Guerman Titov

Publié le par jijiaile


Le 2° cosmonaute, Guerman S. Titov, est né le 11 septembre 1935 à Verkhneye Zhilino (Terre). Le papa lui donne le prénom du héros du roman "La Dame de pique" de son écrivain préféré, Pouchkine. A l’école communale, Guerman a son père comme instituteur. Pour qu'on ne lui reproche pas de favoriser son fils, il exige de lui de meilleurs résultats que ceux de ses camarades et il le punit plus durement s’il ne se tient pas tranquille en classe.

Un jour, Guerman tombe de sa bicyclette et se casse un poignet. Il ne dit rien à ses parents qui constatent tardivement la fracture. L’articulation commence à être fortifiée grâce à des exercices réguliers, mais Guerman vit dans la crainte que son handicap physique soit découvert et l’empêche de devenir pilote. Heureusement, aucune radio des poignets n’est faite lorsqu’il entre dans une école préparatoire d’aviation et quand il est admis en 1953 à l’Ecole Supérieure Kacha de l’Armée de l’Air.

Chaque matin, Titov se lève une heure plus tôt pour travailler aux barres parallèles et donner ainsi davantage de force à son poignet. Au cours de sa formation, il manque d’être renvoyé après avoir contesté bruyamment les ordres criés par un colonel déplaisant. Son instructeur prend sa défense en déclarant que c’est un excellent élément dont il serait dommage de se séparer : il pilote avec aisance et hardiesse.

Sorti en tête de sa promotion, Titov est aussi le premier à prendre les commandes d’un avion à réaction, un Mig. En 1955, il entre à l’Ecole des pilotes de l’Armée de l’Air de Stalingrad qu’il quitte en 1957, diplômé en aéronautique avec mention. Il est affecté dans le secteur de Leningrad au sein des Forces Aériennes, comme pilote de combat. Il bat de nombreux records de vitesse et d’altitude.

Quand Titov est contacté pour savoir s’il veut devenir cosmonaute, il hésite un moment à répondre par l’affirmative, car son métier d’aviateur lui plaît. Il participe aux tests de recrutement dont un qu‘il ne supporte pas. Il se met en colère contre les psychologues qui l’assomment de « questions bêtes ». C’est un célèbre médecin, connu de son père, qui intervient afin d’empêcher son élimination « pour réaction non contrôlée ». Puis, il est soulagé de constater que la radio des poignets n’est pas prévue. Il échappe ainsi et de nouveau à l’exclusion, même après qu’il ait attrapé froid à la fin des épreuves.

En mars 1960, Titov est admis à l’âge de 25 ans dans le 1er Corps des Cosmonautes. C’est un jeune homme très cultivé avec des capacités littéraires certaines et une passion pour la poésie. Il est toujours énergique et chaleureux, mais parfois insolent et indiscipliné. Il a un fort caractère et un franc-parler qui dérange. Sûr de lui, il fait preuve d’un exceptionnel professionnalisme. Il possède une réelle aptitude d’orateur, que se soit pour parler de livres ou de fusées. Il est si fort en gymnastique et en acrobatie que Youri Gagarine lui conseille, avec humour, de s’engager dans un cirque.

La sélection du premier cosmonaute de l’humanité est sévère. Parmi les vingt cosmonautes de l‘équipe, six peuvent prétendre à cet honneur en juillet 1960. Ce chiffre est ramené à trois le 7 avril 1961, puis à deux le 8 avril dont Titov proposé par le Directeur des équipages Kamanine et Gagarine soutenu par le Chef du programme spatial Korolev qui s’est déjà heurté à Titov. Après l’avis de la Commission d’Etat, c’est Gagarine qui est retenu et Titov devient sa doublure pour le vol historique du 12 avril 1961. Le lendemain, il est choisi pour réaliser la deuxième expédition.

Titov effectue du 6 au 7 août 1961, à bord de Vostok 2 (4,73 tonnes/4,40 mètres), son unique mission autour de la Terre en 1 jour 1 h 11 mn. C’est le record mondial de durée pour l’époque : quatorze fois plus longtemps que celui de Gagarine. Agé de 26 ans, il reste à ce jour le plus jeune à naviguer dans le Cosmos. Au moment du décollage de la fusée Semiorka, il s’écrie : « Vas-y, ma belle ! ». Dès la première orbite, il souffre du mal de l’espace qui se manifeste par une perte d’orientation. Il a l’impression de tomber. S’il remue la tête brusquement ou suit les aiguilles des cadrans du tableau de bord, il est pris de nausées et de vertiges. Il ressent aussi une douleur dans le crâne et plus particulièrement derrière ses yeux.

Titov se trouve dans un étrange brouillard et, lors de la seconde orbite, il envisage de revenir sur Terre craignant de perdre tous ses moyens. Il commence à être fatigué et il prévient le centre de contrôle : « Je suis maintenant en train de m’allonger. Vous penserez ce que vous voudrez, mais moi je vais me coucher ! ». Il récupère après une période de sommeil et il rassure les responsables au sol : « Aucun rêve, j’ai dormi comme un bébé. Tout est en ordre ! ». Mais les malaises reviennent et se poursuivent jusqu’à la 12° des 17 révolutions prévues. Cela ne l’empêche pas d’exécuter son programme de travail. Il prend notamment les commandes manuelles à deux reprises et il décrit la Terre qu‘il filme. Pendant un instant, la température va descendre jusqu’à 15° C, puis elle remonte après un réglage.

Au terme de la mission, les rétrofusées s’allument pour la désatellisation du Vostok. Au lieu de se séparer du compartiment moteur, la cabine sphérique reste attachée par une courroie métallique. Les deux modules pénètrent dans l’atmosphère en se heurtant jusqu’à ce que la chaleur brûle l’attache. A 7 km d’altitude, Titov s’éjecte de la cabine en parachute, mais un vent violent le dirige vers un train de marchandises. Il se pose brutalement à quarante-six mètres des rails et il roule trois fois sur lui-même « en voyant des chandelles ». Plus tard et alors que les analyses vont débuter, il sort une canette de bière de son blouson et la vide devant le personnel médical scandalisé.

Par la suite, Titov exprime ses impressions empreintes de lyrisme sur son vol : « Sur le velours sombre du ciel, les grosses étoiles brillent comme des diamants et la Lune semble si proche qu’il suffit d’ouvrir le hublot pour l’attraper et la mettre dans un sac, comme dans le conte La Nuit de Noël de Gogol… La couleur fondamentale de l’Afrique est jaune avec des taches vert sombre aux endroits des jungles. Sa surface ressemble à la peau d’un léopard… L’Espace attend ses artistes, ses poètes et ses savants pour tout peindre, tout méditer et tout expliquer ».

Titov commence ses cours d’ingénierie aéronautique à l’Académie Zoukovski de l’Armée de l’Air en septembre 1961 et il s’engage dans la préparation des vols qui suivent le sien. Il apprécie, sans aucune retenue, les avantages liés à sa célébrité. La nuit, il fréquente les bars et il conduit beaucoup trop vite son auto. Responsable d’accidents matériels, il n’accepte pas les interpellations des policiers qu’il agresse verbalement. Lors d’une parade en Roumanie, il se distingue en empruntant une moto d’escorte au lieu de monter dans la voiture officielle. Il écoute régulièrement les réprimandes des autorités militaires et spatiales, mais il s’en moque.

Le 29 avril 1962, après avoir exigé d’être accompagné par sa femme, Titov part aux Etats-Unis pour assister au congrès du Cospar, le comité sur la recherche spatiale. Il donne des conférences de presse très suivies et il prononce des discours très applaudis. Il rencontre l’astronaute américain John Glenn, le célèbre fuséologue Von Braun et le Président John Kennedy. Son parcours est aussi touristique et ses commentaires déplaisent aux Américains trop fiers de lui montrer leurs réalisations. A New York, il critique les gratte-ciel qui empêchent les gens de voir le soleil, il condamne les enseignes lumineuses qui sont affreuses et il se moque des tableaux du musée d’art moderne qui sont laids. A Washington, il constate que l’imposant monument dédié au fondateur des Etats-Unis est beaucoup plus petit que l’obélisque de Moscou.

Titov participe également à la vie publique de son pays lorsqu’il est élu Député en 1962 pour un mandat de quatre ans (puis réélu en 1966). Cependant, son comportement continue à irriter. En mai 1963, durant un voyage à Kiev, il adresse brusquement la parole à un très haut gradé de l’Armée : « Je suis Titov et toi ? ». Le même mois, il oublie dans une voiture sa serviette contenant des documents avec des codes secrets pour pénétrer dans les centres spatiaux. Il est menacé de prison si une aussi grave faute se reproduit.

En janvier 1964 intervient la réorganisation du Centre d’entraînement, mais la nomination de Titov à un poste de direction est rejetée à cause de sa conduite. Malgré tout, il suit une formation sur les programmes Voskhod (arrêté après deux vols) et Soyouz. Désigné parmi les cosmonautes susceptibles de faire partie de l’équipage de la 4° mission, il est exclu de la préparation quelques mois plus tard, car il est accusé de délit de fuite après un nouvel accident d‘auto. Trop connu à l’étranger, sa hiérarchie n’ose pas aller jusqu’à sa radiation du Corps des Cosmonautes.

Pour que Titov trouve une occupation très motivante, Kamanine le nomme à la tête du groupe des cosmonautes qui piloteront l’avion spatial Spirale dont le projet est approuvé en juillet 1965. D’une longueur de huit mètres et d‘une masse de dix tonnes, il sera satellisé grâce à une fusée larguée par un avion hypersonique. Il emportera un occupant qui effectuera des missions d’espionnage et d’inspection de satellites. Elles doivent débuter vers le milieu des années 70.

Il s’entraîne alors sur des chasseurs supersoniques à hautes performances : le Mig-17, le Mig-21, le Su-7 et le Su-9 qu’il manoeuvre remarquablement bien. Il aime tellement voler qu’au mois de janvier 1967, il demande à interrompre provisoirement la formation de cosmonaute pour prendre le temps de se perfectionner. Il obtient ainsi son diplôme de pilote d’essai de 3° classe délivré par l’Ecole Chkalov.

Titov poursuit également ses tournées dans le monde. Le 26 novembre 1967, il se trouve à Uzerche en Corrèze et le lendemain à Paris. Il visite le musée de l’air à Chalais Meudon et plus d’une dizaine d’années plus tard, il revient en France au Salon aéronautique et spatial du Bourget. En février 1968, l’Académie Zoukovski lui remet son diplôme d’ingénieur en aéronautique avec mention. Il termine un cycle d’études de sept ans mené de front avec ses activités professionnelles et ses déplacements.

Après la mort de Youri Gagarine dans un accident d’avion le 27 mars 1968, les autorités ne veulent plus que Titov, le deuxième cosmonaute, reparte dans l’Espace. Cette décision ne l‘accable pas. Il préfère maintenant le métier de pilote d’essai, surtout que le programme d’avion spatial Spirale est sur le point d’être abandonné. En juillet 1968, il est nommé commandant administratif du deuxième détachement des cosmonautes qui s’entraînent à travailler dans les futures stations d’espionnage Almaz (Saliout 3 et 5).

Lorsque l’astronaute américain Borman se rend en Union Soviétique le 5 juillet 1969, Titov est chargé de lui montrer en détail le musée du Centre d’entraînement. Par la suite, il recommence à avoir des accidents d’automobile et des altercations sévères avec les policiers. On lui reproche aussi de rouler très vite en moto. Pour ces raisons, il est privé de voyages à l‘étranger, d’autant plus que certains passages des discours qu’il a prononcés récemment n’ont pas été appréciés. Puis, son permis lui est retiré momentanément.

En juillet 1970, Kamanine sermonne durement Titov. Il lui rappelle que, sur une période de neuf ans, il a eu dix incidents disciplinaires majeurs entre les accidents d’auto et les disputes envers des représentants de l’Armée et de la Police. Il l’avertit solennellement : ou il se calme ou il est révoqué en perdant tous ses avantages honorifiques et matériels. Mais Titov ne prend pas au sérieux les paroles du Chef des équipages. Il se sent intouchable, car il est le cosmonaute n° 2.

Finalement, ce mois de juillet 1970, Titov démissionne de l’agence spatiale pour piloter avec talent des chasseurs supersoniques à géométrie variable. Il suit également des cours à l’Académie Vorochilov qui lui décerne un diplôme en sciences après deux ans d‘études. Il entre au Ministère de la Défense où il occupe brillamment plusieurs postes de direction dans le secteur de l‘astronautique. C’est ainsi qu’il dirige les essais du vaisseau spatial Soyouz T et qu’il coordonne la fabrication de lanceurs dont la fusée Zenith. En juillet 1974, il revient au centre de contrôle des vols spatiaux pour superviser la mission des cosmonautes de Soyouz 14 dans la station Saliout 3 et, durant les mois de juillet et août 1976, il sait communiquer des conseils et son soutien moral à l’équipage de Soyouz 21 dans ses moments difficiles passés à bord de la station Saliout 5.

Il est aussi en grande partie à l’origine du succès des Jeux olympiques de Moscou de 1980 en tant que membre enthousiaste du comité d’organisation. L’année suivante, il décroche un autre diplôme en sciences techniques. Il exerce aussi son don pour l'écriture comme rédacteur-en-chef adjoint de la revue Aviation et Cosmonautique. Il quitte ses fonctions dans l'Armée en octobre 1991.

En mai 1995, Titov retourne en politique en tant que Député au Parlement russe où son éloquence retient l‘attention de ses collègues. Il réussit aussi dans le privé en qualité de Président du centre scientifique et technique Kosmoflot, puis comme Vice-président du Centre russe des complexes aérospatiaux. Il recommence à effectuer de nombreux séjours à l’étranger après avoir accepté l’offre de l’agence spatiale qui lui demande d’être son ambassadeur pour promouvoir ses activités dans l’Espace. Le 20 mars 2000, Titov succombe à une crise cardiaque à l’âge de 65 ans.

Publié dans cosmonautes

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