Valéri Koubassov

Publié le par jijiaile


Le 18° cosmonaute, Valéri N. Koubassov,
est né le 7 janvier 1935 à Viazniki (Terre), au nord-est de Moscou. A la gare fluviale de Severny et grâce à son père, mécanicien dans la Marine, il prend souvent un bateau plat pour se déplacer sur le canal Mosca et rejoindre la majestueuse Volga, le fleuve qui roule ses eaux sur 3 688 kilomètres. Pourtant, Valéri ne veut pas être matelot, ni construire des paquebots.

Après avoir terminé brillamment ses études secondaires, il est admis à l’Institut d’Aviation de Moscou où il étudie pendant six ans. Avec son diplôme d’ingénieur en aéronautique obtenu en 1958, Koubassov entre au Bureau d’études de Korolev, le constructeur en chef des fusées et le patron du programme spatial qui a déjà recruté Feoktistov et Elisseïev, de futurs cosmonautes.

Il est tout d’abord employé au Département Balistique, en charge des trajectoires des vaisseaux spatiaux. Pendant ses loisirs, il rédige des articles sur ce sujet, publiés dans des revues scientifiques. Il travaille ensuite dans l’équipe de conception du Voskhod dirigée par Feoktistov, lequel a le privilège de participer au vol inaugural de cette cabine en octobre 1964.

Dès lors, l’idée de partir à son tour pour le Cosmos est constamment présente dans ses pensées. Koubassov veut tester les instruments qu’il a fabriqués pour les engins habités et vérifier ses calculs sur les orbites, surtout après son entretien avec Korolev, « un tournant dans ma vie » se souvient-il. Le constructeur en chef se dit impressionné par un de ses articles et lui conseille d’adresser sa candidature de cosmonaute. Elle est acceptée, mais il doit attendre la décision ministérielle de former un nouveau groupe de voyageurs de l’Espace.

En mai 1966, Koubassov est sélectionné, à l’âge de 31 ans, dans l’équipe des huit cosmonautes, des ingénieurs civils. D’une nature timide, il est respecté par ses amis et ses collègues qui vont le surnommer « Le Cerveau », en raison de ses vastes connaissances en cosmonautique. C’est un dur travailleur, toujours prêt à aider les autres. Il pratique le ski sur neige et le ski nautique, la pêche et la chasse. Il aime le camping, la photographie et les airs folkloriques qu’il fredonne.

Trois mois après son entrée à la Cité des Etoiles, Koubassov est désigné comme doublure d’Elisseïev, l’un des trois cosmonautes de Soyouz 2 qui doit s’amarrer au Soyouz 1. Les services secrets (KGB) expriment leur réserve sur le choix d’Elisseïev, le fils d’un ancien condamné politique. Kamanine, le directeur des équipages, demande alors à Koubassov d’accélérer sa préparation en vue de son remplacement éventuel. Finalement, Elisseïev est maintenu dans l’équipage de Soyouz 2, mais son lancement est annulé après les très graves problèmes rencontrés par Komarov sur Soyouz 1 qui revient précipitamment pour s’écraser sur Terre, le 24 avril 1967.

Après ce drame et tandis que des modifications sont apportées au Soyouz, Koubassov recommence l’entraînement. Il reste la doublure d’Elisseïev qui, en janvier 1969, sort dans l'Espace pour passer du Soyouz 5 au Soyouz 4. Il va poursuivre également une formation sur les programmes L1 de survol de la Lune et L3 d’atterrissage sur la Lune, ainsi qu’un enseignement sur les sciences techniques, sanctionné par une maîtrise. Il est ensuite nommé pour effectuer une expérience inédite et riche de promesses : la fusion et la soudure de métaux.

koubassov-s6.jpgDu 11 au 16 octobre 1969, Koubassov accomplit sur Soyouz 6 (6,58 tonnes/6,98 mètres), son 1er vol de 4 j 22 h 42 mn autour de la Terre, avec le commandant de bord Chonine. Ils ne demeurent pas longtemps seuls, car les trois cosmonautes de Soyouz 7 et les deux occupants de Soyouz 8 viennent leur tenir compagnie. On comptabilise, pour la première fois, 7 cosmonautes et 3 vaisseaux. Hélas, Koubassov ne va pas pouvoir filmer l’amarrage entre Soyouz 7 et Soyouz 8 qui échoue. Son vaisseau s’approche au plus près à 500 m de chaque engin, car il n’est pas équipé de la pièce de jonction dont la masse a été remplacée par le fourneau Volcan.

Cet appareillage à soudure se trouve dans le compartiment orbital en forme de sphère. Avant de le mettre en marche, Koubassov ferme le sas reliant les deux modules. Depuis la capsule de descente, il actionne la commande de dépressurisation qui vide le compartiment orbital de son atmosphère. Devant un panneau de contrôle, il télécommande à distance la mise en route des expériences. Des alliages de titane, d’aluminium et d’acier sont ainsi découpés, fondus et assemblés. Des soudures à l’arc, à plasma, électronique sont réalisées.

Les opérations terminées, Koubassov re-pressurise le module orbital, ouvre le sas et les deux cosmonautes rentrent dans l’habitacle. Ils aperçoivent alors, avec stupéfaction, un trou dans la paroi et retournent au plus vite dans la capsule de rentrée, puis se dépêchent de refermer le sas. Koubassov comprend rapidement ce qui s’est passé. Au moment de l’expérimentation de la soudure électronique, l’instrument a dirigé son flux d’électrons sur la pièce à souder, puis sur la cloison du compartiment où il a percé un trou avant de s’arrêter de fonctionner. Koubassov, ancien architecte de vaisseaux spatiaux, se remémore le diamètre de la cavité, sa profondeur, la couleur de la paroi dégradée et la pression de l’atmosphère. Il en déduit que l’étanchéité du module n’est pas menacée, car le trou est dans la cloison interne et n’a pas atteint la paroi externe. Rassurés, les deux cosmonautes pénètrent à nouveau dans l’habitacle et ramassent les précieux échantillons de métaux.

Leur étude va permettre d’élaborer la technique de soudure et de montage des futures stations, des plate-formes, des bases lunaires et des bases martiennes. Des structures plus solides, aux configurations diverses pourront être créés et le colmatage de l’enveloppe des vaisseaux, endommagée par les micrométéorites, sera possible. Les cosmonautes ramènent aussi des photographies et des films du territoire soviétique en vue de leur exploitation pour l’économie nationale.

De retour sur Terre, Koubassov est assigné sur le programme de stations orbitales Saliout. Il est désigné comme doublure d’Elisseïev sur Soyouz 10. L’équipage doit séjourner, pour la première fois, dans Saliout 1 et l’équipe suivante, dont il fait partie, va effectuer la deuxième occupation. Mais Soyouz 10 s’amarre incorrectement à la station et les cosmonautes ne peuvent pas y entrer. Koubassov se prépare donc à réaliser cette opération en embarquant sur Soyouz 11, avec Kolodin et Leonov, le commandant de bord.

Le 28 mai 1971, il part pour le cosmodrome de Baïkonour. Cinq jours plus tard, Koubassov est consterné en apprenant que les médecins ont découvert, sur sa radiographie, une tache au poumon droit qui ressemble à un début de tuberculose. Il est remplacé par sa doublure Volkov qui décolle le 4 juin 1971 sur Soyouz 11, avec Patsaïev et Dobrovolsky, suppléants de Kolodin et de Leonov. On craint, en effet, que ces deux derniers aient attrapé cette maladie contagieuse. De plus, le règlement exige la substitution de tout l’équipage, si l’un des membres est interdit de vol, une fois arrivé à Baïkonour.

Koubassov est profondément désolé pour ses deux compagnons. Fort heureusement, des examens plus approfondis révèlent qu’il n’est pas atteint de tuberculose. La marque sombre décelée sur son poumon a pour origine une réaction allergique provoquée par la respiration d’un insecticide utilisé pour le traitement des arbres. Soulagé, Koubassov retrouve, avec joie, Leonov et Kolodin et il attend le retour de Soyouz 11 pour s’envoler sur Soyouz 12.

Son bonheur s’arrête brutalement pour faire place à une immense peine et à un sentiment de culpabilité : c’est un Soyouz transformé en cercueil qui se pose sur Terre, le 30 juin 1971. Les trois cosmonautes ont cessé de vivre après la dépressurisation accidentelle de leur cabine, au début de la rentrée. Après cette tragédie, tous les vols sont suspendus dans l’attente des nouvelles modifications du Soyouz qui va, dans un premier temps, amener deux cosmonautes en scaphandre au lieu de trois en survêtement.

Koubassov continue son entraînement pour rejoindre, avec Leonov, une nouvelle station Saliout. Malheureusement, elle se disloque après l’échec en vol de la fusée Proton, le 29 juillet 1972. Il espère, patiemment, le succès d’un autre lancement. Il intervient le 11 mai 1973, mais la station ne peut pas se maintenir en orbite.

Après ces reports successifs, Chatalov, le directeur des équipages qui a succédé à Kamanine, veut offrir à ces deux hommes malchanceux, une première spatiale. Le 13 mai 1973, Koubassov est nommé, avec Leonov, passager du Soyouz qui doit s’amarrer au vaisseau américain Apollo. Chacun d’eux est sélectionné séparément et chacun demande à faire équipe avec l’autre, sans s’être concertés auparavant. Douze jours après, ils se rendent au Salon du Bourget avec d’autres cosmonautes. Ils rencontrent des astronautes américains dont Stafford, le commandant de bord du futur vol conjoint.

Les deux équipages s’entraînent à plusieurs reprises en Union Soviétique et aux Etats-Unis. Pendant les séances dans les simulateurs de vol, Koubassov va acquérir une réputation de bricoleur adroit, en apportant des solutions aux diverses pannes. Les Américains plaisantent à ce sujet : « Si une pièce casse en orbite, il saura la souder », faisant allusion à ses expériences de soudure dans Soyouz 6.

Du 15 au 21 juillet 1975, Koubassov s’envole sur Soyouz 19 (6,18 tonnes/7,48 mètres) pour sa 2ème mission de 5 j 22 h 30 mn en orbite terrestre, en compagnie de Leonov, le commandant de bord. Sept heures et demie plus tard, c’est au tour de Stafford, Slayton et Brand de partir dans leur cabine Apollo. Pour la deuxième fois en six ans, Koubassov se trouve parmi les 7 hommes à voler en même temps dans l’Espace, car deux autres cosmonautes, Klimouk et Sevastianov, sont dans la station Saliout 4.

Après la mise en orbite, Koubassov doit confirmer sa réputation de « celui qui sait tout réparer ». La caméra principale de télévision est tombée en panne. Elle devait transmettre des images de l’intérieur du module de descente. Son boîtier se trouve derrière un panneau que Koubassov réussit à démonter avec un canif et des ciseaux. Il vérifie les branchements sur le bloc électrique et constate qu’il sont corrects. Il suppose que la défaillance provient du bloc qu’il est impossible d’ouvrir, car il ne possède ni vis, ni boulon. Avec des bandes de la trousse médicale, il va alors relier chacune des trois autres caméras secondaires sur un émetteur qui fait office d’amplificateur. Ainsi, à tour de rôle, une caméra peut fonctionner.

Deux jours après son lancement, Koubassov voit s’amarrer au Soyouz, la cabine Apollo. C’est un grand événement spatial auquel assiste, dans la salle de contrôle de Houston, le Commandant Cousteau, le célèbre océanographe français, admiré par les Américains et passionné d’astronautique. La lune de miel entre les Soviétiques et les Américains commence par des sourires échangés entre Leonov et Stafford, au moment de l’ouverture des écoutilles, alors que le train spatial passe au-dessus de la ville de Metz.

Chaque membre d’équipage visite le vaisseau du voisin et Koubassov passe 4 h 47 mn dans le module d’amarrage et la cabine Apollo. Une fois retourné dans le compartiment orbital du Soyouz, il prépare la soupe aux choux qu’il partage avec Brand, son invité. Mais lorsque le Président américain Ford demande à Koubassov s’il apprécie la gastronomie spatiale, le cosmonaute dresse un constat : « Sans bière, ni fruits de mer, la nourriture est bien meilleure sur Terre ! ».

Les deux équipages mettent en œuvre de nombreuses expériences dont une soviétique relative à la métallurgie, conduite par Koubassov. De petites sphères de tungstène et d’aluminium sont fondues, puis solidifiées afin de vérifier que l’apesanteur supprime bien leurs défauts de structure et d’homogénéité. Ainsi peut être envisagée la production de billes pour les roulements équipant certaines machines terrestres dont le rendement serait hautement amélioré.

Après une jonction d’1 j 19 h 53 mn, Soyouz et Apollo se séparent et naviguent de conserve, éloignés de 50 m pendant une demi-heure. Ils s’amarrent une seconde fois pour une durée de 3 h 54 mn, avant de mettre fin à cette première rencontre au sommet.

Trois mois plus tard, Koubassov et Leonov se rendent aux Etats-Unis pour retrouver, avec plaisir, leurs frères de vol et, en octobre 1976, ils profitent du congrès d’astronautique d’Anahein (Californie) pour se revoir à nouveau. Puis, ils visitent le Centre de construction de Palmdale et montent dans le cockpit de la Navette Enterprise qui va effectuer, l’année suivante, des vols atmosphériques, larguée par un Boeing 747.

En octobre 1977, Koubassov est nommé doublure de Klimouk, le commandant de bord de Soyouz 30 lancé en juin 1978, avec le Polonais Hermaszenski. Il supervise ensuite la sélection de sept nouveaux cosmonautes, des ingénieurs civils comme lui, recrutés en décembre 1978. Il commence aussi à s’entraîner pour l’expédition soviéto-hongroise, tout en faisant partie de la direction du vol Soyouz 32 dont l’équipage part occuper la station Saliout 6. C’est en avril 1979 qu’il apprend que sa mission prévue en juin, est retardée. Le système des moteurs doit être revu après la défaillance de Soyouz 33 qui n’a pas pu s’approcher de Saliout 6.

Du 26 mai au 3 juin 1980, Koubassov part sur Soyouz 36 (6,55 tonnes/6,98 mètres) pour son 3° et dernier vol d’une durée de 7 j 20 h 45 mn, en tant que commandant de bord et en compagnie du Hongrois Farkas. Le lendemain, il amarre son vaisseau à Saliout 6 où séjournent Popov et Rioumine, depuis le mois précédent. Koubassov est satisfait de pouvoir enfin rester quelques jours dans une station qu’il aurait du occuper dix ans plus tôt. Les cosmonautes réalisent diverses expérimentations dont l’étude de l’influence favorable de l’environnement spatial sur une culture de leucocytes humains pour la production d’interféron, une protéine anti-virale supposée guérir le cancer.

Pour la rentrée, Koubassov et son compagnon empruntent le Soyouz 35 avec lequel l’équipage de longue durée, est arrivé. Après le déploiement du parachute principal et l’éjection du bouclier thermique, les deux cosmonautes attendent la mise à feu des quatre rétrofusées à poudre. Mais l’altimètre n’envoie pas le signal d’allumage et le Soyouz atterrit brutalement, à une vitesse de 6 m/s. Les deux hommes supportent le choc en partie atténué par les amortisseurs des sièges.

De retour à la Cité des Etoiles, Farkas libère son appartement destiné maintenant à Jean-Loup Chrétien et à Patrick Baudry qui arrivent le 6 septembre 1980 pour se préparer à la première mission spatiale française à destination de Saliout 7. Koubassov est un de ceux qui vont entraîner nos spationautes. Il travaille ensuite sur le développement de la station Mir. En juillet 1985, Koubassov et Leonov s'envolent vers les Usa afin de célébrer le 10° anniversaire de leur mariage spatial avec Stafford, Slayton et Brand.

En 1987, Koubassov est détaché dans l’entreprise industrielle RKK Energiya, comme ingénieur principal. Il est désigné à la direction du Département chargé des systèmes de support de vie pour les vols de longue durée. Il crée un appareillage qui transforme l’urine en eau pure pour la toilette et la boisson, en oxygène pour l’atmosphère de la station et en hydrogène pour le fonctionnement de certains de ses moteurs. Ce prototype, embarqué à bord du module Kvant 2 amarré en novembre 1989 à la station Mir, va donner entière satisfaction.

En novembre 1993, Koubassov quitte l’agence spatiale, à l’âge de 58 ans. Il reste chez Energiya pour participer à la conception des modules 1 (Zarya) et 3 (Zvezda) de la station internationale ISS. Il se réjouit de voir la reprise de la coopération entre la Russie et les Etats-Unis, vingt ans après son vol Apollo-Soyouz. Neuf amarrages des Navettes à la station Mir sont effectués entre juin 1995 et juin 1998, avec des séjours prolongés d’astronautes à son bord. En décembre 2000, il est heureux d’assister à une troisième étape : le début de l’occupation permanente de l’ISS par des équipages russo-américains.

Publié dans cosmonautes

Commenter cet article