Le 12° astronaute, James (Jim) A. Lovell Jr.,
est né le 25 mars 1928 à Cleveland (Terre). A l’âge de 17 ans, la vocation spatiale de James, appelé communément Jim, commence à naître après la lecture d’un ouvrage sur l’astronautique retraçant l’activité des pionniers comme l’américain Goddard, le premier à expédier en 1926, une fusée à combustibles liquides jusqu’à une altitude de 12,5 m. En 1945, avec le concours de deux camarades de collège, il veut à son tour répéter l’expérience, mais la fabrication d’un engin identique est trop complexe et il choisit de lancer une simple fusée à poudre d’1 m de haut. Elle va grimper à 25 m, avant d’exploser. Cet échec ne décourage pas Jim qui décide de consacrer sa vie à la fuséologie, mais les revenus de sa mère, veuve, sont insuffisants pour suivre un cursus universitaire. Seule l’Armée peut lui offrir des études de ce niveau. Il adresse alors une demande d’inscription à l’Académie Navale d’Annapolis où son oncle est passé. Comme il n’y a plus de place disponible, il accepte la proposition de la Marine qui veut former des pilotes, après leur avoir payé deux années d’études supérieures.

En 1946, Jim rentre donc à l’Université du Wisconsin qu’il quitte en 1948 et il sollicite à nouveau son admission à Annapolis, afin de continuer son enseignement. Il rejoint la base aéronavale de Pensacola où il débute son entraînement de pilote qu’il interrompt pour suivre, pendant quatre ans, des cours à l’Académie qui a accepté, enfin, sa candidature. En 1952, Lovell obtient sa licence en sciences, après avoir présenté une thèse sur les fusées à propergols liquides, un sujet original et particulièrement pointu pour l’époque. Il espère que son bagage lui permettra plus tard de faire carrière dans le spatial. Pour sa seconde formation de pilote, il demande sa mutation dans une base de l’Est des Etats-Unis et il est envoyé…dans l’Ouest, à Moffett Field. Aux commandes d’avions de chasse, il effectue une centaine d’appontages sur le porte-avions USS Shangri-La qui patrouille dans l’Océan Pacifique et il s’occupe de l’entraînement des hommes pour les combats aériens.

A sa demande, car lassé de la monotonie de ces opérations, Lovell part en 1958 à l’Ecole des pilotes d’essai de l’Aéronavale de Patuxent River pour frôler la frontière de l’Espace en expérimentant, pendant six mois, de nouveaux avions comme l’A3J Vigilante. Il sort premier de sa promotion qui comprend aussi les futurs astronautes Schirra et Conrad. Son affectation à la Division des tests électroniques ne va pas le passionner. Aussi, lorsqu’en 1959 la Nasa communique à l’Armée de l’Air et à la Marine, le profil de l’astronaute idéal, Lovell est heureux d’être proposé par sa hiérarchie. Il répond présent à la convocation pour subir les tests en vue du recrutement des premiers astronautes du programme Mercury. Malheureusement, un taux trop important de bilirubine détecté dans la bile de son foie, l’empêche d’être retenu. Il retourne à Patuxent, profondément déçu et décidé à traquer son anomalie physiologique. Il subit des tests prouvant que son excès de bilirubine n’est pas une barrière pour devenir, la prochaine fois, un pilote de l’Espace. Un médecin le rassure : " Vous n’êtes absolument pas malade, c’est comme si vous aviez six doigts à un pied ".

A la suite d’une réorganisation des services en 1960, Lovell se trouve dans la Division des essais d’armement. En tant que Directeur du programme F4H Phantom, il met au point cet avion qui incorpore pour la première fois l’armement et l’électronique, puis il forme les pilotes au maniement du nouvel appareil. Sa tâche terminée, il est envoyé à la base aéronavale d’Oceana où il devient instructeur de vol et ingénieur de sécurité, après avoir obtenu en 1961, son diplôme à l’Université de Californie du Sud. Puis, il reçoit l’appel de l’Espace qu’il attendait. En lisant une revue aérospatiale en 1962, il apprend que la Nasa recherche de nouveaux astronautes. Il demande un dossier de candidature qu’il retourne, complété. Trois ans après le premier recrutement, il espère que l’agence spatiale sera moins sévère quant aux critères médicaux de sélection. Elle va l’être.

En septembre 1962, Lovell rentre dans la 2ème équipe des neuf astronautes, à l’âge de 34 ans. Il est gai et amical. Il aime le ski nautique et la natation, le handball et le tennis, les voitures de sport et la chasse. Son chanteur préféré est Trini Lopez.

 Il est tout d’abord nommé en juillet 1964, doublure du premier piéton américain de l’Espace, White, pour le vol Gemini 4 puis, un an après exactement, il est désigné co-pilote de Gemini 7, la mission la plus longue du programme. A la suite de l’échec de la mise en orbite de l’étage-fusée Agena auquel devait s’amarrer Gemini 6, la Nasa décide que Gemini 7 serve de cible de rendez-vous à Gemini 6, lancée après Gemini 7.

Du 4 au 18 décembre 1965, Lovell réalise son 1er vol record de 13 j 18 h 35 à bord de Gemini 7 (3,65 tonnes/5,74 mètres) autour de la Terre, avec Borman. Durant la montée, la puissance des moteurs du lanceur Titan II est moins forte que prévue et le vaisseau est injecté sur une orbite qui va devoir être relevée par les propulseurs de manœuvre de la cabine. Pendant 15 mn et entre 20 et 45 m, la capsule navigue de conserve avec le deuxième étage de la fusée qui bascule, en rejetant l’excédent de son propergol. Les astronautes débutent ensuite leurs expériences médicales et photographient la Terre et les étoiles. Cinq jours après, les deux hommes éprouvent une certaine gêne à porter leur combinaison spatiale. Le directeur de vol leur donne alors la permission de la retirer, à tour de rôle.

Lovell et Borman n’arrivent pas de suite à se mettre d’accord sur le programme de déshabillage. Finalement, c’est Lovell qui commence. Mais en restant deux jours en caleçon long, il attrape un rhume qui se manifeste par de sonores éternuements et une voix enrouée.
Un matin, le froid dans la Gemini les sort du sommeil. La température a baissé de 20°. Ils remarquent que le système de climatisation ne marche pas correctement parce que le vaisseau pivote deux fois par minute sur lui-même. L’appareil qui aspire la vapeur émanant de la respiration des astronautes, s’est bouché et il propulse à l’extérieur des gaz responsables du mouvement de la cabine. L’allumage des moteurs-fusées va diminuer cette rotation.
Lors d’un survol de la région de Houston, Lovell s’écrie à l’intention d’un contrôleur : " Dites aux gosses de Conrad de descendre de mon toit ! ".

Puis le 15 décembre, Lovell et Borman voient s’approcher Gemini 6 avec Schirra et Stafford à bord. Les deux capsules volent en formation pendant 5 h 18, jusqu’à 30 cm l’une de l’autre. Le premier rendez-vous spatial se déroule et une autre première est enregistrée avec la présence de quatre astronautes en même temps dans l’Espace. Ils répètent la rencontre de l’étage de remontée du module lunaire avec la cabine Apollo en orbite autour de la Lune.
Puis, Gemini 6 retourne sur Terre tandis que Gemini 7 poursuit ses révolutions. Les deux piles à combustibles qui alimentent en électricité et en eau le vaisseau, occasionnent des ennuis et on pense raccourcir le vol d’un jour, avec un amerrissage de nuit. Les deux hommes constatent qu’une seule cellule, sur les trois embarquées dans chaque pile, ne fonctionne pas. Ce n’est donc pas dramatique. De retour, Lovell et Borman marchent avec difficulté sur le pont du porte-avions, après leur immobilisation quatorze jours durant, dans leur étroite capsule. Et ils ne s’évanouissent pas comme le craignaient les médecins. Désormais, la Nasa est sûre que les missions Apollo de longue durée sont réalisables.

En janvier 1966, Lovell est désigné comme doublure de Young, le commandant de Gemini 10. Compte tenu de la rotation des équipages, il sait qu’il ne revolera pas sur Gemini 13, car le programme s’arrête avec Gemini 12. Mais le 28 février, un accident mortel intervient. Les astronautes de Gemini 9, See et Bassett, se tuent à bord de leur avion T-38. L’équipage de remplacement devient l’équipage principal et Lovell est alors nommé doublure de Stafford, nouveau commandant de Gemini 9. Ce malheur va donc lui permettre de voler une seconde fois sur Gemini 12, après son affectation en juin 1966.

Du 11 au 15 novembre 1966, Lovell effectue sa 2ème mission de 3 j 22 h 34 à bord de Gemini 12 (3,65 tonnes) autour de la Terre, en compagnie d’Aldrin. Dès la mise en orbite, les astronautes s’aperçoivent du mauvais fonctionnement du radar de bord chargé de détecter l’étage-fusée Agena. Grâce aux compétences d’Aldrin qui va entrer dans l’ordinateur, les données recueillies avec le sextant qu’il utilise, Lovell va repérer à vue, puis s’approcher et accoster la cible Agena. Il se détache d’elle ensuite pour procéder à un second amarrage qui va être mal verrouillé. La séparation ne peut intervenir qu’en mettant à feu les moteurs de la Gemini, ce qui va secouer les deux véhicules.
Quelques minutes après, Aldrin réalise, sans aucun problème, le troisième accostage, toujours dans le but de mettre au point les procédures d’accrochage entre l’étage de remontée du module lunaire et la cabine Apollo en orbite autour de la Lune. Mais les responsables de la Nasa informent Lovell qu’ils renoncent au réallumage de l’étage-fusée Agena, pour propulser l’attelage Agena-Gemini à une altitude de 760 km. Lors de son lancement, une perte de poussée de 6 % et une baisse de la vitesse de la turbine du moteur ont été constatées et l’on craint une explosion, lors de sa remise en marche.

Aldrin va alors effectuer en orbite basse, ses trois sorties d’une durée totale record de 5 h 30, qu’il devait faire en orbite haute. La 1ère et la 3ème consistent en l’exposition de son buste et, dans cette position, il prend des photos de la Terre et des étoiles. C’est au cours de la 2ème sortie qu’il démontre avec brio que l’homme peut travailler sans fatigue, à condition de disposer de points d’appui, comme des mains courantes. Il va notamment fixer une extrémité d’un câble sur Agena et l’autre sur Gemini. Avant de réintégrer la cabine, Aldrin essuie les vitres de la capsule. Lovell lui demande alors : " Peux-tu vérifier le niveau d’huile aussi ? ". 

Après la séparation des deux engins, il est difficile à Lovell de tendre le filin entre eux, pour mettre en rotation les véhicules, afin de créer une pesanteur artificielle. La mise à feu des moteurs de la cabine entraîne un roulis que Lovell a du mal à neutraliser, durant les quatre heures que dure l’opération. Certains de ces propulseurs de manœuvre vont, en effet, donner du souci aux astronautes. Ils vont, soit tomber en panne, soit produire une trop faible poussée. Les deux hommes n’ont pas plus de chance avec les deux piles à combustibles qui fournissent l’électricité et l’eau. Ils sont souvent réveillés pour déconnecter des éléments défectueux ou pour abaisser la pression d’oxygène, en raison d’une perte de puissance d’énergie. Ils doivent aussi, soit mastiquer avec difficulté les aliments qui ne peuvent pas être hydratés complètement, l’eau des piles arrivant péniblement dans la cabine, soit purger l’excédent du liquide qui risque de noyer les piles, empêchant l’approvisionnement en électricité.

Au moment de la rentrée où l’accélération est la plus importante, une poche contenant des manuels et des pièces, se détache de la paroi de la cabine. Par réflexe, Lovell serre ses genoux et empêche la lourde poche de passer entre ses jambes pour atterrir sur la commande des sièges éjectables, située à ses pieds. A l’altitude où se trouvait la Gemini, les chances de survie lors d’une éjection auraient été nulles. A l’issue de sa deuxième mission, Lovell devient le recordman de la durée de vol dans l’Espace.

En décembre 1966, Lovell est désigné comme doublure de Collins, pilote de la cabine Apollo, membre de l’équipage d’Apollo 3 commandé par Borman, chargé d’essayer le premier module lunaire autour de la Terre. A la suite d’un changement dans la numérotation des vols qui prend en compte les vols inhabités, Lovell se retrouve à nouveau en décembre 1967, doublure de Collins, le pilote de la cabine Apollo de la mission Apollo 9, pour le futur test du 2° module lunaire piloté par Borman et Anders, sur une orbite terrestre à l’apogée de 6.500 km. La Nasa va ensuite constater que le 1° module lunaire qui doit être essayé en orbite terrestre basse lors du vol Apollo 8 dirigé par McDivitt, ne sera pas prêt pour la fin de l’année 1968. En juillet 1968, Collins quitte l’équipage pour se faire opérer d’une excroissance osseuse et Lovell le remplace, rejoignant Borman, son compagnon de Gemini 7.

Puis, la C.I.A. va avertir la Nasa d’un possible survol lunaire effectué par les cosmonautes soviétiques avant le début de 1969. En août 1968, Low, le Directeur du programme Apollo à Houston, propose alors d’utiliser le créneau de lancement de décembre 1968 pour mettre la cabine Apollo 8 autour de la Lune, si le premier vol Apollo 7 en octobre sur orbite terrestre, est un succès. Slayton, le Directeur des équipages, ne veut pas affecter l’équipage de McDivitt sur cette mission, car il s’entraîne depuis de nombreux mois aux manoeuvres avec le 1° module lunaire, à la différence de celui de Borman que Slayton retient pour ce vol audacieux. Lovell accueille avec enthousiasme ce changement qui lui donne le rôle principal : la mise en orbite lunaire et la désatellisation.

Les trois hommes vont alors se passionner pour cette mission historique dont ils doivent être les héros, si les Soviétiques ne les devancent pas. Car en septembre 1968, ces derniers réalisent avec Zond 5 (Soyouz inhabité) un exploit remarquable : le premier aller-retour Terre-Lune, avec survol du satellite. En octobre 1968, Soyouz 3 avec Beregovoï teste le vaisseau modifié en orbite terrestre et un second survol lunaire par Zond 6 intervient en novembre 1968. Une autre fenêtre de lancement depuis Baïkonour s’ouvre le 6 décembre 1968, 15 jours avant le départ d’Apollo 8, mais les Soviétiques ne l’utilisent pas pour envoyer un équipage vers la Lune (On va apprendre plus tard qu'il était prévu de lancer un autre Zond inhabité, si Zond 6 ne s'était pas écrasé à son retour sur Terre. Le survol lunaire par des cosmonautes était alors envisagé pour février-mars 1969).

Du 21 au 27 décembre 1968, Lovell réalise sa 3° mission, à bord d'Apollo 8 (28,83 tonnes/11,14 mètres), pour le premier vol humain vers la Lune d’une durée de 6 j 3 h, avec un séjour de 20 h 10 en orbite lunaire, en compagnie de Borman et d’Anders. Depuis l’orbite terrestre, le réallumage du moteur du 3° étage de la fusée Saturn V projette les astronautes dans un monde où personne n’est entré avant eux. Lovell observe la Terre qui s’éloigne et il signale au Centre de contrôle : "Je regarde par le hublot central et ce hublot est plus grand que la Terre".

Puis, le 24 décembre, les astronautes offrent à l’humanité un merveilleux cadeau de Noël. Lovell met en marche pendant " les quatre minutes les plus longues de sa vie " le moteur SPS d’Apollo, afin de placer le vaisseau en orbite lunaire. Il informe le Centre de contrôle du résultat : " S’il vous plaît, soyez informé que le Père Noël existe bien. La combustion a été bonne ".

Mais les astronautes vont mal dormir, car ils ont soit trop froid, soit trop chaud et ils sont dérangés par le bruit du fonctionnement des appareils de bord. La grande fatigue des trois astronautes ne les empêche pas de réaliser la presque totalité de leur programme : photographie de la surface lunaire, relevé topographique des futurs sites d’atterrissage, repérage des positions géographiques où doit s’amorcer la descente des modules lunaires, mesure du champ de gravité susceptible de modifier la trajectoire des vaisseaux.
Pour le retour, Lovell met de nouveau à feu le moteur principal d’Apollo pour quitter l’orbite lunaire. A l'amerrissage, la cabine va heurter violemment la surface du Pacifique et se retourner la tête en bas, malmenée par des vagues et des creux d’1,50 m, avant d’être redressée par des ballons fixés sur le nez de la capsule. Les astronautes attendent pendant 90 mn le lever du jour, afin que les hommes-grenouilles puissent les sortir de la cabine.

Après sa 3ème mission, Lovell reste toujours le recordman de la durée de vol dans l’Espace et il va se confier " Pendant le vol, je ne cessais de penser à Jules Verne. Lorsque j’étais enfant, ses livres me fascinaient. Je n’aurais, alors, jamais cru qu’il me serait donné, un jour, de vivre l’une de ses histoires. Son livre " De la Terre à la Lune " a de troublants parallèles avec notre vol Apollo 8. Son véhicule spatial avait un équipage de trois hommes. Le lancement avait lieu en décembre, depuis la Floride. Et lorsqu’il revint sur Terre, il amerrit dans le Pacifique. J’aurais voulu, pour ma part, donner officiellement à notre gigantesque fusée le nom de Columbiad choisi par Jules Verne pour le gros canon qui avait envoyé ses explorateurs vers la Lune ".

En janvier 1969, Lovell est nommé comme doublure d’Armstrong, le commandant du vol historique d’Apollo 11. Il doit donc, logiquement, prendre ensuite le commandement d’Apollo 14, mais la réintégration de Shepard dans le Corps des Astronautes va modifier ces prévisions. En juin 1969, Slayton propose Shepard sur Apollo 13. Cependant, au quartier général de la Nasa, on estime qu’il ne sera pas assez entraîné au moment du vol. En août 1969, Slayton demande alors à Lovell, s’il veut être affecté sur Apollo 13 et céder sa place à Shepard sur Apollo 14. Il accepte, car il va arriver sur la Lune plus tôt que prévu. L'avenir en décidera autrement.

Du 11 au 17 avril 1970, Lovell effectue sa 4ème et dernière mission de 5 j 22 h 54 à bord d’Apollo 13 (43,92 tonnes/18,12 mètres), en compagnie de Haise et de Swigert, pour un survol lunaire consécutif à l'annulation de l'atterrissage sur la Lune. Il devient le 1er astronaute à réaliser un 4° vol et le 1er à voler deux fois vers notre satellite, mais c’est une maigre consolation pour Lovell qui avait " envisagé cette mission comme le couronnement de sa carrière ". Le vol débute sous de mauvais auspices. Lors du lancement, le moteur central du 2° étage de Saturn V s’éteint trop tôt, mais les quatre autres moteurs corrigent en partie la perte de poussée qui redevient normale grâce au fonctionnement prolongé du 3° étage.

Deux jours et huit heures après le lancement, alors que le vaisseau se trouve à 320 000 km de la Terre, le réservoir d’oxygène n° 2 explose et le gaz s’échappe du module de service.

Le réservoir n°1 est endommagé et ne peut fournir à la cabine Apollo que 80 minutes d’oxygène et de courant électrique par les trois piles à combustibles qui vont cesser de marcher, l’une après l’autre. Lovell et ses deux compagnons engagent alors une course poursuite pour réactiver le module lunaire qui va assurer la survie de l’équipage par l’apport de son oxygène, de son électricité, de son eau, de son système de navigation et de ses divers moteurs. Mais ses ressources sont limitées à 1 j 16 h et il faut que les trois hommes survivent pendant 3 j 14 h avant leur retour sur Terre.

Alors, les spécialistes du vaisseau et les astronautes dans les simulateurs, vont trouver des solutions d’économie que Lovell, Haise et Swigert mettent en pratique, avec courage et habileté. Ainsi, la consommation électrique des batteries du module lunaire va être réduite, l’eau rationnée et l’air à peine respirable. Lorsqu’il devient trop chargé d’oxyde de carbone et pour l’absorber, les trois hommes se servent de cartouches d’hydroxyde de lithium des scaphandres lunaires ou du purificateur d’air fabriqué avec les moyens du bord. Trop préoccupés, les astronautes dorment peu ou mal, ont extrêmement froid, vivent dans la pénombre et dans de mauvaises conditions d'hygiène, ne mangent pas beaucoup.

Lovell va perdre 6,3 kg. Dans le garde-manger de la cabine Apollo, certains produits alimentaires sont gelés, comme le hot-dog dont Lovell se sert pour taper sur la cloison du vaisseau, en disant : "Le son est appétissant !". Mais à chacun des quatre allumages du moteur de descente du module lunaire, les trois hommes savent qu’ils sont sur une trajectoire de retour rapide et de plus en plus précise vers leur chère planète Terre qui attend, avec impatience, l'arrivée de ses enfants en danger. Quatre heures avant la rentrée, le module de service, en partie déchiqueté, se détache. Puis, une heure avant, les sources autonomes d’électricité et d’oxygène de la cabine Apollo sont mises sous tension, avant la séparation d’avec le module lunaire que les trois hommes regardent, avec reconnaissance, s’éloigner. La cabine amerrit avec précision et avec deux records malgré tout. Celui de Lovell, pour la durée des vols cumulés et celui d’Apollo 13, la seule parmi les neuf missions lunaires, à être allée aussi loin : 400.086 km, en raison de la trajectoire particulière de survol lunaire. Interrogé sur la leçon et le titre de gloire d’Apollo 13 qui a réussi son sauvetage, Lovell répond avec modestie : " Vous pouvez le faire, si vous devez le faire ".

Slayton envisage de suite de lui donner une autre occasion de se poser sur la Lune. Il veut le désigner comme doublure de Young d’Apollo 16, puis commandant d’Apollo 19. Mais, pour ménager sa famille angoissée par son dernier vol, Lovell a déjà pris la décision de ne plus repartir dans l’Espace (Apollo 19 sera annulé en septembre 1970). En mai 1971, il est nommé Directeur-adjoint de la Science et des Applications au Centre Johnson, chargé des tâches scientifiques du programme Apollo. Il obtient la même année, un diplôme de management à l’Ecole de commerce d’Harward.

C’est en mars 1973, que Lovell quitte la Nasa pour rejoindre la Bay-Houston Towing Compagny dont il devient Président, deux ans après. En janvier 1977, il prend la présidence de la Fisk Telephone Systems Inc. de Houston, spécialisée dans les équipements de communications. Lovell se rend en France à deux occasions. La première fois en juin 1976 à Sainte-Mère-Eglise, accompagné de ses collègues Cernan, Evans et Carr pour la commémoration du 32° anniversaire du débarquement en Normandie. La seconde fois en juin 1978 à Lyon avec d’anciens astronautes et des cosmonautes pour participer au Congrès Espace et Civilisation organisé par Albert Ducrocq, le Président du Cosmos Club de France.
En janvier 1981, Lovell est Vice-président de Centel Business Communications Systems jusqu’en 1993. Il crée alors la société Lovell Communications. Il va aussi coordonner les expériences des étudiants, embarquées dans les navettes spatiales et devenir Consultant au Conseil de la Présidence des Etats-Unis, pour les Sports et l’Education Physique. En 1999, il ouvre un restaurant familial, le Lovell’s of Lake Forest, décoré de souvenirs spatiaux et où son fils est Chef-cuisinier. Il va également faire partager son expérience d’astronaute et d’homme d’affaires, en tenant des conférences dans les collèges et les universités, pour inciter les jeunes à faire carrière dans le spatial.


Le 11° astronaute, Frank Borman,
est né le 14 mars 1928 à Gary (Terre). Enfant, il est de faible constitution, d’une santé fragile et il est opéré à deux reprises, alors qu’il n’a pas cinq ans. Les médecins conseillent à ses parents de partir dans une région plus clémente. La famille quitte alors l’Indiana pour s’installer à Tucson dans l’Arizona où le climat chaud des paysages de western, fortifie le corps du jeune Frank.
A quinze ans, il se découvre une passion pour les avions et quatre années plus tard, il s’engage dans l’Armée de l’Air. Il entre à la célèbre Académie militaire de West Point qu’il quitte en 1950, avec sa licence en sciences. Borman suit une formation de pilote de chasse à la base aérienne Williams, puis demande son affectation aux Philippines jusqu’en 1953. Il choisit comme spécialité le bombardement en piqué, mais au cours d’un vol d’entraînement, il a une rupture de tympan qui va le clouer au sol pendant plusieurs mois. Il sert ensuite dans différentes unités aériennes, comme pilote et instructeur.
En 1957, il obtient une maîtrise en aéronautique décernée par l’Institut de Technologie de Californie et il retourne à l’Académie militaire où il enseigne pendant trois ans, la thermodynamique et la mécanique des fluides. Une grosseur à l’intestin décelée lors d’un examen médical, pour le recrutement en 1959 des premiers astronautes, empêche Borman de rentrer à la Nasa, mais un traitement va faire disparaître cette excroissance avant sa future sélection.
Après avoir été professeur à West Point, il devient en 1960, élève à l’Experimental Test Pilot School d’Edwards où Stafford, un futur astronaute, lui apprend le métier de pilote d’essai. L’année d’après, sur la suggestion de Borman, le Centre est rebaptisé The Aerospace Research Pilot School, puisque les techniques spatiales sont maintenant au programme. Il devient instructeur dans cette école jusqu’à son admission à la Nasa et il fait la connaissance de Collins et de Scott qui vont être recrutés en 1963, comme astronaute.
 
En septembre 1962, Borman rentre dans la 2° équipe des neuf astronautes, à l’âge de 34 ans. Il est connu pour sa prudence et sa discipline, son sérieux et sa courtoisie. Il aime les vieux tacots, la chasse et le ski nautique.

Pour le premier vol Gemini, il est nommé en février 1964, doublure de Stafford, tandis que son commandant Grissom est désigné doublure de Shepard. Ce dernier est exclu des équipes de vol un mois après, à cause d’un syndrome dans son oreille interne. Slayton, le Directeur des équipages, décide alors d’affecter l’équipage de substitution sur la première Gemini, mais Grissom ne veut pas continuer à faire équipe avec Borman qui est remplacé par Young. Trois mois plus tard, Borman est choisi comme doublure de McDivitt pour la mission Gemini 4 et, en juillet 1965, il devient commandant de Gemini 7 pour le vol le plus long du programme.
Auparavant doit être mis en orbite Gemini 6 qui doit s’amarrer à un étage-fusée Agena, mais la fusée Atlas-Agena explose lors du lancement. Pour ne pas prendre de retard, la Nasa décide alors d’un rendez-vous entre les deux vaisseaux habités. Certains ingénieurs suggèrent en plus que Gemini 6, lancé en second, s’amarre à Gemini 7 équipé d’un cône escamotable à l’arrière qu’on peut construire rapidement, mais Borman refuse, jugeant cette opération trop risquée.

Du 4 au 18 décembre 1965, Borman effectue sa 1ère mission record de 13 j 18 h 35 à bord de Gemini 7 (3,65 tonnes/5,74 mètres) autour de la Terre, en compagnie de Lovell. Pendant l'ascension, la poussée de leur fusée Titan II est légèrement inférieure aux prévisions et place la Gemini sur une orbite dont l’apogée va devoir être relevé grâce aux moteurs du vaisseau. Durant quinze minutes, la cabine vole en formation entre 20 et 45 m, avec le 2° étage du lanceur qui culbute, en crachant le reste de son carburant. Les astronautes commencent ensuite leurs expériences médicales et prennent des photos de la Terre et des étoiles. 
Borman déclare : " Je me sens comme si j’étais né ici ". Cinq jours après, les deux hommes ne supportent plus le port de leur combinaison. Le directeur de vol leur donne alors l’autorisation de l’enlever à tour de rôle, pour des raisons de sécurité. Un matin, le froid dans la capsule les réveille. La température a baissé de 20°. Ils constatent que le système de climatisation ne fonctionne pas normalement parce que la Gemini tourne deux fois par minute sur elle-même. Le dispositif qui absorbe la condensation provenant de la respiration des astronautes, est engorgé et il éjecte des jets de vapeur à l’origine de cette rotation rapide. La mise en marche des moteurs-fusées ralentit ce mouvement.
Puis le 15 décembre, les deux hommes voient arriver Gemini 6 avec Stafford et Schirra qui signale : " Il y a beaucoup de circulation ici ". " Faut appeler un agent " lui répond Borman. Les deux vaisseaux naviguent de conserve pendant 5 h 18, s’approchant jusqu’à 30 cm. Le premier rendez-vous spatial a lieu et, pour la première fois, quatre astronautes se trouvent en même temps dans l’Espace.
Ils simulent la rencontre de l’étage de remontée du module lunaire avec la cabine Apollo en orbite autour de la Lune. Gemini 6 revient sur Terre et Gemini 7 continue sa ronde.
Les deux piles à combustibles qui fournissent de l’électricité et de l’eau, causent des ennuis et on envisage que la mission soit écourtée d’un jour, avec un amerrissage de nuit. Borman et Lovell remarquent qu’une seule cellule sur les trois contenues dans chaque pile, ne marche pas. Ce n’est pas inquiétant et le vol peut continuer et se terminer comme prévu. A leur arrivée sur le porte-avions, les deux hommes ont la démarche hésitante après être restés assis quatorze jours. La Nasa a maintenant l’assurance que les vols Apollo de longue durée sont possibles.
 
En septembre 1966, Borman est nommé doublure du commandant de bord Schirra pour le vol Apollo 2 qui doit tester en orbite terrestre, la cabine. Deux mois après, la Nasa décide d’annuler cette mission qui est une répétition du vol Apollo 1. En décembre 1966, Borman est désigné commandant d’Apollo 3, chargé d’essayer le premier module lunaire autour de la Terre. Mais le 27 janvier 1967, Grissom, White et Chaffee périssent dans l’incendie de leur vaisseau Apollo 1, à Cap Kennedy. Borman est alors choisi comme le représentant des astronautes dans la Commission d’enquête. Lorsqu’il pénètre dans la cabine noircie, sa "confiance en Apollo est durement ébranlée". Sa participation sans complaisance à l’investigation, va être très appréciée par les membres du Congrès américain à qui un rapport est remis sur les causes du drame. 
Il est nommé ensuite à la tête de l’équipe chargée de revoir la conception intérieure de la cabine. Borman, à la " main de fer dans un gant de velours ", obtient toutes les modifications pour que la sécurité des astronautes soit pleinement assurée, notamment la suppression d’une atmosphère entièrement composée d’oxygène pur et l’ouverture des écoutilles en sept secondes au lieu des quatre-vingt dix secondes. Puis un jour, il annonce : " Assez ! Le travail est terminé maintenant. Il est temps de voler ! ". Apollo vient de renaître.

Borman est désigné en décembre 1967, commandant du vol Apollo 9 pour piloter le 2° module lunaire sur une orbite terrestre à l’apogée de 6.500 km. Il informe Slayton qu’il s’agira de sa dernière mission, car il veut profiter de sa famille dont il a été trop souvent éloigné. La Nasa va ensuite se rendre compte que le 1° module lunaire qui doit être essayé en orbite terrestre basse lors du vol Apollo 8 commandé par McDivitt, ne sera pas prêt pour la fin de l’année 1968.
Puis, les services secrets vont informer la Nasa d’un possible survol lunaire de cosmonautes soviétiques avant le début de 1969. En août 1968, Low, le Directeur du programme Apollo à Houston, propose alors d’utiliser le créneau de lancement de décembre 1968 pour mettre en orbite lunaire la cabine Apollo 8, si le premier vol Apollo 7 en octobre sur orbite terrestre, est un succès.
 
Slayton ne veut pas affecter l’équipage de McDivitt sur cette mission, car il s’exerce depuis de nombreux mois aux manoeuvres avec le 1° module lunaire, contrairement à celui de Borman que Slayton retient pour ce vol lunaire. Mais Kraft, le Directeur des vols, s'aperçoit que Borman est déconcerté par cette affectation parce que la préparation de cette expédition doit durer seulement quatre mois et qu’il s’est entraîné pour une mission différente. Avant d’accepter, il s'entretient avec ses coéquipiers, Lovell et Anders. Après la " réunion la plus importante de sa vie ", il donne sa réponse : " On est partant ". Les trois hommes vont alors se passionner pour ce vol historique et audacieux dont ils doivent être les héros, si les Soviétiques ne les devancent pas.

Car en septembre 1968, ces derniers réalisent avec Zond 5 (Soyouz inhabité) un exploit remarquable : le premier aller-retour Terre-Lune, avec survol du satellite. En octobre 1968, Soyouz 3 avec Beregovoï teste le vaisseau modifié en orbite terrestre et un second survol lunaire par Zond 6 intervient en novembre 1968. Une autre fenêtre de lancement depuis Baïkonour s’ouvre le 6 décembre 1968, 15 jours avant le départ d’Apollo 8, mais les Soviétiques ne l’utilisent pas pour envoyer un équipage vers la Lune (On va apprendre plus tard qu'il était prévu de lancer un autre Zond inhabité, si Zond 6 ne s'était pas écrasé à son retour sur Terre. Le survol lunaire par des cosmonautes était alors envisagé pour février-mars 1969).

Du 21 au 27 décembre 1968, Borman réalise sa 2° et dernière mission, à bord d'Apollo 8 (28,83 tonnes/11,14 mètres), pour le premier vol humain vers la Lune d’une durée de 6 j 3 h, avec un séjour de 20 h 10 sur orbite lunaire, en compagnie d'Anders et de Lovell, à nouveau. Depuis l’orbite terrestre, le réallumage du moteur du 3° étage de la fusée Saturn V propulse les astronautes dans un univers où personne n’a pénétré avant eux. 
Par un hublot de la cabine, Borman regarde la Terre s’éloigner et il appelle le Centre de contrôle : " Dites aux habitants de la Terre de Feu (Argentine et Chili) de mettre leur imperméable. On dirait qu’une tempête se prépare ". " Voulez-vous leur donner des prévisions pour les vingt-quatre heures à venir ? " demande le Centre. " Pourquoi pas ? Elles ne seront pas plus mauvaises que celles de nos météorologistes " répond Borman. Le lendemain, Borman a des nausées, des maux de tête, des frissons, de la fièvre et une gastro-entérite attrapée sans doute à Cap Kennedy où sévit une épidémie. Il n’arrive pas à trouver le sommeil et n’a pas faim. Les médicaments vont faire disparaître ces troubles, au bout d'une journée.
Puis, le 24 décembre, les astronautes offrent à l’humanité un magnifique cadeau de Noël. Le moteur SPS place Apollo en orbite lunaire. Lovell s’exclame " On a gagné ! " tandis qu’Anders rajoute " En plein dans le mille ! ".
Quant à Borman, il annonce : " Espérons que ça se rallumera demain pour retourner au bercail ". En observant la Lune, il a " le sentiment d’entrer dans le monde de la science-fiction, un monde étrangement éclairé, un monde d’une beauté impressionnante et solitaire ".  
En regardant la Terre à 378.504 km, il lui est " difficile de croire que cette petite boule peut contenir tant de problèmes et tant de frustrations ".
Les astronautes vont mal dormir, car ils ont soit trop froid, soit trop chaud, sans compter le bruit causé par le fonctionnement des appareils de bord. La grande fatigue des trois hommes ne les empêche pas de réaliser la presque totalité de leur programme : photographie de la surface lunaire, relevé topographique des futurs sites d’atterrissage, repérage des positions géographiques où doit s’amorcer la descente des modules lunaires, mesure du champ de gravité susceptible de modifier la trajectoire des vaisseaux.
 
Sur le chemin du retour, un contrôleur zélé demande à un équipage exténué, de manœuvrer Apollo pendant trente minutes vers le nord. Borman lui répond : " Ok ! Vous savez ce que j’en pense. Si vous voulez jouer avec nous pendant trente minutes, nous jouerons avec vous ". A l'amerrissage, la cabine Apollo heurte violemment la surface du Pacifique et se retourne la tête en bas, malmenée par des vagues et des creux d’1,50 m. Des jets d’eau jaillissent par l’ouverture d’égalisation de la pression et arrosent Borman. Il appuie sur le bouton pour gonfler les ballons fixés sur le nez de la capsule qui se redresse lentement, mais les astronautes attendent pendant 90 mn le lever du jour, afin que les hommes-grenouilles puissent les sortir de la cabine. Borman va alors déclarer pour résumer la mission : " On a eu du pot ! ". Après son vol, il est invité dans de nombreux pays et il se rend à Paris.
En janvier 1969, Borman quitte le Corps des Astronautes et le mois suivant, il est nommé Adjoint de Slayton, le Directeur des Equipages, puis en mai 1969, il est désigné Directeur des services spécialisés dans l’étude des stations orbitales. A l’invitation de l’ambassadeur soviétique à Washington, Borman est le premier astronaute à se rendre à Moscou pendant les dix premiers jours de juillet 1969. L'homme qui a vu la Lune de près, est accueilli chaleureusement. Il fait la connaissance de quelques cosmonautes qui se font un plaisir de lui montrer les installations du Centre d’entraînement de la Cité des Etoiles.

De retour aux Etats-Unis pour assister au départ du vol historique d’Apollo 11 le 16 juillet, il apprend que la sonde lunaire soviétique Luna 15 a décollé de Baïkonour le 13 juillet. La Nasa s’inquiète sur les possibles interférences avec le vaisseau Apollo 11. Borman téléphone alors au Professeur Keldysh, président de l’Académie des sciences qu’il a rencontré. Il tombe sur son adjoint qui lui promet de contacter le Professeur. Rapidement, Borman va recevoir un télégramme de Keldysh sur lequel figurent tous les paramètres de vol de Luna 15 qui rassurent l'agence spatiale (Après sa mise en orbite lunaire, la sonde soviétique va s’écraser le 21 juillet sur la Lune, le lendemain de l’arrivée d’Armstrong et d’Aldrin. Elle était chargée de ramener des échantillons lunaires sur Terre, avant l’équipage américain).

Borman quitte la Nasa en juillet 1970, à 42 ans, pour redevenir comme en 1966 et 1968, ambassadeur spécial des Etats-Unis, chargé de négocier la libération des prisonniers de guerre américains au Vietnam, car le président Nixon a remarqué ses qualités de diplomate lors de son voyage en Union Soviétique et à l’occasion de l’épisode de Luna 15. Il va tenir, avec talent et succès, son rôle de médiateur dans des tournées en Extrême Orient et en Europe, notamment à Paris où il rencontre des Nord-Vietnamiens. 
En 1970 également, Borman obtient un diplôme en gestion de commerce avancé de la célèbre école de Harward et il entre dans la compagnie aérienne Eastern Airlines où il va occuper des postes de responsabilités qui vont l’amener à la présidence.

Il s’investit énormément pour relever la société qui n’a pas une bonne réputation et il va en faire l’une des quatre grandes compagnies aériennes américaines. Gestionnaire avisé et profondément influencé par les méthodes de travail de la Nasa, Borman va d’abord réorganiser le service des ventes et des structures, puis contribuer au renom d’Eastern en développant de nouvelles idées de management pour éponger la dette, puis créer une situation de profits. Il met fin aux tensions internes au sein de la direction, améliore la qualité du service aux passagers et mène une politique de partage des bénéfices et des risques avec le personnel. Borman s’impose comme un dirigeant énergique reconnu par les compagnies concurrentes. Il est le premier client nord-américain à signer des contrats de location-vente pour des Airbus A 300, puis des contrats d’achat pour des Airbus A 300 B qu’il met en service dans sa compagnie. Ces accords amènent Borman à se déplacer régulièrement à Toulouse et à Paris, notamment durant les années 1977 et 1978. En juin 1981, il vient au Salon de l'Aéronautique et de l'Espace du Bourget.

Une crise dans le transport aérien va entraîner des conflits sociaux, puis des pertes financières. Plus de deux cents compagnies vont alors disparaître ou être absorbées comme Eastern Airlines qui est rachetée par Texas Air dont Borman devient vice-président en juin 1986. 
En mars 1988, il se rend dans les Hautes-Pyrénées, plus particulièrement aux sanctuaires de Lourdes et près de Tarbes au siège de la société Socata qui construit, avec la Mooney Aircraft, le TBM-700. Il parraine ce nouvel avion d'affaires avec Muriel Hermine, la championne olympique de natation synchronisée.

En 1988, Borman quitte la Texas Air pour être nommé Président de Patlex Corporation, une entreprise de fabrication de composants électroniques et de systèmes laser. Borman est également membre du conseil d’administration de nombreuses sociétés : National Bank, King Resources Co., Home Depot, National Geographic, Outboard Marine Corporation, Auto Finance Group, Thermo Instrument Systems et American Superconductor.


Le 19° astronaute, Edwin (Buzz) E. Aldrin Jr,
est né le 20 janvier 1930 à Montclair (Terre), sous le signe de la Lune. Le nom de jeune fille de sa mère est « Moon » et son père a eu comme professeur de physique « Moon Man », surnom donné à Goddard, le pionnier des fusées qui a imaginé l’envoi d’une charge de poudre sur notre satellite. Et plus tard, le père donne des cours d’aéronautique à Grumman, le fondateur de la société constructrice du module lunaire de son fils.

Le seul garçon de la famille ne garde pas longtemps ses prénoms. Ses deux sœurs aînées l’appellent tout simplement « frère », mais la plus petite prononce mal « brother ». Elle dit « buzzer » qui, par la suite, devient « Buzz ».

A l’âge de 18 mois, il effectue son premier vol à bord du monomoteur Lockheed Vega que pilote son père. Beaucoup d’autres se succèdent et il décide d’être, plus tard, aviateur. Cependant, ses parents lui font remarquer que, pour réaliser son rêve, il faut qu’il s’intéresse un peu moins au rugby. Il enregistre ce conseil et il va traverser sa scolarité toujours devant, animé par un esprit de compétition.

En 1947, Aldrin est admis à la célèbre Académie militaire de West Point où il choisit le français en langue étrangère, comme pendant ses études secondaires. Il termine la première année à la tête de sa classe dans toutes les matières, ce qui oblige son père à lui demander de freiner son ardeur pour nouer davantage de relations avec ses camarades de promotion. Il quitte West Point en 1951, troisième sur 475, avec sa licence en sciences et son diplôme d’ingénieur en aéronautique.

Aldrin a maintenant quarante jours pour se détendre et c’est en Europe qu’il passe la majeure partie de sa permission. Ses yeux « n’en finissent pas de s’émerveiller devant les richesses du vieux continent » où sont nés ses grands-parents suédois.

Après un agréable séjour, il retourne sur le sol du Nouveau Monde pour apprendre à piloter à Barstow (Floride) avant de rejoindre Bryan (Texas) afin de suivre une formation de pilote de chasse. Lorsqu’il est affecté ensuite à la base aérienne de Neillis (Californie), Aldrin n’ignore pas que son entraînement sur le chasseur-intercepteur F-86, a pour but de le préparer au combat qui se déroule en Corée. La guerre a éclaté, en juin 1950, par l’invasion des Nord-coréens dans le sud du pays soutenu par les Etats-Unis. Il part en décembre 1951 et, deux mois plus tard, il effectue la première des 66 missions au-dessus du territoire ennemi. A deux reprises, il rencontre et abat un Mig-15 dont le pilote peut s’éjecter en parachute.

Le conflit terminé, Aldrin regagne les Usa en juillet 1953. Il est envoyé à l’école des officiers de Maxwell Field (Alabama), puis dans une base du Colorado et enfin à la nouvelle Académie de l’Armée de l’Air de Colorado Springs où il enseigne. Il doit ensuite intégrer une unité de vol tactique. La meilleure se trouve à Bitburg en Allemagne de l’ouest. Il sollicite donc sa mutation pour l’Europe qu’il affectionne particulièrement.

A son arrivée en août 1956, Aldrin est nommé commandant d’une escadrille de F-100 Super Sabre, le chasseur le plus performant de l’époque. Dans le cadre de son perfectionnement, il se rend à la base aérienne de Cazaux, près de Bordeaux, pour accomplir un stage de quatre semaines. Il est contraint de l’interrompre pour partir vers Fürstenfeldbruck, à l’est de Munich. D’octobre à décembre 1956, il est en état d’alerte, car les troubles survenus dans la Hongrie, sont suivis du retour des troupes soviétiques. Il revient à Bitburg pour continuer à voler sur des F-86 et des F-100 et procéder à des exercices avec des unités de l’Otan.

Pendant ses permissions, Aldrin parcourt, avec enchantement, les pays européens. Il visite Paris et la Côte d’Azur où il se livre à la plongée sous-marine. En Allemagne, il fait la connaissance de White qui souhaite devenir astronaute et Aldrin envisage, lui aussi, cette possibilité.

En juin 1959, il retourne aux Etats-Unis avec l’intention de décrocher une maîtrise en sciences et de rentrer ensuite à l’école des pilotes d’essai d’Edwards. En décembre 1959, Aldrin réussit l’examen d’admission au prestigieux Institut de Technologie du Massachusetts (MIT), l’un des établissements mondiaux les plus renommés dans le domaine scientifique et technique.

Comme à son habitude, Aldrin est le plus brillant, mais il ne veut pas se contenter d’une maîtrise. Son objectif, c’est le doctorat qui exige cependant une année et demie d’études supplémentaires. Il sait qu’il sera alors trop âgé pour aller à Edwards. Il prend néanmoins la décision de rester au MIT, convaincu qu’il ne sera plus obligatoire d’avoir une formation de pilote d’essai pour être astronaute.

Afin de mettre tous les atouts dans son jeu, Aldrin veut soutenir une thèse qui ait un rapport avec le programme lunaire Apollo : le rendez-vous spatial entre deux engins. Pour Aldrin, il faut prévoir le cas où l’astronaute doit conduire cette opération, si le pilotage automatique tombe en panne avant l’amarrage manuel.

En avril 1962, la Nasa lance un appel pour la constitution d’un deuxième groupe d’astronautes possédant une maîtrise et le titre de pilote d’essai. Bien qu’Aldrin ne remplisse pas toutes ces conditions, il demande une dérogation. Elle est refusée. Déçu, il poursuit avec plus d’acharnement la rédaction de son rapport : « Techniques de pilotage à vue pour rendez-vous orbitaux manuels » qu’il dédie aux astronautes : « Espérant bientôt être des vôtres ! ». En décembre 1962, il passe avec succès son doctorat en sciences astronautiques devant un jury perplexe, en raison de l’originalité de sa thèse.

Muni de son diplôme, Aldrin rejoint Los Angeles pour occuper un poste dans la Division des systèmes spatiaux de l’Armée de l’Air qui met au point des instruments scientifiques embarqués sur le vaisseau Gemini. Il est heureux de continuer ensuite ce travail au Centre spatial de Houston.

En juin 1963, la bonne nouvelle, tant souhaitée par Aldrin, arrive enfin. La Nasa n’exige plus une expérience de pilote d’essai pour le recrutement de ses nouveaux astronautes. Il passe sans difficulté les tests que tous les candidats trouvent « assez enfantins et stupides ». Ainsi, après leur avoir présenté une feuille de papier blanc, on leur pose la question toujours attendue : « Que voyez-vous ? ». La plupart d’entre eux apportent alors une réponse comme : « Un éléphant blanc dans une tempête de neige ! ».

En octobre 1963, Aldrin est sélectionné à l’âge de 33 ans dans la 3ème équipe des quatorze astronautes. Doué d’une intelligence peu commune, il est sans cesse à la recherche de la perfection et sa curiosité intellectuelle n’a pas de limites. Il parle sans détour et avec une telle assurance qu’il lui arrive de présenter ses arguments avec brusquerie que ses interlocuteurs prennent, à tort, pour de l’arrogance. Ceux qui le côtoient disent de lui : « Il n’est peut-être pas du genre copain, mais c’est un ingénieur du tonnerre ! ». Aldrin est aussi un sportif accompli. Passionné par la mer, il pratique la natation, le ski nautique et la pêche sous-marine. Sur terre, c’est un adepte du trampoline, du saut à la perche, de la barre fixe et de la course à pied.

Aldrin est affecté sur le programme Gemini, l’école où la Nasa va apprendre s’il est possible de rester longtemps dans l’Espace, d’effectuer des rendez-vous et de travailler à l’extérieur d’un vaisseau. Cet apprentissage doit lui permettre de réussir l’examen d’entrée dans le programme lunaire Apollo.

S’il est un domaine dans lequel Aldrin peut apporter son concours, c’est bien dans celui de la rencontre entre deux engins spatiaux. Il demande donc son intégration dans le groupe « Rendez-vous et rentrées » qui réunit des ingénieurs et des astronautes. Il s’aperçoit rapidement que l’essentiel du travail relevant de sa spécialité, est réalisé par la section « Orbites et trajectoires ». Il fait part de cette incohérence à son chef qui n’apprécie pas la remarque. Aldrin rejoint, par conséquent, le groupe qui l’intéresse. Il apporte des idées novatrices qui bousculent les certitudes des experts, mais qui sont finalement acceptées. Ils vont le surnommer, avec ironie, « Docteur Rendez-vous ».

Aldrin veut non seulement participer à l’élaboration du planning des missions, mais il désire aussi s’envoler très vite pour l’Espace. Hélas pour lui, il n’est pas retenu dans l’équipage de Gemini 4 chargé de s’approcher du 2° étage de la fusée Titan 2, ni dans celui de Gemini 5 qui doit réaliser une rencontre avec le satellite Rep. Aldrin se rend alors dans le bureau de Slayton qui désigne les équipages. Il lui rappelle qu’il maîtrise les techniques de rendez-vous aussi bien, sinon mieux, qu’aucun autre astronaute et qu’il ne comprend pas pourquoi il n’a pas encore été choisi. Surpris par ce ton direct, Slayton lui répond qu’« il va réfléchir sur la question ».

En avril 1965, deux mois après son entretien, Aldrin constate qu’il n’a pas été nommé non plus sur Gemini 6 prévu initialement pour s’amarrer à un étage-fusée Agena.

Bien que mécontent, Aldrin continue à démontrer sa capacité d’innover. Au cours du vol Gemini 5, les astronautes sont obligés d’annuler la rencontre avec leur satellite. Il suggère alors un rendez-vous avec une cible fantôme représentée par un point bien précis dans l’Espace. Il improvise un programme transmis ensuite à l’équipage qui réussit la rencontre fictive. Puis, pour les astronautes de Gemini 6, il développe une série de graphiques dont il leur enseigne l’utilité afin qu’ils puissent réaliser une approche manuelle de l’Agena, en cas de problèmes.

Avant et après chaque sélection suivante, Aldrin espère et désespère : en juillet 1965 pour Gemini 7, en septembre 1965 pour Gemini 8, en novembre 1965 pour Gemini 9. Son amertume est aussi grande que l’est sa contribution à la réussite des missions. Il réalise que Slayton fait davantage confiance aux pilotes d’essai qui sont majoritaires dans le Corps des astronautes.

En janvier 1966, Aldrin est à moitié satisfait par sa nomination comme doublure de Collins sur Gemini 10. Puisqu’il apparaît que Slayton effectue ses calculs avec une règle de 3 pour sélectionner les équipages, une doublure ne vole, par conséquent, que trois missions plus tard. Pour Aldrin, ce serait sur Gemini 13, mais le programme se termine malheureusement avec Gemini 12. Il voit donc ses chances de partir réduites à néant dans le cadre du programme Gemini.

Le destin va donner un coup de pouce à Aldrin, de façon tragique. Le 28 février 1966, les astronautes de Gemini 9, See et Bassett, se tuent à bord de leur avion T-38. L’équipage de remplacement devient l’équipage principal et Aldrin avance alors d’un rang dans l’ordre des missions. Il est désigné doublure de Cernan sur Gemini 9, assuré ensuite de s’envoler sur Gemini 12. Enfin !

Le 3 juin 1966, Gemini 9 est mis sur orbite. Arrivés près de l’étage-fusée Atda, les astronautes ont la désagréable surprise de constater que la pièce d’amarrage est partiellement emprisonnée dans son carénage de protection. Une réunion de crise se tient en présence d’Aldrin et de Lovell, les doublures de l’équipage, Girulth et Kraft, le Directeur du centre de Houston et le Directeur des vols. Aldrin présente d’une voix ferme son plan : Cernan doit sortir dans l’Espace pour couper les attaches de la coiffe. Girulth et Kraft sont consternés par cette proposition jugée insensée. Les boulons retenant le carénage peuvent exploser lors de la manœuvre et la coiffe présente des parties anguleuses susceptibles de déchirer le scaphandre de Cernan.

Une semaine après la fin de la mission Gemini 9, Girulth demande à Slayton « si c’est une bonne idée de désigner Aldrin comme membre de l’équipage de Gemini 12 ». Slayton réussit, avec peine, à le persuader qu’il a sa place sur ce vol. Mis au courant de cette conversation, Aldrin est décidé à reconquérir la confiance de Girulth. Il utilise intensément la piscine au fond de laquelle il s’entraîne avec le fauteuil volant AMU. Mais la Nasa renonce à l’embarquer sur Gemini 12, après la sortie pénible de Cernan qui n’a pas pu se servir de cet appareil.

Déçu, Aldrin se voit confier une autre mission : revoir en profondeur le travail dans l’Espace. Devant une maquette immergée de la Gemini, Aldrin indique aux techniciens les meilleurs emplacements où il convient de placer des poignées, des barres et des marchepieds sur son vaisseau en cours de préparation. Il exige également que sa combinaison spatiale soit équipée de dispositifs d’accrochage à la cabine. Il se révèle aussi ingénieux que pour ses équations sur les rendez-vous. Il invente, par exemple, un genre de fer à repasser recouvert de velcro qu’il veut appliquer comme un aimant sur la coque de l’engin spatial.

La sortie honorable de Collins durant la mission Gemini 10 en juillet 1966, redonne espoir à l’agence spatiale. On reparle de la possibilité de faire voler l’AMU pendant le vol Gemini 12. Slayton veut alors donner une seconde chance à Cernan qui connaît le fauteuil volant mieux qu’Aldrin trop occupé par ailleurs. Mais la Nasa replonge dans le doute après la sortie épuisante de Gordon lors du vol Gemini 11 de septembre 1966. L’agence spatiale décide, par conséquent, d’abandonner définitivement l’AMU, au grand soulagement d’Aldrin.

Rien n’est encore gagné, car il redoute que ses sorties soient annulées. En effet, le jour du lancement, des taches se multiplient à la surface du soleil, responsables d’une projection d’un flux de particules vers la Terre. Heureusement, la mesure des doses de radiations ionisantes n’est pas alarmante.

Du 11 au 15 novembre 1966, Aldrin effectue sa 1ère mission de 3 j 22 h 34 mn sur Gemini 12 autour de la Terre, en compagnie du commandant de bord Lovell. La fusée Titan II d’une masse de 150 tonnes et de 27 mètres de haut, pousse le vaisseau de 3,65 tonnes et de 5,74 m dont les parois supportent une température de 300° C, lors de la traversée de l’atmosphère. Une fois en orbite, la Gemini résiste aux + 100 ° C pour ses parties orientées vers le soleil et aux – 150° C pour celles exposées à l’ombre.

Les astronautes actionnent le radar chargé de détecter l’étage-fusée Agena. Il émet des ondes dans sa direction et il reçoit l’écho renvoyé par l’Agena. Mais il est trop saccadé pour que l’ordinateur de bord soit capable de déterminer la distance de l’étage-fusée.

Cet échec est une chance inespérée pour Aldrin qui va pouvoir mettre en pratique sa théorie élaborée au MIT. Avec un sextant, il détermine l’angle entre la position de la Gemini et celle supposée de l’Agena. Puis, il consulte ses propres diagrammes et il alimente l’ordinateur avec de nouvelles données. Correctement nourri, le calculateur amène le vaisseau à proximité de l’Agena, après une course-poursuite de 120 km. C’est une éclatante revanche du « Docteur Rendez-vous » sur ses patients experts qui doutaient de l’efficacité de son remède.

Lovell procède à deux amarrages avec l’étage-fusée, puis c’est au tour d’Aldrin d’accomplir la troisième et dernière jonction, simulant l’accrochage entre l’étage de remontée du module lunaire et la cabine Apollo autour de la Lune. Malheureusement, le moteur de l’Agena est défectueux et il n’est pas ré-allumé pour propulser l’attelage Agena-Gemini à une altitude de 760 km d’où Aldrin devait effectuer ses trois sorties qui se déroulent donc en orbite basse.

Au cours de la première de 2 h 39 mn, le corps à moitié au-dehors, Aldrin photographie des champs d’étoiles. Cependant, pour une visée précise, Lovell éprouve des difficultés à orienter les deux véhicules soudés, car l’étage-fusée est rempli du propergol qui n’a pas pu être consommé. Aldrin prend ensuite des photos de l’Afrique pour un programme d’action humanitaire. Il prépare aussi son escapade du lendemain, en installant une caméra et en rajoutant des mains-courantes et une rampe de 2 mètres entre la Gemini et le cône d’amarrage de l’Agena.

Aldrin commence la 2ème sortie de 2 h 08 mn en sortant de la cabine, harnaché comme un alpiniste qui s’apprête à escalader une paroi rocheuse. Il porte à sa ceinture une sangle qu’il accroche sur la rampe le long de laquelle il progresse grâce à ses gants revêtus de velcro, tandis que ses bottes se posent sur des marchepieds. Arrivé près du cône d’amarrage de l’étage-fusée, il déroule le câble de 30 m et glisse le nœud du filin sur la perche verticale de la Gemini. Puis, Aldrin refait le chemin inverse et se dirige vers l’arrière du vaisseau pour s’immobiliser devant un poste de travail. Ses pieds chaussent alors une paire de sabots fixée sur la structure ; il attache les lanières de sa ceinture à des crochets ; il noue les cordons de ses poignets à des anneaux. Ainsi, il est prêt pour accomplir des tâches, sans avoir à lutter pour rester en place. De plus, la visière de son casque est recouverte d’un produit qui évite la formation de buée.

Aldrin va être tour à tour, mécanicien, électricien et plombier. Il visse et dévisse des écrous. Il déplace et remet en place des poignées. Il sectionne et raccorde des fils électriques. Il sépare et joint des tuyaux. Il travaille avec facilité et sans aucune fatigue. Aldrin démontre brillamment que l’homme peut réaliser une besogne importante à l’extérieur d’un vaisseau, sous réserve qu’il respecte des périodes de repos, qu’il effectue des gestes lents et qu’il dispose de nombreux points d’appui. Avant de réintégrer la cabine, il détache la rampe entre la Gemini et l’Agena, puis la lance en s’exclamant : « Je suis maintenant le premier lanceur de javelot de l’Espace ! ». Kraft résume son travail par ces mots : « Superbe performance ! ».

Le jour suivant, Aldrin accomplit sa 3° et dernière sortie, debout sur son siège. Elle est retardée, car Lovell a du mal à stabiliser la Gemini en raison de la panne de deux fusées de contrôle d’attitude. D’une durée de 55 mn, elle est consacrée à la photographie des constellations d’étoiles et à des mouvements de gymnastique. Cependant, il renonce à la prolonger, parce que son coéquipier dépense beaucoup plus de carburant que prévu pour maintenir la cabine dans la bonne attitude. Aldrin devient le premier astronaute à exécuter trois sorties consécutives avec un temps record de 5 h 26 mn.

Après cette réussite, les astronautes ne peuvent, par contre, mener à terme l’expérience de création d’une pesanteur artificielle à l’intérieur du vaisseau, comme lors du vol Gemini 11. Après la séparation avec l’étage-fusée, il est impossible de tendre le filin reliant les deux engins pour les mettre en rotation. En effet, les problèmes continuent avec les moteurs de la cabine, ainsi qu’avec les piles à combustibles qui fournissent l’électricité et l’eau.

Gemini 12 revient sur Terre avec, à son bord, Aldrin, heureux d’avoir rendu confiance à la Nasa, après une série de sorties difficiles pour les précédents piétons de l’Espace.

Le programme Gemini terminé, Aldrin rejoint le programme Apollo dans lequel il commence à jouer un rôle majeur. Ainsi, les astronautes s’inquiètent sur les mauvaises conditions d’éclairage par le soleil de l’étage de remontée du module lunaire (LM) au moment du rendez-vous avec Apollo autour de la Lune. Aldrin va alors proposer que le LM prenne une position particulière qui permette au pilote de la cabine de mieux le voir. Son concept est adopté à l’unanimité.

Aldrin s’entraîne d’abord comme pilote du module lunaire, mais au cours de la matinée du 5 avril 1968, il n’est pas à l’intérieur d’un simulateur. Il conduit un défilé dans les rues de Houston en hommage à Martin Luther King, le pasteur noir défendant la non-violence, assassiné la veille. C’est le seul astronaute présent et il fait preuve de cran en s’affichant ouvertement comme un partisan de la paix dans un pays qui est en guerre au Vietnam.

En juillet 1968, il quitte sa formation de pilote du LM pour celle de pilote de la cabine Apollo. Il vient d’être nommé doublure de Lovell pour l’expédition Apollo 9 initialement prévue pour tester le 2° module lunaire sur une orbite terrestre à l’apogée de 6 500 km. C’est un changement soudain, car Lovell remplace Collins parti se faire opérer. Lors d’une réunion de préparation de ce vol, Aldrin, jamais à court d’idées qui dérangent, ne peut s’empêcher de faire une suggestion à Borman. Agacé, le commandant d’Apollo 9 lui réplique : « Je n’ai besoin d’aucun conseil de ta part à propos de ma mission ! ». Un mois plus tard, la Nasa décide de transférer cet équipage principal et l’équipage de remplaçants, dont Aldrin, sur le vol Apollo 8 qui doit survoler la Lune en décembre 1968.

De retour de sa convalescence, Collins reprend son entraînement de pilote de la cabine Apollo et Aldrin celui de pilote du LM. Le 6 janvier 1969, ces deux astronautes et Armstrong sont appelés dans le bureau de Slayton. Aldrin sent l’adrénaline se répandre dans son corps lorsqu’il entend prononcer la phrase : « Vous en êtes ! ». Il fait partie de l’équipage d’Apollo 11 qui va se poser sur la Lune pour la première fois ! Il est persuadé qu’il sera aussi le premier homme à fouler le sol lunaire. Lui qui, toute sa vie, s’est battu pour la première place, il ne peut en être autrement.

Pendant le programme Gemini, c’est le copilote qui effectuait la sortie spatiale, tandis que le commandant de bord restait dans le vaisseau. Pour le programme Apollo, le scénario élaboré en 1964 et repris à la mi-1968, montre que c’est le copilote qui descend le premier du module lunaire (LM). C’est donc à Aldrin que revient cet honneur. Les médias sont également convaincus de ce fait et sollicitent Aldrin pour des interviews.

A l’issue d’une réunion tenue le 14 février 1969 concernant le planning de la mission Apollo 11, il apparaît qu’il serait plus logique que le commandant quitte le LM en premier. A l’intérieur du module lunaire, il se trouve à gauche du poste de pilotage d’où il peut accéder plus facilement à l’écoutille de sortie. De plus, il a davantage de place pour revêtir son scaphandre et endosser un des deux systèmes de survie stockés derrière le copilote. Ainsi, on évite une permutation compliquée entre les deux hommes dans l’étroit habitacle.

Aldrin s’inquiète, avec une colère contenue, de ce possible changement. Il en parle à Armstrong qui lui répond ne pas avoir l’intention de se désister si la Nasa décide de suivre les recommandations du comité technique. Aldrin pense surtout qu’on ne souhaite pas lui confier ce privilège à cause de son franc-parler qui déplaît, de ses prises de position qui incommodent et de son ambition qu’il ne cache pas.

Il manifeste son mécontentement auprès de tous ceux qu’il rencontre, sans pour autant recevoir à chaque fois le soutien qu’il attend. Cependant, Aldrin est si fort mentalement qu’il parvient à oublier sa rancoeur pendant l’entraînement avec son coéquipier.

Le choix officiel intervient le 7 avril 1969 : c’est Armstrong qui sera le premier homme sur la Lune. Mis à part les considérations d’ordre technique, l’unanimité s’est faite sur le héros de Gemini 8, discret et maître de soi, jugé plus apte pour assumer ce rôle historique d’après les dirigeants du centre spatial de Houston : Girulth, le directeur du centre, Kraft, le directeur des vols, Slayton, le directeur des équipages et Low, le directeur du programme Apollo. La décision est approuvée ensuite par l’état-major de la Nasa à Washington : Mueller, le chef des vols habités et Phillips, le directeur-général du programme Apollo. Elle est entérinée enfin par Paine, l’administrateur de la Nasa. Aldrin est anéanti par cette décision qu’il redoutait, mais il reste stoïque. Beau joueur et homme de devoir, il a l’intention de mettre en pratique tout son savoir-faire pour que la mission soit une réussite.

Du 16 au 24 juillet 1969, Aldrin effectue son 2ème et dernier vol de 8 j 3 h 18 mn sur Apollo 11 (43,81 tonnes/18,12 mètres) en compagnie d’Armstrong et de Collins. Ils vont vivre la plus extraordinaire aventure des temps modernes qui commence par le départ de la puissante Saturn V. Pendant près d’une minute, Aldrin a l’impression de glisser sur un circuit constitué d’une succession de montées et de descentes rapides avec, comme bruit de fond, un grondement semblable à celui d’un avion au décollage.

Sur le trajet Terre-Lune, Aldrin plaisante avec Lovell : « C’est merveilleux d’être ici, mais j’attends impatiemment d’avoir quartier libre. Jusqu’à maintenant, je passe mon temps à cuisiner, à balayer et même à coudre, pour que la maison soit bien tenue ». Plus tard, le Centre de contrôle s’interroge sur l’origine de la musique qu’il entend sur les ondes. « C’est Buzz qui chante ! » répondent les deux autres astronautes.

Après la mise en orbite du vaisseau autour de la Lune et la séparation du module lunaire de 15,09 tonnes et de 6,98 mètres de haut, l’épreuve de vérité commence. A 15 km d’altitude, le moteur de descente du LM s’allume une dernière fois pour douze minutes et demie. Aldrin lit à haute voix les paramètres qui défilent sur les cadrans, tandis qu’Armstrong tient compte de ses indications pour agir sur les commandes. Ce n’est pas l’affolement de la mémoire de l’ordinateur qui empêche le commandant de bord de poser le module lunaire Eagle sur la Mer de la Tranquillité, après avoir évité une zone d’atterrissage couverte de rochers menaçants. Les deux hommes se tournent alors l’un vers l’autre et se tapent sur l’épaule.

Dix-neuf minutes après Armstrong, c’est au tour d’Aldrin de sortir du LM, « plein d’entrain et avec la chair de poule ». Sur la Lune, il se sent « léger comme une plume, avec des fourmillements partout ». Les deux astronautes ramassent 21 kg d’échantillons et procèdent à des carottages. C’est à Aldrin que revient la tâche d’installer la station scientifique Easep composée de sismographes pour enregistrer les frémissements de l’écorce lunaire et d’un réflecteur-laser pour mesurer la distance Terre-Lune dans le but de connaître la vitesse de rotation de notre planète et la dérive des continents. Le troisième instrument, ramené sur Terre, est un détecteur de vent solaire chargé de recueillir les particules qui s’échappent de la couronne du soleil.

Pour Aldrin, « Il règne sur la Lune une atmosphère extraordinaire, presque mystique ». Il est étonné par le contraste entre l’ombre et la lumière : « Le LM, noir, argent et or, brille comme un bijou dans ce décor sans couleurs ». Il constate aussi un phénomène étrange qui le bascule quelques secondes dans le fantastique et auquel il s’habitue par la suite. La lumière intense du soleil va pénétrer par le côté de sa visière et créer un reflet à l’intérieur de son casque. Aveuglé, il fait quelques pas pour se retrouver dans l’ombre. C’est à cet instant précis qu’il s’aperçoit que ce reflet lui montre son visage comme dans un miroir. Aldrin remarque également que lorsqu’il marche, il faut qu’il anticipe, quatre pas à l’avance, le moment où il veut s’arrêter. Pour tourner, il doit exécuter une lente rotation et pour courir, il se comporte comme un rugbyman qui serpente entre les adversaires pour ne pas être plaqué au sol.

La sortie prend fin après une durée de 2 h 31 mn et un parcours de 926 mètres. Une fois à l’intérieur du LM, les astronautes sentent une odeur provenant des échantillons lunaires. Pour Aldrin, elle est identique à celle des cendres de cheminée et pour Armstrong, à celle de la poudre. Mais le plus curieux, c’est la découverte sur le plancher du module lunaire d’un objet. Aldrin reconnaît le bouton-poussoir, un élément qui sert à la mise à feu du moteur d’ascension du LM. Sorti à reculons de la cabine sans personne pour le guider, il a cassé le bouton en heurtant la partie supérieure du tableau de bord avec son équipement dorsal. Sans s’affoler et toujours aussi astucieux, Aldrin glisse un stylo dans l’emplacement du bouton. Il suffira, le moment venu, de le pousser pour que son extrémité atteigne la portion de métal qui arme le moteur.

La réparation de fortune est un succès. Une déflagration sourde retentit provenant de l’explosion des boulons qui libèrent l’étage supérieur de 4,21 tonnes, suivie de l’allumage du moteur. Au décollage, les astronautes, qui ont vécu 21 h 36 mn sur la Lune, sont doucement ballottés, puis ressentent une agréable poussée, comme un ascenseur qui monte à grande vitesse. Le moteur s’arrête au bout de 7 mn de fonctionnement après avoir brûlé 2,52 tonnes de carburant pour atteindre une vitesse de 6.643 km/h. Placé sur une orbite de 17,41 km x 88,94 km, le LM rejoint ensuite la cabine Apollo à 111 km d’altitude. Après une ronde de 2 j 11 h 30 mn, elle quitte sa trajectoire avec les trois vainqueurs de la Lune.

A propos de leur mission, Aldrin va exprimer un souhait : « Mon espoir, c’est que les hommes garderont dans leur cœur le souvenir de l’événement que nous avons vécu. Car l’homme a besoin de relever les défis, d’accomplir une telle quête ».

Le voyage historique se termine par l’amerrissage et l’arrivée de l’équipe de récupération. Alors qu’un filin le hisse à bord d’un hélicoptère, Aldrin a « la sensation de perdre quelque chose ». Il regarde au-dessous de lui et réalise qu’il s’agit de la cabine Apollo. « J’ai eu l’impression d’abandonner une partie de moi-même, un peu comme une chenille quittant son cocon ».

De retour sur Terre, Aldrin et ses deux coéquipiers sont recouverts par l’avalanche des demandes d’apparition en public. Ils doivent parcourir les Etats-Unis pour partager leur expérience avec des millions de personnes. Mais le 15 septembre 1969, Aldrin est attristé lorsque le directeur de la Poste de Washington leur présente le timbre commémoratif de l’évènement spatial. C’est un dessin qui montre Armstrong posant le pied sur le sol lunaire avec comme légende : « Premier homme sur la Lune ». Aldrin aurait préféré que le pluriel soit employé. Au cours de leur voyage, il est d’ailleurs souvent irrité par les questions des journalistes qui veulent connaître sa réaction en tant que « second ».

A partir du 29 septembre, les trois hommes débutent un tour du monde en quarante-cinq jours dans vingt-trois pays, rythmé par un défilé, une conférence de presse et une réception officielle. Le 8 octobre, ils se rendent à Paris où ils sont « impressionnés par l’assurance et l’éloquence » du Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas. Le 22 octobre, c’est au tour des Congolais d’apprécier le discours en français, prononcé par Aldrin.

Revenus aux Etats-Unis, les trois héros d’Apollo 11 sont chargés, à nouveau, d’obligations de toutes sortes. Pour Aldrin, cette vie agitée lui est pénible et il commence à réfléchir sur son avenir. Il fait savoir à l’Armée de l’Air qu’il souhaite revenir dans le service actif. En attendant la réponse, il est assigné dans le groupe technique qui étudie les types d’accélérateurs de la future Navette spatiale. Il travaille aussi dans le privé comme l’autorise la Nasa. Il conseille les employés d’une mutuelle d’assurances dans leurs rapports avec la compagnie-mère. Il rejoint également une chaîne de télévision à qui il soumet des idées techniques. Il délaisse momentanément ses activités pour accompagner les cosmonautes Nikolaïev et Sevastianov dans leur visite des Etats-Unis au cours du mois d’octobre 1970.

Appelé à Washington, l’état-major de l’Armée de l’Air propose deux postes à Aldrin : celui de commandant de l’école des pilotes d’essai d’Edwards ou celui de commandant de l’Académie militaire de Colorado Springs. Il donne sa préférence pour cette seconde fonction, mais il faut qu’il attende encore la confirmation définitive. Il trouve que la vie devient difficile. Il est dans un état de lassitude et de découragement qui va empirer lorsqu’il reçoit son affectation pour Edwards, alors qu’il préférait celle pour Colorado Springs.

En juillet 1971, Aldrin quitte la Nasa, à l’âge de 41 ans, pour exercer sa nouvelle charge. Sous traitement antidépresseur, il parvient néanmoins à apporter de la vitalité et de l’humanité dans les activités et les relations à l’intérieur de la base d‘Edwards. Il est heureux aussi de retourner en Europe avec douze élèves pilotes d’essai pour découvrir les écoles de formation, notamment celle d’Istres près d’Aix-en-Provence. Mais au retour, sa hiérarchie refuse d’adresser à l’état-major son rapport qui préconise l’utilisation d’un plus grand nombre d’appareils pour l’entraînement des élèves, à l’exemple des Anglais. Contrarié et déjà fragilisé, il plonge gravement dans la dépression.

En octobre 1971, Aldrin est hospitalisé pour quatre semaines à San Antonio. Ses médecins lui expliquent que, durant toute sa vie, il a toujours cherché et atteint un but : West Point, le MIT, la Nasa, la Lune. Pour lui maintenant, il n’y a rien d’autre de plus important. Il prend conscience de son état : « Je souffre de ce que certains poètes ont appelé la mélancolie de l’accomplissement total ». Les spécialistes lui conseillent de tirer un trait sur son passé glorieux et de réapprendre à vivre autrement.

En mars 1972, Aldrin démissionne donc de l’Armée de l’Air. Il est remercié chaleureusement par les instructeurs et les élèves de l’école des pilotes d’essai d’Edwards pour avoir assoupli les règlements et amélioré les convenances qui interdisaient, par exemple, une conversation entre un élève et le commandant de la base. De nouvelles propositions de conférences et d’offres d’emploi lui parviennent à l’annonce de son retrait. Il rentre chez le constructeur automobile allemand Volkswagen, le seul à offrir sur le territoire américain un service de diagnostic électronique des pannes. Il travaille ainsi sur une application terrestre de la technologie spatiale.

Mais son départ précipité d’Edwards le perturbe. Sa nouvelle vie n’est plus aussi bien organisée que celle vécue au sein de la Nasa et de l’Armée. Il sent qu’il se dirige vers une seconde dépression. C’est la dernière. Il la surmonte à nouveau pour retrouver enfin une parfaite sérénité.

Au cours de cette année 1972, Aldrin devient également Consultant de la Comprehensive Care Corporation et il fonde la Research and Engineering Consultants. Le 8 décembre, il préside, à la Maison de la Radio à Paris, la remise des bourses d’études de la Fondation de la vocation aux lauréats de la promotion Pierre Lazareff et Albert Espinasse. Puis, en juin 1978, il se rend au Congrès Espace et Civilisation de Lyon avec d’anciens astronautes et des cosmonautes, une manifestation organisée par le très regretté Albert Ducrocq et sa dynamique équipe du Cosmos Club de France. A cette occasion, on apprend qu’il participe à l’élaboration des futurs programmes martiens. Il conduit des études ayant pour objet de définir les meilleures conditions pour effectuer un rendez-vous orbital autour de Mars afin de permettre, dans un premier temps, des vols Terre-Mars-Terre par des engins automatiques ramenant des échantillons du sol martien et, plus tard, de préparer des vols humains dont il serait le parrain.

En 1983, Aldrin est Consultant en sciences chez Beverly Hills Oil Compagny et il visite, en juin, le Salon du Bourget. De 1985 à 1988, il occupe le poste de directeur et de professeur au Centre des sciences spatiales de l’Université du Dakota du Nord. A partir de 1986, il coordonne aussi, chez Science Applications International Corporation, les réunions de travail des anciens astronautes d’Apollo, en vue du développement d’un système de transport spatial permanent Terre-Lune-Mars. L‘année suivante, il assure la présidence de la National Space Society dont le but est de promouvoir l’Espace auprès du public et des politiques. En 1989, il occupe les fonctions de Consultant au Département aérospatial de l’Université de Grand Forks.

En 1993, Aldrin devient président de Starcraft Enterprise, chargé de trouver de nouvelles idées sur le transport spatial. La même année, il est président de la Edwin E. (Buzz) Aldrin and Associates, une firme de consultants. Trois ans plus tard, il crée la Starcraft Boosters Inc. pour le développement d’accélérateurs automatiques capables de revenir se poser sur une piste. En 1998, il met en route la Share Space Foundation destinée à ouvrir le tourisme spatial au public. Il fait partie aussi du comité consultatif de la firme Space Adventures qui organise des séjours privés à bord de la station internationale ISS.

En mars 2004 et en mars 2006, Aldrin est en France pour le festival annuel du film « Jules Verne Aventures ». Il y revient par la suite à cette occasion. Conférencier très recherché, Aldrin continue à fouler le sol terrestre pour accomplir son devoir de premier missionnaire de la cause spatiale.

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Le 14° astronaute, Neil A. Armstrong,
est né le 5 août 1930 à Wapakoneta (Terre) dans la ferme de ses grands-parents maternels, située à dix kilomètres de la ville qui, d’après la légende, a été bâtie par le chef indien Wapa et la princesse Koneta. L'amour pour l’aviation doit commencer à cheminer de bonne heure dans les pensées du jeune Neil. A l’âge de deux ans, son père l’amène voir les courses nationales aériennes de Cleveland et, à sa sixième année, il monte avec lui dans un trimoteur Ford pour son baptême de l’air.

A partir de neuf ans, tout son argent de poche sert à l’achat de revues spécialisées et de modèles réduits à élastique. En 1944, sa famille revient définitivement à Wapakoneta après que son père, vérificateur de comptes pour l’Etat de l’Ohio, ait terminé ses déplacements. Neil entre à l’orchestre municipal, puis à celui de son collège, pour jouer du trombone. Par contre, il n’aime pas le sport et ses camarades ne sont plus surpris lorsqu’il les abandonne au début d’une partie de foot ou de base-ball, pour courir à la bibliothèque ou retourner chez lui afin de se plonger dans le monde de l’aviation, par la lecture de magazines et l’assemblage de maquettes.

Les enseignants considèrent Neil comme un élève sérieux, très bon en mathématiques et un peu rêveur. Il veut faire carrière dans l’aéronautique et, comme sujet de travaux pratiques suivis par son professeur de physique, il choisit d’aménager, dans la cave de sa maison, une soufflerie pour étudier les mouvements d’air sur un modèle réduit d'avion, comme le font les constructeurs qui veulent connaître le comportement des aéronefs aux grandes vitesses. C’est le métier que Neil veut faire plus tard. Les essais secouent la maison et font sauter les fusibles, mais la colère des parents va disparaître lorsqu’il leur montre l’excellente note obtenue en physique.

Pour préparer son avenir, il veut commencer à prendre des leçons de pilotage à l’âge de 15 ans. Elles coûtent très cher. Alors, il va travailler le matin avant d’aller au collège, en fin d’après-midi après ses cours et le samedi. Dans la pharmacie, il passe le balai et transporte des cartons de médicaments. Dans l’épicerie et dans la quincaillerie, il remplit les rayonnages. Dans la boulangerie, il fait des beignets et nettoie le pétrin. Au cimetière, il tond le gazon. Avec ses économies dans les poches, Neil enfourche sa bicyclette et pédale sur cinq kilomètres pour se rendre à l’aéroclub où son moniteur l’attend à bord d’un Aeronca Champion. Son premier vol réalisé, il rassure sa mère et lui fait partager son bonheur : " Maman, là-haut, tout est pur ! ". Le jour de ses seize ans, il s’offre un merveilleux cadeau d’anniversaire : son brevet de pilote, bien avant son permis de conduire.

L’année suivante, Neil termine ses études secondaires et il souhaite s’engager dans la branche aéronautique. Mais le côté financier est une barrière qui semble infranchissable. Heureusement, l’Aéronavale est en train de constituer un contingent de réservistes au lendemain de la seconde guerre mondiale. Elle offre aux jeunes étudiants deux ans d’université, trois ans comme pilote militaire et deux années complémentaires d’université. Neil est très intéressé. Il réussit les tests d’admission et reçoit une bourse d’études. Trop jeune pour entrer à l’Institut de Technologie du Massachusetts, il est admis à 17 ans à l’Université de Purdue, afin de suivre des cours d’ingénieur en aéronautique.

En 1949, il débute son entraînement de pilote de chasse à Pensacola puis, de la mi-51 au printemps 52, il participe à la guerre de Corée. Les troupes nord-coréennes et chinoises ont, en effet, envahi la Corée du sud, mais elles vont être repoussées par les unités américaines et celles de l’Onu, grâce à l’appui des forces aériennes. Neil Armstrong est affecté à l’escadrille 51 du porte-avions USS Essex stationné au large de la côte est de la Corée du nord, dans une zone où il n’y a pas de combats aériens. Les 78 missions à basse altitude qu’il effectue sur un F9F-2 Panther consistent à détruire des ponts et des voies ferrées. Il lui arrive de revenir avec son appareil criblé par les projectiles tirés par les canons de la DCA. Un jour, son avion percute un câble antiaérien qui sectionne deux mètres de l'aile droite alors qu'il se trouve au-dessus du territoire ennemi. Avec sang-froid et adresse, il parvient à regagner le sud où il s'éjecte. A l’automne 52, il retourne à l’Université de Purdue et termine ses études en janvier 1955, avec une licence en aéronautique.

Neil Armstrong adresse alors sa candidature au High-Speed Flight Station de la Naca à Edwards, pour effectuer des vols à haute altitude et à grande vitesse. Comme il n’y a pas de place disponible, son dossier est transmis à un autre centre de la Naca, le Lewis Flight Propulsion Laboratory à Cleveland qui lui propose un poste de pilote d'essai et d'ingénieur chercheur. Il va travailler sur le dégivrage des avions aux commandes des C-47, R-4D, DC-3 par très mauvais temps et sur les transferts de chaleur en larguant des fusées depuis un avion F-82 Twin Mustang.

Puis, un jour de l’été 1955, le Centre d’Edwards contacte Armstrong pour lui demander s’il veut toujours le rejoindre. Il accepte avec enthousiasme et il y reste sept ans. Il va tout d’abord occuper la fonction de scientifique sur l’aérodynamique à bord du P51 Mustang, puis celle de pilote d’essai sur des avions à hautes performances : le F-100A Super Sabre, le F-100C, le F-101, le F-104A, le F-105 et le F-106. Comme pilote des bombardiers B-29 et B-52, il largue une centaine d'avion-fusées X-1 et Skyrockets accrochés sous une aile, avant d'être largué à son tour aux commandes du X-1B. D’août 1957 à janvier 1958, il effectue 4 vols pour monter jusqu’à 16,77 km d’altitude.

En juin 1958, Armstrong fait partie de l’équipe du programme de l'Armée de l'Air " Man-In-Space-Soonest "qui a pour objectif de réaliser des vols suborbitaux et orbitaux avec le Dyna-Soar (X-20), lancé par des fusées Titan 1, 2 et 3. Les manœuvres de retour de cet avion spatial sont simulées par Armstrong sur le F-102A et le F5D. En novembre 1958, quand la toute récente Nasa approuve le projet Mercury, les pilotes d’essai d'Edwards jugent absurde de placer une capsule au sommet d’une fusée et ridicule de la récupérer en mer. Pour l’agence de l’Espace, c’est le moyen le plus rapide pour devancer les Soviétiques dans la course au premier homme dans le Cosmos. Pour ceux du X-1 et du X-15, la meilleure solution, c’est le véhicule muni d’ailerons verticaux. Armstrong et ses collègues considèrent "les gens de Mercury comme des intrus incompétents qui viennent se mêler de leur business".

En janvier 1959, il ne répond pas à l'invitation de la Nasa pour devenir astronaute "parce que dans un avion" il a "la possibilité de contrôler la machine, comme un peintre son pinceau ". Le 30 novembre 1960, il réalise son premier vol sur le fameux X-15 de 14,50 mètres de long et d’une masse de 13,60 tonnes, propulsé par un moteur-fusée, qui va être suivi de trois autres vols. 
Après le lancement et la récupération de John Glenn à bord d'une Mercury en février 1962, Armstrong effectue un 5° vol sur le X-15 et il répond, cette fois-ci, à l’annonce faite par la NASA, le 18 avril 1962, en vue du recrutement de nouveaux astronautes, car le programme Dyna-Soar est sur le point d’être abandonné. Deux jours après, sur le X-15, il atteint son altitude record de 63,25 km lors de son 6° vol et le 26 juillet, sa vitesse record de 6.418 km/h est enregistrée au cours du dernier vol. " Sept fois seulement, mais quelle sensation ! " pour Armstrong. Au cours d’un vol, le moteur refuse de s’allumer et le X-15 tombe comme une pierre, mais il ne s’éjecte pas et il réussit à faire partir le moteur. Les résultats des essais, conduits dans le cadre des programmes X-1 et X-15, vont permettre de concevoir, plus tard, la Navette.
En septembre 1962, Neil Armstrong est admis dans la 2ème équipe des neuf astronautes, à l’âge de 32 ans. Discret et modeste, il s’exprime avec peu de mots et il reste souvent silencieux. Il aime bricoler, écouter de la musique classique et jouer du piano, du saxophone et de la contrebasse. Il pratique la pêche et le vol à voile sur des planeurs. " C’est un sport tranquille " dit-il. "Vous êtes loin de tout. Vous êtes seul ". Ses collègues voient rarement Armstrong dans le gymnase. " Je pense réellement que tout être humain dispose d’un nombre fini de battements de coeur et je n’ai pas l’intention de gaspiller les miens à courir ou à faire de la gymnastique " affirme-t-il.

En février 1965, il est désigné comme doublure de Cooper pour la mission de longue durée Gemini 5 d’août 1965. Le mois suivant, il est nommé commandant de Gemini 8 dont l’expérience doit durer 3 jours, avec deux amarrages, des manoeuvres et une longue sortie spatiale de son coéquipier.

Le 16 mars 1966, Neil Armstrong, en compagnie de Scott, effectue son 1er vol de 10 h 41 mn autour de la Terre, à bord de Gemini 8 (3,78 tonnes/5,74 mètres). Simulant l’étage de remontée du module lunaire, la cabine pilotée par Armstrong accoste l’étage-fusée Agena 8, représentant Apollo en orbite autour de la Lune. Pour la première fois, un vaisseau habité s’amarre à un autre véhicule. Vingt-sept minutes plus tard, les astronautes s’apprêtent à mettre en marche le moteur de l’Agena pour accéder à une orbite plus élevée. Soudain, l’attelage se met à pivoter de plus en plus vite. Les astronautes craignent que le violent mouvement de toupie ne brise l’assemblage. Ils pensent qu’il est causé par un mauvais fonctionnement du système de contrôle d’attitude de l’étage-fusée. Ils l’arrêtent et Armstrong allume les moteurs de manœuvre de la Gemini pour freiner la rotation, se détacher au moment où elle diminue et s’éloigner afin d’éviter une collision avec l’Agena.

Mais, après la séparation, le tournoiement continue et s’accélère davantage avec la masse de l’étage-fusée en moins. Les deux hommes constatent alors que les ennuis proviennent de la Gemini. C’est un des seize moteurs de manœuvre qui éjecte ses gaz en permanence à cause d’un court-circuit. Le vaisseau effectue des tonneaux en raison d’un tour par seconde.

Les astronautes ne peuvent plus lire les cadrans et ils sont si secoués qu’ils redoutent un évanouissement et une dislocation de la Gemini. Le pouls d’Armstrong s’élève à 150 pulsations par minute, mais il prend la bonne décision. Il coupe le système des moteurs de manœuvre (OAMS) et allume les moteurs verniers (RCS) situés sur le nez du vaisseau, dans l’espoir d’enrayer le mouvement de toupie.

Neil Armstrong informe le sol d’une voix calme, mais saccadée : " Je ne peux pas arrêter cette damnée machine…nous culbutons tant que nous pouvons…nous avons de la peine à contrôler la situation ". Finalement, il réussit à ralentir, puis à stopper la rotation qui a mis à rude épreuve leur organisme arrivé à la limite du supportable. Après le quasi-épuisement du propergol des OAMS et le début de la consommation du carburant des RCS réservé pour le contrôle de la rentrée dans l’atmosphère, les consignes de sécurité exigent un retour d’urgence sur Terre. Armstrong dit alors à Scott, avec un regard compatissant pour son coéquipier qui devait effectuer une sortie spatiale : " Désolé, partenaire ! ".

Après sa mission écourtée, Armstrong est nommé doublure de Conrad pour le vol Gemini 11 de septembre 1966 puis, en décembre 1967, il est désigné comme éventuel remplaçant de Borman qui doit piloter le 2ème module lunaire d’Apollo 9 sur une orbite terrestre à l’apogée de 6 500 km. Dans le cadre de sa préparation, il est amené à utiliser le véhicule d’entraînement à l’atterrissage lunaire (LLTV). Le 6 mai 1968, l’engin se cabre à une altitude de 30 mètres et il a juste le temps d’actionner son siège éjectable, avant que le véhicule ne se retourne et s'écrase. La Nasa veut suspendre l’usage du LLTV, jugé trop dangereux. Armstrong et ses collègues persuadent l’Administration de l’Espace d’apporter les modifications nécessaires, car c’est le seul engin qui permette une simulation réelle des conditions d’atterrissage du module lunaire (LM).

Mais il apparaît que le LM ne pourra pas effectuer son 1er vol à la fin de l’année 1968, lors de la mission Apollo 8 commandée par McDivitt. La Nasa décide alors, en août 1968, de permuter les équipages pour ne pas laisser passer le créneau de lancement. L’équipage de Borman d’Apollo 9, avec Armstrong comme doublure, est transféré sur Apollo 8 pour le premier vol d’une cabine Apollo autour de la Lune que des Soviétiques veulent survoler. Un équipage de réserve devenant l’équipage principal du 3° vol suivant, Armstrong doit donc être nommé commandant d’Apollo 11, mais personne ne sait, en cet été 1968, que ce sera la mission historique.

Après les succès des vols des cabines Apollo 7 autour de la Terre en octobre 1968 et Apollo 8 autour de la Lune en décembre 1968, Slayton, le Directeur des équipages désigne, le 6 janvier 1969, Armstrong, Aldrin et Collins, membres d’Apollo 11, pour la première tentative d’atterrissage sur la Lune. Par la suite, Aldrin fait part de son mécontentement lorsqu'il apprend qu'Armstrong, son commandant de bord, sera le premier à marcher sur la Lune alors qu'il pensait que ce serait lui. Les réussites des vols des modules lunaires d’Apollo 9 autour de la Terre en mars 1969 et d’Apollo 10 autour de la Lune en mai 1969, confortent Armstrong sur le bon déroulement de sa prochaine expédition.
Du 16 au 24 juillet 1969, Neil Armstrong réalise sa 2ème et dernière mission de 8 j 3 h 18 mn à bord d’Apollo 11 (43,81 tonnes/18,12 mètres) en compagnie d’Aldrin et de Collins. Lorsque notre satellite situé à 370 000 km de la Terre apparaît dans le hublot, Armstrong éprouve un sentiment de sérénité : " La Lune semblait, pour nous accueillir, montrer sa rondeur, sa ressemblance avec notre Terre. Je me sentis certain, à cet instant, qu’elle serait hospitalière. Depuis une éternité, elle attendait son premier visiteur ". Apollo 11 se place en orbite lunaire deux jours après la sonde soviétique Luna 15 dont on ignore la mission à ce moment-là.

Treize heures plus tard, le module lunaire Eagle de 15,09 tonnes et de 6,98 mètres, avec Armstrong et Aldrin à bord, se détache de la cabine Apollo occupée par Collins. Armstrong annonce : " L’aigle a des ailes ! ". Elles vont battre pendant une descente qui dure 2 h 33 mn. A 9 km d’altitude et pendant 4 minutes, un signal d’alarme clignote à cinq reprises, indiquant un problème avec l’ordinateur. L’ingénieur Bales rassure très vite les deux astronautes. La mémoire de l’ordinateur est surchargée de données, mais une partie va être transférée sur un ordinateur à Terre, pour éviter une interruption de la mission.

A 300 mètres, les deux hommes se rendent compte que le système automatique de pilotage dirige le module lunaire (LM) vers un cratère grand comme un terrain de foot, parsemé de rochers aussi gros que des voitures. Armstrong prend alors, plus tôt que prévu, la commande manuelle d’attitude du LM et la commande semi-automatique du moteur de descente. Il passe au-dessus de la zone accidentée, aidé par Aldrin à la recherche d’un meilleur endroit. Il en repère quatre, les examine, change d’avis trois fois et fait atterrir le LM dans un nuage de poussières. Il ne restait que 40 secondes de carburant dans l’étage de descente. Avec un pouls qui bat à 156 pulsations par minute, Armstrong signale alors d’une voix émue : " Houston. Ici la base de la Tranquillité. L’Aigle s’est posé ". Pour la première fois, des hommes sont sur la Lune. Les astronautes sont " remplis de joie ". Nous aussi, pour avoir eu la chance de vivre ce que les autres générations ont rêvé.

Les Etats-Unis viennent de réaliser le vœu du Président John Kennedy fait huit ans plus tôt. Il voulait montrer que l'Amérique était capable d'accomplir des exploits comme l'Union Soviétique qui avait envoyé le 1er satellite Spoutnik, la 1ère sonde lunaire Lunik et le 1er homme Youri Gagarine. Ce 20 juillet 1969, quelqu’un dépose un petit bouquet de fleurs sur sa tombe au cimetière d’Arlington. Il est accompagné d’une carte rédigée avec ces mots : « Monsieur le Président, l’Aigle s’est posé ».

Les deux astronautes sont tellement impatients de sortir du LM qu’ils renoncent au repos prévu. Ce 21 juillet 1969, Armstrong descend lentement l’échelle et il pose doucement sa botte gauche sur le sol lunaire en déclarant : " C’est un petit pas pour un homme, un grand bond pour l’humanité ". Une partie de cette humanité vous regarde et vous remercie pour ce moment de bonheur que vous lui donnez. Neil Armstrong vient de rentrer dans le Grand Livre de l’Histoire. 
Cet instant est vécu intensément par une adolescente de douze ans prénommée Claudie et qui, vingt-sept ans plus tard, prendra la route des étoiles pour devenir la 1ère Française dans l'Espace. Elle portera le nom d'André-Deshays, puis celui de Haigneré après son mariage avec Jean-Pierre, son collègue spationaute. Elle suivra les traces du 1er Français : Jean-Loup Chrétien.

Aldrin rejoint le premier piéton lunaire et installe l’appareillage scientifique Easep, puis les deux hommes finissent de ramasser les 21 kg d’échantillons qui seront étudiés par des géologues et des physiciens dont le Français Michel Maurette. Armstrong avoue : " Nous nous sentons comme des gamins dans une confiserie ". Ils déposent cinq médailles frappées en hommage aux astronautes américains Grissom, White et Chaffee et aux cosmonautes soviétiques Gagarine et Komarov. Von Braun, le concepteur de la fusée lunaire Saturn V de 111 mètres de haut et de 2.900 tonnes, tire la leçon de cette prouesse : " La possibilité par l’homme de marcher et de vivre sur d’autres mondes, assure virtuellement l’immortalité de l’humanité ". Armstrong et Aldrin réintègrent le LM après une sortie de 2 h 31 mn et un trajet de 926 mètres. C'est ensuite que Luna 15 s'écrase sur la Lune. Les Soviétiques, qui n'ont pas pu envoyer des hommes survoler la Lune ou s'y poser, voulaient que la sonde automatique ramène sur Terre des échantillons du sol lunaire avant l'équipage américain.

Le séjour de 21 h 36 mn terminé, ils décollent à bord de l’étage de remontée du LM pour retrouver Collins dans la cabine Apollo. Les trois astronautes quittent l’orbite lunaire sur laquelle le vaisseau est resté pendant 2 j 11 h 30 mn. Sur le chemin de la rentrée et lors d’une émission télévisée dans la cabine baptisée Columbia en raison du symbole national et en l’honneur de Jules Verne, Armstrong rappelle la prédiction de l’écrivain français : " Il y a cent ans, Jules Verne a écrit un livre décrivant le voyage vers la Lune. Son vaisseau spatial, la Columbiad, partit de Floride et amerrit dans le Pacifique après être allé jusqu’à la Lune ". A leur arrivée, ils lisent un télégramme particulier : " Nous, cosmonautes soviétiques, avons suivi votre vol avec attention et une grande émotion. Nous vous félicitons de toute notre âme pour le succès de votre remarquable expédition sur la Lune et votre retour réussi sur la Terre ".

Commence alors pour les vainqueurs de la Lune, une tournée épuisante autour du monde avec vingt mille kilomètres parcourus, de nombreuses réceptions, des discours et des inaugurations. Le 8 octobre 1969, la France honore Armstrong, Aldrin et Collins. Le matin, le Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas leur remet l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur. L’après-midi, c’est au tour du Président Georges Pompidou de les accueillir puis, à l’hôtel de ville de Paris, ils rencontrent le pilote d’essai du 1er Concorde, André Turcat, la 1ère pilote d’essai, Jacqueline Auriol et le Commandant Cousteau. Le soir, ils se trouvent au Palais de Chaillot où ils écoutent l’éloge remarquable de l’académicien Maurice Druon : " Le carburant de votre fusée, c’est tout l’effort de l’espèce humaine depuis la fin de la période glaciaire…L’homme ne vit pas seulement de pain. Il lui faut aussi une relation avec le divin, avec l’infini... Il lui faut à la fois du pain et des étoiles ".
Le lendemain, Neil Armstrong s’émerveille devant la maquette grandeur nature du Concorde exposée à l’aéroport d’Orly : " Quand un avion est réussi sur le plan esthétique et c’est le cas de Concorde, il est bien rare qu’il ne soit pas réellement une réussite sur le plan technique ". A défaut de prendre les commandes de ce bel oiseau blanc, il a l'occasion, plus tard, de copiloter un Airbus au-dessus des Pyrénées. Son compagnon est Patrick Baudry, le second spationaute français, mais le premier à prendre place à bord d'une Navette américaine, Discovery.
Après son tour de la planète, Armstrong suit des cours à l’Université de Californie du Sud et il obtient en 1970 une maîtrise en aérospatiale. En avril 1970, il représente le Corps des Astronautes dans la commission d’enquête sur l’accident d’Apollo 13 et deux mois après, il est reçu chaleureusement dans la Cité des Etoiles près de Moscou. Après avoir serré dans ses bras les veuves de Gagarine et de Komarov, il leur remet une reproduction des médailles à l'effigie de leur mari, déposées sur le sol lunaire. Il termine la visite du bureau de Gagarine en écrivant dans le livre d'or cette phrase : "Il nous appelle tous dans l'Espace". 
En juillet 1970, Armstrong est nommé Administrateur Adjoint pour l’aéronautique au quartier général de la Nasa à Washington, chargé de la technologie et de la recherche avancée. Il va se faire l’avocat pour des avions à hautes performances, équipés de systèmes informatiques. Homme tranquille et réservé, il ne supporte plus le harcèlement de certains médias et il répond difficilement aux sollicitations trop fréquentes des parlementaires du Congrès. La célébrité lui pèse trop.
 
Neil Armstrong quitte alors la Nasa en août 1971 pour accepter le poste que lui propose l’Université de Cincinnati dans l’Ohio, son Etat de naissance. Il devient professeur en technologie aérospatiale et il va transmettre avec plaisir ses connaissances aux jeunes étudiants qui l’apprécient beaucoup. Les 19 et 20 février 1979, Armstrong, toujours passionné par l’aviation, bat cinq records du monde sur l’avion à réaction à usage privé, le Learjet Modèle 28, construit par la société Gates Learjet Corporation dont il est un des directeurs.
En juillet 1979, à l’occasion du dixième anniversaire de son débarquement lunaire, il retourne en France pour participer à l’émission de télévision " Les Dossiers de l’écran ". Par contre, il décline l'invitation de l’Elysée pour assister à la revue militaire du 14 juillet aux côtés du Président Giscard d’Estaing, à la tribune officielle. 
Après ses huit années de carrière dans l’enseignement, Armstrong va occuper, en parallèle ou successivement et sur une période de vingt ans, le poste de président du conseil d’administration ou de président-directeur général dans plusieurs entreprises ou sociétés : la Cardwell International, la Computing Technologies for Aviation, l’AIL Systems, l’USCX Corporation, l’United Airlines, la Cinergy Corp, la Cincinnati Milacrom, l’US Steel Corp., l’Eaton Corp., l’Ohio National Financial Services, le Cincinnati Museum of Natural History.
En 2000, Neil Armstrong est nommé président de l’EDO Corporation, un fabricant de composants électroniques et mécaniques. Pour se changer les idées, Armstrong se rend régulièrement dans sa grande ferme d’élevage de gros bétail, près de Lebanon dans l’Ohio. Il n’oublie pas pour autant l’astronautique. En 1984, il fait partie de la Commission Nationale de l’Espace, chargée de fixer les objectifs des vingt-cinq prochaines années et, en 1986, il est désigné vice-président de la commission d’enquête sur l’accident tragique de la navette Challenger. En ce qui concerne son passé d’astronaute, Armstrong refuse de tirer profit de son nom et il accorde rarement des interviews. Lorsqu'il en donne, il ne manque jamais de rendre hommage aux 400 000 personnes du programme Apollo. Quand on lui demande comment sa vie a changé après son exploit, il répond en souriant : " Avant, j'avais moins de conférences de presse ".

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