Evguéni Khrounov

Publié le par jijiaile


Le 16° cosmonaute, Evguéni V. Khrounov,
est né le 10 septembre 1933 à Proudy (Terre). Fils de parents cultivateurs, il rentre à l’école d’agriculture de Kashira, après avoir terminé des études classiques. Dirigé ensuite vers une ferme collective, il devient assez adroit de ses mains pour assembler les pièces d’une moissonneuse. Un avenir prometteur en tant qu’expert en machines agricoles semble assuré quand, soudain, il se découvre une passion pour l’aviation. En 1952, Khrounov suit alors une formation de pilote et, un an plus tard, il s’inscrit à la Grande Ecole Serov de l’Armée de l’Air de Bataisk où il fait la connaissance de Gorbatko, un futur cosmonaute. C'est en 1956 qu' il reçoit son diplôme en aéronautique, puis il sert dans différentes unités comme pilote de chasse, avant de poser sa candidature pour naviguer dans l'Espace.

En mars 1960, Khrounov est admis à l’âge de 27 ans dans le 1er groupe de vingt cosmonautes. C’est un homme réservé et si modeste qu’il est presque timide. Il pratique la gymnastique et le tennis. Passionné par la littérature, il aime aussi se rendre régulièrement au théâtre.

Il commence son entraînement sur le programme Vostok, mais il ne peut pas être désigné en mai 1963 comme la doublure de Bykovsky pour l’expédition Vostok 5 du mois suivant, car la confection de son scaphandre n’est pas terminée. Quatre mois après, Khrounov apprend avec satisfaction qu’il va voler sur une des missions Vostok 7 à 10. Elle sera spectaculaire : il doit quitter un instant son vaisseau pour réaliser une marche dans le Cosmos. Malheureusement, les responsables décident en février 1964 de ne pas effectuer ces quatre vols et de modifier le Vostok en un vaisseau appelé Voskhod, un nouveau programme qu’il rejoint.

Khrounov suit à la fois une formation en tant que commandant de bord et, avec Leonov, un entraînement comme copilote pour la première sortie spatiale. En janvier 1965, Beliaïev, nommé commandant de la mission Voskhod 2 de mars 1965, rencontre des difficultés lors d’une séance en centrifugeuse. S’il est de nouveau victime d’une défaillance, Kamanine, le Directeur des équipages, envisage son remplacement par Khrounov qui est désigné également comme la doublure de Leonov. Belaïev ne connaît pas de nouveaux problèmes. Pourtant, neuf jours avant son départ, un responsable du programme veut que Khrounov prenne sa place, à la grande colère de Kamanine qui trouve Belaïev en pleine forme.

Il est prévu ensuite de lancer quatre autres Voskhod. Khrounov est alors choisi comme doublure de Solovyova, la première femme qui doit accomplir une marche dans le Cosmos depuis le Voskhod 5 commandé par une autre femme, Ponomaryova. Les partisans de l’égalité des sexes dans l’Espace ne résistent pas à la pression des misogynes. Le vol féminin est annulé et Khrounov est nommé comme copilote de Voskhod 6, chargé de réaliser une sortie spatiale, assis sur un fauteuil volant. Mais il va apprendre deux mauvaises nouvelles. Celle du décès de Korolev, le Chef du programme spatial, en janvier 1966, et la suppression des missions Voskhod 3 à 6 par son successeur Michine qui considère ces expéditions comme trop risquées et comme un frein au développement du Soyouz.

Après avoir attendu un vol sur Vostok, puis sur Voskhod, Khrounov porte maintenant tous ses espoirs sur le troisième programme des vols habités. En août 1966, il est désigné comme membre de l’équipage de Soyouz 2 avec Elisseïev et le commandant Bykovsky. Son vaisseau doit s’amarrer au Soyouz 1 piloté par Komarov qui va accueillir ensuite Khrounov et Elisseïev après leur marche dans l’Espace. Quatre mois après, il est également choisi commandant d’un des six survols lunaires prévus dans le cadre du programme L1, à bord d’un Soyouz biplace, dépourvu du module orbital.

Le 23 avril 1967, Soyouz 1 est mis en orbite, mais aussitôt Komarov rencontre de graves difficultés avec sa cabine spatiale, consécutives au non déploiement du panneau solaire gauche que les responsables du vol pensent pouvoir débloquer grâce à l’intervention extravéhiculaire de Khrounov et d’Elisseïev qui doivent décoller le lendemain. Compte tenu de la situation qui se dégrade à bord de Soyouz 1 et des fortes pluies qui s’abattent sur le cosmodrome de Baïkonour, on ordonne à Komarov de revenir le plus vite possible et le lancement de Soyouz 2 est annulé.

Après plusieurs tentatives, Komarov réussit à stabiliser Soyouz 1 pour la rentrée. Le drame intervient à 7 km d’altitude. Le parachute principal et celui de secours ne s’ouvrent pas et le malheureux Komarov se tue lors de l’écrasement de son vaisseau. Khrounov serait mort aussi avec Elisseïev, puisqu’il était prévu leur transfert de Soyouz 2 à Soyouz 1. Si l'ouverture du parachute de secours de Soyouz 2 ne s'était pas faite également, Bykovsky aurait disparu à son tour, car après enquête, il apparaît que le compartiment du parachute principal de son vaisseau présente les mêmes malfaçons qui sont à l’origine de l’accident de Soyouz 1. Ses parois ont été traitées incorrectement : l’isolant thermique présente un aspect rugueux et collant qui aurait bloqué le déploiement du système principal de freinage.

Khrounov reprend son entraînement pour une prochaine mission sur Soyouz et, en octobre 1967, il est sélectionné pour le programme L3 d’atterrissage sur la Lune. En décembre 1968, il termine, comme neuf de ses camarades, ses cours à l’Académie Joukovski des ingénieurs de l’armée de l’air et il est le seul à recevoir son diplôme d’ingénieur avec les félicitations du jury.

Du 15 au 17 janvier 1969, Khrounov effectue à bord de Soyouz 5 (6,58 tonnes/6,98 mètres) et de Soyouz 4 (6,84 tonnes/6,98 mètres), son 1er et unique vol de 1 j 23 h 45 mn. Il est accompagné d’Elisseev et du commandant Volynov à l'aller, puis d'Elisseev et du commandant Chatalov au retour. Le lendemain, ils voient s’approcher le Soyouz 4 lancé deux jours plus tôt avec Chatalov qui s’amarre au Soyouz 5. Une première spatiale vient d’intervenir avec l’accostage de deux engins habités.

 Une autre première va avoir lieu : le transfert de cosmonautes d’un vaisseau à l’autre. Ces opérations qui auraient du se passer en avril 1967, simulent l’amarrage autour de la Lune du module orbital LOK avec le module lunaire LK après sa mission sur la Lune, puis le passage par l’extérieur du piéton lunaire dans le LOK. Une fois l’écoutille du module orbital du Soyouz 5 ouverte, Khrounov s’élance dans le vide en ressentant " le même sentiment que lors de mon premier saut en parachute au moment de quitter l’avion ".

Il accroche sur Soyouz 5 une caméra pour filmer sa sortie et il retire celle qui a enregistré l’amarrage, pour la fixer sur Soyouz 4 afin qu’elle tourne au moment de la marche spatiale d’Elisseev. Khrounov revient ensuite vers Soyouz 5 pour retirer la première caméra, puis il rentre partiellement dans le module orbital pour la ranger dans un compartiment dont il n’arrive pas refermer la porte, tandis qu’Elisseev finit ses préparatifs. Au moment où ce dernier sort, la caméra s’échappe dans le vide sans que les cosmonautes aient la possibilité de l’attraper. Ils vont ensuite vérifier les systèmes des sas, exécuter des travaux de montage, observer les étoiles et la Terre. Khrounov se rend aussi à l’arrière de Soyouz 4 et il récupère la seconde caméra avant de rentrer avec Elisseev dans Soyouz 4, terminant la sortie de 37 mn.

Ils s’empressent alors de remettre du courrier et des journaux à Chatalov qui remercie les facteurs de la Poste Spatiale en leur offrant à boire du cassis. Après un amarrage de 4 h 33 mn, Soyouz 4 retourne sans aucun problème sur Terre. En changeant de vaisseau, Khrounov va éviter le retour tumultueux de Soyouz 5 vécu par Volynov, le lendemain.

Le 21 février 1969, il prend connaissance avec déception de l’échec du premier lancement de la fusée géante N1, chargée de lancer plus tard le vaisseau lunaire au complet, mais en juin 1969 il est heureux d’apprendre sa nomination comme commandant d’un vol L3, avec pour mission de fouler le sol de la Lune. Auparavant, il est prévu que Khrounov teste en novembre 1969 sur un Soyouz, le nouveau système Kontakt de rendez-vous et d’amarrage qui doit équiper le navire lunaire.

Cette mission est annulée après le deuxième échec du tir de la N1, le 3 juillet 1969 et la réussite de l’atterrissage d’Apollo 11, le 20 juillet 1969. Khrounov est alors transféré en avril 1970 sur le programme de stations orbitales Saliout. Il garde néanmoins l’espoir de reprendre son entraînement pour un atterrissage sur la Lune, lorsque les problèmes avec le lanceur N1 seront résolus (Le programme est abandonné suite aux deux autres échecs de juin 1971 et de novembre 1972 et la fin du programme Apollo en décembre 1972).

La carrière spatiale de Khrounov connaît alors un regrettable incident de parcours qui va lui coûter son poste de commandant d’un des équipages de Saliout 1. Kamanine l'accuse de ne pas avoir pris toutes les mesures nécessaires pour que soit secouru rapidement un blessé, lors d’un accident de la circulation dans lequel il est impliqué. Il met à profit cette suspension de vol pour continuer ses études et d’autres activités spatiales. En juin 1971, Khrounov part à Houston avec une délégation soviétique qui prépare la future mission américano-soviétique Apollo-Soyouz. Il entraîne aussi ses collègues qui doivent séjourner à bord de Saliout 2 et, la même année, il obtient une maîtrise en sciences techniques.

Au cours de la dernière semaine de février 1972, il se rend à Marly-le-Roi pour la première conférence européenne " Les jeunes et l’Espace ". Il visite après les Engins Matra et début mars, il est l’hôte du Centre spatial de Toulouse. Cette année-là, Khrounov reçoit un autre diplôme, celui de l’Académie militaire et politique Lénine. Il recommence la formation des cosmonautes de Saliout 2 qui vont occuper Saliout 3 en 1974, après la désintégration sur orbite de Saliout 2. Il termine ses études en sciences techniques et il décroche son doctorat.

Khrounov reprend enfin son propre entraînement et il est nommé en septembre 1979 comme doublure de Romanenko pour le vol soviéto-cubain Soyouz 38 de septembre 1980, à destination de Saliout 6. On lui propose ensuite le poste de commandant de la mission soviéto-roumaine Soyouz 40 de mai 1981, mais il le refuse.

Khrounov quitte le programme spatial en décembre 1980 pour devenir chercheur dans un institut. Plus tard, il occupe les fonctions de Chef de direction au Comité d’Etat, chargé des relations économiques avec l’étranger, puis il travaille comme ingénieur dans l’industrie des transports, avant de prendre la direction de plusieurs compagnies routières. Il va également assurer la présidence de la Fédération russe des amateurs d’hélicoptères. Khrounov décède le 19 mai 2000 d’un arrêt cardiaque, à l’âge de 67 ans.

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