James Lovell

Publié le par jijiaile


Le 12° astronaute, James (Jim) A. Lovell Jr.,
est né le 25 mars 1928 à Cleveland (Terre). A l’âge de 17 ans, la vocation spatiale de James, appelé communément Jim, commence à naître après la lecture d’un ouvrage sur l’astronautique retraçant l’activité des pionniers comme l’américain Goddard, le premier à expédier en 1926, une fusée à combustibles liquides jusqu’à une altitude de 12,5 m. En 1945, avec le concours de deux camarades de collège, il veut à son tour répéter l’expérience, mais la fabrication d’un engin identique est trop complexe et il choisit de lancer une simple fusée à poudre d’1 m de haut. Elle va grimper à 25 m, avant d’exploser. Cet échec ne décourage pas Jim qui décide de consacrer sa vie à la fuséologie, mais les revenus de sa mère, veuve, sont insuffisants pour suivre un cursus universitaire. Seule l’Armée peut lui offrir des études de ce niveau. Il adresse alors une demande d’inscription à l’Académie Navale d’Annapolis où son oncle est passé. Comme il n’y a plus de place disponible, il accepte la proposition de la Marine qui veut former des pilotes, après leur avoir payé deux années d’études supérieures.

En 1946, Jim rentre donc à l’Université du Wisconsin qu’il quitte en 1948 et il sollicite à nouveau son admission à Annapolis, afin de continuer son enseignement. Il rejoint la base aéronavale de Pensacola où il débute son entraînement de pilote qu’il interrompt pour suivre, pendant quatre ans, des cours à l’Académie qui a accepté, enfin, sa candidature. En 1952, Lovell obtient sa licence en sciences, après avoir présenté une thèse sur les fusées à propergols liquides, un sujet original et particulièrement pointu pour l’époque. Il espère que son bagage lui permettra plus tard de faire carrière dans le spatial. Pour sa seconde formation de pilote, il demande sa mutation dans une base de l’Est des Etats-Unis et il est envoyé…dans l’Ouest, à Moffett Field. Aux commandes d’avions de chasse, il effectue une centaine d’appontages sur le porte-avions USS Shangri-La qui patrouille dans l’Océan Pacifique et il s’occupe de l’entraînement des hommes pour les combats aériens.

A sa demande, car lassé de la monotonie de ces opérations, Lovell part en 1958 à l’Ecole des pilotes d’essai de l’Aéronavale de Patuxent River pour frôler la frontière de l’Espace en expérimentant, pendant six mois, de nouveaux avions comme l’A3J Vigilante. Il sort premier de sa promotion qui comprend aussi les futurs astronautes Schirra et Conrad. Son affectation à la Division des tests électroniques ne va pas le passionner. Aussi, lorsqu’en 1959 la Nasa communique à l’Armée de l’Air et à la Marine, le profil de l’astronaute idéal, Lovell est heureux d’être proposé par sa hiérarchie. Il répond présent à la convocation pour subir les tests en vue du recrutement des premiers astronautes du programme Mercury. Malheureusement, un taux trop important de bilirubine détecté dans la bile de son foie, l’empêche d’être retenu. Il retourne à Patuxent, profondément déçu et décidé à traquer son anomalie physiologique. Il subit des tests prouvant que son excès de bilirubine n’est pas une barrière pour devenir, la prochaine fois, un pilote de l’Espace. Un médecin le rassure : " Vous n’êtes absolument pas malade, c’est comme si vous aviez six doigts à un pied ".

A la suite d’une réorganisation des services en 1960, Lovell se trouve dans la Division des essais d’armement. En tant que Directeur du programme F4H Phantom, il met au point cet avion qui incorpore pour la première fois l’armement et l’électronique, puis il forme les pilotes au maniement du nouvel appareil. Sa tâche terminée, il est envoyé à la base aéronavale d’Oceana où il devient instructeur de vol et ingénieur de sécurité, après avoir obtenu en 1961, son diplôme à l’Université de Californie du Sud. Puis, il reçoit l’appel de l’Espace qu’il attendait. En lisant une revue aérospatiale en 1962, il apprend que la Nasa recherche de nouveaux astronautes. Il demande un dossier de candidature qu’il retourne, complété. Trois ans après le premier recrutement, il espère que l’agence spatiale sera moins sévère quant aux critères médicaux de sélection. Elle va l’être.

En septembre 1962, Lovell rentre dans la 2ème équipe des neuf astronautes, à l’âge de 34 ans. Il est gai et amical. Il aime le ski nautique et la natation, le handball et le tennis, les voitures de sport et la chasse. Son chanteur préféré est Trini Lopez.

 Il est tout d’abord nommé en juillet 1964, doublure du premier piéton américain de l’Espace, White, pour le vol Gemini 4 puis, un an après exactement, il est désigné co-pilote de Gemini 7, la mission la plus longue du programme. A la suite de l’échec de la mise en orbite de l’étage-fusée Agena auquel devait s’amarrer Gemini 6, la Nasa décide que Gemini 7 serve de cible de rendez-vous à Gemini 6, lancée après Gemini 7.

Du 4 au 18 décembre 1965, Lovell réalise son 1er vol record de 13 j 18 h 35 à bord de Gemini 7 (3,65 tonnes/5,74 mètres) autour de la Terre, avec Borman. Durant la montée, la puissance des moteurs du lanceur Titan II est moins forte que prévue et le vaisseau est injecté sur une orbite qui va devoir être relevée par les propulseurs de manœuvre de la cabine. Pendant 15 mn et entre 20 et 45 m, la capsule navigue de conserve avec le deuxième étage de la fusée qui bascule, en rejetant l’excédent de son propergol. Les astronautes débutent ensuite leurs expériences médicales et photographient la Terre et les étoiles. Cinq jours après, les deux hommes éprouvent une certaine gêne à porter leur combinaison spatiale. Le directeur de vol leur donne alors la permission de la retirer, à tour de rôle.

Lovell et Borman n’arrivent pas de suite à se mettre d’accord sur le programme de déshabillage. Finalement, c’est Lovell qui commence. Mais en restant deux jours en caleçon long, il attrape un rhume qui se manifeste par de sonores éternuements et une voix enrouée.
Un matin, le froid dans la Gemini les sort du sommeil. La température a baissé de 20°. Ils remarquent que le système de climatisation ne marche pas correctement parce que le vaisseau pivote deux fois par minute sur lui-même. L’appareil qui aspire la vapeur émanant de la respiration des astronautes, s’est bouché et il propulse à l’extérieur des gaz responsables du mouvement de la cabine. L’allumage des moteurs-fusées va diminuer cette rotation.
Lors d’un survol de la région de Houston, Lovell s’écrie à l’intention d’un contrôleur : " Dites aux gosses de Conrad de descendre de mon toit ! ".

Puis le 15 décembre, Lovell et Borman voient s’approcher Gemini 6 avec Schirra et Stafford à bord. Les deux capsules volent en formation pendant 5 h 18, jusqu’à 30 cm l’une de l’autre. Le premier rendez-vous spatial se déroule et une autre première est enregistrée avec la présence de quatre astronautes en même temps dans l’Espace. Ils répètent la rencontre de l’étage de remontée du module lunaire avec la cabine Apollo en orbite autour de la Lune.
Puis, Gemini 6 retourne sur Terre tandis que Gemini 7 poursuit ses révolutions. Les deux piles à combustibles qui alimentent en électricité et en eau le vaisseau, occasionnent des ennuis et on pense raccourcir le vol d’un jour, avec un amerrissage de nuit. Les deux hommes constatent qu’une seule cellule, sur les trois embarquées dans chaque pile, ne fonctionne pas. Ce n’est donc pas dramatique. De retour, Lovell et Borman marchent avec difficulté sur le pont du porte-avions, après leur immobilisation quatorze jours durant, dans leur étroite capsule. Et ils ne s’évanouissent pas comme le craignaient les médecins. Désormais, la Nasa est sûre que les missions Apollo de longue durée sont réalisables.

En janvier 1966, Lovell est désigné comme doublure de Young, le commandant de Gemini 10. Compte tenu de la rotation des équipages, il sait qu’il ne revolera pas sur Gemini 13, car le programme s’arrête avec Gemini 12. Mais le 28 février, un accident mortel intervient. Les astronautes de Gemini 9, See et Bassett, se tuent à bord de leur avion T-38. L’équipage de remplacement devient l’équipage principal et Lovell est alors nommé doublure de Stafford, nouveau commandant de Gemini 9. Ce malheur va donc lui permettre de voler une seconde fois sur Gemini 12, après son affectation en juin 1966.

Du 11 au 15 novembre 1966, Lovell effectue sa 2ème mission de 3 j 22 h 34 à bord de Gemini 12 (3,65 tonnes) autour de la Terre, en compagnie d’Aldrin. Dès la mise en orbite, les astronautes s’aperçoivent du mauvais fonctionnement du radar de bord chargé de détecter l’étage-fusée Agena. Grâce aux compétences d’Aldrin qui va entrer dans l’ordinateur, les données recueillies avec le sextant qu’il utilise, Lovell va repérer à vue, puis s’approcher et accoster la cible Agena. Il se détache d’elle ensuite pour procéder à un second amarrage qui va être mal verrouillé. La séparation ne peut intervenir qu’en mettant à feu les moteurs de la Gemini, ce qui va secouer les deux véhicules.
Quelques minutes après, Aldrin réalise, sans aucun problème, le troisième accostage, toujours dans le but de mettre au point les procédures d’accrochage entre l’étage de remontée du module lunaire et la cabine Apollo en orbite autour de la Lune. Mais les responsables de la Nasa informent Lovell qu’ils renoncent au réallumage de l’étage-fusée Agena, pour propulser l’attelage Agena-Gemini à une altitude de 760 km. Lors de son lancement, une perte de poussée de 6 % et une baisse de la vitesse de la turbine du moteur ont été constatées et l’on craint une explosion, lors de sa remise en marche.

Aldrin va alors effectuer en orbite basse, ses trois sorties d’une durée totale record de 5 h 30, qu’il devait faire en orbite haute. La 1ère et la 3ème consistent en l’exposition de son buste et, dans cette position, il prend des photos de la Terre et des étoiles. C’est au cours de la 2ème sortie qu’il démontre avec brio que l’homme peut travailler sans fatigue, à condition de disposer de points d’appui, comme des mains courantes. Il va notamment fixer une extrémité d’un câble sur Agena et l’autre sur Gemini. Avant de réintégrer la cabine, Aldrin essuie les vitres de la capsule. Lovell lui demande alors : " Peux-tu vérifier le niveau d’huile aussi ? ". 

Après la séparation des deux engins, il est difficile à Lovell de tendre le filin entre eux, pour mettre en rotation les véhicules, afin de créer une pesanteur artificielle. La mise à feu des moteurs de la cabine entraîne un roulis que Lovell a du mal à neutraliser, durant les quatre heures que dure l’opération. Certains de ces propulseurs de manœuvre vont, en effet, donner du souci aux astronautes. Ils vont, soit tomber en panne, soit produire une trop faible poussée. Les deux hommes n’ont pas plus de chance avec les deux piles à combustibles qui fournissent l’électricité et l’eau. Ils sont souvent réveillés pour déconnecter des éléments défectueux ou pour abaisser la pression d’oxygène, en raison d’une perte de puissance d’énergie. Ils doivent aussi, soit mastiquer avec difficulté les aliments qui ne peuvent pas être hydratés complètement, l’eau des piles arrivant péniblement dans la cabine, soit purger l’excédent du liquide qui risque de noyer les piles, empêchant l’approvisionnement en électricité.

Au moment de la rentrée où l’accélération est la plus importante, une poche contenant des manuels et des pièces, se détache de la paroi de la cabine. Par réflexe, Lovell serre ses genoux et empêche la lourde poche de passer entre ses jambes pour atterrir sur la commande des sièges éjectables, située à ses pieds. A l’altitude où se trouvait la Gemini, les chances de survie lors d’une éjection auraient été nulles. A l’issue de sa deuxième mission, Lovell devient le recordman de la durée de vol dans l’Espace.

En décembre 1966, Lovell est désigné comme doublure de Collins, pilote de la cabine Apollo, membre de l’équipage d’Apollo 3 commandé par Borman, chargé d’essayer le premier module lunaire autour de la Terre. A la suite d’un changement dans la numérotation des vols qui prend en compte les vols inhabités, Lovell se retrouve à nouveau en décembre 1967, doublure de Collins, le pilote de la cabine Apollo de la mission Apollo 9, pour le futur test du 2° module lunaire piloté par Borman et Anders, sur une orbite terrestre à l’apogée de 6.500 km. La Nasa va ensuite constater que le 1° module lunaire qui doit être essayé en orbite terrestre basse lors du vol Apollo 8 dirigé par McDivitt, ne sera pas prêt pour la fin de l’année 1968. En juillet 1968, Collins quitte l’équipage pour se faire opérer d’une excroissance osseuse et Lovell le remplace, rejoignant Borman, son compagnon de Gemini 7.

Puis, la C.I.A. va avertir la Nasa d’un possible survol lunaire effectué par les cosmonautes soviétiques avant le début de 1969. En août 1968, Low, le Directeur du programme Apollo à Houston, propose alors d’utiliser le créneau de lancement de décembre 1968 pour mettre la cabine Apollo 8 autour de la Lune, si le premier vol Apollo 7 en octobre sur orbite terrestre, est un succès. Slayton, le Directeur des équipages, ne veut pas affecter l’équipage de McDivitt sur cette mission, car il s’entraîne depuis de nombreux mois aux manoeuvres avec le 1° module lunaire, à la différence de celui de Borman que Slayton retient pour ce vol audacieux. Lovell accueille avec enthousiasme ce changement qui lui donne le rôle principal : la mise en orbite lunaire et la désatellisation.

Les trois hommes vont alors se passionner pour cette mission historique dont ils doivent être les héros, si les Soviétiques ne les devancent pas. Car en septembre 1968, ces derniers réalisent avec Zond 5 (Soyouz inhabité) un exploit remarquable : le premier aller-retour Terre-Lune, avec survol du satellite. En octobre 1968, Soyouz 3 avec Beregovoï teste le vaisseau modifié en orbite terrestre et un second survol lunaire par Zond 6 intervient en novembre 1968. Une autre fenêtre de lancement depuis Baïkonour s’ouvre le 6 décembre 1968, 15 jours avant le départ d’Apollo 8, mais les Soviétiques ne l’utilisent pas pour envoyer un équipage vers la Lune (On va apprendre plus tard qu'il était prévu de lancer un autre Zond inhabité, si Zond 6 ne s'était pas écrasé à son retour sur Terre. Le survol lunaire par des cosmonautes était alors envisagé pour février-mars 1969).

Du 21 au 27 décembre 1968, Lovell réalise sa 3° mission, à bord d'Apollo 8 (28,83 tonnes/11,14 mètres), pour le premier vol humain vers la Lune d’une durée de 6 j 3 h, avec un séjour de 20 h 10 en orbite lunaire, en compagnie de Borman et d’Anders. Depuis l’orbite terrestre, le réallumage du moteur du 3° étage de la fusée Saturn V projette les astronautes dans un monde où personne n’est entré avant eux. Lovell observe la Terre qui s’éloigne et il signale au Centre de contrôle : "Je regarde par le hublot central et ce hublot est plus grand que la Terre".

Puis, le 24 décembre, les astronautes offrent à l’humanité un merveilleux cadeau de Noël. Lovell met en marche pendant " les quatre minutes les plus longues de sa vie " le moteur SPS d’Apollo, afin de placer le vaisseau en orbite lunaire. Il informe le Centre de contrôle du résultat : " S’il vous plaît, soyez informé que le Père Noël existe bien. La combustion a été bonne ".

Mais les astronautes vont mal dormir, car ils ont soit trop froid, soit trop chaud et ils sont dérangés par le bruit du fonctionnement des appareils de bord. La grande fatigue des trois astronautes ne les empêche pas de réaliser la presque totalité de leur programme : photographie de la surface lunaire, relevé topographique des futurs sites d’atterrissage, repérage des positions géographiques où doit s’amorcer la descente des modules lunaires, mesure du champ de gravité susceptible de modifier la trajectoire des vaisseaux.
Pour le retour, Lovell met de nouveau à feu le moteur principal d’Apollo pour quitter l’orbite lunaire. A l'amerrissage, la cabine va heurter violemment la surface du Pacifique et se retourner la tête en bas, malmenée par des vagues et des creux d’1,50 m, avant d’être redressée par des ballons fixés sur le nez de la capsule. Les astronautes attendent pendant 90 mn le lever du jour, afin que les hommes-grenouilles puissent les sortir de la cabine.

Après sa 3ème mission, Lovell reste toujours le recordman de la durée de vol dans l’Espace et il va se confier " Pendant le vol, je ne cessais de penser à Jules Verne. Lorsque j’étais enfant, ses livres me fascinaient. Je n’aurais, alors, jamais cru qu’il me serait donné, un jour, de vivre l’une de ses histoires. Son livre " De la Terre à la Lune " a de troublants parallèles avec notre vol Apollo 8. Son véhicule spatial avait un équipage de trois hommes. Le lancement avait lieu en décembre, depuis la Floride. Et lorsqu’il revint sur Terre, il amerrit dans le Pacifique. J’aurais voulu, pour ma part, donner officiellement à notre gigantesque fusée le nom de Columbiad choisi par Jules Verne pour le gros canon qui avait envoyé ses explorateurs vers la Lune ".

En janvier 1969, Lovell est nommé comme doublure d’Armstrong, le commandant du vol historique d’Apollo 11. Il doit donc, logiquement, prendre ensuite le commandement d’Apollo 14, mais la réintégration de Shepard dans le Corps des Astronautes va modifier ces prévisions. En juin 1969, Slayton propose Shepard sur Apollo 13. Cependant, au quartier général de la Nasa, on estime qu’il ne sera pas assez entraîné au moment du vol. En août 1969, Slayton demande alors à Lovell, s’il veut être affecté sur Apollo 13 et céder sa place à Shepard sur Apollo 14. Il accepte, car il va arriver sur la Lune plus tôt que prévu. L'avenir en décidera autrement.

Du 11 au 17 avril 1970, Lovell effectue sa 4ème et dernière mission de 5 j 22 h 54 à bord d’Apollo 13 (43,92 tonnes/18,12 mètres), en compagnie de Haise et de Swigert, pour un survol lunaire consécutif à l'annulation de l'atterrissage sur la Lune. Il devient le 1er astronaute à réaliser un 4° vol et le 1er à voler deux fois vers notre satellite, mais c’est une maigre consolation pour Lovell qui avait " envisagé cette mission comme le couronnement de sa carrière ". Le vol débute sous de mauvais auspices. Lors du lancement, le moteur central du 2° étage de Saturn V s’éteint trop tôt, mais les quatre autres moteurs corrigent en partie la perte de poussée qui redevient normale grâce au fonctionnement prolongé du 3° étage.

Deux jours et huit heures après le lancement, alors que le vaisseau se trouve à 320 000 km de la Terre, le réservoir d’oxygène n° 2 explose et le gaz s’échappe du module de service.

Le réservoir n°1 est endommagé et ne peut fournir à la cabine Apollo que 80 minutes d’oxygène et de courant électrique par les trois piles à combustibles qui vont cesser de marcher, l’une après l’autre. Lovell et ses deux compagnons engagent alors une course poursuite pour réactiver le module lunaire qui va assurer la survie de l’équipage par l’apport de son oxygène, de son électricité, de son eau, de son système de navigation et de ses divers moteurs. Mais ses ressources sont limitées à 1 j 16 h et il faut que les trois hommes survivent pendant 3 j 14 h avant leur retour sur Terre.

Alors, les spécialistes du vaisseau et les astronautes dans les simulateurs, vont trouver des solutions d’économie que Lovell, Haise et Swigert mettent en pratique, avec courage et habileté. Ainsi, la consommation électrique des batteries du module lunaire va être réduite, l’eau rationnée et l’air à peine respirable. Lorsqu’il devient trop chargé d’oxyde de carbone et pour l’absorber, les trois hommes se servent de cartouches d’hydroxyde de lithium des scaphandres lunaires ou du purificateur d’air fabriqué avec les moyens du bord. Trop préoccupés, les astronautes dorment peu ou mal, ont extrêmement froid, vivent dans la pénombre et dans de mauvaises conditions d'hygiène, ne mangent pas beaucoup.

Lovell va perdre 6,3 kg. Dans le garde-manger de la cabine Apollo, certains produits alimentaires sont gelés, comme le hot-dog dont Lovell se sert pour taper sur la cloison du vaisseau, en disant : "Le son est appétissant !". Mais à chacun des quatre allumages du moteur de descente du module lunaire, les trois hommes savent qu’ils sont sur une trajectoire de retour rapide et de plus en plus précise vers leur chère planète Terre qui attend, avec impatience, l'arrivée de ses enfants en danger. Quatre heures avant la rentrée, le module de service, en partie déchiqueté, se détache. Puis, une heure avant, les sources autonomes d’électricité et d’oxygène de la cabine Apollo sont mises sous tension, avant la séparation d’avec le module lunaire que les trois hommes regardent, avec reconnaissance, s’éloigner. La cabine amerrit avec précision et avec deux records malgré tout. Celui de Lovell, pour la durée des vols cumulés et celui d’Apollo 13, la seule parmi les neuf missions lunaires, à être allée aussi loin : 400.086 km, en raison de la trajectoire particulière de survol lunaire. Interrogé sur la leçon et le titre de gloire d’Apollo 13 qui a réussi son sauvetage, Lovell répond avec modestie : " Vous pouvez le faire, si vous devez le faire ".

Slayton envisage de suite de lui donner une autre occasion de se poser sur la Lune. Il veut le désigner comme doublure de Young d’Apollo 16, puis commandant d’Apollo 19. Mais, pour ménager sa famille angoissée par son dernier vol, Lovell a déjà pris la décision de ne plus repartir dans l’Espace (Apollo 19 sera annulé en septembre 1970). En mai 1971, il est nommé Directeur-adjoint de la Science et des Applications au Centre Johnson, chargé des tâches scientifiques du programme Apollo. Il obtient la même année, un diplôme de management à l’Ecole de commerce d’Harward.

C’est en mars 1973, que Lovell quitte la Nasa pour rejoindre la Bay-Houston Towing Compagny dont il devient Président, deux ans après. En janvier 1977, il prend la présidence de la Fisk Telephone Systems Inc. de Houston, spécialisée dans les équipements de communications. Lovell se rend en France à deux occasions. La première fois en juin 1976 à Sainte-Mère-Eglise, accompagné de ses collègues Cernan, Evans et Carr pour la commémoration du 32° anniversaire du débarquement en Normandie. La seconde fois en juin 1978 à Lyon avec d’anciens astronautes et des cosmonautes pour participer au Congrès Espace et Civilisation organisé par Albert Ducrocq, le Président du Cosmos Club de France.
En janvier 1981, Lovell est Vice-président de Centel Business Communications Systems jusqu’en 1993. Il crée alors la société Lovell Communications. Il va aussi coordonner les expériences des étudiants, embarquées dans les navettes spatiales et devenir Consultant au Conseil de la Présidence des Etats-Unis, pour les Sports et l’Education Physique. En 1999, il ouvre un restaurant familial, le Lovell’s of Lake Forest, décoré de souvenirs spatiaux et où son fils est Chef-cuisinier. Il va également faire partager son expérience d’astronaute et d’homme d’affaires, en tenant des conférences dans les collèges et les universités, pour inciter les jeunes à faire carrière dans le spatial.

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