Walter Schirra

Publié le par jijiaile


Le 5° astronaute, Walter (Wally) M. Schirra
Jr, est né le 12 mars 1923 à Hackensack (Terre). Ses parents sont passionnés par la voltige aérienne. Pendant les fêtes foraines et les kermesses, on peut voir son père, un ancien pilote de chasse de la première guerre mondiale, réaliser un numéro au cours duquel sa mère se tient debout sur l'aile d'un biplan. Quant à Wally, ses centres d'intérêt sont la course automobile et la trompette. A l'âge de 13 ans, il change d'avis après avoir effectué son premier vol, en tant que passager, à bord de l'avion de son père. 

Wally sait déjà piloter lorsqu'il est admis, en 1941, au Newark College of Engineering pour suivre des cours en aéronautique. Le 7 décembre de cette année, le bombardement japonais de la Flotte américaine à Pearl Harbor (Iles Hawaï) le décide à choisir la carrière militaire pour défendre son pays qui entre dans la Seconde Guerre mondiale. Il rejoint, en 1942, l’US Naval Academy d’Annapolis d’où il sort, trois ans plus tard, avec sa licence en sciences. Il choisit tout naturellement de faire carrière dans l'Aéronavale. Schirra est alors affecté sur le croiseur USS Alaska, puis sur le navire Estes de l’Etat-major de la 7° Flotte stationné en mer de Chine. En 1946, il commence son entraînement d’aviateur à Pensacola et, deux ans après, il obtient son diplôme. Il débute ainsi comme pilote de chasse sur porte-avions.

En 1951, Schirra est mis à la disposition de l'Armée de l'Air, pour participer à 90 missions de combat aux commandes du chasseur F84E, pendant la guerre de Corée. De retour aux Etats-Unis, en 1952, il rentre au Naval Ordnance Test Station de China Lake où il procède aux essais du missile Sidewinder, puis il est affecté sur le porte-avions Lexington. En 1957, il se trouve à l'Ecole des Officiers de sécurité de la Marine, puis, un an plus tard, à l'Ecole des pilotes d'essai de l'Aéronavale de Patuxent River. Il fait la connaissance des futurs astronautes Conrad, Lovell et Gordon. En tant que pilote d’essai, il expérimente les chasseurs Skyray, Tiger et Crusader.

En avril 1959, Schirra rentre dans la 1ère équipe des astronautes, à l’âge de 36 ans. Ses plaisirs sont la chasse, le ski, la voile et la conduite de sa voiture de sport, une Maserati, et de son bateau baptisé "Compte à rebours". Il apprécie aussi la musique, la lecture des romans policiers et ceux de science-fiction de Martin Caidin. Dans le travail, il est très méticuleux. Il ne manque jamais de sourire. C'est un boute-en-train, mais son humeur peut être la meilleure ou la pire. Il adore faire des farces suivies chaque fois par un "J’ t’ai eu !".

Un jour, ses collègues décident d'agir eux-aussi. Ils lui offrent un magnifique et gros ouvrage orné d'une superbe reliure en cuir marron, portant un long titre en or : "Les Aventures galantes du Capitaine Walter Schirra de la Marine des Etats-Unis". Un petit discours précède la remise de ce cadeau, pour le remercier de son humour. Très ému, Schirra ouvre le livre et il constate, stupéfait, qu'il est entièrement composé de pages blanches !

Prévu comme doublure de Slayton pour la mission Mercury 7, il pense le remplacer après que les médecins aient découvert que son coeur battait de façon irrégulière. Mais Williams, le Directeur des opérations, sélectionne, en avril 1962, Carpenter, la doublure de Glenn sur Mercury 6. Schirra, mécontent, se retrouve alors comme son remplaçant éventuel pour le vol de mai 1962.

Le mois suivant, c'est enfin son tour d'être désigné sur Mercury 8 pour six orbites au lieu des trois effectuées au cours des deux précédentes missions. La veille de son départ pour l'Espace, Schirra avertit les responsables chargés des communications lorsqu'il sera en orbite : "Je veux qu'on me fiche la paix. Pas question d'accepter les bons voeux des amiraux ou des généraux !"

Le 3 octobre 1962, à bord de Mercury 8 (Sigma 7 : 1,37 tonne/3,34 mètres), Schirra accomplit un 1er vol de 9 h 13 mn autour de la Terre. Lors du lancement, sa fusée Atlas brûle beaucoup trop vite le propergol et l’officier de sécurité se prépare à la détruire, après l’éjection de Schirra. Heureusement, la situation redevient normale quelques secondes après.

A la fin de la première révolution, le chauffage du scaphandre est si élevé que l’on s’apprête à mettre fin au vol, mais Schirra peut annoncer, triomphant : "J’ai pu contrôler la température de ma combinaison !".

De retour, il caresse la Mercury, en déclarant :  "C’est un gentil petit oiseau".La mission est considérée comme la plus réussie, car Schirra est arrivé à réduire la consommation de carburant et d'électricité.

Deux ans après, le mauvais scénario de sélection se répète, au grand agacement de Schirra. Nommé doublure de Shepard pour la mission Gemini 3, il espère le remplacer, après qu'un examen médical ait confirmé des troubles de l'équilibre. Mais Slayton, devenu Directeur des équipages, choisit Grissom en avril 1964. Schirra est désigné comme son éventuel remplaçant pour le 1er vol de Gemini de mars 1965. Le matin du lancement, il glisse un sandwich dans une des poches de la combinaison de Young, le coéquipier de Grissom, en lui disant : "Tu le donneras à Gus au moment du repas".

Un an plus tard, Schirra est commandant du vol Gemini 6. Il est prévu que son vaisseau s’amarre à l’étage-fusée Agena, mais la fusée porteuse Atlas explose en vol, le 25 octobre 1965. La Nasa décide alors que le rendez-vous se fera avec Gemini 7. Le 12 décembre suivant, les moteurs du lanceur Titan II, coiffé de la Gemini 6, s’allument, puis s’arrêtent au bout de 1,2 seconde. Schirra garde son sang-froid. Il n’actionne pas son siège éjectable et celui de Stafford dont leur mise à feu aurait non seulement détruit la cabine, mais aurait pu briser la colonne vertébrale des astronautes par l'accélération brutale imposée.

Du 15 au 16 décembre 1965, Schirra, en compagnie de Stafford, effectue enfin son 2° vol d’1 j 1 h 51 autour de la Terre, à bord de Gemini 6 (3,54 tonnes/5,74 mètres).

Schirra pilote la cabine et réussit à s’approcher jusqu’à 30 cm de Gemini 7 lancée le 4 décembre et occupée par Borman et Lovell, réalisant ainsi le 1er rendez-vous spatial. Borman de l’Usaf peut alors lire la pancarte "A bas l’Armée de l’Air !" collée par Schirra de la Navy, sur un hublot de Gemini 6. Les deux vaisseaux  simulent la rencontre, autour de la Lune, de l'étage de remontée du module lunaire et de la cabine Apollo. L'éloignement des deux cabines intervient 5 h 18 mn plus tard.

Au cours du vol, Schirra va improviser une mise en scène pour affoler le centre de contrôle. Il demande à Stafford, connu pour son sérieux, d'annoncer l'apparition d'un OVNI. Le suspense dure plusieurs minutes, avant que Stafford le décrive comme étant le Père Noël filant sur son traîneau ! La farce se termine avec les premières notes de "Jingle Bells", joué par Schirra avec un harmonica, tandis que Stafford agite des clochettes.

En évacuant les urines dans l'Espace, Schirra s'aperçoit que le liquide se transforme en petits cristaux gelés que le soleil fait briller. Malicieux, il prend alors une photo de ce curieux phénomène, avec une idée derrière la tête. De retour sur Terre, les pellicules sont développées et les clichés examinés en présence des astronautes et des scientifiques. Au moment où les astronomes se penchent sur la photo "particulière", l'un d'eux demande comment s'appelle cette constellation d'étoiles. Schirra répond alors : "C'est Urion !".

En septembre 1966, Schirra est sélectionné en tant que commandant de la cabine Apollo 2, une répétition du vol Apollo 1 prévu début 1967. Il se plaint, car il aurait préféré une mission plus ambitieuse lui permettant de tester le module lunaire en orbite terrestre. Il démontre aux responsables l'inutilité de ce vol qui est annulé deux mois plus tard. Mais Schirra se retrouve alors comme une simple doublure de Grissom, le commandant d'Apollo 1. Exaspéré, il dit à qui veut l'entendre : "Slayton (Le Directeur des équipages) et Shepard (Le Chef du Bureau des astronautes) ont cassé ma carrière !".

Le 27 janvier 1967, Grissom meurt dans l'incendie de la cabine Apollo 1 avec White et Chaffee, au cours d'une séance d'entraînement. Quatre mois plus tard, Schirra est ainsi désigné commandant du premier vol. Il désire, par la suite, se poser sur la Lune, mais Slayton lui propose d’occuper la future station orbitale terrestre Skylab. Il refuse d’être "un demi-astronaute", selon son expression. Quinze jours avant son décollage, il annonce qu'il ne repartira plus pour l'Espace après sa prochaine mission.

Du 11 au 22 octobre 1968, Schirra réalise son 3° et dernier vol de 10 j 20 h 09 autour de la Terre, à bord d'Apollo 7 (14,67 tonnes/11,14 mètres) avec Eisele et Cunnningham. C’est le 1er vol d’une cabine Apollo et Schirra, à 45 ans, est le plus âgé des astronautes, mais aussi le premier à voler 3 fois et sur 3 vaisseaux différents.

Il attrape un mauvais rhume et le passe à ses coéquipiers. Comment ? Parce qu’un radiateur a gelé, entraînant une baisse de température ou parce qu’il a chassé les pieds dans les marécages de Cap Kennedy, deux jours avant son lancement ? Ou les deux causes réunies ? Sa température s'élève à 37°9 et sa transpiration atteint le double de la normale. La voix enrouée, il avertit le Centre de contrôle : "J'ai usé douze mouchoirs. J'ai déjà pris deux aspirines, mais je voudrais quelque chose de plus fort". Le médecin de service lui recommande alors de l'Actifed.

Le plan de vol est surchargé de vérifications du vaisseau, mais des contrôleurs veulent en modifier certaines et en rajouter d’autres.  Les trois hommes deviennent irritables. Schirra parle de "bricolages à la Mickey, de tests mal préparés dont les données sont rejetées par l’ordinateur de bord, de procédures conçues à la va-vite par des crétins qui se prennent pour le nombril du monde". Schirra hausse le ton : "Nous n’avons pas recueilli les informations que vous désirez. Nous n’accepterons plus qu’on se paye notre tête en nous faisant faire des tests dont nous n’avons jamais entendu parler". Kraft, le Chef des opérations en vol, n'apprécie pas le comportement des astronautes qui va avoir des répercussions sur la suite des carrières d'Eisele et de Cunningham, Schirra ayant déjà annoncé son départ. 

Au cours du vol, l'équipage effectue, avec succès, les huit allumages du moteur SPS de 9,3 tonnes de poussée pour le rendez-vous avec l’étage S-IVB de leur fusée Saturn-IB et pour d'autres manœuvres qui vont consommer plus de combustible que prévu. Il photographie également des régions de la Terre.

C'est la première fois qu'une caméra de télévision est embarquée à bord d'un vaisseau, malgré les réticences de Schirra. Aussi, lorsque vient le moment de l'utiliser, il avertit le sol : "J'ai à m'occuper d'autres choses que de faire le singe pour les télespectateurs américains !". Plus tard, il accepte, mais il est piqué au vif lorsqu’un contrôleur leur reproche d’avoir trop joué les comiques lors d’une retransmission et leur suggère de trouver un meilleur scénario et de meilleurs acteurs. Mais le théâtral Schirra ne peut quitter la scène spatiale sans donner une dernière de ses représentations. Il déclame : " Et maintenant, voici les grands acrobates de l'Espace ! ". Les télespectateurs assistent alors à une série de numéros de voltige et de nage. Puis, dans le style des annonces qui fleurissent sur le petit écran américain, il présente, devant la caméra, des feuilles de papier sur lesquelles il a écrit : "Continuez à nous envoyer des cartes et des lettres". Les réponses vont ainsi s'accumuler par milliers au Centre spatial Kennedy.
En raison de leur état de santé, Schirra décide que l’équipage ne portera pas de casque et les gants pour la rentrée, afin d’éviter que la surpression cause des dégâts au tympan et qu’ils puissent se moucher au cours de la descente et des changements brusques de pression. Slayton refuse pour des raisons de sécurité. Schirra lui répond : "Désolé, Deke ! A moins que tu puisses monter pour nous les mettre, nous redescendrons sans eux !" 

A l’amerrissage, une vague et le vent dans les parachutes retourne la cabine dans une position inconfortable pour les astronautes, avant son redressement par des ballons. La réussite du vol donne le feu vert pour le lancement d'Apollo 8 autour de la Lune.

En juillet 1969, Schirra quitte la Nasa pour être nommé Président de la Regency Investors, chargée de la mise en valeur des ressources humaines et minérales des régions. Il devient aussi commentateur spatial sur la chaîne CBS et Directeur du comité d’organisation des Jeux Olympiques de 1976 à Denver.

En 1977, il administre un massage cardiaque à une fillette de quatre ans qui reprend conscience après une noyade dans une piscine. Schirra va occuper les postes de fondateur, de président et de directeur de sociétés du secteur commercial, pétrolier, bancaire, aérien, ferroviaire et télécommunications. Il est également membre du conseil d’administration de fondations, de parcs nationaux, d’un institut, d’un hôpital et du musée aérospatial de San Diego. Il crée aussi sa propre société de consultants, la Schirra Entreprises.

Le 3 mai 2007, Schirra s'éteint à l'âge de 84 ans, d'un arrêt du coeur survenu alors qu'il était hospitalisé pour le traitement de son cancer.

Publié dans astronautes

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