Michael Collins

Publié le par jijiaile


Le 17° astronaute, Michael (Mike) Collins,
est né le 31 octobre 1930 à Rome (Terre) où son père est attaché militaire à l’ambassade américaine de cette ville éternelle qui a été un empire, puis une civilisation. La famille vit dans un appartement à proximité de la villa Borghèse, un magnifique jardin public orné de sculptures et de bassins d’inspiration antique que le jeune Mike regarde avec des yeux étonnés. Il va habiter ensuite dans de nombreuses villes des Etats-Unis, au gré des mutations de son père. Ce n’est pas sans lui déplaire, car il apprend souvent deux fois les mêmes leçons à l’école et il se fait de nouveaux copains de classe. A l’âge de onze ans, il reçoit son baptême de l’air à bord d’un avion Grumman Widgeon, assis à côté du pilote survolant Porto-Rico, l’île montagneuse des Grandes Antilles.

Au collège Saint-Albans de Washington où il poursuit ses études secondaires, Mike va devenir très populaire auprès de ses camarades. Il occupe la place de capitaine dans l’équipe de lutte et celle de gardien de but dans l’équipe de foot. D’une nature espiègle, il est toujours le premier à être suspecté lorsqu’un incident survient dans l’établissement. Pendant les heures de cours, tous observent son air endormi chaque fois qu’il revient de la messe de 6 h 30 qu’il sert en tant qu’enfant de chœur à la cathédrale. Se lever à 5 heures du matin ne lui convient pas. C’est en mathématiques qu’il obtient ses meilleures notes et il est désigné chef de classe. Un de ses professeurs va remarquer " sa précision intellectuelle ".

Par tradition familiale, Collins entre à l’Académie militaire de West-Point d’où il sort en 1952 avec une licence en sciences. Contrairement à son père qui a fait carrière dans l’Armée de Terre, il choisit l’Armée de l’Air. L’année suivante, il devient pilote de chasse avant d’être affecté à la base de Nellis (Nevada). En décembre 1954, il part pour la France, rejoindre la base américaine de l’Otan située à Chambley (Meurthe-et-Moselle). Aux commandes du F-100 Super-Sabre, Collins effectue des missions de reconnaissance, notamment vers le Groenland et la Libye.

Au début de l’année 1956, il fait la connaissance de Patricia, la responsable du Centre récréatif de la base. Ils se fiancent à l’automne avec l’intention de se marier l’année suivante aux Etats-Unis. En octobre, une insurrection dans la Hongrie pro-soviétique déclenche l’état d’alerte dans les pays occidentaux. Collins part en Allemagne de l’ouest et revient début 1957, en sachant qu’il va devoir rester plus longtemps que prévu en Europe, compte tenu de la situation internationale. Pat et Mike décident alors de se marier au printemps à la mairie de Chambley et dans la chapelle de la base.

Après un séjour de trois ans, ils quittent avec regret la France fin 1957, car Collins est mécontent de sa nouvelle affectation. Lui qui veut continuer à piloter, il se retrouve à la base de Chanute (Illinois) comme officier de maintenance pour inspecter les avions et réapprendre l’ingénierie électrique. Collins tient neuf mois, puis il se confie à son supérieur qui l’écoute. Il reste à Chanute, mais en tant qu’officier d’entraînement dans une unité mobile. Il va d’une base à une autre, former les pilotes au maniement des appareils.

Ce travail lui permet d’accumuler assez d’heures de vol pour poser sa candidature à la célèbre école des pilotes d’essai d’Edwards (Californie) où Collins est admis en 1960. Il a comme professeur Stafford et comme condisciple Borman, de futurs astronautes. Après trente-deux semaines de formation, il obtient son brevet et il évalue les performances des nouveaux avions de chasse. En septembre 1962, il est déçu de ne pas être retenu dans la deuxième équipe d’astronautes. Il reste à Edwards pour suivre une formation complémentaire à la nouvelle école des pilotes de recherche aérospatiale jusqu’à son entrée à la Nasa.

En octobre 1963, Collins est sélectionné à l’âge de 33 ans dans la 3ème équipe des quatorze astronautes. C’est un homme paisible et sans prétention qui se comporte avec aisance dans la société. Expert en greffe de rosiers, il pratique le hand-ball et la pêche à la ligne " qu’il a appris à aimer en France ".

En juillet 1965, il est nommé doublure du co-pilote Lovell pour le vol de longue durée Gemini 7 de décembre 1965. Puis, en janvier 1966, il est désigné co-pilote de Gemini 10, considéré comme le vol le plus complet du programme.

Du 18 au 21 juillet 1966, Collins réalise sa 1ère mission de 2 j 22 h 46 mn sur Gemini 10 (3,76 tonnes/5,74 mètres), en compagnie du commandant de bord Young. Six heures après le lancement, le vaisseau, simulant le module lunaire qui décolle de la Lune, accoste l’étage-fusée Agena 10 de 7,50 m représentant la cabine Apollo en orbite lunaire. Pour la première fois, un amarrage stable est effectué, mais l’accouplement a exigé une consommation importante de propergol, due à une erreur de programmation dans le système de guidage.

Afin d’économiser le carburant restant, on décide d’annuler les autres accostages et de laisser la Gemini soudée à l’Agena 10 le plus longtemps possible. Ses réserves de propergol vont ainsi servir à manoeuvrer la cabine.

Comme prévu avant le lancement, le moteur de l’Agena 10 est mis à feu pour propulser l’attelage Gemini-Agena sur une orbite à l’apogée de 763 km, une altitude record pour un vaisseau habité. Puis, l’Agena 10 est réallumée pour abaisser l’apogée à 378 km, en vue du rendez-vous avec l’Agena 8. Avant la rencontre avec cet étage-fusée, Collins accomplit une sortie partielle de 49 mn, le buste hors de la Gemini. Il photographie la Terre et le ciel avec un appareil, accroché ensuite au bout d’une perche pour qu’il prenne des clichés d’une palette de couleurs tenue par l’astronaute. Il réalise par la suite des mouvements avec ses bras pour s’entraîner à la future nage spatiale et il " envisage avec intérêt les acrobaties à venir ". Soudain, ses yeux se mettent à couler et Collins sent une odeur âcre envahir son casque. Des vapeurs d’hydroxyde de lithium qui filtrent le bioxyde de carbone, viennent de pénétrer dans le système d’alimentation en oxygène de sa combinaison. Young est également victime des mêmes troubles. La sortie est interrompue six minutes plus tôt et on envisage un retour d’urgence sur Terre. Les astronautes arrêtent le ventilateur responsable, posent des compresses humides sur leurs yeux, versent des gouttes dans leurs paupières et augmentent la teneur en oxygène de la capsule. 

Plus tard, Young se décroche de l’Agena 10 après une jonction de 39 heures et il utilise les moteurs de la Gemini pour rejoindre l’Agena 8, réalisant ainsi le premier rendez-vous avec deux engins différents. Le vaisseau se positionne au-dessus de l’étage-fusée et Collins sort de l’habitacle. Il détache de la Gemini une plaque qui a piégé des poussières de météorites et la remet à Young. L'astronaute branche ensuite le tuyau de son pistolet à gaz sur le réservoir de nitrogène. Puis, Collins s’élance vers l’Agena 8. Il agrippe avec ses gants la bordure trop lisse du cône d’amarrage et regrette l’absence de poignées pour maintenir son corps. Il glisse et s’éloigne de cinq mètres de l’étage-fusée, échappant la plaque qu’il doit fixer sur l’Agena.

Grâce aux jets tirés par son pistolet qui orientent sa marche, l'astronaute parvient à récupérer la plaque, puis à revenir vers l’étage-fusée. Il repère une grappe de câbles qu’il saisit pour se stabiliser. Collins range son pistolet et il réussit à démonter une plaque de 15 cm de côté, érodée par l’action des météorites depuis quatre mois. L'astronaute décide de ne pas la remplacer par celle qu’il a amenée de peur de la perdre pendant l’échange, d’autant plus que l’Agena commence à basculer. " Rentre à la maison, lâche la plaque !" lui dit Young. " Ne t’inquiète pas, ne t’inquiète pas,  j’arrive !" lui répond Collins. Il retourne vers la Gemini et donne la plaque prélevée à Young.

Il éprouve maintenant des difficultés à dénouer plus de la moitié des 15 m de son cordon qui le relie à la cabine. Car il faut qu’il puisse évoluer librement à l’aide de son pistolet, pour simuler le sauvetage d’un astronaute. Mais le vol en formation avec l’Agena a coûté cher en carburant. Collins pénètre alors dans l’habitacle, assisté par Young qui défait le cordon enroulé autour de ses jambes. A ce moment-là, l'astronaute s’aperçoit qu’il a perdu la caméra. La marche a duré 39 mn au lieu des 55 mn prévues, mais Collins devient le premier astronaute à effectuer une double sortie et à prendre contact avec un autre engin spatial.

Deux mois après son vol, Slayton, le Directeur des équipages, désigne Collins comme doublure de Cunningham pour la mission Apollo 2 qui doit tester autour de la Terre, la cabine. En décembre 1966, la Nasa supprime ce vol qui est répétition du vol Apollo 1 et Collins est nommé pilote de la cabine Apollo 3 prévue pour s’amarrer en orbite terrestre au premier module lunaire piloté par le commandant de bord Borman et Anders. Mais le 27 janvier 1967, Grissom, White et Chaffee meurent dans l’incendie au sol de la cabine Apollo 1. Ce drame va entraîner une modification du vaisseau et des missions, avec la prise en compte des vols inhabités dans la numérotation.

En mai 1967, Collins s’envole avec Scott vers la France pour participer au Salon du Bourget. Ils rencontrent les cosmonautes Feoktistov et Beliaïev. Pour Collins, accompagné de son épouse Pat, ce retour est aussi un pèlerinage particulier. A l’invitation de la municipalité de Chambley, ils se rendent à la mairie où ils se sont mariés dix ans plus tôt. Le maire leur offre des toasts et du champagne, puis il leur remet une clé de la ville datant du XVI° siècle, pour les faire ensuite citoyens d’honneur. A leur sortie, ils sont acclamés par les habitants qui les accompagnent dans les rues, sous une pluie de confettis. Ils assistent à un concert donné par le chœur des enfants de l’école. Un vrai repas de noces et un bal clôturent cette journée pleine d’émotions pour le couple qui vient de revivre avec éclat leur mariage.

En décembre 1967, Collins est maintenu dans ses fonctions de pilote de la cabine, mais pour l’expédition Apollo 9 en vue de l’amarrage au module lunaire n° 2 de Borman et d’Anders, sur une orbite terrestre à l’apogée de 6.500 km. L'astronaute s’entraîne, mais il entretient aussi sa forme physique. Un jour, au cours d’une partie de hand-ball, sa jambe gauche se dérobe. Puis, alors qu’il descend un escalier, son genou gauche se bloque et il manque de tomber. Enfin, il ne ressent aucune sensation lorsque de l’eau chaude coule sur sa jambe gauche. Inquiet par cette série de symptômes étranges, Collins voit, en juillet 1968, le médecin des astronautes qui l’oriente vers un neurologue. Une radiographie décèle une excroissance osseuse entre la cinquième et la sixième vertèbre de son cou, qui compresse par moment les nerfs cervicaux. Une douzaine d’années plus tôt, Collins a abandonné son F-86 en perdition et la brutalité de l’éjection a du endommager certainement un disque vertébral qui s’est déformé avec le temps. Il est remplacé lors d’une opération. Amer et le cou dans le plâtre, Collins est interdit de vol pour une durée indéterminée.

Sa doublure Lovell prend sa place sur le vol Apollo 9 qui doit avoir lieu normalement au cours du premier trimestre de 1969. Mais la Nasa va constater que le module lunaire n° 1 qui doit voler sur une orbite terrestre basse lors de la mission Apollo 8 dirigée par Mc Divitt, ne sera pas prêt pour la fin de l’année 1968. Puis, les services d’espionnage vont avertir la Nasa d’un possible survol lunaire par des cosmonautes soviétiques avant le début de 1969. En août 1968, Collins est effondré lorsqu’il apprend que Low, le Directeur du programme Apollo à Houston, propose d’utiliser le créneau de lancement de décembre 1968 pour lancer la cabine Apollo 8 autour de la Lune avec l’équipage d’Apollo 9 dont il faisait partie un mois auparavant. Il perd ainsi l'occasion de participer à une grande première spatiale.

Ses ennuis de santé disparus, Collins recommence progressivement à piloter le T-38 d’entraînement fin novembre et, le 6 janvier 1969, c’est une autre grande première spatiale que lui offre Slayton. Il le désigne comme pilote de la cabine Apollo 11 pour amener et récupérer en orbite lunaire les premiers hommes sur la Lune.

Peut-être parce que Collins a vécu en France, le pays de la gastronomie, la Nasa lui demande de goûter les menus qui seront embarqués à bord du vaisseau. Sur les cartes, il ne trace pas de croix en face de " médiocre ", " assez bon " ou " bon ". Il s’inspire plutôt des guides français dont il a apprécié la lecture. Il dessine des fourchettes et des couteaux entrecroisés ainsi que des étoiles devant chaque plat décrit. Très satisfaite, la Nasa retient son système de notation qu’il complète par des remarques ironiques du genre " assaisonnement subtil ", " un délice pour le palais ", " riche et moelleux ".

Collins va s’investir si intensément dans la préparation de son vol que lorsque Slayton lui propose d’être ensuite la doublure de Shepard sur Apollo 14, puis le commandant d’Apollo 17, il décline l’offre en rajoutant " sauf si la mission Apollo 11 échoue ". Il ne veut pas s’entraîner trois ans de plus et il souhaite passer plus de temps avec sa famille.
Du 16 au 24 juillet 1969, Collins effectue sa 2ème et dernière mission de 8 j 3 h 18 mn sur Apollo 11 (43,81 tonnes/17,95 m) avec le commandant de bord Armstrong et Aldrin. Lors du lancement, l'astronaute trouve que la fusée Saturn V est " agitée de hoquets ", mais son troisième étage propulse comme prévu le vaisseau vers la Lune. Trois jours après, Apollo 11 survole la face cachée et Collins allume pour six minutes le moteur SPS de 9,3 tonnes de poussée qui va consommer onze tonnes de carburant pour freiner le vaisseau de 9.170 km/h à 6.115 km/h et le placer sur une première orbite au périlune de 113 km et à l’apolune de 312 km.

Puis arrive l’instant où Collins doit détacher le module lunaire (LM) Eagle de la cabine Columbia. Il prévient ses deux compagnons " Nous y sommes, Aigle…Attention les gars !". Le LM s’éloigne et Collins se prépare alors à les secourir si l’atterrissage sur la Lune avorte ou s’ils décollent plus tôt que prévu. Armstrong et Aldrin se posent sur le sol lunaire ce 20 juillet 1969 et repartent 21 h 36 mn plus tard, après avoir réalisé le vieux rêve de l’humanité.

Resté seul pendant près de 28 heures, Collins se réjouit de voir apparaître l’étage de remontée du module lunaire. Les deux engins s’approchent et Collins amarre sa cabine au LM grâce à trois loquets de jonction fixés sur la tête de l’ancre d’accostage. Mais au moment où l'astronaute provoque la mise en marche des autres verrous situés sur la base de l'ancre, les deux véhicules se mettent à tournoyer violemment vers la droite. " Nous sommes en plein cirage !" s’écrit Collins à qui il faut huit secondes pour réussir à arrêter ce mouvement et à ramener les deux engins dans l’axe l’un par rapport à l’autre, juste avant que les douze grands verrous se ferment sur le collier d'amarrage du module lunaire. Les trois astronautes sont enfin réunis.

Après avoir déchargé le LM qui est largué, le vaisseau Apollo sort de l’orbite lunaire - où il est resté pendant 2 j 11 h 30 mn - et prend la direction de la Terre. Peu avant la rentrée dans l’atmosphère, l’équipage reçoit cet appel : " Apollo 11 ? Ici Houston ! Vous avez l’autorisation d’atterrir ". " Je vous assure que nous en sommes très heureux  !" répond Collins. A son retour, il écrit les mots suivants sur le poste de navigation pour manifester sa reconnaissance envers sa machine : " Vaisseau spatial 107, alias Apollo 11, alias Columbia. Le meilleur vaisseau de tous. Dieu le bénisse ".

En août 1969, il quitte comme prévu le Corps des Astronautes, en précisant qu’il espère continuer à travailler pour le programme spatial. Le 8 octobre 1969, Collins revient en France qui honore les trois héros du premier atterrissage sur la Lune. En regagnant leur Boeing à la fin de leur visite, ils passent devant une escorte alignée devant l’appareil. Collins s’arrête brusquement devant le militaire français qui commande le détachement et lui dit : " Est-ce que vous me reconnaissez ? Nous étions ensemble, en 1956, à la base américaine de Chambley, en Meurthe-et-Moselle".

En novembre 1969, Collins part de la Nasa à l’âge de 39 ans après que le Président Nixon l’ait nommé Secrétaire d’Etat-adjoint, chargé des Affaires Publiques, à compter de janvier 1970. Il s’occupe notamment de la diffusion et de la publication des discours et des déclarations du Département d’Etat en matière de politique étrangère.

Collins quitte le gouvernement en février 1971, pour devenir deux mois plus tard, le premier Directeur du Musée National de l’Air et de l’Espace de Washington, géré par l’Institution Smithsonian. Diplômé en management avancé en 1974 de l’Ecole de Commerce d’Harvard, il dirige remarquablement bien la construction du musée qui se termine en juillet 1976. Il va contribuer alors au renom de la recherche aérospatiale, ainsi qu'à l’éducation aéronautique et spatiale.

Le 2 août 1977, Collins se rend à nouveau en France pour inaugurer l’exposition spatiale en l’église romane de Torques (Calvados). La Nasa, le Cnes, le Palais de la découverte, l’Aérospatiale, Matra et la Sep participent à cette manifestation. C’est la première fois qu’un monument du XI° siècle sert de cadre aux techniques du XX° siècle.

Collins arrête ses fonctions de Directeur du Musée en avril 1978, afin d'occuper le poste de Sous-Secrétaire de l’Institution Smithsonian qui promeut la culture et les sciences. Deux ans après, il devient Vice-Président de la Vought Corporation, une importante compagnie aérospatiale et de défense. En 1985, il crée la firme Michael Collins Associates qui regroupe des consultants dans les domaines de l’aéronautique et de l’espace.

Publié dans astronautes

Commenter cet article