Richard Gordon

Publié le par jijiaile

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Le 18° astronaute, Richard (Dick) F. Gordon,
est né le 5 octobre 1929 à Seattle (Terre), berceau de Boeing, le constructeur du premier étage de la fusée Saturn V qui le propulsera vers la Lune, quarante ans plus tard. Ses études secondaires terminées, il rentre à l’Université de l’Etat de Washington pour suivre un enseignement en chimie qu’il achève en 1951. Avec sa licence en sciences, il envisage de s’orienter vers l’étude et la pratique médico-chirurgicale des soins dentaires. Mais après son premier vol en avion au-dessus de la région montagneuse de Seattle, il décide d’abandonner la dentisterie pour la profession d’aviateur.

Gordon s’engage alors dans l’Aéronavale dont il devient pilote de chasse en 1953. Il est affecté à la base de Jacksonville (Floride) avant d’être reçu en 1957 à l’Ecole des pilotes d’essai de la Marine de Patuxent River où il rencontre les futurs astronautes Schirra, Conrad et Lovell. Il vole sur le F8U Crusader, le F11F Tigercat, le FJ Fury, l’A4D Skyhawk et sur le F4H Phantom II avec lequel Gordon va connaître la notoriété, puisqu’il est le premier à le piloter. En 1960, il occupe le poste d’instructeur de vol du F4H à la base de Miramar (Californie). Il joue un rôle primordial pour la mise en service du Phantom II dans les Flottes de l’Atlantique et du Pacifique.

En mai 1961, Gordon, aux commandes du F4H, construit sa renommée en battant deux records, lors de la traversée du continent américain d’ouest en est, entre Los Angeles et New York. Celui de la vitesse : 1.400 km/h et celui de la durée : 2 h 47 mn. Il gagne le trophée Bendix du Projet Bullet Trans US Record et il reçoit les félicitations de Glenn qui détenait le précédent record depuis 1957, avant d'être recruté comme astronaute deux ans plus tard.

Pour approfondir ses connaissances, Gordon entre à l’US Navy Postgraduate School de Monterey (Californie) et commence un 3° cycle d’études. Il vise désormais plus haut, car il veut être astronaute. Sa première tentative échoue de peu. Il n’est pas retenu dans la deuxième sélection de septembre 1962, mais il réussit l’année suivante.

En octobre 1963, Gordon est admis, à l’âge de 34 ans, dans la 3ème équipe des quatorze astronautes. Toujours souriant, il est agréable et désintéressé, insouciant et audacieux. Il pratique le ski nautique, le golf et le base-ball où il a tenu la place de lanceur dans une équipe semi-professionnelle. Sa spécialité culinaire est la crêpe suzette. Il va devenir le porte-parole convaincant de cette promotion d’astronautes.

En septembre 1965, il est désigné comme la doublure du copilote Scott pour la mission Gemini 8 de mars 1966, avant d’être nommé, au retour de ce vol, copilote de l’avant-dernière expédition de ce programme.

Du 12 au 15 septembre 1966, Gordon effectue sa 1ère mission de 2 j 23 h 17 mn sur Gemini 11 (3,79 tonnes/5,74 mètres) autour de la Terre, en compagnie de Conrad, son commandant de bord et ami, qui réussit en 85 minutes le premier rendez-vous éclair avec un étage-fusée Agena de huit mètres de long, simulant la rencontre de l’étage de remontée du module lunaire avec la cabine Apollo autour de la Lune. L’amarrage est réalisé, suivi de quatre autres conduits par Gordon qui prépare ensuite sa sortie sur l’attelage Gemini-Agena.

Les efforts qu’il fait pour rabattre la visière récalcitrante de son casque, couvrent son front de sueur que le système de climatisation n’arrive pas à sécher complètement. Lorsque Gordon ouvre l’écoutille, il est déjà dans de mauvaises conditions pour travailler. Il reste cependant confiant et déclare : « C’est une journée merveilleuse ». L'astronaute déploie une poignée et recueille la poussière du hublot de Conrad dans un sachet qu’il lui remet avec le piège à particules cosmiques fixé derrière l’écoutille de son coéquipier. Il installe après, difficilement, une caméra sur la Gemini.

Les battements de cœur de Gordon atteignent 160 à la minute et il respire irrégulièrement. Il se repose quelques instants, puis il s’élance vers l’Agena. Il la survole, mais rate une des poignées installée sur le cône d’amarrage. L'astronaute parcourt alors, sans le vouloir, une trajectoire en demi-cercle qui l’entraîne vers l’arrière de la Gemini. Conrad tire sur son cordon ombilical pour le ramener.

Gordon recommence la manœuvre et il parvient à attraper une poignée. Il se trouve au-dessus de l’étage-fusée et tente en vain de soulever le couvercle du conteneur où est replié le câble qu’il doit accrocher à la Gemini. L'astronaute décide alors, comme prévu, de s’asseoir sur l’avant de la cabine à partir duquel il doit pouvoir atteindre plus facilement le conteneur.

Chaque geste devient éprouvant pour Gordon qui transpire et halète. Il fait une pause, puis il demande à Conrad d’orienter l’écoutille vers le soleil pour empêcher que ses rayons continuent à frapper son dos surchauffé. Son compagnon l’encourage : « Vas-y, cow-boy ! ». Mais Gordon est à califourchon sur un cheval sauvage qui n’a ni selle, ni étriers. Son corps a tendance à décoller et il doit fournir un effort épuisant pour rester en place, en serrant ses jambes autour du nez de jonction de la Gemini.

Essoufflé et avec l’œil droit aveuglé par la sueur, Gordon agrippe avec une main l’antenne de l’Agena tandis qu’avec l’autre, il essaie de déverrouiller le couvercle du conteneur. L'astronaute réussit enfin à le faire et il dégage les 30 mètres du filin. Il attache l’extrémité du câble sur la perche fixée à l’avant de la Gemini.

Avec un rythme cardiaque qui monte à 162 pulsations par minute, Gordon s’apprête maintenant à se diriger vers l’arrière de la Gemini, pour expérimenter un outil électrique destiné au serrage de boulons. Il n’arrive pas, auparavant, à déployer un rétroviseur pour que son coéquipier puisse le voir.

Gordon passe devant le hublot de Conrad et ce dernier entrevoit, à travers sa visière couverte en partie de buée, son visage aux traits tirés. Il prend alors la décision d’annuler le reste du programme, l’essentiel étant accompli au cours d’une sortie de 33 mn. Conrad avertit le centre de contrôle : « J’ai dit à Dick de revenir. Il a si chaud et il transpire tellement qu’il ne peut plus voir ». Gordon se confie à son compagnon : « Je suis vanné, Pete ! ».

Par la suite, l’ensemble Gemini-Agena va atteindre une altitude record de 1.370 km, avant de redescendre en orbite basse où Gordon sort dans l’Espace une seconde fois. Debout sur son siège surélevé et retenu par une sangle, il prend des photos et des films des constellations d’étoiles, des formations nuageuses, des océans et des continents. Après son excursion de 2 h 08 mn, sans cale-pieds pour garder une position confortable, il avoue à Conrad : « Garçon, mes jambes sont fatiguées ! ».

Plus tard et grâce au travail effectué par Gordon au cours de sa première sortie, une pesanteur artificielle est crée quand la Gemini et l’Agena, reliées par le filin de 30 mètres, se mettent en rotation après leur séparation. Les occupants des vaisseaux et des stations du futur se souviendront sans doute de cette expérience unique, pendant qu’ils marcheront comme sur Terre, à bord de ces engins spatiaux.

En novembre 1967, Gordon est nommé, pour la deuxième fois, doublure de Scott, le pilote de la cabine Apollo 8 chargé de s’amarrer au premier module lunaire en orbite terrestre. En août 1968, il est confirmé dans ses fonctions lorsque cette mission est décalée sur Apollo 9, effectuée en mars 1969.

Après le retour de ce troisième vol habité, Gordon est sélectionné comme pilote de la cabine Apollo 12, dans un équipage composé de marins qui s’aiment comme des frères et dont la destination est l’Océan des Tempêtes, sur la face visible de la Lune.

Du 14 au 24 novembre 1969, Gordon réalise sa 2° et dernière mission de 10 j 4 h 36 mn sur Apollo 12 (43,84 tonnes/18,12 mètres), en compagnie de Bean et du commandant de bord Conrad avec qui il a volé, trois ans auparavant.

La deuxième expédition sur le satellite de la Terre commence dans l’inquiétude. Au moment du départ, la foudre frappe la Saturn V, deux fois. Par les écouteurs, les astronautes entendent gémir le monstre. Il place néanmoins son troisième étage S-IVB et Apollo sur orbite terrestre. Mais l'équipage sait que la plate-forme inertielle a perdu ses points de repère dans l’Espace, comme une boussole qui n'indique plus le nord. C’est elle qui informe les trois hommes sur la vitesse et l’orientation du vaisseau. Le sort de la mission est donc entre les mains de Gordon qui a peu de temps pour la remettre en service, avant le réallumage du 3° étage en direction de la Lune.

Il consulte rapidement la carte des étoiles, puis il s'installe devant le pupitre du calculateur. Ses doigts s’activent sur les touches du clavier. L'astronaute introduit les références d’une première étoile pour que le calculateur oriente le système optique vers l’étoile choisie. Lorsque celle-ci se trouve dans le champ du sextant, Gordon effectue la visée précise, puis il presse le bouton de confirmation. Le calculateur enregistre alors la direction de l’étoile par rapport au véhicule. Gordon recommence cette opération avec deux autres étoiles. Le calculateur fait enfin connaître l’orientation exacte du vaisseau et il recale la plate-forme inertielle, avec succès.

Le lancement vers la Lune accompli, Gordon détache Apollo du S-IVB, fait un demi-tour et s’amarre au module lunaire (LM) fixé sur le troisième étage qui est ensuite largué. Il place, trois jours plus tard, le vaisseau autour de la Lune.

 

Par le hublot de la cabine Yankee Clipper, il voit s’éloigner le LM Intrepid occupé par Conrad et Bean. Resté seul, Gordon va procéder à des observations et à des photographies du sol lunaire, avant de récupérer ses deux compagnons qui séjournent 1 j 7 h 31 mn sur la Lune, après avoir notamment désossé une partie de la sonde Surveyor 3.

Une fois les sas ouverts, Gordon s’étonne de voir flotter à l’intérieur du module lunaire un nuage gris qui enveloppe deux silhouettes. Il branche rapidement un tuyau qui souffle de l'oxygène pour empêcher la poussière lunaire de pénétrer dans la cabine Apollo. De leur côté, Conrad et Bean enlèvent leur combinaison dans le LM et les roulent dans des sacs qu'ils remettent à Gordon. Il ne peut s’empêcher de penser : « Mes deux camarades sont probablement, à ce moment-là, les play-boys les plus sales du monde ».

gordon-lem.jpgPuis, le module lunaire est éjecté et, après une ronde de 3 j 16 h 56 mn autour de la Lune, Gordon allume le gros moteur d’Apollo dont la tuyère crache, pendant deux minutes, les gaz de combustion de 4,62 tonnes de propergol. Le vaisseau bondit hors de son orbite en accélérant sa vitesse de 5.840 km/h à 9.162 km/h, pour se diriger vers la Terre. Gordon va résumer son vol d’un titre : « D’une tempête à l’autre » car, constate-t-il, « Nous en avons essuyé deux. La première, pendant le lancement, lorsque la foudre est tombée sur nous ; la seconde concernait notre objectif Surveyor dans l’Océan des tempêtes ».

En mars 1970, Gordon est désigné, pour la troisième fois, doublure du commandant de bord Scott pour la mission Apollo 15. Il doit prendre ensuite la direction du vol Apollo 18 et marcher, à son tour, sur la Lune. Puis arrive cette maudite journée du 2 septembre 1970 où son rêve s’effondre. L'astronaute apprend avec consternation que les expéditions Apollo 18 et 19 sont supprimées. Cependant, à partir de la mi-septembre, il reprend espoir car la communauté scientifique se mobilise et exige que Schmitt embarque à bord d'Apollo 17, la dernière mission. Or, ce géologue de formation fait partie de l’équipage de Gordon. La logique voudrait qu’une équipe déjà constituée, ne soit pas cassée. Il espère donc que son équipage remplacera celui de Cernan prévu sur Apollo 17, d’autant plus que ce dernier commet une grave faute de pilotage en janvier 1971, lors d’un vol sur un hélicoptère qui s’abîme dans une rivière.

Mais Slayton, le Directeur des équipages, lui pardonne et décide que Schmitt fera équipe avec Cernan sur la Lune. Gordon accueille avec amertume cette mauvaise nouvelle. Il refuse la proposition de Slayton qui veut le nommer doublure de Bean, le commandant de Skylab 3 qui doit occuper la station orbitale. Il lui fait part de son intention de quitter le Corps des Astronautes après la mission Apollo 15 de juillet 1971. Le mois suivant, la Nasa annonce officiellement la composition de l’équipage d’Apollo 17, proposée par Slayton. Gordon est affecté au Bureau des Astronautes, comme Chef des programmes avancés, en charge du projet de navette spatiale.

gordon-depart.jpgEn janvier 1972, Gordon quitte l’agence spatiale, à l’âge de 43 ans, pour devenir vice-président exécutif du New Orleans Saints, un célèbre club de football professionnel. Cinq ans plus tard, il occupe le poste de directeur-général d’Energy Developers Limited, une entreprise qui utilise un liquide chimique explosif pour éteindre les puits de pétrole en feu. L’année suivante, Gordon rejoint, comme président, la Resolution Engineering and Development Compagny (REDCO), une société identique à la précédente dans ses objectifs. Il a ainsi l’occasion de travailler avec le fameux Red Adair, le pompier des derricks en feu. Cette entreprise fusionne avec Armaco Resource où Gordon assume d’autres fonctions.

En juin 1978, il se rend à Lyon pour participer, avec d’anciens astronautes et des cosmonautes, au congrès Espace et Civilisation. Trois ans après, il se retire de REDCO pour rentrer, comme directeur, chez Scott Sciences Corporation, une firme consultante en transport spatial, fondée par l’ancien commandant d’Apollo 15. Gordon occupe, ensuite, le poste de vice-président de la Transworld Services Inc, puis celui de président d’Astro Sciences Corporation, une société d’informatique.

En 1984, il sert de conseiller technique aux producteurs de la chaîne de télévision CBS où il tient le rôle de capcom dans la mini-série "Space" de James Michener, adaptée de son roman sur le programme spatial américain, publié en français sous le titre « La course aux étoiles ». Gordon rejoint plus tard, comme président, Space Age American Inc, une entreprise de conseil pour le développement des musées spatiaux et des parcs de loisirs. Il fait partie également du Bureau des directeurs des boy-scouts d’Amérique et assure la fonction de président de la Fondation du cœur.

Publié dans astronautes

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