Le 5° cosmonaute, Valéri F. Bykovsky,
est né le 2 août 1934 à Pavlov-Posad (Terre). A l’âge de 7 ans et jusqu’à 14 ans, il séjourne à Téhéran où son père exerce un métier dans les transports. De retour en Union Soviétique, il continue ses études et il apprend à piloter à 17 ans dans un aéroclub de Moscou. En 1952, Bykovsky est admis à la Haute Ecole Kacha de l’Armée de l’Air qu’il quitte trois ans après, avec son diplôme en aéronautique. Il devient alors pilote de chasse et instructeur parachutiste dans le district militaire de Moscou.

En mars 1960, Bykovsky rentre à l’âge de 26 ans dans le 1er Corps de cosmonautes. Il est chaleureux mais se maîtrise difficilement. Il peut abandonner soudainement une conversation absorbé par ses pensées ou être brutal dans ses propos et devenir de suite après d’une politesse extrême. Il s’intéresse à la politique et aux sports.

Du 14 au 19 juin1963, Bykovsky effectue un 1er vol de 4 j 23 h 06 mn, autour de la Terre, à bord de Vostok 5 (4,72 tonnes/4,40 mètres). Il est choisi à cause de son poids car la cabine est déjà alourdie pour un vol record de huit jours. Mais le Vostok est placé sur une orbite plus basse que prévue.

La durée de la mission est donc ramenée à cinq jours, ce qui constitue malgré tout une performance et aujourd’hui, Bykovsky est toujours détenteur de ce record en vol solitaire, quarante-deux ans après. C’est le deuxième vol jumelé soviétique car le surlendemain, Valentina Tereshkova, la première femme de l’Espace, s’approche à 5 km de lui, dans Vostok 6. Ce long séjour donne à Bykovsky le temps de réaliser de nombreuses observations de la Terre et des expériences scientifiques. 

Après la mise à feu des rétrofusées, la cabine reste attachée par les courroies métalliques au module de service. Bykovsky est violemment secoué jusqu’à ce que la chaleur de la rentrée dans l’atmosphère brûle les attaches. Il s'éjecte de la cabine et il atterrit avec son parachute entre deux arbres. Il se dirige ensuite dans une voiture Volga vers son Vostok qui s’est posé à 1,8 km de lui.

Après son vol, Bykovsky forme le premier piéton de l’Espace Leonov occupant le Voskhod 2 en mars 1965, puis il est nommé chef de l’entraînement des cosmonautes pour les vols Soyouz. Le 24 avril 1967, Bykovsky se prépare au lancement de son Soyouz 2 qui doit s’amarrer au Soyouz 1 de Komarov parti la veille. Son vol est annulé car Komarov connaît de graves ennuis en orbite et il revient précipitamment le 24, pour se tuer malheureusement dans son Soyouz qui s’écrase, en raison d’une mauvaise ouverture du parachute.

Bykovsky est alors affecté au programme lunaire qui comprend le survol (L1) et l’atterrissage (L3). En septembre 68, il fait partie avec Roukavichnikov du premier des trois équipages L1, avant d'être remplacés par le tandem Leonov-Makarov. En novembre 68, Zond 6 (Soyouz inhabité) de retour du 2° survol de la Lune, se dépressurise puis son parachute s’ouvre trop tôt et il s’écrase sur Terre. Il est prévu à ce moment-là qu’un autre Zond lancé par la fusée Proton parte en janvier 69, avant qu’un équipage ne s’envole en mars 69. Les responsables pensent aussi qu’Apollo 8 qui va s’élancer en décembre 68 vers la Lune a peu de chance de réussir.

Mais Apollo 8 parvient à se mettre en orbite lunaire et les autorités décident d’abandonner le programme L1. "A quoi bon être second pour faire moins bien ?". Bykovsky commence alors son entraînement pour l’atterrissage sur la Lune (L3), dans l’attente des essais de la fusée géante N-1. Mais elle va essuyer au lancement quatre échecs consécutifs : en février 69, juillet 69, juin 71 et novembre 72. Les Américains abandonnent la Lune en décembre 72 après six atterrissages Apollo depuis juillet 1969. Le programme L3 est annulé.

Bykovsky amer, est désigné directeur de l’entraînement de l’équipage de Soyouz 19 qui s’amarre en juillet 1975 au vaisseau Apollo, lors de la première mission américano-soviétique en orbite terrestre, Apollo-Soyouz. Entre-temps, Bykovsky obtient son diplôme de docteur ès sciences techniques de l’Académie Joukovski, pour avoir soutenu une thèse sur la navigation stellaire, en complément de son diplôme d’ingénieur en aéronautique.

Du 15 au 23 septembre 1976, Bykovsky réalise en compagnie d’Aksyonov une 2° mission de 7 j 21 h 52 mn autour de la Terre à bord de Soyouz 22 (6,57 tonnes/6,98 mètres).

Une caméra est-allemande fixée à l’avant du vaisseau, est chargée de la télédétection des ressources terrestres au profit de l’Allemagne de l’Est et de l’Union soviétique.

En 1977, Bykovsky est affecté au programme Intercosmos qui permet à des pays de l’Est de faire voler leur cosmonaute et les expériences
de leurs scientifiques.
 

Du 26 août au 3 septembre 1978, Bykovsky effectue avec l’Allemand de l’Est Jähn, son 3° et dernier vol de 7 j 20 h 49 autour de la Terre, à bord de Soyouz 31 (6,60 tonnes) qui s’amarre à la station Saliout 6 occupée par Kovalyonok et Ivanchenko, arrivés dans Soyouz 29 pour une mission de 140 j.

Des expériences sur les sciences de la vie, sur les sciences des matériaux et sur l’observation de la Terre sont réalisées. L’équipage revient à bord de Soyouz 29 et laisse leur Soyouz 31, accroché à Saliout 6. 

Après sa dernière mission, Bykovsky dirige pendant dix ans l’entraînement des cosmonautes de la Cité des Etoiles puis il quitte le programme spatial en 1988. Il devient Directeur de la Maison Soviétique de la Science et de la Culture à Berlin, de 1989 à 1991.


Le 5° astronaute, Walter (Wally) M. Schirra
Jr, est né le 12 mars 1923 à Hackensack (Terre). Ses parents sont passionnés par la voltige aérienne. Pendant les fêtes foraines et les kermesses, on peut voir son père, un ancien pilote de chasse de la première guerre mondiale, réaliser un numéro au cours duquel sa mère se tient debout sur l'aile d'un biplan. Quant à Wally, ses centres d'intérêt sont la course automobile et la trompette. A l'âge de 13 ans, il change d'avis après avoir effectué son premier vol, en tant que passager, à bord de l'avion de son père. 

Wally sait déjà piloter lorsqu'il est admis, en 1941, au Newark College of Engineering pour suivre des cours en aéronautique. Le 7 décembre de cette année, le bombardement japonais de la Flotte américaine à Pearl Harbor (Iles Hawaï) le décide à choisir la carrière militaire pour défendre son pays qui entre dans la Seconde Guerre mondiale. Il rejoint, en 1942, l’US Naval Academy d’Annapolis d’où il sort, trois ans plus tard, avec sa licence en sciences. Il choisit tout naturellement de faire carrière dans l'Aéronavale. Schirra est alors affecté sur le croiseur USS Alaska, puis sur le navire Estes de l’Etat-major de la 7° Flotte stationné en mer de Chine. En 1946, il commence son entraînement d’aviateur à Pensacola et, deux ans après, il obtient son diplôme. Il débute ainsi comme pilote de chasse sur porte-avions.

En 1951, Schirra est mis à la disposition de l'Armée de l'Air, pour participer à 90 missions de combat aux commandes du chasseur F84E, pendant la guerre de Corée. De retour aux Etats-Unis, en 1952, il rentre au Naval Ordnance Test Station de China Lake où il procède aux essais du missile Sidewinder, puis il est affecté sur le porte-avions Lexington. En 1957, il se trouve à l'Ecole des Officiers de sécurité de la Marine, puis, un an plus tard, à l'Ecole des pilotes d'essai de l'Aéronavale de Patuxent River. Il fait la connaissance des futurs astronautes Conrad, Lovell et Gordon. En tant que pilote d’essai, il expérimente les chasseurs Skyray, Tiger et Crusader.

En avril 1959, Schirra rentre dans la 1ère équipe des astronautes, à l’âge de 36 ans. Ses plaisirs sont la chasse, le ski, la voile et la conduite de sa voiture de sport, une Maserati, et de son bateau baptisé "Compte à rebours". Il apprécie aussi la musique, la lecture des romans policiers et ceux de science-fiction de Martin Caidin. Dans le travail, il est très méticuleux. Il ne manque jamais de sourire. C'est un boute-en-train, mais son humeur peut être la meilleure ou la pire. Il adore faire des farces suivies chaque fois par un "J’ t’ai eu !".

Un jour, ses collègues décident d'agir eux-aussi. Ils lui offrent un magnifique et gros ouvrage orné d'une superbe reliure en cuir marron, portant un long titre en or : "Les Aventures galantes du Capitaine Walter Schirra de la Marine des Etats-Unis". Un petit discours précède la remise de ce cadeau, pour le remercier de son humour. Très ému, Schirra ouvre le livre et il constate, stupéfait, qu'il est entièrement composé de pages blanches !

Prévu comme doublure de Slayton pour la mission Mercury 7, il pense le remplacer après que les médecins aient découvert que son coeur battait de façon irrégulière. Mais Williams, le Directeur des opérations, sélectionne, en avril 1962, Carpenter, la doublure de Glenn sur Mercury 6. Schirra, mécontent, se retrouve alors comme son remplaçant éventuel pour le vol de mai 1962.

Le mois suivant, c'est enfin son tour d'être désigné sur Mercury 8 pour six orbites au lieu des trois effectuées au cours des deux précédentes missions. La veille de son départ pour l'Espace, Schirra avertit les responsables chargés des communications lorsqu'il sera en orbite : "Je veux qu'on me fiche la paix. Pas question d'accepter les bons voeux des amiraux ou des généraux !"

Le 3 octobre 1962, à bord de Mercury 8 (Sigma 7 : 1,37 tonne/3,34 mètres), Schirra accomplit un 1er vol de 9 h 13 mn autour de la Terre. Lors du lancement, sa fusée Atlas brûle beaucoup trop vite le propergol et l’officier de sécurité se prépare à la détruire, après l’éjection de Schirra. Heureusement, la situation redevient normale quelques secondes après.

A la fin de la première révolution, le chauffage du scaphandre est si élevé que l’on s’apprête à mettre fin au vol, mais Schirra peut annoncer, triomphant : "J’ai pu contrôler la température de ma combinaison !".

De retour, il caresse la Mercury, en déclarant :  "C’est un gentil petit oiseau".La mission est considérée comme la plus réussie, car Schirra est arrivé à réduire la consommation de carburant et d'électricité.

Deux ans après, le mauvais scénario de sélection se répète, au grand agacement de Schirra. Nommé doublure de Shepard pour la mission Gemini 3, il espère le remplacer, après qu'un examen médical ait confirmé des troubles de l'équilibre. Mais Slayton, devenu Directeur des équipages, choisit Grissom en avril 1964. Schirra est désigné comme son éventuel remplaçant pour le 1er vol de Gemini de mars 1965. Le matin du lancement, il glisse un sandwich dans une des poches de la combinaison de Young, le coéquipier de Grissom, en lui disant : "Tu le donneras à Gus au moment du repas".

Un an plus tard, Schirra est commandant du vol Gemini 6. Il est prévu que son vaisseau s’amarre à l’étage-fusée Agena, mais la fusée porteuse Atlas explose en vol, le 25 octobre 1965. La Nasa décide alors que le rendez-vous se fera avec Gemini 7. Le 12 décembre suivant, les moteurs du lanceur Titan II, coiffé de la Gemini 6, s’allument, puis s’arrêtent au bout de 1,2 seconde. Schirra garde son sang-froid. Il n’actionne pas son siège éjectable et celui de Stafford dont leur mise à feu aurait non seulement détruit la cabine, mais aurait pu briser la colonne vertébrale des astronautes par l'accélération brutale imposée.

Du 15 au 16 décembre 1965, Schirra, en compagnie de Stafford, effectue enfin son 2° vol d’1 j 1 h 51 autour de la Terre, à bord de Gemini 6 (3,54 tonnes/5,74 mètres).

Schirra pilote la cabine et réussit à s’approcher jusqu’à 30 cm de Gemini 7 lancée le 4 décembre et occupée par Borman et Lovell, réalisant ainsi le 1er rendez-vous spatial. Borman de l’Usaf peut alors lire la pancarte "A bas l’Armée de l’Air !" collée par Schirra de la Navy, sur un hublot de Gemini 6. Les deux vaisseaux  simulent la rencontre, autour de la Lune, de l'étage de remontée du module lunaire et de la cabine Apollo. L'éloignement des deux cabines intervient 5 h 18 mn plus tard.

Au cours du vol, Schirra va improviser une mise en scène pour affoler le centre de contrôle. Il demande à Stafford, connu pour son sérieux, d'annoncer l'apparition d'un OVNI. Le suspense dure plusieurs minutes, avant que Stafford le décrive comme étant le Père Noël filant sur son traîneau ! La farce se termine avec les premières notes de "Jingle Bells", joué par Schirra avec un harmonica, tandis que Stafford agite des clochettes.

En évacuant les urines dans l'Espace, Schirra s'aperçoit que le liquide se transforme en petits cristaux gelés que le soleil fait briller. Malicieux, il prend alors une photo de ce curieux phénomène, avec une idée derrière la tête. De retour sur Terre, les pellicules sont développées et les clichés examinés en présence des astronautes et des scientifiques. Au moment où les astronomes se penchent sur la photo "particulière", l'un d'eux demande comment s'appelle cette constellation d'étoiles. Schirra répond alors : "C'est Urion !".

En septembre 1966, Schirra est sélectionné en tant que commandant de la cabine Apollo 2, une répétition du vol Apollo 1 prévu début 1967. Il se plaint, car il aurait préféré une mission plus ambitieuse lui permettant de tester le module lunaire en orbite terrestre. Il démontre aux responsables l'inutilité de ce vol qui est annulé deux mois plus tard. Mais Schirra se retrouve alors comme une simple doublure de Grissom, le commandant d'Apollo 1. Exaspéré, il dit à qui veut l'entendre : "Slayton (Le Directeur des équipages) et Shepard (Le Chef du Bureau des astronautes) ont cassé ma carrière !".

Le 27 janvier 1967, Grissom meurt dans l'incendie de la cabine Apollo 1 avec White et Chaffee, au cours d'une séance d'entraînement. Quatre mois plus tard, Schirra est ainsi désigné commandant du premier vol. Il désire, par la suite, se poser sur la Lune, mais Slayton lui propose d’occuper la future station orbitale terrestre Skylab. Il refuse d’être "un demi-astronaute", selon son expression. Quinze jours avant son décollage, il annonce qu'il ne repartira plus pour l'Espace après sa prochaine mission.

Du 11 au 22 octobre 1968, Schirra réalise son 3° et dernier vol de 10 j 20 h 09 autour de la Terre, à bord d'Apollo 7 (14,67 tonnes/11,14 mètres) avec Eisele et Cunnningham. C’est le 1er vol d’une cabine Apollo et Schirra, à 45 ans, est le plus âgé des astronautes, mais aussi le premier à voler 3 fois et sur 3 vaisseaux différents.

Il attrape un mauvais rhume et le passe à ses coéquipiers. Comment ? Parce qu’un radiateur a gelé, entraînant une baisse de température ou parce qu’il a chassé les pieds dans les marécages de Cap Kennedy, deux jours avant son lancement ? Ou les deux causes réunies ? Sa température s'élève à 37°9 et sa transpiration atteint le double de la normale. La voix enrouée, il avertit le Centre de contrôle : "J'ai usé douze mouchoirs. J'ai déjà pris deux aspirines, mais je voudrais quelque chose de plus fort". Le médecin de service lui recommande alors de l'Actifed.

Le plan de vol est surchargé de vérifications du vaisseau, mais des contrôleurs veulent en modifier certaines et en rajouter d’autres.  Les trois hommes deviennent irritables. Schirra parle de "bricolages à la Mickey, de tests mal préparés dont les données sont rejetées par l’ordinateur de bord, de procédures conçues à la va-vite par des crétins qui se prennent pour le nombril du monde". Schirra hausse le ton : "Nous n’avons pas recueilli les informations que vous désirez. Nous n’accepterons plus qu’on se paye notre tête en nous faisant faire des tests dont nous n’avons jamais entendu parler". Kraft, le Chef des opérations en vol, n'apprécie pas le comportement des astronautes qui va avoir des répercussions sur la suite des carrières d'Eisele et de Cunningham, Schirra ayant déjà annoncé son départ. 

Au cours du vol, l'équipage effectue, avec succès, les huit allumages du moteur SPS de 9,3 tonnes de poussée pour le rendez-vous avec l’étage S-IVB de leur fusée Saturn-IB et pour d'autres manœuvres qui vont consommer plus de combustible que prévu. Il photographie également des régions de la Terre.

C'est la première fois qu'une caméra de télévision est embarquée à bord d'un vaisseau, malgré les réticences de Schirra. Aussi, lorsque vient le moment de l'utiliser, il avertit le sol : "J'ai à m'occuper d'autres choses que de faire le singe pour les télespectateurs américains !". Plus tard, il accepte, mais il est piqué au vif lorsqu’un contrôleur leur reproche d’avoir trop joué les comiques lors d’une retransmission et leur suggère de trouver un meilleur scénario et de meilleurs acteurs. Mais le théâtral Schirra ne peut quitter la scène spatiale sans donner une dernière de ses représentations. Il déclame : " Et maintenant, voici les grands acrobates de l'Espace ! ". Les télespectateurs assistent alors à une série de numéros de voltige et de nage. Puis, dans le style des annonces qui fleurissent sur le petit écran américain, il présente, devant la caméra, des feuilles de papier sur lesquelles il a écrit : "Continuez à nous envoyer des cartes et des lettres". Les réponses vont ainsi s'accumuler par milliers au Centre spatial Kennedy.
En raison de leur état de santé, Schirra décide que l’équipage ne portera pas de casque et les gants pour la rentrée, afin d’éviter que la surpression cause des dégâts au tympan et qu’ils puissent se moucher au cours de la descente et des changements brusques de pression. Slayton refuse pour des raisons de sécurité. Schirra lui répond : "Désolé, Deke ! A moins que tu puisses monter pour nous les mettre, nous redescendrons sans eux !" 

A l’amerrissage, une vague et le vent dans les parachutes retourne la cabine dans une position inconfortable pour les astronautes, avant son redressement par des ballons. La réussite du vol donne le feu vert pour le lancement d'Apollo 8 autour de la Lune.

En juillet 1969, Schirra quitte la Nasa pour être nommé Président de la Regency Investors, chargée de la mise en valeur des ressources humaines et minérales des régions. Il devient aussi commentateur spatial sur la chaîne CBS et Directeur du comité d’organisation des Jeux Olympiques de 1976 à Denver.

En 1977, il administre un massage cardiaque à une fillette de quatre ans qui reprend conscience après une noyade dans une piscine. Schirra va occuper les postes de fondateur, de président et de directeur de sociétés du secteur commercial, pétrolier, bancaire, aérien, ferroviaire et télécommunications. Il est également membre du conseil d’administration de fondations, de parcs nationaux, d’un institut, d’un hôpital et du musée aérospatial de San Diego. Il crée aussi sa propre société de consultants, la Schirra Entreprises.

Le 3 mai 2007, Schirra s'éteint à l'âge de 84 ans, d'un arrêt du coeur survenu alors qu'il était hospitalisé pour le traitement de son cancer.

 

 

Le 6° astronaute, Leroy Gordon (Gordo) Cooper Jr., est né le 6 mars 1927 à Shawnee (Terre). A l’âge de 14 ans, il prend déjà des cours de pilotage. En 1946, il rentre à l’Université d’Hawaï qu’il quitte au cours de l’année 1949 pour commencer son entraînement de pilote de chasse dans l’US Air Force. De 1950 à 1954, il est affecté en Allemagne de l’Ouest et vole sur des F-84 et des F-86. De retour aux Usa, Cooper est admis à l’Institut de Technologie de l’Armée de l’Air à Dayton et deux ans après, il est licencié en aéronautique. En 1956, il se trouve à l’Ecole des Pilotes d’Essai d’Edwards où il devient ingénieur-pilote, chargé de préparer et d’expérimenter de nombreux avions dont le F102A et le F106B.

En avril 1959, Cooper fait partie de la 1ère équipe d’astronautes à l’âge de 32 ans. C’est un solitaire, au franc-parler, qui aime pêcher. Sa confiance en lui repose sur ses capacités d’aviateur-né, mais on va lui reprocher son absence de respect pour la hiérarchie.

Cooper contrarie la Nasa lorsqu’il se plaint devant les journalistes des moyens mis en œuvre pour l’entraînement. Il scandalise la Nasa et frôle l’interdiction de vol sur la dernière Mercury lorsqu’un jour, il réussit à atterrir et à décoller d’une piste classée trop courte pour le F-102 qu’il pilote. Deux jours avant son décollage, Cooper se rend à Cap Canaveral et passe le mur du son avec son F-102 au-dessus de la base, pour annoncer son arrivée. Les bâtiments sont secoués par la déflagration et Williams, le directeur des opérations, veut le remplacer. Sa colère est apaisée par Slayton, le Directeur des équipages pour qui Cooper est avant tout un pilote exceptionnel.

Du 15 au 16 mai 1963, à bord de Mercury 9 (Faith 7 : 1,37 tonne/3,34 mètres), Cooper accomplit un 1er vol de 1 j 10 h 19 mn. Il reste détendu et il consomme si peu d’oxygène que son collègue Schirra le prie d’arrêter de retenir sa respiration. Cooper réalise ses observations dont les commentaires enchantent les responsables. Lors de la 19° des 22 orbites prévues, un voyant s’allume sur le tableau de bord de la cabine et sur le panneau du contrôleur de vol qui lui demande s’il entame sa descente vers la Terre. " Et ta sœur ? " lui répond Cooper. Un système électrique en court-circuit vient de donner l’ordre aux gyroscopes d’orienter la capsule pour le déclenchement des rétrofusées. Cooper le neutralise.

A la 20° orbite, il ne peut plus contrôler les instruments qui indiquent la position de la Mercury. A la 21° orbite, un autre court-circuit prive de courant le système de pilotage automatique chargé du retour sur Terre. Cooper déclare : " On dirait qu’on a un petit problème. J’ai bien l’impression qu’il va falloir que je m’en sorte tout seul ". Il réussit alors manuellement à orienter l’angle d’attaque de la cabine, à la stabiliser, puis il allume les rétrofusées. Il amerrit avec une telle précision que les contrôleurs sont impressionnés. C’est la plus longue mission Mercury et le Français Henri Salvador lui consacre une chanson qui a pour titre : "Dis, M. Gordon Cooper ?"

Après son vol, Cooper participe à des courses automobiles que la Nasa lui interdit rapidement car elle juge cette activité trop dangereuse.

Du 21 au 29 août 1965, Cooper réalise sa 2° et dernière mission de 7 j 22 h 55 mn à bord de Gemini 5 (3,60 tonnes/5,74 mètres) autour de la Terre, en compagnie de Conrad. Il devient le premier astronaute mis sur orbite à deux reprises. Pour la première fois, un vaisseau emporte une pile à combustibles qui fournit de l’électricité et de l’eau, nécessaire pour les longs vols. Dès la première orbite, la pression du réservoir d’oxygène de la pile baisse, entraînant une diminution de la puissance électrique.

La Nasa décide le retour de l’équipage. Puis, la pression du réservoir se stabilise et remonte lentement. L’autorisation est donnée de continuer le vol pour une durée de 24 heures, renouvelable. Conrad craint que la mission se termine, mais Cooper le rassure : " Oh ! Mais non, nous ne descendrons pas avant l’heure fixée ! ". Pour économiser de l’énergie, le rendez-vous avec le satellite Rep, largué auparavant, est annulé.

De nombreuses expériences sont à réaliser et Cooper annonce à son collègue au Centre de contrôle : " Mon cher McDivitt, tu ferais bien de dire aux gens qui ont préparé le plan de vol qu’ils nous donnent un peu trop à faire. Nous n’avons même pas pu faire le ménage à bord. Il y a des tas de bidules qui flottent autour de nous ". Puis, deux soupapes des éjecteurs de carburant du système d’orientation de la cabine se bloquent et du combustible se perd. Le reste du vol doit alors se faire en vol libre et les observations qui nécessitent une orientation de la capsule, sont annulées.

La pile à combustibles produit trop d’eau et pour éviter qu’elle soit noyée, Cooper la met en veilleuse. La consommation d’énergie est donc considérablement réduite et, lorsque le chauffage est débranché, la température tombe au-dessous de 0°. Le dernier jour du vol, l’équipage dialogue avec leur collègue Carpenter à bord du laboratoire sous-marin SeaLab II. Malgré les incidents, le vol établit un record de durée équivalent à un aller-retour Terre-Lune.

Peu après, Cooper retombe dans sa passion pour la compétition automobile. Il irrite la Nasa car il persiste à ignorer les directives officielles. Slayton le nomme néammoins remplaçant éventuel du commandant de Gemini 12 de novembre 66, puis commandant de réserve de l’équipage d’Apollo 10 de mai 69. Mais Cooper ne semble pas trop motivé dans son entraînement comme doublure et il continue de courir, au mépris du règlement. Un équipage de réserve devenant équipage principal, la logique aurait voulu que Cooper soit désigné commandant d’Apollo 13. C’est Shepard, de retour dans le Corps des Astronautes, qui est proposé à sa place e n juin 69, avant que son équipage soit transféré sur Apollo 14. Ce changement est, pour lui, une injustice. Il intervient auprès du quartier général de la Nasa, mais l'Agence spatiale a décidé de ne plus lui pardonner ses écarts. Slayton le prend alors comme assistant sur le programme de station Skylab.

En juillet 1970, Cooper part de la Nasa pour créer la Gordon Cooper and Associates, une firme consultante spécialisée dans l’aérospatiale, les lignes aériennes et l’hôtellerie. Il est aussi Président de la National Exhibits, un centre d’exposition. Il devient également en 1973, Vice-président de la Craftech pour la construction de bâtiments à coût économique et de la Walt Disney Enterprises, chargé de la recherche et du développement. Il est également membre du conseil d’administration de sociétés d’urbanisme, de commerce et de technologies avancées. " Gordo " nous quitte le 4 octobre 2004, à l'âge de 77 ans.


Le 7° cosmonaute, Vladimir M. Komarov,
est né le 16 mars 1927 à Moscou (Terre). Très bon élève - surtout en mathématiques - il décide en 1942 à l’âge de 15 ans, d’être aviateur pour refouler l’occupant nazi. Il considère en effet que c’est aux commandes d’un avion de chasse qu’on défend le mieux sa patrie. Admis dans une école préparatoire de l’Armée de l’Air, il continue d’apprendre les matières du secondaire et découvre l’enseignement sur l’art de piloter.

En 1945, Komarov termine ses études et sa mère lui fait remarquer que son souhait de devenir aviateur n’est plus justifié, puisque la guerre est terminée. Mais l’appel du ciel est trop fort et il entre dans un établissement militaire de pilotage pour un stage au terme duquel il reçoit son brevet. Komarov poursuit son entraînement dans d’autres centres des Forces Aériennes et en 1949, il est affecté à Grozny comme pilote de chasse émérite, dans le district militaire du Caucase.

Une carrière de pilote d’essai le fait rêver mais cette spécialité exige une formation d’ingénieur. Il rentre alors en 1954 à l’Académie d’aviation militaire Joukovski de Moscou qui lui décerne cinq ans plus tard, son diplôme d’ingénieur en aéronautique. Komarov rejoint l’Institut de Recherche Aérospatiale de l’Armée de l’Air où il devient le collaborateur d’un ingénieur-en-chef. Il s’impatiente et veut maintenant vérifier en vol les performances et la résistance des nouveaux appareils. " Quand on a piloté une fois un avion, un de ces engins dociles et puissants qui devient presque un être et un ami, on n’abandonne pas ce métier. " dit Komarov. On lui répond que l’Armée de l’Air a pour l’instant besoin d’ingénieurs. Puis un jour, un supérieur lui annonce " qu’il y a une occasion pour voler à très grande altitude ". Convoqué pour subir trois semaines d’examens médicaux, il est retenu comme candidat cosmonaute.

En mars 1960, Komarov est admis à l’âge de 33 ans dans le 1er Corps des Cosmonautes. Il est d’une nature silencieuse et grave, impassible et tranquille, avec des qualités intellectuelles remarquables dont une mémoire infaillible. C’est un homme à la pensée rapide et il possède une terrible capacité de travail. Ses jeunes collègues recherchent toujours son avis et lui parlent avec respect. Il aime la philatélie et le jeu d’échecs où son temps de réflexion est réduit au maximun.

Komarov ne peut pas être sélectionné de suite pour un vol car, en mai 1960, il est opéré d’une hernie abdominale. Les médecins lui interdisent alors les surcharges en avion et les sauts en parachute. Il met à profit son congé temporaire pour approfondir ses connaissances théoriques. En octobre 1961, il reprend son entraînement. Il remplace Gagarine à la tête des cosmonautes, puis il est nommé comme doublure de Popovitch pour le vol Vostok 4 d’août 1962. En novembre 1962, Komarov se prépare à piloter un Vostok qui doit être mis en orbite en 1963 en même temps que deux autres Vostok.

La malchance le poursuit : lors d’une séance d’entraînement, les médecins décèlent sur son cardiogramme, une extra-systole qui est une contraction supplémentaire du cœur. Il est alors exclu des équipes de vol et on envisage de le renvoyer. Komarov ne se décourage pas. Il prend rendez-vous avec des personnalités du monde médical, puis demande la tenue d’une réunion de spécialistes du cœur qui décident sa réintégration, considérant que ce dysfonctionnement n’est pas un obstacle pour partir dans le Cosmos.

Du 12 au 13 octobre 1964, à bord de Voskhod 1 (5,32 tonnes/5,42 mètres), Komarov effectue avec succès un 1er vol autour de la Terre en 1 j 17 mn, en compagnie de Feoktistov (scientifique) et Egorov (médecin).

C’est le premier vol d’un vaisseau triplace qui est un Vostok dépourvu du siège éjectable pour loger trois cosmonautes sans scaphandre, revêtus d’un survêtement. Pendant les six premières orbites, la température monte anormalement à l’intérieur de la cabine mais elle n’empêche pas Komarov de se charger du pilotage, Feoktistov, des observations scientifiques et Egorov, des expériences médicales.

L’enthousiasme est si grand que Komarov ose présenter une requête " Nous avons vu des choses intéressantes. Nous aimerions faire encore davantage d’observations et l’équipage demande à ce que le vol soit prolongé d’une journée ". La réponse est malheureusement négative et l’équipage doit préparer son retour. En raison d’une panne, il n’y a pas de communications avec le sol lors de la rentrée cahoteuse qui se termine pour la première fois par l’atterrissage d’un vaisseau soviétique avec un équipage à bord. Les précédents cosmonautes s’éjectaient de leur cabine.

En 1965, Komarov est nommé Chef du groupe de cosmonautes qui va apporter ses recommandations aux techniciens chargés de la mise au point du nouveau vaisseau Soyouz qui doit survoler la Lune (Programme L1), puis se mettre en orbite lunaire avec le module d’atterrissage (Programme L3). Il se distingue lors de l’entraînement en vue de la nomination du pilote du 1er Soyouz. En 1966, Komarov est sélectionné et Gagarine devient sa doublure. Il est désigné Chef du Département Ingénierie à la Cité des Etoiles et il supervise également l’édition d’articles et de livres sur la cosmonautique à l’agence de presse Novosti pour qui il rédige aussi des chroniques sur le sujet.

Du 23 au 24 avril 1967, à bord de Soyouz 1 (6,45 tonnes/6,98 mètres, hauteur identique à celle du module lunaire américain), Komarov réalise son 2° et dernier vol autour de la Terre en 1 j 2 h 47 mn. Il est le premier Soviétique à effectuer une deuxième mission et c’est le premier lancement de nuit. Komarov doit s’amarrer le lendemain au Soyouz 2 commandé par Bykovsky, puis accueillir après leur sortie spatiale, Khrounov et Elisseiev, simulant ainsi une phase du vol lunaire.

 Mais cette répétition ne peut pas avoir lieu car dès la mise en orbite, Komarov signale " Les conditions sont mauvaises. Le panneau solaire gauche n’est pas déployé. La charge électrique n’est que de 13 à 14 ampères. Les communications par ondes courtes ne marchent pas. Je ne peux pas orienter le vaisseau vers le Soleil. J’ai essayé de l’orienter manuellement en utilisant les moteurs de contrôle d’attitude mais la pression dans les réservoirs est tombée ". La dissymétrie causée par le blocage du panneau solaire gauche empêche en effet l’orientation vers le Soleil du panneau solaire droit. Sans batterie solaire, Komarov est obligé d’éteindre les systèmes non essentiels pour économiser les batteries classiques qui vont s’épuiser dans vingt-quatre heures. Le lancement de Soyouz 2 est donc annulé.

Komarov communique difficilement par ondes ultra-courtes et le système de régulation thermique de la cabine ne fonctionne plus. Pour revenir sur Terre, il doit orienter d’abord le Soyouz, avant la désatellisation. Mais le senseur optique solaire et stellaire chargé de ce positionnement est hors de service car il a été contaminé par les gaz d’éjection des moteurs. Komarov tente alors une orientation manuelle avec le senseur optique de l’horizon terrestre mais la luminosité est insuffisante du côté nuit de la Terre, survolé par le Soyouz.

Il essaie ensuite avec les senseurs ioniques mais il n’y a pas assez d’ions détectés dans l’ombre de la Terre. Il reste en définitive une procédure qui n’a pas été enseignée aux cosmonautes : orienter le vaisseau en utilisant le périscope braqué sur la Lune éclairée par le Soleil. Pour la mettre en application, une série très complexe d’opérations doit se dérouler et les spécialistes craignent que Komarov n’ait pas le savoir-faire et le temps d’exécuter les instructions que Gagarine lui transmet. Komarov démontre alors sa compétence, sa rapidité et son sang-froid, en réalisant à la perfection le programme. Il réussit à orienter correctement le Soyouz avant la mise à feu des rétrofusées.

La rentrée qui ne peut être que balistique, se déroule normalement jusqu’à 7 km d’altitude. A ce moment-là, le parachute de freinage se déploie mais il ne peut pas extraire le parachute principal bloqué dans son logement. Le parachute de secours est alors actionné mais son ouverture est gênée par le parachute de freinage qui ne s’est pas détaché comme prévu. Le Soyouz tombe et s’écrase au sol à 144 km /h, provoquant la mort de Komarov. La rapidité de la chute empêche le largage du bouclier protégeant les moteurs-fusées de freinage qui explosent lors de l’impact, enflammant le Soyouz. Le retour anticipé et tragique du regretté Komarov sauve la vie de Khrounov et d'Elisseïev qui devaient passer dans Soyouz 1 et de Bykovsky resté dans le Soyouz 2 dont le compartiment des parachutes présente le même défaut que celui de Soyouz 1.

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