John Young

Publié le par jijiaile


Le 7° astronaute, John W. Young, est né le 24 septembre 1930 à San Francisco (Terre), une ville étonnante bâtie sur des creux et des bosses. Après un court séjour dans la maternité, John part vivre à San Mateo (Californie), puis à Cartersville (Georgie) avant que ses parents s’installent définitivement en 1939 à Orlando (Floride), pas très loin du Cap Canaveral d’où il décollera vingt-six ans plus tard, une première fois. Dès l’âge de 6 ans, John s’intéresse aux avions et aux lanceurs spatiaux qu’il dessine. Ensuite, il construit des modèles réduits qu’il fait voler, en attendant de piloter de vrais avions comme ces B-17 et ces P-38 qu’il regarde évoluer au-dessus des bases. A 16 ans, il choisit la fusée comme sujet d’examen et il passe si brillamment son oral qu’il obtient le prix d’excellence.

Depuis des années, son père ne cesse de lui parler de la Marine où il était commandant dans les «Seabees», des unités qui construisaient des camps, des casernes et des aérodromes durant la seconde guerre mondiale dans le Pacifique. John décide ainsi de faire une carrière dans les milieux marin et aérien en devenant pilote de l’Aéronavale. Après l'enseignement secondaire, il reçoit une bourse d’études de la Marine en 1948 pour suivre des cours en ingénierie aéronautique au Georgia Institute of Technology dont le directeur se félicite de l’avoir comme étudiant et rédacteur du journal de l‘établissement.

young avant 1Dans le cadre de sa formation, Young navigue au cours de l’été 1949, avec le futur astronaute Stafford, sur le cuirassé Missouri qui fait escale à Cherbourg, un petit coin de France qu’il est content de découvrir. En juin 1952, il décroche sa licence en ingénierie aéronautique avec les honneurs et son diplôme d’ingénieur. Puis, il passe une année inoubliable sur le destroyer USS Laws pendant la guerre de Corée, avant de commencer son apprentissage en tant que pilote de chasse au Naval Basic Air Training Command de Pensacola Naval Air Station (Floride).

Breveté en juin 1954, Young suit un entraînement poussé de six mois au Naval Air Station de Corpus Christi (Texas) au terme duquel il est affecté au Naval Air Station de Jacksonville (Floride) pour voler sur des Cougard et des Crusader depuis les porte-avions Coral Sea et Forrestal. Mais il ne veut pas être qu’un pilote de chasse. Il souhaite aussi devenir pilote d’essai. En mars 59, il démarre un stage de sept mois à l’US Navy Test Pilot School de Patuxent River (Maryland) qui abrite le Naval Air Test Center. Il y reste trois ans pour essayer les systèmes d’armes des avions de combat comme le F8D Crusader et le F4B Phantom.

Lorsque Glenn s’envole pour l’Espace le 20 février 1962 dans la cabine Mercury 6, Young voudrait bien être à sa place. S’il ne peut pas aller aussi vite qu’une fusée Atlas, il va tout de même battre deux records du monde de rapidité en participant au projet «High Jump». En mars 1962, il atteint en 34 secondes l’altitude de 3 000 m sur le Phantom F4B et le mois suivant 25 000 m en 230 secondes sur le Phantom F4H1. Encouragé par ses performances, il pose sa candidature pour faire partie des astronautes que la Nasa recherche. En attendant de connaître les résultats de ses tests comme les 252 autres concurrents, il travaille au Naval Air Station de Miramar (Californie), chargé de diriger les équipes d’entretien des Phantom qui volent par tous les temps.

young avant 3Le 17 septembre 1962, Young est accepté dans la 2ème équipe des neuf astronautes à l’âge de 32 ans, un magnifique cadeau pour lui qui fête sept jours plus tard son anniversaire. C’est un homme avec un air absent sympathique, peu causant, mais doué d’un solide sens de l’humour. Très consciencieux et réputé pour son génie en mécanique, il n’hésite pas à passer des heures sur une tâche. «Je suis heureux, dit Young, car dans mon boulot, je travaille avec la tête et avec les mains», beaucoup trop de l’avis des constructeurs des vaisseaux spatiaux qui détestent recevoir ses notes sur ce qui ne marche pas correctement. Il aime le surf et le hand-ball, la course à pied et la bicyclette, la guitare et l‘harmonica, le jardinage ainsi que la lecture de livres d‘histoire et de science. On dit de lui qu’il respire, travaille, mange et dort pour le programme spatial.

Young commence sa formation et, en février 1964, il est nommé co-pilote du 3° vol Gemini 5, mais deux mois plus tard suite au retrait de Shepard, son remplaçant Grissom le choisit en tant que co-pilote du 1er vol Gemini 3. Il est flatté et gêné de prendre la place de Borman que Grissom n’accepte pas. Il devient le premier astronaute de l’équipe n° 2 à partir pour l’Espace. Les deux astronautes vont se rendre alors à Wright-Patterson et prendre place à l’intérieur d’une maquette du vaisseau Gemini fixée sur le plancher d’un avion KC-135 qui va simuler de brefs instants d’apesanteur en effectuant des manœuvres acrobatiques. Après le vol, Young ne cache pas son mécontentement sur cette maquette qui n’est pas assez fidèle. La remarque est prise au sérieux par la firme McDonnel Douglas qui en construit une autre, plus ressemblante à l’engin spatial.

La veille de son départ, Young reçoit, avec un sourire stupéfait, un télégramme de 18 m de long sur lequel figurent les noms de 2400 habitants de sa ville d’Orlando lui souhaitant un bon voyage, voyage qui inquiète Grissom parce que les Soviétiques Beliaiev et Leonov, rentrés sur Terre quatre jours plus tôt, ont vu passer un objet à 900 m de leur vaisseau Voskhod 2. Young le rassure : «Si un des déchets arrive sur nous, on le repoussera du pied».

young gemini 3aLe 23 mars 1965, Young, à bord de Gemini 3 (3,22 tonnes/5,74 mètres), accomplit un 1er vol de 4 h 52 mn autour de la Terre, en compagnie de Grissom. Le lancement leur réserve une surprise. Pendant quelques secondes, la capsule est entourée par un nuage brillant formé de résidus des gaz de combustion du 1er étage qui vient de s’éteindre. Une fois en orbite, Young remarque qu’un voyant signale une perte d’oxygène, ce qui est très grave. Il doute de son bon fonctionnement. Il croit plutôt que le système électrique principal est défectueux. Pour le prouver, il branche celui de secours et le voyant montre alors une pression d’oxygène normale. Puis, pendant un moment, le dispositif de pilotage se dérègle, la cabine penchant sur la gauche, les indicateurs d’attitude ne marchent pas correctement et la chaleur est difficile à supporter.

Au cours du vol, Young utilise le premier ordinateur de 23 kg embarqué dans un vaisseau spatial, lequel effectue des changements d’orbite pour la première fois au monde. Après la réalisation des contrôles et des expériences, Young sort de sa poche un petit paquet remis par l’astronaute Schirra avec la complicité de Slayton, le directeur des équipages. Il le donne à Grissom en lui disant : «Tu veux un sandwich, capitaine ?». Surpris, ce dernier éclate de rire et le partage avec lui, avant de voir des miettes s’envoler. Il se dépêche alors de renfermer le sandwich dans son papier.

young gemini 3bAu moment de la rentrée dans l’atmosphère, Grissom constate que le vaisseau va se poser loin du point prévu. Pour diminuer la distance, il réalise avec succès deux manœuvres. Peu après, le parachute principal s’ouvre si violemment que les deux astronautes sont projetés vers l‘avant de la cabine. Young cogne son hublot sur lequel sa visière se fend, tandis que Grissom heurte le tableau de bord dont un bouton de commande s’enfonce dans son casque.

Puis, Gemini 3 amerrit horizontalement au lieu de se poser verticalement et le nez de la cabine reste sous l’eau. Grissom voit qu’il est bloqué par le parachute dont il sectionne le cordage à distance. Une fois le vaisseau redressé, il refuse d’ouvrir les deux écoutilles tant que les plongeurs de l’hélicoptère n’ont pas attaché l’anneau de flottaison autour de la Gemini, une procédure qui prend du temps. La capsule est surchauffée et ballottée par des vagues d’un mètre cinquante. Grissom est pris de vomissements avant de sortir de la cabine. Il entend alors Young déclarer : «C’est la première fois que je vois un capitaine quitter son navire le premier»

De retour au Centre spatial de Houston, Young reçoit des félicitations pour le pilotage du nouveau vaisseau et un blâme pour avoir amené un sandwich dans l’Espace. Il apprend que des médecins se plaignent que les analyses médicales des deux astronautes vont être faussées et qu’ils auraient pu s’étouffer en respirant les miettes en suspension. Certains ingénieurs font observer qu'elles pouvaient pénétrer dans les fragiles systèmes électroniques. Quelques sénateurs et députés affirment que la Nasa a perdu tout contrôle sur ses astronautes. Young craint que ces réactions exagérées aient des conséquences sur sa carrière d’astronaute. Il est soulagé lorsqu’il est nommé, un mois plus tard, doublure de son ami Stafford pour le vol Gemini 6, puis en janvier 1966, commandant de la mission Gemini 10.

young gemini 10cDu 18 au 21 juillet 1966, Young réalise sa 2° mission de 2 j 22 h 46 mn à bord de Gemini 10 (3,75 tonnes) autour de la Terre, avec Collins. Il est obligé d’utiliser les 2/3 du carburant du vaisseau pour rejoindre l’étage-fusée Agena 10 auquel il s'accroche. Afin d’économiser le propergol restant, il annule, avec regret, les autres amarrages et il laisse la cabine attachée à l’Agena 10 dont les moteurs seront utilisés lors des prochaines manœuvres.

L’étage-fusée est mis à feu pour monter l’ensemble à une altitude record de 763 km. C’est la première fois qu’un vaisseau change d’orbite grâce à la force propulsive d’un autre engin. Collins effectue alors une sortie, debout sur son siège. Il prend des photos, mais il est contraint de s’interrompre après 49 mn, soit 6 mn plus tôt car, comme Young, il a une crise de larmes et la gorge en feu. La vapeur de lithium servant à éliminer l’oxyde de carbone s’est infiltrée dans la conduite d’oxygène de la combinaison, à cause du mauvais fonctionnement d’un ventilateur.

On envisage un retour d’urgence, ce qui n’est pas du goût des astronautes qui prennent des mesures pour rassurer le centre de contrôle. Ils arrêtent le ventilateur, posent des compresses humides sur leurs yeux, versent des gouttes dans leurs paupières et augmentent la teneur en oxygène de la capsule.

young gemini 10bDésormais en pleine possession de ses moyens, Young allume le moteur d’Agena 10 pour descendre sur l’orbite parcourue par l’Agena 8. Il le rejoint, détache Gemini de l’Agena 10 et se positionne au-dessus de la nouvelle cible. C’est donc un rendez-vous avec un autre étage-fusée : une première réussie par Young.

Collins sort du vaisseau pour s’accrocher sur l’Agena 8 : pour la première fois, un astronaute touche un autre engin spatial. Il retire un piège à poussières météoritiques qu’il ne parvient pas remplacer en l’absence de points d’appui. Il arrête sa sortie au bout de 39 mn, car Young remarque, avec inquiétude, que le vol en formation consomme beaucoup trop de carburant. Il ne reste que 30 kg dont 20 kg pour la rentrée. Dans sa précipitation pour revenir vers la cabine, Collins échappe la caméra. Young l’aide à pénétrer dans le vaisseau, encombré du long cordon ombilical qu’il attrape en disant : «J’ai l’impression d’être un charmeur de serpent». Malgré quelques incidents, cette mission est considérée comme la meilleure du programme Gemini. 

De retour sur Terre, Young s’entraîne sur le programme Apollo, motivé par la perspective excitante de marcher sur la Lune. Il est nommé, en décembre 1966, doublure de Scott sur le 2ème vol Apollo, qui doit réaliser le rendez-vous avec le premier module lunaire en orbite terrestre. Le 27 janvier 1967, cette mission et les suivantes sont annulées après l’incendie au sol du vaisseau Apollo dans lequel meurent Grissom, White et Chaffee, un drame qui touche particulièrement Young, compagnon de vol de Grissom sur Gemini 3.

Lors de la révision du planning des missions, Young est choisi, en mai 1967, comme remplaçant éventuel d’Eisele pour le premier vol de la nouvelle cabine Apollo 7 autour de la Terre. Puis, en novembre 1968, il est heureux d’apprendre sa désignation en tant que pilote de la cabine Apollo 10, chargé du premier rendez-vous avec un module lunaire autour de la Lune. Il espère bien que la prochaine fois, il se posera sur l’astre des nuits.

young apollo 10cDu 18 au 26 mai 1969, Young effectue son 3° vol de 8 j 3 mn à bord d’Apollo 10 (42,77 tonnes/18,12 mètres), en compagnie de son ami Stafford et de Cernan. Cette mission est très importante, car son succès conditionne celui du 1er atterrissage sur la Lune d’Apollo 11. Au cours du trajet aller, Stafford et Cernan échangent leurs impressions avec les contrôleurs de vol. Au contraire, Young reste silencieux, ce qui amène sa femme Barbara à déclarer : «J’ai l’impression qu’ils ont laissé John sur l’aire de lancement !» 

Après trois jours de vol, Young met en marche le moteur SPS qui installe le vaisseau sur une orbite lunaire pour une durée de 2 j 13 h 37 mn. Stafford et Cernan préparent alors le module lunaire (LM) avant qu'il se sépare de la cabine et descende à une dizaine de kilomètres du sol. C’est alors qu’ils constatent que son collier d’amarrage a subi un vrillage de 3°. La question se pose de savoir si le LM pourra s’amarrer à la cabine par la suite ou s’il faut annuler son vol. L’assurance est donnée aux astronautes, soulagés, que le vrillage ne bougera pas, sachant que la torsion est acceptée jusqu’à 6°.

young apollo 10bA 112 km d’altitude, le module lunaire se détache de la cabine Apollo. Par radio, Young avertit ses deux coéquipiers : "Attention, grand-frère vous surveille. Amusez-vous bien tous les deux, mais surtout n’acceptez aucun rendez-vous galant en cours de route !" Un contrôleur lui demande si la descente a bien eu lieu. Il lui répond : "Ils volent tellement bas qu’ils soulèvent la poussière sur leur passage et ils sont entrain de passer entre les buissons". Une dernière orbite amène le LM jusqu’à 15 km du sol lunaire, comme prévu.

Alors que l’équipage s’apprête à larguer l’étage de descente, le module lunaire est pris d’une folle rotation que Stafford parvient à stopper en 8 secondes pour éviter que l’engin ne s’écrase sur la Lune. A bord de l’étage de remontée, ils rejoignent la cabine Apollo après un vol de 8 h 10 mn. C’est à une vitesse de 39.897 km/h qu’elle pénètre dans la haute atmosphère de la Terre, un record inégalé à ce jour.

Depuis son admission à la Nasa, l’activité première de Young est naturellement de s’entraîner aux vols spatiaux. Cependant, sa soif d’apprendre le pousse aussi à poursuivre des études dans divers domaines. C’est ainsi qu’au cours de sa carrière, il va obtenir six doctorats dans des universités dont les deux premiers en droit et en sciences appliquées au cours des années 1969 et 1970.

Trois mois après son retour de la proche banlieue de la Lune, Young est nommé doublure de Lovell, commandant du vol Apollo 13 d’avril 1970. L’explosion d’un réservoir du vaisseau sur le trajet Terre-Lune va le mobiliser dans un simulateur où il passe des heures pour mettre au point le plan de sauvetage transmis aux trois astronautes. Puis, en janvier 1971, il assiste un directeur de vol de la mission Apollo 14, lorsque Roosa connaît des difficultés pour amarrer la cabine au module lunaire fixé sur le troisième étage de la fusée Saturn V.

En mars 1971, Young apprend la grande nouvelle qu’il attendait depuis si longtemps : il est désigné commandant de la mission Apollo 16, chargé de poser le LM sur la Lune, «le voyage de ma vie» dit-il. La veille de son départ, il prévient son entourage : «Si je ne reviens pas de l’Espace, j’aimerais que tout le monde prenne une tasse de thé et continue comme si de rien n’était. Je ne voudrais pas qu’on perde davantage de temps».

young apollo 16aDu 16 au 27 avril 1972, Young accomplit son 4° vol de 11 j 1 h 51 mn à bord d’Apollo 16 (46,73 tonnes/18,12 mètres) avec Duke et Mattingly. C’est un immense plaisir pour lui de reprendre le chemin de la Lune. Huit heures après le décollage, les astronautes voient passer, devant les hublots de la cabine, des particules qui se détachent d’un des quatre blocs des moteurs d’attitude du module lunaire (LM). Ils craignent une fuite du réservoir de carburant, mais un contrôle ne montre rien d’anormal. Young fait cependant un commentaire : «Il y a quand même quelque chose de curieux qui se passe ici et je n’ai pas l’habitude de faire des histoires». Plus tard, il est rassuré de savoir que c’est le revêtement thermique du bloc qui se désagrège, sans doute parce qu’il a été endommagé par les gaz de combustion des moteurs d’attitude du module de service. Afin d'éviter que l’échauffement intérieur du bloc soit trop important, l'engin spatial pivote pour que cette partie du LM se trouve à l’ombre du soleil.

Arrivé près de la Lune, Mattingly met le vaisseau sur une orbite 19 km x 109 km de façon à ce que le module lunaire, occupé par Young et Duke, se sépare de la cabine Apollo à une altitude aussi basse que possible. Avant que le LM ne commence sa descente, il vérifie les équipements pour remonter la cabine sur une orbite 96 km x 125 km. C’est alors qu’il signale à Young que le circuit n° 2 d’orientation du moteur SPS est défaillant. «Mon Dieu !» s’écrit Young. Le circuit n° 1 fonctionne, mais les règles de sécurité exigent que les deux systèmes soient opérationnels en même temps. On demande à Young et à Duke, très soucieux, d‘attendre la décision du centre de contrôle. Soit il autorise l’atterrissage après la résolution du problème, soit il demande aux deux astronautes du LM de revenir s’amarrer à la cabine Apollo qui retournera vers la Terre grâce aux moteurs du module lunaire.

Les techniciens et les ingénieurs ont dix heures pour simuler la panne, sinon le site d’Apollo 16 ne sera plus accessible. Ils consultent pour cela les données recueillies lors d’un incident presque semblable survenu lors du vol Apollo 9. Après un suspense de 5 h 30 mn, les techniciens annoncent que le circuit n° 1 sera utilisé. S’il tombe en panne à son tour, le circuit n° 2 défaillant pourra servir, mais le vaisseau vibrera au moment de l’allumage du moteur. L’autorisation d’atterrir est alors donnée aux deux astronautes qui demandent au contrôleur de vol de bien vouloir répéter cette excellente nouvelle. Mattingly remonte sa cabine sans problème, puis Young et Duke amorcent leur descente vers la Lune. Aidé par les informations communiquées par son coéquipier, Young pilote le module lunaire de façon magistrale. Il arrive au-dessus du site Descartes avec une réserve de carburant suffisante pour lui permettre de stationner quelques secondes comme le fait un hélicoptère. Il savoure cet instant de plaisir avant de poser le LM à trois mètres d’un cratère de huit mètres de profondeur. C’est le 5° atterrissage du programme Apollo, le plus beau des six.

young apollo 16bYoung sort du module lunaire et un bonheur immense l’envahit lorsqu’il devient le 9° humain à marcher sur la Lune. Duke le rejoint et ils installent les appareils de la station scientifique Alsep qui va fonctionner pendant cinq ans. Mais l’expérience chargée de mesurer la température à l’intérieur du sol n’enverra pas d‘informations. Young trébuche et arrache le câble électrique de l’instrument, un geste malencontreux qui le désole profondément.

Avec la jeep lunaire remplie d’outils, les deux astronautes parcourent 27 km et ramassent 94 kg de roches. Young est admiratif sur cet engin roulant dont il veut connaître toutes les possibilités. Il décrit des cercles, effectue des dérapages, accélère jusqu’à 17 km/h, estimant qu’au-delà il pourrait décoller. Son avis tient en une phrase : «La jeep sent le terrain comme un chat, elle se balance comme un chameau, mais on peut lui faire confiance»

Young et Duke réalisent trois sorties d’une durée de 20 h 14 mn dont la dernière raccourcie à cause du retard pris à l’atterrissage. Ils décollent après un séjour record de 2 j 23 h 02 mn, pour rejoindre Mattingly. L’étage de remontée du LM est ensuite détaché, mais au lieu de s’éloigner, il revient vers la cabine Apollo en culbutant, ce qui oblige Mattingly à exécuter une manœuvre pour éviter une collision dramatique. Par précaution, la Nasa préfère écourter d’une journée la mission autour de la Lune au cas où le problème sur le circuit n° 2 du moteur SPS s‘aggraverait s‘il fallait faire appel à lui. Les données du nouveau plan de vol transmises depuis le centre de contrôle sont entrées dans l’ordinateur par les astronautes, puis modifiées à plusieurs reprises, ce qui donne un surcroît de travail aux trois hommes qui se plaignent.

Après le largage d’un satellite de 40 kg, Mattingly allume sans difficulté le moteur de la cabine Apollo pour quitter l’orbite lunaire où elle est restée 5 j 5 h 46 mn, un record malgré tout. Au cours du trajet Lune-Terre, il réalise une sortie de 1 h 24 mn à 274.000 km de la Terre afin de récupérer, dans une baie du module de service, des cassettes de films et des enregistrements scientifiques.

En mai 1972, Young remplace Scott comme doublure de Cernan, commandant de la dernière mission lunaire Apollo 17 de décembre 1972. Le programme Apollo terminé, il est nommé, en janvier 1973, Chef de la branche navette au sein du Bureau des astronautes, en charge de leur participation dans le développement du nouveau vaisseau spatial. Un an plus tard, il est désigné Chef du Bureau des astronautes et ce choix surprend ses collègues, car il n'est pas un meneur d’hommes comme Shepard à qui il succède.

Pourtant, Young gère si bien les activités des astronautes pendant quatre ans qu’on lui confie en mars 1978 le commandement du 1er vol de la navette, un honneur qui le réjouit. Il quitte alors son poste. Dès lors, sa préoccupation première est de communiquer régulièrement aux responsables du nouveau programme spatial, des notes concernant la sécurité des futurs équipages de l’avion spatial.

young sts 1aDu 12 au 14 avril 1981, Young effectue sa 5° mission de 2 j 6 h 20 mn à bord de la Navette Columbia (99,45 tonnes/37,28 mètres) autour de la Terre, en compagnie de Crippen. C’est la première fois qu’un astronaute effectue cinq vols et qu’un engin habité réutilisable décolle sans avoir été testé à vide, car beaucoup de phases de ce vol STS 1 et des suivants exige une présence humaine, notamment pour l’atterrissage.

Une fois en orbite, les deux hommes s’aperçoivent que 17 tuiles de protection des carénages des moteurs orbitaux ont été endommagées ou arrachées lors du lancement. Ils n’ont pas trop d’inquiétude à ce sujet, car ils savent que cette partie de la navette n’est pas concernée par un échauffement excessif lors de la rentrée dans l’atmosphère.

young sts 1bPar contre, ils s’interrogent gravement sur l’état du revêtement ventral et ils doivent attendre le lendemain pour être rassurés, grâce aux très puissantes caméras d’observation de l’Armée de l’Air qui ne montrent aucun dégât important sur les endroits critiques. L’équipage effectue 133 tests de l‘avion spatial pendant cette mission trop courte de l’avis de Young : «On est si bien là-haut qu’on voudrait y rester».

Il revient poser la navette sur une piste du centre d’essais d’Edwards en Californie. Il descend rapidement la passerelle avec un large sourire, puis il marche d’un pas alerte le long de Columbia en la regardant amoureusement et en frappant l’air de son poing pour montrer son plaisir de l’avoir pilotée. Jusqu’à ce jour, personne ne l’avait vu dans un tel état d’excitation. Il déclare lors de la conférence de presse : «La navette est un véhicule admirable et j’ai aimé chaque minute de ce vol».

Après sa mission, Young reprend ses activités de Chef du Bureau des Astronautes et, en juin 1981, il est heureux de se rendre, avec Crippen, au Salon du Bourget où il rencontre les cosmonautes soviétiques Titov, Rioumine et les spationautes français Jean-Loup Chrétien, Patrick Baudry, sélectionnés un an auparavant. A Paris, les deux astronautes américains reçoivent les grandes médailles de l’Aeroclub de France et ils sont accueillis au siège de l’Esa pour remettre le drapeau de l’agence spatiale européenne qu’ils avaient amené dans l’Espace.

Young sait que les relations avec le vieux continent vont s’intensifier en raison de son implication dans le programme de navette spatiale qui doit emporter dans sa soute le Spacelab construit par l’Esa. Pour le premier vol de ce laboratoire, la Nasa fait appel à Young chargé de commander un équipage international de cinq hommes, une faveur qu’il apprécie grandement. Il abandonne momentanément ses fonctions de Chef du Bureau des astronautes afin de s’entraîner aux Etats-Unis et en Europe.

young sts 9aDu 28 novembre au 8 décembre 1983, Young accomplit son 6° et dernier voyage de 10 j 7 h 47 mn à bord de Columbia (112,17 tonnes) autour de la Terre, sur le vol baptisé STS 9. C’est la première fois qu’un astronaute réalise un sixième vol et qu’un engin spatial emporte un équipage de six membres : Young, Shaw, Garriott, Parker, Lichtenberg et l’Allemand de l’Ouest Merbold représentant l’Esa.

Les instruments du Spacelab fonctionnent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, car ils sont manipulés par les astronautes divisés en deux équipes de trois, travaillant chacune 12 heures d’affilée. Soixante-dix expériences (dont des françaises) vont ainsi être faites dans divers domaines : physique de l’atmosphère, physique des plasmas, physique solaire, observation de la Terre, astronomie, fabrication de matériaux, sciences de la vie, technologie.

Young donne le meilleur de lui-même pour que règne à bord une ambiance amicale. Au début du vol, il console ceux qui souffrent de malaises : «Ne vous cassez pas trop la tête à propos de ce mal de l’espace, ça ira mieux demain». Lorsque les scientifiques craignent de ne pas avoir le temps de réaliser la totalité de leur travail hebdomadaire, il se montre attentionné à leur égard en leur apportant les plateau-repas. Pendant les rares pauses, il les détend en leur racontant des anecdotes amusantes sur le début de l’histoire spatiale.

Avant d’allumer les moteurs orbitaux pour la rentrée, Young aligne la navette en mettant en marche les moteurs d’attitude. Leur mise à feu entraîne naturellement des vibrations qui se propagent dans la structure de la navette. Aussitôt, Young constate, avec étonnement, que l’ordinateur n° 1 s’arrête de fonctionner. Le n° 2 prend la relève, mais il s’éteint également.

young sts 9bBien que Columbia soit équipée de cinq ordinateurs et qu’un seul suffise pour revenir sur Terre, le centre de contrôle reporte l’atterrissage afin que Young et Shaw aient le temps de remettre en service ces deux unités. Ils réussissent à faire remarcher le second ordinateur et la Nasa décide alors le retour sur Terre de Columbia que pose Young après un retard de 7 h 30 mn, au moment où l’ordinateur n° 2 retombe en panne. L’analyse des deux calculatrices électroniques révèle une contamination des circuits intégrés par le déplacement de débris microscopiques.

Young revient au Centre spatial Johnson de Houston pour retrouver son poste de Chef de Bureau des astronautes. A ce titre, il reçoit, en septembre 1984, Patrick Baudry et sa doublure Jean-Loup Chrétien, le 1er Français dans l'Espace qui a volé en juin 1982 sur Soyouz T6 avec les Soviétiques. Ils viennent s’entraîner pour le 1er vol d’un Français sur une navette qui va désormais amener dans l’Espace des représentants d’autres nations. Young se réjouit de cette ouverture.

Il est cependant préoccupé par le rythme croissant des lancements : 2 en 1981, 3 en 1982, 4 en 1983, 5 en 1984, 9 prévus en 1985 et 15 en 1986. Il sait que la navette est un engin formidable, mais qu’elle comprend un grand nombre de systèmes susceptibles de tomber en panne s’ils ne sont pas tous vérifiés correctement et s’il fait mauvais temps lors du départ ou du retour. Pour lui, il ne faut pas lancer la navette en allégeant les mesures de sécurité sous prétexte qu’il faut satisfaire des clients pressés qui lui ont confié la mise en orbite de leurs satellites commerciaux.

Pourtant, la Nasa ne tient pas compte de l’avis défavorable de Young pour le décollage de la navette Discovery le 12 avril 1985, alors qu’à bord de son avion parti en reconnaissance météo, il avait constaté que les conditions en haute altitude étaient très mauvaises. Il est furieux, car le tir aurait pu très mal se passer. Ce n’est pas le cas le 17 juin 1985. Ce jour-là, il accompagne l’équipage de la mission 51-G dans le bus roulant vers l’aire de lancement. En signe d’encouragement, il boxe l’épaule de Patrick Baudry qu’il accueille avec le sourire sept jours plus tard, au pied de la passerelle de Discovery. Il craint que le succès de cette mission et des autres endorme la vigilance des responsables. Il n’arrête pas d’adresser des recommandations pour le refus de compromis dans la sécurité des vols.

En septembre 1985, Young est heureux d’être désigné commandant de la navette qui doit emporter le célèbre télescope Hubble. Si les dirigeants de la Nasa pensent que cette nomination va le calmer, ils se trompent. Il continue de communiquer ses avertissements. Malheureusement, le 28 janvier 1986, ses sept collègues astronautes meurent dans l’explosion de la navette Challenger, 73 secondes après son lancement, victime d’une température glaciale qui a endommagé un joint de la fusée à poudre droite. Ce drame le bouleverse pendant des semaines où ses nuits sont agitées par des cauchemars.

young après 1Après sa peine, Young laisse exploser sa colère quand il voit les responsables s’incliner devant la fatalité et relativiser l’accident du 25° vol d’une navette qui fait partie des risques du métier. Il leur rappelle les notes qu’il a envoyées. Certaines vont se retrouver, mystérieusement, dans les mains de journalistes qui les publient pour dénoncer le laisser-aller de la Nasa. Ces révélations bouleversent la carrière de Young. Il se retrouve muté sur un autre poste en mai 1987, celui d’Assistant Spécial du Directeur du Centre spatial de Houston, en charge des problèmes sur l’ingénierie, les opérations et la sécurité des vols de la navette, de la station spatiale et des expéditions vers la Lune et Mars en projet.

Young accepte cette nouvelle affectation, car il veut continuer de travailler pour le programme spatial qu’il aime profondément. Son départ du Bureau des Astronautes n’est pas une mesure disciplinaire affirme la Nasa. Young veut bien la croire et il garde l’espoir d’être confirmé comme commandant de la mission pour le déploiement du télescope Hubble, après la reprise des vols de la navette qui n'emportera plus de satellites commerciaux. C’est pourquoi, il est terriblement vexé et attristé lorsqu’il apprend, en mars 1988, la nomination de Shriver pour diriger en 1990 la mission Hubble à sa place. Il sait maintenant qu’il a peu de chance de revoler, car il doute que la Nasa accepte, par la suite, de confier la navette à un pilote âgé de plus de 60 ans. 

Après avoir surmonté cette terrible déception, Young s’investit afin que soit acceptée par les dirigeants politiques la réalisation d’une base permanente sur la Lune, mais son souci majeur reste toujours la sécurité des vols. Le Français Jean-François Clervoy le constate dès juillet 1992 alors qu’il débute son entraînement sur la navette pour effectuer trois vols remarquables surtout celui vers le télescope Hubble. Jean-François sympathise avec John qui l’amène fréquemment à bord de l’avion à réaction T-38 jusqu’à El Paso au Texas où les astronautes répètent l’atterrissage de la navette sur un Sta Gulstream II modifié.

En février 1993, Young participe, avec ardeur, à la révision du programme de la station américaine Freedom qui portera le nom d’Alpha, puis celui d’ISS en devenant internationale. Dans le but de préparer son utilisation, il s’engage fortement en 1994 dans le programme STS-Mir qui se concrétise par neuf amarrages des navettes à la station russe Mir où vont séjourner sept astronautes américains entre juin 1995 et juin 1998. Au moment où commence l’assemblage de l’ISS avec le vol STS-88, Young, promu Directeur Technique Associé depuis février 1996, se rend à la Cité de l’Espace de Toulouse le 13 décembre 1998 pour une exposition consacrée à l’exploration de la Lune. C’est avec une émotion compréhensible qu’il présente une pierre de Lune ramené par l’équipage d’Apollo 15.

Depuis le drame de la navette Challenger le 28 janvier 1986, Young voit s’envoler et revenir les navettes à 87 reprises, dans le respect des règles de sécurité qu'il a su imposer. Soudain, le 1er février 2003, une seconde catastrophe intervient lors du retour de «sa» navette Columbia. A 60 km d’altitude, sept astronautes meurent dans la désintégration de l’engin dont l’aile gauche a fondu sous l’effet du plasma de 1.500° C qui a pénétré dans un trou causé par l’impact d’un morceau d’isolant détaché du réservoir extérieur au moment du lancement.

young après 2Young est accablé par la disparition de ses collègues et il se demande si toutes les mesures de sécurité ont bien été prises pour ce vol. En janvier 2004, le Président des Etats-Unis Georges Bush décide d’arrêter les vols de la navette, dès que l’assemblage de la station ISS sera terminé. Il demande à la Nasa de construire un nouveau vaisseau spatial qui desservira la station avant de se diriger vers la Lune où sera installée une base destinée à préparer le séjour sur Mars. Young est ravi de voir la naissance d’un nouveau programme lunaire pour lequel il s’est battu pendant des années.

C’est donc avec sérénité et après une carrière exceptionnelle que Young quitte la Nasa le 31 décembre 2004 à l’âge de 74 ans, un record de plus pour cet astronaute de légende qui apprend, six ans plus tard, que le nouveau Président des Etats-Unis Barak Obama préfère que son pays envoie des équipages plus loin, sur des astéroïdes pour préparer les longs voyages vers Mars.  

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