exposées au rayonnement solaire. Il est impatient aussi de prendre en photo Scott qui a ouvert l’écoutille de la cabine Apollo. Il l’interpelle : « Dave ! Où que tu sois, sors la tête ! ». Celui-çi passe alors son buste pour retirer, à son tour, des plaques de matériaux.

schweickart-eva.jpgMais l’essentiel de la mission de Schweickart est de qualifier le scaphandre lunaire et surtout le PLSS, un appareil autonome de survie qu’il porte sur le dos. Il vérifie, tour à tour et avec succès, chaque élément de cette véritable centrale miniaturisée d’une masse de 38 kg, enfermée dans un boîtier en deux parties mesurant 66 cm x 45 cm x 27 cm. Elle assure la fourniture de l’oxygène pour sa respiration, la ventilation interne et la pressurisation de sa combinaison, l’évacuation des gaz et des odeurs, le contrôle de sa température et l’élimination de sa chaleur, le maintien des liaisons radio et télémétriques avec ses camarades et la Terre.

Pour McDivitt et le centre de contrôle, la performance de Schweickart est largement concluante et il est inutile de prolonger davantage la sortie spatiale de 45 mn. Ils veulent éviter à Rusty une trop grande fatigue, car il est à jeun depuis la veille et il doit passer, le lendemain, une rude journée avec le pilotage du module lunaire.

Le 7 mars, pour la troisième et dernière fois, Schweickart et McDivitt entrent dans le LM et se préparent à le détacher de la cabine Apollo occupée par Scott. Mais le module lunaire ne veut pas se séparer de sa compagne. Les verrous des deux pièces d’amarrage ne s’ouvrent pas. Avec vingt-cinq minutes de retard sur l’horaire, les deux engins consentent, enfin, à se dire au revoir. Cependant, le LM continue à manifester sa contrariété. Il balance lentement de droite à gauche son corps de 14,53 tonnes et de 6,98 mètres de haut. Par mesure de sécurité, les deux astronautes décident alors d’annuler le vol de conserve avec la cabine, destiné à une inspection mutuelle.

Schweickart et son commandant reprennent vite en main l’engin capricieux et ils s’apprêtent aux cinq allumages espacés du moteur de descente DSP d’une durée totale de près de deux minutes et dont la poussée varie de 581 kg à 4,49 tonnes. La première mise à feu de dix-neuf secondes est accompagnée d’une secousse et d’un grognement insolite qui surprennent et inquiètent les astronautes, mais ils s’habituent rapidement à cette caisse de résonance qu’est le LM.

schweickart-lm-copie-1.jpgA bord de l’étage de remontée, Schweickart et son collègue décrochent ensuite l’étage de descente et allument les propulseurs RCS pour s’éloigner de lui. Puis, c’est au tour du moteur d’ascension ASP de prouver son bon fonctionnement, en créant une poussée de 1,59 tonne pendant six minutes. Après un vol de 6 h 22 mn, les deux astronautes rejoignent la cabine Apollo dont ils se sont éloignés de 183,5 km.

Le module lunaire est désormais opérationnel au prix cependant d’une consommation de propergols légèrement plus élevée que prévue au moment du rendez-vous. Il appartient maintenant à l’équipage d’Apollo 10 de répéter ces manœuvres autour de la Lune avant le grand saut d’Apollo 11.

Durant les derniers jours de la mission Apollo 9, Schweickart et ses coéquipiers braquent leurs caméras et leurs appareils de photographie vers le sud des Etats-Unis, le Mexique, le Brésil et l’Afrique pour un programme de mise en valeur de leur territoire et pour le calibrage des instruments qui seront installés à bord de la station orbitale Skylab qui fera suite aux expéditions Apollo.

De retour sur Terre, Schweickart est à la fois content du travail accompli et soucieux de son avenir après sa difficile adaptation à l'apesanteur. Pour les médecins de la Nasa, il n’est pas raisonnable qu’il soit affecté, dans l’immédiat, sur une autre mission. En avril 1969, Slayton ne peut donc pas le nommer en tant que doublure de Bean, le copilote du module lunaire d’Apollo 12, comme il en avait l’intention. Un membre d’un équipage de réserve devenant membre de l’équipage principal du 3° vol suivant, il perd ainsi l’occasion unique de se poser sur la Lune en compagnie de Scott, lors de la mission Apollo 15.

Schweickart accueille avec fatalisme cette décision à laquelle il s’attendait depuis son malaise. Cependant, le Directeur des équipages veut lui donner une seconde chance de revoler plus tard. Il l’intègre dans le programme Skylab et il le nomme à la tête des astronautes chargés d’effectuer des sorties spatiales depuis la station orbitale terrestre.

schweickart-apr--s-2.jpgAprès ce changement forcé, c’est avec un grand plaisir que Schweickart apprend que les trois astronautes d’Apollo 9 vont se rendre en France pour représenter la Nasa au Salon de l’Aéronautique et de l'Espace du Bourget où il fait la connaissance des cosmonautes Chatalov et Elisseïev. Le 30 mai 1969, il commente, en détail et très clairement, le film du vol au cours de l’émission « Les dossiers de l’écran » sur la 2ème chaîne de télévision. Le 3 juin suivant, le trouble est réciproque lorsque Rusty rencontre, pour la première fois, ses « cousins d’Alsace » à Lembach. Il devient citoyen d’honneur de la ville et il donne son nom à une rue. Une fois l’Atlantique traversé comme l'avait fait jadis son grand-père, il reprend son entraînement sur Skylab.

En plus, Schweickart veut apporter sa contribution aux recherches sur le syndrome du « mal de l’espace » en se portant volontaire auprès des médecins pour subir des expériences. Sa détermination soulève l’admiration de ses collègues qui le voient se rendre, une fois par semaine et pendant plusieurs mois, dans le laboratoire de la Naval Air Station à Pensacola. Couvert d’électrodes et de capteurs, il va tournoyer sur une chaise rotative, culbuter sur une table basculante, être suspendu par les pieds et marcher sur une mince poutre. Tous ces exercices de torture ont pour objet de mieux connaître l’organe de l’équilibre situé dans l’oreille interne et qui est plus ou moins perturbé en apesanteur, selon les individus.

Schweickart supporte avec patience ce calvaire hebdomadaire et il montre surtout sa capacité physique à retourner dans l’Espace, en ayant acquis une résistance au phénomène de désorientation spatiale. Il espère commander un des trois équipages d’occupation de la station Skylab. Malheureusement, l’année 1970 va bouleverser ses plans. Il accueille avec appréhension dans son groupe cinq des astronautes du programme Apollo qui devaient partir sur Apollo 19 et Apollo 20, des missions supprimées. Il y a également Bean qui a dirigé les astronautes de Skylab avant de marcher sur la Lune. Pour Slayton, ces six hommes sont maintenant prioritaires pour un vol sur la station, avec trois scientifiques recrutés cinq ans auparavant.

schweikart-apr--s-3.jpgDébut 1971 et un an avant la désignation officielle, Schweickart est informé de sa nomination comme doublure des commandants de bord Bean et Carr, respectivement pour la 2ème et la 3ème mission sur Skylab. Après la démission de Cunningham déçu, lui aussi, d'être désigné comme doublure de Conrad pour la 1ère mission, Schweickart le remplace au poste de commandant. Mais il n’est pas démoralisé en voyant disparaître une seconde et dernière opportunité de repartir dans l’Espace. Au contraire, il veut rester à la Nasa pour continuer à mettre ses compétences à son service et tout le monde va s’en féliciter par la suite.

Le 14 mai 1973, une Saturn V à deux étages, porteuse de la station Skylab, décolle. Peu après, de fortes vibrations couplées à une vitesse vertigineuse détachent son enveloppe d’aluminium thermique et anti-météoritique. Elle se déchiquette, se froisse et sectionne l'attache du carénage abritant un panneau solaire replié. Un morceau du revêtement pénètre dans le logement du second panneau, l’empêchant de se déployer en orbite. Le départ de Conrad et de ses coéquipiers est alors repoussé dans l’attente de l’analyse de la situation qui est très critique. Sans bouclier de protection la station va être bombardée de micrométéorites et sa température intérieure va grimper jusqu’à 50° C, risquant de détruire la nourriture, les films et de répandre des gaz toxiques provenant des matériaux surchauffés.

Une course contre la montre s’engage alors durant les onze jours qui précèdent l’envol du premier équipage et c’est Schweickart qui va la mener. A la tête d’une équipe d’ingénieurs et de techniciens, il assume la responsabilité pour le développement d’un matériel de réparation. Sont conçues et fabriquées une perche rétractable munie d’un crochet pour retirer le morceau d’aluminium, une rampe télescopique (huit mètres de long en orbite) pour progresser le long de la station, une paire de cisailles pour couper le lambeau métallique et une toile (sept mètres de côté dépliée) pour remplacer la protection de Skylab.

Afin de démontrer l’efficacité de ces équipements, Schweickart les expérimente en passant de nombreuses heures dans un bassin, puis il apprend à Conrad, Kerwin et Weitz la façon de les utiliser. Avec un professeur aussi excellent et des élèves aussi doués, la réparation orbitale est un succès et la station devient habitable. En témoignage de sa reconnaissance, l’agence spatiale remet à Schweickart la NASA Exceptional Service Medal pour son rôle de leader dans cette opération de sauvetage réussi, une première spatiale.


Le 8 février 1974, le troisième équipage de Skylab revient sur Terre. Avec ce retour se termine aussi la mission de Schweickart qui a assuré les liaisons avec les neuf astronautes de la station pendant près de six mois, leur donnant conseils et encouragements. Trois mois plus tard, il quitte Houston pour le quartier général de la Nasa à Washington où il exerce les fonctions de Directeur au sein du Service des Applications. Il est responsable des « retombées spatiales », c’est-à-dire du transfert de milliers d’appareils, de matériaux et de procédés issus de la technologie de l’Espace vers les secteurs de la vie quotidienne : médical, vestimentaire, alimentaire, ménager, ferroviaire, naval, terrestre, aérien, bâtiment, énergie, sportif, industriel, électronique, informatique, chimique, métallurgique, mécanique, robotique…

Dans le cadre de son travail, Schweickart effectue, en septembre 1975, une traversée à bord du navire océanographique « La Calypso » en compagnie du Commandant Cousteau qui recueille des informations complémentaires à celles obtenues par les satellites d’applications terrestres.

En novembre 1976, Schweickart est affecté au Service du planning et de l’intégration des charges embarquées à bord des futures navettes. Puis, en août 1977, il est détaché pour deux ans auprès de Jerry Brown, le gouverneur de Californie passionné d’astronautique et candidat malheureux aux primaires pour la présidence des Etats-Unis. En tant que Conseiller sur les questions politiques et législatives relatives à la science et à la technologie, il appuie les initiatives de Brown qui veut utiliser ses connaissances pour la mise en valeur de son Etat.

Le dévouement de Schweickart est si apprécié que le gouverneur de Californie lui demande de rester à ses côtés. Il accepte et il démissionne de la Nasa en juillet 1979. Il est alors nommé membre de la Commission de l’Energie, puis Président, en charge d’anticiper les besoins énergétiques de la Californie et de diversifier les sources d'approvisionnement en électricité. En 1985, il retourne au Massachusetts Institute of Technology comme chercheur scientifique.

schweickart-apr--s.jpgCette année-là, Schweickart fonde, avec le cosmonaute Leonov, l’ASE (Association of Space Explorers). Au cours de l’année 1986, il devient le premier Président de cette organisation internationale qui regroupe celles et ceux qui sont allés dans l’Espace. Son objectif est de promouvoir la coopération spatiale et l’utilisation de la technologie spatiale pour le bénéfice de l’humanité. A l’automne 1988, le premier ouvrage de cette société paraît sous le titre « The Home Planet » préfacé par Schweickart et qui devient un best-seller mondial.

En 1987-1988, puis dix ans plus tard, il préside la Commission de sécurité pour les activités américaines en Antarctique, à la demande de la National Science Foundation (NSF). Il propose des solutions pour améliorer la sûreté dans les bases scientifiques polaires et il remet ensuite son rapport au Congrès et à la Maison Blanche.

Schweickart occupe également la présidence de sociétés d’informatique et de satellites de communications : la NSR Communications, le Courier Satellites Services Inc., la CTA Commercial Systems Inc. et le Aloha Networks. Sa grande expérience professionnelle lui permet de jouer un rôle prépondérant au sein de l’International Union Telecommunications (IUT) et de participer aux conférences mondiales de 1992 et de 1995 comme délégué américain pour l’élaboration des règlements et des politiques en matière de transmission de l'information. Il travaille aussi intensément avec l’Union Soviétique, puis avec la Russie sur les échanges scientifiques et technologiques.

Pour Schweickart, sa préoccupation actuelle est celle de l’avenir de l’espèce humaine menacée par l’impact d’astéroïdes qui vont croiser l’orbite de la Terre, tôt ou tard. Il convient donc de démontrer la possibilité de dévier ces corps célestes de leur trajectoire. A cette fin, la Fondation B-612, dont il est le Président du Conseil d’administration, a mis en oeuvre un plan visant à développer un intercepteur spatial. 

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L’exploitation de l’Espace est utile pour le bénéfice et la survie de l’humanité. Elle apporte des solutions à des problèmes terrestres, rend des services plus efficaces et plus rapides que les moyens traditionnels, permet d’économiser de l’argent, rapporte des revenus par la vente des services rendus et sauve des millions de personnes.

Dépenses : On ne peut pas affirmer qu’elles auraient permis de résoudre certains problèmes sur Terre. On peut donner aussi de l’argent pour les solutionner. Peut-être que certains d’entre-eux auraient été réglés si ceux qui s’en occupent, étaient plus rigoureux dans la gestion des fonds publics. En 2006, le budget spatial civil et militaire des Etats-Unis (39,40 milliards de dollars : 16 pour la Nasa, 3,40 pour l'agence des océans, 20 pour le Département de la défense) qui est le plus important du monde, représente 1,46 % du budget national (2.707 milliards) soit 0,36 dollar (0,29 euro) par jour et par citoyen (298 millions d'habitants). Ce budget spatial n’est pas dépensé dans l’Espace mais sur Terre, dans les industries, les laboratoires, les magasins. Les dépenses spatiales sont dérisoires dès l’instant où elles constituent de judicieux investissements et incarnent les espoirs de l’humanité.


APPLICATIONS
 : Les satellites, les vaisseaux et stations habités bénéficient du recul pour mieux observer toute la Terre et obtenir rapidement et de manière répétitive des photos globales qui révèlent des particularités.

Les instruments de télédétection des ressources terrestres permettent de rechercher les eaux souterraines (lutte contre la sécheresse), de surveiller l’extension des déserts, le déboisement des forêts, l’apparition des maladies agricoles (pertes économisées), les pollutions ; de prévoir les récoltes (lutte contre la faim), de découvrir des gisements (économies de forages), d’établir des cartes (économies des vols d’avions), de constater les dégâts causés par le changement climatique, etc…

Les équipements d’océanographie permettent de détecter les icebergs, les courants et les bancs de poissons (sécurité de navigation et économies en carburant pour les bateaux), etc…

Les instruments de météorologie signalent le changement climatique et prévoient le temps (économies : pas d’engrais emportés par les pluies, chantiers non immobilisés, sablage à temps des routes), les vents (économies en carburant pour les avions), les tempêtes en mer et les cyclones (vies sauvées), les inondations (économies : bétail et matériel à l’abri), etc…

Les satellites bénéficient du recul pour être visibles de toute la Terre et relayer rapidement et avec qualité beaucoup d’informations, atténuer la saturation des bandes radio hertziennes, effacer les zones d’ombres de la télévision.

Les satellites de télécommunications retransmettent sur terre, sur mer et dans les airs, les communications téléphoniques, la télévision (économies de relais), les vidéoconférences (économies de déplacements), les diagnostics médicaux (vies sauvées), les données entre ordinateurs, les programmes éducatifs (lutte contre l’analphabétisme dans les pays en voie de développement), la téléimpression de journaux (économies de transport), des renseignements sur les futurs tremblements de terre et les éruptions volcaniques (vies sauvées), les liaisons en cas de catastrophes (vies sauvées), les signaux de détresse des navires et avions (vies sauvées) etc…

Les satellites de navigation (GPS) transmettent des signaux pour guider les véhicules terrestres, les randonneurs, les navires et les avions (sécurité, économies en carburant).

L’absence de pesanteur à bord des vaisseaux et stations habités permet une séparation meilleure, plus rapide et moins chère de produits biologiques et la fabrication de produits industriels plus résistants (sur Terre, les creusets fondent à haute température), plus légers (sur Terre, les alvéoles s’affaissent avant solidification), plus homogènes (sur Terre, les composants lourds se trouvent sous les légers), plus réguliers et plus purs (traitement sans contact avec le récipient comme sur Terre).

Des produits pharmaceutiques peuvent ainsi être purifiés comme les vaccins ou fabriqués comme l’urokinase (dissout les caillots de sang), les hormones contre l’anémie, l’interféron contre le cancer, les cellules béta contre le diabète, les billes de latex pour transporter des radio-isotopes qui détruisent les tumeurs, etc… (vies sauvées).

Des produits industriels peuvent être fabriqués comme des aimants pour l’industrie, des roulements à billes pour les machines, des verres pour l’optique, des gros cristaux pour l’électronique, des fibres de verre pour les transmissions, etc…

L’absence de pesanteur permet aussi l’étude du corps humain des astronautes qui se comporte différemment et dévoile son mécanisme de fonctionnement dont la connaissance permet de mieux traiter les maladies sur Terre (vies sauvées). Par exemple, les cellules restent unies par des ponts comme celles du cancer, ce qui permet de mieux connaître cette maladie et d’en savoir plus sur la croissance, la reproduction et la vieillesse des cellules saines.


EMPLOI
. L’astronautique fait vivre et travailler avec enthousiasme des millions de personnes car la construction de lanceurs, de véhicules spatiaux et des équipements au sol, exige la contribution d’innombrables métiers.


MOTEUR DU PROGRES
. Pour vaincre l’Espace, on exige des performances extrêmes dans des domaines qui contribuent le plus à l’évolution du système industriel et économique comme l’électronique, l’informatique, l’énergie, la chimie, la métallurgie, la mécanique, la robotique, le traitement de l’information, la gestion, la qualité, la fiabilité, la miniaturisation, etc…


RETOMBEES
. Les appareils, les matériaux et les procédés qu’il a fallu améliorer ou inventer pour conquérir l’Espace ont trouvé des milliers d’applications. Le titane pour les avions, des alliages pour les turbines de centrales, l’affichage des données pour les gares, des résines ultra-légères pour les wagons, des amortisseurs pour les pare-chocs d’autos, du carbone pour les freins, des réservoirs pour les navires, des combinaisons pour les pompiers, des alarmes d’incendies, des distributeurs de billets de banque, l’énergie solaire, des tissus anti-feux pour vêtements, des couches pour bébés, des produits deshydratés et lyophilisés, des fibres synthétiques pour skis et raquettes, des méthodes de soudage, des circuits et des tubes pour téléviseurs, des pyrocérames pour les plats, la vitro-céramique pour les tables de cuisson, etc…

En médecine : la stérilisation des hôpitaux, des électrodes pour les malades, l’amélioration des radios, des matériaux pour les prothèses, des combinaisons pour les carences immunitaires et les hémorragies, des chaises marcheuses pour invalides, la télécommande pour handicapés, la miniaturisation pour les blocs opératoires d’ambulances, la pompe du cœur artificiel, la pile du stimulateur cardiaque, la canne-radar pour aveugles, des appareils pour sourds, les micro-ondes contre le cancer, l’écographe miniaturisé, des lentilles pour aveugles, etc… (vies sauvées). 


SCIENCE
. Aller dans l’Espace, c’est pouvoir satisfaire le besoin de savoir qui distingue l’homme de l’animal. On reçoit des rayonnements qui n’arrivent pas sur Terre et leur étude nous permet de mieux connaître la formation et l’évolution de l’Univers, pour compléter les observations et les analyses faites dans le cadre de l'astronomie traditionnelle. On comprend ainsi comment la Terre est née et quel sera son futur. Ses premières années sont mieux connues grâce à l’exploration des autres planètes qui se sont formées en même temps, mais qui ont évolué différemment et où la découverte de substances chimiques pourrait nous aider à trouver l’origine de la Vie et de ses maladies, car toute découverte scientifique débouche tôt ou tard sur des applications pratiques.


EXTRATERRESTRES
. Un contact physique ou radio depuis l’Espace, avec une civilisation extra-terrestre avancée, permettrait d’accroître notre savoir culturel, philosophique, scientifique, médical et d’améliorer ainsi plus rapidement la vie sur Terre.


AVENTURE
. Depuis ses origines, l’humanité a éprouvé le besoin de se dépasser en menant un combat incessant contre l’inconnu. Pour rompre la monotonie de la vie quotidienne et poussé par son instinct d’exploration, l’être humain a navigué sur des océans, pénétré dans des forêts, traversé des déserts, escaladé des montagnes. Il était donc inévitable qu’il cherche à progresser en altitude pour aller dans l’Espace sans frontière et réaliser le vieux rêve excitant de l’humanité dont le renoncement serait une faillite morale. Car l’être humain n’a pas besoin que de pain pour vivre. Il lui faut aussi une relation avec l’infini.


PRESENCE HUMAINE
. Au contraire du robot, l’astronaute, le cosmonaute ou le spationaute peut récupérer ou changer des appareils et des films sur des satellites et des stations. Il peut aussi entretenir, réparer ou assembler des véhicules et des structures orbitales. Il peut également mettre en oeuvre des expériences scientifiques, régler des instruments, repérer ce qui mérite d’être observé ou photographié, choisir des échantillons du sol des planètes. Il peut de plus surveiller les unités de production de matériaux et de médicaments. Il peut enfin faire face à des situations imprévues et prendre des initiatives. L’être humain est l’instrument de la découverte, alors que le robot n’enregistre que les mesures prévues dans son programme.


DESTIN
. L’expansion de l’espèce humaine dans l’Espace est un processus irréversible qui s’inscrit dans l’évolution biologique de l’Homme, après que la Vie se soit répandue dans les océans, puis sur les continents, fidèle à une loi. La Terre est le berceau de l’Humanité dont les astronautes, les cosmonautes et les spationautes sont les représentants. Elle ne peut pas passer toute sa vie dans son berceau.


CULTURE
. La découverte des Amériques par les Européens influença les arts, la littérature, la poésie qui, de nouveau, trouveront une source d’inspiration dans l’exploration de l’Espace qui permettra d’élargir la Pensée au vaste univers et la naissance du véritable humanisme.


PHILOSOPHIE
. Nous sommes liés avec les étoiles qui sont composées des mêmes matériaux que notre corps (fer, calcium,…). Depuis l’Espace, les frontières sur Terre n’ont aucune signification. La Terre est un petit bloc rocheux autour d’une des 100 milliards d’étoiles de notre galaxie dans un univers de 15 milliards de galaxies. Notre Terre n’est pas le centre du monde. Cette prise de conscience devrait nous entraîner à un peu plus d’humilité et de maturité, avec un abandon de notre esprit de clocher, pour une vision neuve de nous-mêmes.


POLITIQUE
. Les succès spatiaux accroissent le prestige national, car réussir dans l’Espace signifie une suprématie dans le domaine technologique. Aller dans l’Espace, c’est démontrer une volonté nationale de supériorité ou de collaboration.


MILITAIRE
. Les satellites militaires ont un rôle stratégique. Ils assurent les communications avec les unités, guident les avions, les missiles, les navires et les sous-marins, écoutent les communications des pays étrangers, surveillent leurs forces armées, détectent les lancements de leurs missiles. Mais le largage de bombes depuis des satellites est exclu, car elles ne pourraient survoler les objectifs qu’une fois par jour, seraient trop petites, trop complexes, peu précises, faciles à détecter, à détruire, comparées à celles lancées par surprise depuis le sol ou la mer par des missiles qui atteindraient leurs objectifs terrestres en dix fois moins de temps.


SURVIE
. (Vies sauvées).

Satellites. Ils servent à mieux gérer les ressources terrestres et l’augmentation des communications, pour retarder l’effondrement de la Terre.

Déchets nucléaires et chimiques. Ils menacent notre santé et notre environnement. Ils seront stockés sur la lune, expédiés sur le soleil ou hors du système solaire.

Guerre nucléaire. Si elle éclate, les futures colonies spatiales abriteront les derniers humains d’une Terre détruite et polluée.

Energie. La prospérité des pays est tributaire de l’énergie, mais l’économie de pétrole et de gaz amènera la disparition des centrales utilisant ces combustibles. Les centrales au charbon seront abandonnées, le gaz carbonique rejeté menaçant le climat. Les réserves d’uranium naturel seront insuffisantes pour le fonctionnement des centrales nucléaires. Les surgénérateurs nucléaires seront limités pour des raisons d’environnement et de sécurité. L'hélium 3, ramené de la Lune et inexistant sur Terre, pourra alimenter les centrales à fusion thermonucléaire, sans que les produits de combustion soient radioactifs. De plus, les futures centrales solaires spatiales en orbite terrestre et sur la Lune, seront capables de fournir massivement de l’énergie électrique sur la Terre, sans pollution.

Ressources alimentaires. Elles arriveront des futures fermes spatiales, car l’absence de pesanteur permettra une agriculture intensive, sans pesticide, sans insecticide, ni perte de récolte due aux rapines des oiseaux et des animaux, aux caprices du temps et du climat.

Ressources minérales. Elles viendront des futures mines implantées sur la Lune et les astéroïdes, car les matières premières accessibles sur Terre seront épuisées et ne pourront plus approvisionner les industries.

Croissance économique. Si elle augmente, l’environnement de la Terre sera détruit car la chaleur évacuée par les industries élèvera la température de l’air, provoquera l’extension des déserts, la fonte des calottes glaciaires, des inondations, la montée des océans, leur ébullition et un bouleversement du climat. Mais c’est la croissance économique qui élève le niveau de vie, surtout dans les pays en voie de développement. C’est un processus vieux de 2,5 milliards d’années et si on l’arrête, ce sera un futur réglementé et l’agonie de la race humaine. La croissance se poursuivra donc dans l’Espace avec le transfert de grosses industries de production, grandes consommatrices d’énergie et dont les produits fabriqués seront ramenés sur une Terre préservée.

Surpopulation. Le maximun de population que la Terre pourra supporter sera de 10 milliards d’humains. Les futures colonies spatiales allègeront le fardeau démographiques et éviteront une catastrophe écologique.

Catastrophes cosmiques. Plusieurs types de cataclysmes menaçent la Terre à plus ou moins long terme : des collisions avec des astéroïdes, une glaciation avec l'entrée de notre planète dans un nuage de poussières cosmiques, une vaporisation de la Terre avec le gonflement du Soleil en fin de vie, une irradiation mortelle des êtres vivants soit à cause d'une nouvelle inversion du champ magnétique terrestre, soit en raison d'une protubérance solaire géante ou parce qu'une étoile supernova a explosé. Pour éviter la fin de l’aventure humaine, l’humanité habitera tout d’abord Mars et des satellites de Jupiter et de Saturne aménagés, puis des planètes autour d’autres soleils. La colonisation prendra beaucoup de temps et il n’est pas trop tôt pour commencer à maîtriser les techniques spatiales, à apprendre aux représentants des nations à travailler en commun à bord de la station internationale, puis à s'entraîner sur la Lune, pour assurer plus tard la survie à nos descendants.


PAIX.
(Vies sauvées).

Coopération. Les satellites, les vaisseaux et les stations habités voient toute la Terre. Ils peuvent ainsi étendre leur travail à tous les pays (dont les pays en voie de développement) qui les utilisent pour la télédétection des ressources terrestres, la météo, l’océanographie, les télécommunications, la navigation.

Coexistence. Grâce à un espionnage permanent, les satellites militaires ont empêché les super-puissances de s’attaquer par surprise, de déclencher une guerre mondiale à la suite de renseignements incomplets ou faux obtenus par les moyens traditionnels et leur ont permis d’arrêter diplomatiquement des conflits locaux avant qu’ils ne se transforment en conflits mondiaux.

Désarmement. Les traités sont signés parce que les satellites militaires permettent de vérifier s’ils sont respectés.

Equivalent moral de la guerre. La conquête de l’Espace a pris la place de la guerre qu’autrefois se livraient les grands pays pour affirmer leur puissance.

Equivalent économique de la guerre. La conquête spatiale a remplacé la guerre pour relancer une industrie en perte de vitesse, accélérer le progrès technique ou éponger une économie débordante.

Energie. L'hélium 3 de la Lune et l’électricité transmise par les futures centrales solaires spatiales devrait empêcher les pays d’attaquer ceux qui ont d’autres sources d’énergie et éviter ainsi la fabrication de surgénérateurs nucléaires dont les matériaux servent à la construction de bombes atomiques.

Ressources alimentaires. Les produits des futures fermes spatiales devraient dissuader des nations d’envahir des territoires pour trouver leur nourriture.

Ressources minérales. Les matières premières des futures mines spatiales de la lune et des astéroïdes devraient empêcher des pays de lutter contre ceux qui possèdent des gisements et éviter les conflits futurs d’une politique de répartition des maigres ressources encore disponibles sur Terre.

Croissance économique. Elle se continuera dans l’Espace par l’implantation des entreprises industrielles primordiales pour empêcher qu’une croissance économique zéro n’accentue la misère et ne déclenche des guerres pour avoir voulu préserver l’environnement de la Terre.

Surpopulation. Les futures colonies spatiales abriteront une partie de l’humanité pour éviter que le manque d’espace sur Terre ne provoque des guerres.

Traités. Ils interdisent l’appropriation de l’Espace par quelques nations.

Solidarité. Vue de l’Espace, la Terre est un grain de sable dans l’immensité de l’univers. Cela devrait donner à l’humanité une impression d’isolement, génératrice d’un esprit d’unité entre les pays. Nous formons un seul peuple sur la planète Terre avec une origine commune. Cette prise de conscience devrait améliorer nos relations et hâter une identification au groupe humain 

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51° -> 3 au 19 juillet 74. SOYOUZ 14. Artioukhine, Popovitch (2° vol). 15 j 17 h 30 mn. Unique occupation de la nouvelle station Saliout 3. Observation militaire principalement, télédétection des ressources terrestres, astronomie, expériences bio-médicales et métallurgiques. Les cosmonautes pratiquent 2 h d'exercices par jour en marchant notamment sur un tapis roulant à 200 pas par minute.
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52° -> 26 au 28 août 74. SOYOUZ 15. Demine, Sarafanov. 2 j 12 mn. Les cosmonautes ne peuvent rejoindre la station Saliout 3. Le rendez-vous est annulé car la vitesse est trop élevée. Elle est causée par le mauvais fonctionnement d'un nouveau système d'approche automatique qui commande les mises à feu successives du moteur du Soyouz.
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53° -> 2 au 8 décembre 74. SOYOUZ 16. Roukavichnikov (2° vol), Filiptchenko (2° vol). 5 j 22 h 23 mn. Préparation du vol américano-soviétique Apollo-Soyouz. Vaisseau équipé des anneaux d'amarrage de Soyouz et d'Apollo. Grâce à un système de ressorts, l'anneau américain s'éloigne de plusieurs centimètres de l'anneau soviétique, puis il revient s'emboîter sur lui avant que les loquets de chaque collier se referment. Cette manoeuvre est répétée et filmée par une caméra extérieure.
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54° -> 10 janvier au 9 février 75. SOYOUZ 17. Gretchko, Goubariev. 29 j 13 h 19 mn. Première occupation de la nouvelle station Saliout 4. Télédétection des ressources terrestres, astronomie, expériences bio-médicales et métallurgiques. Pour ses exercices physiques, l'équipage dispose d'une bicyclette ergométrique semblable à celle embarquée dans la station américaine Skylab.


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55° -> 5 avril 75. SOYOUZ 18’. Makarov (2° vol), Lazarev (2° vol). 21 mn. Echec du lancement vers Saliout 4. Pas de séparation entre l'étage central et l'étage supérieur de la fusée. Ejection de la cabine qui effectue un vol balistique à 192 km d’altitude. Elle atterrit sur le flanc d'une montagne enneigée, retenue par le parachute accroché à un arbre. Les cosmonautes sortent et attendent les secours pendant une journée.
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56° -> 24 mai au 26 juillet 75. SOYOUZ 18. Sevastianov (2° vol), Klimouk (2° vol). 62 j 23 h 20 mn. Deuxième et dernière occupation de la station Saliout 4. Télédétection des ressources terrestres, astronomie, expériences bio-médicales et métallurgiques. Partis pour un vol ouvert de 30 jours, les cosmonautes reçoivent l’autorisation de rester un mois de plus.
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57° -> 15 au 21 juillet 75. SOYOUZ 19 (6,18 tonnes/7,48 mètres). Leonov (2° vol), Koubassov (2° vol). 5 j 22 h 30 mn. 2 amarrages (47 h 47 mn) avec le vaisseau américain Apollo (ASTP) qu’ils visitent. Première rencontre internationale. Expériences bio-médicales et métallurgiques conjointes. De petites billes de tungstène et d'aluminium sont fondues, puis solidifiées pour vérifier que l'apesanteur supprime bien leurs défauts de structure et d'homogénéité constatés sur Terre. On envisage la production de billes pour les roulements équipant les machines terrestres dont le rendement serait hautement amélioré.
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58° -> 15 au 24 juillet 75. ASTP (14,76 tonnes/14,49 mètres avec le module d'accostage). Slayton, Brand, Stafford (4° vol). 9 j 1 h 28 mn. 2 amarrages (47 h 47 mn) avec le vaisseau soviétique Soyouz 19 qu’ils visitent. Première rencontre internationale. Expériences bio-médicales et métallurgiques conjointes, télédétection des ressources terrestres et expérience pharmaceutique. Avec un appareil d'électrophorèse, les astronautes isolent beaucoup plus facilement que sur Terre certaines cellules de reins qui produisent l'urokinase, un enzyme qui dissout les caillots de sang dans les artères et les veines. Ces cellules sont ensuite cultivées sur Terre et l'urokinase est utilisée dans la lutte contre l'infarctus, la trombose des artères coronaires, l'embolie pulmonaire et la phlébite. Lors de la descente en parachutes, le gaz toxique des moteurs d'attitude pénètre dans la cabine et incommode les astronautes. Brand perd connaissance un instant pour avoir mal ajusté son masque à oxygène. Dernier vol d’une cabine Apollo et dernier retour d'un engin américain sur l'océan avant l'avènement de la navette six ans plus tard.
[En février 76, le programme soviétique de navette Bourane est décidé].
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59° -> 6 juillet au 24 août 76. SOYOUZ 21. Volynov (2° vol), Jolobov. 49 j 6 h 23 mn. Première occupation de la station Saliout 5. Observation militaire principalement, télédétection des ressources terrestres, astronomie, expériences bio-médicales et métallurgiques. Défaillance du support vie et du contrôle d’attitude de la station remis en marche après deux heures d’efforts des cosmonautes. Problèmes psychologiques de Jolobov et atmosphère irrespirable. Mission raccourcie de 17 jours. Difficultés pendant 90 mn pour se désamarrer de la station. Atterrissage brutal à cause d'un vent violent dans le parachute et de la poussée incorrecte des moteurs.
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60° -> 15 au 23 septembre 76. SOYOUZ 22. Aksenov, Bykovsky (2° vol). 7 j 21 h 52 mn. Utilisation du vaisseau de réserve de Soyouz 19. Expériences médicales. Observation des ressources terrestres au profit de l'Union Soviétique et de l’Allemagne de l’Est qui a fabriqué l'appareil constitué de six caméras, fixé à la place de la pièce d’amarrage du Soyouz. Deux mille photos des deux pays sont prises.

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61° -> 14 au 16 octobre 76. SOYOUZ 23. Zoudov, Rozdestvenski. 2 j 6 mn. Echec du rendez-vous avec la station Saliout 5 (panne du système d’approche Igla). Rude atterrissage de nuit et dans le brouillard sur un lac en grande partie gelé. La cabine se renverse et pendant onze heures les cosmonautes attendent les secours dans une position inconfortable. Zoudov perd connaissance par manque d’oxygène peu avant l’arrivée de l’équipe de récupération.
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62° -> 7 au 25 février 77. SOYOUZ 24. Glazkhov, Gorbatko (2° vol). 17 j 17 h 25 mn. Deuxième et dernière occupation de la station Saliout 5. Porteurs d’un masque, les cosmonautes pénètrent dans l’habitacle et constatent la disparition de l’odeur qui avait incommodé l’équipage précédent. Observation militaire principalement, télédétection des ressources terrestres, astronomie, expériences biomédicales et métallurgiques. Atterrissage agité dans une tempête de neige. Les cosmonautes sont légèrement blessés.
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63° -> 9 au 11 octobre 77. SOYOUZ 25. Kovalenok, Rioumine. 2 j 44 mn. Le rendez-vous et l'amarrage avec la nouvelle station Saliout 6 s'effectuent normalement. La défaillance d'un mécanisme devant assurer une liaison mécanique solide entre le Soyouz et Saliout 6 empêche le passage des deux cosmonautes à l'intérieur de la station. Elle est équipée pour la première fois de deux ports d'amarrage pour recevoir deux vaisseaux habités ou un vaisseau et un cargo Progress.