Donn Eisele

Publié le par jijiaile


Le 20° astronaute, Donn Eisele
, est né le 23 juin 1930 à Columbus (Terre) dans l’Etat de l’Ohio qu’un explorateur des espaces terrestres, Cavelier de La Salle, a découvert en 1670 et qui fut administré, pendant près d'un siècle, par des Français du Canada.

Amoureux des animaux, Donn passe une grande partie de ses vacances scolaires comme gardien de zoo, sans envisager pour autant de devenir dompteur ou vétérinaire. A 18 ans, il réussit brillamment son examen d’entrée à l’Académie Navale d’Annapolis, alors que d’autres, munis d’une lettre de recommandation, en sont dispensés. eisele-2.jpgIl quitte cette institution en 1952, avec sa licence en sciences. Il préfère alors naviguer dans les cieux, plutôt que de voguer sur les eaux. Il s’engage donc dans l’Armée de l’air.

Eisele entreprend une formation de pilote au Texas, en Arizona et à la base aérienne de Tyndall en Floride où il rencontre Stafford, un futur astronaute. En 1954, il est affecté pour quatre années à Ellsworth, en tant que pilote-intercepteur. Très attiré par les techniques spatiales, il est admis ensuite à l’Institut de Technologie de Wright-Patterson qui lui décerne sa maîtrise en astronautique en 1960. En qualité d’ingénieur, il reste dans cet établissement pour travailler sur le moteur-fusée.

C'est en 1961 qu'Eisele est reçu à l’Ecole des pilotes d’essai d’Edwards où il retrouve son ami Stafford. Il devient instructeur, puis il est muté à la base de Kirtland, comme ingénieur de projet et pilote d’essai. En juin 1963, il apprend que la Nasa cherche de nouveaux astronautes. Il se met en rapport avec Stafford recruté neuf mois plus tôt et il lui fait part de son intention de le rejoindre. Ce dernier le patronne auprès des astronautes Slayton et Shepard, membres du jury de sélection. Mais leur appui n’est pas nécessaire, étant donné l’excellence des résultats du candidat.

En octobre 1963, Eisele rentre, à l’âge de 33 ans, dans la 3ème équipe des quatorze astronautes. Il est d’un caractère conciliant, avec un comportement empreint de bonnes manières. Il possède aussi un don d’imitateur qui réjouit tous ses collègues.

Affecté sur le programme Apollo, Eisele est pressenti pour participer au premier vol de la cabine lunaire, avec Grissom et Chaffee. Dans le cadre de son entraînement, il effectue, avant la Noël 1965, des vols paraboliques à bord d’un avion KC-135. A l’issue d’une phase de chute libre créant une impesanteur d’une vingtaine de secondes, il se luxe l’épaule. La gêne et la douleur s’aggravent brusquement après une partie de hand-ball. Eisele doit alors subir une intervention chirurgicale en janvier 1966.

Deux mois plus tard, Eisele prend connaissance de la composition officielle de l’équipage d’Apollo 1. Il est remplacé par White qui devait voler sur Apollo 2 ! Sa déception est si grande qu’il se rend, un soir, au domicile de Stafford pour verser quelques larmes sur l’épaule de son ami, comme un sportif qui vient de perdre sa qualification pour les Jeux Olympiques. Il le console en l’assurant qu’il aura une autre chance d’être désigné sur une prochaine expédition, lorsque sa convalescence sera terminée.

Effectivement, en septembre 1966, Slayton, le Directeur des équipages, le nomme pilote de la cabine Apollo 2. Mais son contentement ne dure que deux mois, car ce vol est annulé, la Nasa jugeant finalement inutile une répétition de la première mission. Désappointé, Eisele se retrouve comme doublure de White sur Apollo 1.

Le 26 janvier 1967, au Centre spatial Kennedy, il réalise, avec Schirra et Cunningham, des essais à bord de la cabine remplie d’une atmosphère azote-oxygène. Le jour suivant, c’est au tour de l’équipage principal de prendre place dans l’habitacle. Un court-circuit déclenche alors l’enfer dans l’atmosphère composée, cette fois-ci, d’oxygène pur pour simuler les conditions réelles de vol. En huit secondes et demie, les malheureux Grissom, White et Chaffee meurent asphyxiés par les gaz et les poussières toxiques des matériaux en combustion.

En mai 1967, Eisele est ainsi désigné pilote de la première cabine Apollo qui va être transformée après le tragique incendie dans lequel il aurait du périr. Le trio, chargé d’apprivoiser le nouveau vaisseau lunaire, s’appelle « 3 W » : Wally (Walter Schirra), Walter (Walter Cunningham) et Whatisname (Donn Eisele). Comme beaucoup de personnes ont du mal à prononcer correctement son patronyme, ses collègues ont baptisé Eisele « Quel est son nom ».

Du 11 au 22 octobre 1968, Eisele effectue son unique mission de 10 j 20 h 09 mn autour de la Terre, sur Apollo 7 (14,67 tonnes/11,14 mètres) avec Cunningham et Schirra, le commandant de bord. Près de trois heures après la mise en orbite, Eisele détache la cabine du 2° étage S-IVB, s’éloigne de 15 m, puis fait un demi-tour pour s’approcher à 1,20 m de lui. Il répète la manœuvre qui précède l’extraction du module lunaire (LM) fixé sur l’étage-fusée. Les astronautes constatent alors qu’une des quatre pétales de 6,60 m de long qui protègeront le LM, n’est ouvert qu’à 25° au lieu des 45°. A l'avenir, ces panneaux seront éjectés pour que l’amarrage ait lieu sans problème. Le vol en formation avec le S-IVB dure 15 mn au lieu des 40 mn prévues, en raison d’une dépense excessive de combustible.

Le lendemain, après une poursuite de 160 km, Eisele réalise un rendez-vous avec l’étage-fusée pour simuler un sauvetage : la jonction, en orbite lunaire basse, de la cabine Apollo et de l’étage supérieur du LM incapable de remonter sur une orbite haute pour rejoindre le vaisseau-mère. La manœuvre intervient grâce aux deux premières des huit mises à feu du SPS de 9,3 tonnes de poussée effectuées au cours de la mission. Surpris par la puissance du moteur principal, Eisele lâche un commentaire imagé : « Un vrai coup de pied dans le derrière ! ». Pendant l’opération, Apollo ne peut rester qu’à 21 mètres du S-IVB de 17,80 m de long qui culbute dangereusement. Le vol de conserve prend fin vingt minutes plus tard au lieu de la demi-heure souhaitée, toujours à cause d’une consommation trop importante de carburant.

Après Schirra et avant Cunningham, Eisele attrape un gros rhume de cerveau. Le responsable principal est le système de climatisation dont un des radiateurs est tombé en panne, entraînant une baisse de la température. Leur état de santé et le très lourd plan de vol sans cesse modifié par les contrôleurs, provoquent la mauvaise humeur des astronautes. Si Schirra est le plus contestataire, Eisele, d’ordinaire si courtois, a son mot à dire sur un exercice qu’il doit exécuter : « J’aimerais avoir une conversation avec l’homme - si c’est le mot - qui a demandé cette procédure particulièrement stupide ! ». Plus tard, il refuse de remettre le harnais porteur des électrodes qui enregistrent les battements de son cœur, car il juge ce système mal adapté.

Kraft, un des responsables du Centre spatial de Houston et le Chef des opérations en vol, est indigné par l’attitude des astronautes. Il demande à Slayton, le Directeur des équipages, Shepard, le Chef du Bureau des astronautes et Stafford, la doublure de Schirra, d’intervenir pour mettre fin à cette mutinerie. Mais aucun d’entre eux ne veut prendre le risque d’aggraver la situation. Kraft annonce à son entourage que ces astronautes ne revoleront plus (Avant son départ, Schirra a déjà fait savoir qu’Apollo 7 est sa dernière mission).

L’autorité pesante du vétéran Schirra sur ses jeunes coéquipiers se trouve aussi, un instant, ébranlée. Il s’énerve sur la durée d’un test de navigation en train d’être réalisé par Eisele. Ce dernier se redresse alors sur son siège et, en regardant son commandant, il lui dit : « Juste une fichue minute, Monsieur Schirra ! ».
Tout au long du vol, Eisele va très peu dormir. Il est toujours de veille lorsque ses deux compagnons sont assoupis, mais quand vient son tour, son sommeil est fréquemment interrompu par le bruit des activités de ses deux collègues et par les chuchotements de Schirra, d’un naturel bavard. Eisele est, quant à lui, plus respectueux du repos des autres. Ainsi, lorsque intervient une panne de courant, il va chercher et trouver, en silence, la cause. Pour remédier au mauvais fonctionnement de la climatisation, les astronautes avaient branché tous les ventilateurs en même temps. Eisele répare alors, avec succès, le circuit électrique endommagé, en prenant soin de ne pas réveiller ses deux camarades.

Mis à part les tests concluants sur le fonctionnement des divers moteurs et de l’appareillage de bord, l’équipage photographie remarquablement bien et de façon intensive la surface de la Terre. Les astronautes mettent au point les techniques de prise de vues du prochain programme des satellites d’applications terrestres Erts et celui de la future station habitée Skylab. C’est au cours de la sixième émission télévisée qu’Eisele peut enfin apparaître devant la caméra pour commenter les images. Il s’explique : « On ne m’a pas montré souvent, car il fallait bien quelqu’un qui actionne les pédales pour que la machine marche ! ».

Lors de l’amerrissage, une méchante vague et le vent dans les trois parachutes de 25 m de diamètre provoquent le basculement de la cabine Apollo. Pris d’une nausée, Eisele doit attendre treize minutes avant que le gonflement des trois ballons de flottaison redresse la capsule. Il déboucle alors les sangles de sa couchette et se dirige vers la baie des équipements pour sortir l’antenne radio qui émet un signal capté par l’hélicoptère de récupération.

Low, le Directeur du programme Apollo à Houston, va résumer le vol d‘une phrase : « Cette mission a atteint 101 % des objectifs que nous nous étions fixés au départ ». Le 1 % supplémentaire concerne la réalisation d’expériences non prévues à l’origine. L’équipage d’Apollo 8 peut donc partir passer les fêtes de Noël 1968 autour de la Lune.

En novembre 1968 et suite à une disposition arrêtée six mois plus tôt, Eisele est nommé doublure de Young, le pilote de la cabine Apollo 10 pour la mission en orbite lunaire de mai 1969. Mais, pour une sélection dans un équipage principal, Eisele s’inquiète sérieusement, car il a appris que Kraft éprouve du ressentiment à l’égard des astronautes indisciplinés d’Apollo 7. Ses craintes sont fondées. En juin 1969, il n’est pas désigné par Slayton comme pilote de la cabine dans l’équipage d’Apollo 13 qui deviendra celui d’Apollo 14. C’est Roosa qui est choisi. Le Directeur des équipages est, en effet, persuadé que Kraft aurait refusé sa nomination à cause de sa conduite sur Apollo 7 et de son prochain divorce, très mal vu à l’époque.

Eisele est accablé par cette décision qui lui interdit définitivement de survoler les mers et les cratères lunaires aux commandes de sa cabine. Il est alors transféré sur le programme Apollo Applications pour une mission dans la station orbitale Skylab prévue dans quatre ans, le temps que s’effacent les griefs contre lui. Cependant, Slayton et Stafford, devenu Chef du Bureau des astronautes, sont soucieux en constatant qu’Eisele, remarié, délaisse de plus en plus souvent son entraînement. Ils lui demandent de se ressaisir, mais Eisele éprouve un sentiment de désenchantement pour son nouveau travail moins excitant que celui sur Apollo. Philipps, le Directeur-général du programme lunaire à Washington, prend Eisele en sympathie et lui propose, par l’intermédiaire de Stafford, un autre poste à la Nasa qu’il accepte.

Eisele démissionne du Corps des Astronautes en juin 1970 et il rentre, comme Assistant Technique pour les vols habités, au Centre de recherches de Langley, connu pour ses importantes recherches sur la dynamique, la stabilité, la navigation et la rentrée des capsules dans l’atmosphère. Deux ans plus tard, il décide de s’engager dans l’humanitaire.

En juillet 1972, Eisele quitte la Nasa et part en Thaïlande agitée par une grave crise économique, sociale et politique. En tant que Directeur de l’U.S. Peace Corps, il s’occupe de l’aide américaine avec un dévouement sans borne. Pendant cinq ans, il se charge de l’approvisionnement alimentaire et il supervise les travaux de construction d’écoles et d’hôpitaux. Ses qualités de gestionnaire avisé vont le servir dans la suite de sa carrière.

En 1977, il retourne aux Etats-Unis pour prendre les fonctions de Directeur des ventes de la Marion Power Shovel Compagny, spécialisée notamment dans la fabrication d’engins d’exploitation minière. En juin 1978, Eisele participe au Congrès Espace et Civilisation de Lyon, avec d’anciens astronautes et des cosmonautes. L’année suivante, il devient Vice-président de la compagnie aérienne Trans Carib Air et, en mars 1981, il dirige le Service comptabilité des particuliers et des entreprises, clients de la société d’investissements Oppenheimer and Compagny. Il crée aussi sa propre firme de consultants, la Space Age America.

Le 1er décembre 1987, Eisele est retrouvé inanimé dans sa chambre d’hôtel à Tokyo, terrassé par une crise cardiaque, à l’âge de 57 ans. En qualité de consultant technique, il était venu annoncer, avec ses anciens collègues Slayton et Shepard, l’ouverture d’un « Space camp » pour les enfants japonais, parrainé par le Centre Marshall de la Nasa.

Publié dans astronautes

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