Walter Cunningham

Publié le par jijiaile

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Le 21° astronaute, R. Walter Cunningham
, est né le 16 mars 1932 à Creston (Terre) dans l’Etat de l’Iowa quadrillé de prairies ondulées et de champs nourriciers où le maïs est roi. C’est en Californie que Walter va grandir et lever les yeux vers le ciel zébré de blancs rubans traînés par les avions. Dès l’âge de neuf ans, il est capable d’identifier le type d’appareil en écoutant le bruit des réacteurs. Plus tard, il prend la décision d’être aviateur dans la Marine. En 1951, il s’engage, mais il lui manque deux années d’études supérieures pour entrer, sans examen, à l’école de formation de Pensacola. Il réussit, cependant, les difficiles épreuves d’admission et, en 1953, il devient pilote de chasse dans le Corps des Marines. Il est alors affecté sur des escadrilles stationnées sur les territoires américain, coréen et japonais. Mais une carrière militaire ne l'enchante pas et il est pris d'une brusque envie d'élargir ses connaissances.

En 1956, Cunningham quitte l’uniforme et s’inscrit à l’Université de Californie de Los Angeles (UCLA) qui lui décerne une licence en sciences physiques. Ce grade lui permet d’être recruté, en 1960, à la Rand Corporation où il occupe un poste de chercheur. Un an après, il obtient une maîtrise à l’UCLA, puis il prépare une thèse de doctorat dans un institut de géophysique et de sciences planétaires, tout en continuant à travailler à la Rand. Il étudie la magnétosphère, ce domaine spatial soumis à l’influence du champ magnétique terrestre. Pour le mesurer, il collabore à la mise au point d’une expérience embarquée à bord du satellite OGO-1.

L’année 1961 va marquer la vie de Cunningham. Le 5 mai, il se trouve assis dans sa voiture arrêtée en bord de route, au sommet des Santa Monica Mountains qui dominent la ville de Los Angeles. Il écoute, à la radio, le reportage de 15 mn sur le vol suborbital de Shepard, le 1er Américain dans l’Espace. Au cours des deux années suivantes, il éprouve de plus en plus d’attrait pour ce nouveau monde exploré par les cosmonautes de Vostok et les astronautes de Mercury. Il veut, lui aussi, participer à sa découverte. En juin 1963, il se confie à un collègue de retour à la Rand Corporation après un stage d’un an à la Nasa où il a côtoyé Low, un des administrateurs. Ce dernier, mis au courant des aspirations de Cunningham, l’informe d’une prochaine sélection.

En octobre 1963, Cunningham est admis, à l’âge de 31 ans, dans la 3° équipe des quatorze astronautes. C’est un homme franc et fier chez qui prédomine la vie intellectuelle. Sa lecture favorite est le Wall Street Journal, le titre le plus important de la presse financière de New York. Sportif accompli, il aime particulièrement le tennis, la gymnastique et la conduite des voitures de sports.

Cunningham est affecté sur le programme lunaire Apollo. Pour s’adapter plus facilement à l’absence de pesanteur, il est un de ceux qui préconise l’utilisation du trampoline. Cet appareil, constitué d’une toile tendue à une certaine hauteur et fixée par des ressorts à un cadre métallique, permet d’effectuer des bonds. En février 1965, cinq minutes après l’inauguration du nouveau gymnase du Centre spatial de Houston, Cunningham accomplit un difficile exercice de voltige qui se termine mal. En retombant sur le cou, il entend un étrange craquement et il ressent une vive douleur. Hospitalisé, la radio révèle la fracture de deux vertèbres cervicales. Par chance, il n’est pas encore désigné sur un vol, car il est obligé de porter une minerve pendant quatre mois.

cunningham-5-bis.jpgEn septembre 1966, Slayton, le Directeur des équipages, nomme Cunningham sur la mission Apollo 2. Il est ravi, puis désappointé deux mois plus tard en apprenant que son vol, une répétition du premier, est annulé. Ensuite, il est à moitié consolé lorsqu’il est choisi sur Apollo 1, comme doublure de Chaffee. Ce dernier meurt le 27 janvier 1967 avec ses camarades Grissom et White, dans l’incendie de leur cabine, lors d’un essai au sol. En mai, Cunningham est ainsi sélectionné pour prendre place sur le premier et prochain vaisseau Apollo, davantage sécurisé.

Dès le mois d’avril 1968, il commence à souffrir de son épaule gauche. Il pense qu’il s’agit d’une déchirure musculaire causée par de trop importants efforts fournis lors des matchs de hand-ball. Il ne veut pas en parler au médecin du Centre spatial, de peur d’être exclu de l’équipage, à six mois de son envol pour l’Espace. Il préfère se rendre chez son docteur de famille qui est aussi son ami. Une radiographie dévoile alors de petites taches sur l’os de l’épaule. Le médecin, qui veut être certain qu’il ne s’agit pas d’un cancer osseux, envoie les clichés à trois spécialistes.

Leur diagnostic tarde à venir et l’attente s’éternise de longues semaines, mais Cunningham n’a pas le temps de s’apitoyer sur son sort, occupé par son entraînement. S’il est atteint par cette grave maladie, il espère que personne ne s’en apercevra avant son vol. Il croise les doigts pour que les médecins de la Nasa n’aient pas la mauvaise idée de lui faire passer une radio. Il cache à ses collègues sa souffrance lorsqu’il joue au hand qu’il ne peut pas arrêter, au risque d’éveiller des soupçons. Dans le secret, il met en ordre ses papiers de famille. Puis, un jour, une très bonne nouvelle arrive. Son docteur l’appelle pour le tranquilliser. Les trois experts lui ont confirmé que ce n’est pas un cancer, mais une perte provisoire d’un des constituants de l’os. Soulagé, Cunningham continue, avec plus d’enthousiasme que jamais, la préparation de sa mission.

Cinq jours avant son lancement, une douleur traverse sa poitrine, puis disparaît. Il se précipite chez son médecin, convaincu qu’il a frisé un infarctus. Il se voit interdit de vol. Par bonheur, l’électrocardiogramme ne montre rien d’inquiétant. C’est une trop forte tension nerveuse qui est responsable de cette alerte trompeuse.

Du 11 au 22 octobre 1968, Cunningham réalise son unique vol de 10 j 20 h 09 mn autour de la Terre, sur Apollo 7 (14,67 tonnes/11,14 mètres) avec Eisele et Schirra, le commandant de bord. En cas d’avortement du tir à basse altitude de la fusée Saturn IB, les règles de sécurité fixent à 33 km/h la vitesse maximun du vent pour lancer un équipage. Cette mesure permet d’éviter qu’un trop grand souffle dans les parachutes ne ramène la cabine sur la terre ferme, en risquant de blesser les astronautes. Pourtant, le directeur du lancement donne l’autorisation de la mise à feu, alors que les vents atteignent une force de 37 à 46 km/h. Pour justifier cette entorse au règlement, il met en avant les précédents décollages réussis des dix Saturn I et des quatre Saturn IB. L’équipage accepte avec résignation cette décision et la phase propulsée se déroule parfaitement bien.

Une fois en orbite, Cunningham est chargé de s’occuper des communications, de la climatisation et de la pressurisation du vaisseau. Il surveille aussi l’approvisionnement en électricité, en combustible et en oxygène. Le moteur principal d’Apollo est testé avec succès à huit reprises avec des durées de fonctionnement allant de la demi-seconde à 67 secondes pour effectuer, notamment, le rendez-vous avec leur étage-fusée S-IVB. Mais les particules des gaz de combustion vont se déposer, en plus ou moins grande quantité, sur quatre hublots. Le cinquième est épargné et les astronautes peuvent ainsi prendre près de 500 photos du sol terrestre, des océans et de l’atmosphère. Cunningham remarque aussi qu’il est impossible de voir les étoiles sur lesquelles doivent être braqués le télescope et le sextant pour la navigation d’Apollo, tant que les gouttelettes des eaux vidangées ne se sont pas dispersées.

Le rhume tenace des trois astronautes et les exigences continuelles des contrôleurs de vol déclenchent la très mauvaise humeur de l’équipage envers le personnel du Centre de contrôle. Cunningham accuse ceux qui l’ont obligé à porter « ce fouillis de câbles » et il plaint de la nourriture qu’il trouve trop riche, à tel point que les trois hommes vont sauter, régulièrement, un repas. Mais, d’une manière générale, Cunningham se montre le moins agressif et, lorsqu’il manifeste ce comportement, il donne l’impression d’être obligé de suivre son commandant de bord.

Cependant, le trio contestataire sait aussi apparaître séduisant et populaire auprès des téléspectateurs, lors des sept reportages télévisés. Ce rendez-vous, presque quotidien, pour « The Wally, Walt and Donn Show » va plaire également au syndicat des artistes de la télévision et de la radio qui les nomme membres d’honneur, en attendant leur retour pour la remise d’un trophée. Pourtant, au début, l’équipage fait preuve d’une certaine hostilité à utiliser la caméra, mais il se prend vite au jeu. Avec beaucoup de pédagogie, il explique comment on vit dans l’atmosphère confinée d’une cabine spatiale et il présente des numéros comiques que l’apesanteur permet de réaliser.

cunninham-retour.jpgAfin d’arrêter leur rhume, les astronautes dévalisent la pharmacie de bord jusqu’au moment où ils constatent qu’ils n’auront pas assez de décongestionnants pour le reste de la mission. Ils gardent alors, précieusement, les trois derniers comprimés à prendre avant la rentrée atmosphérique. Car il est important que leur nez et leur sinus soient débouchés pour éviter que l’augmentation brutale de pression n’abîme leurs tympans.

L’ultime allumage du moteur principal provoque la désatellisation. Deux minutes plus tard, une charge explosive sectionne le boîtier contenant les câbles électriques et les canalisations qui relient la cabine au module de service. Cunningham annonce : « Parfait ! Tout est parfait ! Au moment de la séparation, on a cru recevoir une gifle ! ». La capsule prend son autonomie et pénètre dans l’atmosphère. L’air, surchauffé par le freinage, empêche la transmission des ondes radio. A la sortie du black-out, le Centre de contrôle s’étonne, puis s’inquiète de ne recevoir aucune nouvelle des astronautes pendant cinq longues minutes. Apollo, le nouveau véhicule spatial s’est comporté comme « une magnifique machine volante » se réjouit Cunningham et il redonne confiance à la Nasa après le drame d’Apollo 1.

De retour au Centre spatial de Houston, Cunningham s’empresse d’appeler ou de rencontrer tous les contrôleurs de vol qui ont suivi la mission Apollo 7. Ils semblent satisfaits d’apprendre que Cunningham a été gêné par les agissements du commandant de bord. Par contre, il remarque, qu’au sein du Bureau des astronautes, tout le monde n’est pas d’accord sur la seule responsabilité de Schirra.

Fin 1968, Slayton nomme Cunningham, Chef des astronautes du programme de la station orbitale Skylab. Plusieurs fois, par le passé, il lui a déjà confié des tâches scientifiques en raison de sa formation de chercheur. Skylab est un laboratoire équipé d’un appareillage capable d’effectuer près de 300 expériences et Cunningham trouve naturel que Slayton préfère qu’il travaille sur la station, avec l’intention, pense-t-il, de le nommer commandant du premier équipage d’occupation.

Mais, au printemps 1969, Cunningham est mis au courant de la réflexion faite par Kraft, excédé par la conduite des astronautes au cours de l’expédition Apollo 7. Le Directeur des opérations en vol a déclaré s’opposer à une désignation de ces trois hommes sur une autre mission. Dès lors, Cunningham craint que son poste sur Skylab soit, en réalité, une mise à l’écart. Il se rend dans le bureau de Kraft à qui il répète ce qu’il a déjà dit aux contrôleurs à son retour sur Terre. Il sort, rassuré par sa réponse : « Vous aurez, peut-être, une seconde chance de voler ». Pour mériter de partir à nouveau pour l’Espace, Cunningham va beaucoup s’investir dans la préparation de ce nouveau programme qui doit succéder aux expéditions Apollo. Il suit la construction des éléments de la station, la mise au point des expériences scientifiques et il coordonne les activités d’une vingtaine d’astronautes.

Les mois passent et le doute s’empare de Cunningham. Il fait part de son impatience à Stafford, le Chef du Bureau des astronautes : « J’espère que je ne vais pas rester trop longtemps assis sur la banquette en train d’attendre une affectation qui n’arrive pas ». Stafford lui promet alors qu’il sera nommé commandant du premier équipage.

cunningham-2.jpgMais l’année 1970 va remettre en question tous les espoirs de Cunningham. En janvier, il prend connaissance de la suppression du vol lunaire Apollo 20. Le commandant de bord pressenti, l'influent Conrad, montre alors un intérêt croissant pour Skylab. Cunningham essaye de se convaincre que si le troisième piéton lunaire est choisi pour diriger la première mission, il espère commander un des deux autres vols suivants. En août, Cunningham n’est donc pas surpris d’être remplacé à la tête du programme par Conrad, nommé par Slayton. Le mois suivant, l’horizon s’assombrit davantage pour Cunningham, après l’annulation des missions lunaires Apollo 18 et 19 qui laisse d’autres astronautes sans affectation, en concurrence directe avec lui.

Début 1971, c’est avec une grande amertume qu’il voit disparaître une autre occasion de s'envoler. Avant l’annonce officielle, il apprend que Slayton ne l’a retenu dans aucun des trois équipages. Le commandement du 1er vol Skylab est confié à Conrad et celui du 2ème vol à Bean qui a été Chef du programme Skylab avant de devenir le coéquipier de Conrad sur la Lune, lors d’Apollo 12. La direction du 3ème vol revient à Carr dont la première mission devait être Apollo 19. Pour les autres membres, c’est également leur premier vol. Trois devaient participer aux vols lunaires annulés et trois autres font partie du premier groupe d’astronautes scientifiques.

Cunningham doit se contenter d’être la doublure de Conrad, après deux années d’efforts continus, bien mal récompensées. Il refuse et il démissionne du Corps des Astronautes en mars 1971 persuadé que, s’il ne figure pas parmi les neuf astronautes sélectionnés, c’est parce qu’on a voulu le sanctionner pour la mutinerie survenue lors de la mission Apollo 7. Il quitte la Nasa en août 1971.

Cunningham commence alors une nouvelle vie dans les affaires. Il est nommé Senior vice-président de la Century Development, chargé des opérations de maintenance et de sécurité dans les commerces et les services. En 1974, il suit des cours de management avancé à la célèbre Ecole de commerce d’Harward. Il occupe ensuite, pendant deux ans, le poste de Président d’Hydrotech Development Compagny qui fabrique des raccords pour les pipelines sous-marins qui transportent le pétrole. Il dirige aussi l’équipe qui met au point un robot capable de réparer les canalisations immergées.

En 1976, Cunningham prend les fonctions de Senior Vice-président de la 3D International Corporation et de Directeur de sa division engineering, responsable de la diffusion des méthodes modernes d'organisation et de gestion. C’est en 1978, qu’il se rend à Lyon pour assister au Congrès Espace et Civilisation, avec d’anciens astronautes et des cosmonautes. De 1979 à 1986, Cunningham assure la direction de la société d'investissements, The Capital Group, qu'il a crée pour contribuer financièrement au démarrage des compagnies industrielles et commerciales. De 1986 à 1998, il est Président-fondateur de la firme Acorn Ventures, associée à Genesis Fund, destinée à soutenir les jeunes entreprises de technologie. Il fait partie également de nombreux établissements de production de biens et de services, soit comme investisseur, soit comme dirigeant ou en tant que membre du conseil d’administration. Il est aussi consultant en affaires et conférencier reconnu.

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