Vitali Sevastianov

Publié le par jijiaile


Le 22° cosmonaute, Vitali I. Sevastianov,
est né le 8 juillet 1935 à Krasnouralsk (Terre), mais c’est à Sotchi au bord de la mer Noire qu’il passe toute son enfance. Il garde de cette période un souvenir parfumé, car cette station balnéaire déroule sur trente kilomètres une côte baignée par le soleil et balayée par un vent frais qui répand des senteurs de mimosas et de jasmins au-dessus d’une eau à 28° C.

Passionné par tout ce qui vole, Sevastianov entre, en 1953, à l’Institut d’Aviation de Moscou et, six ans plus tard, il quitte cet établissement avec son diplôme d’ingénieur en aéronautique. En 1959, il rejoint le Bureau d’études Korolev, le patron du programme spatial et le Constructeur en chef des lanceurs et des vaisseaux habités. Dans une équipe comprenant des hommes qui seront plus tard des cosmonautes, Sevastianov a le bonheur de participer à la mise au point du Vostok, le premier vaisseau à naviguer dans l’Espace. Il s’occupe particulièrement du système d’orientation solaire du véhicule. Il poursuit également des études de troisième cycle à l’Institut d’Aviation de Moscou en vue d’obtenir une maîtrise en sciences techniques.

Très vite, l’étudiant Sevastianov devient aussi professeur auprès des vingt premiers cosmonautes recrutés et qui sont de son âge ou plus âgés. Il leur donne des cours sur la construction du Vostok, son équipement intérieur et sa conduite. En les regardant derrière son bureau, il rêve d’être un jour parmi eux. Pour l’instant, son avis d'enseignant est demandé avant qu’ils prennent la route de l’Espace. Le premier s’appelle Youri Gagarine. Le 12 avril 1961, Sevastianov a le cœur qui palpite lorsqu’il assiste, à distance, à son départ sur Vostok 1 : « J’ai eu la chance d’entendre le compte à rebours et de suivre le lancement, tandis que j’étais au Centre de contrôle de vol de Moscou, comme représentant du Bureau d’études Korolev. »

Plus tard, Sevastianov collabore au développement du Voskhod et surtout du Soyouz chargé d’amener deux cosmonautes autour de la Lune, l’un devant atterrir à bord d’un module détaché du vaisseau principal. Excité par cette perspective, il décide de poser sa candidature.

En janvier 1967, Sevastianov est admis dans la 2ème équipe des deux cosmonautes-ingénieurs, à l’âge de 32 ans. D’un caractère vif et gai, il a la répartie facile lorsqu’on l’amène sur le terrain de la plaisanterie où il excelle.

Certains de ses collègues sont déjà affectés sur le programme Soyouz pour préparer le projet L3 d’atterrissage sur la Lune. Leur mission consiste en l’amarrage, en orbite terrestre, du Soyouz 1 avec le Soyouz 2 simulant le module lunaire après son décollage de la Lune, puis le transfert par l’extérieur de cosmonautes d’une cabine à l’autre comme le ferait le piéton lunaire. Malheureusement, le premier vol du Soyouz se termine tragiquement avec la mort de Komarov le 24 avril 1967.

Par comparaison à ses camarades qui reprennent l’entraînement, Sevastianov s’estime plus heureux, car il est transféré sur le projet L1 de survol lunaire qui doit se réaliser avant le projet L3. Il est nommé deuxième doublure du copilote Makarov dans l’équipage commandé par Leonov. Il garde l’espoir d’effectuer, lui aussi, un autre survol de la Lune avec son commandant de bord Popovitch dans un Soyouz dépourvu de son compartiment orbital et dénommé Zond. Auparavant, plusieurs vols inhabités doivent intervenir.

Pour tester les liaisons et à défaut d’un déplacement physique dans l’Espace, la voix de Sevastianov et celle de son commandant sont envoyées par radio vers Zond 4 qui les retransmet au centre de contrôle alors qu’il réalise, en mars 1968, un périple à 354 000 km de notre planète. Puis, le premier aller retour Terre-Lune est accompli par Zond 5, en septembre 1968, après un survol du satellite.

sevastianov-arriv--e.jpgSevastianov se réjouit de ce succès remarquable, d’autant plus que Michine, le nouveau patron du programme spatial, souhaite envoyer un équipage au début de 1969 si les deux vols suivants du Zond sont réussis. Il est persuadé que les Américains, qui n’ont pas encore mis en orbite terrestre leur première cabine habitée Apollo 7, ne seront pas prêts pour placer en orbite lunaire Apollo 8 en décembre 1968.

Mais Zond 6, lancé en novembre 1968 pour un deuxième survol de la Lune, connaît une dépressurisation de sa cabine provoquant un dysfonctionnement de l’altimètre qui envoie un signal prématuré d’ouverture du parachute causant l’écrasement du véhicule à son retour sur Terre.

Pour Michine, il faut alors repousser à plus tard le lancement de cosmonautes par une fusée Proton dans l'attente du succès de deux autres vols inhabités. Par contre, cet échec ne décourage pas les six cosmonautes impliqués dans le programme L1. Sevastianov, Leonov, Makarov, Bykovsky, Roukavichnikov et Popovitch signent une pétition adressée aux autorités de Moscou dans laquelle ils demandent qu’un équipage parte vers la Lune dès le 6 décembre 1968, soit quinze jours avant le décollage des Américains qui ont réussi, en octobre, la mission Apollo 7. Ils sont convaincus que la présence de cosmonautes à bord d’un vaisseau permet d'éviter les pannes ou de remédier aux graves problèmes comme ceux survenus sur Zond 6. Ils ne sont pas entendus et Apollo 8 s’envole vers le succès le 21 décembre 1968.

Pour Sevastianov, cette victoire américaine est très amère. Elle a pour conséquence l’abandon du programme L1, car pour les politiques : « A quoi bon être second et pour faire moins bien ? », sous-entendu : il n’y a aucune commune mesure entre une mise en orbite lunaire (réalisée par les Etats-Unis) et un survol lunaire (envisagé par l'Union Soviétique). Sevastianov espère alors se poser sur la Lune dès que la fusée géante N1 sera opérationnelle.

Pour l'instant, il rejoint le programme de stations orbitales Saliout dont la mise en œuvre est accélérée après le triomphe d’Apollo 11 en juillet 1969 sur la Lune. Avant la mise en orbite de la première station, des vols de Soyouz sont prévus pour les derniers tests du système de rendez-vous Igla du vaisseau qui amènera les équipages vers les Saliout.

Sevastianov est heureux d’être ainsi désigné copilote du Soyouz 8 pour un amarrage avec Soyouz 7 qu’il doit occuper ensuite après une sortie spatiale durant laquelle il échangera sa place avec Volkov, les opérations étant filmées par les cosmonautes de Soyouz 6. Mais Sevastianov ne peut pas participer à cette triple mission qui est une première spatiale. Il échoue, en août 1969, avec son commandant de bord Nikolaïev, à l’examen d’aptitude et ils sont remplacés par Elisseïev et Chatalov dont ils restent cependant les doublures jusqu’en octobre 1969, date du vol. Finalement, Sevastianov ne regrette rien car la jonction entre Soyouz 7 et 8 ne se réalise pas.

Dans le cadre de la préparation du programme d’atterrissage sur la Lune L3, il est ensuite nommé sur une autre mission fixée pour la mi-1970 et mettant en œuvre deux Soyouz accostés après l’essai du nouveau système de rendez-vous Kontact. Au cours du vol, il doit sortir dans le vide revêtu d’un scaphandre lunaire et rester en orbite pour battre le record de durée de près de 14 jours détenu par les Américains depuis décembre 1965 sur Gemini 7.

L’enthousiasme de Sevastianov pour cette mission va disparaître lorsqu’il apprend, en décembre 1969, le retard dans la réalisation de l’équipement Kontact et le report de ce vol à une date indéterminée. Il n’aura jamais lieu, puis le programme L3 sera annulé après les quatre échecs consécutifs des tirs de la fusée N1 et l’abandon de la Lune par les Américains après la mission Apollo 17 de décembre 1972.

Faute d’une expédition vers la Lune, Sevastianov est malgré tout satisfait par son affectation, avec Nikolaïev, sur le vol Soyouz 9 qui reprend un des objectifs de la mission Kontact : tester la résistance de l’organisme humain en apesanteur prolongée en vue de rester à bord d’une station orbitale le plus longtemps possible pour éviter de trop fréquentes relèves d’équipage.

Avant de partir, Sevastianov passe des nuits particulièrement agitées. Il doit dormir avec les pieds relevés afin de s’habituer à recevoir en orbite, dans la partie supérieure de son corps, deux litres de sang supplémentaires provenant de la partie inférieure (abdomen et jambes). 

Du 1er au 19 juin 1970, Sevastianov accomplit sur Soyouz 9 (6,50 tonnes/6,98 mètres) son 1er vol de 17 j 16 h 59 mn autour de la Terre, en compagnie de Nikolaïev, le commandant de bord.

Le départ a lieu au moment où Armstrong visite la Cité des étoiles près de Moscou. Sur un téléviseur, le premier homme sur la Lune voit décoller Sevastianov et son camarade. Neuf ans plus tôt, c’était Sevastianov qui assistait, sur un écran, au lancement du premier homme dans l’Espace. Après avoir reçu un message de félicitations de l'astronaute américain, les deux cosmonautes lui adressent leurs remerciements.

Peu après, Sevastianov craint que son expédition ne se termine au bout de huit jours en raison du mauvais fonctionnement du système de contrôle automatique des panneaux solaires du Soyouz. Heureusement, les deux hommes réussissent toute une série de procédures manuelles pour que l’électricité puisse alimenter correctement les systèmes de bord.

Pendant leur séjour record en orbite, Sevastianov et Nikolaïev prennent un millier de photos du territoire soviétique et des eaux qui le bordent. Elles vont permettre aux spécialistes de différencier les types de roches et de sols, de localiser les bancs de poissons et de chiffrer les réserves de bois par le relevé photographique de l’étendue des forêts. A partir des clichés des surfaces enneigées des montagnes de l’Asie centrale, les hydrologistes peuvent évaluer la quantité d’eau dont disposeront les agriculteurs pour irriguer leurs terrains durant la saison sèche avec, pour conséquence, une estimation des récoltes à venir.

Mais entre ce programme d’observations, les expérimentations scientifiques, l’enregistrement des résultats et les travaux de maintenance, Sevastianov et son coéquipier n’ont pas le temps d’effectuer la totalité des deux heures d’exercices physiques par jour. C’est pourquoi les médecins les réprimandent régulièrement. Ils redoutent, en effet, que leur retour sur Terre soit difficile.

Car, en apesanteur, le squelette n’a plus à soutenir le poids du corps et les muscles n’ont plus d’efforts à faire. Ils fondent et l’organisme se décalcifie, malgré une nourriture riche en calcium. Dans le module orbital du vaisseau Soyouz, les deux cosmonautes ont donc à leur disposition des extenseurs pour faire travailler les muscles des bras et de la poitrine. Ils doivent aussi marcher sur place en tapant des pieds pour imiter la force de gravité sur les os des jambes et sur le système circulatoire. Ils sont obligés de porter un vêtement spécial composé de bandes de caoutchouc qui stimulent la musculature.

Dès le 13 juin, l’activité de Sevastianov et celle de son collègue déclinent. Ils boivent peu d’eau et leur consommation d’oxygène diminue. Ils deviennent irritables lors de leurs communications avec le centre de contrôle. La décision est alors prise de réduire le volume des expériences à réaliser et d’augmenter la période de repos. Le 15 juin, ils dorment si profondément que les techniciens mettent trois minutes avant de pouvoir les sortir du sommeil. Réveillé en sursaut, Sevastianov appuie malencontreusement sur la commande du système automatique d’atterrissage, mais ce geste n’a pas de suite fâcheuse.

Cette journée du 15 juin est aussi une date importante dans les annales du vol habité. Les deux Soviétiques battent le record du vol de 13 j 18 h 35 mn des Américains Borman et Lovell. Très sportivement, ces derniers leur envoient le télégramme suivant : « Nous vous souhaitons le succès dans la poursuite de votre importante mission et un retour sains et saufs sur la Terre. Votre prouesse est une nouvelle preuve de l’aptitude de l’homme à vivre et à travailler dans l’espace pendant une période prolongée. »

La mission se termine quatre jours plus tard, mais Sevastianov et son camarade n’apprécient pas ces retrouvailles avec la Terre patrie. Les nouveaux recordmen du vol spatial qui a duré 17 j 16 h 59 mn, sont incapables de sortir du vaisseau et les membres de l’équipe de récupération doivent les aider. Une fois debout, ils marchent difficilement bien que soutenus par les épaules. La réadaptation à la vie terrestre va alors être pénible.

Pendant les deux premières journées, Sevastianov et Nikolaïev ont du mal à se tenir verticalement. Ils doivent réapprendre à marcher, car leurs jambes s’écartent l’une de l’autre et ils tendent machinalement les bras à l'horizontale pour conserver leur équilibre. Ils font de petits pas en tapant des pieds et, lorsqu’ils montent un escalier, ils cognent les marches parce qu’ils ne lèvent pas les genoux suffisamment haut.

Treize jours après leur atterrissage, Sevastianov et son collègue sont heureux de retrouver leur condition physique d’avant leur départ en se promettant, à l’avenir, de suivre scrupuleusement le programme d’exercices en apesanteur que les Russes vont améliorer pour devenir les seuls experts mondiaux en matière de vols de longue durée. Ainsi, le record actuel est détenu par Poliakov avec 437 jours 17 heures 58 minutes, accompli entre le 8 janvier 1994 et le 22 mars 1995 à bord de l'extraordinaire station Mir. Dans cet "hôtel" spatial très étoilé ont peu dormi et beaucoup travaillé les spationautes français Jean-Loup Chrétien, Michel Tognini, Jean-Pierre Haigneré, Claudie André-Deshays, Jean-François Clervoy et Léopold Eyharts.

En octobre 1970 et à l’invitation de la Nasa, Sevastianov et Nikolaïev s’envolent vers les Etats-Unis pour visiter le centre spatial de Hunstville. Dans la piscine, Sevastianov effectue alors un entraînement aux sorties spatiales avec Schweikart et Aldrin, leur guide pendant leur séjour américain. Puis, ils se rendent au centre spatial de Houston avant de partir en direction du JPL de Los Angeles qui pilote les sondes spatiales dans le système solaire. Leur circuit se termine dans les usines de Seattle où la firme Boeing assemble ses avions. Aux commandes du 747, Sevastianov éprouve beaucoup de plaisir à réaliser une série de virages majestueux pour discuter ensuite avec les ingénieurs sur l’aérodynamisme de cet appareil.

sevastianov-sur-soyouz-9.jpgDe retour en Union Soviétique, Sevastianov reprend sa formation sur le programme de stations orbitales. Il est nommé comme doublure dans les équipages devant occuper Saliout 1, mais il prend le temps de s’échapper quelques jours pour venir en France en compagnie de Popovitch. Le 25 mai 1971, ils rencontrent Shepard, Roosa et Mitchell sur un plateau de télévision. L’ancien équipage malchanceux du programme L1 regarde alors avec envie l'heureux équipage d’Apollo 14 de retour de la Lune. Puis, les cinq hommes se retrouvent au Salon du Bourget.

Un mois plus tard, Sevastianov ressent une profonde tristesse lorsqu’il apprend la mort de ses camarades Volkov, Dobrovolsky et Patsaïev lors de leur rentrée sur Terre le 30 juin 1971 à bord de Soyouz 11. Il connaît aussi une suite de déceptions après l’échec du tir d’une seconde station en juillet 1972, puis la défaillance d’une autre Saliout dès sa mise en orbite en mai 1973. Désigné copilote de Soyouz 13, la mission solitaire de décembre 1973, il croît que le temps est arrivé pour lui de repartir pour le Cosmos. Des problèmes médicaux l’obligent à céder sa place à Lebedev, son remplaçant.

Mais ce n’est que partie remise, car Sevastianov est sélectionné comme doublure de Makarov pour  le vol Soyouz 18, la 2ème mission à destination de Saliout 4, avec l’assurance d’être retenu ensuite dans le dernier équipage d’occupation. L'insuccès du lancement du deuxième équipage, le 5 avril 1975, amène Sevastianov à faire partie de la seconde équipe pour un vol minimun de 28 jours. Cependant, il ne peut s'empêcher de faire la grimace quand on lui annonce qu’il va devoir dormir, les vingt-et-une nuits précédant son départ, sur un lit incliné avec la tête un peu plus basse que les pieds afin de familiariser son organisme à une arrivée massive de sang dans le haut du corps. Il se rappelle que, cinq ans plus tôt, son sommeil n’avait pas été profond à cause de cette position inconfortable.
                                                                                                                 
sevastianov-sur-soyouz-18-copie-1.jpgDu 24 mai au 26 juillet 1975, Sevastianov réalise sur Soyouz 18 (6,82 tonnes/6,98 mètres) et sur Saliout 4 (18,9 tonnes/15 mètres), son 2ème et dernier vol de 62 j 23 h 20 mn autour de la Terre, en compagnie de Klimouk, le commandant de bord. Il se fait une joie de pénétrer en premier dans le laboratoire et d’accéder au compartiment de travail de 9,1 m de long et de 2 m de large. Il est persuadé qu’il sera facile de vivre plus longtemps dans ce volume de 40 m3 comparés aux 9 m3 du Soyouz 9. C’est aussi la première fois que des cosmonautes réoccupent une station.

Equipée de 400 appareils, il devient inévitable que certains d’entre eux tombent en panne. C’est ainsi que Sevastianov et son coéquipier assurent la restauration du spectromètre Silia chargé d’étudier la composition chimique du rayonnement cosmique. Puis, les deux cosmonautes corrigent le système de conditionnement de l’environnement. Son mauvais fonctionnement est responsable d’une augmentation du taux d’humidité avec l’apparition de moisissure sur les parois de la station et de buée sur les hublots. Tout au long de leur mission, ils entretiennent, règlent, remplacent et réparent des équipements. Ils enlèvent et remettent des bandes magnétiques et des pellicules. Par leur travail de maintenance, ils sont ravis de démontrer l’utilité de l’homme dans l’Espace.

sevastianov-soyouz-18.jpgDans la continuité des tâches effectuées par l’équipage précédent, Sevastianov et son camarade photographie le territoire soviétique en doublant le nombre de clichés pris lors de la mission Soyouz 9, soit     2 000. Certains concernent les dépôts de minéraux susceptibles d’être exploités et d’autres portent sur la concentration de polluants dans la haute atmosphère. Pour préparer la construction d’une voie ferrée de 3 500 km entre le lac Baïkal et le fleuve Amour, des photos de ces régions sont obtenues. Elles vont révéler des fractures dans le sous-sol, d’où une modification du tracé de la voie. Si l’observation de la Terre tient une grande importance dans le programme des deux cosmonautes, l’étude du ciel n’est pas oubliée. Ils dirigent régulièrement les télescopes vers le Soleil pour mieux connaître son influence sur la météo, ainsi que vers les constellations d’étoiles dont celle de Cygnus où un trou noir est découvert.

L’accoutumance à l’apesanteur de Sevastianov et de son collègue va se faire progressivement, le temps que leur organisme s’habitue à une redistribution de la masse sanguine. Pendant les trois premiers jours du vol, Sevastianov éprouve une sensation bizarre comme des symptômes avant-coureurs d’une grippe. Les deux hommes vont se plier aux exercices physiques pour s’assurer non seulement d’un bon retour sur la Terre, mais aussi pour garder une grande capacité de travail à bord de Saliout 4. Ils s’adaptent si bien à leur nouveau milieu que les responsables décident d’abord de prolonger de 6 jours la mission et battre ainsi le dernier record soviétique de 29 j 13 h 19 mn accompli par leurs prédécesseurs Goubariev et Gretchko.

Alors que Sevastianov et son compagnon entament la quatrième semaine, le docteur Gazenko est appelé d’urgence au Centre de contrôle pour donner son avis sur les irrégularités apparues sur leur électrocardiogramme. Il est rassurant : les électrodes fixées sur leur poitrine ne remplissent pas correctement leur fonction, parce que l’oreillette droite de leur cœur s’est dilatée en raison d’un afflux de sang. La mission peut donc se poursuivre d’autant plus que, dès le début du deuxième mois, les deux cosmonautes ne perdent plus de poids et gardent la même tension artérielle. 
Le feu vert est alors donné pour doubler le séjour précédent : un peu plus de 60 jours au lieu de 30 jours. Il faut dire que le risque n’est pas élevé, car les astronautes américains de la station Skylab sont revenus le 8 février 1974 après un record de 84 jours. Par ailleurs, la station soviétique arrive en fin de vie et il n’y a plus de Soyouz disponible dans l’immédiat. Le dernier, Soyouz 19, vient d’être lancé le 15 juillet pour s’accrocher au vaisseau Apollo et constituer un train spatial de cinq voyageurs qui va filer sur une voie différente de celle empruntée par Saliout 4 distante de 322 km.

La préparation pour revenir sur Terre s'avère très efficace. D’abord, dix jours avant, les médecins demandent à Sevastianov et à son coéquipier de multiplier les exercices physiques et de boire de l’eau salée pour réhydrater leur corps. Ensuite, quatre jours avant, ils portent le costume Tchibis qui attire le sang vers la partie inférieure du corps. Enfin, le jour de la rentrée, ils pénètrent dans le Soyouz revêtus d’une combinaison qui compresse les cuisses pour refouler le sang vers la partie supérieure du corps.

Après l’atterrissage de la cabine d’où les deux cosmonautes sortent sans difficulté et dans un état de fraîcheur remarquable, ils refusent d’être transportés sur un brancard ou d’être aidés dans leur marche. Pour Sevastianov, c’est une victorieuse revanche sur son précédent retour. Il déclare : « S’il avait été nécessaire, nous aurions poursuivi volontiers nos investigations, d’autant plus que le dernier mois, nous étions bien habitués au travail en apesanteur ». Dès le lendemain, les spécialistes sont étonnés de constater qu’ils ont des mouvements et des façons de se déplacer tout à fait normaux. C’est un excellent encouragement pour de plus longues missions auxquelles Sevastianov compte bien participer.

En attendant et tout en gardant son statut de cosmonaute, il prend la direction d’un département au sein de la firme industrielle NPO Energia. Il travaille alors sur les stations Saliout 5 à 7, puis sur la station Mir.

En octobre 1976, Sevastianov retourne aux Etats-Unis avec Egorov, Leonov et Koubassov afin d’assister au 27° Congrès International d’Astronautique qui se tient à Anahein en Californie. Il profite de l’occasion pour se rendre ensuite à Palmdale et monter à bord de la navette Enterprise destinée aux essais atmosphériques. Il est accompagné de Lousma et de Carr avec qui il discute avec passion de leur vie à bord de la station Skylab.

Entre 1977 et 1979, Sevastianov occupe la fonction de contrôleur de vol pour les missions Soyouz à destination de Saliout 6, avant de reprendre son entraînement de cosmonaute. Après avoir été dans l’équipage de support de Soyouz T-10/Saliout 7 de 1984, il est nommé doublure de Solovyov pour la 1ère mission Soyouz T-15 de 1986 vers Mir. Il est heureux d’être enfin désigné comme membre de Soyouz TM-3, puis désappointé lorsqu’un problème de santé l’empêche de passer 160 jours dans la station Mir en 1987.

sevastianov-depart.jpgPar la suite, Sevastianov est sélectionné dans l’équipage de support de Soyouz TM-8 de 1989, puis comme doublure de Strekalov sur Soyouz TM-10 en 1990. Une autre occasion lui est donnée de revoler lorsqu’il est retenu dans l’équipage de Soyouz TM-11, mais à nouveau des raisons médicales le clouent au sol. Il ne peut pas partir en 1990 pour vivre 175 jours à bord de Mir. A son grand regret, il est déclaré définitivement inapte, à 55 ans, aux vols de très longue durée après avoir été un pionnier quinze ans plus tôt, mais avec quinze ans en moins. Il s’entraîne alors pour un vol de courte durée sur la navette Bourane et il continue à jouer de malchance car ce programme est abandonné.

En décembre 1993, Sevastianov quitte donc le Corps des cosmonautes pour se consacrer entièrement aux affaires publiques. Il va être député, membre du comité des affaires internationales au Parlement russe, adhérent à l’Union des journalistes pour ses écrits sur la science et commentateur à la télévision de la série mensuelle « L’Homme, la Terre et l’Univers ».  

Sevastianov décède le 5 avril 2010 à l'âge de 75 ans après une longue maladie.  

Publié dans cosmonautes

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