Gueorgui Chonine

Publié le par jijiaile

 

Le 17° cosmonaute, Gueorgui S. Chonine, est né le 3 août 1935 à Rovenki (Terre), mais son enfance se déroule à Balta près d’Odessa, bâtie en 1794 d’après les plans des architectes de France et d’Italie. Située au bord de la Mer Noire dont le littoral est appelé en français « La Côte d’Azur », la ville abrite l’Ecole préparatoire de l’Armée de l’Air où Gueorgui entre à l’âge de 15 ans, pour concrétiser son rêve de gamin.

En 1953, Chonine est admis à l’Ecole Yeisk de l’Aéronavale d’où il sort quatre ans plus tard, diplômé en aéronautique. Il sert ensuite comme pilote de chasse dans la Flotte de la Baltique, puis dans celle du Nord.

A partir du mois d’août 1959, des équipes de médecins militaires se rendent dans les bases aériennes et aéronavales. Ils demandent aux jeunes pilotes s’ils sont intéressés pour prendre les commandes d’un « appareil volant entièrement nouveau ». La première réaction de Chonine est réservée, car il pense que l’on recherche encore des aviateurs pour les transférer dans des unités équipées de super-hélicoptères. Il répond aux deux médecins qui l’interrogent : « Je suis un pilote de chasse. J’ai choisi une école afin d’apprendre à voler sur des avions rapides et vous… ». Le plus âgé le coupe : « Non ! Non ! Tu ne comprends pas. Nous voulons te parler de vols à longue distance, de vols sur des fusées, de vols autour de la Terre ». Il accepte alors, avec enthousiasme, leur proposition de participer à cette Grande Aventure.

En mars 1960, Chonine rentre à l’âge de 25 ans dans le 1er groupe des vingt cosmonautes. Réservé et discret, il agit avec tact dans toutes ses relations. Il admire Antoine de Saint-Exupéry, l’aviateur et l’écrivain-humaniste, auteur notamment de « Courrier Sud », « Pilote de guerre », « Le Petit  Prince ».

Bien qu’il soit le plus capable pour résister aux températures élevées dans la chambre thermique, Chonine sait qu’il n’ouvrira pas la porte des étoiles. Il ne peut pas s’entraîner, à cause de sa stature, dans le premier et étroit simulateur du vaisseau Vostok réservé aux cosmonautes de taille et de corpulence moyenne. Il est contraint d'attendre le second appareil, plus large.

Nommé doublure de Popovitch pour le vol Vostok 4 d’août 1962, Chonine se familiarise avec la centrifugeuse, sorte de manège formé d’une cabine fixée à l’extrémité d’un bras tournant à grande vitesse. C’est au cours d’un de ces tests qu’un médecin se rend compte de l’irrégularité des battements du cœur de Chonine. Déçu, il cède sa place de remplaçant à Komarov. Il craint que sa carrière soit terminée, mais des examens approfondis le rassurent. Les directeurs de la formation des cosmonautes reçoivent le rapport médical du spécialiste Molchanov dans lequel il est écrit : « Ne tourmentez pas le camarade Chonine. Envoyez-le se reposer. Il est tout simplement surmené ».

Après un congé mérité, il reprend sa préparation et, à partir de septembre 1963, il s’entraîne pour voler sur une des missions Vostok 7 à 10, prévues pour 1964. Cinq mois plus tard, elles sont annulées et les vaisseaux modifiés pour le nouveau programme Voskhod sur lequel Chonine est assigné.

Il est tout d’abord pressenti pour effectuer une sortie spatiale, équipé d’un système propulseur pour s’éloigner jusqu’à 100 m du Voskhod 5 qui devait initialement embarquer un équipage féminin.

Il va être le plus remarquable dans son apprentissage des techniques. Kamanine, le Directeur des équipages, décide alors de nommer le cosmonaute, en janvier 1966, copilote de Voskhod 3, en remplacement du scientifique Katys. Ce vol doit battre deux records : 20 jours en orbite contre 13 jours pour la Gemini 7 américaine et un apogée de 900 km comparé à celui de 475 km atteint par Voskhod 2.

Cette expédition et les trois suivantes sont supprimées en mai 1966 par Michine, le nouveau patron du programme spatial. Il estime que le coût de ces missions va retarder le programme Soyouz et qu’elles ne présentent pas une sécurité absolue. Désappointé, Chonine rejoint ce programme.

S’il n’est pas encore parti pour le Cosmos, le cosmonaute a du moins la satisfaction d’obtenir, en décembre 1968, son diplôme d’ingénieur en aéronautique avec mention très bien, décerné par l’Académie Joukovski, après sept ans d’études menées en parallèle avec sa formation de cosmonaute.

Chonine est d'abord désigné comme doublure du commandant de bord Volynov pour le vol Soyouz 5 de janvier 1969. L’expédition suivante Soyouz 6 est prévue pour mai 1969 et celles de Soyouz 7 et 8 en septembre 1969. En avril 1969, les responsables politiques et spatiaux veulent répondre de façon spectaculaire au fantastique succès d’Apollo 8 autour de la Lune en décembre 1968. Ils retardent le lancement de Soyouz 6 pour qu’il intervienne dans la fenêtre de tir des Soyouz 7 et 8. Ainsi, trois vaisseaux partiront successivement et Soyouz 6 filmera l’amarrage de Soyouz 7 avec Soyouz 8. Ces deux cabines constitueront une mini-station spatiale, avec l’échange d’un membre de chaque engin, pour répéter la relève des équipages des futures stations Saliout. Chonine est enfin sélectionné comme commandant de bord du premier vaisseau.

Du 11 au 16 octobre 1969, Chonine réalise à bord de Soyouz 6 (6,58 tonnes/6,98 mètres), son unique vol de 4 j 22 h 42 mn autour de la Terre, en compagnie de Koubassov. Peu après la satellisation, le système automatique de pressurisation des réservoirs tombe en panne, empêchant l’allumage des moteurs de manœuvre. Au cours de la troisième orbite, Chonine parvient à les pressuriser, manuellement. Il s’approche comme prévu à 500 m du Soyouz 7 de Filiptchenko, Gorbatko et Volkov, parti le 12. Mais le système Igla de rendez-vous automatique de Soyouz 8 occupé par Chatalov et Elisseïev lancés le 13, ne fonctionne plus. L’amarrage entre ces deux cabines ne peut donc avoir lieu. Soyouz 6 effectue par la suite deux autres rendez-vous avec chaque engin. C’est la première fois que trois vaisseaux se trouvent en même temps dans l’Espace, avec un nombre record de sept cosmonautes.

Une autre première intervient : la soudure de métaux, en vue de l’assemblage des futures structures spatiales. A l’intérieur du module orbital, dépourvu de pièce d’amarrage, est installé un fourneau appelé « Volcan » que Koubassov met en marche depuis le module de rentrée. A la fin de l’expérimentation automatique, les deux hommes pénètrent dans l’habitacle pour récupérer les échantillons de métaux soudés. Les cosmonautes découvrent alors, avec stupeur, un trou dans la paroi interne de la cabine. Pendant le déroulement d’une expérience, un jet de neutrons, heureusement de très courte durée, a dévié de sa trajectoire et a fondu le métal du vaisseau !

De retour sur Terre, Chonine devait repartir comme commandant du Soyouz 11 pour un amarrage avec Soyouz 12, dans le cadre du deuxième essai du système Kontakt de rendez-vous, équipant le futur engin lunaire du programme L3 d’atterrissage sur la Lune. Mais ces deux vols, envisagés pour février 1970, sont annulés suite à la difficulté de mise au point de ce nouveau système.

Après sa mission Soyouz 6, Chonine connaît la gloire, mais il ne sait pas refuser les invitations. En mars 1970, Kamanine commence à s’inquiéter en lisant les rapports qu’il reçoit sur ses trop nombreuses fréquentations à l’extérieur. Il convoque le cosmonaute dans son bureau et lui demande de changer sa conduite, sous peine d’une interdiction de vol pendant cinq ans.

Rassuré par la réponse de Chonine, qui est au demeurant un des meilleurs cosmonautes, Kamanine accepte, le mois suivant, la proposition de Michine qui veut nommer Chonine commandant de bord de Soyouz 11, pour la deuxième occupation de la station Saliout 1. A la suite d’une modification dans la composition des équipages, Kamanine le désigne quinze jours plus tard, commandant de Soyouz 10, pour le premier séjour dans la station.

Le 5 février 1971, deux mois avant le lancement de Saliout 1, Kamanine apprend que Chonine a interrompu sa séance d’entraînement ce jour-là. Intrigué, il mène son enquête et il découvre que ce n’est pas la première fois qu’il s’absente. On l'informe qu'il a pour habitude d'amener de la boisson. Furieux, Kamanine remplace Chonine par Chatalov. Il n’est pas exclu du Corps des Cosmonautes en raison de sa grande compétence professionnelle.
Il continue ses études et il est désigné en mai 1973, commandant de l’équipage de support du vol Soyouz 19 de Leonov et de Koubassov, pour la mission conjointe américano-soviétique Apollo-Soyouz de juillet 1975. Puis, il dirige le groupe de cosmonautes qui doivent habiter la seconde station d’espionnage Saliout 5 (Almaz) mise en orbite en 1976. Il s’entraîne ensuite, à partir de 1977, pour occuper la troisième station militaire. En 1978, Chonine obtient une maîtrise en sciences techniques, avant d’être nommé commandant du premier équipage de cette station d’espionnage. Hélas pour lui, il ne va pas ressentir une seconde fois le phénomène de l'apesanteur. Il est remplacé peu après par le cosmonaute Berezovoï, car il ne remplit pas toutes les conditions physiques pour participer à un vol spatial. La station ne sera finalement pas lancée.

Chonine démissionne alors du Corps des Cosmonautes en avril 1979. Il reste à la Cité des Etoiles, en tant que Chef du Département  Entraînement, pour former les occupants des stations civiles Saliout 6 et 7. En 1984, il est affecté sur le projet de navette spatiale Bourane. Un an plus tard, il prend en charge les pilotes de l’avion de l’Espace, mais Bourane n’effectue qu’un seul vol, inhabité et exemplaire, en novembre 1988, avant la fin du programme jugé trop coûteux.

En 1989, Chonine quitte le programme spatial pour prendre les fonctions de Directeur de l’Institut Central de la Recherche Scientifique, au Ministère de la Défense. Il décède le 7 avril 1997, à l’âge de 62 ans, d’un arrêt cardiaque. Son corps repose près de la Cité des Etoiles.

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