Alan Shepard

Publié le par jijiaile


Le 1er astronaute, Alan (Al) B. Shepard,
est né le 18 novembre 1923 à East Derry (Terre). Enfant, il dévore des livres sur l’aviation et il fréquente régulièrement les aérodromes où il rend des services : il balaie les hangars, lave les avions, tient la pompe à carburant, avec comme récompense un petit tour dans les airs. Après ses études, il s’engage dans la Marine et rentre à l’Académie Navale d’Annapolis d’où il sort en 1944, licencié en sciences. Il commence sa carrière à la fin de la 2° guerre mondiale sur le destroyer Cogswell stationné dans le Pacifique. De retour aux Etats-Unis, Shepard débute son entraînement de pilote à Corpus Christi et le continue à Pensacola. Il est si impatient de voler qu’il obtient son brevet civil avant celui de la Navy, en 1947. Il devient pilote de chasse dans des escadrilles basées en Virginie, en Floride, puis sur des porte-avions en Méditerranée.

En 1950, il suit une formation de pilote d’essai à l’école de Patuxent River, ce qui va lui permettre jusqu’en 1953, puis de 1956 à 1958, d'éprouver de nouveaux avions comme le F3H Demon, le F8U Crusader, le F4D Skyray, le F2H-3 Banshee et le F11 Tigercat. Shepard acquiert une réputation hors pair et il est nommé pilote d’essai-en-chef du F5D Skylancer. Il est un des premiers pilotes de la Navy à faire un appontage sur une piste oblique d’un porte-avions. Il participe aussi à des essais en haute altitude pour obtenir des informations sur la lumière et les masses d’air. Il est également chargé de mettre au point un nouveau système de ravitaillement en vol des avions. Shepard quitte Patuxent River après avoir été instructeur pendant cinq mois. Entre 1953 et 1956, il est officier d’opérations dans une escadrille de nuit en Californie et sur le porte-avions Oriskany, dans le Pacifique. En 1957, il obtient son diplôme du Naval War College de Newport puis il est affecté dans l’équipe du commandant-en-chef de la Flotte américaine en Atlantique, au quartier général de Norfolk.
En réponse au lancement le 4 octobre 1957 du 1er satellite soviétique Spoutnik, le gouvernement américain décide en décembre 1957 d'envoyer des hommes dans l'Espace dans un vaisseau Mercury. Les Soviétiques vont réagir treize mois plus tard en créant leur programme de vols habités Vostok.

En avril 1959, les Etats-Unis constituent leur 1ère équipe de 7 astronautes, onze mois avant l'Union Soviétique. Shepard en fait partie et il est âgé de 36 ans. Il aime le golf, le ski nautique, le patinage ainsi que la lecture de manuels techniques et de revues politiques. Dans le milieu professionnel, il est connu pour sa froideur et sa distance, son sens de l’écoute et son don pour tempérer les divergences d’opinion. Dans la vie privée, il est réputé pour son espièglerie.

La nomination de Shepard pour qu’il ouvre la voie de l’Espace aux Américains, provoque une surprise parmi les astronautes. Ils pensaient que ce serait Glenn, lequel va demander, avant l’annonce officielle, le réexamen de ce choix arrêté par Girulth, le Directeur du programme Mercury. Mais, pour lui, le meilleur a été sélectionné.

Le 5 mai 1961, Shepard effectue à bord de Mercury 3 (Freedom 7 : 1,28 tonne/3,34 mètres), un 1er vol suborbital de 15 mn pour atteindre une altitude de 186 km, devenant le 1° Américain dans l’Espace. Son vaisseau n'est pas prévu pour être mis en orbite comme celui du Soviétique Gagarine, le premier homme dans l'Espace, lancé trois semaines auparavant.

Au cours du lancement et pendant trente secondes, la fusée Redstone est soumise à de fortes vibrations qui empêchent Shepard de lire le tableau de bord. Les cinq minutes d’apesanteur sont suffisantes pour qu’il soit le premier à manœuvrer un vaisseau dans les trois axes : tangage, lacet et roulis.

Il est aussi le premier à revenir à bord de sa cabine, à l’inverse de Gagarine qui s’est éjecté du Vostok, en parachute.

Nommé ensuite comme doublure de Cooper pour le vol de Mercury 9 de mai 1963, Shepard espère voler trois jours à bord de Mercury 10, mais le vol n’est pas confirmé en juin. Il intervient alors auprès du Président Kennedy qui préfère s’en remettre à Webb, le Directeur de la Nasa. Ce dernier maintient sa décision et n’apprécie pas du tout la façon d’agir de Shepard. En février 1964, il est désigné commandant du 1° vol Gemini par Slayton, le Directeur des équipages, mais un mois plus tard, il est contraint d’interrompre son entraînement, souvent victime de vertiges et de nausées. Les médecins lui confirment qu’il est atteint du syndrome de Ménière. C’est un accroissement graduel de la pression du liquide dans l’oreille interne gauche, avec pour conséquence une perte progressive ou intermittente de l’ouïe. Il est donc exclu des équipes de vol.

En juillet 1964, Shepard est alors nommé Chef du Bureau des Astronautes, chargé de leur emploi du temps. Il va être surnommé le " Commandant de Glace ". Fin 1965, la persistance de ses vertiges empêche sa réintégration pour être désigné commandant du 1° vol Apollo. Shepard pense à son avenir et à celui de sa famille. S’il ne peut plus repartir dans l’Espace, ni revoler comme pilote militaire, la Navy peut le mettre en retraite anticipée. Tout en restant à la Nasa et pour améliorer ses futurs revenus, il décide, avec deux associés, d’acheter 52 % des actions d’une banque. Shepard devient Président de la Fidelity Bank and Trust Co. de Houston, puis co-propriétaire de la Bayton National Bank. Homme d’affaires avisé, il fait de nombreux investissements immobiliers et devient propriétaire de garages, de puits de pétrole et de supermarchés. Il va porter un second surnom : " Le millionnaire ".

Le traitement médical long et coûteux suivi depuis quatre ans, n’améliore pas l’état de son oreille interne. En mai 1968, sur les conseils de l’astronaute Stafford et malgré les risques de l’intervention, Shepard se fait opérer par le Dr House, chirurgien réputé. C’est un succès et de suite, il se reprend à espérer. Il ne veut plus être celui qui n’a fait " qu’un saut de puce dans l’Espace ", sans être mis en orbite. Il veut aller jusqu’à la Lune. Guéri, il recommence des activités physiques puis repasse une visite médicale.

En mai 1969, Shepard est réintégré à l’âge de 46 ans dans les équipes de vol et cède sa place à Stafford comme Chef du Bureau des Astronautes. Slayton le propose le mois suivant sur Apollo 13 à la place de Cooper, mais Mueller, l’Administrateur des Vols Humains, refuse cette nomination qu’il juge trop hâtive. Slayton lui donne alors le poste de commandant d'Apollo 14, prévu pour Lovell qui prend celui d'Apollo 13. Sa nomination en août 1969 provoque des vagues. On reproche à Shepard de profiter de sa position au sein de la Nasa et de son amitié avec Slayton - un ancien du 1° groupe des astronautes - pour obtenir rapidement un vol. On s’interroge aussi sur sa capacité à redevenir astronaute, après être resté si longtemps " sur la touche ". Le directeur d’une publication du New Hampshire (Etat de naissance de Shepard) écrit à la Maison Blanche, pour demander s’il n’est pas trop âgé pour une mission aussi périlleuse. La Présidence s’inquiète alors auprès du Docteur Berry de la Nasa, qui est obligé de justifier médicalement l’affectation de Shepard, dans une lettre de dix pages. La polémique n’empêche pas le premier astronaute américain de commencer un entraînement intensif qui va durer 18 mois et qu’il n’a jamais imposé à la soixantaine d’astronautes quand il était en charge de leur planning.

Du 31 janvier au 9 février 1971, Shepard réalise enfin son 2° et dernier vol de 9 j 2 mn à bord d’Apollo 14 (44,45 tonnes/18,12 mètres), avec Mitchell et Roosa. Trois heures après le lancement et sur le trajet Terre-Lune, Roosa sépare la cabine Apollo du 3° étage de Saturn V et entame la manœuvre de retournement dans le but de s’amarrer en douceur au module lunaire (LM) fixé sur le 3° étage. Quelques minutes plus tard et après une deuxième tentative, Shepard annonce, inquiet " Ca n’accroche pas ". Trois autres essais interviennent, sans succès. A la sixième fois, Roosa réussit enfin grâce à un amarrage en force, obtenu en accélérant la vitesse d’Apollo.

Plus tard, après la séparation en orbite lunaire du LM, les contrôleurs signalent soudain à Shepard et Mitchell que le système automatique d’avortement de l’atterrissage est anormalement activé, ce qui signifie que dès l’allumage du moteur, l’étage de remontée se séparera de l’étage de descente, pour rejoindre la cabine Apollo. Un programme informatique conçu rapidement pour ignorer cette anomalie, est adressé à Mitchell qui le rentre dans l’ordinateur, sans aucun problème. Soulagé, Shepard déclare " C’est une belle journée pour atterrir à Fra Mauro ". Rien n’est encore sûr car six minutes après sa mise en marche, le radar d’atterrissage s’arrête de fonctionner correctement. Les contrôleurs informent alors Shepard qu’il doit se préparer à l’avortement de la descente. Mais il préfère attendre. Il a raison car de nouveau, les données du radar s’affichent sur l’écran du LM. Shepard est contraint de prolonger la descente d’une minute, pour ne pas poser le module de 6,98 mètres sur un site accidenté. Les astronautes atterrissent dans la région de Fra Mauro. C’est le 3° alunissage et Shepard devient le 5° piéton lunaire.

Il déclare alors, après avoir posé ses pieds sur la Lune " Ca été un long chemin, mais nous y sommes ". Dans la salle de contrôle, quelqu'un s'écrie : "Pas mal pour un vieux !". Au cours de la deuxième sortie, l’ascension du cratère du Cône se révèle difficile car la pente est de 12°. Shepard et Mitchell avancent péniblement sur un sol rocailleux. Ils doivent s’arrêter plusieurs fois à cause de la fatigue et de la chaleur dégagée par le corps que ne peut pas évacuer rapidement le système de refroidissement de leur combinaison. Ils ont du mal à trouver le bon tracé car leur carte n’est pas assez précise. Ils prennent du retard sur l’horaire et sont obligés de rebrousser chemin, alors qu’ils se trouvent à quarante mètres du sommet du cratère.

A la fin de la deuxième sortie, Shepard s’offre un moment de détente. Avec le manche d’un collecteur de pierres, il expédie au loin deux balles de golf " C’est le plus beau coup de ma vie " dit-il, avant de jeter un piolet, comme un lanceur de javelot. Durant leur séjour, Shepard et Mitchell installent une station scientifique Alsep, parcourent 4 km en tirant une brouette chargée d’équipements et ramassent 42,8 kg de pierres. Les deux sorties totalisent une durée de 9 h 22 mn et les astronautes décollent avec, à leur actif, 1 j 9 h 30 passés sur la Lune. Apollo quitte l’orbite lunaire 2 j 18 h 35 mn après son insertion. De retour sur Terre, Shepard se confie au contrôleur Griffin " J’étais venu de trop loin pour abandonner la Lune. J’aurais continué l’approche même sans radar ".

Il reprend son poste de Chef du bureau des astronautes puis, deux ans après, il devient Directeur des équipages et en janvier 1974, il est nommé Chef du bureau des opérations en vol.

En juillet 1974, Shepard quitte la Nasa pour prendre la présidence de la Marathon Construction Compagny, une firme de construction immobilière. Il devient aussi Président de la Windward Distribution Compagny, une société de vente de la bière Coors et rejoint le conseil d’administration de plusieurs sociétés. Il crée la Seven Fourteen Enterprises et se trouve à la tête d’un groupe bancaire. Il est nommé Président de l’Astronaut Scholarship Foundation, une institution qui accorde des bourses universitaires aux étudiants s’orientant vers la science et l’ingénierie. En 1996, les médecins découvre qu'il est atteint d'une leucémie. Shepard décède deux ans plus tard, le 21 juillet 1998, à l’âge de 75 ans.

Publié dans astronautes

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