David Scott

Publié le par jijiaile


Le 15° astronaute, David (Dave) R. Scott,
est né le 6 juin 1932 dans la banlieue de San Antonio, à Randolph Field (Terre) que son père survole régulièrement à bord de son avion. Lors du passage de l’appareil à basse altitude au-dessus de sa propriété, Dave voit descendre et se poser un petit parachute blanc. Il se précipite alors pour déplier le papier ficellé autour d’une pierre et lit le message suivant : " A David, ton papa qui t’aime ". Ce scénario souvent répété et la sensation extraordinaire de saisir en plein vol les commandes aux côtés de son père alors qu’il a douze ans, vont convaincre Dave de devenir aviateur. Il consacre des heures à construire des maquettes de l'Hurricane, du Spitfire, du Mustang, du Lightning et du Messerschmidt qu’il accroche au ciel de sa chambre et qui veillent sur son sommeil.

Après ses études secondaires, il suit des cours pendant un an à l’Université du Michigan avant d'être admis à la célèbre Académie militaire de West Point, le Saint-Cyr américain. Sorti 5° sur 633 de la promotion 1954 avec une licence en sciences, Scott choisit l’Armée de l’Air pour piloter les meilleurs avions. Il effectue sa formation dans des unités en Arizona et au Texas, puis il est affecté en 1956 comme pilote de chasse dans une base américaine de l'Otan près d’Utrecht aux Pays-Bas. A bord du F-86 Sabre et du F-100 Super Sabre, il réalise des vols d’entraînement au-dessus de la Lybie, du Maroc et de la Grèce dont les vestiges archéologiques l’émerveillent.

En octobre 56, les troubles dans la Hongrie communiste amène Scott à accomplir des missions de reconnaissance à proximité de la frontière de l’Allemagne de l’Est, le pays du bloc soviétique le plus près de l’Europe occidentale. Il ne va pas connaître le baptême du feu, mais il manque de perdre la vie lors de deux accidents. La première fois, un emballement du moteur de son F-100 l’oblige à le couper et à se poser à grande vitesse, après l’échec du déploiement du parachute de freinage et le mauvais fonctionnement des freins. La seconde fois, une extinction du réacteur au-dessus de la mer du Nord, le contraint à atterrir en catastrophe pour éviter une éjection dans les eaux glacées. Durant son séjour de trois ans dans le pays conquis sur la mer, Scott n'hésite pas à parcourir 1.000 km aller-retour au volant de sa Mercedes 190 SL, pour passer des week-ends à Paris dont il est amoureux.

Après avoir été pilote de chasse, il veut maintenant devenir pilote d’essai, ce qui nécessite l'obtention d’un diplôme en aéronautique. En 1959, il est accepté au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (M.I.T). Il découvre alors avec passion les arcanes de l’Espace et il choisit comme sujet de thèse, l’application des mathématiques aux techniques de guidage et de navigation des vaisseaux à destination de la Lune et de Mars. En 1962, Scott décroche sa maîtrise en aéronautique/astronautique et son diplôme d’ingénieur. Victime de la clarté de ses exposés pendant son passage au M.I.T, il est nommé professeur d’aéronautique et d’astronautique à la nouvelle Académie de l’armée de l’air de Colorado Springs. Mécontent, il se rend à Washington et réussit à convaincre les autorités pour que son affectation soit annulée.

Scott arrive ainsi, comme il le souhaitait, à l’Ecole des pilotes d’essai d’Edwards, commandée par Yeager, le premier à avoir franchi le mur du son en 1947 aux commandes de l’avion-fusée X-1 et avec qui il a l’honneur de voler. Il va s'entraîner comme " pilote spatial " et il frôle une nouvelle fois la mort après l’arrêt du fonctionnement du moteur de son F-104 lors de l’approche du terrain d’atterrissage, répétant l’arrivée de l’avion-fusée X-15. L’élève Adams, situé à l’arrière, s’éjecte tandis que Scott décide de rester aux commandes pour se poser brutalement. Si Adams n'avait pas quitté l'appareil, il aurait été tué par l’avant du réacteur projeté sur son siège. Si Scott s’était éjecté, il serait mort dans l’explosion de son siège défectueux. En juin 1963, il adresse sa candidature à la Nasa qui recrute de nouveaux astronautes. Il subit des entretiens, des tests médicaux et psychologiques, puis il part en Europe visiter les écoles de formation des pilotes français et allemands. C’est Slayton, le Directeur des équipages, qui lui téléphone pour lui apprendre qu’il est retenu, alors qu’il se trouve dans un hôtel en Allemagne.

En octobre 1963, Scott rentre à l’âge de 31 ans dans la 3ème équipe des quatorze astronautes et il va être le premier sélectionné pour un vol. Athlétique, discipliné et remarqué pour sa classe, il pratique la natation, le ski et le hand-ball. Il aime l’histoire et sa chanteuse préférée se nomme Sarah Vaughan qui utilise sa voix comme un instrument.

En septembre 1965, il est désigné comme le copilote de Gemini 8 qui doit s’amarrer à l’étage-fusée Agena et il est chargé d’effectuer une sortie spatiale de 90 mn pour survoler l’Agena, puis être remorqué par la Gemini, en vue de simuler le sauvetage d’un astronaute en difficulté.

Le 16 mars 1966, Scott réalise sa 1ère mission de 10 h 41 mn autour de la Terre avec Armstrong, dans Gemini 8 (3,78 tonnes/5,74 mètres). Pour la première fois, une cabine habitée s’amarre à un autre engin (Agena 8), répétant la rencontre entre l’étage de remontée du module lunaire et la cabine Apollo autour de la Lune. Vingt-sept minutes plus tard, l’ensemble se met à basculer violemment. Persuadés que le grave problème se trouve sur l’étage-fusée, les astronautes se séparent de lui, mais le mouvement de tonneau continue pour la Gemini. Tandis qu’Armstrong tente de maîtriser le vaisseau, Scott a la présence d’esprit de transférer le pilotage de l’Agena au centre de contrôle pour qu’il stabilise l’engin et qu’il l'empêche de retomber sur Terre. Armstrong coupe le circuit d’alimentation des propulseurs de manœuvre, car l'un d'entre-eux est responsable du comportement anarchique de la cabine. Il utilise ensuite les moteurs d'orientation de la Gemini pour arrêter le mouvement de toupie qui est sur le point de faire perdre connaissance aux astronautes et de disloquer la capsule.

Après avoir utilisé 75 % de leur carburant, les deux hommes sont obligés de rentrer d’urgence, à la grande déception de Scott, privé de sortie spatiale. Armstrong craint que la cabine ne se pose sur la terre ferme. Il demande à Scott : " Tu vois de l’eau ? ". " Tout ce que je vois, c’est de la brume " lui répond Scott qui, de suite après, rajoute : " Oh oui ! Il y a de l’eau ! C’est de l’eau ! ". Moins de deux minutes plus tard, il s’écrie : " Amerrissage ! Sauvés !".

De retour, Scott est nommé doublure de White, le pilote de la cabine Apollo 1 autour de la Terre. En décembre 1966, il est remplacé par Eisele qui faisait partie de l’équipage du deuxième vol, annulé. Il est alors désigné comme pilote de la capsule Apollo 2, chargé de s’amarrer au premier module lunaire. En mai 1967, il fait une courte pause dans son entraînement pour se rendre avec Collins au Salon du Bourget. Au pavillon de la Nasa, Scott rencontre le Président de la République Charles de Gaulle qui lui transmet ses encouragements pour la poursuite du programme Apollo, endeuillé par la disparition de Grissom, White et Chaffee dans l’incendie au sol de leur cabine, quatre mois plus tôt. En novembre 1967, la numérotation des vols change avec la prise en compte des vols inhabités. Scott est maintenu dans ses attributions sur Apollo 8. En août 1968, il est affecté sur le vol Apollo 9, la construction du module lunaire (LM) ayant pris du retard et la Nasa voulant placer Apollo 8 sur orbite lunaire en décembre, afin de devancer les Soviétiques.

Du 3 au 13 mars 1969, Scott, en compagnie de McDivitt et de Schweickart, accomplit sa 2ème mission de 10 j 1 h autour de la Terre, à bord d’Apollo 9 (41,34 tonnes/17,95 mètres). C’est le premier vol du vaisseau Apollo au complet, avec un LM de 14,53 tonnes et de 6,98 mètres. Une fois en orbite, Scott procède à l’opération dite de restructuration, car le module lunaire fixé sur l’étage-fusée S-IVB se trouve sous le module de service d’Apollo. Scott détache donc Apollo, s’éloigne de quinze mètres et après avoir fait un demi-tour se prépare à l’accostage du LM. Mais il n’arrive pas à positionner le vaisseau dans l’axe voulu, en raison de la défaillance de certains moteurs de manœuvre. Avec huit minutes de retard et une consommation supplémentaire de 25 kg de combustible, Scott parvient à s’amarrer au module lunaire. Plus tard, il réalise une sortie de 47 mn en passant son buste par l’écoutille latérale de la cabine pour récupérer des échantillons de métal sur la paroi du module de service, effectuer des observations et photographier Schweikart debout sur la plate-forme du LM, en train de tester le scaphandre lunaire. Puis, le grand jour arrive avec la séparation du module lunaire baptisé Spider (Araignée) pour son premier vol avec McDivitt et Schweickart. 

A partir de cet instant, Scott se prépare à les secourir en cas d’ennuis, car ses deux compagnons sont dans un engin incapable de retourner sur Terre. Aussi, il manifeste sa joie de les voir revenir après une absence de 6 h 22 mn et un éloignement de 183,5 km : " Vous êtes la plus grosse, la plus aimable et la plus drôle araignée que j’ai jamais vue ! ". L’amarrage avec la capsule Apollo va se révéler très difficile pour McDivitt, aveuglé par le soleil. Scott vient alors à son aide pour le guider : " Vous êtes très bien, Araignée…Doucement…Votre position est bonne…Un tout petit peu à droite par rapport à vous…C’est bien…Ca y est…Vous venez très bien…Vous allez vous accrocher…Ca, c’est du sport ! ".

Son vol terminé, Scott est désigné un mois après comme remplaçant éventuel du commandant de bord Conrad d’Apollo 12 pour le deuxième atterrissage sur la Lune. "Abonné" au Salon du Bourget, il se rend de nouveau à Paris en juin 1969 avec ses coéquipiers d'Apollo 9 et ils participent à l'émission de télévision  "Les dossiers de l'écran". Scott se rend ensuite à Toulouse où, à sa descente d'avion, il écoute avec émotion "La ballade d'Ed White" chantée par la troupe internationale "Up With People", avant de visiter le complexe aérospatial de Lespinet et Sud-Aviation.

En mars 1970, il est retenu pour diriger la mission Apollo 15, la mieux préparée et la plus productive du programme lunaire. En effet, Scott prend un intérêt particulier pour la science lunaire et il profite, avec Irwin, de l’enseignement de quelques-uns des meilleurs géologues américains. Leur enthousiasme déteint sur eux et les incursions dans divers endroits de la Terre pour faire des analyses géologiques, font dire à Scott : " Nous finissons par être comme des chiens dressés à la chasse au caillou ".

Du 26 juillet au 7 août 1971, Scott réalise son 3ème et dernier vol de 12 j 7 h 11 mn à bord d’Apollo 15 (46,79 tonnes/17,95 mètres), avec Irwin et Worden. Après s’être détaché en orbite lunaire de la cabine Apollo occupée par Worden, le module lunaire entame sa descente, mais arrivés à quinze mètres du sol, Scott et Irwin sont surpris de voir apparaître un épais nuage de poussière soulevé par les gaz du moteur. Scott pose alors le LM sur un terrain dont il ne peut pas distinguer les détails. Le module lunaire se met soudain à glisser sur ses quatre jambes du train d’atterrissage, puis il s’immobilise près d’un mètre plus loin, incliné en arrière de 9° et sur sa gauche, avec deux pieds sur le bord d’un petit cratère. Pour la quatrième fois, des hommes sont sur la Lune. Comme prévu, Scott grimpe sur le capot du moteur de descente, ouvre l’écoutille supérieure et sort la tête. Depuis une hauteur de sept mètres et pendant 33 mn, il va admirer et décrire le spectaculaire site. Le LM se trouve à 11 km du mont Hadley de 5.500 m d’altitude et à 1 km de la faille Hadley, une gorge en forme de V. Plus tard, Scott devient le 7° piéton lunaire. 
Lui et son compagnon Irwin sortent la première jeep électrique, la chargent d’équipements, puis installent la station scientifique Alsep qui fonctionnera pendant six ans. La conduite du véhicule par Scott réclame toute son attention, car il a tendance à rebondir : " Il y a pas mal de cratères et je dois garder l’œil sur la route à chaque seconde…Ca, c’est un grand prix automobile ! ". Le forage du sol à 2,5 m de profondeur pour prélever de la roche et placer un senseur de température, est l’activité la plus pénible qui fatigue et énerve les astronautes, particulièrement Scott qui n’apprécie pas le déluge d’interrogations en provenance du centre de contrôle. 
Il répond à l'astronaute Allen : " Tais-toi, il faut que je me concentre, tu n’as qu’à attendre ! ", puis : " Si vous continuez à poser toutes ces questions, nous laisserons tomber ce travail pour vous faire la conversation ! ". Après avoir effectué trois sorties d’une durée totale de 18 h 34 mn, ramassé 77,31 kg d’échantillons, parcouru 27,9 km en jeep pendant trois heures et s’être éloignés de 5,02 km du module lunaire, Scott et Irwin retournent dans le LM. 

Il décolle après un séjour record de 2 j 18 h 54 mn pour rejoindre la cabine Apollo qui sort de l’orbite lunaire sur laquelle elle est restée pendant 6 j 1 h 12 mn, après que l’équipage ait largué un mini-satellite. Sur le chemin du retour, Worden accomplit une sortie de 39 mn pour ramener du compartiment scientifique du module de service, les deux cassettes de films et de données sur la surface et l’environnement lunaires. La fin du fantastique voyage intervient un peu brutalement avec l’amerrissage de la capsule à une vitesse de 33,79 km/h au lieu de 30,57 km/h, en raison de la non-ouverture d’un des trois parachutes de 25 m de diamètre, brûlé lors de la vidange du propergol du contrôle d’attitude.

L’équipage d’Apollo 15 va alors reprendre l’entraînement comme doublure de celui d’Apollo 17, la dernière mission lunaire. Scott est le remplaçant éventuel du commandant de bord Cernan. Il confie à ses collègues son espoir de diriger ensuite le vol américano-soviétique Apollo-Soyouz (ASTP), puis de voler sur la Navette. Malheureusement ses rêves s’effondrent car, en juillet 1972, il doit quitter avec ses coéquipiers le Corps des Astronautes et il est remplacé par Young, comme doublure de Cernan. La Nasa leur reproche d’avoir remis à un marchand philatéliste allemand des enveloppes emportées dans leurs affaires sur Apollo 15, pour que l’argent de la vente (sorte d'assurance-vie à laquelle ils vont renoncer) soit versé sur le compte des huit enfants des astronautes, en vue du financement de leurs études.

Scott veut cependant continuer à travailler dans l’agence spatiale et il est affecté comme Assistant Technique du premier vol vers la station orbitale Skylab. En octobre 1972, il se rend à Paris pour recevoir la médaille d’or de l’Espace de la Fédération Internationale d’Astronautique, puis il est reçu par le Président de la République Georges Pompidou. A son retour aux Etats-Unis, il est nommé Assistant Spécial du programme ASTP. Il se rend à plusieurs reprises à la Cité des Etoiles près de Moscou pour assurer la liaison entre les techniciens américains et soviétiques qui préparent la rencontre spatiale des astronautes et des cosmonautes.

En août 1973, Scott est désigné Directeur-adjoint du Nasa Flight Research Center d’Edwards, en Californie puis, en avril 1975, Directeur. Il supervise une douzaine de programmes dont l’avion X-24B et la navette Enterprise. Le X-24B prépare l’approche et l’atterrissage d’Enterprise qui effectue entre août et octobre 1977, avec un équipage de deux astronautes, cinq vols atmosphériques (quatre de 5 mn  et un de 2 mn), après s’être séparée à 8.000 m d’altitude de l’avion porteur Boeing 747-123.

A la fin de ce programme dit ALT (Approach and Landing Test), Scott quitte la Nasa en octobre 1977, à l’âge de 45 ans. Avec son ami Preyss connu sur les bancs du M.I.T, il fonde la Scott-Preyss Associates, une compagnie spécialisée dans les projets de haute technologie. Il fait également partie du Conseil d’administration du Group 4 Aviation Ltd, un opérateur d’avion-taxi anglais. En 1979, il crée et devient Président de la Scott Science and Technology, une firme consultante en transport spatial. Il s’occupe notamment de la conception de l’étage supérieur STV qui doit être embarqué dans la soute de la Navette pour placer en orbite géostationnaire des satellites de télécommunications. L’accident mortel de Challenger en janvier 1986 donne un coup d’arrêt aux vols commerciaux de la Navette.

Scott se tourne alors vers les lanceurs chinois qui pourraient être équipés d’un étage STV, mais les investisseurs ne sont pas intéressés. Après l’abandon du programme " Guerre des étoiles ", il veut utiliser à des fins pacifiques le KKV (Kinetic Kill Vehicle) qui devait percuter les satellites ennemis. Il propose de le transformer en un engin chargé d’amener des petits véhicules à roues pour l’exploration du sol des planètes. Scott va aussi se pencher sur le problème des déchets nucléaires qui le préoccupe. Les enterrer présente des risques, car on ignore les effets à long terme sur l’environnement. Les expédier hors du système solaire par des lanceurs très fiables et peu coûteux dont il étudie les caractéristiques, serait la solution idéale. En dehors de ses nombreuses activités en tant que consultant en ingénierie spatiale, Scott va être également conseiller technique pour le film " Apollo 13 " et la série télévisée " De la Terre à la Lune ".

Publié dans astronautes

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