Le 12° astronaute, James (Jim) A. Lovell Jr., est né le 25 mars 1928 à Cleveland (Terre). A l’âge de 17 ans, la vocation spatiale de James, appelé communément Jim, commence à naître
après la lecture d’un ouvrage sur l’astronautique retraçant l’activité des pionniers comme l’américain Goddard, le premier à expédier en 1926, une fusée à combustibles liquides jusqu’à une
altitude de 12,5 m. En 1945, avec le concours de deux camarades de collège, il veut à son tour répéter l’expérience, mais la fabrication d’un engin identique est trop complexe et il choisit de
lancer une simple fusée à poudre d’1 m de haut. Elle va grimper à 25 m, avant d’exploser. Cet échec ne décourage pas Jim qui décide de consacrer sa vie à la fuséologie, mais les revenus de sa
mère, veuve, sont insuffisants pour suivre un cursus universitaire. Seule l’Armée peut lui offrir des études de ce niveau. Il adresse alors une demande d’inscription à l’Académie Navale
d’Annapolis où son oncle est passé. Comme il n’y a plus de place disponible, il accepte la proposition de la Marine qui veut former des pilotes, après leur avoir payé deux années d’études
supérieures.
En 1946, Jim rentre donc à l’Université du Wisconsin qu’il quitte en 1948 et il sollicite à nouveau son admission à Annapolis, afin de continuer son enseignement. Il rejoint la base aéronavale de Pensacola où il débute son entraînement de pilote qu’il interrompt pour suivre, pendant quatre ans, des cours à l’Académie qui a accepté, enfin, sa candidature. En 1952, Lovell obtient sa licence en sciences, après avoir présenté une thèse sur les fusées à propergols liquides, un sujet original et particulièrement pointu pour l’époque. Il espère que son bagage lui permettra plus tard de faire carrière dans le spatial. Pour sa seconde formation de pilote, il demande sa mutation dans une base de l’Est des Etats-Unis et il est envoyé…dans l’Ouest, à Moffett Field. Aux commandes d’avions de chasse, il effectue une centaine d’appontages sur le porte-avions USS Shangri-La qui patrouille dans l’Océan Pacifique et il s’occupe de l’entraînement des hommes pour les combats aériens.
A sa
demande, car lassé de la monotonie de ces opérations, Lovell part en 1958 à l’Ecole des pilotes d’essai de l’Aéronavale de Patuxent River pour frôler la frontière de l’Espace en expérimentant,
pendant six mois, de nouveaux avions comme l’A3J Vigilante. Il sort premier de sa promotion qui comprend aussi les futurs astronautes Schirra et Conrad. Son affectation à la Division des tests
électroniques ne va pas le passionner. Aussi, lorsqu’en 1959 la Nasa communique à l’Armée de l’Air et à la Marine, le profil de l’astronaute idéal, Lovell est heureux d’être proposé par sa
hiérarchie. Il répond présent à la convocation pour subir les tests en vue du recrutement des premiers astronautes du programme Mercury. Malheureusement, un taux trop important de bilirubine
détecté dans la bile de son foie, l’empêche d’être retenu. Il retourne à Patuxent, profondément déçu et décidé à traquer son anomalie physiologique. Il subit des tests prouvant que son excès de
bilirubine n’est pas une barrière pour devenir, la prochaine fois, un pilote de l’Espace. Un médecin le rassure : " Vous n’êtes absolument pas malade, c’est comme si vous aviez six
doigts à un pied ".
A la suite d’une réorganisation des services en 1960, Lovell se trouve dans la Division des essais d’armement. En tant que Directeur du programme F4H Phantom, il met au point cet avion qui incorpore pour la première fois l’armement et l’électronique, puis il forme les pilotes au maniement du nouvel appareil. Sa tâche terminée, il est envoyé à la base aéronavale d’Oceana où il devient instructeur de vol et ingénieur de sécurité, après avoir obtenu en 1961, son diplôme à l’Université de Californie du Sud. Puis, il reçoit l’appel de l’Espace qu’il attendait. En lisant une revue aérospatiale en 1962, il apprend que la Nasa recherche de nouveaux astronautes. Il demande un dossier de candidature qu’il retourne, complété. Trois ans après le premier recrutement, il espère que l’agence spatiale sera moins sévère quant aux critères médicaux de sélection. Elle va l’être.
En septembre 1962, Lovell rentre dans la 2ème équipe des neuf astronautes, à l’âge de 34 ans. Il est gai et amical. Il aime le ski nautique et la natation, le handball et le tennis, les voitures de sport et la chasse. Son chanteur préféré est Trini Lopez.
Il est tout d’abord nommé en juillet 1964, doublure du premier piéton américain de l’Espace, White, pour le vol Gemini 4 puis, un an après exactement, il est désigné co-pilote de Gemini 7, la mission la plus longue du programme. A la suite de l’échec de la mise en orbite de l’étage-fusée Agena auquel devait s’amarrer Gemini 6, la Nasa décide que Gemini 7 serve de cible de rendez-vous à Gemini 6, lancée après Gemini 7.
Du 4 au
18 décembre 1965, Lovell réalise son 1er vol record de 13 j 18 h 35 à bord de Gemini 7 (3,65 tonnes/5,74 mètres) autour de la Terre, avec Borman. Durant la montée, la puissance
des moteurs du lanceur Titan II est moins forte que prévue et le vaisseau est injecté sur une orbite qui va devoir être relevée par les propulseurs de manœuvre de la cabine. Pendant 15 mn et
entre 20 et 45 m, la capsule navigue de conserve avec le deuxième étage de la fusée qui bascule, en rejetant l’excédent de son propergol. Les astronautes débutent ensuite leurs expériences
médicales et photographient la Terre et les étoiles. Cinq jours après, les deux hommes éprouvent une certaine gêne à porter leur combinaison spatiale. Le directeur de vol leur donne alors la
permission de la retirer, à tour de rôle.
Lovell et Borman n’arrivent pas de suite à se mettre d’accord sur le programme de déshabillage. Finalement, c’est Lovell qui commence.
Mais en restant deux jours en caleçon long, il attrape un rhume qui se manifeste par de sonores éternuements et une voix enrouée.
Un matin, le froid dans la Gemini les sort du sommeil. La température a baissé de 20°. Ils remarquent que le système de climatisation ne marche pas correctement parce que le vaisseau pivote deux
fois par minute sur lui-même. L’appareil qui aspire la vapeur émanant de la respiration des astronautes, s’est bouché et il propulse à l’extérieur des gaz responsables du mouvement de la cabine.
L’allumage des moteurs-fusées va diminuer cette rotation. Lors d’un survol de la région de Houston, Lovell s’écrie à
l’intention d’un contrôleur : " Dites aux gosses de Conrad de descendre de mon toit ! ".
Puis le
15 décembre, Lovell et Borman voient s’approcher Gemini 6 avec Schirra et Stafford à bord. Les deux capsules volent en formation pendant 5 h 18, jusqu’à 30 cm l’une de l’autre. Le premier
rendez-vous spatial se déroule et une autre première est enregistrée avec la présence de quatre astronautes en même temps dans l’Espace. Ils répètent la rencontre de l’étage de remontée du
module lunaire avec la cabine Apollo en orbite autour de la Lune.
Puis, Gemini 6 retourne sur Terre tandis que Gemini 7 poursuit ses révolutions. Les deux piles à combustibles qui alimentent en électricité et en eau le vaisseau, occasionnent des ennuis et on
pense raccourcir le vol d’un jour, avec un amerrissage de nuit. Les deux hommes constatent qu’une seule cellule, sur les trois embarquées dans chaque pile, ne fonctionne pas. Ce n’est donc pas
dramatique. De retour, Lovell et Borman marchent avec difficulté sur le pont du porte-avions, après leur immobilisation quatorze jours durant, dans leur étroite capsule. Et ils ne s’évanouissent
pas comme le craignaient les médecins. Désormais, la Nasa est sûre que les missions Apollo de longue durée sont réalisables.
En janvier 1966, Lovell est désigné comme doublure de Young, le commandant de Gemini 10. Compte tenu de la rotation des équipages, il sait qu’il ne revolera pas sur Gemini 13, car le programme s’arrête avec Gemini 12. Mais le 28 février, un accident mortel intervient. Les astronautes de Gemini 9, See et Bassett, se tuent à bord de leur avion T-38. L’équipage de remplacement devient l’équipage principal et Lovell est alors nommé doublure de Stafford, nouveau commandant de Gemini 9. Ce malheur va donc lui permettre de voler une seconde fois sur Gemini 12, après son affectation en juin 1966.
Du 11 au
15 novembre 1966, Lovell effectue sa 2ème mission de 3 j 22 h 34 à bord de Gemini 12 (3,65 tonnes) autour de la Terre, en compagnie d’Aldrin. Dès la mise en orbite,
les astronautes s’aperçoivent du mauvais fonctionnement du radar de bord chargé de détecter l’étage-fusée Agena. Grâce aux
compétences d’Aldrin qui va entrer dans l’ordinateur, les données recueillies avec le sextant qu’il utilise, Lovell va repérer à vue, puis s’approcher et accoster la cible Agena. Il se détache
d’elle ensuite pour procéder à un second amarrage qui va être mal verrouillé. La séparation ne peut intervenir qu’en mettant à feu les moteurs de la Gemini, ce qui va secouer les deux
véhicules.
Quelques minutes après, Aldrin réalise, sans aucun problème, le troisième accostage, toujours dans le but de mettre au point les procédures d’accrochage entre l’étage de remontée du module
lunaire et la cabine Apollo en orbite autour de la Lune. Mais les responsables de la Nasa informent Lovell qu’ils renoncent au réallumage de l’étage-fusée Agena, pour propulser l’attelage
Agena-Gemini à une altitude de 760 km. Lors de son lancement, une perte de poussée de 6 % et une baisse de la vitesse de la turbine du moteur ont été constatées et l’on craint une explosion, lors
de sa remise en marche.
Aldrin va alors effectuer en orbite basse, ses trois sorties d’une durée totale record de 5 h 30, qu’il devait faire en orbite haute. La 1ère et la 3ème consistent en l’exposition de son buste et, dans cette position, il prend des photos de la Terre et des étoiles. C’est au cours de la 2ème sortie qu’il démontre avec brio que l’homme peut travailler sans fatigue, à condition de disposer de points d’appui, comme des mains courantes. Il va notamment fixer une extrémité d’un câble sur Agena et l’autre sur Gemini. Avant de réintégrer la cabine, Aldrin essuie les vitres de la capsule. Lovell lui demande alors : " Peux-tu vérifier le niveau d’huile aussi ? ".
Après la
séparation des deux engins, il est difficile à Lovell de tendre le filin entre eux, pour mettre en rotation les véhicules, afin de créer une pesanteur artificielle. La mise à feu des moteurs de
la cabine entraîne un roulis que Lovell a du mal à neutraliser, durant les quatre heures que dure l’opération. Certains de ces propulseurs de manœuvre vont, en effet, donner du souci aux
astronautes. Ils vont, soit tomber en panne, soit produire une trop faible poussée. Les deux hommes n’ont pas plus de chance avec les deux piles à combustibles qui fournissent l’électricité et
l’eau. Ils sont souvent réveillés pour déconnecter des éléments défectueux ou pour abaisser la pression d’oxygène, en raison d’une perte de puissance d’énergie. Ils doivent aussi, soit mastiquer
avec difficulté les aliments qui ne peuvent pas être hydratés complètement, l’eau des piles arrivant péniblement dans la cabine, soit purger l’excédent du liquide qui risque de noyer
les piles, empêchant l’approvisionnement en électricité.
Au moment de la rentrée où l’accélération est la plus importante, une poche contenant des manuels et des pièces, se détache de la paroi de la cabine. Par réflexe, Lovell serre ses genoux et empêche la lourde poche de passer entre ses jambes pour atterrir sur la commande des sièges éjectables, située à ses pieds. A l’altitude où se trouvait la Gemini, les chances de survie lors d’une éjection auraient été nulles. A l’issue de sa deuxième mission, Lovell devient le recordman de la durée de vol dans l’Espace.
En décembre
1966, Lovell est désigné comme doublure de Collins, pilote de la cabine Apollo, membre de l’équipage d’Apollo 3 commandé par Borman, chargé d’essayer le premier module lunaire autour de la Terre.
A la suite d’un changement dans la numérotation des vols qui prend en compte les vols inhabités, Lovell se retrouve à nouveau en décembre 1967, doublure de Collins, le pilote de la cabine
Apollo de la mission Apollo 9, pour le futur test du 2° module lunaire piloté par Borman et Anders, sur une orbite terrestre à l’apogée de 6.500 km. La Nasa va ensuite constater que le 1°
module lunaire qui doit être essayé en orbite terrestre basse lors du vol Apollo 8 dirigé par McDivitt, ne sera pas prêt pour la fin de l’année 1968. En juillet 1968, Collins quitte l’équipage
pour se faire opérer d’une excroissance osseuse et Lovell le remplace, rejoignant Borman, son compagnon de Gemini 7.
Puis, la C.I.A. va avertir la Nasa d’un possible survol lunaire effectué par les cosmonautes soviétiques avant le début de 1969. En août 1968, Low, le Directeur du programme Apollo à Houston, propose alors d’utiliser le créneau de lancement de décembre 1968 pour mettre la cabine Apollo 8 autour de la Lune, si le premier vol Apollo 7 en octobre sur orbite terrestre, est un succès. Slayton, le Directeur des équipages, ne veut pas affecter l’équipage de McDivitt sur cette mission, car il s’entraîne depuis de nombreux mois aux manoeuvres avec le 1° module lunaire, à la différence de celui de Borman que Slayton retient pour ce vol audacieux. Lovell accueille avec enthousiasme ce changement qui lui donne le rôle principal : la mise en orbite lunaire et la désatellisation.
Les trois hommes vont alors se passionner pour cette mission historique dont ils doivent être les héros, si les Soviétiques ne les devancent pas. Car en septembre 1968, ces derniers réalisent avec Zond 5 (Soyouz inhabité) un exploit remarquable : le premier aller-retour Terre-Lune, avec survol du satellite. En octobre 1968, Soyouz 3 avec Beregovoï teste le vaisseau modifié en orbite terrestre et un second survol lunaire par Zond 6 intervient en novembre 1968. Une autre fenêtre de lancement depuis Baïkonour s’ouvre le 6 décembre 1968, 15 jours avant le départ d’Apollo 8, mais les Soviétiques ne l’utilisent pas pour envoyer un équipage vers la Lune (On va apprendre plus tard qu'il était prévu de lancer un autre Zond inhabité, si Zond 6 ne s'était pas écrasé à son retour sur Terre. Le survol lunaire par des cosmonautes était alors envisagé pour février-mars 1969).
Du 21 au 27 décembre 1968, Lovell réalise sa 3° mission, à bord d'Apollo 8 (28,83 tonnes/11,14 mètres), pour le premier vol humain vers la Lune d’une durée de 6 j 3
h, avec un séjour de 20 h 10 en orbite lunaire, en compagnie de Borman et d’Anders. Depuis l’orbite terrestre, le réallumage du moteur du 3° étage de la fusée Saturn V projette les astronautes
dans un monde où personne n’est entré avant eux. Lovell observe la Terre qui s’éloigne et il signale au Centre de contrôle : "Je regarde par le hublot central et ce hublot est plus grand que la
Terre".
Puis, le 24 décembre, les astronautes offrent à l’humanité un merveilleux cadeau de Noël. Lovell met en marche pendant " les quatre minutes les plus longues de sa vie " le moteur SPS d’Apollo, afin de placer le vaisseau en orbite lunaire. Il informe le Centre de contrôle du résultat : " S’il vous plaît, soyez informé que le Père Noël existe bien. La combustion a été bonne ".
Mais les astronautes vont mal dormir, car ils ont soit trop froid, soit trop chaud et ils sont dérangés par le bruit du fonctionnement des appareils de bord. La grande fatigue des
trois astronautes ne les empêche pas de réaliser la presque totalité de leur programme : photographie de la surface lunaire, relevé topographique des futurs sites d’atterrissage, repérage des
positions géographiques où doit s’amorcer la descente des modules lunaires, mesure du champ de gravité susceptible de modifier la trajectoire des vaisseaux.
Pour le retour, Lovell met de nouveau à feu le moteur principal d’Apollo pour quitter l’orbite lunaire. A l'amerrissage, la cabine va heurter violemment la surface du Pacifique et se retourner la
tête en bas, malmenée par des vagues et des creux d’1,50 m, avant d’être redressée par des ballons fixés sur le nez de la capsule. Les astronautes attendent pendant 90 mn le lever du jour, afin
que les hommes-grenouilles puissent les sortir de la cabine.
Après sa 3ème mission, Lovell reste toujours le recordman de la durée de vol dans l’Espace et il va se confier " Pendant le vol, je ne cessais de penser à Jules Verne. Lorsque j’étais enfant, ses livres me fascinaient. Je n’aurais, alors, jamais cru qu’il me serait donné, un jour, de vivre l’une de ses histoires. Son livre " De la Terre à la Lune " a de troublants parallèles avec notre vol Apollo 8. Son véhicule spatial avait un équipage de trois hommes. Le lancement avait lieu en décembre, depuis la Floride. Et lorsqu’il revint sur Terre, il amerrit dans le Pacifique. J’aurais voulu, pour ma part, donner officiellement à notre gigantesque fusée le nom de Columbiad choisi par Jules Verne pour le gros canon qui avait envoyé ses explorateurs vers la Lune ".
En janvier 1969, Lovell est nommé comme doublure d’Armstrong, le commandant du vol historique d’Apollo 11. Il doit donc, logiquement, prendre ensuite le commandement d’Apollo 14, mais la réintégration de Shepard dans le Corps des Astronautes va modifier ces prévisions. En juin 1969, Slayton propose Shepard sur Apollo 13. Cependant, au quartier général de la Nasa, on estime qu’il ne sera pas assez entraîné au moment du vol. En août 1969, Slayton demande alors à Lovell, s’il veut être affecté sur Apollo 13 et céder sa place à Shepard sur Apollo 14. Il accepte, car il va arriver sur la Lune plus tôt que prévu. L'avenir en décidera autrement.
Du 11 au
17 avril 1970, Lovell effectue sa 4ème et dernière mission de 5 j 22 h 54 à bord d’Apollo 13 (43,92 tonnes/18,12 mètres), en compagnie de Haise et de Swigert, pour un
survol lunaire consécutif à l'annulation de l'atterrissage sur la Lune. Il devient le 1er astronaute à réaliser un 4° vol et le 1er à voler deux fois vers notre satellite, mais
c’est une maigre consolation pour Lovell qui avait " envisagé cette mission comme le couronnement de sa carrière ". Le vol débute sous de mauvais auspices. Lors du lancement, le moteur
central du 2° étage de Saturn V s’éteint trop tôt, mais les quatre autres moteurs corrigent en partie la perte de poussée qui redevient normale grâce au fonctionnement prolongé du 3°
étage.
Deux jours et huit heures après le lancement, alors que le vaisseau se trouve à 320 000 km de la Terre, le réservoir d’oxygène n° 2 explose et le gaz s’échappe du module de service.
Le réservoir n°1 est endommagé et ne peut fournir à la cabine Apollo que 80 minutes d’oxygène et de courant électrique par les trois piles à combustibles qui vont cesser de marcher, l’une après l’autre. Lovell et ses deux compagnons engagent alors une course poursuite pour réactiver le module lunaire qui va assurer la survie de l’équipage par l’apport de son oxygène, de son électricité, de son eau, de son système de navigation et de ses divers moteurs. Mais ses ressources sont limitées à 1 j 16 h et il faut que les trois hommes survivent pendant 3 j 14 h avant leur retour sur Terre.
Alors, les
spécialistes du vaisseau et les astronautes dans les simulateurs, vont trouver des solutions d’économie que Lovell, Haise et Swigert mettent en pratique, avec courage et habileté. Ainsi, la
consommation électrique des batteries du module lunaire va être réduite, l’eau rationnée et l’air à peine respirable. Lorsqu’il devient trop chargé d’oxyde de carbone et pour l’absorber, les
trois hommes se servent de cartouches d’hydroxyde de lithium des scaphandres lunaires ou du purificateur d’air fabriqué avec les moyens du bord. Trop préoccupés, les astronautes dorment peu ou
mal, ont extrêmement froid, vivent dans la pénombre et dans de mauvaises conditions d'hygiène, ne mangent pas beaucoup.
Lovell va perdre 6,3 kg. Dans le garde-manger de la cabine Apollo, certains produits alimentaires sont gelés, comme le hot-dog dont Lovell se sert pour taper sur la cloison du vaisseau, en disant : "Le son est appétissant !". Mais à chacun des quatre allumages du moteur de descente du module lunaire, les trois hommes savent qu’ils sont sur une trajectoire de retour rapide et de plus en plus précise vers leur chère planète Terre qui attend, avec impatience, l'arrivée de ses enfants en danger. Quatre heures avant la rentrée, le module de service, en partie déchiqueté, se détache. Puis, une heure avant, les sources autonomes d’électricité et d’oxygène de la cabine Apollo sont mises sous tension, avant la séparation d’avec le module lunaire que les trois hommes regardent, avec reconnaissance, s’éloigner. La cabine amerrit avec précision et avec deux records malgré tout. Celui de Lovell, pour la durée des vols cumulés et celui d’Apollo 13, la seule parmi les neuf missions lunaires, à être allée aussi loin : 400.086 km, en raison de la trajectoire particulière de survol lunaire. Interrogé sur la leçon et le titre de gloire d’Apollo 13 qui a réussi son sauvetage, Lovell répond avec modestie : " Vous pouvez le faire, si vous devez le faire ".
Slayton envisage de suite de lui donner une autre occasion de se poser sur la Lune. Il veut le désigner comme doublure de Young d’Apollo 16, puis commandant d’Apollo 19. Mais, pour ménager sa famille angoissée par son dernier vol, Lovell a déjà pris la décision de ne plus repartir dans l’Espace (Apollo 19 sera annulé en septembre 1970). En mai 1971, il est nommé Directeur-adjoint de la Science et des Applications au Centre Johnson, chargé des tâches scientifiques du programme Apollo. Il obtient la même année, un diplôme de management à l’Ecole de commerce d’Harward.
C’est en
mars 1973, que Lovell quitte la Nasa pour rejoindre la Bay-Houston Towing Compagny dont il devient Président, deux ans après. En janvier 1977, il prend la présidence de la Fisk
Telephone Systems Inc. de Houston, spécialisée dans les équipements de communications. Lovell se rend en France à
deux occasions. La première fois en juin 1976 à Sainte-Mère-Eglise, accompagné de ses collègues Cernan, Evans et Carr pour la commémoration du 32° anniversaire du débarquement en Normandie. La
seconde fois en juin 1978 à Lyon avec d’anciens astronautes et des cosmonautes pour participer au Congrès Espace et Civilisation organisé par Albert Ducrocq, le Président du Cosmos Club de
France.
En janvier 1981, Lovell est Vice-président de Centel Business Communications Systems jusqu’en 1993. Il crée alors la société Lovell Communications. Il va aussi coordonner les expériences des
étudiants, embarquées dans les navettes spatiales et devenir Consultant au Conseil de la Présidence des Etats-Unis, pour les Sports et l’Education Physique. En 1999, il ouvre un restaurant
familial, le Lovell’s of Lake Forest, décoré de souvenirs spatiaux et où son fils est Chef-cuisinier. Il va également faire partager son expérience d’astronaute et d’homme d’affaires,
en tenant des conférences dans les collèges et les universités, pour inciter les jeunes à faire carrière dans le spatial.
Après avoir été professeur à West Point, il devient en 1960, élève à
l’Experimental Test Pilot School d’Edwards où Stafford, un futur astronaute, lui apprend le métier de pilote d’essai. L’année d’après, sur la suggestion de Borman, le Centre est rebaptisé The
Aerospace Research Pilot School, puisque les techniques spatiales sont maintenant au programme. Il devient instructeur dans cette école jusqu’à son admission à la Nasa et il fait la
connaissance de Collins et de Scott qui vont être recrutés en 1963, comme astronaute.
Du 4 au
18 décembre 1965, Borman effectue sa 1ère mission record de 13 j 18 h 35 à bord de Gemini 7 (3,65 tonnes/5,74 mètres) autour de la Terre, en compagnie de Lovell. Pendant
l'ascension, la poussée de leur fusée Titan II est légèrement inférieure aux prévisions et place la Gemini sur une orbite dont l’apogée va devoir être relevé grâce aux moteurs du vaisseau. Durant
quinze minutes, la cabine vole en formation entre 20 et 45 m, avec le 2° étage du lanceur qui culbute, en crachant le reste de son carburant. Les astronautes commencent ensuite leurs expériences
médicales et prennent des photos de la Terre et des étoiles.
Ils simulent la rencontre de l’étage de remontée du module lunaire avec la cabine
Apollo en orbite autour de la Lune. Gemini 6 revient sur Terre et Gemini 7 continue sa ronde.
Borman est
désigné en décembre 1967, commandant du vol Apollo 9 pour piloter le 2° module lunaire sur une orbite terrestre à l’apogée de 6.500 km. Il informe Slayton qu’il s’agira de sa dernière
mission, car il veut profiter de sa famille dont il a été trop souvent éloigné. La Nasa va ensuite se rendre compte que le 1° module lunaire qui doit être essayé en orbite terrestre basse
lors du vol Apollo 8 commandé par McDivitt, ne sera pas prêt pour la fin de l’année 1968.
Du 21 au
27 décembre 1968, Borman réalise sa 2° et dernière mission, à bord d'Apollo 8 (28,83 tonnes/11,14 mètres), pour le premier vol humain vers la Lune d’une durée de 6 j 3 h,
avec un séjour de 20 h 10 sur orbite lunaire, en compagnie d'Anders et de Lovell, à nouveau. Depuis l’orbite terrestre, le réallumage du moteur du 3° étage de la fusée Saturn V propulse les
astronautes dans un univers où personne n’a pénétré avant eux.
En
regardant la Terre à 378.504 km, il lui est " difficile de croire que cette petite boule peut contenir tant de problèmes et tant de frustrations ".
Borman quitte la Nasa en juillet 1970, à 42 ans, pour redevenir comme en 1966 et 1968, ambassadeur spécial des Etats-Unis, chargé de négocier la libération des
prisonniers de guerre américains au Vietnam, car le président Nixon a remarqué ses qualités de diplomate lors de son voyage en Union Soviétique et à l’occasion de l’épisode de Luna 15.
Il va tenir, avec talent et succès, son rôle de médiateur dans des tournées en Extrême Orient et en Europe, notamment à Paris où il rencontre des Nord-Vietnamiens.
Une crise
dans le transport aérien va entraîner des conflits sociaux, puis des pertes financières. Plus de deux cents compagnies vont alors disparaître ou être absorbées comme Eastern Airlines qui
est rachetée par Texas Air dont Borman devient vice-président en juin 1986.
Après un agréable
séjour, il retourne sur le sol du Nouveau Monde pour apprendre à piloter à Barstow (Floride) avant de rejoindre Bryan (Texas) afin de suivre une formation de pilote de chasse. Lorsqu’il est
affecté ensuite à la base aérienne de Neillis (Californie), Aldrin n’ignore pas que son entraînement sur le chasseur-intercepteur F-86, a pour but de le préparer au combat qui se déroule en
Corée. La guerre a éclaté, en juin 1950, par l’invasion des Nord-coréens dans le sud du pays soutenu par les Etats-Unis. Il part en décembre 1951 et, deux mois plus tard, il effectue la première
des 66 missions au-dessus du territoire ennemi. A deux reprises, il rencontre et abat un Mig-15 dont le pilote peut s’éjecter en parachute.
Comme à son
habitude, Aldrin est le plus brillant, mais il ne veut pas se contenter d’une maîtrise. Son objectif, c’est le doctorat qui exige cependant une année et demie d’études supplémentaires. Il sait
qu’il sera alors trop âgé pour aller à Edwards. Il prend néanmoins la décision de rester au MIT, convaincu qu’il ne sera plus obligatoire d’avoir une formation de pilote d’essai pour être
astronaute.
Aldrin est
affecté sur le programme Gemini, l’école où la Nasa va apprendre s’il est possible de rester longtemps dans l’Espace, d’effectuer des rendez-vous et de travailler à l’extérieur d’un vaisseau. Cet
apprentissage doit lui permettre de réussir l’examen d’entrée dans le programme lunaire Apollo.
En janvier 1966,
Aldrin est à moitié satisfait par sa nomination comme doublure de Collins sur Gemini 10. Puisqu’il apparaît que Slayton effectue ses calculs avec une règle de 3 pour sélectionner les
équipages, une doublure ne vole, par conséquent, que trois missions plus tard. Pour Aldrin, ce serait sur Gemini 13, mais le programme se termine malheureusement avec Gemini 12. Il voit donc ses
chances de partir réduites à néant dans le cadre du programme Gemini.
Du 11 au 15
novembre 1966, Aldrin effectue sa 1ère mission de 3 j 22 h 34 mn sur Gemini 12 autour de la Terre, en compagnie du commandant de bord Lovell. La fusée Titan II d’une
masse de 150 tonnes et de 27 mètres de haut, pousse le vaisseau de 3,65 tonnes et de 5,74 m dont les parois supportent une température de 300° C, lors de la traversée de l’atmosphère. Une fois en
orbite, la Gemini résiste aux
Lovell procède
à deux amarrages avec l’étage-fusée, puis c’est au tour d’Aldrin d’accomplir la troisième et dernière jonction, simulant l’accrochage entre l’étage de remontée du module lunaire et la cabine
Apollo autour de la Lune. Malheureusement, le moteur de l’Agena est défectueux et il n’est pas ré-allumé pour propulser l’attelage Agena-Gemini à une altitude de 760 km d’où Aldrin devait
effectuer ses trois sorties qui se déroulent donc en orbite basse.
Aldrin va
être tour à tour, mécanicien, électricien et plombier. Il visse et dévisse des écrous. Il déplace et remet en place des poignées. Il sectionne et raccorde des fils électriques. Il sépare et joint
des tuyaux. Il travaille avec facilité et sans aucune fatigue. Aldrin démontre brillamment que l’homme peut réaliser une besogne importante à l’extérieur d’un vaisseau, sous réserve qu’il
respecte des périodes de repos, qu’il effectue des gestes lents et qu’il dispose de nombreux points d’appui. Avant de réintégrer la cabine, il détache la rampe entre la Gemini et l’Agena, puis la
lance en s’exclamant : « Je suis maintenant le premier lanceur de javelot de l’Espace ! ». Kraft résume son travail par ces mots : « Superbe performance ! ».
Le programme
Gemini terminé, Aldrin rejoint le programme Apollo dans lequel il commence à jouer un rôle majeur. Ainsi, les astronautes s’inquiètent sur les mauvaises conditions d’éclairage par le soleil de
l’étage de remontée du module lunaire (LM) au moment du rendez-vous avec Apollo autour de la Lune. Aldrin va alors proposer que le LM prenne une position particulière qui permette au pilote de la
cabine de mieux le voir. Son concept est adopté à l’unanimité.
A l’issue d’une
réunion tenue le 14 février 1969 concernant le planning de la mission Apollo 11, il apparaît qu’il serait plus logique que le commandant quitte le LM en premier. A l’intérieur du module lunaire,
il se trouve à gauche du poste de pilotage d’où il peut accéder plus facilement à l’écoutille de sortie. De plus, il a davantage de place pour revêtir son scaphandre et endosser un des deux
systèmes de survie stockés derrière le copilote. Ainsi, on évite une permutation compliquée entre les deux hommes dans l’étroit habitacle.
Du 16
au 24 juillet 1969, Aldrin effectue son 2ème et dernier vol de 8 j 3 h 18 mn sur Apollo 11 (43,81 tonnes/18,12 mètres) en compagnie d’Armstrong et de Collins. Ils vont
vivre la plus extraordinaire aventure des temps modernes qui commence par le départ de la puissante Saturn V. Pendant près d’une minute, Aldrin a l’impression de glisser sur un circuit constitué
d’une succession de montées et de descentes rapides avec, comme bruit de fond, un grondement semblable à celui d’un avion au décollage.
Après la mise
en orbite du vaisseau autour de la Lune et la séparation du module lunaire de 15,09 tonnes et de 6,98 mètres de haut, l’épreuve de vérité commence. A 15 km d’altitude, le moteur de descente du LM
s’allume une dernière fois pour douze minutes et demie. Aldrin lit à haute voix les paramètres qui défilent sur les cadrans, tandis qu’Armstrong tient compte de ses indications pour agir sur les
commandes. Ce n’est pas l’affolement de la mémoire de l’ordinateur qui empêche le commandant de bord de poser le module lunaire Eagle sur la Mer de la Tranquillité, après avoir évité une zone
d’atterrissage couverte de rochers menaçants. Les deux hommes se tournent alors l’un vers l’autre et se tapent sur l’épaule.
Pour
Aldrin, « Il règne sur la Lune une atmosphère extraordinaire, presque mystique ». Il est étonné par le contraste entre l’ombre et la lumière : « Le LM, noir, argent et or,
brille comme un bijou dans ce décor sans couleurs ». Il constate aussi un phénomène étrange qui le bascule quelques secondes dans le fantastique et auquel il s’habitue par la suite. La
lumière intense du soleil va pénétrer par le côté de sa visière et créer un reflet à l’intérieur de son casque. Aveuglé, il fait quelques pas pour se retrouver dans l’ombre. C’est à cet
instant précis qu’il s’aperçoit que ce reflet lui montre son visage comme dans un miroir. Aldrin remarque également que lorsqu’il marche, il faut qu’il anticipe, quatre pas à l’avance, le moment
où il veut s’arrêter. Pour tourner, il doit exécuter une lente rotation et pour courir, il se comporte comme un rugbyman qui serpente entre les adversaires pour ne pas être plaqué au sol.
De retour sur
Terre, Aldrin et ses deux coéquipiers sont recouverts par l’avalanche des demandes d’apparition en public. Ils doivent parcourir les Etats-Unis pour partager leur expérience avec des millions de
personnes. Mais le 15 septembre 1969, Aldrin est attristé lorsque le directeur de la Poste de Washington leur présente le timbre commémoratif de l’évènement spatial. C’est un dessin qui montre
Armstrong posant le pied sur le sol lunaire avec comme légende : « Premier homme sur la Lune ». Aldrin aurait préféré que le pluriel soit employé. Au cours de leur voyage, il est
d’ailleurs souvent irrité par les questions des journalistes qui veulent connaître sa réaction en tant que « second ».
En juillet 1971,
Aldrin quitte la Nasa, à l’âge de 41 ans, pour exercer sa nouvelle charge. Sous traitement antidépresseur, il parvient néanmoins à apporter de la vitalité et de l’humanité dans
les activités et les relations à l’intérieur de la base d‘Edwards. Il est heureux aussi de retourner en Europe avec douze élèves pilotes d’essai pour découvrir les écoles de formation, notamment
celle d’Istres près d’Aix-en-Provence. Mais au retour, sa hiérarchie refuse d’adresser à l’état-major son rapport qui préconise l’utilisation d’un plus grand nombre d’appareils pour
l’entraînement des élèves, à l’exemple des Anglais. Contrarié et déjà fragilisé, il plonge gravement dans la dépression.
En 1983, Aldrin
est Consultant en sciences chez Beverly Hills Oil Compagny et il visite, en juin, le Salon du Bourget. De 1985 à 1988, il occupe le poste de directeur et de professeur au Centre des sciences
spatiales de l’Université du Dakota du Nord. A partir de 1986, il coordonne aussi, chez Science Applications International Corporation, les réunions de travail des anciens astronautes d’Apollo,
en vue du développement d’un système de transport spatial permanent Terre-Lune-Mars. L‘année suivante, il assure la présidence de la National Space Society dont le but est de promouvoir l’Espace
auprès du public et des politiques. En 1989, il occupe les fonctions de Consultant au Département aérospatial de l’Université de Grand Forks.
En 1949,
il débute son entraînement de pilote de chasse à Pensacola puis, de la mi-51 au printemps 52, il participe à la guerre de Corée. Les troupes nord-coréennes et chinoises ont, en effet, envahi la
Corée du sud, mais elles vont être repoussées par les unités américaines et celles de l’Onu, grâce à l’appui des forces aériennes. Neil Armstrong est affecté à l’escadrille 51 du porte-avions USS
Essex stationné au large de la côte est de la Corée du nord, dans une zone où il n’y a pas de combats aériens. Les 78 missions à basse altitude qu’il effectue sur un F9F-2 Panther consistent
à détruire des ponts et des voies ferrées. Il lui arrive de revenir avec son appareil criblé par les projectiles tirés par les canons de la DCA. Un jour, son avion percute un câble
antiaérien qui sectionne deux mètres de l'aile droite alors qu'il se trouve au-dessus du territoire ennemi. Avec sang-froid et adresse, il parvient à regagner le sud où il s'éjecte. A l’automne
52, il retourne à l’Université de Purdue et termine ses études en janvier 1955, avec une licence en aéronautique.
En janvier 1959, il ne
répond pas à l'invitation de la Nasa pour devenir astronaute "parce que dans un avion" il a "la possibilité de contrôler la machine, comme un peintre son pinceau ".
Le 16 mars
1966, Neil Armstrong, en compagnie de Scott, effectue son 1er vol de 10 h 41 mn autour de la Terre, à bord de Gemini 8 (3,78 tonnes/5,74 mètres).
Simulant l’étage de remontée du module lunaire, la cabine pilotée par Armstrong accoste l’étage-fusée Agena 8, représentant Apollo en orbite autour de la Lune.
Les
astronautes ne peuvent plus lire les cadrans et ils sont si secoués qu’ils redoutent un évanouissement et une dislocation de la Gemini. Le pouls d’Armstrong s’élève à 150 pulsations par minute,
mais il prend la bonne décision. Il coupe le système des moteurs de manœuvre (OAMS) et allume les moteurs verniers (RCS) situés sur le nez du vaisseau, dans l’espoir d’enrayer le mouvement de
toupie.
Le
6 mai 1968, l’engin se cabre à une altitude de 30 mètres et il a juste le temps d’actionner son siège éjectable, avant que le véhicule ne se retourne et s'écrase. La Nasa veut suspendre l’usage
du LLTV, jugé trop dangereux. Armstrong et ses collègues persuadent l’Administration de l’Espace d’apporter les modifications nécessaires, car c’est le seul engin qui permette une simulation
réelle des conditions d’atterrissage du module lunaire (LM).
Du 16
au 24 juillet 1969, Neil Armstrong réalise sa 2ème et dernière mission de 8 j 3 h 18 mn à bord d’Apollo 11 (43,81 tonnes/18,12 mètres) en compagnie
d’Aldrin et de Collins. Lorsque notre satellite situé à 370 000 km de la Terre apparaît dans le hublot, Armstrong éprouve un sentiment de sérénité : " La Lune semblait, pour nous
accueillir, montrer sa rondeur, sa ressemblance avec notre Terre. Je me sentis certain, à cet instant, qu’elle serait hospitalière. Depuis une éternité, elle attendait son premier
visiteur ".
Les deux astronautes sont tellement impatients de sortir du LM qu’ils renoncent au
repos prévu. Ce 21 juillet 1969, Armstrong descend lentement l’échelle et il pose doucement sa botte gauche sur le sol lunaire en déclarant : " C’est un petit pas pour un homme, un
grand bond pour l’humanité ".
Le séjour de 21 h 36 mn terminé, ils décollent à bord de l’étage de remontée du LM pour
retrouver Collins dans la cabine Apollo. Les trois astronautes quittent l’orbite lunaire sur laquelle le vaisseau est resté pendant 2 j 11 h 30 mn. Sur le chemin de la rentrée et lors d’une
émission télévisée dans la cabine baptisée Columbia en raison du symbole national et en l’honneur de Jules Verne, Armstrong rappelle la prédiction de l’écrivain français : " Il y a
cent ans, Jules Verne a écrit un livre décrivant le voyage vers la Lune. Son vaisseau spatial, la Columbiad, partit de Floride et amerrit dans le Pacifique après être allé jusqu’à la Lune ".
A leur arrivée, ils lisent un télégramme particulier : " Nous, cosmonautes soviétiques, avons suivi votre vol avec attention et une grande émotion. Nous vous félicitons de toute notre âme
pour le succès de votre remarquable expédition sur la Lune et votre retour réussi sur la Terre ".
Le lendemain, Neil Armstrong s’émerveille devant la
maquette grandeur nature du Concorde exposée à l’aéroport d’Orly : " Quand un avion est réussi sur le plan esthétique et c’est le cas de Concorde, il est bien rare qu’il ne soit pas
réellement une réussite sur le plan technique ". A défaut de prendre les commandes de ce bel oiseau blanc, il a l'occasion, plus tard, de copiloter un Airbus au-dessus des
Pyrénées. Son compagnon est Patrick Baudry, le second spationaute français, mais le premier à prendre place à bord d'une Navette américaine, Discovery.
Après ses huit années de carrière dans l’enseignement, Armstrong va
occuper, en parallèle ou successivement et sur une période de vingt ans, le poste de président du conseil d’administration ou de président-directeur général dans plusieurs entreprises ou
sociétés : la Cardwell International, la Computing Technologies for Aviation, l’AIL Systems, l’USCX Corporation, l’United Airlines, la Cinergy Corp, la Cincinnati Milacrom, l’US Steel Corp.,
l’Eaton Corp., l’Ohio National Financial Services, le Cincinnati Museum of Natural History.