Le 9° astronaute, Edward (Ed) H. White II, est né le 14 novembre 1930 à San Antonio (Terre). Très tôt, il manifeste son désir de voler en écoutant son père, pilote de l’Armée de l’Air, qui l’amène à l’âge de 12 ans dans un T-6 d’entraînement pour lui confier pendant un moment, le manche à balai de l’appareil. Il se distingue comme un très bon élève dans toutes les écoles qu’il va fréquenter, en raison des nombreux déménagements de son père au cours de sa carrière. White entre ensuite à la célèbre Académie Militaire de West Point où il continue d’être remarquable, à la fois dans ses études et dans ses activités physiques. Il remporte notamment le record du 400 m haies et il est pré-sélectionné dans cette discipline pour les Jeux Olympiques de 1952. C’est à l’issue d’une rencontre sportive inter-armées à Philadelphie, qu’il échange un de ses boutons de manchettes aux armes de l’Armée de Terre contre un bouton de manchettes aux armes de la Marine appartenant à Lovell qui deviendra astronaute.
En 1952, White quitte West Point avec sa licence en sciences pour suivre une formation de pilote de l’Armée de l’Air, en Floride et au Texas. Puis, en 1954, il part pour trois ans et demi en Allemagne de l’Ouest, où il sert dans une escadrille de chasse composée de F-86 et de F-100. Il y rencontre un futur astronaute nommé Aldrin à qui il fait part de son intention de rentrer dans le programme spatial. Car White a lu avec un grand intérêt un article sur les compétences que doivent posséder les futurs hommes de l’Espace. Il décide alors de s’engager dans la filière qui va lui permettre d’obtenir les diplômes nécessaires pour être retenu comme astronaute.
De retour aux Etats-Unis, White rentre à l’Université Ann Arbor du Michigan où il fait la connaissance de McDivitt avec qui il volera sur Gemini 4. En 1959, il obtient sa maîtrise en aéronautique et cette année-là, la Nasa constitue sa première équipe d’astronautes, presque tous des pilotes de haut niveau. Il rentre donc à l’Ecole des pilotes d’essai d’Edwards, en Californie. Il retrouve McDivitt et leur instructeur s’appelle Stafford qui sera également astronaute. Après avoir terminé ses classes, White est affecté à la base de l’Armée de l’Air de Wright-Patterson, dans la Division des Systèmes aéronautiques. Il vole par tous les temps sur divers avions, rédige des rapports techniques et soumet des recommandations pour améliorer le fonctionnement des appareils.
Il est surtout heureux d’effectuer des vols paraboliques aux commandes des gros avions de transport C-131 et C-135, à bord desquels s’entraînent les astronautes Glenn et Slayton pour de très courts instants d’apesanteur. Enfin, l’annonce tant espérée par White, arrive. En avril 1962, la Nasa lance un appel à candidatures en vue de former de nouveaux astronautes. Il se précipite pour remplir sa demande d’engagement et il découvre que la taille maximale autorisée est d’1,80 m. Inquiet mais fou d’espoir, il écrit alors : " Taille 1,83 m, mais je suis d’accord pour diminuer de 3 cm ". Un responsable du recrutement apprécie cette pointe d’humour et l’inscrit comme mesurant 1,80 m.
En septembre 1962, White est admis à l’âge de 32 ans dans la 2° équipe des 9 astronautes. C’est un homme droit et méticuleux, bienveillant et enthousiaste. " C’est notre Gagarine " disent ses collègues. Il aime la natation et le golf, le hand-ball et le volley, la course à pied et la photographie. D’une force physique peu commune, c’est le plus athlétique et le plus sportif de tous les astronautes. Plutôt que de prendre sa voiture de son domicile au Centre spatial, il préfère effectuer le trajet de 5 km, en bicyclette. Chez lui, White a installé une corde qu’il monte à la force des poignets et il exécute quotidiennement un nombre impressionnant de tractions au sol. Il va persuader la Nasa d’aménager un terrain de hand derrière le Centre spatial ainsi que d’autres installations sportives.
White fait preuve de sang-froid lorsqu’en 1964, un incendie se déclare à trois heures du matin dans la maison d’Armstrong, son voisin. Pendant que celui-ci court chercher ses enfants dans la chambre, sa femme Janet sort et appelle White qui dort, la fenêtre ouverte. Elle le voit soudain bondir par-dessus la barrière qui clôture sa propriété et dérouler rapidement les tuyaux d’arrosage pour inonder d’eau la maison, puis ensuite saisir Mark âgé de 10 mois qu’Armstrong lui tend par une fenêtre, avant qu’il ne retourne dans la chambre récupérer son second fils Ricky.
En juillet 1964, White est choisi pour faire une sortie spatiale, debout sur son siège lors du vol Gemini 4 mais, après que Leonov ait réalisé une vraie sortie de 10 mn en mars 1965, la Nasa va lui demander de suivre un entraînement intensif pour qu’il soit capable d’accomplir à son tour la même expérience, le long de l’étage-fusée de Titan II.
Du 3 au 7 juin 1965, White effectue son unique vol de 4 j 1 h 56 mn autour de la Terre à bord de Gemini 4 (3,56
tonnes/5,74 mètres), en compagnie de McDivitt. La sortie prévue est annulée car l’étage-fusée bascule dangereusement et White doit se contenter de rester aux abords de la cabine.
Il s’élance alors dans le vide relié par un cordon de 7,60 m, devenant ainsi le premier Américain à sortir dans l’Espace. La surprise en pénétrant dans ce monde étrange et fascinant, fait bondir son rythme cardiaque de 85 pulsations à la minute à 160. Il reste entre 140 et 160 tout le long de la sortie car White doit fournir de grands efforts pour se déplacer sans aucun point d’appui, surtout après l’épuisement rapide de l’oxygène alimentant son pistolet à réaction qui l’a aidé à se mouvoir. Il a très chaud mais le système de ventilation de sa combinaison n’empêche pas la vapeur d’eau de se former dans son casque, rendant la visibilité mauvaise. White est heureux de pratiquer cette dure natation cosmique qui se prolonge beaucoup trop longtemps, pour les dirigeants de la mission.
McDivitt le rappelle à White : " Ils veulent que tu rentres tout de suite ". White : " Pas question…C’est trop amusant ".
McDivitt : " Allez ! allez ! ". White : " J’ai pas envie de te revoir, mais j’arrive quand même ".
" McDivitt : " Allez, rentre…Ed, rentre, je te dis " ". White : " D’accord. J’ouvre la porte et je
rentre ". McDivitt : " Allez ! Rentre avant qu’il fasse nuit ". White : " C’est le moment le plus triste de toute mon existence ! ". Le Centre de
contrôle s’énerve : " Gemini 4 ! ". White : " Ca va, je rentre à la maison ". Il doit fournir un effort supplémentaire pour se positionner face à la porte de la
cabine. Son rythme cardiaque atteint alors 178 pulsations à la minute, avant qu’il ne se glisse dans la Gemini, après une sortie record de 21 mn.
De suite après son vol, il est nommé en juillet 1965 éventuel remplaçant de Borman pour le vol de longue durée Gemini 7 de décembre 1965 et en mars 1966, White est désigné membre de l’équipage d’Apollo 1, pour essayer la cabine en orbite terrestre.
Ce 27 janvier 1967 de triste mémoire, White se trouve au Centre Kennedy où doit avoir lieu dans l’après-midi, la répétition générale avant le lancement programmé pour le 21 février. Le matin, Lola Marlow, la secrétaire des astronautes, croise White dans le couloir. Elle le trouve soucieux, retourne sur ses pas et frappe à la porte de son bureau. " Il y a quelque chose qui ne va pas ? Vous n’êtes pas en forme ? " lui demande-t-elle. White qui est en train d’ouvrir son courrier ne répond pas à sa question et se contente de lui dire : " Je m’occuperai de tout ça en revenant…lorsque nous aurons fini ce test ".
A 13 heures, White, Grissom et Chaffee sont à bord d’Apollo au sommet de la fusée Saturn 1B et le compte à rebours débute pour une longue série de vérification des systèmes. Les astronautes sont d’abord incommodés par une odeur aigre qui pénètre dans leur casque, après qu’ils aient branché l’alimentation en oxygène. Elle s’en va, chassée par le régulateur d’air puis revient, avant de disparaître définitivement. Le système de communications donne ensuite des soucis. Les astronautes entendent mal ou pas du tout à travers les parasites, les instructions des contrôleurs. A 18 h 20, on décide d’interrompre le compte à rebours à H-10 mn pour que les techniciens puissent régler les problèmes.
Soudain, peu avant la reprise à 18 h 31, White s’écrie : " Feu à bord !", suivi par Grissom : " Il y a le feu dans le cockpit ! " et par Chaffee : " Au feu ! Sortez-nous de là ! ". Sous la couchette de Grissom, une étincelle provoquée par un fil dénudé vient de déclencher un incendie dans l’atmosphère d’oxygène pur. Il faut 90 secondes pour ouvrir les écoutilles de la coque intérieure, de la coque extérieure et du bouclier de protection au lancement. Les techniciens aperçoivent alors sur leur écran vidéo, une ombre en mouvement et une lueur brillante, derrière le hublot. C’est White qui tend ses mains gantées par-dessus sa tête pour déverrouiller avec la puissance de ses bras, le mécanisme de la première écoutille, bien que sa vue soit gênée par les flammes qui s’agitent autour de sa visière. Il n’a pas le temps car 8 secondes et demie plus tard, il meurt comme ses compagnons, asphyxié en respirant l’air brûlant et les vapeurs toxiques qui passent par les tuyaux d’oxygène reliés aux casques.
Dans la salle blanche qui ceinture la cabine Apollo, une épaisse fumée noire jaillit sur le côté du vaisseau, suivie de flammes. On entend un craquement et la cabine s’ouvre au niveau du plancher. Une explosion de chaleur accompagnée d’une onde de choc renverse alors les techniciens, atteints de gouttelettes de matière en fusion. Ils se relèvent en suffoquant, parviennent à mettre des masques et à décrocher les extincteurs pour éteindre le feu. Ils ouvrent les écoutilles 6 mn après les appels au secours pour constater le décès des malheureux astronautes dont les combinaisons partiellement brûlées, ont protégé en partie leur peau de l’incendie qui a été très violent et de courte durée.
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