Frank Borman

Publié le par jijiaile


Le 11° astronaute, Frank Borman,
est né le 14 mars 1928 à Gary (Terre). Enfant, il est de faible constitution, d’une santé fragile et il est opéré à deux reprises, alors qu’il n’a pas cinq ans. Les médecins conseillent à ses parents de partir dans une région plus clémente. La famille quitte alors l’Indiana pour s’installer à Tucson dans l’Arizona où le climat chaud des paysages de western, fortifie le corps du jeune Frank.
A quinze ans, il se découvre une passion pour les avions et quatre années plus tard, il s’engage dans l’Armée de l’Air. Il entre à la célèbre Académie militaire de West Point qu’il quitte en 1950, avec sa licence en sciences. Borman suit une formation de pilote de chasse à la base aérienne Williams, puis demande son affectation aux Philippines jusqu’en 1953. Il choisit comme spécialité le bombardement en piqué, mais au cours d’un vol d’entraînement, il a une rupture de tympan qui va le clouer au sol pendant plusieurs mois. Il sert ensuite dans différentes unités aériennes, comme pilote et instructeur.
En 1957, il obtient une maîtrise en aéronautique décernée par l’Institut de Technologie de Californie et il retourne à l’Académie militaire où il enseigne pendant trois ans, la thermodynamique et la mécanique des fluides. Une grosseur à l’intestin décelée lors d’un examen médical, pour le recrutement en 1959 des premiers astronautes, empêche Borman de rentrer à la Nasa, mais un traitement va faire disparaître cette excroissance avant sa future sélection.
Après avoir été professeur à West Point, il devient en 1960, élève à l’Experimental Test Pilot School d’Edwards où Stafford, un futur astronaute, lui apprend le métier de pilote d’essai. L’année d’après, sur la suggestion de Borman, le Centre est rebaptisé The Aerospace Research Pilot School, puisque les techniques spatiales sont maintenant au programme. Il devient instructeur dans cette école jusqu’à son admission à la Nasa et il fait la connaissance de Collins et de Scott qui vont être recrutés en 1963, comme astronaute.
 
En septembre 1962, Borman rentre dans la 2° équipe des neuf astronautes, à l’âge de 34 ans. Il est connu pour sa prudence et sa discipline, son sérieux et sa courtoisie. Il aime les vieux tacots, la chasse et le ski nautique.

Pour le premier vol Gemini, il est nommé en février 1964, doublure de Stafford, tandis que son commandant Grissom est désigné doublure de Shepard. Ce dernier est exclu des équipes de vol un mois après, à cause d’un syndrome dans son oreille interne. Slayton, le Directeur des équipages, décide alors d’affecter l’équipage de substitution sur la première Gemini, mais Grissom ne veut pas continuer à faire équipe avec Borman qui est remplacé par Young. Trois mois plus tard, Borman est choisi comme doublure de McDivitt pour la mission Gemini 4 et, en juillet 1965, il devient commandant de Gemini 7 pour le vol le plus long du programme.
Auparavant doit être mis en orbite Gemini 6 qui doit s’amarrer à un étage-fusée Agena, mais la fusée Atlas-Agena explose lors du lancement. Pour ne pas prendre de retard, la Nasa décide alors d’un rendez-vous entre les deux vaisseaux habités. Certains ingénieurs suggèrent en plus que Gemini 6, lancé en second, s’amarre à Gemini 7 équipé d’un cône escamotable à l’arrière qu’on peut construire rapidement, mais Borman refuse, jugeant cette opération trop risquée.

Du 4 au 18 décembre 1965, Borman effectue sa 1ère mission record de 13 j 18 h 35 à bord de Gemini 7 (3,65 tonnes/5,74 mètres) autour de la Terre, en compagnie de Lovell. Pendant l'ascension, la poussée de leur fusée Titan II est légèrement inférieure aux prévisions et place la Gemini sur une orbite dont l’apogée va devoir être relevé grâce aux moteurs du vaisseau. Durant quinze minutes, la cabine vole en formation entre 20 et 45 m, avec le 2° étage du lanceur qui culbute, en crachant le reste de son carburant. Les astronautes commencent ensuite leurs expériences médicales et prennent des photos de la Terre et des étoiles. 
Borman déclare : " Je me sens comme si j’étais né ici ". Cinq jours après, les deux hommes ne supportent plus le port de leur combinaison. Le directeur de vol leur donne alors l’autorisation de l’enlever à tour de rôle, pour des raisons de sécurité. Un matin, le froid dans la capsule les réveille. La température a baissé de 20°. Ils constatent que le système de climatisation ne fonctionne pas normalement parce que la Gemini tourne deux fois par minute sur elle-même. Le dispositif qui absorbe la condensation provenant de la respiration des astronautes, est engorgé et il éjecte des jets de vapeur à l’origine de cette rotation rapide. La mise en marche des moteurs-fusées ralentit ce mouvement.
Puis le 15 décembre, les deux hommes voient arriver Gemini 6 avec Stafford et Schirra qui signale : " Il y a beaucoup de circulation ici ". " Faut appeler un agent " lui répond Borman. Les deux vaisseaux naviguent de conserve pendant 5 h 18, s’approchant jusqu’à 30 cm. Le premier rendez-vous spatial a lieu et, pour la première fois, quatre astronautes se trouvent en même temps dans l’Espace.
Ils simulent la rencontre de l’étage de remontée du module lunaire avec la cabine Apollo en orbite autour de la Lune. Gemini 6 revient sur Terre et Gemini 7 continue sa ronde.
Les deux piles à combustibles qui fournissent de l’électricité et de l’eau, causent des ennuis et on envisage que la mission soit écourtée d’un jour, avec un amerrissage de nuit. Borman et Lovell remarquent qu’une seule cellule sur les trois contenues dans chaque pile, ne marche pas. Ce n’est pas inquiétant et le vol peut continuer et se terminer comme prévu. A leur arrivée sur le porte-avions, les deux hommes ont la démarche hésitante après être restés assis quatorze jours. La Nasa a maintenant l’assurance que les vols Apollo de longue durée sont possibles.
 
En septembre 1966, Borman est nommé doublure du commandant de bord Schirra pour le vol Apollo 2 qui doit tester en orbite terrestre, la cabine. Deux mois après, la Nasa décide d’annuler cette mission qui est une répétition du vol Apollo 1. En décembre 1966, Borman est désigné commandant d’Apollo 3, chargé d’essayer le premier module lunaire autour de la Terre. Mais le 27 janvier 1967, Grissom, White et Chaffee périssent dans l’incendie de leur vaisseau Apollo 1, à Cap Kennedy. Borman est alors choisi comme le représentant des astronautes dans la Commission d’enquête. Lorsqu’il pénètre dans la cabine noircie, sa "confiance en Apollo est durement ébranlée". Sa participation sans complaisance à l’investigation, va être très appréciée par les membres du Congrès américain à qui un rapport est remis sur les causes du drame. 
Il est nommé ensuite à la tête de l’équipe chargée de revoir la conception intérieure de la cabine. Borman, à la " main de fer dans un gant de velours ", obtient toutes les modifications pour que la sécurité des astronautes soit pleinement assurée, notamment la suppression d’une atmosphère entièrement composée d’oxygène pur et l’ouverture des écoutilles en sept secondes au lieu des quatre-vingt dix secondes. Puis un jour, il annonce : " Assez ! Le travail est terminé maintenant. Il est temps de voler ! ". Apollo vient de renaître.

Borman est désigné en décembre 1967, commandant du vol Apollo 9 pour piloter le 2° module lunaire sur une orbite terrestre à l’apogée de 6.500 km. Il informe Slayton qu’il s’agira de sa dernière mission, car il veut profiter de sa famille dont il a été trop souvent éloigné. La Nasa va ensuite se rendre compte que le 1° module lunaire qui doit être essayé en orbite terrestre basse lors du vol Apollo 8 commandé par McDivitt, ne sera pas prêt pour la fin de l’année 1968.
Puis, les services secrets vont informer la Nasa d’un possible survol lunaire de cosmonautes soviétiques avant le début de 1969. En août 1968, Low, le Directeur du programme Apollo à Houston, propose alors d’utiliser le créneau de lancement de décembre 1968 pour mettre en orbite lunaire la cabine Apollo 8, si le premier vol Apollo 7 en octobre sur orbite terrestre, est un succès.
 
Slayton ne veut pas affecter l’équipage de McDivitt sur cette mission, car il s’exerce depuis de nombreux mois aux manoeuvres avec le 1° module lunaire, contrairement à celui de Borman que Slayton retient pour ce vol lunaire. Mais Kraft, le Directeur des vols, s'aperçoit que Borman est déconcerté par cette affectation parce que la préparation de cette expédition doit durer seulement quatre mois et qu’il s’est entraîné pour une mission différente. Avant d’accepter, il s'entretient avec ses coéquipiers, Lovell et Anders. Après la " réunion la plus importante de sa vie ", il donne sa réponse : " On est partant ". Les trois hommes vont alors se passionner pour ce vol historique et audacieux dont ils doivent être les héros, si les Soviétiques ne les devancent pas.

Car en septembre 1968, ces derniers réalisent avec Zond 5 (Soyouz inhabité) un exploit remarquable : le premier aller-retour Terre-Lune, avec survol du satellite. En octobre 1968, Soyouz 3 avec Beregovoï teste le vaisseau modifié en orbite terrestre et un second survol lunaire par Zond 6 intervient en novembre 1968. Une autre fenêtre de lancement depuis Baïkonour s’ouvre le 6 décembre 1968, 15 jours avant le départ d’Apollo 8, mais les Soviétiques ne l’utilisent pas pour envoyer un équipage vers la Lune (On va apprendre plus tard qu'il était prévu de lancer un autre Zond inhabité, si Zond 6 ne s'était pas écrasé à son retour sur Terre. Le survol lunaire par des cosmonautes était alors envisagé pour février-mars 1969).

Du 21 au 27 décembre 1968, Borman réalise sa 2° et dernière mission, à bord d'Apollo 8 (28,83 tonnes/11,14 mètres), pour le premier vol humain vers la Lune d’une durée de 6 j 3 h, avec un séjour de 20 h 10 sur orbite lunaire, en compagnie d'Anders et de Lovell, à nouveau. Depuis l’orbite terrestre, le réallumage du moteur du 3° étage de la fusée Saturn V propulse les astronautes dans un univers où personne n’a pénétré avant eux. 
Par un hublot de la cabine, Borman regarde la Terre s’éloigner et il appelle le Centre de contrôle : " Dites aux habitants de la Terre de Feu (Argentine et Chili) de mettre leur imperméable. On dirait qu’une tempête se prépare ". " Voulez-vous leur donner des prévisions pour les vingt-quatre heures à venir ? " demande le Centre. " Pourquoi pas ? Elles ne seront pas plus mauvaises que celles de nos météorologistes " répond Borman. Le lendemain, Borman a des nausées, des maux de tête, des frissons, de la fièvre et une gastro-entérite attrapée sans doute à Cap Kennedy où sévit une épidémie. Il n’arrive pas à trouver le sommeil et n’a pas faim. Les médicaments vont faire disparaître ces troubles, au bout d'une journée.
Puis, le 24 décembre, les astronautes offrent à l’humanité un magnifique cadeau de Noël. Le moteur SPS place Apollo en orbite lunaire. Lovell s’exclame " On a gagné ! " tandis qu’Anders rajoute " En plein dans le mille ! ".
Quant à Borman, il annonce : " Espérons que ça se rallumera demain pour retourner au bercail ". En observant la Lune, il a " le sentiment d’entrer dans le monde de la science-fiction, un monde étrangement éclairé, un monde d’une beauté impressionnante et solitaire ".  
En regardant la Terre à 378.504 km, il lui est " difficile de croire que cette petite boule peut contenir tant de problèmes et tant de frustrations ".
Les astronautes vont mal dormir, car ils ont soit trop froid, soit trop chaud, sans compter le bruit causé par le fonctionnement des appareils de bord. La grande fatigue des trois hommes ne les empêche pas de réaliser la presque totalité de leur programme : photographie de la surface lunaire, relevé topographique des futurs sites d’atterrissage, repérage des positions géographiques où doit s’amorcer la descente des modules lunaires, mesure du champ de gravité susceptible de modifier la trajectoire des vaisseaux.
 
Sur le chemin du retour, un contrôleur zélé demande à un équipage exténué, de manœuvrer Apollo pendant trente minutes vers le nord. Borman lui répond : " Ok ! Vous savez ce que j’en pense. Si vous voulez jouer avec nous pendant trente minutes, nous jouerons avec vous ". A l'amerrissage, la cabine Apollo heurte violemment la surface du Pacifique et se retourne la tête en bas, malmenée par des vagues et des creux d’1,50 m. Des jets d’eau jaillissent par l’ouverture d’égalisation de la pression et arrosent Borman. Il appuie sur le bouton pour gonfler les ballons fixés sur le nez de la capsule qui se redresse lentement, mais les astronautes attendent pendant 90 mn le lever du jour, afin que les hommes-grenouilles puissent les sortir de la cabine. Borman va alors déclarer pour résumer la mission : " On a eu du pot ! ". Après son vol, il est invité dans de nombreux pays et il se rend à Paris.
En janvier 1969, Borman quitte le Corps des Astronautes et le mois suivant, il est nommé Adjoint de Slayton, le Directeur des Equipages, puis en mai 1969, il est désigné Directeur des services spécialisés dans l’étude des stations orbitales. A l’invitation de l’ambassadeur soviétique à Washington, Borman est le premier astronaute à se rendre à Moscou pendant les dix premiers jours de juillet 1969. L'homme qui a vu la Lune de près, est accueilli chaleureusement. Il fait la connaissance de quelques cosmonautes qui se font un plaisir de lui montrer les installations du Centre d’entraînement de la Cité des Etoiles.

De retour aux Etats-Unis pour assister au départ du vol historique d’Apollo 11 le 16 juillet, il apprend que la sonde lunaire soviétique Luna 15 a décollé de Baïkonour le 13 juillet. La Nasa s’inquiète sur les possibles interférences avec le vaisseau Apollo 11. Borman téléphone alors au Professeur Keldysh, président de l’Académie des sciences qu’il a rencontré. Il tombe sur son adjoint qui lui promet de contacter le Professeur. Rapidement, Borman va recevoir un télégramme de Keldysh sur lequel figurent tous les paramètres de vol de Luna 15 qui rassurent l'agence spatiale (Après sa mise en orbite lunaire, la sonde soviétique va s’écraser le 21 juillet sur la Lune, le lendemain de l’arrivée d’Armstrong et d’Aldrin. Elle était chargée de ramener des échantillons lunaires sur Terre, avant l’équipage américain).

Borman quitte la Nasa en juillet 1970, à 42 ans, pour redevenir comme en 1966 et 1968, ambassadeur spécial des Etats-Unis, chargé de négocier la libération des prisonniers de guerre américains au Vietnam, car le président Nixon a remarqué ses qualités de diplomate lors de son voyage en Union Soviétique et à l’occasion de l’épisode de Luna 15. Il va tenir, avec talent et succès, son rôle de médiateur dans des tournées en Extrême Orient et en Europe, notamment à Paris où il rencontre des Nord-Vietnamiens. 
En 1970 également, Borman obtient un diplôme en gestion de commerce avancé de la célèbre école de Harward et il entre dans la compagnie aérienne Eastern Airlines où il va occuper des postes de responsabilités qui vont l’amener à la présidence.

Il s’investit énormément pour relever la société qui n’a pas une bonne réputation et il va en faire l’une des quatre grandes compagnies aériennes américaines. Gestionnaire avisé et profondément influencé par les méthodes de travail de la Nasa, Borman va d’abord réorganiser le service des ventes et des structures, puis contribuer au renom d’Eastern en développant de nouvelles idées de management pour éponger la dette, puis créer une situation de profits. Il met fin aux tensions internes au sein de la direction, améliore la qualité du service aux passagers et mène une politique de partage des bénéfices et des risques avec le personnel. Borman s’impose comme un dirigeant énergique reconnu par les compagnies concurrentes. Il est le premier client nord-américain à signer des contrats de location-vente pour des Airbus A 300, puis des contrats d’achat pour des Airbus A 300 B qu’il met en service dans sa compagnie. Ces accords amènent Borman à se déplacer régulièrement à Toulouse et à Paris, notamment durant les années 1977 et 1978. En juin 1981, il vient au Salon de l'Aéronautique et de l'Espace du Bourget.

Une crise dans le transport aérien va entraîner des conflits sociaux, puis des pertes financières. Plus de deux cents compagnies vont alors disparaître ou être absorbées comme Eastern Airlines qui est rachetée par Texas Air dont Borman devient vice-président en juin 1986. 
En mars 1988, il se rend dans les Hautes-Pyrénées, plus particulièrement aux sanctuaires de Lourdes et près de Tarbes au siège de la société Socata qui construit, avec la Mooney Aircraft, le TBM-700. Il parraine ce nouvel avion d'affaires avec Muriel Hermine, la championne olympique de natation synchronisée.

En 1988, Borman quitte la Texas Air pour être nommé Président de Patlex Corporation, une entreprise de fabrication de composants électroniques et de systèmes laser. Borman est également membre du conseil d’administration de nombreuses sociétés : National Bank, King Resources Co., Home Depot, National Geographic, Outboard Marine Corporation, Auto Finance Group, Thermo Instrument Systems et American Superconductor.

Publié dans astronautes

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