Eugene Cernan

Publié le par jijiaile


Le 16° astronaute, Eugene (Gene) A. Cernan,
est né le 14 mars 1934 à Chicago (Terre), la ville qui élance ses gratte-ciel le long du lac bleu Michigan. C’est le petit-fils d’une Tchèque et d’un Slovaque émigrés aux Etats-Unis. A l’âge de 10 ans, il veut être aviateur après avoir vu, au cinéma, les pilotes des Hellcats et des Corsairs se poser avec rapidité et adresse sur les porte-avions stationnés dans l’océan Pacifique, pendant la seconde guerre mondiale. Ses parents veulent l’envoyer dans la meilleure école d’ingénieurs, le Massachusetts Institute of Technology (M.I.T). Ils renoncent en raison du coût élevé des études et Gene rentre alors à l’Université Purdue de Lafayette d’où il sort en 1956, avec sa licence en sciences.

Engagé dans l’Aéronavale, Cernan est affecté sur le porte-avions USS Saipan avant d’effectuer sa formation de pilote en Floride, puis dans le Tennessee. En novembre 1957, il reçoit son diplôme après dix mois seulement d’entraînement au lieu des dix-huit mois habituels. L’année suivante, il est envoyé comme pilote de chasse au Naval Air Station de Miramar en Californie, pour être ensuite assigné, en novembre 1958, sur le porte-avions USS Shangri-La équipé de Skyhawks. De mars à octobre 1959, il part en mission dans le Pacifique ouest et, à son retour, il embarque sur un autre porte-avions, l’USS Hancok.

En 1961, Cernan accepte l’offre de l’Aéronavale qui lui propose deux années d’études à l’US Naval Postgraduate School de Monterey en Californie, l’Ecole Supérieure de la Marine. Il suit des cours d’ingénierie en aéronautique afin d’obtenir une maîtrise. Alors qu’il est en stage, au cours de l’été 1963, chez le constructeur de moteurs-fusées Aerojet General de Sacramento, Cernan reçoit un appel du Bureau des Projets Spéciaux du quartier général de la Marine. Il répond qu’il est d’accord pour être présenté à la Nasa comme candidat astronaute. Il commence ainsi une série d’entretiens et de tests, tout en finissant sa thèse sur l’utilisation de l’hydrogène liquide comme moyen de propulsion des fusées à hautes performances.

En octobre 1963, Cernan est admis à l’âge de 29 ans dans la 3ème équipe des quatorze astronautes. Charmeur et sociable, il est également insouciant et très patriote. Attiré par les voitures de sport et les chevaux, il aime de plus la chasse et la pêche, le bricolage et le jardinage.

C’est en novembre 1965 que Cernan est sélectionné pour le vol Gemini 9 comme doublure du copilote Bassett qu’il va remplacer le 28 février 1966, après sa mort dans l’accident de l’avion T-38 qui coûte aussi la vie à See, le commandant de cette mission. Le 17 mai 1966, la fusée Atlas, chargée de placer en orbite l’étage Agena auquel doit s’amarrer la Gemini, est détruite en vol. Dix-sept jours plus tard, un autre lanceur parvient à satelliser un étage de substitution, l’Atda, qui n’a malheureusement pas de moteurs pour atteindre une orbite élevée, comme l’Agena.
Du 3 au 6 juin 1966, Cernan réalise, avec Stafford, sa 1ère mission de 3 j 20 mn autour de la Terre, à bord de Gemini 9 (3,75 tonnes/5,74 mètres). Il a 32 ans et c’est le plus jeune astronaute américain à partir pour l’Espace. Les deux hommes s’approchent de leur cible Atda pour constater avec déception que la coiffe, qui protège la pièce d’amarrage, n’est pas éjectée. La Nasa n’autorise pas Stafford à la dégager à l’aide de la barre de jonction fixée sur le nez du vaisseau. De même, elle juge dangereuse une sortie improvisée de Cernan pour couper les attaches du carénage. 
A défaut, les astronautes réussissent deux autres rencontres complexes avec l’Atda, non prévues au départ, pour simuler de nouveau un rendez-vous autour de la Lune d’une cabine Apollo avec un étage de remontée du module lunaire (LM) pendant une mission normale et lors d’un sauvetage du LM. Après ces manœuvres, la réserve de carburant est insuffisante pour la quatrième rencontre programmée avec l’Atda. Cernan devait se rendre sur l’étage-fusée grâce à son fauteuil volant AMU, pour prélever un collecteur de micrométéorites. L’essai de l’appareil à réaction, relié par un câble de 38,10 mètres à la Gemini, est cependant maintenu. Après un moment d’inquiétude causé par un mouvement de toupie de la Gemini que Stafford parvient à arrêter, la Nasa décide de retarder d’un jour la sortie, pour que les deux hommes puissent récupérer leurs forces, fatigués par les opérations de rendez-vous. 
Une fois la porte de l’écoutille droite rabattue, Cernan s’élance hors de la capsule et, rapidement, il constate que son scaphandre devient rigide et qu’il doit lutter pour décoller ses bras du reste de son corps. Le cordon ombilical de 7,62 mètres le gêne, car il s’enroule autour de lui " comme un serpent ". Il arrive avec difficulté à retirer, sur le vaisseau, une boîte contenant des poussières de météorites et des échantillons biologiques qu’il remet à Stafford. Plusieurs tentatives sont nécessaires avant que Cernan fixe une caméra et un rétroviseur pour que son coéquipier puisse le voir. Il prend des photos et fait des observations. Mais il lui est pénible de rester longtemps dans une position. Aussi, pour se stabiliser, il attrape la barre d’amarrage de la Gemini. Cette action provoque un pivotement du vaisseau. Stafford demande alors à son compagnon de s’éloigner des moteurs d’orientation qu’il allume pour rétablir l’attitude de la capsule. " Ce que je peux être maladroit. J’ai l’impression d’être suspendu à un fil invisible " s’excuse à tort Cernan qui souffle dans son casque. Les battements de son cœur s’accélèrent et son pouls s’élève à 115 pulsations par minute, alors que la normale est de 72.

Puis vient le moment où il se dirige vers l’arrière de la Gemini qui abrite l’AMU. Pour faciliter son déplacement, deux poignées de retenues entourées de bandes adhésives velcro sont fixées sur la coque du vaisseau que Cernan agrippe tant bien que mal. Arrivé devant l’emplacement, il s’aperçoit qu’une des quatre barres d’appui n’est pas déployée et que la housse du fauteuil volant n’est pas détachée, une besogne qu’il doit accomplir. Il se retourne ensuite et passe les sangles de l’AMU comme celles d’un sac à dos. Il doit s’y reprendre par deux fois avant de pouvoir rabattre un des deux leviers équipé de la commande des mini-fusées. En l’absence de points de support suffisants, Cernan doit fournir un intense effort physique pour effectuer les divers branchements, souvent avec une seule main, l’autre accrochée à une poignée. Son pouls monte à 180 pulsations par minute. Par le cordon ombilical, Stafford est obligé de lui envoyer abondamment de l’oxygène. La complexité de son travail augmente lorsque la Gemini n’est pas éclairée par le soleil, car une seule lampe fonctionne correctement à l’arrière du vaisseau. De plus, Cernan a une très mauvaise visibilité pour exécuter les opérations.
Car le système de climatisation de son scaphandre n'arrive pas à évacuer la vapeur d’eau de sa respiration haletante et de sa transpiration excessive qui s’accumule sous forme de buée sur la visière de son casque. Il réussit cependant à nettoyer régulièrement quelques centimètres avec l’extrémité de son nez. Mais lorsque la Gemini passe dans l’ombre de la Terre, la visière extérieure de Cernan va se recouvrir de gel. Puis, la sueur pénètre dans ses yeux et les communications deviennent à peine compréhensibles. Le commandant Stafford décide alors d’interrompre la sortie, les conditions de sécurité n’étant plus assurées pour détacher et essayer l’AMU. Cernan déconnecte à l’aveuglette le fauteuil volant et, guidé par Stafford, il revient vers l’écoutille qu’il ne peut franchir qu’après avoir diminué la pression de son scaphandre et qui ne se ferme qu’avec difficulté. Son coéquipier constate qu’il ne peut voir son visage à travers la visière et que chacune de ses bottes est remplie de 2,27 litres d’eau provenant de sa transpiration. Le courageux et malchanceux piéton de l’Espace s’excuse une nouvelle fois : " Désolé pour l’AMU ". Il a, malgré tout, battu largement le record de sortie spatiale : 2 h 07 mn, comparées aux 21 mn de White et aux 12 mn de Leonov.

Onze jours après son retour sur Terre, Cernan est nommé pour l’expédition Gemini 12 comme doublure du copilote Aldrin qui va mener à bien trois sorties spatiales qu’il aurait réalisées s’il n’avait pas volé sur Gemini 9. Puis, en décembre 1966, il est désigné en tant que remplaçant éventuel du copilote du module lunaire Schweikart sur la mission Apollo 2. Dans le cadre de cette préparation, Cernan effectue, avec Stafford et Young, un test de la cabine Apollo en chambre d’altitude chez le constructeur North American Aviation, le 27 janvier 1967. Ce jour-là, à Cap Kennedy, leurs malheureux collègues Grissom, White et Chaffee périssent dans l’incendie de la cabine Apollo 1 au sommet d’une fusée Saturn IB, au cours d’un test identique. Après ce drame, Cernan est sélectionné, en novembre 1967, comme suppléant de Cunningham sur le 1er vol autour de la Terre d’une cabine Apollo qui porte le chiffre 7, après la prise en compte des vols inhabités dans la numérotation. Un an après exactement, il est nommé copilote du module lunaire (LM) d’Apollo 10, avec comme mission d’essayer pour la première fois cet engin autour de la Lune et d’enregistrer les irrégularités du champ de gravitation de notre satellite, afin de mieux préparer la trajectoire de l’atterrissage historique d’Apollo 11.

Du 18 au 26 mai 1969, Cernan accomplit son 2ème vol de 8 j 3 mn en compagnie de Stafford à nouveau et de Young, à bord d’Apollo 10 (42,77 tonnes/17,95 mètres). C’est la première expédition d’un vaisseau complet vers la Lune, propulsé par une fusée Saturn V de 111 mètres et de 2.942 tonnes dont les vibrations inquiètent sérieusement l’équipage constitué de vétérans. Au cours du trajet Terre-Lune, Cernan devient la risée de ses deux compagnons. Alors qu’il démonte la sonde d’amarrage qui relie la cabine et le LM, un nuage de fibres de verre, provenant de l’isolation thermique de l’écoutille, recouvre soudain ses cheveux et ses sourcils. Ils se dépêchent de les nettoyer pour éviter l’absorption des particules par les voies respiratoires.

Trois jours après son départ, Apollo 10 se place autour de la Lune et le module lunaire de 13,94 tonnes et de 6,98 mètres se détache, à 112 km d’altitude, de la cabine Apollo, avec Cernan et Stafford rassurés de pouvoir ensuite s’accrocher au collier d’amarrage qui a subi une torsion de 3°.
Le moteur principal du LM amène les astronautes jusqu’à 15,4 km de la Lune, comme prévu. Au moment où ils s’apprêtent à se séparer de l’étage de descente, le module lunaire effectue pendant quinze secondes, huit dangereuses pirouettes que Stafford stoppe deux secondes avant la perte de contrôle de l’engin qui se serait écrasé. L’emplacement d’un interrupteur avait été oublié sur le manuel de vol remis aux deux hommes. Surpris par le comportement inattendu du LM, Cernan s’écrie : " Fils de p… ! ". Un représentant de la communauté religieuse va alors déplorer que les astronautes " aient porté sur la Lune, les expressions que l’on voit écrites sur les murs des toilettes ", tandis que d’autres vont dénoncer " le mauvais exemple donné par les astronautes à la jeunesse américaine ". Après un vol de 8 h 10 mn et un parcours de 630 km, l’étage de remontée du LM retrouve la cabine Apollo qui sort de l’orbite lunaire après un séjour de 2 j 13 h 57 mn. Le voyage se termine avec le plongeon de la capsule dans l’atmosphère à 11,107 km/s, une vitesse jamais inégalée ou dépassée. A son retour, Cernan déclare : " Pour ceux que j’ai offensés, je m’excuse. A ceux qui comprennent, je leur dit merci ".

Sur Terre, Cernan fait aussi parler de lui. Après le dîner donné par le Président Nixon en l’honneur de l’équipage d’Apollo 10, il ose descendre à califourchon la longue rampe de l’escalier de la Maison Blanche. Plus tard, Slayton, le Directeur des équipages, lui fait part de son intention de le nommer comme doublure de Haise, le copilote du module lunaire d’Apollo 13, avec la perspective d’être ensuite le copilote du LM d’Apollo 16. Cernan refuse poliment. Il souhaite ardemment se poser sur la Lune, mais en tant que commandant d’une mission. Etonné par sa réponse, Slayton lui fait remarquer que l’avenir des vols est incertain et qu’il n’est pas assuré d’avoir une autre occasion de fouler le sol lunaire. Par la suite, le Directeur des équipages est amené à choisir le remplaçant éventuel du commandant Shepard d’Apollo 14. Il pense à Collins qui dirigerait ensuite Apollo 17. Heureusement pour Cernan, le pilote de la cabine d’Apollo 11 n’est plus intéressé par un autre entraînement de trois ans. Slayton appelle alors Cernan qui accepte avec joie le poste proposé et il est désigné officiellement en août 1969, suppléant de Shepard sur Apollo 14.

Mais à partir de septembre 1970, Cernan s'interroge gravement sur sa future sélection comme commandant du vol Apollo 17 qui doit être annoncée normalement en février 1971, après la mission Apollo 14. Car il est maintenant certain que ce sera la dernière expédition sur la Lune, après l’annulation des vols 18 et 19 qui fait suite à celle d’Apollo 20 décidée en janvier 1970. Or, Apollo 18 devait amener Schmitt, le premier astronaute-géologue, sur le sol lunaire en compagnie de son commandant Gordon, tandis que Brand restait en orbite. La communauté scientifique et plus particulièrement l’Académie des sciences vont alors exercer une pression continuelle sur la Nasa pour que Schmitt fasse partie d’Apollo 17.

La logique veut qu’une équipe déjà constituée, ne soit pas changée partiellement. Si l’agence spatiale cède aux revendications des scientifiques, l’équipage serait donc formé de Gordon-Schmitt-Brand au lieu de Cernan-Engle-Evans. Au Centre spatial de Houston, la première équipe est soutenue par McDivitt (ancien astronaute et Chef du programme Apollo qui n’apprécie pas Cernan), Conrad (qui a volé deux fois avec Gordon) et Scott (commandant d’Apollo 15 qui a Gordon comme doublure). La deuxième équipe est appuyée par Slayton (le Directeur des équipages qui estime que l’équipage de remplacement d’Apollo 14 est prioritaire par rapport à celui d’Apollo 15), Stafford (le Chef du Bureau des astronautes qui a volé deux fois avec Cernan) et Shepard (commandant d’Apollo 14 dont Cernan est la doublure).

Une nouvelle fois, Cernan va se faire remarquer. Le 23 janvier 1971, à huit jours du décollage d’Apollo 14, il est aux commandes d’un hélicoptère H-13 Bell qui sert aux simulations de l’atterrissage lunaire. Il survole l’Indiana River qui borde l’île Merritt où se trouve le Centre spatial Kennedy. Après une dure journée, Cernan ne résiste pas à la tentation d’effectuer un rase-mottes au-dessus de la très large rivière près de laquelle des personnes prennent un bain de soleil. Il évalue mal l’approche et le patin gauche de son appareil heurte les eaux. Déséquilibré, l’hélicoptère tombe et commence à couler. Assommé, Cernan reprend vite connaissance, sort du cockpit et plonge sous l’eau recouverte d’une nappe de carburant en feu. Epuisé, il refait surface plus loin et attrape les deux bras tendus par une dame âgée qui l’aide à monter dans sa barque de pêche. Elle remarque une bosse sur son crâne, son visage noirci, ses sourcils roussis et des brûlures sur ses mains. Cernan vient d’échapper miraculeusement à la mort.

De retour à Houston, Slayton le convoque dans son bureau et lui demande à quel moment le moteur de l’hélicoptère s’est arrêté. Cernan lui répond qu’il a toujours bien fonctionné. Slayton lui repose la question et Cernan lui donne la même réponse, en rajoutant qu’il a raté une manœuvre de pilotage interdite. Dès cet instant, Slayton va couvrir Cernan pour sa franchise sur les conditions de l’accident et il n’est pas interdit de vol, comme le pensaient ses collègues qui voyaient déjà l’équipage de Gordon sur Apollo 17. Son ami Stafford va cependant lui faire observer que ce n’était pas le moment de se livrer à des acrobaties aériennes. D'autres vont lui rappeler qu'il est un marin avant tout et qu'il a voulu sans doute écouter de près le chant des sirènes allongées au bord de la rivière.

Puis arrive le temps de la désignation de l’équipage d’Apollo 17. Slayton adresse au quartier général de la Nasa à Washington, les noms suivants : Cernan, Engle, Evans. Cette proposition est de suite rejetée par Fletcher, l’Administrateur de l’agence spatiale et par Myers, le patron du programme spatial habité. Ils veulent Schmitt sur Apollo 17. Slayton s’oriente alors vers un compromis. Il ne propose pas l’équipage Gordon-Schmitt-Brand, mais l’équipe Cernan-Schmitt-Evans qui est retenue par les autorités de la Nasa, en août 1971. A l’annonce de l’exclusion de son coéquipier Engle, avec qui il s’entraînait depuis deux ans, Cernan demande que cette décision soit annulée. Slayton lui ordonne d’accepter Schmitt, sinon il désigne l’équipage d’origine de Gordon. Il s’incline devant cet ultimatum.

Du 7 au 19 décembre 1972, Cernan effectue son 3ème et dernier vol de 12 j 13 h 51 mn à bord d’Apollo 17 (46,81 tonnes/17,95 mètres), avec Schmitt et Evans. C’est la sixième et dernière fois, au XX° siècle, que des ambassadeurs de la Terre se rendent sur la Lune. Cernan devient le 3ème homme à faire un second voyage vers notre satellite, mais il est le seul à piloter à deux reprises un module lunaire (LM). La satellisation autour de la Lune réalisée, la chaloupe d’atterrissage de 16,45 tonnes, occupée par Cernan et Schmitt, se décroche de la cabine Apollo. A l’issue du fonctionnement pendant 12 mn du moteur de descente qui consomme 8,28 tonnes de carburant, le LM Challenger se pose sur le site Taurus-Littrow, une vallée de 11 km entourée de deux montagnes de 2.400 m et de 1.800 m.

" C’est le plus grand moment de ma vie " s’exclame Cernan qui sort ensuite du module lunaire avec l’équipement de survie sur le dos. " J’ai l’impression de porter la hotte du Père Noël " dit-il, en devenant le 11° piéton lunaire, suivi par Schmitt. Les astronautes installent les appareils de la cinquième station scientifique Alsep qui enverra, jusqu’en septembre 1977, ses informations sur l’environnement, sur la gravitation et sur la séismologie dont une expérience consiste à radiographier le sous-sol lunaire grâce aux ondes émises par l’explosion de charges, après le départ des deux hommes. Ils rangent divers équipements dans la jeep lunaire et Cernan échappe malencontreusement un marteau qui casse une partie du garde-boue de la roue arrière droite. Il l’attache avec du ruban adhésif mais, après avoir roulé, il s’étonne que le tableau de bord soit si souvent recouvert de poussière. Il s’aperçoit alors que la section bricolée du garde-boue est tombée en cours de route. " J’en suis malade de l’avoir perdue…Il faut que j’en fabrique une ce soir " regrette Cernan. Il réussit avec quatre cartes rigides fixées sur la partie restante du garde-boue, par deux pinces de la baladeuse du télescope d’alignement optique du LM.

Au cours de la deuxième sortie, les astronautes continuent à collecter des échantillons, à faire des observations, à forer le sol pour prélever des carottes et y placer des senseurs thermiques. Ils chantonnent, rient ou s’écrient, surtout lorsqu’ils découvrent des roches de couleur jaune-orangé. Leur entrain va s’arrêter après qu’ils soient retournés dans le module lunaire. Ils constatent que la pression d’oxygène est de 20 % supérieure à la normale avec pour conséquences, si ce taux ne baisse pas, une ivresse de l’équipage, un gaspillage de ce gaz entraînant un retour anticipé et une dégradation dangereuse des parois du LM. Cernan et Schmitt s’empressent de fermer l’arrivée de l’oxygène, puis ils passent en revue tous les composants du système de contrôle de l’environnement. L’alerte dure 45 mn avant que les astronautes découvrent le dérèglement d’une des valves par où est introduit l’oxygène.

Lors de la troisième sortie, les deux hommes terminent la récolte des pierres et, en passant près d’un rocher de la taille d’un camion, Cernan annonce : " Celui-là, je le laisse pour la prochaine expédition ". C’est une moisson record qu’ils vont ramener sur Terre : 110,52 kg, soit 17 kilos de plus que la quantité prévue. Cernan, en plaisantant, dit au centre de contrôle : " Ne vous faites pas de souci, Jack et moi, nous avons perdu chacun 9 kilos en travaillant sur la Lune ". Avant de remonter dans le module lunaire, Cernan s’agenouille sur le sol où il écrit les initiales de sa fille Tracy : T.D.C., puis il regarde une dernière fois la Terre dans le ciel lunaire.

Après avoir séjourné 3 j 2 h 59 mn, réalisé 3 sorties d’une durée de 22 h 03 mn enrichies par la présence de Schmitt, roulé pendant 4 h 29 mn sur une distance de 35,70 km et s’être écartés de 7,37 km du LM, les derniers Terriens décollent de la Lune. Ils laissent l’étage de descente du module lunaire sur lequel une plaque est fixée, rappelant leur passage : " Ici, l’homme a terminé sa première exploration de la Lune-Décembre 1972 ".

A bord de l’étage de remontée, les deux astronautes s’amarrent à la cabine America qui s’échappe de l’orbite lunaire, après y être restée 6 j 3 h 43 mn. Cernan communique au sol : " America a trouvé des vents favorables. Nous sommes sur le chemin du retour ". En s’éloignant, l’équipage voit apparaître la Lune entière à travers le hublot central et c’est avec émotion que Cernan déclare : " C’était, c’est un commencement ". Sur le trajet Lune-Terre, Evans sort dans l’Espace pendant 1 h 06 mn pour récupérer, dans le compartiment scientifique du module de service d’Apollo, trois cassettes de films et de données sur la surface et l’environnement de la Lune. Les vols lunaires, commencés dans l’enthousiasme le 20 décembre 1968 avec le lancement d’Apollo 8, se terminent dans la mélancolie le 19 décembre 1972 avec l’amerrissage d’Apollo 17. La Terre, qui a accouché de la Lune, a décidé d’abandonner sa fille pour très longtemps.

En mai 1973, Cernan s’envole pour le Salon du Bourget avec ses coéquipiers de son dernier vol et son ami Stafford désigné, quatre mois plus tôt, commandant de la mission américano-soviétique Apollo-Soyouz (ASTP). Il rencontre les cosmonautes Elisseev ainsi que Leonov et Koubassov qui vont participer au vol conjoint et qu’il va revoir souvent car il est désigné, en septembre de cette année, Assistant spécial du Directeur chargé de la préparation du programme ASTP. A ce titre, il se rend plusieurs fois en URSS entre 1973 et 1975 et, dans les allées de la Cité des Etoiles, il va déclencher une inoubliable bataille de boules de neige.

Cernan envisage un moment d’attendre la mise en service de la Navette mais, après avoir été sur la Lune, il craint que tourner autour de la Terre à bord de cet engin révolutionnaire, ne soit pas très excitant pour lui. Par ailleurs, il a la possibilité de retourner dans l’Aéronavale qui lui propose une affectation au Pentagone, au Bureau des programmes spatiaux, mais un poste administratif ne l’intéresse pas. Par contre, il aurait bien aimé commander un porte-avions s’il n’avait pas été si gradé. Le 6 juin 1976, un mois avant son départ de l’agence spatiale, Cernan se trouve à Sainte-Mère-Eglise, en compagnie des astronautes Evans, Lovell et Carr, invités à la commémoration du 32ème anniversaire de la libération de la première ville française, par la 82° et la 101° divisions aéroportées américaines.

Cernan quitte la Nasa en juillet 1976 pour rentrer à 42 ans dans le privé. Il rejoint la Coral Petroleum Inc., comme Vice-Président exécutif, en charge des affaires internationales. Il crée par la suite sa compagnie, The Cernan Corporation, qui regroupe des consultants dans les domaines de l’énergie, de l’aérospatiale et des industries connexes. Il fonde ensuite la Cernan Group, destinée à créer des liens entre les constructeurs spatiaux et les jeunes sociétés de transport spatial. Il va également être Directeur du marketing de la Digital Equipment Corporation et Membre du Bureau des directeurs de la General Space Corp. Il devient Président du Conseil d’administration de la Johnson Engineering Corporation qui fournit au Centre Spatial Johnson des simulateurs de vol du poste de pilotage de la Navette, du Spacelab, de la station ISS et du vaisseau lunaire et martien. Cernan va tenir aussi, avec talent, le rôle de commentateur des missions de la Navette, sur la chaîne de télévision ABC.

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