Thomas Stafford

Publié le par jijiaile


Le 13° astronaute, Thomas (Tom) P. Stafford,
est né le 17 septembre 1930 à Weatherford (Terre) où il fait si chaud certaines nuits d’été qu’il est difficile de dormir à l’intérieur des maisons. Tom est alors ravi de suivre ses parents dehors pour s’allonger sur une couverture posée sur l’herbe. En attendant que le marchand de sable passe, son regard se promène dans les constellations d’étoiles que son père lui montre du doigt. La Lune le fascine également. Elle lui semble si proche qu’il pense qu’un jour des hommes s’y poseront. Il devient un fan de Buck Rogers, le premier héros de science-fiction et il monte des maquettes d’avions en balsa, avant de prendre son baptême de l’air à bord d’un Piper Club piloté par l’amie de son professeur de mathématiques. " Ce n’est pas le Spitfire, mais c’est un vrai avion " pense-t-il et il décide à 14 ans de devenir " pilote de chasse pour gagner la guerre ".

Heureusement, elle se termine un an plus tard, en 1945. Sa directrice de collège remarque son intérêt pour les sciences et les techniques. Elle lui propose de lire la rubrique du Sunday New York Times qu’elle reçoit. Tom apprend alors l’existence du V2 allemand et de l’avion-fusée américain Bell X-1 aux commandes duquel Yeager a franchi le mur du son, le 14 octobre 1947. Après avoir fini ses études secondaires, Stafford entre en 1948 à l’Académie Navale d’Annapolis pour préparer sa licence en sciences (qu’il obtient quatre ans plus tard). Durant l’été 1949, il part en mission avec Young sur le cuirassé Missouri à destination du port maritime de Cherbourg. Aucun d’eux ne peut imaginer que, vingt ans plus tard, ils navigueront sur le vaisseau Apollo 10 pour jeter l’ancre sur une orbite lunaire. A sa sortie d’Annapolis en 1952, Stafford n’hésite pas à s’engager dans l’Armée de l’Air plutôt que dans l’Aéronavale, car elle offre la possibilité de piloter les avions de chasse les plus rapides du monde, comme le F-86E Sabre.

Stafford va être affecté dans diverses bases avant de se rendre dès 1955, à Landstuhl en Allemagne de l’ouest, puis ensuite, au lieu d’aller à Phalsbourg en Moselle, il part pour Hahn en octobre 1956 en raison de l’alerte causée par les troubles de Hongrie. Stafford s’interroge sur son avenir. Ses condisciples d’Annapolis qui ont choisi la Marine ou l’Aéronavale, ont gravi les échelons de la hiérarchie plus rapidement que lui. Sa promotion n’est pas pour demain, car elle est réservée aux vétérans de la guerre de Corée. Par ailleurs, il n’éprouve guère d’intérêt de continuer à piloter des avions qu’il connaît trop bien. Il veut alors quitter l’Armée de l’Air pour entrer dans la compagnie aérienne American Airlines ou TWA, mais l’arrivée des F-100, F-101 et F-102, le dissuade de poster les lettres de demande d'emploi qu’il avait rédigées.

De retour aux Etats-Unis en 1958, Stafford est admis à l’Ecole des pilotes d’essai d’Edwards où, pendant huit mois, il apprend son métier si consciencieusement que son colonel lui demande de rester comme instructeur de vol. Il forme notamment McDivitt, White, Borman et Collins qui deviendront des astronautes. Il co-écrit des ouvrages de référence : le Manuel du pilote pour l’étude en vol des caractéristiques des avions et le Manuel d’aérodynamique pour l’étude en vol des caractéristiques des avions.

En 1959, Stafford propose sa candidature pour faire partie des premiers astronautes, mais elle n’est pas acceptée. Il est trop grand (1,80 m) pour la cabine Mercury et il n’a pas assez d’années en tant que pilote d’essai. En avril 1962, il postule à nouveau pour le deuxième recrutement et, comme sa sélection est incertaine, il envisage de retourner à l’université afin d’acquérir une maîtrise en aéronautique. Il se décide finalement à suivre une formation de manager à l’Ecole de commerce d’Harward, car il estime que l’Armée de l’Air possède certes beaucoup de techniciens, mais pas assez de dirigeants. Il commence les cours le 10 septembre 1962 et quatre jours après... il les arrête. Slayton, le Directeur des équipages, vient de l’appeler au téléphone pour lui annoncer qu’il est retenu.

En septembre 1962, Stafford rentre dans la 2ème équipe des neuf astronautes, à l’âge de 32 ans. Il est d’une nature aimable et connu pour son sens de la diplomatie. Il pratique le base-ball, la natation et le pilotage acrobatique.

En février 1964, il est fier d’être désigné en tant que copilote du premier vol Gemini 3 aux côtés de Shepard. Mais le premier astronaute américain est contraint de quitter son poste en avril, souffrant de troubles de l’oreille interne gauche. Désappointé, Stafford se retrouve alors comme doublure du nouveau copilote Young choisi par Grissom, le remplaçant de Shepard. Un an après, il est nommé copilote de Gemini 6, chargé d’effectuer avec Schirra, le premier amarrage avec un étage-fusée Agena. En octobre 1965, la fusée Atlas-Agena décolle, mais la cible se désintègre après s’être séparée du premier étage. Le départ de Gemini 6 est annulé, à la grande déconvenue des astronautes qui descendent de leur lanceur Titan II de 150 tonnes. Il n’y a pas un autre étage Agena disponible. La Nasa décide donc que la Gemini 7 de Borman et de Lovell, serve de cible de rendez-vous à la Gemini 6. Stafford et Schirra proposent l’échange d’un membre de chaque équipage, pour simuler un sauvetage. Le prudent Borman trouve l’opération trop risquée, suivi en ce sens par la Nasa.

Avant de s’envoler sur Gemini 6, Stafford apprend en novembre 1965, qu’il est désigné doublure du commandant See pour la mission Gemini 9. Le 7 décembre 1965, Gemini 7 est lancée, Stafford et Schirra s’apprêtant à partir le 12 pour la rejoindre. Les moteurs de leur Titan II s’allument, puis ils s’éteignent 1,2 seconde plus tard, après que le système de sécurité ait détecté le débranchement prématuré d’une prise ombilicale sur le lanceur et une mauvaise alimentation d’un des deux moteurs. Kraft, le Directeur de vol, s’étonne d'abord que Schirra n’actionne pas les sièges éjectables comme le prévoit la procédure pour un tir avorté qui peut être suivi d’une explosion de la fusée. Bien que l’horloge de Gemini ait indiqué le départ, les astronautes n'ont pas ressenti le mouvement de la Titan II.

Kraft est soulagé ensuite que ne soit pas intervenue l’éjection très risquée pour les astronautes qui auraient pu avoir la colonne vertébrale brisée par l’accélération à ce niveau du sol ou être transformés en torche vivante par la mise à feu des sièges à l’intérieur de la cabine remplie d’oxygène pur inflammable. Pour la deuxième fois, Stafford et Schirra sortent de leur Gemini, déçus du faux départ, mais heureux d’avoir échappé à une catastrophe. Une course contre la montre s’engage alors pour qu’un nouveau lancement intervienne trois jours avant le retour de Gemini 7.

Du 15 au 16 décembre 1965, Stafford, en compagnie de Schirra, effectue enfin son 1er vol d’1 j 1 h 51 mn autour de la Terre, à bord de Gemini 6 (3,54 tonnes/5,74 mètres). Le vol est de courte durée, car le vaisseau emporte, au détriment des réserves d’oxygène et de nourriture, beaucoup de carburant pour effectuer les manœuvres permettant à l’équipage de réaliser le 1er rendez-vous spatial avec Gemini 7 près duquel il reste pendant 5 h 18 mn, entre 91 m et 30 cm, préfigurant ainsi la rencontre entre l’étage de remontée du module lunaire et la cabine Apollo autour de la Lune. Puis, la célèbre annonce entendue sur les ondes, longtemps prêtée à Schirra, est faite par Stafford : " Houston, nous avons un objet en vue. Il vient du nord et se dirige vers le sud. Il pourrait bien entrer en collision avec nous ". See, le capcom de service, s’inquiète car il connaît le sérieux de Stafford qui, de suite après, précise : " C’est un curieux attelage tiré par des rennes…Santa Claus (Le Père Noël) ! Schirra entre en scène pour jouer les premières notes de " Jingle Bells " avec un harmonica, tandis que Stafford agite des clochettes.

De retour sur Terre, il se prépare comme doublure pour le vol Gemini 9, avec Cernan. Le 28 février 1966, les deux astronautes décollent de Houston à bord d’un T-38 biplace, peu de temps après See et Bassett, l’équipage principal. Leur destination est le complexe de McDonnell Douglas à Saint-Louis où se trouvent le vaisseau Gemini 9 et le simulateur de vol dans lequel ils doivent s’entraîner. Stafford et Cernan se posent sur la piste de l’aéroport, malgré une forte pluie et un épais brouillard qui gênent la visibilité. Ils apprennent alors avec tristesse que leurs collègues sont morts dans l’écrasement de leur T-38 sur le parking du constructeur de la Gemini, après avoir heurté la toiture d’un bâtiment situé à 300 m de l’aéroport, lors d’une deuxième tentative d’atterrissage.

Après ce drame, Stafford et Cernan sont désignés pour piloter la Gemini 9. Leur mission est d’effectuer un amarrage avec un étage-fusée Agena, suivi pour la première fois d’un allumage de ses moteurs pour se placer sur une orbite de grande apogée, puis sur des orbites basses et terminer par l’essai du premier fauteuil à réaction, lors de la sortie spatiale de Cernan. Le 17 mai 1966, la fusée Atlas-Agena s’élance, mais les techniciens sont obligés d’arrêter son fonctionnement deux minutes après, en raison du blocage du système orientateur des tuyères. Amers, Stafford et Cernan évacuent leur cabine qui devait être lancée après la mise en orbite de la cible Agena. La Nasa n’a pas d’autre exemplaire, mais elle a prévu, en remplacement, une cible simplifiée Atda qui est une Agena dépourvue d’une unité de propulsion pour accéder à une orbite élevée. Stafford n’est pas enchanté que le programme de son vol soit ainsi amputé. Le 3 juin 1966, la fusée Atlas met en place la cible Atda, mais la télémétrie indique que le cône, qui protège le collier d’amarrage lors de l’ascension dans l’atmosphère, ne s’est pas éjecté. On espère qu’il s’agit d’un faux signal.

Du 3 au 6 juin 1966, Stafford réalise, avec Cernan, sa 2ème mission de 3 j 20 mn autour de la Terre, à bord de Gemini 9 (3,75 tonnes/5,74 mètres). Arrivés à proximité de l’Atda, les deux astronautes constatent, avec dépit, que les deux demi-coquilles du carénage sont en partie séparées et empêchent l’accès de la Gemini à la pièce d’accostage. Stafford déclare au sol : " Nous avons une étrange machine. Elle ressemble à un alligator en colère " (avec ses mâchoires entrouvertes). Il rajoute : " J’ai envie de tenter de faire sauter la coiffe avec la barre d’amarrage fixée sur le nez de la Gemini ". Sa proposition audacieuse est rejetée.  Les deux éléments du cône sont retenus par des attaches métalliques que Cernan pourrait sectionner lors d’une sortie, comme le suggère l'astronaute Aldrin. Mais le risque qu’il déchire son scaphandre sur les aspérités du carénage, est réel. Alors les techniciens s’emploient à mettre en marche, par saccades, les moteurs d’orientation de l’Atda, dans l’espoir que les secousses entraînent le détachement de la coiffe. Sans succès. En conséquence, un nouveau programme va être mis en œuvre que Stafford et Cernan vont mener à bien. Deux rendez-vous supplémentaires avec l’Atda, différents et complexes, vont simuler la rencontre de l’étage de remontée du module lunaire avec la cabine Apollo en orbite lunaire, puis celle d’Apollo avec le module lunaire en perdition sur une orbite basse. Plus tard, la Gemini va se mettre à pivoter sur elle-même de plus en plus vite, approchant le point de rupture, jusqu’à ce que Stafford parvienne à remettre un interrupteur sur la bonne position.

Cernan effectue ensuite une sortie record de 2 h 7 mn, durant laquelle il se dirige à l’arrière de la Gemini afin de préparer et d’endosser le fauteuil à réaction AMU. Mais les efforts considérables qu'il doit faire, entraînent une consommation trop importante d’oxygène et un dégagement de chaleur qui couvre peu à peu sa visière d'une buée opaque, l’empêchant de terminer les opérations réalisées à 80 %. Il doit réintègrer la cabine, déçu de ne pas avoir rempli en totalité son contrat.

En septembre 1966, Stafford est nommé doublure d’Eisele pour le 2ème vol Apollo autour de la Terre. Deux mois après, la Nasa décide d’annuler cette mission qui est une répétition du 1er vol de la cabine Apollo. En décembre 1966, il est désigné doublure de McDivitt sur le 2ème vol Apollo en orbite terrestre, pour le test du premier module lunaire. Mais, après l’incendie tragique d’Apollo 1 au sol, Stafford est choisi en mai 1967 comme doublure de Schirra pour le 1er vol de la cabine Apollo 7 autour de la Terre. Puis, en novembre 1968, il est nommé commandant d’Apollo 10, chargé d’essayer le premier module lunaire autour de la Lune et de relever les irrégularités de son champ gravitationnel, avant l’atterrissage d’Apollo 11.

Du 18 au 26 mai 1969, Stafford effectue son 3ème vol de 8 j 3 mn en compagnie de Cernan à nouveau et de Young, à bord d’Apollo 10 d’une masse au départ de 42,77 tonnes et de 18,12 mètres (28,83 tonnes pour la cabine associée à son module de service et 13,94 tonnes pour le module lunaire (LM). C’est la première fois qu’un vaisseau au complet, propulsé par une Saturn V de 2.942 tonnes, s'envole vers la Lune autour de laquelle il se met en orbite pour une durée record de 2 j 13 h 57 mn.

Stafford et Cernan pénètrent alors dans le LM et lisent avec amusement cette inscription collée sur le tableau de bord : " Il est formellement interdit de descendre sur la Lune avec cet engin ". Plus sérieusement, ils constatent que le collier d’amarrage qui relie les deux engins, a subi une torsion de 3°. Les astronautes doivent renoncer à la séparation du LM si le vrillage s’accentue et dépasse 6°, car ils ne pourront pas s’amarrer au retour à la cabine Apollo. Il reste fixe et le module lunaire de 6,98 mètres se détache à 112 km d’altitude. Stafford et Cernan commencent à utiliser les fusées du contrôle d’attitude dont le bruit, lors de leur fonctionnement, étonne Stafford : " Chaque fois qu’entrent en action l’un de ces petits moteurs, nous avons l’impression qu’il y a quelqu’un qui tape sur une bassine en fer au-dessus de nos têtes ".

L’allumage du moteur principal du LM amène les astronautes à 15,4 km du sol lunaire, trois heures et demie après leur séparation. A deux reprises, la vitesse du module lunaire va s’accroître de 3 mètres par seconde, lorsqu’ils survolent des régions proches de la mer de la Tranquillité où doivent se poser Armstrong et Aldrin. Des concentrations de masse sont responsables de cette accélération qui peut fausser la trajectoire d’atterrissage et dont il faut tenir compte dans l’élaboration du programme de navigation du LM d’Apollo 11.

Alors que les astronautes se préparent à larguer l’étage de descente, le module lunaire est soudainement animé d’un violent mouvement de rotation. Très vite, Stafford comprend qu’il ne pourra pas maîtriser l'ensemble du LM, avec la poussée des moteurs d’attitude. Il largue donc l’étage de descente plus tôt que prévu et, 8 secondes après, il réussit à stabiliser l’étage de remontée avant son écrasement sur la Lune et quarante secondes avant l’allumage impératif de son moteur pour retrouver la cabine Apollo. L’incident venait du système de guidage automatique qui cherchait, au mauvais moment, à rentrer en contact avec le radar de la cabine Apollo. Le rédacteur de la check-list avait oublié d’indiquer aux astronautes la position d’une commande.

 Les trois hommes sont de nouveau réunis, après un vol autonome de 8 h 10 du LM qui est largué. Il tarde à s’éloigner, constate l’équipage à qui un contrôleur répond : " C’est normal, le chien ne veut pas quitter son maître ", faisant allusion au nom de baptême du module lunaire (Snoopy, le chien philosophe de la bande dessinée) et à celui de la cabine Apollo (Charlie Brown, son maître). Sur le chemin de retour, Houston diffuse un air très entraînant qui plaît tellement à Young et à Cernan que Stafford ne peut s’empêcher de faire ce commentaire : " Il y a un couple de phoques, ici ! " en voyant ses deux compagnons agiter leurs bras et leurs mains, comme le font ces mammifères marins avec leurs membres palmés. La cabine Apollo de 4,94 tonnes termine son voyage en abordant l’atmosphère terrestre à une vitesse record, jamais inégalée, de 11,107 km/s.

Après son vol Apollo 10, Stafford hésite entre rester dans le programme spatial ou se lancer dans la campagne électorale pour devenir sénateur de l’Oklahoma, son état de naissance. Finalement, il accepte en juin 1969, de prendre le poste de Chef du bureau des astronautes, libéré par Shepard de retour dans les équipes de vol. Il va superviser les activités quotidiennes des 65 astronautes. Au début de l’année 1971, Slayton envisage de le choisir pour commander le premier équipage d’occupation de la station Skylab, si Conrad n’accepte pas cette mission. Mais Stafford n’est pas intéressé pour tourner pendant un mois autour de la Terre. En juin 1971, Shepard reprend ses fonctions après son vol Apollo 14 et Stafford est alors désigné Directeur-adjoint des équipages, sous les ordres de Slayton, en charge de la gestion des avions d’entraînement, des simulateurs de vol et des équipements des vaisseaux.

Le 30 juin 1971, Soyouz 11 revient sur Terre, avec les corps des malheureux cosmonautes soviétiques Dobrovolsky, Volkov et Patsaïev, victimes d’une dépressurisation de leur vaisseau au cours de la rentrée. Stafford assiste à leurs funérailles, en tant que représentant du Président Nixon. Le lendemain matin, il se rend à l’aéroport pour repartir de Moscou. Il retrouve Beregovoï, député et ancien cosmonaute, qui l’attend pour l’inviter à prendre un petit déjeuner sur place. Stafford lui fait part du départ imminent de son avion. " Pas de souci. Il décollera lorsque je le déciderai " lui réplique en anglais Beregovoï. Le tête-à-tête dure quatre-vingt-dix minutes…et les passagers attendent, au grand embarras de Stafford. En janvier 1973, il est nommé commandant du dernier vaisseau Apollo, pour réaliser une rencontre historique avec un vaisseau soviétique. Les deux équipages vont s’entraîner conjointement aux Etats-Unis et en Union Soviétique, en apprenant la langue de l’autre. En causant le russe avec sa voix nasillarde, Stafford va déclencher des rires chez ses interlocuteurs soviétiques, qui vont le rendre encore plus sympathique. Auparavant, le 25 mai 1973, Stafford et ses collègues Cernan, Schmitt, Evans rencontrent au Salon aéronautique et spatial du Bourget les cosmonautes soviétiques Leonov, Koubassov, Chatalov, Elisseïev et Filiptchenko.

Du 15 au 24 juillet 1975, Stafford accomplit son 4° et dernier vol de 9 j 1 h 28 mn, en compagnie de Slayton et de Brand, à bord d'Apollo de 14,76 tonnes et de 14,49 mètres(Mission ASTP : Apollo Soyuz Test Project), lancé par une Saturn 1B de 593 tonnes, pour le premier amarrage avec le Soyouz 19 occupé par Leonov et Koubassov. Le rendez-vous intervient le 17 juillet, sous la direction de Stafford qui s’exclame : " Soyouz est très beau ! ".

Les deux engins se réunissent grâce au module de jonction fixé sur Apollo. Les écoutilles s’ouvrent et Leonov s’adresse alors à Stafford : " Très, très heureux de te voir ". L’astronaute américain lui répond : " Ami ! " en attrapant ses bras tendus vers lui.

 

Les quatre échanges des membres des équipages interviennent et Stafford va séjourner ainsi pendant 4 h 10 m à bord de la cabine soviétique. Ils réalisent des expériences communes et des repas collectifs. Puis, la première séparation a lieu après une jonction de 43 h 53 mn. Les deux vaisseaux volent de conserve durant 30 mn, à 50 m l’un de l’autre, puis un second accostage a lieu sous la conduite de Leonov qui a du mal à aligner et à stabiliser son Soyouz sur le module d’amarrage d’Apollo, avant la séparation définitive, 3 h 54 mn après.

Au moment de la rentrée dans l’atmosphère, alors que la cabine Apollo se trouve à 24 000 m d’altitude, un fort grésillement dans les écouteurs des casques, empêche Brand d’entendre Stafford lui dire de couper le circuit des moteurs d’attitude. A 7 000 m, les parachutes stabilisateurs sortent de leur compartiment et la cabine oscille. Le système de guidage automatique qui est resté branché, interprète ce mouvement comme anormal et, pour le corriger, met à feu les moteurs d’attitude dont les vapeurs toxiques pénètrent dans l’habitacle, par l’intermédiaire d’une valve ouverte auparavant pour laisser passer de l’air frais. Stafford reconnaît l’odeur et arrête aussitôt le fonctionnement des moteurs. Le gaz irrite les yeux des astronautes et provoque des quintes de toux.

Devant cette situation, Stafford préfère actionner le déploiement des parachutes principaux plus tôt que prévu, au cas où ils perdraient connaissance et que le système d’ouverture automatique tombe en panne. Une fois la cabine posée, il distribue les masques à oxygène, mais Brand s’évanouit en raison du mauvais ajustement de son appareil. Stafford le remet correctement en place et lui donne davantage d’oxygène pour qu’il revienne à lui. Incommodés, les trois astronautes ne peuvent pas participer aux festivités sur le porte-avions de récupération. Ils reçoivent des piqûres de cortisone qui font cesser la toux et améliorent leur respiration. Ils sont hospitalisés plusieurs jours pour des examens qui révèlent chez Slayton une lésion à un poumon qui va, heureusement, disparaître ultérieurement.

 

Après la fin mouvementée de son dernier vol spatial, Stafford quitte la Nasa en novembre 1975, pour prendre le commandement du Centre d’essais en vol des nouveaux chasseurs de l'Armée de l'Air, à Edwards. Promu Lieutenant-général, il rejoint en avril 1978 le Pentagone afin d’occuper le poste de Directeur-adjoint du Bureau de la recherche et du développement. Il s'implique fortement pour la mise en service de l’avion furtif F-117A (B-2), mais il s’intéresse aussi aux avions d'entraînement étrangers. Ainsi, en juin 1979, Stafford se rend au 33° Salon du Bourget pendant lequel il effectue un vol sur l’Alpha Jet avec Jean-Marie Saget, chef-pilote d’essai. Lors de son tour d'Europe, il va évaluer aussi les performances du Fouga 90.

A Washington, il doit participer régulièrement aux réceptions mondaines avec Faye, son épouse, qui ne peut plus supporter de vivre dans ce milieu très éloigné de la vie de province qu’elle apprécie. Stafford décide alors de démissionner de l’Armée de l’Air en novembre 1979 et il retourne dans son cher Oklahoma pour prendre la vice-présidence de l’American Farm Line, une grande compagnie de chemins de fer. Par la suite, il crée la Technical Consulting Firm of Stafford, Burke and Hecker. Il devient également Directeur de NL Industries Inc international supplier of petroleum services and equipment et Directeur d’Allied Corp Gulfstream Aerospace Corp and KMS Industries Inc. Il va entrer dans le conseil d’administration de sociétés : la Mega-Louis Brandt et Frères S.A (Suisse), la Bendix Corp et la Gibraltar Exploration. Stafford reste cependant très attaché au programme spatial. C'est pourquoi, il accepte toutes les demandes de collaboration qui lui sont faites. 

En 1980, il est choisi comme Conseiller de l’Espace du Président Reagan qui lance en janvier 1984, le programme de station orbitale Freedom, baptisé Alpha par la suite, puis ISS. En 1987, il fait partie du Conseil national de la recherche à l’Académie des sciences, chargé de mener des réflexions sur l’utilisation de la station. En 1990, Stafford est désigné Président du groupe de synthèse pour l’étude des futurs programmes lunaire et martien. Il participe aussi à la préparation des missions de la Navette pour la réparation du télescope Hubble. En 1994, il dirige le groupe de travail du programme Shuttle-Mir qui fait suite à son vol Apollo-Soyouz de 1975. A neuf reprises, entre 1995 et 1998, les navettes américaines vont s’amarrer à la station russe Mir, avant l’occupation permanente de la station internationale ISS par des équipages russo-américain, depuis novembre 2000. Après la fin tragique des astronautes de Columbia en février 2003, Stafford co-préside le groupe de travail pour le retour en vol de la Navette.

Publié dans astronautes

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