Gueorgui Beregovoï

Publié le par jijiaile

  

Le 12° cosmonaute, Gueorgui T. Beregovoï, est né le 15 avril 1921 à Yenakiyevo (Terre). Enfant, il construit des modèles réduits d’avions et après avoir fini sa scolarité à 17 ans, il part travailler dans une aciérie. Il ne va pas y rester longtemps, car il ressent d'agréables sensations en prenant des leçons à l’aéroclub où il est inscrit. Il devient pilote amateur et, pour aller plus haut et plus vite, il rentre en 1938 à l’Ecole de l’Armée de l’Air de Lougansk. Trois ans après, Beregovoï reçoit son diplôme de pilote de chasse, alors que vient de commencer la 2ème guerre mondiale et que les troupes allemandes pénètrent en Union Soviétique.

Il est affecté dans une escadrille de la division du major général Kamanine qui va être, vingt ans plus tard, le Directeur des équipages de cosmonautes. De 1941 à 1945, Beregovoï effectue 185 missions de combat contre les appareils de la Luftwaffe, pour permettre aux blindés et à l’infanterie soviétiques de repousser l’envahisseur, sans être trop inquiétés par le bombardement aérien. A trois reprises, son avion est touché et il tombe en parachute sur le territoire occupé par l’ennemi, mais il réussit à rejoindre son unité après avoir traversé des champs boueux et des forêts enneigées. En 1945, son dernier fait d’armes est de participer à la libération de la Tchécoslovaquie.

La guerre terminée, Beregovoï entre à l’Ecole supérieure des officiers, puis il est admis en 1948 à l’Ecole des pilotes d’essai de Schelkovo. Pendant six ans, il va mettre au point 63 types d’avions dont le MiG 15 dans sa version tous temps et le MiG 19 équipé de moteurs-fusées d’appoint pour son décollage. Il forme ensuite les jeunes recrues. Tout en exerçant son métier, il suit à partir de 1953, des cours par correspondance de l’Académie de l’Armée de l’Air du Drapeau Rouge qui lui décerne son diplôme en aéronautique en 1956, après la réussite à son examen. Le 12 avril 1961, lorsque Gagarine ouvre la voie de l’Espace, Beregovoï voudrait, lui aussi, participer à cette grande aventure, mais il se trouve trop âgé. Il a 40 ans et Gagarine, 27. En décembre 1963, Roudenko, qui supervise l’entraînement des cosmonautes, estime que la venue d’officiers expérimentés est nécessaire pour leur formation, après qu'ils aient effectué une mission spatiale. Informé, Beregovoï s’empresse alors de poser sa candidature.

En janvier 1964, Beregovoï est admis dans le Corps des Cosmonautes et rattaché au 2° détachement de pilotes sélectionnés un an plus tôt. Très loquace, il est aussi connu pour son humour excessif et sa grande passion pour la conduite automobile.

Les " anciens " cosmonautes ne sont pas contents de voir arriver un héros de guerre couvert de décorations et un des meilleurs pilotes d’essai. Il est recruté à 43 ans, bien que l’âge maximun autorisé soit de 35 ans, et on lui a promis pour très bientôt une mission, alors que trente-quatre d'entre eux attendent leur tour, la plupart depuis quatre ans. Kamanine rassure ses jeunes troupes. Beregovoï ne s’envolera que lorsqu’il aura terminé son long entraînement. Cependant, il est de suite intégré dans le groupe de ceux qui préparent le prochain vol Vostok 7, prévu en avril 1964.

Grâce à Roudenko, il bénéficie en plus d’une formation accélérée qui va aggraver leur mécontentement. Mais en février 1964, les missions Vostok 7 à 10 sont supprimées pour laisser la place au programme Voskhod. Quatre mois après, Kamanine se prépare à sélectionner les équipages des cinq premiers vols du Soyouz qui doit prendre la relève du Voskhod. Roudenko veut que Beregovoï occupe un poste de commandant de bord, mais Kamanine lui répond que pour tenir cette fonction, le cosmonaute doit, au préalable, avoir réalisé un vol.

En janvier 1965, les supérieurs hiérarchiques de Kamanine vont alors faire pression sur lui, pour que Beregovoï prenne la place de Belaïev pour la mission Voskhod 2 de mars 1965. Le Directeur des équipages leur tient tête et il refuse, en arguant du fait que Beregovoï n’a pas les six mois d’entraînement requis pour ce vol, qu’il est trop grand (1,80 m) et trop lourd (84,5 kg) pour occuper le vaisseau avec un autre cosmonaute. La taille standard et le poids moyen sont respectivement de 1,71 m et de 73 kg. Il conseille donc au doyen des cosmonautes de perdre du poids.

Deux mois plus tard, c’est au tour de Roudenko de demander que Beregovoï remplace Volynov pour le vol Voskhod 3 prévu pour le deuxième trimestre de 1966. Kamanine le retient uniquement comme doublure et il promet de l’affecter sur Voskhod 4. Mais en mai 1966, Michine, le successeur de Korolev, le patron du programme spatial, annule les missions Voskhod 3 à 6 qui, selon lui, vont retarder le programme Soyouz.

Michine et Roudenko estiment que Beregovoï ne peut pas attendre indéfiniment un vol spatial, vu son âge et les conditions de son engagement. Ils proposent sa nomination comme commandant du 1er Soyouz, mais Kamanine est toujours réticent à cause justement de son âge avancé (pour l’époque), bien qu'il ait fait un effort pour perdre du poids. En décembre 1966, il le nomme cependant doublure dans l’équipage de Soyouz 5, avec une promesse pour une affectation sur Soyouz 7. Début 1967, Beregovoï voit soudain se rapprocher une opportunité de vol tant espérée. Il est désigné comme le seul passager du Soyouz 4 et il partira après le vol solitaire que Gagarine doit effectuer sur Soyouz 3.

La mort de Komarov le 24 avril 1967, après son retour précipité à bord de Soyouz 1, va encore accélérer son avancement dans l'ordre des expéditions. Cinq jours après l’accident tragique, Kamanine décide de ne plus risquer la vie de Gagarine et il nomme Beregovoï comme pilote du Soyouz 3, chargé de s’amarrer au Soyouz 2 occupé par l'équipage de Bykovsky. L'opération doit simuler l'accostage de l'étage de remontée du module lunaire avec le vaisseau en orbite autour de la Lune. Un an plus tard et par prudence, on préfère que le Soyouz 2 ne soit pas habité. Peu avant son départ, Beregovoï échoue dans son dernier examen de qualification pour son vol. Au lieu d’être remplacé par sa doublure Chatalov comme le prévoit le règlement, on lui fait repasser les épreuves qu'il va réussir, cette-fois ci.

Du 26 au 30 octobre 1968, Beregovoï effectue à bord de Soyouz 3 (6,57 tonnes/6,98 mètres), son unique mission de 3 j 22 h 50 mn autour de la Terre. A 47 ans, il est le plus âgé à partir pour le Cosmos avec la lourde tâche d’expérimenter le vaisseau modifié. La cabine est placée à 11 km de distance de Soyouz 2, lancé la veille. Dès sa mise en orbite, Beregovoï souffre du mal de l’espace et il n’a pas le temps de s’adapter à l’apesanteur, car l’amarrage doit avoir lieu rapidement.

Le rendez-vous est automatique jusqu’à 200 m de la cible. Beregovoï prend alors les commandes manuelles et s’approche à 35 m de Soyouz 2. Il aperçoit ses feux de position, mais il a du mal à distinguer ceux du haut et ceux du bas, car le vaisseau inhabité se trouve dans l’ombre. Il préfère suspendre momentanément la rencontre, en attendant que la cabine soit éclairée par le soleil. Pendant cette pause, son vaisseau va dériver et il doit consommer beaucoup de carburant pour se remettre dans l’axe du Soyouz 2, lorsqu’il apparaît dans la lumière. 

Mais le vaisseau automatique s’écarte, estimant incorrect l’alignement des deux cabines. Beregovoï recommence alors l’opération qu’il interrompt malheureusement, car il doit garder 10 kg de propergol pour l’orientation du Soyouz, avant la désatellisation. Beregovoï a réalisé le premier rendez-vous habité soviétique avec un autre engin, mais l’amarrage est un échec. Il va heureusement constater que les améliorations apportées au vaisseau, sont satisfaisantes. Il effectue ensuite des expériences scientifiques et des observations de la Terre ainsi que des étoiles.

 Il rentre sur Terre deux jours après Soyouz 2. Après s’être posé, un vent très violent s’engouffre dans le parachute qui commence à traîner Soyouz 3 sur le sol enneigé, mais Beregovoï va vite arrêter la glissade en actionnant une commande qui sectionne le cordage de la voilure. Il évacue sa capsule surchauffée pour affronter au-dehors une température de - 12 ° C. " Je passe de l’été à l’hiver " remarque-t-il, en rajoutant plus tard : " En sortant de la cabine, j’ai éprouvé un léger enivrement, comme si je me trouvais sur un bateau balancé par des vagues ".

Son vol spatial enfin réalisé, Beregovoï se retire du Corps des Cosmonautes en avril 1969 pour s’occuper de leur formation, comme prévu lors de son recrutement. Les cours de psychologie qu'il va suivre, vont l'aider dans cette tâche et dans la politique. Il devient, en effet, Député au Soviet Suprême en 1970 et le reste pendant huit ans. En 1972, il est nommé Directeur du Centre d’entraînement de la Cité des Etoiles. A ce titre, il accueille, en septembre 1980, Jean-Loup Chrétien et Patrick Baudry, venus s'entraîner pour le premier vol d'un Français dans l'Espace, en juin 1982. 
En 1987, Beregovoï quitte le programme spatial pour rentrer au Service Information de l’Académie des sciences. Le 30 juin 1995, Beregovoï décède à l’âge de 74 ans, d’un arrêt cardiaque lors d’une intervention chirurgicale.

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