Anatoli Filiptchenko

Publié le par jijiaile


Le 19° cosmonaute, Anatoli V. Filiptchenko
, est né le 26 février 1928 à Davydovka (Terre) près de Voronej où il passe une enfance heureuse jusqu’à l’âge de 13 ans. En 1941, les troupes allemandes envahissent le tranquille village qu’Anatoli est contraint de quitter avec toute sa famille. Il vit et travaille alors dans une exploitation agricole sous la domination des nazis. Durant les deux années suivantes, l’occupant va être chassé progressivement de la région de Voronej par l’armée soviétique. Anatoli peut reprendre sa scolarité qu’il est obligé d’interrompre une seconde fois, car son père ne peut plus exercer, provisoirement, un métier. Pour assurer l’existence matérielle de ses parents, Anatoli s’engage, en 1943, comme tourneur dans une usine de réparation de moteurs, située à Ostrogozhsk.

Passionné par l’aéronautique, Filiptchenko rentre, l’année d'après, à l’école d’apprentissage de l’Armée de l’Air de Voronej où il est termine enfin ses études et apprend à voler. En 1947, il rejoint l’école d’Aviation militaire de Tchougouïev. Il s’applique tellement bien à dompter les avions UT-2, Yak-18, Yak-11 et La-19 qu’il reçoit, en 1950, son diplôme de pilote de chasse avec mention. Ses affectations vont l’amener à Leningrad, en Roumanie et dans d’autres pays de l’Est. Le jour, Filiptchenko escalade le ciel aux commandes des rugissants Mig-15 et Yak-25, en tant que pilote et instructeur de vol. Le soir, il suit des cours par correspondance sur la navigation aérienne qu’il adresse aux professeurs de l’Académie militaire du Drapeau Rouge de Morino. Diplômé en aéronautique, il va assurer, à partir de 1960, les fonctions d’inspecteur de l’Armée de l’Air dans le district d’Odessa.

En janvier 1963, Filiptchenko entre, à l’âge de 35 ans, dans la 2ème équipe des quinze cosmonautes. Connu sous le nom de « Filip », il cache une volonté de fer sous une apparence de nonchalant. Modeste et facile à vivre, il aime les longues excursions en voiture, la chasse, la pêche et la plongée sous-marine.

Après une formation de deux ans pendant laquelle il est aussi instructeur-parachutiste, Filiptchenko est assigné, en juin 1965, sur le projet de navette orbitale Spirale. Occupée par un pilote et satellisée par un étage-fusée largué par un avion de transport supersonique, l’engin spatial de 10 tonnes doit effectuer des missions d’espionnage et d’inspection de satellites. Pour se préparer, Filiptchenko vole sur des Mig-17 et des Mig-21, puis il rentre, en 1967, à l’école des pilotes d’essai de Chkalov où il s’entraîne sur des intercepteurs de tous types. Sa déception est grande lorsque le ministère de la Défense abandonne le projet.

Filiptchenko rejoint alors, en juin 1968, ses collègues qui se familiarisent au pilotage du Soyouz. Il est nommé doublure de Chatalov pour le vol Soyouz 4 de janvier 1969. Il est ensuite associé, deux mois plus tard, aux missions programmées pour la préparation du programme de stations orbitales Saliout. Sous la surveillance de Soyouz 6, le vaisseau Soyouz 8 doit s’amarrer à Soyouz 7, puis un membre de chaque vaisseau doit échanger sa place. Le but est de répéter l’accostage d’une cabine à une station déjà occupée, ainsi que la relève d’un membre de l’équipage.

Du 12 au 17 octobre 1969, Filiptchenko réalise sur Soyouz 7 (6,57 tonnes/6,98 mètres) son 1er vol de 4 j 22 h 40 mn autour de la Terre, comme commandant de bord, en compagnie de Volkov et de Gorbatko. Le Soyouz 6 de Chonine et de Koubassov est lancé le 11, tandis que le Soyouz 8 de Chatalov et d’Elisseev part le 13. Pour la première fois, trois vaisseaux se trouvent en même temps dans l’Espace, avec un nombre record de 7 cosmonautes. Suite à une panne du système Igla de rendez-vous automatique de Soyouz 8, Filiptchenko et ses coéquipiers sont désolés de ne pas voir grossir le Soyouz 8. Malgré les quatre tentatives de Chatalov, sa cabine ne peut s’approcher qu’entre 1,7 km et 500 m de Soyouz 7, rendant impossible l’amarrage. Soyouz 6 prend également pour cible Soyouz 7 à trois reprises, mais il est dépourvu de pièce de jonction.

Cet échec n’empêche pas Filiptchenko et ses coéquipiers d’accomplir le programme d’observation de la Terre. Ils photographient le développement des cyclones et les mouvements des fronts de tempêtes, la mer Caspienne et les régions renfermant des minerais.

Alors que Soyouz 7 est encore en orbite, un des trois hommes met sous tension, accidentellement, le système de parachutage. Les contrôleurs craignent que la séquence d’ouverture automatique des parachutes ne puisse avoir lieu, si le système reste activé plus d’une journée. Filiptchenko et ses compagnons vont alors tout faire pour ne prendre aucun retard dans les préparatifs du retour qui intervient, heureusement, à l’heure prévue.

Filiptchenko est ensuite désigné commandant du premier Soyouz qui doit s’amarrer à un second véhicule en utilisant le nouveau radar Kontakt du futur vaisseau d’atterrissage lunaire. La mission est prévue pour le mois d’août 1970, mais elle est reportée pour des raisons techniques. En attendant, il est nommé comme doublure du commandant de bord Nikolaïev pour le vol de longue durée Soyouz 9 de juin 1970. Il reprend ensuite son entraînement pour la mission Kontakt envisagée maintenant pour la fin de 1971. Elle est définitivement annulée à cause des graves problèmes rencontrés dans le développement du radar et du lanceur géant lunaire N1. Le projet L3 d’atterrissage sur la Lune est finalement abandonné après que les Américains aient décidé d’interrompre leurs expéditions Apollo.

Filiptchenko espère avoir une chance de s’envoler à nouveau pour le Cosmos après sa nouvelle affectation sur le programme de stations orbitales Saliout. Cette nouvelle étape commence tragiquement avec la mort, en juin 1971, de son ancien coéquipier Volkov, au moment du retour de Soyouz 11. Par la suite, Filiptchenko est désigné commandant du deuxième équipage qui doit occuper une nouvelle station. Malheureusement, le lanceur du Saliout échoue le 29 juillet 1972. Une seconde tentative intervient le 11 mai 1973, mais la station perd son contrôle et ne peut rester en orbite.

Filiptchenko est alors transféré sur le programme américano-soviétique Apollo-Soyouz (ASTP). Il est nommé commandant d’un vol préparatoire à cette mission, doublure du commandant Leonov pour le vol ASTP et commandant du vol de substitution si l’équipage principal est obligé de revenir sur Terre, en raison d’un retard de plus de 48 heures dans le lancement de la cabine Apollo. Filiptchenko va ainsi devoir s’acquitter, avec son coéquipier Roukavichnikov, d’une charge de travail considérable sur une période de deux ans à peine.

Aussi, c’est avec plaisir qu’il accepte une permission de détente en partant pour le Salon du Bourget, en compagnie d’autres cosmonautes. Il fait la connaissance de Stafford, le commandant du vaisseau Apollo qu’il va rencontrer régulièrement, soit au Centre spatial de Houston, soit à la Cité des étoiles de Moscou. Filiptchenko profite de son séjour en France pour visiter, le 4 juin 1973, en compagnie d’Elisseev, le musée de Sainte-Mère-Eglise dédié au parachutage américain pendant la seconde guerre mondiale. Ils sont reçus ensuite à l’hôtel de ville, puis ils parcourent la verte Normandie au doux crachin.

De retour dans son pays, Filiptchenko débute son entraînement et il étudie le planning des trois missions de préparation au vol ASTP. Elles doivent permettre la mise au point du matériel et rassurer les Américains sur la fiabilité du Soyouz qui a connu des ennuis par le passé. Un vol inhabité du Soyouz est prévu, suivi de la mission commandée par Filiptchenko et de celle dirigée par Djanibekov.

Le 3 avril 1974, Cosmos 638 est mis sur orbite. Il est équipé de la pièce d’amarrage d’ASTP et de panneaux solaires agrandis pour augmenter la puissance électrique. Il expérimente le nouveau système de support vie pour accueillir les astronautes américains. Le vol se termine au bout de dix jours par le mauvais fonctionnement d’une valve d’évacuation de l’atmosphère du module orbital. Cela perturbe la séparation de la capsule qui effectue une rentrée balistique dans l’atmosphère, au lieu d’un retour contrôlé. Les responsables décident alors de recommencer ce vol en automatique, après avoir apporté les modifications nécessaires. Ils retardent la mission de Filiptchenko et annulent celle de Djanibekov.

Filiptchenko voit ainsi son vol reporté à décembre 1974. Il estime que ce retard de quatre mois sera difficile à combler pour sa formation comme doublure de Leonov. Il n’aura que sept mois devant lui pour se consacrer entièrement à la préparation du vol commun de juillet 1975. Lui et son coéquipier proposent donc de céder leur place à Djanibekov et Andreiev qui viennent de perdre une occasion de voler pour la première fois. Leur demande est rejetée.

Du 12 au 18 août 1974, Cosmos 672 refait le programme de Cosmos 638, à la perfection. Mais Filiptchenko voit ce succès gâché par le retour précipité, dix jours après, de l’équipage de Soyouz 15 qui n’a pas pu rejoindre la station Saliout 3, en raison du disfonctionnement des moteurs de la cabine. Certains politiques américains demandent alors s’il est judicieux de poursuivre la collaboration avec l’Union Soviétique qui utilise un vaisseau dont l’occupation pourrait mettre en péril la vie des astronautes américains. La Nasa se veut rassurante quant à la capacité de l’URSS de remédier à ce problème. Après ces évènements, Filiptchenko et son coéquipier sentent encore davantage de responsabilité peser sur leurs épaules. Il faut absolument que le partenaire américain ne soit pas déçu par leur mission.

Du 2 au 8 décembre 1974, Filiptchenko accomplit sur Soyouz 16 (6,68 tonnes/7,13 mètres) son 2ème et dernier vol de 5 j 22 h 23 mn autour de la Terre, avec Roukavichnikov. C’est un vaisseau identique à celui du vol conjoint avec, en supplément, un modèle du collier d’amarrage semblable à celui équipant le module de transfert fixé sur le nez de la cabine Apollo. Grâce à un système de ressorts, cet anneau va s’éloigner de plusieurs centimètres de l’anneau soviétique, puis revenir s’emboîter sur lui, avant que les loquets de chaque collier se referment. Puis, les verrous vont s’ouvrir pour que l’anneau américain s’écarte à nouveau. Ces manœuvres sont répétées et surveillées par Filiptchenko et son coéquipier, grâce à une caméra de télévision extérieure qui filme les pièces d’amarrage éclairées par un projecteur. Les cosmonautes démontrent également qu’il est possible de diminuer de 2 h à 1 h, le temps de transfert entre le Soyouz et Apollo, en réduisant la pression des gaz qui composent l’atmosphère de la cabine soviétique. Les deux hommes expérimentent aussi le système de liaison international et photographient des régions de l’Union Soviétique pour recueillir des renseignements utiles à la vie économique.

De retour de leur mission, en tout point parfaite, Filiptchenko et son coéquipier partagent leur expérience avec leurs collègues soviétiques et américains qui se préparent à partir dans sept mois. Ils suivent intensément l’entraînement de Leonov et de Koubassov dont ils sont les éventuels remplaçants. En juillet 1975, les deux puissances spatiales attachent, avec succès, leur voiture de première classe pour former le train spatial Apollo-Soyouz.

Le vol conjoint terminé, Filiptchenko va assurer les communications avec les équipages de Soyouz 22 et de Soyouz 31 en orbite, puis il devient directeur de l’entraînement des cosmonautes et préside la Fédération de la cosmonautique pendant trois ans.

En janvier 1982, Filiptchenko quitte le Corps des Cosmonautes, à l’âge de 54 ans, pour occuper un poste de direction à l’Institut de recherche Pilyugin et pour entreprendre de nouvelles études. En 1987, il obtient ainsi une licence en sciences, à 59 ans, avant de quitter l'Institut, six ans plus tard.

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