Victor Gorbatko

Publié le par jijiaile


Le 21° cosmonaute, Victor V. Gorbatko
, est né le 3 décembre 1934 à Ventsi-Zaria (Terre) dans le nord du Caucase, cet impressionnant rempart montagneux entre l’Europe et l’Asie, coupé de hautes vallées difficiles d’accès, avec des gorges sombres et des arbres aux formes fantastiques.

Après des études secondaires, Gorbatko entre, en 1952, dans un établissement de formation des pilotes militaires où il rencontre, pour la première fois, Khrounov, un futur cosmonaute qu’il suivra comme son ombre pendant une grande partie de sa carrière. Une fois leur entraînement terminé sur le Yak-18, ils se retrouvent, un an plus tard, à la Grande Ecole de l’Armée de l’Air de Bataïsk. Diplômés en aéronautique en 1956, ils servent alors dans la même escadrille, comme pilote de chasse. Puis, sur une période de quatre ans, Gorbatko est affecté dans divers régiments aériens, avant d’être contacté, comme Khrounov, pour devenir un « voyageur de l’Espace ».

En mars 1960, Gorbatko est accepté, à l’âge de 26 ans, dans le 1er groupe des 20 cosmonautes retenus sur un total de 3 000 volontaires questionnés par des agents recruteurs visitant les bases militaires. Il va être le douzième et dernier de cette équipe à connaître le grand frisson spatial. Souriant et aimable, il pratique le tennis et collectionne les timbres.

Parallèlement à son entraînement, Gorbatko commence à suivre, dès 1961, des cours à l’Académie des ingénieurs en aéronautique de l’Armée de l’Air Joukovski, en vue d’obtenir son diplôme. En septembre 1963, il est rattaché au programme Vostok qui prévoit le lancement de quatre autres cabines monoplace, après la mission Vostok 6 de Valentina Terechkova, la première femme cosmonaute, mise en orbite en juin 1963.

En février 1964, Gorbatko rejoint le programme Voskhod suite à l’annulation des vols supplémentaires du Vostok. Ce n’est pas sans lui déplaire, car ce changement multiplie ses chances de partir, le Voskhod pouvant emporter deux à trois cosmonautes. Il connaît alors une suite de déconvenues pour son affectation sur le vol biplace Voskhod 2 de mars 1965.

Gorbatko s’entraîne avec trois autres camarades, dont Khrounov, dans l’espoir d’être le premier piéton de l’Espace. Mais c’est Leonov qui est sélectionné. Il reste en compétition avec ses deux autres collègues pour la place de commandant de bord. Mais c’est Beliaïev qui est choisi. Il devient sa première doublure jusqu’à ce qu’il tombe malade. Victime d’une grave inflammation des amygdales, il est hospitalisé. Les examens révèlent des contractions prématurées de son cœur. Il se voit cloué au sol définitivement. Heureusement, après l’ablation des amygdales, les médecins constatent que les battements de son cœur sont redevenus normaux. Six semaines plus tard, il réintègre l’équipage de Voskhod 2, en tant que seconde doublure de Leonov, la première doublure étant Khrounov.

Par la suite, Gorbatko occupe la fonction de deuxième doublure sur le vol Voskhod 3 et sur le vol féminin Voskhod 5, puis celle de première doublure de Khrounov sur Voskhod 6, avant que les missions Voskhod 3 à 6 soient supprimées, en janvier 1966, pour ne pas retarder le programme Soyouz. Il est alors affecté sur Soyouz 2, à nouveau comme doublure de Khrounov. Ce vol est annulé après le lancement, le 23 avril 1967, du Soyouz 1 piloté par Komarov qui revient précipitamment pour s’écraser sur Terre le lendemain.

Après ce drame, Gorbatko poursuit son entraînement sur le programme Soyouz et aussi sur le programme lunaire L1 (Survol de la Lune) et L3 (Atterrissage lunaire) qui ne se réaliseront pas. Puis, il se retrouve une fois de plus doublure de Khrounov sur la mission Soyouz 5 de janvier 1969. Peu après, il est désigné, enfin, dans un équipage principal, celui de Soyouz 7, afin de préparer le programme de stations orbitales Saliout et pour participer à deux premières spatiales : la mise en orbite de 3 vaisseaux en trois jours avec un total de 7 cosmonautes.

Mais Gorbatko continue à jouer de malchance. Il doit être admis dans un établissement hospitalier pour l’anomalie décelée sur son électrocardiogramme effectué au centre médical de la Cité des étoiles. Rassuré par le diagnostic, il reprend sa préparation pour l’interrompre encore, à cause d’une fêlure de la cheville gauche après son 120° saut en parachute. Il craint alors d’être exclu de l’équipage de Soyouz 7 et du programme spatial. Kamanine, le Directeur des équipages, veut le remplacer. Voilà neuf ans que Gorbatko attend une affectation sur un vol et il n’est pas question pour lui de laisser échapper cette occasion unique. Il n’a pas pour habitude de se mettre en avant, mais il va trouver la force nécessaire pour le faire. Il manœuvre si bien qu’il réussit à garder sa place. Rétabli, il rattrape son retard, d’autant plus facilement qu’il occupe un poste moins critique que celui des deux autres membres du vaisseau.

gorbatko-ds-soyouz-7.jpgDu 12 au 17 octobre 1969, Gorbatko réalise sur Soyouz 7 (6,57 tonnes/6,98 mètres) son 1er vol de 4 j 22 h 40 mn autour de la Terre, en compagnie de Volkov et de Filiptchenko, le commandant de bord. 
Il assiste, avec regret, à la rencontre trop lointaine (500 m) avec Soyouz 8 lancé le 13 et piloté par Chatalov et Elisseïev. La panne de leur système de rendez-vous automatique Igla les empêche de s’amarrer à Soyouz 7, sous la surveillance de Chonine et de Koubassov en orbite dans Soyouz 6 depuis le 11. Ces deux cosmonautes ne peuvent donc pas filmer non plus le transfert d’Elisseïev et de Volkov, d’une cabine à l’autre.

Au cours de cette mission, Gorbatko va tenir le rôle principal dans l’observation et la photographie du ciel et de la surface de la Terre pour la plus grande satisfaction des astronomes, des géologues, des cartographes et des météorologistes.

Après son vol, il est prévu que Gorbatko participe à un accostage en orbite terrestre avec un autre Soyouz, pour tester le nouveau système de rendez-vous Kontakt. Celui-ci doit aider au rapprochement et à la jonction entre le module de retour du sol lunaire et le vaisseau autour de la Lune. Cette opération est reportée, puis supprimée en raison des difficultés rencontrées dans la mise au point de cet appareillage et du lanceur géant lunaire N1.

Dès le mois de juin 1971, Gorbatko entreprend un nouvel entraînement sur le programme de stations orbitales Saliout et plus particulièrement celles baptisées Almaz (Saliout 3 et 5) destinées à l’observation militaire. En attendant d’être désigné sur une mission, il acquiert une excellente réputation de contrôleur de vol pour le suivi des expéditions à bord des stations.

En 1974, Gorbatko est nommé commandant de la dernière occupation de Saliout 5. Pour mieux le préparer, l’ancien cosmonaute Chatalov, le nouveau Directeur des Equipages, le sélectionne sur les deux premières missions, en qualité de seconde doublure de Volynov dans l’équipage de Soyouz 21 lancé en juillet 1976, puis en tant que première doublure de Zoudov dans l’équipage de Soyouz 23 parti en octobre 1976. Ces deux vols ne se déroulent pas comme projeté. Le premier est interrompu à cause d’une atmosphère devenue irrespirable à bord de Saliout 5. Pour le second, un nouveau mauvais fonctionnement du système de rendez-vous Igla interdit au vaisseau de s’amarrer à la station. Il est donc impératif que le troisième et dernier vol soit un succès.

gorbatko-ds-soyouz-24.jpgDu 7 au 25 février 1977, Gorbatko accomplit, avec Glaskov, sa 2° mission de 17 j 17 h 26 mn autour de la Terre, à bord de Soyouz 24 (6,55 tonnes/6,98 mètres) et de Saliout 5 (18,50 tonnes/11 mètres). Arrivés à 80 m de la station, Gorbatko voit soudain s’interrompre le système de rendez-vous automatique Igla. Il prend donc les commandes manuelles plus tôt que prévu. Avec habileté, il consomme peu de carburant et il réussit l’accrochage avec Saliout 5, pourtant difficile, car la station est plongée dans l’obscurité, avec son sas d’amarrage à peine éclairé.

A l’intérieur du module orbital du Soyouz se trouvent du matériel de réparation et des bouteilles d’air comprimé pour renouveler l’atmosphère de la station. Gorbatko et son camarade, équipés d’un masque à gaz, pénètrent dans Saliout 5 et prélèvent des échantillons d’air. Après analyse, ils constatent que l’atmosphère empoisonnée s’est dissipée. Gorbatko s’exclame alors : « C’est comme si on emménageait dans une belle et grande maison toute propre ! ». Cependant, pour simuler et compenser une perte d’étanchéité, les responsables du vol demandent, plus tard, aux cosmonautes de vider une partie de l’atmosphère de la station. Ils ouvrent une valve du sas en contact avec l’extérieur. Aussitôt, les bouteilles d’air comprimé libèrent un pur et agréable fluide gazeux que Gorbatko et Glaskov respirent à pleins poumons.

Après avoir réparé un ordinateur et changé des pièces sur des équipements, les deux cosmonautes exécutent, en un temps record de 18 jours, un travail presque équivalent à celui de l’équipage de Soyouz 21 effectué en 49 jours. Ils réalisent des soudures, des alliages et ils suivent la croissance de cristaux, en vue d’une application future dans la métallurgie et l’électronique. Ils observent les étoiles, le Soleil, la Lune. Avec la puissante caméra, capable de voir des détails de 50 cm, ils prennent des photos du territoire soviétique et surtout des installations militaires des pays étrangers. A la fin de leur séjour, Gorbatko et Glaskov rangent les enregistrements, accumulés depuis le mois de juillet 1976, à l’intérieur de la capsule de rentrée de 85 cm de diamètre et de 400 kg qui va revenir sur Terre, deux jours après le retour tumultueux de l’équipage.

Car un vent violent, sous un ciel agité par une tempête de neige, va s’engouffrer dans le parachute de leur Soyouz et l’entraîner loin de la zone d’atterrissage prévue. La cabine se pose sur un terrain incliné, se renverse et roule quelques mètres, avant de s’immobiliser sur le côté. Blessés légèrement, Gorbatko et Glaskov sont dans une position très inconfortable. Ils détachent les sangles de leur siège et quittent, avec difficulté, le Soyouz. Mais, glacés par une température de - 17° C, ils retournent rapidement à l’intérieur de la cabine en attendant, près d’une heure, l’équipe chargée de les récupérer.

Trois mois plus tard, le 7 juin 1977, Gorbatko se trouve au Salon du Bourget pour participer, avec son collègue Roukavichnikov et l’astronaute Bean, à la journée « Demain l’Espace » organisée par le Cosmos Club de France et son président Albert Ducrocq, en collaboration avec la société Matra.

L’année suivante, Gorbatko est affecté sur le programme de la nouvelle station orbitale Saliout 6. Elle présente l’avantage d’être équipée de deux ports d’amarrage pour accueillir deux Soyouz amenant un équipage pour un long séjour et un autre pour une courte visite réalisée dans le cadre du programme Intercosmos. Ainsi, Gorbatko va faire partie du groupe des neuf cosmonautes soviétiques qui vont accompagner des ressortissants de neuf autres pays socialistes à bord de la station. Il est d’abord nommé comme doublure de Bykovsky pour le vol soviéto-allemand Soyouz 31 d’août 1978.

gorbatko-ds-soyouz-37.jpgDu 23 au 31 juillet 1980, Gorbatko effectue avec le Vietnamien Tuan, son 3° et dernier vol de 7 j 20 h 42 mn autour de la Terre, à bord de Soyouz 37 (6,55 tonnes/6,98 mètres) et de Saliout 6-Soyouz 36 (25,05 tonnes/18 mètres). Après s’être amarrés à l’arrière de la station, les deux cosmonautes sont reçus par Popov et Rioumine arrivés trois mois plus tôt. 
Gorbatko-soyouz-37.jpgComme près de la moitié des voyageurs du cosmos, Tuan éprouve le « mal de l’espace », un étrange malaise qui dure quelques heures, le temps qu’il s’adapte au phénomène de l’apesanteur. En l’absence de haut et de bas, ses yeux et son cerveau sont perturbés et il est pris de nausées, accompagnées de maux de tête et d’une perte d’appétit. A tous ces ennuis se rajoute une rage de dents. Une fois rétabli, Tuan peut accomplir son programme de travail.

Avec l’aide de Gorbatko, il fabrique des monocristaux qui rentrent dans la composition des semi-conducteurs. Il photographie son pays en vue de la protection des ressources naturelles, pour des recherches hydrologiques et pour déterminer le niveau des crues ainsi que le degré d’infiltration des marées.

A la fin de leur mission, les deux cosmonautes démontent les sièges de leur Soyouz 37 et traversent la station pour les fixer sur le Soyouz 36 avec lequel ils reviennent sur Terre, les poches de leur combinaison remplies de lettres écrites par Popov et Rioumine, en orbite pour trois mois de plus.

Après son dernier vol, Gorbatko est nommé Chef de service au Centre d’entraînement Youri Gagarine. En septembre 1980, il voit arriver Jean-Loup Chrétien et Patrick Baudry, venus se préparer au premier vol d’un Français sur Saliout 7. C’est le très serviable Glaskov, son compagnon de la mission Soyouz 24-Saliout 5, qui va s’occuper d’eux pendant un an. Quant à Gorbatko, il se charge de la formation des gorbatko-d--part.jpgcosmonautes du vol Soyouz 39 qui amène un Mongol dans l’Espace. Sa doublure, le jovial Ganzorik, sympathise avec Jean-Loup qui devient, en juin 1982 sur un Soyouz, notre premier spationaute suivi de Patrick, trois ans plus tard, à bord de la Navette Discovery. 
De janvier à août 1982, Gorbatko est Chef du détachement des cosmonautes, avant de quitter le programme spatial. Il travaille alors au Ministère de la Défense pendant cinq ans. En 1987, il exerce les fonctions de Directeur de faculté et de professeur en aéronautique à l’Académie des Ingénieurs de l’Armée de l’Air Joukovski. Il prend aussi une part active dans la vie publique. Il assure notamment la présidence de la Fédération soviétique de parachutisme et celle de la Société philatélique de l’Union Soviétique. En 1989, Gorbatko est élu député au Parlement soviétique, puis, en 1993, il devient directeur-général de société.

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