Le 2° cosmonaute, Guerman S. Titov,
est né le 11 septembre 1935 à Verkhneye Zhilino (Terre). Il porte le prénom du héros du roman " La Dame de pique " de l’écrivain Pouchkine que son père adore. Enfant, il
tombe de sa bicyclette et se casse un poignet. Il ne dit rien à ses parents qui s’en aperçoivent tardivement. Le poignet, mal ressoudé, devra être fortifié par des exercices réguliers. Très bon
élève, Titov veut être aviateur et en 1949, il entre dans une école préparatoire. Il craint que la vérité sur son handicap soit découverte et qu’il ne puisse pas devenir pilote lorsqu’en 1953,
l’Ecole Supérieure Kacha de l’Armée de l’Air l’accueille comme cadet d’aviation.
Tous les matins, il se lève une heure plus tôt pour travailler aux barres parallèles. Il continue ainsi à donner davantage de force à son poignet. Un jour, Titov répond en haussant le ton, à un colonel antipathique qui vient de lui crier une réflexion. Grâce à l’intervention de son instructeur, il n’est pas renvoyé. Car c’est un excellent élément : il pilote avec hardiesse et aisance. Il est le premier de sa promotion et le premier aussi à prendre seul les commandes d’un avion à réaction. En 1955, il se trouve à Stalingrad dans l’Ecole des pilotes d’essais d’où il sort en 1957, diplômé en aéronautique avec mention. Titov est affecté ensuite dans le secteur de Leningrad pour une belle carrière au sein des Forces Aériennes. Il décroche de nombreux records de vitesse et d’altitude.
Au moment des épreuves de sélection comme cosmonaute, Titov se met en colère contre les psychologues qui l’assomment de questions " absurdes ". Un célèbre médecin empêche alors son élimination "pour réaction non contrôlée". Lors des examens médicaux, aucune radio des poignets n’est faite et il échappe une fois de plus à l’exclusion.
En mars 1960, Titov est admis à l’âge de 25 ans dans le 1er Corps de Cosmonautes. Il est très cultivé, avec des dons littéraires certains et une passion pour la poésie. Son caractère particulier et son franc-parler qui peuvent vexer autrui, s’effacent devant son exceptionnel professionnalisme, sa supériorité en tant que pilote et son talent d’orateur.
Titov est la doublure de Gagarine avant d’effectuer du 6 au 7 août 1961, à bord de Vostok 2 (4,73 tonnes/4,40 mètres), son unique vol autour de la
Terre en 1 jour 1 h 11 mn. C’est un record mondial de durée à l’époque : quatorze fois plus longtemps que Vostok 1. Quarante-quatre ans après, Titov reste encore à 26 ans, le plus jeune à
être parti pour le Cosmos. Dès la première orbite, il est atteint du mal de l’espace. Il souffre d’une perte d’orientation et il a
l’impression qu’il tombe, les jambes en l’air. S’il remue la tête brusquement ou suit les aiguilles des cadrans du tableau de bord, Titov est pris de nausées et de vertiges.
Il se trouve dans
un étrange brouillard et lors de la seconde orbite, il envisage même de demander la permission de revenir. Il commence à être fatigué et annonce : " Je suis maintenant en train de
m’allonger. Vous penserez ce que vous voudrez, mais moi, je vais dormir ". Titov peut récupérer après une période de sommeil : " Aucun rêve, j’ai dormi comme un bébé ". Il
rassure le sol : " Tout est en ordre ". Mais les malaises recommencent et se poursuivent jusqu’à la 12° des 17 révolutions prévues. Cela ne l’empêche pas d’effectuer son programme
de travail. Il prend notamment les commandes manuelles à deux reprises. Pendant quelques instants, le système de chauffage tombe en panne et la
température descend jusqu’à 6° C. Après la mise à feu des rétrofusées, la cabine reste attachée par les courroies métalliques au module de service.
Ils pénètrent dans l’atmosphère en se heurtant jusqu’à ce que la chaleur brûle les attaches et le module. Puis, Titov s’éjecte du Vostok en parachute mais, arrivé près du sol, il se rend compte qu’un vent violent le dirige vers un train de marchandises. Il réussit à se poser brutalement sur le côté, à 180 m des rails. " J’ai vu des chandelles !" déclare-t-il. Alors qu’il va être examiné par les médecins, Titov ouvre une bière et la vide entièrement devant les spécialistes ébahis par cette entorse au règlement. La malformation de son poignet est alors décelée par le médecin-chef : il ne lui aurait pas donné la permission de partir pour l’Espace !
En 1962, Titov est élu Député, puis réélu
quatre ans après. Il dirige à partir de 1965, le groupe d’entraînement sur l’avion spatial d’interception Spiral qui ne verra pas le jour. Titov vole alors sur des Mig 17, des Mig 21 et d’autres
chasseurs. En 1967, il est pilote d’essai de 3° classe et, en 1968, il obtient son diplôme d’ingénieur en aéronautique, après avoir suivi les cours de l’Académie Joukovski. Après la mort de
Gagarine, les autorités ne veulent plus que le deuxième cosmonaute revole.
En juillet 1970, Titov quitte le Corps des Cosmonautes. Il continue à piloter des chasseurs supersoniques, mais à géométrie variable. En 1972, il possède un diplôme en sciences et deux ans après, il supervise les essais du futur Soyouz T. Il décroche un autre diplôme en sciences techniques en 1981 et il occupe différents postes au Ministère de la Défense en 1982-83. Titov redevient Député en 1983, puis en 1985, il est rédacteur-en-chef adjoint de la revue Aviation et Cosmonautique. En 1988, il coordonne la fabrication et la préparation des lanceurs spatiaux, au Ministère de la Défense et quitte l’Armée en 1991. Titov s’en va le 20 mars 2000 pour un dernier voyage, foudroyé par une crise cardiaque à l’âge de 65 ans.
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