Andrian Nikolaïev

Publié le par jijiaile


Le 3° cosmonaute, Andrian G. Nikolaïev,
est né le 5 septembre 1929 à Shorshely (Terre). Il s’inscrit dans une école de formation de médecins, puis la quitte pour entrer dans un centre technique de sylviculture, influencé par son frère aîné qui travaille sur le déboisement. Nikolaïev devient garde-forestier et bûcheron dans des forêts de bouleaux et de sapins. En 1950, il fait son service militaire et saisit cette opportunité pour s’engager dans l’Armée de l’Air. Il suit des cours à l’école d’aviation de Chernigov et à celle de Frunze d’où il sort en 1954, diplômé en aéronautique.

Nikolaïev sert d’abord en tant que mitrailleur à bord d’avions, puis comme opérateur radio dans les équipages des bombardiers Tu-2. Il est affecté ensuite dans le district de Moscou, aux commandes d’avions de chasse. Lors d’un vol en 1956, le moteur de son Mig s’arrête et toutes les tentatives échouent pour le réallumer. Nikolaïev ne veut pas abandonner son appareil et il réussit à atterrir sans casse dans un champ de seigle, à la surprise générale. Il reçoit ce jour-là, le surnom de M. Sang-froid.

En mars 1960, Nikolaïev est admis à l’âge de 31 ans dans le 1er Corps de Cosmonautes. Il est réservé, calme, taciturne et il cause peu. Lorsqu'il parle tout le monde est attentif, car les phrases qu’il prononce sont longuement réfléchies. En mars 1962, on voit le premier célibataire de l’Espace porter une valise dans une chambre de la Cité des Etoiles qui va être occupée par Valentina Tereshkova.

Du 11 au 15 août 1962, Nikolaïev effectue un 1er vol record de 3 j 22 h 22 mn autour de la Terre, à bord de Vostok 3 (4,72 tonnes/4,40 mètres). 

Il est baptisé le " jumeau " du Cosmos, car le lendemain Popovitch, le deuxième " jumeau ", s’approche à 4,8 km de lui, dans Vostok 4. C’est la première fois que deux vaisseaux se trouvent en même temps sur orbite.

Le 13 août, la décision est prise de prolonger d’une journée le vol de Nikolaïev malgré l’opposition de Kamanine, le Chef des équipages des Cosmonautes. La température à l’intérieur de la cabine est en effet tombée de 27° C à 13° C.
En novembre 1963, Nikolaïev se marie avec Valentina Tereshkova devenue en juin la première femme de l’Espace. Elle met au monde en juin 1964 une fille, Alyona. Nikolaïev succède en 1966 et pour quatre ans, à Gagarine en tant que Directeur du Corps des Cosmonautes. En 1968, il obtient son diplôme d’ingénieur aéronautique de l’Académie Joukovski, mais il échoue à l’examen de sélection de l’équipage de Soyouz 8.

Désigné ensuite comme commandant de la mission Soyouz 9 et à six mois du lancement, Nikolaïev se fait surprendre par Kamanine, en train de fumer une cigarette à Baïkonour, le centre de lancement. Il récidive six jours avant le départ de Soyouz 9 et Kamanine furieux, l’aurait exclu du vol si le décollage n’avait pas été si proche. L’avant-veille du tir, Nikolaïev part à la pêche où il attrape un brochet qui lui mord un doigt. Enflé et douloureux, le doigt redevient heureusement normal après une légère intervention pratiquée par un médecin.

Du 1er au 19 juin 1970, Nikolaïev, en compagnie de Sevastianov, accomplit un 2° et dernier vol record de 17 j 16 h 58 mn autour de la Terre, à bord de Soyouz 9 (6,50 tonnes/6,98 mètres). Le départ a lieu au moment où Armstrong visite la Cité des étoiles près de Moscou. Sur un téléviseur, le premier homme sur la Lune voit décoller Nikolaïev et son camarade. Après avoir reçu un message de félicitations de l'astronaute américain, les deux cosmonautes lui adressent leurs remerciements. Au début de la mission, les panneaux solaires du vaisseau produisent trop d’électricité et le système pour réguler le trop-plein vers les batteries, ne fonctionne pas. On décide alors de faire tournoyer le Soyouz pour diminuer l’exposition des panneaux au soleil. Mais cela a pour conséquence de vider les batteries. Nikolaïev et son coéquipier sont donc obligés de se lever deux heures avant la fin de chaque période de sommeil, pour les recharger en dirigeant les panneaux vers le soleil pendant un certain temps.

On craint alors que le vol ne se termine, mais le système de régulation remarche correctement au bout de huit jours. Nikolaïev et son coéquipier réalisent des études médicales et biologiques, des exercices de navigation et ils mettent au point les méthodes d'utilisation des futures stations Saliout. A la différence des clichés pris par les satellites automatiques, les cosmonautes peuvent repérer ce qui mérite d’être photographié. Ils prennent ainsi un millier de photos du territoire soviétique et des eaux qui le bordent. Elles vont permettre aux spécialistes de différencier les types de roches et de sols, de localiser les bancs de poissons et de chiffrer les réserves de bois par le relevé photographique de l’étendue des forêts. A partir des clichés des surfaces enneigées des montagnes de l’Asie centrale, les hydrologistes peuvent évaluer la quantité d’eau dont disposeront les agriculteurs pour irriguer leurs terrains durant la saison sèche avec, pour conséquence, une estimation des récoltes à venir.

Mais entre ce programme d’observation, les expérimentations scientifiques, l’enregistrement des résultats et les travaux de maintenance, Nikolaïev et son coéquipier n’ont pas le temps d’effectuer la totalité des deux heures d’exercices physiques par jour. C’est pourquoi les médecins les réprimandent régulièrement. Ils redoutent, en effet, que leur retour sur Terre soit difficile.

Car, en apesanteur, le squelette n’a plus à soutenir le poids du corps et les muscles n’ont plus d’efforts à faire. Ils fondent et l’organisme se décalcifie, malgré une nourriture riche en calcium. Dans le module orbital du vaisseau Soyouz, les deux cosmonautes ont donc à leur disposition des extenseurs pour faire travailler les muscles des bras et de la poitrine. Ils doivent aussi marcher sur place en tapant des pieds pour imiter la force de gravité sur les os des jambes et sur le système circulatoire. Ils sont obligés de porter un vêtement spécial composé de bandes de caoutchouc qui stimulent la musculature.

Dès le 13 juin, l’activité de Nikolaïev et celle de son collègue déclinent. Ils boivent peu d’eau et leur consommation d’oxygène diminue. Ils deviennent irritables lors de leurs communications avec le centre de contrôle. La décision est alors prise de réduire le volume des expériences à réaliser et d’augmenter la période de repos. Le 15 juin, ils dorment si profondément que les techniciens mettent trois minutes avant de pouvoir les sortir du sommeil.

Cette journée du 15 juin est aussi une date importante dans les annales du vol habité. Les deux Soviétiques battent le record du vol de 13 j 18 h 35 mn des Américains Borman et Lovell. Très sportivement, ces derniers leur envoient le télégramme suivant : « Nous vous souhaitons le succès dans la poursuite de votre importante mission et un retour sains et saufs sur la Terre. Votre prouesse est une nouvelle preuve de l’aptitude de l’homme à vivre et à travailler dans l’espace pendant une période prolongée. »

La mission se termine quatre jours plus tard, mais Nikolaïev et son camarade n’apprécient pas ces retrouvailles avec la Terre patrie. Les nouveaux recordmen du vol spatial qui a duré 17 j 16 h 59 mn, sont incapables de se lever de leur siège et l’équipe de récupération les aide à sortir par l’écoutille. Une fois debout, ils marchent difficilement bien que soutenus par les épaules. La réadaptation à la vie terrestre va alors être pénible. Pendant les deux premières journées, Nikolaïev et Sevastianov ont du mal à se tenir verticalement. Ils doivent réapprendre à marcher, car leurs jambes s’écartent l’une de l’autre et ils tendent machinalement les bras à l'horizontale pour conserver leur équilibre. Ils font de petits pas en tapant des pieds et, lorsqu’ils montent un escalier, ils cognent les marches parce qu’ils ne lèvent pas les genoux suffisamment haut. Treize jours après leur atterrissage, les deux cosmonautes retrouvent la condition physique qu’ils avaient avant de monter à bord du Soyouz.

Comme Nikolaïev, des spationautes français du Centre National d'Etudes Spatiales (CNES) et de l'Agence Spatiale Européenne (ESA) ont volé sur ce vaisseau spatial : Jean-Loup Chrétien en 1982 et en 1988, Michel Tognini en 1992, Jean-Pierre Haigneré en 1993 et en 1999, Claudie André-Deshays en 1996 et en 2001 (sous le nom de Haigneré) et Leopold Eyharts en 1998.

En octobre 1970 et à l’invitation de la Nasa, Nikolaïev et Sevastianov s’envolent vers les Etats-Unis pour visiter le centre spatial de Hunstville en compagnie d’Aldrin, le deuxième homme sur la Lune qui est leur guide pendant leur séjour américain. Puis, ils se rendent au centre spatial de Houston avant de partir en direction du JPL de Los Angeles qui pilote les sondes spatiales dans le système solaire. Leur circuit se termine dans les usines de Seattle où la firme Boeing assemble ses avions.

En 1970, Nikolaïev se retire du Corps des Cosmonautes et devient Directeur-Adjoint de la Cité des Etoiles. En juillet 1971, il crée la panique à l’ambassade soviétique de Paris, en disparaissant lors d’un coktail. Est-il parti pour demander l’asile politique à la France ? Non ! On retrouve Nikolaïev un peu plus tard à la terrasse d’un café à côté de l’ambassade, en train de déguster tranquillement une boisson.
Par la suite, Nikolaiev assure le rôle de contrôleur de vol des missions Soyouz 13, 14, 16 et 17. En 1975, il obtient un diplôme en sciences techniques et il divorce de Valentina Terechkova en 1982, après vingt ans de vie commune. De 1991 à 1993, il devient député, puis adjoint de Sevastianov au Parlement russe. En 1992, il quitte ses fonctions de Directeur-ajoint de la Cité des étoiles, le centre d'entraînement des cosmonautes. Le 4 juillet 2004, Nikolaïev meurt d'un arrêt cardiaque à l'âge de 75 ans.
                      

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