Pavel Belaïev

Publié le par jijiaile


Le 10° cosmonaute, Pavel I. Belaïev,
est né le 26 juin 1925 à Chelishchevo (Terre). Au cours de son adolescence, sa résistance physique va être mise à l’épreuve. L’école qu’il fréquente se trouve éloignée de son lieu d’habitation et durant le long et rude hiver, Pavel chausse ses skis pour effectuer le trajet aller-retour de cinq kilomètres. La physique ainsi que la géographie sont ses matières favorites et il rêve de devenir plus tard explorateur ou chasseur, car dès l’âge de douze ans, il suit les adultes dans la forêt où il apprend très vite à tirer à la carabine.

A sa seizième année, Belaïev veut s’engager pour défendre sa patrie, alors que débute la seconde guerre mondiale. Il est trop jeune et, dans l’attente de son incorporation, il termine sa scolarité en 1942 pour entrer comme tourneur sur métaux dans une fabrique de tuyauterie. L’année suivante, il est accepté au Collège militaire Sarapul, en vue de suivre des cours de pilote. En 1944, il commence son entraînement à l’Ecole aéronavale d’Eisk d’où il sort diplômé, un an après.

A la fin du conflit international, Belaïev sert comme pilote de chasse dans la Flotte du Pacifique. Il mène des actions de combat contre les Japonais sur des Yak et des Mig, en attaquant notamment à la mitrailleuse, les fortifications nippones du sud de l’île de Sakhaline. Puis, il est affecté dans de nombreuses unités des Forces aéronavales du Pacifique, sur une période de onze ans. C’est au cours d’un vol de reconnaissance au-dessus de l’océan, qu’il fait preuve de sang-froid. La pompe d’alimentation automatique en carburant de son appareil, cesse de fonctionner. Belaïev ramène alors son avion d’une main, tout en actionnant la pompe de l’autre main, qui va rester ensuite paralysée plusieurs jours. En 1956, il rentre à l’Académie de l’Armée de l’Air du Drapeau Rouge, qu’il quitte trois ans plus tard, avec son diplôme en aéronautique. Il est alors nommé Chef d’escadrille dans la Flotte de la Mer Noire.

En mars 1960, Belaïev est admis à l’âge de 35 ans dans le 1er groupe de vingt cosmonautes. C’est le plus diplômé avec Komarov et il cumule le plus grand nombre d’heures de vol. C’est aussi le doyen et à cause de son âge, il va vivre dans la crainte de ne pas connaître la grande aventure. Belaïev est calme et réservé, sérieux et très compétent. Il rit peu souvent et ne cause pas beaucoup. " Je m’exprime difficilement et, de plus, je n’aime pas parler. Peut-être parce que je n’ai pas la parole facile " reconnaît-il. Passionné par la peinture et il aime aussi écrire des poèmes.

Belaïev devient le premier Commandant de l’équipe des cosmonautes et comme ses collègues, il se prépare aux vols. Lors d’un test dans la chambre d’isolation (Appelée également chambre des horreurs dans laquelle un silence oppressant alterne avec des bruits d’explosions, de gémissements et de hurlements), un court-circuit déclenche un début d’incendie que Belaïev, maître de lui, parvient à éteindre au lieu de s’enfuir de la pièce.

Son entraînement comporte aussi des sauts en parachute. En août 1961, il se prépare à se poser pour la vingt-deuxième fois, lorsqu’une bourrasque de vent s’engouffre dans la voilure, le pousse rapidement vers le sol et le traîne sur plusieurs mètres. Le bas de sa jambe gauche heurte violemment une grosse pierre. Le diagnostic est terrible : une double fracture au-dessus de la cheville que les chirurgiens ne peuvent pas opérer. Belaïev voit sa carrière sérieusement compromise, car les instructeurs ne lui laissent pas espérer sa réintégration dans le groupe d’entraînement aux épreuves physiques.

Pourtant, il va montrer sa volonté et prendre en charge sa guérison qui dure un an. Il suit la partie théorique de sa formation et il continue ses études à l’Académie de l’Armée de l’Air, aidé par des béquilles dans ses déplacements. Le reste du temps, il effectue des exercices de rééducation, en mettant en pratique les conseils de son père, médecin de campagne : pour souder une fracture, il faut accroître la charge sur le membre cassé. Alors, Belaïev va quotidiennement lever sa jambe valide, pour que l’autre jambe handicapée porte le poids de son corps. Puis, il soulève des haltères de plus en plus lourds et enfin, il attache, avant de s’endormir, des masses de plomb autour de sa cheville. Le résultat stupéfie les médecins : les os se sont ressoudés correctement. Des massages, des bains de boue et d’eau chaude complètent son rétablissement. Cependant, les docteurs de la Cité des Etoiles hésitent à lui donner l’autorisation de sauter à nouveau en parachute. Finalement, ils acceptent et il arrive à vaincre son appréhension, en réussissant parfaitement le saut de sa résurrection. Il reprend alors toutes ses activités physiques au milieu de l’année 1962.

Début 1963, Belaïev supervise la sélection de nouveaux cosmonautes et, en ce qui le concerne, le retard qu’il a pris dans son entraînement, l’a empêché d’être retenu sur un des six premiers vols du programme Vostok. La bonne nouvelle arrive en septembre 1963 : il est désigné pour participer à une des quatre missions suivantes, qui pourrait être Vostok 8, mais en février 1964, on décide de ne pas réaliser ces vols et de transformer le Vostok en un vaisseau appelé Voskhod. Belaïev est affecté à ce nouveau programme en avril 1964 et il espère être choisi comme le futur premier piéton du Cosmos. Trois mois après, il est nommé commandant du Voskhod 2 et le marcheur de l’Espace s’appelle Leonov qui est son coéquipier.

Il se demande toutefois s’il va vraiment partir, car des obstacles vont se dresser devant lui jusqu’à la veille de son vol. La première alerte intervient en janvier 1965. Durant un essai en centrifugeuse, Belaïev éprouve des difficultés à résister aux accélérations. Si cela se reproduit, son remplacement sera décidé par Kamanine, le Directeur des équipages. Plus tard, ce dernier reçoit des pressions de sa hiérarchie, pour que Beregovoï prenne la place de Belaïev. Kamanine refuse vu qu’il ne fait pas partie de l’équipage de remplacement, qu’il n’a pas les six mois d’entraînement nécessaires pour ce vol, qu’il est trop grand et trop lourd pour embarquer dans le Voskhod.

Une seconde alerte a lieu en février 1965. Lors d’un examen, les médecins découvrent sur le cardiogramme de Belaïev, une extra-systole qui est une contraction supplémentaire du cœur. La Commission de sélection s’interroge alors sur son maintien ou non pour la mission Voskhod 2. Le vote est positif, compte tenu que Komarov atteint du même problème, a parfaitement supporté son vol en octobre 1964. La dernière alerte surgit neuf jours à peine avant le départ. Korolev, le Directeur du programme spatial, est furieux d’apprendre qu’on cherche encore à remplacer Belaïev, cette fois-ci par Khrounov, la doublure de Leonov.

Du 18 au 19 mars 1965, Belaïev effectue enfin à bord de Voskhod 2 (5,68 tonnes/5,42 mètres), son unique mission d’1 j 2 h 02 autour de la Terre, en compagnie de Leonov. C’est le premier vol d’un équipage de deux cosmonautes et à une altitude record de 475 km. Peu avant le lancement, Belaïev sourit et son visage rayonne de bonheur, mais il ne peut s’empêcher de dire à Leonov : " Je n’y croirai que lorsqu’on aura fermé dernière nous, la porte de la cabine ". C’est fait. Le vol commence et il va se terminer comme dans un film d’aventures.

Une fois en orbite, Belaïev déploie le sas dans lequel Leonov se glisse pour sortir dans le vide et devenir, pendant 12 mn, le 1° homme à marcher dans l’Espace. Son scaphandre prend alors du volume et pour repasser dans le sas, il est contraint de réduire dangereusement la pression de sa combinaison. Leonov retourne ensuite dans la cabine, mais l’écoutille ne se referme pas hermétiquement. L’atmosphère de nitrogène et d’oxygène s’échappe lentement et les systèmes de bord compensent la perte par un complément d’oxygène qui atteint un taux critique dans la composition de l’air. Les cosmonautes craignent qu’une étincelle sur un circuit électrique ne provoque une explosion dans ce milieu inflammable.

En baissant la température pour diminuer l’humidité, Belaïev parvient à stabiliser l’atmosphère à un niveau de sécurité plus sûr. Devenu inutile, le sas est éjecté et cette action va accélérer la rotation du Voskhod que les deux hommes supportent difficilement. Elle va être corrigée seulement avant le retour sur Terre, pour économiser le carburant du contrôle d’attitude du vaisseau. A la 13° orbite, la pression dans les réservoirs d’air tombe de 75 à 25 atmosphères.

Les techniciens indiquent que si la chute continue, il restera de l’oxygène pour trois heures de temps, soit jusqu’à la 17° orbite durant laquelle doit s’effectuer la rentrée. A la 14° orbite, la pression n’est pas descendue davantage. Heureusement, car les cosmonautes ne peuvent pas revenir à la 17° orbite.

Belaïev annonce calmement : " Allumage automatique négatif ". Il informe le sol de la panne du système d’orientation automatique vers le Soleil, chargé d’aligner correctement le Voskhod, avant la mise en service du rétrofreinage. Le Centre de contrôle, par la voix de Gagarine, transmet alors à Belaïev les données pour une rentrée manuelle à la 18°, la 19° ou la 23° orbite.

Dès la 18° orbite, il va réussir ce que personne avant lui, n’a eu l’occasion de faire, mais au prix d’une acrobatie d’une durée de 46 secondes qui va décaler de 370 km, le site d’atterrissage. Car l’appareil qu’il doit utiliser n’est pas à sa portée. Pour ne pas le gêner, Leonov doit quitter son siège que Belaïev traverse pour atteindre le senseur optique de l’horizon terrestre fixé sur le hublot. Après avoir orienté le Voskhod, il reprend sa place avec Leonov et il allume avec succès les rétrofusées.

Comme lors de certains vols du Vostok, Belaïev constate que le module de service ne se détache pas immédiatement de la cabine qui va alors prendre une trajectoire très raide de rentrée. Les cosmonautes subissent une accélération de 10 g qui fait éclater de petits vaisseaux sanguins dans leurs yeux. Puis, le parachute se déploie et le Voskhod se dirige vers une forêt d’une montagne de l’Oural, en Sibérie. Il passe par miracle entre deux sapins et se pose sur un épais tapis de neige. Belaïev et Leonov sortent de la capsule en forçant la trappe, bloquée par une grosse branche.

Ils sont émerveillés par le spectacle de cette nature endormie, en cette claire matinée d’hiver. Ils respirent à pleins poumons l’air frais et se précipitent dans les bras l’un de l’autre. Pour signaler leur arrivée, Leonov ne peut envoyer qu’un message en morse qui est capté par un avion cargo et retransmis. Quatre heures plus tard, le pilote d’un hélicoptère distingue le parachute du Voskhod avec ses raies orange, étalé sur la cime des arbres et un peu plus loin, Belaïev et Leonov agitant les bras depuis un endroit dégagé, mais pas assez grand pour que l’hélicoptère puisse atterrir.

Une trop fragile échelle de corde est jetée pour des cosmonautes revêtus d’un lourd et rigide scaphandre, qui refusent de la monter. Un second appareil largue ensuite un paquet contenant des bottes fourrées et un autre renfermant des vêtements chauds qui s’accroche malheureusement aux branches des arbres. Pour se protéger du froid, les deux hommes essaient sans succès de récupérer la voilure du parachute, en tirant sur les suspentes. Pendant ce temps, les secouristes débarqués d’un hélicoptère cinq kilomètres plus loin et ceux à bord de véhicules tout terrain, n'arrivent pas à trouver les cosmonautes avant la tombée du jour.

Belaïev et Leonov passent donc la nuit dans le Voskhod dont un orifice laisse passer un froid glacial et par lequel ils entendent le hurlement des loups. Au matin, un hélicoptère survole de nouveau le site d’atterrissage et aperçoit un cosmonaute en train de couper des branches, tandis que le second se prépare à les brûler. Dans la journée, Belaïev et Leonov voient enfin arriver deux équipes de secours avec qui ils vont passer la nuit dans des conditions plus confortables que la précédente, puisqu’une hutte est construite près d’un grand feu. Le lendemain, ils repartent avec les secouristes pour parcourir 9 km en ski, afin de rejoindre un hélicoptère M-4 posé sur un terrain dont les arbres ont été abattus pour la circonstance.

L’aventure est terminée. Celle du programme Voskhod également, car Michine, le successeur de Korolev décédé en janvier 1966, va l'interrompre trois mois après sa disparition. Il estime que les quatre autres missions vont retarder le nouveau programme Soyouz et ne présentent aucun intérêt, si on les compare aux vols de la Gemini américaine.

En septembre 1966, Belaïev est désigné Chef de l’entraînement pour les occupants des futures stations d’observation militaire Almaz (Saliout 3 et 5). L'année suivante, il est aussi chargé de la formation des cosmonautes nouvellement recrutés et de ceux qui doivent survoler et atterrir sur la Lune (Programmes L1 et L3). Il est tellement estimé dans ses fonctions que ses collègues demandent vainement en 1968, son affectation en tant que Commandant des équipes de cosmonautes, à la place de Nikolaïev qui ne fait pas l’unanimité. En 1969, une autre occasion se présente à lui de repartir dans l’Espace : il est désigné commandant d’un des quatre équipages de la station Almaz.

Mais en décembre 1969, il tombe gravement malade et les chirurgiens doivent procéder à l’ablation d’une grosse partie de son estomac. Belaïev décède le 10 janvier 1970 à l’âge de 45 ans, suite à des complications consécutives à l’intervention.

Publié dans cosmonautes

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